‹ Dictionnaire de la BibleChapitre 323 sur 474 · ANNEAU — ANNÉE · texte numérisé non relu

ANNEAU — ANNÉE

| parfois de les reprendre, notons qu'elles n'ont d'autre appui que les affirmations très suspectes d'auteurs anciens, d'après lesquels l'année égyptienne n'aurait eu d'abord qu'un mois (Pline, H. N., vu, 48; Varron, d'après Lactance qui le réfute, Instit. divin., 11, 43, t. vi, col, 325); ensuite deux mois, puis quatre mois. Censorinus, De die natali. Rien n'est venu confirmer les allégations de ces auteurs ; aussi haut que les monuments et papyrus égyptiens permettent de remonter, on trouve chez ce peuple l'année de douze mois. D'autre part, dans le texte sacré lui-même, ces conjectures plus ou moins ingénieuses n'ont aucune base ; au contraire, non seulement à toutes les époques nous trouvons la mention de douze mois, ΠῚ Reg., 1v, 7; IV Reg., xxv, 27; L Par., xxvn, 1, 15; Jer., ir, 31; Ezech., xxx, 1; Esther, 11, 12; τὰ, 7, 13, etc., mais encore déjà dans le récit du déluge l’année nous apparaît, comme l'observait très bien saint Augustin, avec sa durée ordinaire. Nous y voyons, en effet, indiqués le deuxième mois, puis le septième, le dixième, Gen., ναι, 11; vi, 4,5; on passe ensuite au premier de l’année suivante, mais on voit par les ÿ. 6, 10, 12, que depuis le dixième de la précédente il s'est écoulé encore au moins cinquante-quatre jours, qui ne sont pas même donnés comme remplissant cet intervalle; nous sommes donc ramenés sensiblement à une durée de douze mois. Enfin, à l'époque traditionnelle de la rédaction de ce récit, c'està-dire à l’époque de Moïse, les deux grands peuples auxquels se rattachaient les Hébreux, les Chaldéens, par l'origine de la famille d'Abraham, et les Égyptiens par le séjour prolongé des descendants de Jacob, se servaient, — nous le savons certamement aujourd'hui par leurs monuments, — de l'année de douze mois. Ainsi donc, tenant pour établi que dans la Bible l'année représente toujours la même période de temps, il nous reste à déterminer : 1° quel en était le caractère, solaire ou lunaire; 2% quel en était le début, uniforme ou différent suivant les époques. On peut, en effet, grouper autour de ces deux questions les faits et les textes qui nous éclairent sur la constitution de l’année hébraïque.

I. CARACTÈRE DE L'ANNÉE HÉBRAÏQUE. — 1° L'année des Hébreux était à la fois lunaire et solaire : lunaire, parce qu’elle se composait de mois dont le début et la durée étaient réglés sur les phases de la lune; solaire, parce qu'un procédé d'intercalation que nous étudierons ramenait la première lunaison, et par conséquent les suivantes, à coïincider avec la même saison de l'année, et ainsi avec la révolution solaire. L'année n'était donc pas simplement lunaire, comme celle des musulmans, dans laquelle l'ordre des mois ou lunaisons, relardant chaque année de onze jours sur la révolution du soleil, cesse de coïncider d'une manière fixe avec le cours des saisoris. Elle n’était pas non plus uniquement solaire, comme celle des Égyptiens ou comme la nôtre, dans lesquelles le mois ne représente plus une division réelle, c’est-à-dire marquée par la révolution d'un astre, mais une division conventionnelle de la révolution solaire. — 2 Nous ne pensons pas, de plus, que les Hébreux se soient jamais servis, ou du moins qu'il y ait dans leurs anciens écrits quelque trace d'une année purement solaire, comme l'ont prétendu quelques auteurs.

Telles sont les deux conclusions que la présente étude mettra en lumière et qui serviront de commentaire à l'ordre de Dieu dans la Gen., 1, 14, d’après lequel les deux grands luminaires ne doivent pas seulement distinguer le jour et la nuit, mais aussi marquer ensemble les temps et les années : fonction qui ailleurs est plus spécialement attribuée à la lune. Ps. civ (hébr.), 19; Eccli., xuu1, 6-9. Dans notre calendrier exclusivement solaire, la lune est dépossédée de ce rôle; ou, si l'on veut, elle n'y ἃ plus qu'un règne nominal gràce au mot mois, qui la rappelle par son étymologie, mensis (cf. le grec, uv, lune; allemand : mond, monat ; anglais : #00n, month), et aussi croyons-nous, par le nombre douze,

