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qui non seulement rétablira toutes choses dans leur état primordial, mais encore les élèvera à la perfection finale à laquelle elles étaient primitivement destinées. Crelier, Les Actes des Apôtres, Paris, 1883, p. 44. Plus tard, le même apôtre écrivait : « Nous attendons, selon la promesse de Dieu, de nouveaux deux et une nouvelle terre, dans lesquels la justice habite, » II Petr., ni, 13, une création nouvelle, qui servira de séjour aux justes ressuscites et glorifiés. Saint Jean, Apoc, xxi, 1-5, a vu la réalisation de ces nouveaux cieux et de cette nouvelle terre. Les premiers ont passé, et il n'y a plus de mer. A leur place, le prophète aperçut une Jérusalem nouvelle, une cité sainte qui est la demeure de Dieu parmi les hommes, et Jésus lui dit que tout était renouvelé. Saint Paul, Rom., VIII 19-22, a donné la raison de la restauration finale de toutes choses. Il a déclaré que toutes les créatures irraisonnables attendent et désirent d'être délivrées de la corruption à laquelle elles étaient assujetties, pour un temps et contre leur propre gré, par la volonté de Dieu, qui a maudit le monde et l'a soumis à l'altération et au dépérissement à cause du péché d'Adam. Elles gardent l'espérance d'être affranchies de cette servitude et d'avoir part à la liberté et à la glorification des enfants de Dieu. De corruptibles qu'elles étaient, elles deviendront incorruptibles. Jusqu'alors elles gémissent et souffrent les douleurs de l'enfantement; mais elles formeront un jour un monde nouveau, incorruptible et glorieux. Beelen, Comment, in Epist. S. Pauli ad Romanos, Louvain, 1854, p. 251-257; Cornely, Comment, in E/iist. ad Romanos, Paris, 1896, p. 423-434. On peut aussi entendre dans le même sens la parole de saint Paul, que Dieu voulait « restaurer toutes choses en Jésus-Christ », Eph., I, 10, toutes celles qui se trouvent au ciel et sur la terre. Cf. Atzberger, Die christliche Eschatologie, 1890, p. 372-374; B. Jungmann, Tractatus de novissimis, 3e édit., Uatisbonne, 1885, p. 275-287; Stentrup, Prselectiones clogmalicx de Verbo incarnato, Soteriologia , t. n, Inspruck,
III. Époque. — Si la fin du monde doit être produite par les causes naturelles que lui assignent les savants, c'est à très longue échéance qu'elle aura lieu. L'Ecriture, qui la présente plutôt comme l'effet d'une catastrophe accidentelle et soudaine , l'a toujours rattachée à la date du second avènement du Messie.
/. da.vs L'AScies testament. — Chez les prophètes de l'ancienne alliance, le jugement du monde par Dieu et la transformation de l'univers sont rapportés « au jour du Seigneur », « à la lin des jours, » c'est-à-dire aux temps messianiques. Ils semblent être mis sur le même plan que les autres actes du Messie rédempteur. En tout cas, ils ne sont pas attribués expressément à des périodes distinctes de l'époque messianique; mais cetle époque, qui est la dernière de l'histoire de la rédemption, devra avoir une durée assez longue pour que l'œuvre du Messie soit réalisée dans son entier et reçoive son plein accomplissement. Les faits qui termineront l'époque messianique se produiront donc dans un délai assez considérable, quoique indéterminé. Atzberger, Die christliche Eschatologie, p. 78. La même observation peut être faite au sujet des ouvrages juifs non canoniques et antérieurs a Jésus-Christ. La tin des temps et la venue du Messie y désignent toute l'époque messianique, dont la durée reste indéfinie. Atzberger, Eschatol., p. 171-174.
