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204. — Costumes arabes. Bédouins et Bédouine. D’après trois photographies.
si ce n’est le lebben ou lait aigre, qui stimule légèrement sans jamais enivrer; ils ne mangent qu'une fois par jour, et la somme de leurs aliments est bien minime, en comparaison des repas journaliers de l’occidental. » É. Reclus, L’Asie antérieure, Paris, 188%, p. 878.
29 Le caractère arabe offre un singulier mélange de qualités et de défauts, dont l'opposition et les perpétuelles inconséquences s'expliquent par l'isolement, les nécessités et les dangers de la vie au milieu du désert, par l’ardeur du sang et de l'imagination. D'une patience étonnante, le nomade supporte presque toujours, sans proférer une plainte, la faim et la soif, le froid et la chaleur, la fatigue extrême dans les longues marches; mais l'amour-propre froissé, le désir de la vengeance le poussent à une colère redoutable. Avide et rapace, il aime les pièces luisantes et sonnantes; mais l'amour du gain disparaît chez lui devant les devoirs de l'hospitalité. Violent plutôt que sanguinaire, la soif du pillage le porte à des actes de cruauté; mais sous sa tente il devient un hôte libéral et courtois, même à l'égard d'un ennemi dont il
a cent fois désiré la perte. Il est loin d'ailleurs de consi- !
Le trait dominant de ce caractère, c'est l'amour de la liberté et de l'indépendance, et ce sentiment est porté à un degré dont nous avons peine à nous faire une idée. Fixer le nomade est aussi difficile que fixer l’hirondelle, qui se brise la tête contre les barreaux de sa cage quand l'heure de la migration est arrivée. Le Bédouin n'a qu'un profond dédain pour l'habitant des villes ; pour lui, s’attacher à la terre, c'est dire adieu à la liberté, le bien par excellence, et qu'il a su garder intact à travers les ages.
Très adroit à manier la lance, il passe en même temps pour excellent cavalier. L'Arabe, en général, a l'esprit pénétrant, alors même que son intelligence n’est pas cultivée, et il est rare, dit-on, que le nomade ne soit pas doublé d'un poète. Superstitieux et exalté, avide de légendes et de fictions, il est capable de grandes choses quand une idée nouvelle le domine. Avec cela cependant, il a le caractère mobile de la femme et de l'enfant; comme eux, n'ayant souvent d'autre guide que l'instinct du moment, jugeant d'après les apparences, se laissant facilement éblouir par l'éclat et le bruit.
avan r
9 ΠῚ n'est peut-être pas de peuple qui ait moins changé que les Arabes. Tels nous les voyons décrits dans la Bible, ou représentés sur les monuments assyriens, tels nous les retrouvons aujourd'hui. Les lois et les coutumes qu'ont observées les rares voyageurs modernes qui les ont visités remontent aux temps les plus reculés, et servent à éclairer plus d'une page de l'histoire sainte, principalement à l'époque patriarcale. Voir pour les détails Pas- TEURS, VÊTEMENTS, TENTES, etc.
Au point de vue social, les Bédouins sont divisés par tibus, J,U5, gabäil, qui constituent autant de peuples particuliers, et dont chaque subdivision ou rameau s'appelle fendéh. Chacune de ces tribus, s’appropriant un terrain qui forme son domaine, compose un ou plusieurs camps, répartis sur le pays et transportés dans les différents cantons, à mesure que les troupeaux les épuisent. La disposition de ces camps est un cercle assez irrégulier, douar, formé par une seule ligne de tentes plus ou moins espacées. Cependant, comme le nomade n'a point de maitre, il ne dépend même pas de son clan; et, s'il lui convient de s'en séparer, il peut aller, à ses risques et périls, vivre à part dans le désert.
Chaque tribu a son chef ou scheikh, personnage appartenant à quelque descendance illustre ou tenu, par ses richesses, de remplir, au nom de tous, les devoirs de l'hospitalité. Elu par ses égaux, il peut être déposé quand il a cessé de plaire. Conciliateur et arbitre, il juge les différends, d'accord avec les anciens, mais ses décisions n'ont pas force de loi : appuyées en général sur le droit coutumier, soutenues par l'opinion commune de la tribu, elles sont ordinairement obéies ; cependant le condamné peut s'y soustraire , soit en quittant la tribu, soit en bravant la réprobation - publique : il devient baouak, un homme « hors l'honneur ». — Les inscriptions assyriennes nous montrent plusieurs reines dans certaines contrées de l'Arabie. Voir ARABIE.