que l'on s’est appliqué partout à maintenir. Nous devons faire abstraction de nos habitudes pour comprendre comment la lune ἃ fourni d'abord la division de l'année ; le système de calendrier qui nous paraît aujourd'hui si simple, si naturel, est au fond le plus difficile, le plus compliqué, et nous ne devons pas oublier qu'il n'a recu son dernier perfectionnement qu'à la fin du xvie siècle de notre ère par la réforme grégorienne, 1582 (Grégoire XIII). Evaluer la durée exacte de l'année sur la révolution solaire suppose des calculs astronomiques que l'on ne pouvait faire à l'origine. Le changement périodique des saisons se présentait comme un moyen facile de fixer une première division des temps au moins d'une facon approximative; et, comme le retour des saisons dépend de la révolution solaire, indirectement l'année se trouvait réglée sur le cours de cet astre. De plus, les phases de la lune, se succédant dans l'espace d'une trentaine de jours (en réalité, 29 jours, 12 heures, #4, 2,9"), il fut aisé d'observer que ce renouvellement des saisons prenait environ douze lunes ; on avait là le principe de la division en 12 mois. Cependant on ne tarda pas à s'apercevoir que, si on ne comptait pour l'année que douze lunaisons, on ne la commencerait plus à la mème saison. Douze mois lunaires ne font en eflet que 354 jours, 8 heures, 48’, 34,8", tandis que la révolution solaire: qui règle le cours des saisons ne s'accomplit qu'en 365 jours, 5 heures, 4$', 46,1” ; la diflérence est donc presque de 11 jours. Les exigences de la vie pastorale ou agricole demandaient que les divisions de l’année ou l'ordre des mois fussent autant que possible maintenus en harmonie avec la marche des saisons. Les divers peuples, suivant leur génie et leur degré de civilisation, ont résolu le problème de manière différente ; mais on peut ramener tous les systèmes à deux types principaux : l'un d'origine égyptienne, qui est passé ensuite avec des perfectionnements chez les Grecs, chez les Romains et enfin chez nous; l’autre, plus primitif et conservé dans les civilisations d'origine chaldéenne. A ce dernier type se rattache l'année hébraïque; mais comme on ἃ voulu la rapprocher aussi du premier, il importe de donner ici briévement une notion exacte des deux, ce qui permettra de mieux apprécier la valeur des rapprochements.

1° Système égyptien. — On conserve invariablement le nombre douze pour les mois, mais on établit la durée de chacun en divisant en parties égales la durée de la révolution solaire, sans aucun égard pour les phases de la lune ; c'était du coup sortir du système lunaire. « L’an-

née primitive des Egyptiens, dit M. Maspero, ou du moins la première année que nous leur connaissions historiquement, se composait de douze mois de 30 jours chacun, soit en tout 360 jours. Ces douze mois étaient partagés en trois saisons de quatre mois : la saison du commencement (shä), qui répond au temps de l'inondation [aoùt, septembre, octobre, novembre]; la saison des semailles (pro), qui répond à l'hiver [décembre, janvier, février, mars |; la saison des moissons (shemou), qui répond à l'été [ avril, mai, juin, juillet]. » Histoire des peuples de l'Orient, 3° édit., p. 79. Des observations plus exactes ne tardèrent pas à montrer que l'année tropique comptait en réalité 365 jours, et non 360; on ajouta dès lors à chaque année, en sus des douze mois, cinq jours épagomènes. « L'époque de ce changement était si ancienne, que nous ne saurions lui assigner aucune date, et que les Ézyptiens eux-mêmes l'avuent reportée jusque dans les ternps mythiques antérieurs à l'avènement de Ména (Ménés). » €. Maspero, ibid., p. 80. Cf. Plutarque, De Iside et Osiride, c. 2. En tout cas, c’est le système qu'Hérodote avait trouvé en vigueur en Égypte, et dont ce peuple s'attribuait l'invention. Les prêtres de Memphis lui dirent, en elïet, « que les Égyptiens avaient inventé les premiers l'année, et qu'ils l'avaient distribuée en douze parties d'après Ja connaissance qu'ils avaient des astres. Ils me paraissent en cela, ajoute Hérodote, beaucoup plus habiles

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que les Grecs, qui, pour conserver l'ordre des saisons, ᾽Α

placent au commencement de la troisième année un mois intercalaire ; au lieu que les Égyptiens font chaque mois de trente jours, et que tous les ans ils ajoutent à leur

année cinq jours surnuméraires, au moyen de quoi les

saisons reviennent toujours au mére point. » 11, #.

Hérodote jugeait avec trop d'indulgence ce système. L'année de 365 jours ne répond pas exactement à l'année astronomique, qui est de 365 jours et quart, si bien que tous les quatre ans il y avait un retard d'un jour sur cette année; peu à peu les mémes mois cessaient de coïncider avec les mêmes saisons et les parcouraient toutes successivement dans une période de 1460 années astronomiques (365 < 4), que l'on appelait sothiaque, du nom égyptien de Sirius, Sopt, d'où les Grecs ont fait Sothis. « Son lever héliaque, qui marquait le commencement de l'inondation, marquait aussi le commencement de l'année civile. Au bout de quatorze siècles et demi, l'accord si longtemps rompu était parfait de nouveau : le commencement de l'année civile coïncidait alors, et pour une fois seulement avec celui de l'année astronomique ; le commencement de ces deux années coincidait avec le lever héliaque, au matin, de Sirius Sothis, et par suite avec le début de l'inondation. Les prêtres célébrèrent le lever de l'astre par des fêtes solennelles, dont l'origine devait remonter plus haut que les rois de la première dynastie, au temps des Shesou-Hor, et donnérent à la période de 1460 — 1461, qui ramenait cette coïncidence merveilleuse, le nom de période sothiaque. » G.Maspero, ibid., p. 80-81. En somme, le système égyptien n'avait abouti qu'à l’année de 365 jours, dite vague, c'est-à-dire errant dans une longue période à travers toutes les saisons.