//. dans le nouveau testament. — On trouve nettement établie dans le Nouveau Testament la distinction d'une double venue ou apparition du Messie sur la terre. La première, qui a eu lieu dans l'humiliation et la souffrance, a fourni aux hommes, par l'enseignement et la mort de Jésus-Christ, les moyens et les conditions de la rédemption cl du s.ilut. La seconde, qui sera glorieuse et triomphante, appliquera a l'univers entier les effets de la rédemption cl coïncidera avec la fin de ce monde et la consommation de toutes choses. Atzberger, Eschatol-,
p. 190-197 et 298-299. Ce second avènement du Sauveur est appelé 7ixpov<r:'a, « avènement, » Matth., xxiv, 3, 27;
I Cor., xv, 23; I Thess., u, 19; m, 13; II Thess., n, 1; Jac, v, 7 et 8; ÈTiiçaviia, « manifestation, » I Tim., vi, 14;
II Tim., iv, 1 et 8; lnijâveta tt,ç S65t,ç, « manifestation glorieuse, » Tit., n, 13; î-i^iven vîjç ïtocpouai'a;, II Thess., Il, 8; ànoxâXutpi; , « révélation, » Il Thess., i, 7; xt.oy.£- ).u4"Ç tri; 8o5r,;, I Petr., IV, 13. L'époque en est souvent indiquée d'une façon vague et générale par les expressions « jour du Seigneur », f,u=pa to-j xupfo-j 'Ir,<roû,
I Cor., i, 8; v, 5; Il Cor., i, 14; IThess., v, 2; Phil., i,6;
II Petr., m, 10, ou simplement f^lpa, I Cor., m, 13, ou enfin étr/àTr, r{iiipx, Joa., VI, 39, 40, 44, 54; xi, 24, jour auquel aura lieu la résurrection générale.
2° Ce qu'a dit Notre- Seigneur sur la fin du monde. — Le Messie, venu une première fois sur la terre dans la faiblesse de la chair, a annoncé lui-même à ses Apôtres son retour dans la gloire el la majesté pour juger tous les hommes, Matth., xvi, 27; Marc, vin, 38; Luc, ix, 20, et il leur a promis de les associer à ce jugement universel. Matth., xix, 28; Luc, xxn, 30. Dans les derniers jours de sa vie, il a décrit la scène de ce jugement. Matth., xxv, 31 -40. Il a donné à Caïphe, comme preuve de sa divinité, l'assurance de son second avènement dans la gloire. Matth., xxvi, 64; Marc, xiv, 62. Mais le plus souvent Jésus a uni la prophétie de son retour à la prédiction de la ruine de Jérusalem et à la fin de la nationalité juive. Les exégètes rationalistes en concluent généralement que le Sauveur a placé sur le même plan les deux événements, qu'il a indiqué ainsi comme prochain son dernier avènement, et que sa prédiction ne s'est pas réalisée. Avant d'avoir été détrompés par l'événement, les Apôtres y avaient ajouté foi; à la suite de leur Maitre, ils avaient annoncé comme prochaine la fin du monde , et ils avaient tiré de là de pressantes exhortations à se convertir et à mener une vie parfaitement chrétienne. Aussi toute la première génération chrétienne s'attendait à voir le Fils de Dieu reparaître sur celte terre et le monde présent finir, avant même que les contemporains de Jésus eussent tous fermé les yeux. Reuss, Histoire de la théologie chrétienne au siècle apostolique, 3e édit., Strasbourg, 1864, t. I, p. 217-261; Renan, Vie de Jésus, 13e édit., Paris, 1867, p. 286-288; A. Réville, Jésus de Nazareth, Paris, 1897, t. n, p. 306-308; M. Vernes, Histoire des idées messianiques, Paris, 1874, p. 237-264.
Cetle croyance des premiers chrétiens à la proximité, sinon à l'imminence même du retour de Jésus et de la fin du monde, a donné lieu à bien des explications divergentes. La plus simple et la plus radicale consiste à nier le fait et à dire que tous les passages du Nouveau Testament desquels on prétend l'inférer ne concernent pas le dernier avènement visible du Sauveur, mais seulement son avènement invisible par la destruction de Jérusalem et la fin de la nationalité juive. Le Camus, La Vie de Notre- Seigneur Jésus-Christ, 2e édit., Paris, 1887, t. m, p. 101- 122; Haghebaert. L'époque du second avènement du Christ, dans la Revue biblique, t. m, 1894, p. 71-93. Quelques-unes des paroles du Sauveur el de ses Apôtres peuvent assurément être restreintes à l'annonce de la ruine prochaine de Jérusalem. Ainsi, quand Jésus prédit à ses Apôtres les persécutions qu'ils subiront dans l'accomplissement de leur mission, il leur donne le conseil de fuir d'une cité à l'autre, ajoutant : « En vérité, je vous le dis, vous n'aurez pas achevé de parcourir les villes d'Israël avant que le Fils de l'homme ne vienne. » Matth., x, 23. L'avènement dont il est ici question n'est pas nécessairement celui du jugement dernier, comme le croient Schanz, Commentar ïtber das Evangelium des heiligen Malthâus , Fnbourg-en-Brisgau, 1879, p. 298, et Knabenbauer, Comment, in Evang. sec. Matthseum, Paris, 1892, t. I, p. 397-398; mais il peut fort bien être celui de la ruine de Jérusalem, qui sera une manifestation éclatante de sa souveraine justice. Fillion, Évangile selon
