EXPIATION (FÊTE DE L') — EXTRÊME-ONCTION
7» La conclusion. — Après le départ du bouc émis- l faire, le grand prêtre offrait son holocauste et celui du peuple. Puis l'on emportait hors du camp pour les brûler le taureau et le bouc expiatoires. Lev., xvi, 23-27. Pendant ce temps, le grand prêtre lisait au peuple une partie de la Loi dans le parvis des Femmes, de manière que personne ne put à la fois entendre la lecture et voir brûler le bouc. Yoma, vu, 2. — Toutes les cérémonies de ce jour ne purent toujours s'accomplir dans la forme prévue par le Lévitique. Par exemple, dans le second Temple, où l'arche d'alliance ne se trouvait plus, les aspersions de sang et la combustion des parfums se faisaient sur une pierre qui remplaçait l'arche. La cérémonie devait être exécutée par le grand prêtre consacré pour succéder à son père dans le sacerdoce. Lev. , xvi , 32. Dans les derniers temps, la succession des grands prêtres cessa d'être conforme à la Loi, et cependant ce fut toujours le grand prêtre en exercice, sauf les cas de force majeure, qui présida à la fête de l'Expiation. Enfin l'on entoura d'un bon nombre de pratiques accessoires le rituel de la fête, tel que l'avait fixé le Lévitique. Les prescriptions mosaïques ne cessèrent pourtant pas d'être respectées dans ce qu'elles avaient d'essentiel. Jusqu'au soir de la fête, après le soleil couché, on s'interdisait rigoureusement six choses : le manger, le boire, l'ablution, l'onction, l'usage du mariage et celui des chaussures de peau. La nuit venue, on se livrait aux festins et à la joie. Siphra, fol. 252, 2. — En dehors du Pentateuque, il n'est plus fait mention, dans l'Ancien Testament, de la fête de l'Expiation. L'Épitre aux Hébreux, Philon et Josèphe sont les premiers à en parler après le Lévitique. Ce silence ne prouve rien contre la célébration annuelle de la solennité. Il est probable, au contraire, que si l'on avait eu à li reprendre à la suite d'une interruptiou quelconque, il serait parlé quelque part de ce retour aux prescriptions mosaïques.
8° L'effet produit. — Le texte du Lévitique, xvi, 16, 19, 33, dit expressément que l'expiation est faite à cause des transgressions et des péchés des enfants d'Israël. S'il y a expiation, il y a donc pardon des péchés. Saint Thomas, après avoir dit que la fête de l'Expiation était instituée « en mémoire du bienfait accordé par Dieu à son peuple, quand il lui avait pardonné, à la prière de Moïse, le péché commis par l'adoration du veau d'or », Summ. theol., 1» 2»>, q. 102, a. 4, ad 10, ajoute ensuite, a. 5 ad 6, que les expiations pour les péchés faisaient partie des sacrements de l'ancienne Loi. Les boucs figuraient l'impureté; le bouc émissaire, chassé au désert, portait la peine méritée par les péchés du peuple ; l'immolation de l'autre bouc et du taureau hors du camp convenait à l'expiation des péchés graves et nombreux. Tous ces animaux d'ailleurs étaient la figure de Jésus-Christ, qui devait mourir pour expier les péchés des hommes. Tertullien, Advers. Judseos, xiv, t. n, col. 6i0, avait déjà expliqué le symbole dans ce dernier sens. Voir aussi Advers. Marcion., m, 7, t. n, col. 331 ; Epist. Bamab.,7, t. n, col. 743; S. Justin martyr, Advers. Thvijphon., 40, t. vi, col. 503. — La fête de l'Expiation, comportant non seulement des cérémonies rituelles, mais en même temps le jeune, la componction du coeur et la remise du péché, n'avait rien d'analogue dans les religions païennes, où les purifications consistaient en simples formalités extérieures. — Voir J. Buxtorf, Synagoga judaica, c. xxix, in-8°, Bàle, 1680, p. 553-503; Roland, Antiguitates sacrsB, Utrecht, 1711, p. 246-255; Winer, Biblisches Realwôrterbuch , 3«édit., 1848, t. n, Versôhnungstag , p. 655-600; Bàhr, Symbolik desmosaischen Cultus, Heidelberg, 1839, t. il, p. 604-698; Elcan Durlacher, Erecli hatephiloth, ou Prières [rituel) de toutes les grandes fêtes <i l'usage des Israélites du rite allemand (texte hébreu et traduction française en regard), 10 in-8°, Paris, 1852-1857, t. m, IV et v. 11. Lesëtre.