2% Système chaldéen. — L'autre système, plus fidèle à la donnée premiére, conserve au mois son caractère lunaire, réglant sa durée sur les phases de la lune; mais, pour ramener le début de l'année à peu vrès à la mème saison, il laisse passer, quand besoin est, une 13% lune, et dans ce cas on dit que l'année ἃ un mois intercalaire. A la différence du système précédent, 1l maintient la nature primitive du mois, mais abandonne pour quelques années le nombre ordinaire de douze. Les inscriptions assyro-babyloniennes nous ont montré que c'était là le système de l'antique Chaldée. Sur des tablettes les jours du mois sont comptés d'après ceux de la lune, et sur celles qui nous ont donné une liste complète des mois, on voit figurer, après le dernier appelé Adaru, le mois intercalaire : Magru sa Adari, incident ἃ Adar. Schrader, Die Keilinschriften und das Alte Testament, p. 246 et suiv.; ἃ. Smith, The Assyrian eponym canon, p. 18-21. Ed. von Haerdt, Astronomische Beiträge zur assyrischen Chronologie , in-8e, Vienne, 1855; le P. Epping, 5. J., Astronomisches aus Babylon oder das Wissen der Chaldäer über den gestirnten Hinvmel, unter Mitwirkung von P. J. N. Strassmayer, S. J., in-8°, Fribourgen-Brisgau, 1889; du même, Die babylonische Berechnung des Neumondes, dans les Stimmen aus Maria- Lach, septembre 1890 ; le P. Lucas, S. 1.. L'astronomie à Babylone, dans la Revue des questions scientifiques, octobre 1890; avril 1891.

Les mois sont comptés à partir de Nisanu, et celui qui occupe le huitième rang s'appelle simplement Araku samna, mois huitième. Les Chaldéens ne le cédaient en rien aux Égyptiens pour les observations et les calculs astronomiques. Cf. Diodore, 11, 30, 31. Les tablettes relatives aux phénomènes célestes abondent dans la bibliothèque du palais d' Assurbanipal, et certaines n'étaient que la copie d'un ouvrage astrologique rédigé par ordre de Sargon l'Ancien, roi d'Agadé, plus de 3000 ans avant notre ère. Dans la suite, les astronomes officiels ne se contentérent pas des observations sidérales qu'ils faisaient sur les zigurat ou pyramides à étage, annexées d'ordinaire aux temples ou aux palais royaux, mais ils abordérent et résolurent par le calcul, comme le montrent les tablettes

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étudiées par le P, Epping, le difficile problème de la détermination de la lune vraie; ils arrivérent pour cela à connaître avec assez d'exactitude les rapports du mouvement du soleil et du mouvement de la lune, et purent dès lors établir à l'avance l'époque des mois intercalaires pour que le ter Nisan demeurät toujours placé aux environs de l'équinoxe du printemps. De même qu'ils purent calculer et prévoir le retour des éclipses, le passage des étoiles, la marche du soleil à travers les signes du zodiaque, dont ils furent les inventeurs ; de même ils dressérent à l'avance des calendriers où étaient réglées l'alternance des mois de 29 ou de 30 jours, et sans doute aussi la succession des années à mois intercalaires. Si nous laissons de côté ces derniers perfectionnements, qui supposaient une science astronomique avancée, le système chaldéen se retrouve, mais fonctionnant avec des procédés empiriques, chez les Hébreux comme chez les anciens Grecs et chez les anciens Romains ; par l’année juive, il s'est même maintenu pour le fond dans notre comput ecclésiastique, tandis que le système égyptien est à la base de notre calendrier ordinaire.

Ces systèmes nettement distingués, il est facile de voir avec lequel des deux concordent les données que la Bible fournit sur la division lunaire de l’année et sur le procédé d'intercalation qui en est la conséquence. Mais auparavant recueillons les renseignements plus complets que nous tenons sur les mêmes sujets des docteurs juifs de la Mischna et du Talmud. En l'absence de toute indication positive de changement, ils nous représentent un état de choses d'où nous pouvons conjecturer ce qu'était l'état primitif, et de plus pour le temps du Nouveau Testament, de Notre-Seigneur et des Apôtres, on peut les considérer comme des témoins directs.

4° Sur la division purement lunaire de l’année et la manière dont elle était réglée à la dernière époque, nos sources d'information sont abondantes. La révolution de la lune durant en réalité 29 jours et demi, on comptait pour le mois tantôt 29 jours et tantôt 30; il y avait, selon l'expression de la Ghemarä, Berakoth, ἴ. 30 δ, des mois pleins, meld'im, et des mois défectueux, häsérim. Les anciens Grecs avaient de même distingué des mois pleins et des mois caves. Mais, quand la plupart des peuples civilisés eurent abandonné le vieux système chaldéen, les auteurs profanes, comme Galien, au second siècle, notérent cette distinction comme une particularité « du peuple de Palestine ». Opera, édit. Kühn, t. xvur, p. 23. Le livre d° Énoch, 78, 15-16, traduction de Dillman, la remarquait aussi. De leur côté, Tes Juifs s’en glorifiaient comme d'un privilège. « Les nations du siècle suivent dans leur comput le soleil, et Israël la lune. » Zohar, in Genes., ©. 236 b. Avant la destruction du ἘΠΗ͂Ε c'était le Sanhédrin; ensuite ce fut l'assemblée de Jamnia qui, se tenant en séance pendant le jour qui suivait le vingtneuvième d'un mois, décidait, suivant le moment où des témoins dignes de foi annonçaient l'apparition du nouveau croissant, si ce jour appartiendrait comme trentiéème au mois précédent ou s’il commencerait le suivant. La décision prise, des messagers allaient aussitôt la porter aux villes voisines, au moins pour les mois où les fêtes importantes revenaient à des jours déterminés. Ce procédé tout empirique était encore celui du second siècle de notre ère, au temps des docteurs de la Mischna, Rosch haschschanah, 1,3; 11; 111, 1; αν, 4; ct. Arahin, 11, 7. La décision dépendait donc beaucoup de l'état du ciel, serein ou nuageux, au moment de la nouvelle lune. Cependant il était de régle que dans une même année il ne püt y avoir moins de quatre mois pleins, ni plus de huit, cf. Arakin, n,2; ce qui revenait à dire que l'année ordinaire ne devait jamais compter moins de 352 jours, ni plus de 356. Ajoutons que plus tard, vers la fin du rve siècle, les Juifs rabbanites, à la différence des Karaïtes, adoptérent le cycle dit de Hillel, dont il sera question à propos des années à mois intercalaire, et d'après lequel

l'alternance des mois pleins et des mois baves était élablie à l'avance sur une règle fixe.

