Boswellia papyrifera
Rameau fleuri après la chute des feuilles. — A droite, fleur,
bouton et fruit. — A gauche, goutte de résine.
Xigavo; désignait l'arbre, et Xtôocviotô; l'encens. Mais les anciens auteurs ont employé le mot Xi6avoç et pour l'arbre et pour la gomme, et ).l6ïvmt6; exclusivement pour cette dernière. J. F. Schleusner, Novus thésaurus philologico-crilicus, in-8°, Leipzig, 1820, t. m, p. 453. Dans le texte sacré, lebônâh n'a que le sens d'encens; il en est de même du Xi6avos des Septante, qui n'emploient qu'une fois XiêavioT<5;. II Par., IX, 29. Sans doute il est question de l'arbre dans Cant., iv, 14; mais on emploie l'expression 'âsê lebônâh, « arbres d'encens, » c'est-à-dire arbres qui produisent le lebônâh, l'encens. — Si les anciens connaissaient bien l'encens, ils n'avaient sur l'arbre qui le produisait que des renseignements vagues et en partie erronés. Théophraste, Hist. plant., IX, 4; Diodore de Sicile, v, 41; Pline, H. N., xn, 31. Ce dernier avoue qu'on n'est pas d'accord sur la forme de l'arbre, et que les Grecs en ont donné les descriptions les plus variées. Également sur des relations plus ou
moins sûres, Théophraste, H. P., ix, 14, et Pline, //. N., xn, 32, expliquent la façon dont on le récoltait. A l'époque des plus grandes chaleurs, s'il faut en croire le naturaliste romain, on pratiquait des incisions sur les arbres, là où l'écorce est le plus mince et le plus tendue. « On dilate la plaie, sans rien enlever. 11 en jaillit une écume onctueuse, qui s'épaissit et se coagule; on la reçoit sur des nattes de palmier ou sur une aire battue. On fait tomber avec un instrument de fer ce qui est resté attaché à l'arbre. » Des voyageurs plus modernes ont découvert et décrit les véritables arbres à encens : ce sont diverses espèces du Boswellia.
2" Provenance. — C'est de Saba, Sebd', que le texte sacré fait venir l'encens. D'après Isaïe, lx, 6, les caravanes venant de Saba doivent apporter à Jérusalem l'or et l'encens. « Qu'ai -je besoin de l'encens qui vient de Saba? » dit le Seigneur dans Jérémie, VI, 20. Aussi dans la quantité d'aromates apportés à Salomon par la reine de Saba, il est naturel d'y ranger l'encens. III Reg., x, 2, 10; II Par., ix, 1, 9. Dans son chapitre sur le commerce de Tyr, Ézécliiel, xxvn, 22, ne nomme pas non plus l'encens en particulier; mais il le comprend évidemment sous l'expression générale : « Les marchands de Saba et de Réema trafiquaient avec toi; de tous les aromates les plus exquis ils pourvoyaient tes marchés. » L'encens apporté à la grande Babylone, Apoc, xvm, 13, venait sans doute du même pays, bien qu'il ne soit pas désigné: ce passage sur le commerce de Rome offre les plus grandes analogies avec la description d'Ézéchiel, xxvn. En parlant des mages qui apportent de l'encens à l'enfant Jésus, saint Matthieu, n, 1, 11, ne désigne leur pays que par l'expression vague d'Orient.
D'après l'Écriture c'est donc d'Orient, du pays de Saba, que venait l'encens. Le pays de Saba et la région limitrophe, l'Hadramaut, c'est-à-dire la partie de l'Arabie méridionale ou l'Arabie Heureuse qui s'étend sur le littoral du golfe Arabique et sur la côte du sud, étaient renommés dans l'antiquité comme le pays de l'encens. « Les Sabéens, les plus connus des Arabes à cause de l'encens, » dit Pline, H. N., vi, 32. Et encore : « La région thurifère, c'est Saba, » Pline, //. N., xn, 30; Théophraste, Hist. plant., ix, 4; Strabon, xvi, 19, parlent de même; enfin Virgile dit, Georg., i, 58:
Solis est tlmrea virga Sabœis.
On peut voir dans Celsius, Hierobotanicon , in -8°, Amsterdam, 1748, t. i, p. 240, 241, de nombreuses citations où des auteurs anciens vantent l'encens de Saba.