EXPLORATEUR. Il est plusieurs fois question dans l'Écriture d'hommes que la Vulgate appelle eœploratores, Num., xilll, 26, etc., et qui étaient chargés d'« explorer» (explorare), Num., xxm, 22, etc., un pays en qualité d'espions pour en rendre compte à ceux qui les envoyaient. Voir Espion, col. 1906.
EXTERMINATEUR. Voir Abaddon.
EXTRÊME -ONCTION, sacrement de la Loi nouvelle institué pour le soutien spirituel et le soulagement corporel des malades.
1° D'après le concile de Trente, sess. xiv, De extrem. unct., i, le sacrement de l'extrême-onction a été figuré par Notre -Seigneur quand, sur son ordre, les Apôtres « oignaient d'huile beaucoup de malades et les guérissaient ». Marc, vi, 13. On employait l'huile pour guérir les blessures. Is., i, G; Luc, x, 34. Cf. Babyl., Joma , fol. 77, 2; Josèphe, Ant. jud., XVII, vi, 5. Voir Huile. Mais ce n'est pas en envoyant ses Apôtres oindre et guérir les malades que Notre-Seigneur institua le sacrement, puisque les Apôtres, n'étant pas encore prêtres, n'auraient pu l'administrer, et que les malades, n'étant pas baptisés, n'auraient pu le recevoir.
2° L'Évangile n'indique pas en quelle circonstance le sacrement fut institué; mais saint Jacques, v, 14-15, le mentionne de la manière la plus explicite : « Quelqu'un de vous est-il malade? qu'il fasse venir les prêtres de l'Église et que ceux-ci prient sur lui en l'oignant d'huile au nom du Seigneur. La prière de la foi sauvera le malade, le Seigneur le soulagera, et, s'il a des péchés, ils lui seront remis. » Dans ce texte sont énumérés toutes les conditions du sacrement. — 1° Le sujet. C'est un chrétien, quis in vobis : par conséquent celui qui n'est pas entré dans la communauté chrétienne par le baptême ne peut recevoir l'extrême-onction. Ce chrétien est malade, àa'lzvtï, infirmatur. Le verbe grec suppose, non la simple indisposition, mais la maladie sérieuse, Hippocrate, Vet. med.,12, qui a pour effet principal la perte des forces et l'acheminement vers la mort. Act. , xix, 12. D'ailleurs saint Jacques, au verset suivant, appelle le malade xip.vwv, ce qui indique un homme que le mal fatigue assez gravement. Le concile de Trente, ibid., III, s'en tient au sens général des expressions de l'Apôtre, quand il déclare que l'extrême-onction doit être « administrée aux malades, mais surtout à ceux qui sont si dangereusement abattus, qu'ils semblent arrivés à la fin de leur vie ». La gravité de la maladie suffit donc, sans le danger extrême, pour légitimer l'administration du sacrement. Telle est bien la pensée de saint Jacques. — 2° Le ministre. L'apôtre dit d'appeler les prêtres de l'Église, et, d'après le concile, le mot 7ipE<jë'jTÉpoi n'a pas ici simplement le sens d'anciens ou de chefs, mais celui de ministres sacrés, évêques ou prêtres. L'Apôtre parle de prêtres au pluriel. Dans les premiers siècles, le sacrement a été souvent administré par plusieurs prêtres à la fois. Concil. Cabillonense, xlviii, dans Labbe, Collect. Concil., t. vu, p. 1283; Chardon, Histoire des sacrements , Paris, 1874, p. 749-750. Mais on n'a jamais regardé comme essentielle à la validité du sacrement la présence de plusieurs prêtres ; car ceux qui n'ont qu'un seul prêtre à leur disposition seraient privés de l'extrême-onction. Le prêtre qui l'administre seul agit alors ce par la vertu de toule l'Église ». S. Thomas, Summ. cont. Gent., iv, 73. — 3° Les cérèmonies. Tout d'abord, les prêtres doivent prier sur le malade, èit aùt'ov, expression qui suppose une prière faite directement pour le malade et accompagnée d'une imposition des mains. Ensuite ils doivent l'oindre d'huile. L'huile est ici employée comme dans la confirmation, et comme l'eau dans le baptême ou le pain et le vin dans l'eucharistie, en tant que signe sensible de l'effet que produira le sacrement. De même que l'huile adoucit les plaies corporelles et fortifie les membres, ainsi l'extrême-
EXTRÊME-ONCTION — ÉZËCHIAS
onction produira sur l'àme des effets bienfaisants. L'huile signifie en particulier, dit le Concile, « la grâce du Saint- Esprit dont l'àme du malade reçoit l'onction invisible. »
— 4° Les effets. Saint Jacques eu indique trois. — 1. « La prière de la foi sauvera le malade. » Cette prière de la foi n'est pas une prière dépendant de la foi du ministre, mais celle qui tire sa valeur de la foi de l'Église, dont le prêtre n'est ici que l'organe. Cette prière suppose aussi la foi dans le malade, et plus cette foi est grande, plus la prière est efficace. Elle « sauvera le malade » quant à l'àme, mais non pas nécessairement quant au corps; autrement l'extrême -onction rendrait l'homme immortel.