Or, que chez les anciens Hébreux la division de l'année fût aussi purement lunaire, c'est ce qu'indiquent d'abord les noms mêmes du mois : soit yérah, qui se rattache au nom même de Ja lune yérèah (ef. en assyrien, aralu, où le mois était certainement lunaire); soit hôdés, la nouvelle lune, qui était le point de départ du mois, et de là servit aussi à le désigner, Gen., xx1x, 14. C'est la remarque que déjà faisait l'Eceli., χα, 6-9, dans ce curieux passage où, après avoir simplement célébré le soleil pour sa chaleur et son éclat, il assigne à la lune, parmi les œuvres de Dieu, la place de régulatrice des temps. « Et la lune, [il l'a destinée] en tout à marquer les temps; elle les montre, elle en est le signe. De la lune [vient] le signal des fêtes, luminaire qui diminue jusqu'à sa consommation. Le mois prend d'elle son nom. Elle va croissant, merveilleuse dans ses changements, lampe des camps d'en haut (du ciel), brillant au firmament du ciel. » — De plus, la maniére dont la loi établit le cycle des fêtes religieuses, Exod., x11; Lev., ΧΧΠῚ; Num., XXVILI-XXIX, suppose que l’année commence avec la Lôdés, c’est-à-dire la nouvelle lune, que les jours des mois sont comptés à partir de ce moment. Les deux principales fêtes, celle qui ouvre ce cycle et celle qui le ferme, Pâques et la fête des Tabernacles, sont fixées au quinzième jour du mois, c'est-à-dire à la pleine lune. Nous ne savons pas comment se réglait l'alternance des mois de 29 ou de 30 jours ; probablement par un procédé aussi empirique qu'à l'époque du Sanhédrin ; il n'y avait pas de calcul établi à l'avance, et l’on pouvait hésiter entre deux jours pour fixer quel était celui de la nouvelle lune; aussi un ancien récit se rapportant au temps de Saül, 1 Reg.,

5,18, 19, 2%, 27, 3%, suppose-t-il qu'on célèbre pendant deux jours consécutifs la néoménie, Avant l'exil, les mois sont désignés d’après leur rang, second, troisième, ete., par rapport à celui de la Päque, qui est le premier. Cependant, au moins pour quatre mois, on trouve des noms anciens, indiquant le retour de ces mois à des saisons déterminées; ce sont: le premier, ’Abib, mois des épis, Exod., x, 4; xx, 15; χχχιν, 18; Deut., xv1, 1 (Vulg.: novarum frugum, novorum, verni AE .

deuxième, Ziv, mois des fleurs, ΠῚ Reg., vi, 1, 37; septième, Etanim, mois des courants, II Reg. ᾿ VI, à le huitième, Bul, mois des pluies. III Reg., νι, 33. L’année, quoique divisée en mois lunaires, Lt donc être réglée aussi sur la marche des saisons. De plus, non seulement la loi établit elle-même la coïncidence de la fête de Pâques, fixée sur le jour de la lune, avec le mois des épis, d’après Exod., x111, #; mais encore un des rites de la fête, l’offrande d'une gerbe au second jour, Lev., xx, 10-11, 15, suppose que la fête se célèbre toujours à une saison où déjà des épis d'orge ont commencé à mürir ; ce qui ἃ lieu, en effet, dans certaines régions chaudes de la Palestine et à quelques heures de Jérusalem, vers le commencement d'avril.

2% C'est par l'intercalation d'un treizième mois de 29 jours, c'est-à-dire en laissant passer une lunaison de plus, que les Juifs, depuis longtemps à l'époque de Notre- Seigneur, arrivaient à maintenir l'accord entre les saisons et l'année lunaire, quand celle-ci menaçait de demeurer trop en retard. Le dernier mois étant *Adar, l'intercalaire s'appelait Ada $eni,' Adar bagra, « Adar second, postérieur », ou simplement, avec la conjonction, Ve’adar. On nommait l'intercalation ‘ibbür, l'année où elle avait lieu $anà me‘ôbérét, et l'année ordinaire fanà pesutà. Cf. Mischna, Eduyoth, vu, 7; Gemarä, Rosch hasc hschanäh, vi, 2; ΧΙΧ, 2, Cette intercalation devenait nécessaire tantôt après deux ans et tantôt après trois ans, C'était le prési dent du Sanhédrin assisté de quelques collègues, trois au moins, sept au plus, qui décidaient, et souvent seulement vers la fin d'Adar, s'il y avait lien de faire l'intercala= tion. Mischnu, Eduyoth, Vu, 7; Megillà, 1, #; Gemarû,