Mais était-ce vraiment la patrie de l'encens, ou bien n'était-ce que le principal entrepôt de ce commerce? Il est certain que pour plusieurs espèces d'aromates les Arabes n'étaient que les entremetteurs : c'est de l'Inde et de l'Afrique qu'ils tiraient ces produits; ils cachaient soigneusement le pays d'origine, laissant croire qu'ils venaient de chez eux, afin de conserverie monopole de l'a vente sur les marchés de l'Asie occidentale. Pour ce qui regarde l'encens, il est certain qu'une espèce d'arbre thurifère a été reconnue indigène dans l'Hadramaut, le Boswellia sacra, F. A. Fliickiger et D. Hanbury, Histoire des drogues d'origine végétale, trad. Lanessan, in -8», Paris, 1878, t. I, p. 260, 2(36-268, et il est possible que quelques autres variétés aient crû anciennement dans ce pays ou dans la région voisine des Sabéens. C'était donc bien une région thurifère. Toutefois l'encens ne parait pas y avoir été récolté en quantité suffisante pour pourvoir tous les marchés antiques. Les Arabes devaient s'approvisionner ailleurs. Niebuhr, Description de l'Arabie, in-4°, Paris, 1779, t. I, p. 202-203, etTristram, The natural history of the Bible, in -12, Londres, 1889, p. 355, croient que la plus grande quantité leur venait de l'Inde. De fait, le lobàn, « encens, » était appelé aussi kondor, kundur, par les Arabes : ce qui serait le nom indien de la gomme aromatique du Salai, que Cole-
ENCENS
brooke, On Olibanum or Fraukincense , dans Asiatic Researches, Calcutta, t. ix, p. 377, identifiait avec le Boswellia thurifera, le Boswellia serrata de Roxburg, Flor. Ind., Sérampore, 1832, n, 388. Cependant on ne croit pas généralement que l'encens de l'Inde ait été exporté en grande quantité, pas plus qu'aujourd'hui, dans l'Asie orientale et dans le monde grec et romain. Les anciens auteurs, qui font venir de l'Inde un certain nombre de parfums, ne parlent pas de l'importation de l'encens indien.
Du reste, les habitants du sud -ouest de l'Arabie pouvaient s'approvisionner moins loin. Ils n'avaient qu'à traverser la mer Rouge, et en Abyssinie et surtout un peu plus bas, dans le pays des Somalis, ils trouvaient de nombreuses espèces de Boswellia, le Boswellia papyrifera, le Bosioellia Frereana , Boswellia Carlerii , etc. Ch. Joret, Les plantes dans l'antiquité, in-8", Paris, 1897,
— Quelques auteurs ont pensé que les arbres à encens avaient aussi été importés et cultivés en Palestine. Ils s'appuient sur Cant., iv, 6, 14, où l'Épouse exprime le désir de se retirer sur la colline de l'encens, et où parmi les plants de son jardin on compte les arbres à encens. Mais ce sont là des comparaisons poétiques, pour exprimer un lieu délicieux, tout embaumé des plus suaves parfums. Comme nous l'avons vu, pour les contemporains de Salomon, d'Isaïe ou de Jérémie, le pays d'où vient l'encens , c'est Saba. — C'est par erreur également que saint Cyrille d'Alexandrie, Inlsaiam, ch.LX,13, lib.v, t. lxx, col. 1336, dit que l'arbre à encens croissait sur le mont Liban; très probablement cela est dû à la ressemblance qu'a avec le nom de la montagne le nom grec de l'encens, Xiëavoç, qui du reste se rencontre sept versets plus haut dans Isaïe, lx, 6. Cette confusion des deux noms a été faite par la Vulgate elle-même, Cant., IV, 14:
561. - Transport .Ifs arbres h encens du pays de Potint en Egypte. D'après Diimichen, Die Flotte einer ugyptUchen Kbnigin, pi. 3
t. i, p. 356, 499. Par delà le Pounl était la région du Tonoutei, ces terres en terrasse ou échelles de l'encens,
où les Égyptiens allaient chercher le meilleur / — > • ,
ànti, « encens. » (A remarquer la forme,
laquelle ce nom se trouve écrit. Le déterminatif indique quelque chose de brillant et rend bien le mot latin candidum , « pur. » On trouve employée en hébreu l'expression équivalente : lebônâh zakkdh, T13T tu!»"?,