Le costume ordinaire de ces enfants du désert, comme aux temps hébraïques, se compose, chez les hommes, d'une chemise et d'une longue robe en toile de coton blanc, d'un vêtement de dessus, abah, grand manteau de laine le plus souvent blanche à rayures noires et plié en carré double, avec une échancrure pour laisser passer la tête. La coiffure commune est le kouffiéh, formé de bandes de toiles enroulées autour du crâne et fixées par une corde en poil de chameau. Des pantoufles, en laine ou en maroquin, ou quelquefois des demi-bottes en cuir jaune ou rouge complètent ce costume pittoresque. Pour guider leurs troupeaux et pour ramasser, sans des-
"cendre de cheval, un objet placé à terre, ils se servent
souvent de bätons recourbés à une de leurs extrémités. La toilette des femmes, d'une élégante simplicité, comprend une robe de coton bleu ou marron et un voile rouge ou blanc qui forme coïflure, et, s'enroulant autour du cou, laisse des plis amples retomber par derrière (fig. 204). L'anneau suspendu au nez, le nézem (fig. 151, col. 633), et les pendants d'oreille, parfois aussi les colliers dont les ornements en métal brillant retombent sur la poitrine, rappellent les bijoux qu'Éliézer donna à Rébecca et dont se parait Sara.
La demeure du Bédouin, c’est la tente. Soutenue par des poteaux, elle est couverte d'une grande pièce d'étoile tissée avec du poil de chameau, ou de peaux de bouc, d'une couleur noire, Cant., 1, 5, cousues ensemble et impénétrables à la pluie. Les courroies qui la fixent sont attachées au sol autour de chevilles de bois. Elle est divisée en deux parties, dont l’une est réservée aux hommes, l'autre est l'appartement des femmes, renfermant également les ustensiles du ménage.
La vie de ces peuplades est la vie pastorale. Leurs troupeaux se composent de moutons et de chameaux, dont elles consomment ou vont échanger les produits dans les localités limitrophes du désert, ou dans les oasis, contre du blé, de l'orge et des dattes. Très frugal, en eflet, le
nomade ne boit que du lait et de l'eau, se nourrit presque exclusivement de dattes et de galettes de farine de blé ou d'orge, Il ne mange guère de viande qu'à l'occasion de la venue d'un hôte : c’est alors ou un chevreau bouilli et coupé en petits morceaux, ou un agneau cuit sous des pierres brülantes dans un trou creusé en terre. Le désert serait inhabitable pour lui sans le chameau, qui seul suffit à tous les besoins de ses maitres. Voir CHAMEAU. On sait combien le cheval est pour l'Arabe un précieux auxiliaire et un objet de prédilection, mais c'est une bête de luxe, qu'il n'est pas donné à tous de posséder.
Les Bédouins s’attribuent la police du désert, devenant même souvent, par les nécessités du sol et du climat, les protecteurs des sédentaires. Ceux-ci, en eflet, ont besoin de faire venir des céréales de la vallée de l'Euphrate, de tirer des marchés des villes syriennes des armes et des ustensiles de toutes sortes : les nomades sont les intermédiaires obligés de ce commerce, et se chargent de fournir les choses nécessaires, moyennant tribut.
Les mœurs que nous venons de décrire s'observent dans les tribus de Syrie et d'Arabie, dont les plus importantes sont : les Taamirah, véritables pirates de la plaine syriaque, vivant dans des douars gardés par des chiens noirs à l'aspect féroce; les Beni-Sakhr, Nemrods passionnés, qui parcourent les solitudes du Hauran et se montrent bienveillants à l'égard des étrangers; les Anazéh, grand peuple que l'on peut considérer comme l’aristocratie des déserts de Syrie; les Roallah, qui servent de transition entre les Bédouins du nord et ceux du midi: les Schammar, dans le grand Néfoud, dont lady Blunt a parcouru et étudié la puissante tribu. Voir le Tour du monde, t. XLII.