— 2. « Le Seigneur le soulagera, » èfepeî, littéralement « l'éveillera », l'excitera, le mettra debout, lui qui était xi|ivuv, couché par le mal. Le concile explique ainsi ce mot : le sacrement « soulage et affermit l'àme du malade, en excitant en lui une grande confiance dans la divine miséricorde; ainsi soutenu, le malade supporte plus aisément les inconvénients et les fatigues de la maladie; il résiste plus facilement aux tentations .du démon et à ses embûches; et parfois il obtient la santé du corps, quand elle est utile au salut de l'àme ». Ce second effet vise donc lame directement , et atteint le corps indirectement et conditionnellement. — 3.« S'il a des péchés, ils lui seront remis. » Il s'agit ici, d'après saint Thomas, ibid., des péchés dont l'homme ne peut se purifier par la pénitence, parce qu'il n'a plus ni conscience ni souvenir, et aussi des péchés quotidiens dont la vie présente ne saurait être exempte-. Le concile ajoute que le sacrement « effaee les fautes qui sont encore à expier et les restes du péché ». — 5° L'usage. Saint Jacques suppose un rite sacramentel déjà existant, et il le rappelle au même titre que les autres pratiques religieuses dont il fait mention dans ce passage de son Épitre, la prière, le chant des psaumes, la confession des péchés, la correction fraternelle. — Il n'est pas question de l'extrême -onction dans les autres livres du Nouveau Testament; mais ce silence n'infirme en rien la valeur de la mention qu'en fait saint Jacques, parce que les Apôtres ne traitaient, dans leurs Épitres, que les sujets imposés par les circonstances. On ignore si les chrétiens de l'époque apostolique recevaient ce sacrement toutes les fois qu'ils étaient gravement malades. Néanmoins on conclut légitimement du texte de saint Jacques que l'extrême- onction peut se réitérer. Autrement le malade guéri une première fois serait privé du bienfait du sacrement quand une nouvelle maladie vient mettre ses jours en danger. H. Lesètre.
ÉZÉCHIAS. Hébreu : Jffizqiyyâh, Hizqiyijdhû et ~ïehizqiyydhù,« celui que Jéhovah fortifie «Septante: 'Lïsxia;. Nom d'un roi de Juda et de trois autres Israélites. Voir aussi Hezécias, t. m, col. 201.
1. ÉZÉCHIAS (sur les monuments cunéiformes : Hasa-qi-ya-hu Ya-hu-da-ai), fils et successeur d'Achaz, roi de Juda. IV Reg., xvi, 20. Sa mère se nommait Abia. Voir t. i, col. 41. Un ancêtre du prophète Sophonie,qui parait être le même qu'Ézéchias roi de Juda est appelé Ézécias dans la Vulgate, Soph. i, 1. Voir Ézéchias, col. 2162. Il avait vingt-cinq ans lorsqu'il monta sur le trône, et il régna vingt-neuf ans. Son règne commencé la troisième année d'Osée, roi d'Israël, dura de 720 à 607, selon la chronologie communément reçue, ou bien de 729 à 688, suivant une autre supputation. Il fut réparateur et agréable au Seigneur, et il ressembla à celui de David, le roi selon le cœur de Dieu. IV Reg., xvm, 1-3; II Par., xxix, 1-2. Les événements qui le remplirent sont racontés avec plus ou moins d'ampleur dans les récits parallèles du IVe livre des Rois et du IIe des Paralipomènes. L'auteur de ce dernier, d'après son plan particulier, insiste sur les réformes religieuses d'Ézéchias et passe rapidement sur les événements civils et politiques. Le premier narrateur, au contraire, se borne
à indiquer la restauration du culte et retrace longuement l'histoire politique du règne.