Unis candidum , purissimum.) Sous la reine Hatespou (XVIIIe dynastie), on équipa une flotte de cinq navires pour aller recueillir les richesses de ce pays fortuné. L'expédition, qui réussit à merveille, a été représentée en détail sur les murailles du temple de Deir-el-FJahari : on y voit le transport des « sycomores à encens », neltetu ànti (fig. 561), leur embarquement dans les vaisseaux. Trente et un arbres à encens furent déracinés avec leur motte et transportés dans des coudes. An retour on les planta dans des fosses remplies de terre végétale, qui ont été retrouvées par M. Naville. Egypt L'.rplorat'um Fuml , archwolniiicid Report, 1891-1895, p. 36-37. Les murailles de l'édifice montrent encore quelques-uns de ces arbres transplantés en pleine terre dans le jardin du temple (fig. 563). G. Maspero, Histoire ancienne des peuples de l'Orient, t. n, 1897, p, 247-253; V. Loret, La flore pharaonique, 2e édit., 1892, p, 96,
« les arbres du Liban, » au lieu de « les arbres à encens » (grec: ).i6ivo-j; hébreu: lebônâh). Celsius, Hierobolanicon, t. i, p. 212-213, cite (plusieurs auteurs qui ont fait la même confusion. Cependant Pline, 11. A'., xn, 31; xvi, 59, prétend que les rois d'Asie firent planter à Sardes des arbres à encens. Cf. Théophraste, Hist. plant., IX, 4. 11 ne parait guère probable qu'il s'agisse du véritable arbre à encens, d'une espèce de Boswellia, apportée de l'Inde, d'Arabie ou d'Afrique: comme il règne une certaine confusion dans les descriptions que Pline fait de cet arbre, ce pourrait bien être tout simplement quelque Juniperus pheenicea ou thurifera, arbre du Liban ou de l'Amanus, dont la résine, après une certaine préparation, était vendue pour de l'encens.
3° l 'sages et comparaisons. — De tout temps l'encens a été brûlé en l'honneur de la divinité. Cf. Hérodote, i, 183; Ovide, Trist., v, 5, 11, Metamorph., vi . 164; Virgile, JEneid., i, 146; Arnobe, Adv. Gentes, vi, 3; \n. 26, t.v, col. 1164, 1253, etc. En Egypte, sur les murs des temples ou des hypogées, on voit fréquemment l'officiant jetant K' ànti ou encens sous forme de grains ou de pastilles dans le bréle-parfum et l'offrant à un dieu. Wilkinson, The manners, t. i, p. 183; t. m, pi. i.x, lxv, 8, et lxvii, p. 398-399. Ainsi, dans le rituel mosaïque, on prescrit assez souvent l'usage de l'encens. — 1. C'est d'abord pour accompagner les oblations ou sacrifices non sanglants. Sur l'offrande de fleur de farine arrosée d'huile, on devait répandre des grains d'encens. Le prêtre rece-
ENCENS
vait cette offrande et la faisait brûler sur l'autel. Lev., i, 1, 2; cf. vi, 15. Dans l'offrande des fruits nouveaux, les épis encore tendres, après avoir été grillés et broyés, étaient arrosés d'buile, puis saupoudrés d'encens, comme dans le cas précédent. Lev., n, 15, 16. Au contraire, dans le sacrifice pour le péché, Lev., v, 11, il est recommandé de ne pas employer l'encens; de même dans le cas de la loi de jalousie, le sacrifice offert alors étant assimilé à une offrande pour le péché. Num., v, 15. On se servait d'encens très pur, lebôndh zakkàh , pour les pains de proposition ou d'offrande, disposés en deux piles sur la table du Saint : sur chaque pile, d'après Josèphe, Ant. jud., III, x, 7, on plaçait un petit plateau ou coupe
Traité Yorna, 5, le Talmud de Jérusalem, trad. Schwab, t. v, 1882, p. 208-209. Ce parfum à brûler, 6vtiiau.a, dont l'Exode, xxx, 34-38, donne la recette, rappelle les compositions d'aromates, que les Égyptiens étaient très habiles à confectionner. Ordinairement aussi réservés au culte, ils se fabriquaient dans les laboratoires des temples, et leur préparation était très compliquée, comme celle du kyphi, par exemple. Les Hébreux purent leur emprunter leurs procédés ou leurs recettes, comme le firent plus tard les Grecs et les Romains. V. Loret, L'Egypte nu temps des pharaons, in -12, Paris, 1889, p. 199-200; I). Mallet, Les premiers établissements des Grecs en Egypte, dans Mémoires de la mission archéologique
■ LftWF- CrKV'Jtrti.