FIN DU MONDE
saint Matthieu, Paris, 187S, p. 207-208. On peut plus facilement encore l'apporter au même événement la parole de Jésus : « En vérité, je vous le dis, il y en a plusieurs de ceux qui sont ici présents qui ne mourront point avant qu'ils n'aient vu le Fils de l'homme venant dans son royaume. » Matth., xvi, 28. Cf. Marc, vin , 39; Luc, IX, 27. Au verset précédent, il est vrai, Notre -Seigneur avait parlé de son dernier avènement pour juger tous les hommes. Il n'en faudrait pas conclure qu'il s'agit encore, dans la suite , du même avènement. Les sentences sont détachées, et le contexte écarte toute liaison directe. Le seul rapprochement possible, c'est qu'au f. 28 il est question d'une manifestation du pouvoir judiciaire du Sauveur. Ce sera une venue du Fils de l'homme, non pas eiç tt,v [SauiXdav oc-jtoû, mais èv r/j (SïtiXeéx aOtoO, c'està-dire à l'époque où il sera dans son royaume, où il sera revêtu de la gloire [et de la majesté royale. Or comme quelques-uns, tiveç, de ses auditeurs devaient être témoins de cette manifestation du pouvoir judiciaire de Jésus, il est légitime de penser qu'elle a eu lieu dans la ruine du peuple juif et de Jérusalem, sa capitale. Fillion, S. Matthieu, p. 332-333; Schanz, op. cit., "p. 384-385; Knabenbauer, /;* Matth., t. n, p. 76-78. Mais il est plus difficile de soutenir que le grand discours tenu par Jésus à ses Apôtres quelques jours avant sa mort, Matth., xxiv ; Marc, xhi ; Luc, xxi, puisse être entendu exclusivement de la terrible catastrophe qui entraîna la perte de la nationalité juive. La majorité des interprètes admet qu'il concerne à la fois la ruine de Jérusalem et la fin du monde.
Notre -Seigneur, en effet, avait réitéré ses menaces contre Jérusalem, en affirmant que la génération présente en verrait la réalisation. Matth., xxm, 36-38. En sortant du Temple, il avait annoncé à ses disciples la destruction totale de ce solide édifice. Matth., xxiv, 1 et 2. Assis sur le mont des Oliviers, quatre de ces derniers l'interrogent sur la date et sur les signes de ces événements. D'après saint Matthieu, xxiv, 3, ils demandent en même temps quel sera le signe de la parousie et de la consommation du siècle. Quelle qu'ait été la pensée des Apôtres, qui peut-être réunissaient dans leur esprit la ruine de Jérusalem et la fin du inonde, et croyaient que les mêmes signes présageraient les deux événements, Jésus ne répond pas directement à leur question et ne dit pas un mot de la destruction du Temple. Son discours comprend des descriptions apocalyptiques et des exhortations morales. La partie apocalyptique, que les commentateurs partagent de différentes façons , annonce successivement ou simultanément, selon les interprétations, la ruine de Jérusalem et la dernière venue du Sauveur. Or ces événements si distants, qu'ils soient simplement juxtaposés ou qu'ils soient entremêlés dans le récit des trois Synoptiques, semblent, au moins de prime abord, rapprochés par le temps de leur réalisation et ne former qu'une série de faits dont l'accomplissement parait prochain. Ainsi l'apparition des faux Messies, les guerres et les bruits de guerre précéderont la fin, -b -é'/.o:, Matth., xxiv, 6; avec les révolutions, les pestes, les famines et les tremblements de terre, ils ne seront que le commencement des douleurs, nivta Se xaûra àf/j, wSs'vwv. Matth., xxiv, 8. Les disciples de Jésus auront leur part dans ces épreuves. Matth., xxiv, 9. Toutefois, il faut d'abord que l'Evangile soit prêché dans la terre entière, et ce sera alors seulement que viendra la fin, «1 tôte ffi/a t<S téXo?. Matth., xxiv. 14. La prédiction de la profanation du Temple de Jérusalem par les Romains et des circonstances qui l'accompagneront est tellement combinée avec celle des signes de la fin des temps et de la parousie, que les commentateurs ne savent à quoi rattacher au juste le rapprochement de temps établi par les mots de saint Matthieu, xxiv, 29 : « Aussitôt après la tribulation de ces jours. » La parabole du figuier signifie que l'accomplissement des préliminaires de la parousie fera juger celle-ci prochaine. Or ces préliminaires et la parousie elle-même