I. Réformes religieuses. — 1° Purification du Temple. — Ézéchias se montra toujours fermement attaché au culte de Jéhovah, et dès le début de son règne, par une décision prompte, qu'il exécuta sans recourir à aucune mesure de rigueur, il répara les ruines religieuses accumulées par son père. A peine sur le trône depuis un mois, il rouvrit les portes du Temple, fermées par Achaz, U Par., xxviii, 24, et il les fit couvrir de lames d'or. IV Reg., xvin, 16. Il convoqua les prêtres et les lévites. Quand ils furent assemblés sur la place qui était proche de la porte orientale du Temple, il leur adressa un discours et les exhorta à purifier la maison de Jéhovah et à enlever les immondices qui souillaient le sanctuaire. Nos pères, dit-il en substance, ont commis une grande faute et une grave offense envers le Seigneur en abandonnant son culte et en s'éloignant de son tabernacle. Les portes du vestibule ont été fermées , les lampes éteintes, l'encens a cessé de brûler, et les holocaustes n'ont plus été offerts au Dieu d'Israël. Ces crimes ont entlammé la colère de Jéhovah contre Juda et Jérusalem, et le Seigneur a livré son royaume infidèle à la destruction, à la ruine et à la moquerie. Les hommes ont péri par le glaive, les femmes et les enfants ont été emmenés en captivité. Ces tristes effets sont encore visibles à tous les yeux. Afin de réparer ces désastres et de détourner les nouveaux coups réservés aux coupables par la colore du Très-Haut, le pieux roi a résolu de rétablir l'alliance d'Israël avec Jéhovah, son Dieu. Il fait donc appel au zèle des ministres sacrés pour la restauration du culte divin, dont ils sont chargés. II Par., xxix, 3-11. Les prêtres et les lévites de Jérusalem exécutent avec empressement les ordres du roi. Les lévites purifient les parvis; les prêtres pénètrent dans le sanctuaire et en enlèvent les impuretés, qu'ils déposent dans le vestibule et que les lévites jettent dans le Cédron. Ce travail, commencé le premier de nisan, dura seize jours entiers : huit jours furent employés à la purification des parvis, et les huit autres à celle du sanctuaire. Lorsqu'il fut achevé, les prêtres en prévinrent le roi et lui annoncèrent que l'autel des holocaustes , la table de proposition et tous les vases sacrés, que son père avait profanés, étaient remis en place. II Par., xxix, 12-19. — Dès le matin du dixseptième jour, Ézéchias célébra avec les princes de Jérusalem la solennité publique de la purification du Temple. Il fit offrir des sacrifices : sept taureaux, sept béliers et sept agneaux furent immolés en holocauste; sept boucs furent tués pour les péchés d'Israël. La musique sacrée, organisée par David, avait été rétablie, et pendant l'oblation des sacrifices les lévites chantèrent les louanges de Jéhovah et les prêtres sonnèrent des trompettes et jouèrent des instruments. Le roi et tous ceux qui étaient côtés se prosternèrent ensuite et adorèrent le Seigneur. Ézéchias ordonna encore aux lévites de chanter quelques cantiques de David et d'Asaph. Il invita aussi le peuple à offrir des sacrifices de toute sorte : victimes pacifiques, victimes d'action de grâces et holocaustes. Les assistants répondirent à ce désir : soixante-dix taureaux, cent béliers, deux cents agneaux, furent brûlés en holocauste; six cents bœufs et trois mille moutons furent immolés comme victimes pacifiques et d'action de grâces. Les prêtres en état de remplir les fonctions sacerdotales n'étant pas assez nombreux pour suffire à tant de sacrifices et en •particulier pour dépouiller les animaux destinés à l'holocauste, les lévites, qui étaient là en grand nombre, durent les aider. Le culte divin fut ainsi complètement rétabli à Jérusalem, à la grande joie du roi et du peuple. II Par., xxix, 20-36.