Sanhedrin, xt, 1, 2. Ils devaient veiller à ce que le 16 Nisan, ou deuxième jour de la fête, tombät toujours après l'équinoxe du printemps. Que cette condition dont parle la Gemarû au vie siècle füt déjà observée au 1er, c'est ce qui résulte des indications de Philon, De Septenario, 19; Quæstiones et solut. in Exod., 1, 1 ; de Josèphe, Ant.jud , Il, x, 5, et d'Anatolius, dans Eusébe, H. E., vi, 32, 46-19, t. xx, col. 728-729, Mais les passages cités de la Mischna montrent qu'alors rien n'était encore réglé à l'avance d'après un cycle, et qu'on attendait parfois au dernier mois pour la décision, On tenait cumpte aussi de l'état de la vésélation pour savoir si on pourrait faire l'offrande des épis ; et même, après des pluies prolongées, si on n'avait pas eu le temps de réparer les routes et les fours où l'on faisait cuire l'agneau pascal ( Sanhedrin : « à cause des routes, des ponts, des fours, » {anurê pesähim), le Sanhédrin déclarait qu'on attendrait pendant une lunaison encore le commencement de l'année nouvelle ; mais, dans une année sabbatique, on ne devait jamais faire l'intercalation. Vers la fin du 1ve siècle seulement (670 de l'ère des contrats — 358), les Juifs rabbanites reçurent le cycle de Hillel. Th. Reinach, Le calendrier des Grecs de Babylonie et les origines du calendrier juif, dans la Revue des études juives, τ. xvIn, 1889, p. 90-94. C'était le cycle de dix-neuf ans inventé par l'astronome grec Méton vers 463 avant J.-C. Diodore, x11, 36 ; Théophraste, De signis tempest., 4; Élien, Var. hist., x, 7. Dans ce cycle de dixneuf ans, sept années ont le mois intercalaire : les troisiéme, sixième, huitième, onzième, qualorzième, dixseptième et dix-neuvième. Comme il n'intéresse pas les temps bibliques, nous n'avons pas à en étudier ici le mécanisme ; il suffit de signaler son introduction tardive et surtout de remarquer qu'au second siècle de notre ére, et par conséquent au temps de Notre-Seigneur, une intervention du Sanhédrin réglait d'une façon tout empirique soit la durée de chaque mois, soit la succession des années à mois intercalaire, d'où dépend la coincidence des fêtes avec tel ou tel jour de la semaine. On ne peut done retrouver l’année où avaient lieu de pareilles coïncidences au moyen de tables alculées d'après des cycles déterminés, comme cherenent à le faire certains auteurs pour la vie de Notre-Seigneur et pour les temps apostoliques ; c'est à des renseignements historiques spéciaux à chaque cas, s'il en existe, qu'il faut demander la solution de ces problèmes chronologiques.

Quant aux anciens Hébreux, puisqu'ils se servaient, nous l'avons vu, de mois lunaires, ils ne pouvaient arriver à faire coincider leur premier mois avec la même saison de l'année que par le procédé de l’intercalation ; nous devons conclure de là qu'ils le pratiquaient. L'usage des temps postérieurs, comme les attaches chaldéennes de la famille d'Abraham, confirment cette conclusion. Cependant les textes bibliques ne nous permettent pas d'en constater l'application. Le tour mensuel de service de certains officiers est réglé pour l’année ordinaire de douze mois. IL Reg., 1v, 7; I Par., XxvI, 1, 15. En vain, les docteurs de la Mischna, Pesah., 4, 9, veulent-1ls trouver trace de l'intercalation dans ΠῚ Paral., xxx, 1-3, 43, 15, où l'on voit Ézéchias retarder la célébration de la Pâque au second mois; rien n'indique que ce prince ajouta un second Nisan, comme on le faisait parfois dans le calendrier assyro-babylonien, mais il applique plutôt à la célébration solennelle et nationale de la Päque ce que les particuliers pouvaient faire en certains cas. Num., 1x, 6-11. Dans Daniel, 1v, 26, l'expression « après douze mois », au lieu de dire « après un an », laisse-t-elle entendre que l'année pouvait avoir plus de douze mois ? C'est possible, d'autant plus que l'expression se rencontre là dans un document attribué au roi mème de Babylone, où l'usage d'années à mois intercalaire était couramment pratiqué; mais par là même ce passage ne peut être cité comme un témoignage direct sur la coutume des anciens Hébreux. On ne peut que par conjecture dire sur

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quels principes se faisait autrefois l’intercalation. Il y ἃ tout lieu de penser qu'elle était réglée, comme aux temps postérieurs, d'une façon aussi empirique. L'état de la végétation devait, comme plus tard, servir d'indice. Des courriers portaient aux villes du royaume la décision de l'autorité centrale. Cf. II Par., xxx, 5, 6, 10. Cependant on pouvait avoir recours aussi à quelques observations astronomiques rudimentaires sur la position de certaines étoiles. ou constellations à telle ou telle saison de l’année, permettant de prévoir quelque temps à l'avance le moment où devait se faire l'intercalation. On trouve trace d'observations de ce genre dans le poème de Job, xxxvur, 81 ; et qu'on les ait utilisées pour fixer l'ordre et la durée des années, c'est ce qui paraît résulter de la note incidemment donnée dans 1 Par., x, 32 (hébr. 33), sur les gens de la tribu d'Issachar, qui sont réputés, au temps de David, comme « habiles à distinguer les temps pour savoir ceque doit faire Israël ».