562. — Arbres à encens transplantés à Deir el-Balmri, D'après Naville, The Temple of Deir el-Bahari, pi. ix.
d'or, rempli d'encens ; il y demeurait une semaine ; le sabbat suivant, on remplaçait les pains, et l'encens était brûlé dans le feu des holocaustes, et on en plaçait une autre poignée dans les deux plateaux. Talmud de Jérusalem, trad. Schwab, tr. Scheqalim, p. 300. — 2» On employait aussi l'encens dans la confection de parfums mélangés. Ainsi le parfum sacré qu'on devait brûler chaque jour sur l'autel dans le Saint, Exod., xxx, 7-8, et dont la composition était réservée exclusivement au sanctuaire, contenait comme un de ses quatre ingrédients l'encens très pur ou blanc : les quatre éléments devaient être mêlés en proportions égales, broyés ensemble, puis réduits en poudre. Exod., xxx, 34-38. On l'offrait deux fois par jour sur l'autel des parfums, vers neuf heures du matin et trois heures du soir. C'est en offrant ce parfum que Zacharie eut sa vision de l'ange Gabriel. Luc, 1,10. Plus tard, aux quatre ingrédients du parfum sacré, les rabbins en ajoutèrent d'autres, onze ou treize en tout, qu'ils regardaient comme obligatoires; si bien qu'en omettant, par exemple, l'herbe qui rend la fumée de l'encens verticale, on était passible de la peine de mort.
française au Caire, t. xii, fasc. i, in-4°, 1893, p. 306-308. Préparer ^'encens pour qu'il s'élève en colonne droite était très difficile : c'était le secret de la famille d'Abtinos, dit le Talmud de Jérusalem, tr. Yoma, 9, trad. Schwab, p. 199. On connaissait autrefois ce procédé; le Cantique, m, 6, y fait allusion: « Quelle est celle qui monte du désert comme une colonne de fumée, formée de myrrhe et d'encens ? » — 3° Des lévites étaient chargés du soin des matières destinées aux sacrifices non sanglants, parmi lesquelles entrait l'encens. I Par., ix, 29. Après la captivité, Éliasib avait fait préparer pour Tobie l'Ammonite la chambre où on les conservait; mais Néhémie remit les choses en leur premier état et rapporta l'encens avec les autres offrandes dans cette chambre. II Esdr., xm, 5, 9. Dans le parvis d'Israël, des troncs étaient placés pour recevoir les offrandes destinées au culte ; un d'entre eux portait cette inscription : Encens ; on y déposait l'argent pour acheter l'encens. Cette offrande était volontaire; mais, si l'on donnait pour l'encens, il fallait donner au moins ce qui était nécessaire pour une poignée. Scheqalim,\l, i, 5. « Nous avons envoyé de l'argent pour acheter des holocaustes et
ENCENS
de l'encens, » disent les captifs de Babylone aux Juifs restés à Jérusalem. Bar., i, 10. A l'époque messianique, on apportera l'encens en abondance de Juda et des nations. Jer., xvn, 20; Is., lx, 0. — 4° L'encens brûlant seul ou mêlé à d'autres aromates, et s'élevant vers le ciel, est devenu naturellement le symbole de la prière. Cf. Ps. CXL, 2 ; Luc, I, 10. C'est pourquoi l'Apocalypse nous montre la fumée des parfums montant avec les prières des saints, vin, 3, 4; et les vingt -quatre vieillards tenant des vases d'or remplis de parfums, qui sont les prières des saints. V, 8. Aussi faut- il que les dispositions du cœur accompagnent l'offrande de l'encens; autrement ce n'est pas un culte vrai, sincère, mais une pure formalité extérieure, que Dieu réprouve. Is., xliii, 23; i.xvi, 3; Jer., VI, 20.