2° Reprise de la solennité de la Pàque. — La fête de la Pàque n'ayant pu être célébrée à sa date régulière, le 15 nisan, Ézéchias décida, avec les princes de Juda et les notables de Jérusalem , qu'elle serait solennisée cette
FZECHIAS
année au milieu du second mois. La loi, Nom., rx, 6-13, autorisait ce délai pour les particuliers qu'une impureté légale ou un voyage avaient empêchés d'accomplir leur devoir au jour fixé. Dans les circonstances extraordinaires où on se trouvait, on se crut en droit d'appliquer exceptionnellement cette règle au peuple entier. Ézéchias fit donc convoquer la foule pour le quatorzième jour du second mois. Il dépécha des courriers, non seulement dans son royaume, mais encore dans toute l'étendue de celui d'Israël, de Bersabée à Dan. Ces courriers étaient porteurs d'un message royal, qu'ils publièrent à travers Israël et .luda. Ce message invitait les Israélites à revenir au culte du Dieu de leurs pères. Pour les y décider, le roi rappelait le châtiment récent, c'est-à-dire la dévastation du royaume de Juda par Théglathphalasar, II Par., XXVIII, 20, qu'avait attiré sur eux leur infidélité passée, et il leur adressait au nom de Jéhovah les promesses les plus consolantes pour l'avenir. On se moqua des courriers d'Ézéchias, et on les insulta dans les tribus d'Éphraim, di- Manassé et de Zabulon. Seuls quelques Israélites des tribus d'Aser, de Manassé , de Zabulon et d'Issachar répondirent à l'invitation du roi de Juda et vinrent à Jérusalem, liais, par un effet de la grâce du Seigneur sht les âmes, tous les habitants du royaume de Juda n'eurent à ce sujet qu'un seul cœur et entendirent l'appel de leur roi et de leurs princes. — Au second mois, une foule nombreuse se trouva donc rassemblée à Jérusalem pour célébrer la Pàque. Avant d'immoler l'agneau pascal, elle renversa les autels païens, qui avaient été élevés sous Achaz à tous les coins de Jérusalem, II Par., xxvm, 21. et les jeta dans le Cédron. Les prêtres et les lévites s'étaient purifiés, afin de remplir convenablement leurs fonctions. Comme les assistants n'étaient pas tous purs, les lévites présentèrent aux prêtres le sang des victimes. La plupart des Israélites n'étaient pas en état de manger l'agneau pascal. Ézéchias crut pouvoir passer outre, et il les autorisa à prendre part à la fête. Il pria pour eux et demanda à Dieu de leur pardonner cette infraction légale en raison do leurs bonnes dispositions. Jéhovah exauça la prière du roi. Les sept jours de la solennité furent célébrés avec une grande joie. Chaque jour on mangea le pain azyme, on offrit des sacrifices pacifiques, on chanta les louanges de Jéhovah, et les cantiques étaient accompagnés par le son des instruments de musique. Le roi adressa aux lévites d'affectueuses paroles de reconnaissance et d'encouragement. La foule voulut prolonger la sept autres jours. Ézéchias fournit alors mille taureaux et sept mille brebis; les princes donnèrent mille taureaux et dix mille brebis. Les prêtres, se purifiant en plus grand nombre, offrirent les sacrifices, et la joie de la foule fut extrême. Pareille solennité n'avait pas eu lieu à Jérusalem depuis la fête de la Dédicace du Temple, qui avait duré quinze jours. II Par., vu, 0. Au quatorzième jour, les prêtres et les lévites bénirent le peuple; leur prière pénétra jusqu'au ciel et fut exaucée. Il Par., xxx, 1-27. 3° Extirpation de l'idolâtrie et réorganisation du culte. — De retour dans leurs maisons, les Israélites brisèrent les idoles, abattirent les bois sacrés, ruinèrent les hauts lieux et renversèrent les autels consacrés aux faux dieux. II Par., XXXI, l. Ézéchias favorisait dans son royaume cette extirpation de l'idolâtrie. Il fit même mettre en pièces le serpent d'airain, élevé par Moisi-, Num., XXI, 8 et 9, parce que les Israélites brillaient devant lui de l'encens. IV Reg., xvm, 4. Ce n'était pas une idole; mais, disent les rabbins, les Israélites s'égaraient à sa vue. Talmud de Jérusalem, Aboda Zara, m, 3, trad. Schwab, t. xi, Paris, 1889, p. 211. — Le pieux roi ne borna pas là ses rétormes religieuses. Il reconstitua les classes de prêtres et de lévites, que David avait établies et qui avaient sorganisées sous le règne d'Achaz, et il attribua à chacune d'elles un office propre. Il se chargea de fournir des divers sacrifices qu'ordonnait la loi de Moïse, et il voulut qu'on la prit sur ses biens. L'offrande
était considérable, car le nombre des victimes immolées dans le cours d'une année était assez élevé. Le roi donnait l'exemple avant le précepte, car il prescrivit en même temps à ses sujets de payer exactement aux prêtres et aux lévites, afin qu'ils pussent vaquer librement à leur ministère, les revenus marqués par la loi, les prémices et la dime. Les habitants de la capitale obéirent aussitôt et avec empressement à l'ordre royal. Ceux des autres villes de Juda apportèrent la dime de toutes leurs récoltes au troisième et au septième mois. Les offrandes formaient des monceaux , qui restaient exposés au grand air. Le roi, étant venu au Temple, les vit et bénit le Seigneur et le peuple d'une si grande abondance; mais il demanda pourquoi les offrandes étaient ainsi amoncelées. Le grand prêtre Azarias répondit que, chacun ayant pris sa part, il restait encore des dons, si généreusement apportés par le peuple. Pour conserver ce surplus, Ézéchias lit préparer dans le Temple des chambres qui serviraient d'entrepôts. On l'y déposa, et des lévites furent préposés les uns à sa garde, les autres à sa distribution. Ils rendaient compte de tout au roi et au grand prêtre. II Par., xxxi. 1-19.
