ET DE LA SCIENCE
* arbitraires varient de deux mille à dix mille ans, mais l'on ne sait rien à ce sujet. La vertu de l'arbre de vie était-elle naturelle à ses fruits, ou extraordinairement attachée par Dieu à leur manducation ? Assurément il était au pouvoir du Créateur de leur donner une puissance miraculeuse ; mais le texte sacré n'insinue pas que Dieu l'ait fait, et les théologiens catholiques pensent généralement que la vertu de l'arbre de la vie était naturelle, Voir Bossuet, Elévations sur les mystères, V° semaine, 1v° élévation, dans ses Œuvres, édit. de Versailles, t, vu, p. 129.
Après le péché de nos premiers parents, l'arbre de la vie ne périt pas. Dieu chassa du paradis les coupables et fit garder l'entrée du jardin, pour qu'Adam ne püt manger du fruit de vie. Gen., m1, 22 et 24. En eüt-il mangé, Adam n'eût pas reconquis le don de l'immortalité, mais seulement prolongé sa vie mortelle. S. Thomas, 2 2°, q. 164, a. 2 ad 6%.
Nous n'avons pas à nous arrêter aux fables talmudiques sur les arbres du Paradis terrestre. Certains rabbins ont donné à l’arbre de la vie une longueur démesurée, telle qu'il eût fallu cinq cents ans pour le parcourir, et qu'il représentait la soixantième partie de l'Éden. R. Juda prétendait même que le tronc seul avait cette longueur, et que tous les cours d'eau de la création partaient de ses pieds. Talmud de Jérusalem, traité Berakhoth, 1, 1; trad, franç., Paris, 1871, p. 7. Ce sont là des réveries où l'Écriture n’est pour rien.
Indépendamment de sa réalité historique, l'arbre de la vie a reçu de l'Écriture elle-même et des Pères de l'Église une signification symbolique. Dans le livre des Proverbes, l'expression « arbre de vie » est devenue synonyme de cause de biens. La sagesse est un arbre de vie pour ceux qui l’embrassent ; elle rend heureux ceux qui s’attachent à elle, et leur confère l'immortalité. Prov., 1, 18. Les actions du juste, qui servent d'exemple et portent au bien, Prov., x1, 30, la réalisation d’un désir qui rend la vie, Prov., xi1, 12, et la langue pacifique qui apaise et guérit, Prov., xv, 4, sont des arbres de vie. Dans le paradis céleste, il y a un arbre de vie, dont les fruits sont donnés par l'Esprit au victorieux. Apoc., 11, 7. Planté sur les deux rives du fleuve qui jallit du trône de Dieu et de l'Agneau, il porte douze fruits pour chaque mois de l’année, et ses feuilles guérissent les saints, les dispensent de toute misère corporelle, et leur accordent une éternelle jeunesse. Apoc., xx, 1, 2 et 14. Les Pères ont développé cette explication anagogique; souvent aussi ils ont comparé à l'arbre de la vie l'arbre de la croix, qui nous a rendu la vie perdue par la faute d'Adam. Jésus-Christ, qui pend à la croix, est le vrai fruit de vie, et les chrétiens le mangent dans l'Eucharistie, où il est pour eux un gage d'immortalité. Voir Bossuet, Loc. cit., p. 130.
2 L'arbre de la science du bien et du mal fut ainsi appelé plutôt en raison du précepte dont il fut l’objet qu’en raison de ses propriétés essentielles. Pour éprouver la fidélité d'Adam et d'Éve, Dieu leur avait défendu sous peine de mort de manger des-fruits de cet arbre. Gen., π, 17, et 11, 3. Les motifs de cette défense, qui paraît à quelques-uns enfantine, ont été nettement exposés par Bossuet : Discours sur l’histoire universelle, 2% partie, ch. rer, Dieu, dit-il, « donne un précepte à l'homme pour lui faire sentir qu’il a un maitre; un précepte attaché à une chose sensible, parce que l’homme était fait avec des sens ; un précepte aisé, parce qu'il voulait lui rendre la vie commode, tant qu'elle serait innocente. » Cf. S. Jean Chrysostome, Hom. ΧΡῚ in Gen., 6, t. Lux, col. 133. Les fruits de cet arbre, qui étaient beaux d'aspect et paraissaient savoureux, Gen., 111, 6, n'avaient pas une vertu nuisible et pernicieuse. Ils ne devaient pas produire par eux-mêmes la connaissance du bien et du mal et la inort du corps et de l'âme; seule la transgression du précepte divin causa ces déplorables effets. L'un d'eux ἃ valu son nom à l'arbre, instrument de la désobéissance et du péché. Quant à la science du bien et du mal qu'acquirent