IV. Religion. — Des pâtres, errant dans les plaines immenses brülées par le soleil, obligés sans cesse de fixer leurs regards sur le ciel pour diriger leur route, devaient aisément prêter aux corps célestes une puissance surnaturelle et en faire l’objet de leur culte. Aussi la religion primitive des Arabes fut le sabéisme ou adoration des astres. Bien qu'extrêmement confus, les renseignements historiques nous permettent de chercher une certaine analogie entre le paganisme antéislamique et les religions du bassin de l'Euphrate et du Tigre, de la Syrie, de la Phénicie et de l'Yémen. Nous nous bornons aux points essentiels. Voir ISMAËLITES, JECTANIDES, NABATÉENS.
Les deux principales divinités chez les Arabes étaient le soleil et la lune. « Ils croient, nous dit Hérodote, πὶ, 8, qu'il n’y ἃ point d'autres dieux que Bacchus, Διόνυσος, et Uranie. [ls appellent Bacchus Οὐροτάλ, et Uranie ᾿Αλιλάτ. » Voir aussi Strabon, xvi, 741; Arrien, vir, 20. La forme originale d'Ourotal, qui sans doute devait être Our ta‘äla, « la lumière suprême, » et le rapprochement que l'historien fait entre ce dieu et le Dionysos des Grecs nous le montrent comme une personnification du soleil. Les inscriptions assyriennes nous apprennent que l’astre luimême, sous le nom de Samaÿ, arabe σῷ, Sams, était le
dieu dont les reines de Duma ou Aduma exerçaient le suprême sacerdoce. Théglathphalasar parle de «Sa-um-si,ou Samsiéh, reine d'Arabie, qui rendait un culte au soleil ». Cf. A. Layard, Inscriptions in the cuneiform character, pl. 72; E. Schrader, Die Keilinschriften und das alte Testament, Giessen, 1883, p. 262. Nous voyons égalerent, dans les annales d'Assurbanipal, que la tribu arabe de Cédar avait pour dieu Adarsamaim où A-tar-sa-ma-in, Schrader, ouv. cité, p. #14, explique ce nom par « Athar du ciel », et le fait correspondre à ='2w7 n2%2, melékét haësämaïim, « la reine du ciel, » de Jérémie, vi, 8, c'està-dire Athar-Astarté ou la lune. D'autres regardent Adarsamaim comme une divinité solaire. Hérodote, 1, 131, assimile Alitta à la Mylitta des Assyriens; MM. Lenormant et Babelon en font la divinité féminine, Al-Lät, dont le sanctuaire était à Tayf, non loin de la Mecque, Histoire ancienne de l'Orient, Paris, 1888, τὶ vi, p. 432
Malgré sa parenté avec les religions assyrienne et syrienne, le polythéisme arabe devait avoir une forme extérieure plus grossière, en rapport avec l'état de culture des populations qui le pratiquaiént. Les divinités avaient cependant leurs statues, puisque Assurbanipal mentionne les « dieux » que son père avait enlevés à « Yautah, fils d'Hazaël, roi de Cédar », et qu'il rendit ensuite, après soumission , à la demände des vaincus. Cylindre B, colonne vit; G. Smith, History of Assurbanipal, p. 283-9286; Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, Paris, 4889, 5e édit., t. 1V, p. 295.
Hérodote, 11, 8, pour dépeindre le caractère religieux dont les Arabes entouraient leurs serments, nous les montre formulant leurs engagements au milieu de sept pierres teintes du sang des contractants. C'étaient peutêlre des pierres sacrées ou bétyles, dont le nombre aurait une certaine liaison avec le côté sidéral et planétaire de la religion. Il en était de même dans le bassin de l'Euphrate et dans la Syrie ; les Chaldéens d'Uruk avaient eux aussi leur « temple de sept pierres noires », dont nous parlent les inscriptions cunéiformes.