4" Activité littéraire; collection des Proverbes. — Nous pouvons rattacher aux réformes religieuses d Ézéchias ce que nous savons sur le soin qu'il fit prendre de rassembler des Proverbes de Salomon. Le recueil des Proverbes, xxv-xxix, a été formé par « les hommes d'Ézéchias », qui ont ainsi réuni et transcrit une partie des trois mille sentences prononcées par Salomon. On a faij de ces hommes d Ézéchias une sorte d'académie royale, qui s'occupait de littérature. Le Talmud leur attribuait la composition ou plus probablement la publication et l'édition d'Isaïe, des Proverbes, du Cantique et de l'Ecclésiaste. Voir Canon, col. 140. Les rationalistes se plaisent à faire d Ézéchias un lettré, pénétré de la culture littéraire d'Isaïe et de Michée, ses contemporains. Ils attribuent à son siècle le grand travail littéraire qui devait produire ce que nous appelons les livres et les institutions de Moïse. De toutes ces suppositions il n'y a rien à retenir, sinon que le second livre du Psautier hébraïque aurait peut-être été compilé du temps d'Ézéchias. Vigouroux, Manuel biblique, '.i édit., 1896, t. il, p. 334.
En accomplissant ces réformes religieuses, Ézéchias fit ce qui était bon, droit et vrai devant Jéhovah. Parce qu'il cherchait Dieu de tout son cœur, il restaura suivant les règles tout le service du Temple. 11 avait mis toute son espérance en Jéhovah, et sous ce rapport il n'eut pas son pareil avant ou après lui parmi les rois de Juda. Il demeura fidèle au Seigneur et ne s'écarta pas de ses voies ; il observa tous les préceptes de la loi. C'est pourquoi le Seigneur était avec lui, et il prospérait dans toutes ses entreprises. IV Reg., xvm, 5-7; 11 Par., xxxi, 20 et 21
IL Événements politiques. — 1° Premiers actex et premiers succès. — Dès le début de son règne. Ézéchias résolut de rendre son royaume entièrement indépendant. Son père Achaz l'était soumis comme vassal au roi de Ninive, et il avait acheté par des présents le secours de Théglathphalasar pour le délivrer de la ligue formée contre lui par Phacée, roi d'Israël, et Rasin, roi de Syrie. IV Reg., XVI, 7-9. Voir t. i, col. 133-134. Depuis lors Samarie avait été prise par Salmanasar; les années ■ le l'Egypte et du roi de Gaza avaient été défaites à Raphia par Sargon; la ville d'Azot avait été conquise et les cités philistines dévastées par le tartan d'Assyrie. La puissance ninivite enfermait donc la Palestine comme dans un cercle de fer. Cette situation si défavorable n'abattit pas le coul Ezéchias. Le roi de Juda secoua le joug des Assyriens et ne voulut plus leur être asservi; il cessa de payer le tribut. IV Reg., xvm, 7. On ignore la date de cet événement. On peut penser qu'Ezécbias vit dans la mort de Sargon, survenue en 705, une occasion favorabl de rompre les liens de vassalité qui l'attachaient à Nu ne. F. Vigoureux, La Bible et les découvertes moderne*,