— 5° Si l'offrande de l'encens est un hommage à Dieu, l'offrir à des idoles est une marque d'idolâtrie. Quand Antiocbus, I Mach., i, 58, profana le Temple, il ordonna de brûler de l'encens devant les portes des maisons et sur les places. 11 y eut des apostats, mais aussi d'héroïques résistances, à Modin surtout. Le tyran y envoya des émissaires pour contraindre les habitants a brûler de l'encens. I Mach., il, 15. Plusieurs obéirent; mais Mathathias et ses (ils demeurèrent inébranlables. — 0° On offre l'encens, comme d'autres parfums ou des objets précieux, à des personnages qu'on veut honorer. En Orient, il n'y a pas de visite sans présent. Aussi les mages apportent-ils de l'or, de l'encens et de la myrrhe. Les Pères ont vu de plus une signification symbolique dans ces dons ; mais les interprétations sont bien variées : pour les uns , c'est la dignité sacerdotale; pour d'autres, la divinité que les mages auraient voulu reconnaître par l'olfrande de l'encens. L'encens sert de comparaison dans l'éloge de Simon fils d'Onias. Eceli., L, 9. Dans sa sollicitude pour le Temple, il est, d'après la Vulgate, « comme la flamme qui étincelle, comme l'encens qui brûle dans le feu, » et, selon le grec, « comme le feu et l'encens dans l'encensoir, » c'est-à-dire comme l'encens qui brûle sur le feu de l'encensoir. Dans le verset précédent, y. 8, la Vulgate le compare aussi à « l'encens qui répand son parfum axa i mis de l'été » ; mais le grec porte ; fj/.a^ro; XtSâvou, « comme un plant odoriférant du Liban ; » sens plus naturel, l'encens étant d'ailleurs nommé au vers, suivant.
— 7° Il est à remarquer qu'en plusieurs endroits où le mot lebôndli manque en hébreu, et Xiëavo; dans les Septante, la Vulgate a cependant le mol thus : c'est que le traducteur latin a rendu par ce mot particulier des mots de sens général, comme qnlar, qetorét , miqtâr, etc., « répandre une odeur agréable, fumigation. » III Reg-, XI, 8; xill, 1, 2; 11 Par., xxviii, 25; Ezech., VIII, 11; de mémo Ezech., VI, 13, pour i-cah nihôah, pour « odeur suave », etc. — Dans d'autres passages, la Vulgate a rendu exactement ces mots de sens général, qetorep, qat&r, par incensum, adolere incensum; mot à mol : « ce qu'on brule, offrir ce qui est à brûler, » Num., xvi, 17; 1 Par., vi, i'.l, etc.; mais il faut se garder de traduire incensum par g encens », parce que « ce qu'on brûlait » comprenait aussi bien les victimes qu'on brûlait sur l'autel des holocaustes, comme Exod., xxix, 13; Lev., iv, 35; Ps. i.xv, 15, que les divers parfums offerts a Dieu sur l'autel des parfums, par exemple, 1 Mach., iv, 49; Luc, i, 9, cl par conséquent beaucoup d'autres choses que l'encens.
li. LEVBSQUE.
ENCENSOIR (hébreu: mahtàh et miqtéréf; Septante: ituprtov et 8uu.caTTJpiov ; Vulgate : igniutn reeepta cula, thuribulum, th'jmiamateria ; Apocalypse : i-...xvnuoc; Vulgate: thuribulum), proprement « vase où l'on brûle de l'encens »; comme cet instrument servait non seulement pour l'encens, mais pour d'autres aromates ou des compositions de parfums, il serait plus justement nommé brûle -parfums.
1° Nom. — D'après l'étymologie, nnn, fta{dh,a prendre des charbons ardents a un brasier, » Is., xxx, 14, le mah-
tàh est une sorte de pelle à feu, qui servait à prendre des charbons sur l'autel des holocaustes. Exod., xxvn,3; xxxvin, 3; Num., iv, 14. Dans ces trois endroits, la Vulgate rend bien le sens : receptacula ignium ; les Septante traduisent par le mot grec équivalent, nupeïov. Mais comme, après avoir pris du feu à l'autel des holocaustes, le prêtre, dans certaines cérémonies, jetait des grains d'encens ou d'autres aromates sur cette sorte de pelle ou réchaud, le même instrument devenait un brûle-parfums. Lev., x, 1; xvi, 12; Num., xvi, (j, 17, 37 (hébreu, xvn, 2), 39 (hébreu, xvn, 4), 46 (hébreu, xvn, 11). Les Septante continuent à rendre le mot hébreu par 7rjpcîov, et la Vulgate traduit alors habituellement par thuribulum. Le sens de « brûle -parfums » donné à tiojeîov est particulièrement évident dans Eccli., L, 9: « comme le feu et l'encens dans l'encensoir, » km rcupefou. Celte pelle à feu, servant ainsi aux fumigations de parfums, reçoit de celte seconde fonction le nom spécial de miqtérét, de qâtar, a fumer, exhaler des parfums. » Il Par., xxvi 19;
663. — Batillum romain , servant de brûle-parfum?. Vue de face et vue de profil.