semblent devoir se réaliser dans un avenir très rapproché, puisque la génération présente ne passera pas que tout cela ne soit arrivé. Matth., xxiv, 3i. Toutefois, si l'événement est prochain, personne, ni les anges du ciel, ni même le Fils, Marc, xm, 32, ne sait ni le jour ni l'heure où il se produira; le Père seul les connaît. Matth., xxiv, 36. La parousie du Fils de l'homme sera soudaine el surprendra les humains, comme autrefois le déluge a surpris les contemporains de Noé. « Veillez donc, ajoute Jésus en s'adressant à ses disciples, puisque vous ignorez à quelle heure votre Maître viendra. » Matth., xxiv, 42. Les autres exhortations morales contiennent et répètent la même leçon de vigilance , fondée sur l'incertitude de l'heure do la parousie. Mais cette leçon s'appuie-t-elle en outre sur la proximité de cet événement final? En d'autres termes, Notre -Seigneur a-t-il annoncé son second avènement, prélude de la fin du monde, comme prochain et comme devant suivre de près la profanation du Temple de Jérusalem par les Romains et la destruction de la cité sainte? Difficile question, qui a toujours préoccupé les exégètes et a reçu des solutions très divergentes.
Les rationalistes et des protestants ultra-libéraux, pour lesquels Jésus n'est qu'un homme, n'hésitent pas à déclarer qu'il s'est trompé sur les circonstances de son avènement et spécialement sur l'époque de son retour, dont il a prédit l'imminente proximité. Strauss, Vie de Jésus, trad. Littré, 3» édit., Paris, 18G4, t. n, p. 335-351; Der alte und neue Glaube, 1872, p. 79; Renan, Vie de Jésus, 13e édit., Paris, 1867, p. 288-289; P. Haupt, Die eschatologischen Aussagungen Jesu in den synoptichen Evangelien, in-8°, Berlin, 1895; P. Schwartzkoplf, Die Weissagungen Jesu Chrisli von seinen Tode, Auferstehung und Wiederkunft tend ihre Erfùllung , in-8", Gœttingue, 1895; Id., Konnte Jésus irren"? in-8°, Giessen, 1896; Id., Die Irrtumlosigkeit Jesu Christi und der christ* liche Glaube, in-8», Giessen, 1897, p. 78-98; H. J. Holtzmann, Lehrbuch der neutestamenllichen Théologie, in-8°, Fribourg-en-Brisgau et Leipzig, 1897, t. i, p. 325-337. Les anciens rationalistes n'étaient pas aussi hardis que leurs successeurs. Ils n'admettaient pas que Jésus se soit trompé sur son second avènement et sur sa proximité; ils prétendaient seulement que Jésus -Christ, tout en sachant fort bien que son second retour n'aurait lieu que bien plus tard, s'était accommodé à la croyance de ses disciples, et comme ceux-ci partageaient les espérances juives, qui rattachaient la fin du monde à la ruine de Jérusalem, il avait présenté son second avènement dans une certaine liaison avec la prédiction de la fin d'Israël, afin d'en tirer des conclusions morales et d'élever ses disciples à des idées plus spirituelles sur le royaume de Dieu. Von Colin, Biblische Théologie, t. n, § 136, 166; Bohme, Versuch das Geheimniss des Menschensolins zu enthïdlen, p. 158. Ces deux explications, qui supposent que Jésus aurait partagé les idées fausses de ses compatriotes , au
moins les aurait acceptées pour en tirer des leçons de vertus et les faire servir aux intérêts de sa cause, ne se concilient ni avec le dogme de la divinité de Jésus ni même avec l'idée que les Évangiles nous donnent de son caractère, de la sainteté de sa vie et de la sagesse profonde qui se manifeste dans tous ses actes et ses paroles. Elles font du Sauveur du monde un trompé ou un trompeur; elles sont donc inconciliables avec la foi chrétienne et, par suite, inadmissibles.