V. Bibliographie. — Carsten Niebuhr, Beschreibung von Arabien, in-4°, Copenhague, 1772; W. G. Palgrave, Central and Eastern Arabia, 2 in-8°, Londres et Cambridge, 1865; E. Guillaume Rey, Voyage dans le Haouran, in-8°, Paris, 1860, avec atlas in-fol.; lady Anna Blunt, Pèlerinage au Nedjed, berceau de la race arabe, 1878-1879 {trad. Derôme), dans le Tour du monde, t. xzi1; Ch. Huber, Voyage dans l'Arabie centrale, dans le Bulletin de la Société de géographie, Paris, 188%, 3e et 4° trim., 4885, er trim. ; J. G. Wetzstein, Reisebericht über Hauran und die Trachonen, in-8°, Berlin, 1860; Nord-Arabien und die syrische Wüste (Zeitschrift für allgem. Erdkunde, 1865, p. 1-47, 241-983, 408-498) ; H. 4. Van Lennep, Bible Lands, Londres, 1875, t. 11, p. 398-416; Caussin de Perceval, Essai sur l'histoire des Arabes avant l’islamisme, 3 in-8°, Paris, 1847-1848. A. LEGENDRE.
2. ARABE (LANGUE), premier rameau du groupe méridional des langues sémitiques. Nous commencerons par expliquer cette sorte de définition, en montrant, au point de vue historique, comment l'arabe se rattache aux idiomes congénères et quelle est son origine; puis nous exposerons ses particularités grammaticales et lexicographiques dans leurs rapports avec la philologie biblique; enfin nous donnerons ses divisions et ses principaux caractères. Nous terminerons par quelques mots sur l'écriture.
I. AFFINITÉS ET ORIGINES. — La famille des langues improprement appelées sémitiques se divise en deux groupes : l’un septentrional, comprenant trois rameaux avec leurs différents dialectes, c’est-à-dire l’araméen (chaldéen, syriaque, etc.), l'assyrien et le chananéen (hébreu, phénicien, etc.); l'autre méridional, comprenant deux rameaux, dont le premier, qualifié d'ismaélite, n'est autre chose que l'arabe proprement dit, et le second, appelé parfois yagtanide ou qahtanide, embrasse les langues de l'Arabie méridionale et de l’Abyssinie. Voir SÉMITIQUES (LANGUES).
La division et les qualifications de ce dernier groupe répondent aux traditions arabes, basées du reste sur la table ethnographique de la Genèse et l'histoire patriarcale. Nous constatons avec elles, entre le nord et le sud de l'Arabie, une différence marquée, au point de vue historique, politique, religieux et linguistique : la dis-
tinction entre le dialecte de l'Yémen, ea RSS; ‘arabiyat himyar, « arabe himyarite, » et celui de l'Hedjaz,
en) UE == » -
As) 5501 , el-‘arabiyat el-mahdhat, «arabe pur, » eût été découverte par la science, même sans le témoignage des écrivains musulmans. Les premiers habitants des provinces méridionales, de l'Yémen, de l'Hadhramaut,
des pays de Mahrah et d'Oman, furent des descendants de Cham, Gen., x, 7, peuplades couschites, qui parlaient des dialectes d'une seule etmêème langue sémitique, celle qu'on a pris l'habitude d'appeler kimyarique, mais qu'il vaudrait mieux désigner par le nom plus large de sabéen. De nombreuses inscriptions, relevées par de courageux explorateurs comme MM. d'Arnaud et Joseph Haléwy, nous ont seules conservé ces anciens idiomes et ont permis d'en établir les principaux linéaments grammaticaux. Cf. Halévy, Rapport sur une mission archéologique dans le Yémen, dans le Journal asiatique, janvier 1872, p. 5-98; Etudes sabéennes, ibid., mai-juin 1873, p. 434-591 ; octobre 1873, p. 305-365; décembre 1874, p. 497-585; Corpus inscriptionum semiticarum, pars quarta, t 1, Paris, 1889. On distingue quatre dialectes principaux : le sabéen, le hadhramite, le minéen, l'éhkily, encore parlé dans le pays de Mahrah; tous sont apparentés de très près au ghez ou éthiopien, que les Sabéens passés sur la côte d'Afrique, en Abyssinie, y naturalisérent avec eux.