Ezech., vin ,11. Les Septante traduisent alors par Buujjii- Trjpiov, et la Vulgate par thuribulum. Le même instrument avait donc deux dénominations, provenant de ses deux usages. G. F. Bogal, Thuribulum , 1, dans Ugolini, Thésaurus antiquitatum sacrarum, in-f", Venise, 1750, t. XI, col. DCCU. — Dans l'Apocalypse, viii, 3, 5, le brùleparfums est appelé Xi6xvuvô;, proprement « encensoir ». 2" Forme. — L'Écriture ne décrit nulle part le mahtàh ; d'après les auteurs juifs, malgré les obscurités et les contradictions d'un bon nombre d'entre eux sur ce sujet, et en s'attachant au sens précis du irjpEïov des Septante, on peut arriver à s'en faire très vraisemblablement une idée assez, exacte. Le mahtàh est une sorte de large pelle à trois rebords peu élevés el munie d'un manche assez court. 11 n'y a pas de rebord à la partie antérieure, pour permettre de prendre facilement les charbons ardents. Le îiupeïov, par lequel les Septante ont traduit régulièrement le mahtàh hébreu, rappelle le batillum romain, pelle ou brasier rectangulaire, dont on se servait pour brûler de l'encens ou des herbes odoriférantes. Horace, Hat., i, 5, 3(3. Un exemplaire en bronze, trouvé à Pompéi, se conserve au musée de Naples (fig. 503). Celte description du mahtàh se trouve confirmée par une remarque du livre des Nombres, xvi , 37, 38 (hébreu,
xvn, 3, 4). Dieu ordonne que les brùlc-pai l'unis de C
de Dathan et de leurs partisans seront réduits en lames : ce qui était très facile dans l'hypothèse de la forme que nous venons de décrire; rien de plus simple que de rabattre les bords: ce qui, au contraire, eût été impossible sans les briser, s'ils avaient eu la forme d'un vase rond, sorte de coupe avec ou sans couvercle, comme on les représente quelquefois. Ces brule -parfums, durant le temps du Tabernacle, furent fabriqués en cuivre. Num., xvi, 39 (hébreu, xvn, 4); mais Salomon, pour le service du Temple, les fit faire en or. III Reg., vu, 50; II Pi t., IV, 22. Comme les autres vases du Temple, ils furent enlevés par les Cbaldéens à la prise de Jérusalem. IV Reg., XIV, 15; Jer., l.ll, 19. Le brule- parfums hébreu ainsi
ENCENSOIR
entendu oll're la plus grande analogie avec les encensoirs égyptiens. Comme on peut s'en rendre compte facilement par les nombreux spécimens représentés sur les monuments ou conservés dans les musées, c'élait une main avec un bras ou manche (fig. 56i). La main tient ordinairement un vase destiné à retenir les charbons; sur le milieu du bras est souvent fixé un autre vase, sorte de navette à encens ou parfums, et la poignée prend diverses formes, comme, par exemple, celle d'une tête d'épervier. On voit aussi assez fréquemment des vases avec un pied au lieu de manche, et des vases en forme de bol ou de tasse sans anse, reposant directement sur le creux de la main, et ces vases sont surmontés d'une flamme et de
tous ces textes, où il est question d'offrandes de parfums à Dieu ou à des idoles, se trouve dans les monuments égyptiens. Des personnages, rois ou prêtres, y sont représentés tenant le brûle-parfums d'une main, de l'autre jetant des grains d'encens ou des pastilles odorantes;
564. — Brûle-parfums égyptien. xix« dynastie. Thébes. D'après Lepsius, Denkmaler, Abth. ni.Bl. 150.