Un théologien catholique, le docteur Schell, professeur à l'Université de Wurzbourg , a proposé une explication analogue à celle des rationalistes contemporains, Katholische Dogmatik, Paderborn, 1892, t. m, p. 142-147. Prenant à la lettre la parole de Jésus : « Le Fils lui-même ignore le jour et l'heure de la parousie, » Marc, xm, 32, il admet dans l'âme humaine de Jésus une ignorance véritable de ce jour et de cette heure. Sans doute, comme Verbe, Jésus connaissait cette date; mais dans son humanité, dans l'exercice de son ministère et l'accomplisse-
FIN DU MONDE
ment de son œuvre rédemptrice, il l'ignorait. Pour expliquer son langage sur la proximité de la parousie et de la consommation des choses, il faut reconnaître que la connaissance qu'il a eue de l'avenir, durant sa vie mortelle, n'a pas été complète. Elle se bornait à ce qu'il lui était nécessaire de savoir en vue de remplir sa mission terrestre, et elle était indéterminée quant à certains détails de son second avènement , notamment celui du temps où se produira la parousie. Du reste, la limitation de la science de Jésus a des raisons économiques, au sens théologique du mot économie; elle est une condition de sa mission terrestre et de son abaissement volontaire. Son intelligence humaine a conçu l'idée d'une grande manifestation de sa gloire dans un avenir très rapproché ; elle a associé Ja ruine du peuple juif au bouleversement final de l'univers et s'est représenté les deux événements sous des formes symboliques, comme un jugement de Dieu s'exerçant à la fois sur tous les hommes. Elle n'avait donc pas une vision complète et distincte de la réalité future; elle se la figurait dans un tableau dont les traits étaient empruntés aux anciennes prophéties pour caractériser le présent et l'avenir mêlés dans un fond unique sans perspective. Cf. A. Loisy, L'Apocalypse synoptique, danslaijevue biblique, 1896, p. 335-343. La Dogmatik du DrSchell a été mise à Y Index (décret du 15 décembre 1898). Les théologiens catholiques affirment qu'à partir du VIe siècle il existe un enseignement unanime au sujet de la science humaine de Jésus- Christ, qu'on reconnaît parfaite et complète, enseignement dont il serait téméraire de s'écarter. La perfection de la science naturelle du Verbe incarné leur parait une conséquence nécessaire de l'union hypostatique. Ils diffèrent sans doute dans la manière d'expliquer l'ignorance avouée par Jésus du jour et de l'heure de son dernier avènement. Ils l'expliquent de préférence par des raisons dérivant de la divine économie de l'Incarnation, mais dans un autre sens que celui que propose le docteur Schell. Ils disent que Jésus ne connaissait pas ce jour d'une science communicable; il le connaissait, mais il n'avait pas reçu la mission de le révéler. Franzelin, Tractatus de Verbo incarnato, 3° édit., Rome, 1881, p. 425-427; Stentrup, Prœlectiones dogmaticse de Verbo incarnato, Christologia, t. H, Inspruck, 1882, p. 1113-1139. Cf. Knabenbauer, Comment, in Evangel. secundum Marcum, Paris, 1894, p. 354-357.
D'autres critiques rationalistes, n'osant pas attribuer à Jésus une erreur sur la date de son dernier avènement, l'ont rejetée sur ses Apôtres, qui ont mal compris et mal interprété les paroles de leur Maître. Ils ont en conséquence déclaré que les discours eschatologiques, rapportés dans les trois premiers Evangiles, n'étaient pas authentiques, Baur, Neutestamenlliche Théologie, p. 107, ou au moins avaient été altérés et interpolés par les évangélistes. Ceux-ci, imbus des idées juives et partageant les espérances de leurs coreligionnaires sur le règne glorieux du Messie, n'ont pas compris les images prophétiques qu'avait employées leur Maître pour décrire l'avenir de son œuvre plus spirituelle que temporelle. A la prophétie de la ruine de Jérusalem, ils ont réuni des discours tenus par Jésus sur d'autres sujets et en d'autres circonstances, et ils ont formé un amalgame de paroles divergentes, qui n'expriment pas la véritable pensée du Sauveur. Colani, Jésus -Clirist et les croyances messianiques de son temps, 2e édit., Strasbourg, 1864. p. 1 12-2 1 5 ; E. de Pressensé, Jésus-Christ, son temps, sa vie, son
. 2- édit., Paris, 1806, p. 585-590; Jean Weber, La parousie de Jésus -Christ d'après les quatre Évangiles, Strasbourg, 1841; L. W'ill, Les idées eschatologiques d'après les Évangiles synoptiques, Strasbourg, 1866. ii :i n'avait établi aucun rapport chronologique entre l'annonce de sa parousie et celle de la ruine de Jérusalem. Ce sont ses disciples qui rapprochèrent les deux