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Adam et Ëve en mangeant du fruit défendu, ce n'est pas, comme le prétendent les Juifs et Rosenmüller, le premier discernement du bien et du mal, qui suit l'usage de la raison. Nos premiers parents furent créés avec l'intelligence du bien et du mal, Eceli., xvir, 5 et 6, que suppose d'ailleurs la prohibition divine, Le fruit défendu n'est pas non plus, comme l'ont pensé quelques rabbins (voir Eisenmenger, Entdecktes Judenthum, τ. 1, p.371 et suiv.; Cornélius Agrippa, De originali peccato, et M. Schæbel, Le mythe de la femme et du serpent, Paris, 1876), le symbole de l'acte naturel par lequel la race humaine se perpétue. Dieu, qui a créé l’homme mâle et femelle et lui a donné l’ordre de se multiplier, Gen., 1, 27 et 28, n'a pas interdit ce qu'il avait commandé et ce qu’exige la propagation de l'humanité. Adam et Ëve n’ont donc pas connu le bien et le mal en usant du mariage. S. Augustin, De Genesi ad litteram, 1. ΧΙ, α. ΧΙ], t. XXXIV, col. 452. Si immédiatement après leur désobéissance ils remarquérent leur nudité, Gen., 111, 7 et 11, c'est que les effets désordonnés de la concupiscence étaient une suite de leur péché. Comme le serpent le leur avait astucieusement annoncé, Gen., 11, 5, leurs yeux s'ouvrirent, et ils eurent dès lors la connaissance expérimentale du mal. S. Augustin, De peccatorum meritis et remissione, 11, 21, t. XLIV, col. 172; De Genesi ad litteram, 1. vx, οὐ νι, 19, t. ΧΧΧΙΝ, col. 377; De Civitate Dei, xux, 13, τ. xL1, col. 386; De nuptiis et concupiscentia, 1, 6, τ. XLIV, col. 417-418; S. Jean Chrysostome, Hom. xv1 in Genesim, 5-6, t. Lu, col. 131-133; S. Hilaire, In Genesim, vit, dans le Spicilegium Solesmense, t. 1, p. 162.
On ignore de quelle essence était l'arbre de la science du bien et du mal. R. Méir a pensé à la vigne, par cette raison que le vin est ce que les hommes aiment le plus; R. Néhémie au figuier, l'arbre qui a provoqué la faute ayant servi à en réparer les effets, Gen., 111,7; R. Juda au froment, car l'enfant ne sait pas dire «père, mère », avant d'en avoir goûté. Talmud de Babylone, traité Berakhoth, Vi, 2, trad. franç., Paris, 1871, p. 391. Théodoret et Procope de Gaza, pour la même raison que R. Néhémie, ont nommé le figuier; beaucoup, à cause d'une interprétation inexacte de Cant., var, 5, ont pensé au pommier. La question n’est guère plus avancée qu’au premier jour de la discussion. L'inspection des monuments anciens où cet arbre est représenté, fournit peu de lumière sur le sens des tradilions des premiers siècles chrétiens. Martigny, Dictionnaire des antiquités chrétiennes, 2% édit., p. 20-21.
Cet arbre a été regardé comme la figure de l’arbre de la croix, par qui est venue aux hommes la science complète du bien et du mal. La croix nous a fait connaître le suprême degré de la vertu dont l'humanité est devenue capable en la personne de Jésus-Christ, et l’énormité du péché qu'un Dieu seul ἃ pu expier. Le bois vivant du paradis nous ἃ donné la mort, afin que le bois mort du Calvaire nous donnät la vie. Aussi l'Église chantet-elle qu'au jour de la chute, Dieu « marqua le bois pour qu'il réparât le mal causé par le bois ». Ipse lignum tune notavit, damna ligni ut solveret. Hymne de la Passion.
Voir Pereira, Comment. in Genesim, Mayence, 1612, L 11; Malvenda, De paradiso voluptatis, Rome, 1605, C. LXVII-LXXIV, p. 209-2M; Chérubin de Saint-Joseph, Summa criticæ sacræ, t. 1, Bordeaux, 1710, disp. 1 et n, Ρ. 1-%6; Kirchenlexicon, 25 édit, Fribourg-en-Brisgau, τι 11, p. 60-62; Agnellus Merz, De arbore scientiæ boni et mali secundum Scripturas et Ecclesiæ ac S. Augustini doctrinam, 1765 ; * Ziegra, Dissertatio de arbore scientiæ boni et mali, Wittenberg, 1679; * Chemnitius, Disputatio de arbore scientiæ boni et mali, léna, 1683.
E. MANGENOT.
ARC, en hébreu : gését (qaë-t, de la racine quë, « être recourbé »). Cet instrument destiné à lancer des flèches était, chez les anciens, la principale arme de jet, Dès l'époque des patriarches, on s’en sert à la chasse, Gen.,