grains d'encens ou d'autres aromates (fig. 565). Cf. Wilkinson, The Manners, t. m, p. 414, 498. Un spécimen moins orné et en fer, trouvé dans les ruines de Naukratis, se rapproche davantage de la main de fer, ou petit tisonnier à feu. D. Mallet, Les premiers établissements des Grecs en Egypte, dans Mémoires de la mission archéologique française au Caire, t. XII, 1" fasc, 1893, p. 230. — Dans l'Apocalypse, v, 8, il est dit que les vingt-quatre vieillards ont a la main des çti).ccç, phialas, pleines de parfums. Or l'équivalent latin de çiiXïj est souvent patera, vase avec manche, qui a une assez grande ressemblance avec le batillum; ce pourrait donc être un brùle-parfums ou encensoir.
3° Usage. — La façon de se servir du mahtâh ou brùle-parfums est clairement marquée dans le Lévitique, xvi, 12. A la fête de l'Expiation, le grand prêtre prenait le mahtâh, le remplissait de charbons ardents à l'autel des holocaustes; puis, tenant l'instrument de la main gauche, il entrait dans le Saint, prenait dans un vase spécial appelé kaf, Num., vu, 14, une pleine poignée du parfum sacré, réduit en poudre ou en pastilles (composition de divers aromates, selon la formule donnée Exod., xxx, 7-8), et, après avoir pénétré dans le Saint des saints, il en jetait de la main droite sur son brasero. 11 s'approchait ainsi de l'arche, qui se trouvait bientôt enveloppée d'un nuage de parfums. Cf. Lev., x, 1; Num., xvi, G, 17. En dehors de la fête de l'Expiation, l'offrande de l'encens se faisait dans le Saint, par les simples prêtres. La mission d'offrir l'encens était réservée au sacerdoce; pour avoir voulu l'usurper, les lévites Coré, Dathan et Abiron furent châtiés d'une manière terrible. Num., xvi, 7-50. De même Ozias, roi de Juda, voulut offrir des parfums sur l'autel dans le Saint. Il Par., xxvi, 16-20. Mais les prêtres s'y opposèrent; et Ozias, tenant à la main l'encensoir, fut frappé de la lèpre. — Le prêtre qui offrait l'encens au Seigneur devait prendre le feu à l'autel des holocaustes. Nadab et Abiu, fils d'Aaron, sont punis de mort par le Seigneur pour avoir employé du feu profane contre l'ordre divin. Lev., x, 1, 2. C'est bien à l'autel des holocaustes, 8-j<7ia<rrrip[ov , que l'ange prend le feu dont il remplit son encensoir. Apoc.,vin,3-5. — Dans une de ses visions, Ézéchiel, vin, 10, 11, voit soixante-dix anciens de la maison d'Israël, représentant le peuple, réunis dans une cour du Temple; ils portaient chacun un encensoir à la main, et par les parfums qui y brûlaient honoraient les images d'animaux et d'idoles peintes sur les murs. Le commentaire le plus clair de
565. — Brûle- parfums en forme de vase sans manche. Temple de Ramsès lit. D'après Lepsius, Denkmaler, Abth. m, Bl. 167.
ils présentent à la divinité l'encensoir ainsi fumant pour lui faire respirer en quelque sorte l'odeur de ces parfums (fig. 566).
4° Applications douteuses ou erronées. — Les exégètes sont très partagés sur la question de savoir si le Ouu.ta- Tr,piov d'or dont parle l'Épître aux Hébreux, ix, 4, est un encensoir ou l'autel des parfums. En elle-même l'expression peut s'appliquer et s'applique de fait soit à un encensoir, 11 Par., xxvi, 19; Ezech., vin, 11, soit à l'autel des
566. — Roi d'Egypte offrant de l'encens à un dieu. D'après VVilkinson, The Manners, t. in, p. 415.
parfums. Josèphe, Ant. jud., III, vi, 8; vm, 2, 3; Bell, jud., V, v, 5; Philon, De vita Mosis , m, 7, édition de 1742, t. il, p. 149. Selon les uns, le Ouu.iaviîpiov de l'Épître, étant mis dans le Saint des saints, ne peut désigner l'autel des parfums, qui de l'aveu de tous était dans le Saint. Ce serait plutôt l'encensoir dont se servait le grand piètre le jour de la fêle de l'Expiation. Lev.,