i introduisirent dans l'expression de la pensée du Maître une liaison qui était étrangère à son esprit. Plu-
sieurs de ces critiques estiment même que le rapport chronologique entre ces deux événements parait moins étroit dans la relation de saint Luc que dans celles de saint Matthieu et de saint Marc. Les plus anciennes, qui étaient peut-être antérieures à la catastrophe qui ruina Jérusalem, confondaient presque les deux prédictions. Celle de saint Luc, rédigée après la réalisation de la première, trahit déjà la préoccupation d'expliquer le retard que subit le retour du Sauveur. Saint Jean n'en parle plus dans son Évangile et donne au second avènement de Jésus un caractère tout spirituel. — D'abord il est faux que saint Jean , quoiqu'il rapporte spécialement l'enseignement spirituel de Jésus, ignore entièrement le second avènement de son Maître. Quelques commentateurs estiment que Jésus en parle dans son discours après la Cène. Si Jésus retourne à son Père, c'est pour préparer une place aux siens; mais il reviendra, les prendra et les emmènera avec lui. Joa., xiv, 2-3. Cette venue nouvelle ne peut désigner que le second avènement, Schanz, Commenta)- ùber das Evangeliuni des ' heiligen Johannes, Tubingue, 1885, p. 473, ou si elle est commencée à la mort de chacun des disciples, elle aura son parfait accomplissement au dernier avènement de Jésus. Corluy, Comment, in Evang. S. Joannis, 2« édit., Gand, 1880, p. 341. Après sa résurrection, Jésus, ayant prédit à Pierre le genre de mort qui lui était réservé, refusa de faire connaître le sort de Jean. Des paroles de Jésus les disciples conclurent que Jean ne mourrait pas , mais serait réservé pour la seconde venue du Sauveur. L'évangéliste repousse la fausse conclusion tirée au sujet de son immortalité et distingue exactement le sens des paroles de Jésus. Joa., xxi, 22-23. Saint Jean connaissait donc au moins l'attente que les disciples avaient de la seconde venue du Sauveur. Schanz, Commentai', p. 590. *Du reste le dernier évangéliste avait traité de la parousie du Seigneur dans ses Épîtres et dans l'Apocalypse. Voir plus loin. — 11 n'est pas, en outre, vraisemblable que les Apôtres aient mal compris et mal interprété, dans leur enseignement officiel, la pensée du Maître sur son dernier avènement. Les évangélistes ont rapporté exactement les discours de Jésus. — Pour expliquer la difficulté qu'il présente, des commentateurs ont recouru à l'hypothèse d'un sens spirituel, caché sous la lettre. Toute la prophétie de Jésus doit s'entendre à la lettre de la ruine de Jérusalem; cependant les images grandioses par lesquelles s'ont indiqués les signes ou les pronostics de cet événement ne sont que des symboles , des figures de la réalité , proférées seulement pour faire ressortir la grandeur de cette première catastrophe ; elles ne se réaliseront donc pas à la lettre, et il faut les entendre comme des métaphores. Mais sous ce sens littéral figuré se cache un sens typique, relatif à la fin du monde. La destruction de Jérusalem doit être considérée comme le type de la dernière catastrophe, et en raison de l'union si étroite qui existe toujours dans les prophéties entre le type et l'antitype, les deux sens se mêlent et se confondent. Le Sauveur avait principalement en vue le sens spirituel; les scènes grandioses et terribles des apprêts du jugement étaient présentes à sa pensée, et il leur a emprunté les couleurs sous lesquelles il a décrit les calamités de la fin du monde juif. Aussi les figures prophétiques et symboliques de la ruine de Jérusalem se vérifieront dans leur sens propre aux derniers jours de l'univers. La proximité, l'imminence même des malheurs prédits ne concerne que la ruine de la cité sainte, type de la fin du monde; celle-ci est au point de vue du temps sans connexion immédiate avec les événements rapprochés qu'annonçait Jésus -Christ. Tri a été le sentiment de Calmet, Commentaire littéral, 2e édit., Paris, 1726, t. >n, p. 211; de Bergier, Dictionnaire de théologie, art. A vènerhent, Paris, 1789, 1. 1, p. 345; deDœllinger, Le christianisme et l'Eglise, trad. franc., p. 330; du P. de Buck, Manuel de la Passion de .Y.- S. J.-C, trad. franc., Lille, 1885, p. G3-G6; du P. Corluy,
FIN DU MONDE
Fin du monde, dans le Dictionnaire apologétique de la foi catholique, de Jaugey, Paris, 1889, col. 1275- 1-277; et parmi les protestants, celui d'Eichhorn, Allgemeine Bibliothek der biblischen Litteratw, t. m, p. 075 , 692 et 1058, et de Kuinoel, Commentarius in libros N. T. historicos, t. i, p. 644-684.