A ces premiers Sabéens couschites se superposérent les Arabes Jectanides, ou les tribus issues de Jectan, fils d'Héber, Gen., x, 24-30; ce sont les Moutéarriba des traditions nationales ou les premiers Arabes proprement dits. Ayant pour berceau originaire les régions d'où sortirent également les descendants d'Abraham, c'est-à-dire la rive droite de l'Euphrate, ils apportaient comme idiome national l'arabe pur, el-arabiyat el-mahdhat des historiens indigènes. Après avoir été soumis un certain temps aux peuples au milieu desquels ils vivaient, ils finirent par leur imposer leur suprématie politique, tout en adoptant la civilisation, les mœurs, les institutions, la religion, la langue même de leurs nouveaux sujets. L'arabe, parlé d'abord dans un certain nombre de districts, concurremment avec le sabéen, ne conserva sa pureté que chez quelques tribus de l'intérieur qui continuaient ἃ mener une vie à demi nomade sur la frontière du désert.
Enfin apparurent les enfants d'Ismaél, fils d'Abraham et d’Agar, Gen., xxv, 12-15, les Moustariba ou « devenus arabes ». Longtemps concentrés dans une partie restreinte du Tihäma, ils rayonnérent plus tard sur l'Hedjaz, le Nedjed et d’autres contrées du nord et du centre de l'Arabie, puis finirent par absorber les tribus jectanides antérieures. C’est leur langue qui, illustrée et immobilisée par le Coran, répandue par les conquêtes de l'islam dans toutes les parties du monde, est devenue l'arabe proprement dit, dont nous avons à parler. Mais par quelles phases a-t-elle passé depuis l’idiome des marchands ismaélites qui achetèrent et vendirent Joseph, Gen., xxxvIr, 28, depuis celui des bené-Qédém, « fils de l'Orient, » dont Gédéon surprit et comprit les songes, Jud., wir, 9-14, jusqu'à la langue si parfaite de Mahomet, aucun monument ancien n'est là pour l'attester. ἃ part les inscriptions du Sinaï et quelques-unes de Pétra et du Hauran, dans lesquelles plusieurs auteurs veulent voir un dialecte arabe légèrement infléchi vers l’araméen, nous ne savons rien sur ses origines.
Sans enfance ni vieillesse, l'arabe se montre soudainement à nous, au vi® siècle de notre ère, dans toute sa perfection, avec sa flexibilité, sa richesse infinie, dans un état si complet, que depuis ce temps jusqu'à nos jours il n'a subi aucune modification importante. Pour expliquer sa richesse de mots et de procédés grammaticaux, les philologues arabes ont imaginé une hypothèse peu acceptable, renfermant néanmoins une certaine part de vérité. S'il fallait en croire Soyouthi, celte langue serait le résultat de la fusion de tous les dialectes, opérée par les Koréischites autour de la Mecque. Gardant les portes de la Caaba et voyant affluer dans leur vallée les diverses tribus attirées par le pèlerinage et les institutions centrales de la nation, les Koréischites s'appropriérent les finesses des dialectes qu'ils entendaient parler autour d'eux; en sorte que toutes les élégances de la langue arabe se trou-
| vèrent réunies dans leur idiome. Cf. E. Renan, Histuire
‘fi à dote de.
générale des langues sémitiques, 5° édit., Paris, 1878, texte de Soyouthi, p. 347-348. On ne voit pas cependant que leur importance littéraire ait été très considérable avant l'islamisme, et l'influence de leur dialecte ne fut décisive que dans la rédaction du Coran. Il reste établi que ce fut au centre de l'Arabie, dans l'Hedjaz et le Nedjed, parmi les tribus demeurées les plus pures (voir ARABE 1), que se forma la langue qui ἃ depuis porté, à l'exclusion des autres dialectes, le nom d’œrabe. Il nous fallait en montrer d'abord les affinités et l’origine, pour en mieux faire saisir les propriétés et les caractères.
IL. PARTICULARITÉS GRAMMATICALES, LEXICOGRAPHIQUES, LITTÉRAIRES. — L’arabe ἃ tous les caractères des langues sémitiques, pour le nom, les pronoms indépendants et affixes, les verbes avec leurs temps, modes et conjugaisons, etc. La grammaire comparée de ces idiomes, qui ne diffèrent pas beaucoup plus entre eux que les langues néo-latines, italien, espagnol, français, ne différent entre elles, nous montre son rôle presque comparable à celui du sanscrit dans l'étude des langues aryennes. En relevant ses particularités les plus remarquables au point de vue de la grammaire, du vocabulaire et du style, nous aurons occasion de signaler ses rapports de similitude ou de divergence avec les langues sœurs.