Nous arrivons maintenant à notre seconde conclusion : rien dans Ja littérature hébraïque n'indique que les Hébreux aient anciennement connu etemployé l'annéesolaire, c'est-à-dire composée simplement de douze mois fixes de: trente jours chacun, avec cinq jours surnuméraires. Les. considérations qui précédent réfutent suffisimment ceux qui vont jusqu'à prétendre qu'ils ont fait d'aborà usage d'un tel système et n'ont compté par mois lunaires qu'à une époque relativement récente, sous Ezéchias ou Josias d'après Credner, Joel übersetzt und erklärt, 1831, p. 207 et suiv.; Büôttcher, Proben alttestamentl. Schrifterklarung, 1833, p. 283 et suiv.; vers le temps d'Alexandre le Grand et sous la domination grecque, d’après D. Calmet, Dictionnaire de la Bible, au mot An et Dissertation surla chronologie, en-tète du Commentaire sur la Genèse ; et même seulement vers l'an 200 avant J.-C., suivant. Seyffarth, Chronologia sacra, 1846, p. 26 et suiv. D'autres soutiennent simplement que les Hébreux ont connu l'année solaire et s'en sont parfois servis à côté du systéme: luni-solaire. Ainsi Riehm, Handwôrterbuch, au mot lahr, t. 1, p. 655; S. Poole dans le Smith’s Dictionary of the Bible, t. 11, p. 1803, veulent en trouver quelques traces dans la Bible; mais est-il bien sérieux d’alléguer dans ce sens le chiffre de 365 ans attribué au patriarche Hénoch dans Genèse, v, 23? ou celui de 150 jours dans le récit du déluge, Gen., vi, 24; vin, 3, quand le récit n’insinue d'aucune façon qu'ils font cinq mois, 5>X<30, mais impliqueseulement que ces 150 jours sont renfermés dans un intervalle de cinq mois et dix jours, Gen., vu, 11; vin, 4, intervalle qui renferme plus de 150 jours, qu'on le prenne en mois lunaires ou en mois solaires ? De plus, d’après. Riehm , dans les dates qui fixent la durée totale du déluge, du dix-septième jour du deuxième mois au vingt-septièmejour du deuxième mois de l'année suivante, vu, 11; vit, 14, on trouverait une combinaison de l’année solaire: et de l’année lunaire. Ces dates supposent, en eflet, une année, plus onze jours. Or une année lunaire, 354 jours plus 11 jours, égale l’année solaire, soit 365 jours. Que l'auteur du récit ait voulu faire entendre que la durée totale du déluge égalait une révolution solaire, c'est pos-sible ; mais il n'en reste pas moins vrai que son calcul par mois, 304 +11, est basé sur l’année lunaire, — On allègue ensuite les noms anciens: Abib, Ziv, Éthanim, Bul, indiquant que ces mois sont essentiellement ralta-chés à des saisons déterminées, et par conséquent des. mois solaires. Ces noms supposent, en eflet, la coïncidence, mais ne disent pas quelle en était la nature ; celle que l'on obtenait par ! . procédé de l'intercalation suffisait pour justifier la dénomination de lune (hüdes) des épis, des fleurs, etc. — On dit encore que l'expression « trente jours » est prise par les auteurs sacrés comme synonyined'un mois. Deut., xx1, 13; xxxIV, 8; Num., xx, 30 (29); Esther, 1v, 11; Dan., vi, 7, 12; Judith, πὶ, 15; xv, 13. On nepeut rien conclure de semblables locutions; même dans le cas de l'année lunaire, on compte en chiffres ronds

Pa

30 jours pour un mois, le mois lunaire faisant un peu plus de 29 jours et demi. — Ce qui serait plus grave, les prophètes, d'après S. Poole, se seraient servis de l’année de 360 jours. Mais pour appuyer une telle affirmation il n'allègue que l'expression assez énigmatique de Daniel, vu, 5; ΧΗ, 7 : « un temps, des temps et un demi-temps », sous prétexte que l’Apocalypse, x11, 14; cf. ὃ; x1, 2,3; ΧΙ, D, désigne par là 42 mois ou 1 260 jours, ce qui suppose des mois de 30 jours fixes : 42 X 30 — 1260. Mais il reste à savoir si l’auteur de l'Apocalypse n'a pas repris pour son compte une expression mystérieuse qu'il explique suivant les usages d'une autre époque.