Comme l'existence du sens typique dans le Nouveau Testament n'est pas généralement admise, la plupart des interprètes ne reconnaissent au discours de Notre-Seigneur que le sens littéral, qui se réfère successivement à l'un des deux événements, réunis de telle sorte, que Jésus parle tantôt de la ruine de Jérusalem, tantôt de sa dernière venue, ou simultanément aux deux. Dans cette dernière explication et suivant une théorie empruntée à Hengstenberg, Christologie des Alt. Test., t. I, 1» pars, p. 305, le discours eschatologique de Jésus, ainsi que beaucoup de prophéties de l'ancienne alliance, reproduit comme dans un tableau sans perspective deux objets très distants l'un de l'autre, qui sont juxtaposés dans le même plan et, pour ainsi dire, mêlés et confondus. Le Sauveur a donc passé d'un objet à l'autre, et c'est le rôle de l'interprète de distinguer, autant qu'il le peut, les deux objets réunis. Or la description des signes précurseurs de la ruine de Jérusalem et de la fin du monde peut se partager en trois parties. La première, Matth., xxiv, 4-14, traite alternativement des deux faits et indique leurs pronostics communs. Notre -Seigneur les envisage comme s'ils n'étaient qu'un seul et même acte, comme le commencement et la fin du jugement de Dieu sur l'humanité et le monde. Le y. 14, qui fournit une indication de temps, signifie alors que l'Évangile doit être prêché dans tout l'empire romain avant la destruction de Jérusalem, et sur toute la terre avant la fin du monde. Jésus fait connaître ensuite en détail les deux époques initiale et finale de sa parousie. Il suit l'ordre des temps et décrit d'abord, Matth., xxiv, 15-22, la ruine de la nationalité juive, les calamités et les signes qui la caractériseront. Il parle enfin, Matth., xxiv, 23-135, spécialement de la fin du monde. Les deux descriptions sont rattachées, il est vrai, par l'adverbe de temps tots, tune, comme les circonstances du même fait le sont un peu auparavant. Matth., xxiv, 16-21. Cette ressemblance de liaison chronologique n'arrête pas les exégètes, qui introduisent ici un long intervalle de temps. Le brusque changement des matières est exigé par le contexte, qui ne peut être interprété que du second avènement du Sauveur. Dans ces conditions, le rapport chronologique indiqué au y. 29 relie seulement les différentes scènes de la dernière venue de Jésus. La proximité, annoncée au y. 33 comme conclusion de la comparaison avec le figuier, est relative aux suprêmes événements. Quand tous les signes prédits seront réalisés, la venue du Messie sera proche. La génération qui n'aura pas cessé d'exister avant que tout cela n'arrive, y. 34, ne désigne pas les contemporains de Jésus; mais ou bien la race juive, ou bien la génération chrétienne, ou même la race humaine tout entière. Quant au jour et à l'heure des derniers événements, ils sont inconnus et incertains. Matth., xxiv, 36. Schegg, Evangelium nach Malthàus, t. m, Munich, 1858, p. 231-2S0; Stier, Die Heden des Berrn Jesu, 3e édit., Barmen et Elberfeld, 1866, t. ni, p. 4S6-529; Fillion, Évangile selon saint Matthieu, Paris,
1878, p. 456-480; Schanz, Commentai' iXber das Evangelium des heiligen Malthàus, Fribourg-en-Brisgau,
1879, p. 476-491; Van Steenkiste, Evangelium secundum Matthxum, 3« édit., Bruges, 1880, t. H, p. 843-868.