1° Grammaire. — Le groupe méridional est plus riche en éléments phonétiques que le groupe septentrional.
Tandis que le phénicien, l'hébreu et l'araméen, n’ont que |
vingt-deux lettres ou consonnes, l’éthiopien en possède vingt-six, l'arabe vingt-huit et le sabéen vingt-neuf. Voir les alphabets comparés du sabéen, de l'hébreu et de l'arabe dans le Journal asiatique, juin 1872, p. 518-519. Cependant, au point de vue de la forme, l'alphabet arabe est très simple, car il ne renferme que quatorze caractères réellement différents les uns des autres : plusieurs, en effet, sont répétés, et c’est à l'aide de points dont le nombre et la position différent, qu'ils expriment les lettres dépourvues de signe spécial. Ainsi le même caractère 5 avec un point au-dessous, :, indique le ba ; avec deux points, >, le ya; avec un point au-dessus, 5, le noun; avec deux points, 5, le {a; avec trois points, 5, le ha. De même en est-il pour les signes suivants : 5, 9, =, L, &, ξ: &@» >- Nous renvoyons à l’article ALPHABET, col. 410, pour la correspondance entre les alphabets hébreu et arabe; nous ne voulons mentionner ici que les lettres qui se trouvent de plus dans ce dernier, avec leur valeur particulière :
Tha, «ὦ τῷ th anglais de thin, le c espagnol de
cierto, le 6 grec;
Ha, ὦ —j espagnol de jerga, ch allemand ou ch hollandais de schoon ;
Zal, ὁ — th anglais de the, le à grec;
Däd, ο»ε:ε d prononcé avec la langue à plat contre le palais;
Zaä, Β — 7 prononcé avec la langue à plat contre
le palais; Grhain, ὃ ΞΞ Tr grasseyé.
Quatre de ces lettres peuvent être représentées en hébreu, d'après la prononciation de certains Juifs, par quatre des lettres begadkefat sans le daguesch léger :
«Ὁ = n, tandis que ὦ = Β, ἐ; En 0 ὦ --»,κ; = τὸ ai ὁ —=3,d; Ë -ΞΞ», -- z ΞΞ, 3,94 dur.
Ainsi l'hébreu n'a pas ces nuances de th ou z prononcés avec le bout de la langue entre les dents; il n’a que le zaïn, τ, z ordinaire. Sur cinq lettres emphatiques, auxquelles un gosier européen s'accoutume si diffcilement, «p, δα; », däd; Ὁ, (ἅ; 5, τᾶ; ᾧ, qâf, il n'en possède que trois : Ὁ τὸ 5; ' ΞξΞἮ 5; Ξε 7.
Les signes des voyelles ont été, comme les points massorétiques, inventés après coup. Primitivement les
Arabes, aussi bien que les Hébreux, faisaient usage, pour indiquer les voyelles longues et les diphthongues, des matres lectionis : Ÿ, N; 5,1; &,*. Les voyelles se réduisent à trois sons primitifs, @, ἢ, u (ou), plus indécis en arabe qu’en hébreu pour les brèves, qui n'ont que les trois signes suivants :
— Fatha, dont le nom et la valeur répondent au patach hébreu, a ou é; — Kesra, correspondant au chirek qaton, i, ou an
ségol, ὁ; — Dhamma, représentant le kibbouts, u (ou), ou le kamets qatouf, 0.
L'article défini αἱ posssède, comme la forme primitive en hébreu ὅπ, un läm qui, s’il ne disparait pas en s'assimilant à la consonne suivante, s'assimile, pour la prononciation, avec les lettres appelées solaires: ainsi l'on prononce: &J1, aS$ams ou é$$ams, et non pas al-Sams, «le soleil, » hébreu : vowr, Aaëÿémes.
Une des particularités les plus remarquables de l'arabe est la formation du pluriel brisé. Toutes les langues sémitiques ont la faculté d'exprimer le pluriel par des terminaisons qui, en prolongeant le mot, sont comme un symbole de l'extension donnée au sens. Cet appendice, pour le masculin, est une voyelle longue, ἢ en hébreu, en syriaque et en phénicien; à en éthiopien, suivie d'un mem en hébreu et en phénicien, et d'un noun dans les autres idiomes. Pour le féminin, il est caractérisé par la terminaison δὲ en hébreu et àt dans les autres langues, excepté en araméen. L'arabe possède ce pluriel, appelé sain ou complet parce qu'il conserve intactes les radicales et leurs voyelles : il se forme, pour les noms masculins, en ajoutant Gs——, un au singulier; exemple : Ge, säriq, « voleur, » pluriel : 5, säriqun; pour les féminins, il suffit de changer la términaison 5,aten sl, ât, 6,2, sârigat, 6,0, sériqät.