II. DÉBUT DE L'ANNÉE. — La loi, Exod., xt, 2, déclare que le mois où se célèbre la Päque est la tête des mois, le premier, γ᾽ δὲ δα δίνη, r’i$ôn; aussi, dans tous les livres de l'Ancien Testament, les autres mois sont-ils comptés deuxième, troisième, etc., en partant du mois de la Pâque, qui après la captivité portait le nom de Nisan. ΠῚ Esdr., 1, 1; Esther, nt, 7. Le début de l'année est appelé par Ézéchiel, comme chez les Juifs modernes, r’6$ haS$änäh, tète de l’année, Ezech., xL, 1; mais, dans ce texte, il désigne le mois plutôt que le jour par lequel débute l'année. Cf. Ezech., xxiv, 17; xxx, 20, où ce premier mois est aussi appelé r’iÿôn. Comme Ézéchiel compte partout les mois suivant l'usage ordinaire, il faut donc entendre chez lui le γ᾽ 68 Aaë$änäh du mois où se célèbre la Päque. Mais les Juifs modernes désignent sous le nom de »°6$ ha$$änäh le 1er Tischri ou septième mois à partir de Nisan ; c'est de là qu'ils comptent l'année civile pour la distinguer de l'année religieuse ou des fêtes, qui commence en Nisan. La Mischna, Rosch haschschanah, 1, 1, distingue quatre débuts d'année : 4° le premier Nisan, d'où part l'année religieuse, et aussi, est-il dit, l’année des rois ; > le premier Élul ou sixième mois à partir de Nisan, d'où part l'année des troupeaux, pour établir à quel moment ils devront payer la dime ; 3 le premier Tischri ou septième mois, tête de l'année civile ou des contrats, de l'année sabbatique et de l'année jubilaire ; 4° le quinze Schébet ou onzième mois après Nisan, d'où se compte l'année des fruits pour la dime. Les usages spéciaux à l'année des troupeaux ou à celle des fruits ne représentent nullement, de l'aveu de tous, une manière particulière de compter les mois de l'année qui ait jamais servi à établir le calendrier ; mais il n'en est pas de même de la tête d’an du premier Tischri. D'après Josèéphe, l'usage de commencer l'année avec Tischri, en automne, serait le plus ancien ; dans le récit du déluge les mois seraient comptés à partir de ce moment, de telle sorte que le deuxième mois de Gen., vu, 11, date du commencement des pluies, serait le mois appelé Dios par les Macédoniens et Marschevan par les Hébreux. Ant. jud., 1, 111, 3. Et à cette occasion Josèphe déclare que Moïse changea l'ordre des mois, mettant Nisan à la tête pour les fêtes religieuses et pour le sacré, mais laissant subsister l'ordre ancien pour les ventes, achats et autres affaires. Le Targum de Jonathan sur ΠῚ Reg., vint, 2, affirme aussi que les anciens regardaient le septième mois, Tischri, comme le premier. Cette opinion, ainsi répandue parmi les Juifs dès le premier siècle de notre ère et acceptée sans contrôle par beaucoup d'auteurs chrétiens, a-t-elle quelque fondement dans le passé, ou ne s'est-elle produite qu'après l'introduction récente d'un usage étranger aux anciens Hébreux ? C'est ce que nous devons examiner.

D'une part, la manière dont Exod., ΧΙ, place le mois de la Päque à la tête des mois paraît établir, comme le croyait Josèphe, une chose nouvelle. De plus, la néoménie du septième mois, c'est-à-dire le premier jour du mois appelé plus tard Tischri, est célébrée avec une solennité particulière. Lev., xxu1, 24; Num., ΧΧΙΧ, 1. L'année jubilaire, Lev., xxv, 8, et trés probablement aussi l'année sabbatique étaient annoncées et commençaient, dans ce même mois de Tischri, au dixième jour, Enfin la troisième grande fête de l’année, celle des Tabernacles, qui avait

ANNÉE

lieu dans ce mois à la pleine lune et qui durait une semaine, est présentée dans Exod., ΧΧΠῚ, 16; χχχιν, 22, comme se célébrant «€ au sortir de l'année, au déclin de l'année », besé’{ ha$$änäh, teqüfat haÿ$änäh. Ces expressions ne supposent-elles pas un usage ancien suivant lequel l'année se terminait et, partant, se renouvelait à la saison où ἃ lieu cette fête, c'est-à-dire en automne ? Remarquons toutefois que ni le début de l’année jubilaire annoncée le 10 Tischri, ni les expressions citées, relatives à la fête des Tabernacles, ne s'accordent exactement avec l'usage juif postérieur, qui place au 4er Tischri le γ᾽ δὲ haS$änäh. Si ce mois avait été considéré comme le premier, on n'aurait pas dit d'une fête qui arrive dans sa seconde moitié : « au sortir ou au déclin de l’année, » mais au contraire : « au commencement. » Le sens de cette locution doit être cherché ailleurs.

D'autre part, on ne trouve aucune trace dans l'Ancien Testament d'une manière de compter les mois différente de celle qui a le mois de la Päque pour point initial, aucun indice positif d’un calendrier où l'année commencerait en automne. Dans le récit du déluge, rien ne justifie l'opinion de Joséphe identifiant le second mois de Genèse, vit, 11, avec le second mois de l’année macédonienne qui partait de l'automne. Les rapports de ce récit avec la tradition chaldéenne, que les découvertes modernes ont mis en lumière, donneraient plutôt à penser que les mois sont comptés à partir du printemps. Les expressions d'Exode, xx, 16; xxxIV, 22, en dehors d'autres indications plus positives, sont trop vagues pour prouver l'existence d'un système différent de calendrier. Comme il n'y avait pas d'autre fête avant la Päque suivante, elles peuvent vouloir simplement dire que celle de la récolte des fruits est la dernière fête de l’année, qu'avec elle on est à cette seconde partie où il n’y a plus de fête, et qui est comme le retour de l’année. Si on devait leur donner un sens plus déterminé, il faudrait les expliquer par la clause qui les accompagne dans Exode, xxu1, 16: « et la fête de la récolte, au sortir de l'année, quand tu as ramassé tes récoltes des champs. » Cf. Lev., XXII, 39; Deut., xvi, 13. Ces derniers mots laissent entendre que l'auteur veut surtout parler de la fin des travaux agricoles, qui par eux-mêmes forment un cycle annuel essentiellement lié au renouvellement des saisons, cf. Gen., vint, 22, basé sur la nature même, et qui existe indépendamment de toute forme de calendrier ; on peut donc faire allusion à ce cycle agricole annuel alors même qu'il n'est pas à la base du calendrier. L'année sabbatique et l'année jubilaire, qui consistent avant tout dans le repos de la terre, dans l’abstention des travaux des champs, doivent nécessairement commencer et se terminer comme ceux-ci, sans qu'il y ait là aucune trace d’un calendrier spécial. Il n’est pas nécessaire d'expliquer comme un début d’année la solennité de la septième néoménie ; elle ouvre un mois saint par excellence, à cause des grandes fêtes de l'Expiation et des Tabernacles, et de plus son rang même de septième la distingue, comme celui de la septième année ou celui de la septième semaine d'année (jubilé). Mais, comme le septième mois arrivait dans la saison d’automne, on comprend que ce qui au début était seulement fête de la septième néoménie pourrait servir plus tard de point d'attache à une fête de tête d'an, si jamais s'introduisait l'usage de commencer l'année à cette saison; ce qui arriva plus tard, nous le verrons. Ces observations atténuent de beaucoup l'importance critique que l'on ἃ attribuée à ces passages, pour dater les différents documénts dont se compose, dit-on, le Pentateuque. Si Exod., xxu11, 46 (code de l'alliance dans le document jehoviste), représente une époque où l'année commençait en automne, et au contraire, Exod., ΧΙ; Lev., xxH (code sacerdotal dans le document élohiste), un temps où le calendrier partait du printemps, de l'époque fixée pour chacun de ces usages dépend celle des documents. Dillman, Exeget. Handbuch, sur Exod., xt, xxut, 16, et sur Lev., xx, 22,