Les interprètes précédents recourent , pour expliquer les passages les plus difficiles, à l'hypothèse du double sens littéral, qui est fort contestable. Il vaut mieux, nous semble-t-il, ne rechercher qu'un seul sens littéral. La première partie du discours, xxiv, 4-14, n'est alors qu'une recommandation de se délier des séducteurs et de ne pas se laisser troubler par les calamités diverses qui surviendront avant la consommation des siècles, car
la fin du monde n'arrivera que quand l'Évangile aura été prêché dans l'univers entier. La deuxième partie, xxiv, 15-21, annonce les signes et les circonstances de la ruine de Jérusalem. Seule, la troisième partie concerne le second avènement du Sauveur. Après l'indication des pronostics et des présages, xxiv, 22-28, vient la description de la venue de Jésus, xxiv, 29-35. L'indication de temps, donnée au y. 34, est vague et générale; elle signifie seulement que la race juive ne sera pas éteinte avant la réalisation de cet événement suprême, dont le jour et l'heure sont inconnus, xxiv, 36. Par le fait que l'on distingue nettement la destruction de la nationalité juive et la dernière venue du Sauveur, par le fait qu'on n'établit entre ces deux événements aucune connexion de temps, il peut s'écouler entre leur accomplissement un intervalle considérable, dont la durée ne peut être fixée , puisque la date du dernier est ignorée. De la sorte, la difficulté de la proximité de la fin du monde n'existe même pas. Knabenbauer, Comment, in îlattlixum, t. n, Paris, 1893, p. 304-350. Pour la question entière du discours eschatologique de Jésus, voir L. Lescœur, Le règne temporel de Jésus-Christ, Paris, 1868, p. 91-144.
Il reste à examiner une parole de Notre -Seigneur qui semblerait, à première vue, annoncer la proximité de la seconde venue de Jésus. Elle a été dite à Caïphe, qui adjurait le Sauveur au nom du Dieu vivant de déclarer s'il était le Christ, Fils de Dieu. A cette solennelle adjuration, Jésus ne se contenta pas de donner une affirmation nette et catégorique de sa divinité, il y ajouta une preuve et déclara : « Et en effet, je vous le dis, un jour vous verrez le Fils de l'homme siégeant à la droite du Dieu toutpuissant et venant sur les nuées du ciel. » Matth., xxvi, 63 et 64. Si la première partie de cette solennelle affirmation peut se rapporter à la glorification de Jésus ressuscité et monté au ciel, la seconde ne peut convenir qu'au second avènement, car c'est alors seulement que le Fils de l'homme viendra sur les nuées du ciel. L'adverbe de temps àTt' SpTC, amodo , qui rend prochaine la vision annoncée, convient seulement à la glorification dans le ciel après l'ascension. La venue pour le dernier jugement sera de beaucoup postérieure. Knabenbauer, Comm. in Matth., p. 472-473.
2° Ce que disent les Apôtres sur la fin du monde. — 1. Comme leur Maître et plus encore que lui, les Apôtres passent pour avoir attendu a brève échéance le retour glorieux de Jésus. Le jour même de l'Ascension, ils avaient demandé si la restauration du royaume d'Israël aurait lieu alors. Jésus leur répondit qu'il ne leur appartenait pas de connaître les temps que son Père avait déterminés. Act., I, 6 et 7. Quand le Sauveur fut remonté au ciel, des anges rappelèrent aux Apôtres qu'il en redescendrait un jour, Act., i, 11, mais sans fixer d'aucune manière la date de ce retour. Peu après la Pent. saint Pierre, au Temple, exhortait les Juifs à faire pénitence, afin qu'ils aient part au rafraîchissement qu'apportera le Sauveur au jour de la restauration de toutes choses. Act., ni, 19-21. Plus tard, le même apôtre écrivait : « La fin de toutes choses approche. Soyez donc prudents ; veillez et priez. » I Petr., iv, 7. Il renouvelait ainsi la recommandation de Jésus : « Veillez et priez ; vous ne savez pas quand le Maître viendra. » Marc, xm, 33 et 35. Ailleurs, II Petr., III, 3-14, il réfute les chrétiens qui avaient tenu pour prochaine la venue du Sauveur et qui , trompés dans leur attente, s'en allaient disant : « Où est la promesse de son avènement ? Nos pères sont morts, et tout continue comme auparavant. » Sa réfutation consiste à affirmer que la fin du monde arrivera certainement et à insinuer qu'il en ignore la date, puisqu'il observe qu'un jour est devant Dieu comme mille années, et mille années sont comme un jour. Le Seigneur ne retarde pas l'exécution de sa promesse, comme ils le croient; il est patient, et il attend la pénitence de plusieurs. Son jour