Mais, outre ce procédé très simple, il y en ἃ un autre très compliqué , appelé pluriel brisé ou interne, parce que le singulier est brisé par une intercalation ou une annexion de lettres, par un changement de voyelles ou une élimination de radicales, qui disjoignent l’ossature primitive du mot et en altérent la quantité. Ce procédé ne se retrouve qu'en éthiopien. Les grammairiens arabes ne comptent pas moins de cinquante formes de pluriels, La classification en est très difficile. Les plus usitées, pour les substantifs et adjectifs dérivés de racines trilitères, sont, dans les meilleures grammaires, au nombre de vingt-neuf. En voici deux exemples :
Suppression de 1Ἴ initial: {£{, alumar, « rouge, » pluriel : #21, homr.
Addition d'un ! intercalaire : Xe; radjol, «homme, » pluriel : JL, ridjäl.
On peut voir, pour les pluriels brisés, outre les grammaires indiquées plus bas à la bibliographie, une étude de M. Hartwig Derenbourg dans le Journal asiatique, juin 1867, p. 425-524.
Une autre particularité de l'arabe, c’est qu'il a conservé les désinences casuelles primitives des noms. Le nom déclinable, quand il n’est pas déterminé par l'article ou par un génitif, peut avoir trois cas formés par trois terminaisons différentes.
Nominatif : <, un, ex.
carte 5 radjolun, «homme» (homo).
77, ën, ex: JS, radjolën, « de l'homme > Le (ominis).
Accusatif : -—, an, ex.: Ja? radjolan, « l'homme » (4ominem ).
En hébreu et en araméen, les flexions casuelles n'existent plus; on ne les retrouve qu'en assyrien.
Génitif :
La lettre nun ajoutée aux sons #, ἢ, αν, a fait donner à cette désinence le nom de carivin où nunnation, qui a pour correspondant er assyrien la mimmation. Le même phénomène de la mimmation se retrouve en sabéen. Cf. Halévy, Études sabéennes, dans le Journal asiatique, mai-juin 1873, p. 487-488.
La conjugaison de l'imparfait possède également ces flexions : à pour l'indicatif, a pour le subjonctif; le conditionnel devait avoir primitivement +, désinence tombée depuis. Ce que nous venons de dire ne s'applique qu'à l'arabe littéral ; voir plus bas.
Enfin l'arabe se distingue par une richesse extraordinaire de formes verbales. Les Sémites ont un sens très délicat pour peindre les mouvements de l’âme au point de vue de l’action. Par la simple modification des voyelles de la racine, la réduplication des consonnes, l’addition et l'intercalation de certaines lettres comme K, !, aleph; :, ὦ» ποι; Ὁ, ©, thav; w, @, sin, ils expriment non seulement les formes active, passive, moyenne, mais toutes les nuances des sens intensitif, causatif, réflectif, etc. Ce procédé montre ainsi une analogie entre le nom et le verbe, qui, dans la conception linguistique de ces peuples, devaient être originairement confondus. Cette délicatesse, commune aux langues sémitiques, n’est nulle part aussi développée qu'en arabe ; c'est là, on peut le dire, qu’elles ont leur chef-d'œuvre. Plus riche que le verbe grec, le verbe arabe est en même temps plus concis, et il a une force de peinture qui représente admirablement le double caractère du peuple qui l'employait, c'est-à-dire la vigueur et l'imagination poétique.
Les formes dérivées des verbes trilitères sont au nombre de quinze : les quatre dernières très peu usitées. Les dix suivantes permettent d'apprécier la richesse des nuances dont nous avons parlé :
ΠΣ ὅξῷ, fa‘al; ex :
TN ἀξ: πα}. -Ξ
Je: gatal, tuer.
5 , dharrab,frapper fort, de (τ, dharab, frapper.