donne la priorité à l'usage du printemps, tandis que Wellhausen, Geschichte Israels, c. 111, la donne à celui de l'automne, que sans preuve suffisante il présente comme le seul usage en vigueur au temps des rois. Mais ces auteurs, préoccupés de trouver le moyen de dater les documents, oublient d'examiner une troisième hypothèse : la coexistence des deux systèmes, telle qu'elle ἃ existé à l'âge postérieur, et que Joséphe faisait remonter à l'époque de Moïse ; dans ce cas, le même auteur pourrait parler comme Exod., χα, 2, et Exod., xxx, 16. Mais de plus ils oublient de montrer que, dans ce dernier passage indiquant le rapport des fêtes religieuses avec les travaux des champs, il y a autre chose qu'une allusion à l'année agricole indépendante de tout système de calendrier.

En résumé, nous croyons que les Hébreux ont commencé primitivement l'année au printemps selon le système chaldéen, apporté en Chanaan par la famille d'Abraham. Pendant leur séjour prolongé en Égypte, les Hébreux auraient pu s'accoutumer au système de l'année vague ou placer le commencement des saisons à partir de l'inondation, en août. Voir plus haut, col. 639. Voilà pourquoi Moïse, sans établir rien de nouveau, insiste pour fixer le début de l'année au printemps et donne désormais à ce début une consécration religieuse; ce qui ne l'empêche pas, en parlant de la fête de la récolte, kag ’äsif, de tenir compte de l’année naturelle agricole, ou peut-être, comme d'autres le veulent, d'un système de calendrier préexistant.

Comme nons 1'admettons pas cette préexistence, il nous reste à dire quand s’introduisit l'usage de commencer une année civile avec Tischri, usage qui était certainement en vigueur au 1 siècle de notre ère. Quelques auteurs le feraient remonter au retour même de la captivité, la restauration du culte mosaïque à Jérusalem ayant commencé par les fêtes du septième mois, 1 Esdr., ΠῚ, 1-6; II Esdr., vir, 73 (hébreu) ; var, 1 et suiv. Mais, dans ces récits, le mois de la fête est appelé le septième ; il n'y a donc aucune trace de dérogation aux usages antérieurs ou d'innovation sous ce rapport. Les livres postérieurs à la captivité donnent aux mois des noms d'origine babylonienne, mais ils continuent à les ranger et à les indiquer suivant l'ordre ancien : Nisan comme le premier, Esth., it, 7; Sivan, le troisième, Esth., vu, 9; Casleu, le neuvième, Zach., vis, 1 ; I Mac., 1v, 52; Tébet, le dixième, Esth., 1, 16; Sabath, le onzième, Zach., 1, 7; I Mac., XVI, 14; Adar, le douzième. Esth., 111, 13 ; 1X, 1. Il faut descendre plutôt jusqu'à la domination macédonienne en Palestine pour trouver l'époque où s'introduisit l'usage de distinguer un second commencement de l'année en automne. L'année macédonienne, en effet, comme celle d’autres cités helléniques, avait son point de départ en automne ; elle fut acceptée par beaucoup de villes syriennes. Voir Daremberg et Saglio, Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, au mot Calendrier. De plus, la plupart de ces villes adoptérent, pour supputer les années et dater les événements, l'ère des Séleucides, qui partait de l'automne 312 avant J.-C. Que ces usages aient pénétré dans le monde juif, c'est ce qui résulte des livres des Machabées; tout en comptant les mois suivant la coutume ancienne, 1 Mac., 1V, 12; x, 21 (où le mois de la fête des Tabernacles est appelé le septième); xv1, 14; II Mac., xvi, 37 (grec), ils se servent de l'ère des Séleucides pour dater les événements, l’un des deux au moins, sinon tous les deux, la faisant partir de l'automne selon l'usage grec. Les noms macédoniens de certains mois, Dioscore,

Xanthique, y apparaissent dans certains documents rap- :

portés II Mac., x1, 21, 30, 33, 38. Il est donc probable que ce fut aussi vers le même temps que les Juifs s'accommodèrent, pour les affaires civiles, à la coutume devenue générale autour d'eux par rapport au début de l'année. Ils s'en servirent comme leurs voisins; et elle entra si bien dans leurs habitudes, que deux siècles apres, au temps de Josèphe, ils la considéraient comme un

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