‹ Dictionnaire de la BibleChapitre 443 sur 474 · ARCHE D’ALLIANCE — ARCHE DE NOÉ · texte numérisé non relu

ARCHE D’ALLIANCE — ARCHE DE NOÉ

q- 102, a. 4, ad 6%, Le symbole s'applique aussi au mystère de l'Ascension, par lequel Jésus-Christ remonte au ciel après sa victoire, comme l'arche remontait à Sion, Ps. xLvI, 6, et au mystère de l'Eucharistie : « Les espèces sacramentelles sont figurées par le voile, le corps du Christ par l'arche, l'âme par l'urne, la divinité par la manne. » S. Bonaventure, Serm. 11 in Domin. IV Advent.

2 La très Sainte Vierge. « Le prophète David dansa devant l'arche. Quelle est cette arche, sinon la bienheureuse Marie? Car, si l'arche renfermait les tables de la loi, Marie portait l'héritier même de la loi. » SERM. XLIH (attribué à) saint Ambroise, Patr. lat., t. xvir, col. 089. C’est pourquoi, dans les litanies, l'Eglise appelle la très Sainte Vierge Fœderis arca, « arche d'alliance ».

3 L'Église. Isaïe permet de faite cette application à l'Église militante, Is., 1v, 5, et saint Jean à l'Église triomphante, Apoc., xI, 19. H. LESÈTRE.

2. ARCHE DE NOÉ, en hébreu fébäh, mot qui ne se rencontre plus que dans l'Exode, 11, 3, pour désigner la petite nacelle de papyrus dans laquelle Moïse fut exposé sur le Nil; dans le grec des Septante et dans Hebr., 1x, 7, χιδωτός, et dans Josèphe λάρναξ. Ces noms et les détails de sa description montrent que l'arche n'était pas un vaisseau proprement dit, muni de mâts, de voiles, d'avirons, etc., quoique l’auteur de la Sagesse, xIv, 6, l'appelle naturellement par analogie σχεδία, « navire; » mais plutôt une sorte de coffre, une énorme caisse flottante, sans quille et à fond plat. Sa forme, apparemment cubique, était peu favorable à la navigation, mais la rendait elle-même très propre à porter une forte cargaison et à bien se tenir sur l’eau. Saint Augustin, De Civitate Dei, χν, 27, t. ΧΕΙ, col. 475, ἃ vu dans celte disposition une marque de la Providence divine, et de fait Dieu, en qualité d’architecte de l'arche, Gen., vi, 14-16, a dù lui donner la forme qui répondait le mieux à sa destination. Un riche marchand hollandais, Pierre Jansen, construisit en 1604, à Hoorn, un bâtiment de mêmes proportions que l'arche, quoique plus petit, et il constata que s'il n’était pas apte aux voyages de long cours et à une marche rapide, il était très commode pour le fret : on calcula qu'il pouvait contenir un tiers de plus de marchandises que les autres vaisseaux, sans exiger un plus grand nombre de bras pour le manœuvrer.

L’arche était en bois de gôfer, sorte d’arbre résineux dont on ne peut préciser la nature, et qui serait le cèdre, ou plutôt le cyprès, que sa légèreté et sa dureté rendent

très propre aux constructions navales. Les Septante et saint Jérôme y ont vu des bois équarris où aplanis. Les ais furent enduits de kôfer, bitume ou résine, à l'intérieur et à l'extérieur, pour que l'eau ne püt pénétrer. Le dedans était distribué en un certain nombre de ginnim ou nids, c'est-à-dire de petits compartiments isolés, destinés à recevoir les diverses espèces d'animaux. Ces nids superposés formaient trois étages, appelés inférieur, deuxième et troisième. Contrairement au texte sacré, Philon, Vita Mosis, τι, et Josèphe, Antiq. jud., I, 11, comptent quatre étages.

Les dimensions de l'arche étaient de 300 coudées en longueur, de 50 en largeur et de 30 en hauteur. On a beaucoup discuté sur la valeur de la coudée. Origène, Hom. 11 in Genesim, t. ΧΙ, col. 165; Contra Celsum, 1W, τ x1, col. 1096, et saint Augustin, De civitate Dei, xw, 27, τ, XLI, 474; Quæstiones in Heptateuchum, τ, #, τ. XXxIV, col. 549, pour répondre aux objections de Celse, ont supposé, sans raison suffisante, que ces coudées valaient six coudées ordinaires ; 115 aboutissaient à des chiffres invraisemblables. Il est plus probable que la mesure adoptée était la coudée commune, la coudée d'homme, comme Moïse s'exprime ailleurs, Deut., 111, 11, équivalant à la longueur de l'avant-bras ou à la distance du coude à l'extrémité du doigt du milieu, et évaluée approximativement à 5% millimètres. En nombres ronds, la longueur de l'arche était donc de 156 mètres, sa largeur de 90, et sa hauteur de 16; la capacité totale s'élevait à 64896 mêtres cubes.

Des ouvertures devaient laisser passer la lumière. Le.

texte ne permet pas de déterminer avec certitude si Noé se contenta de la seule fenêtre par laquelle sortit le corbeau, Gen., vx, 6, ou s'il établit tout un système d'éclairage dont le détail est inconnu. Il est ridicule de dire avec R. Ahia-ben-Zeira qu'au milieu des ténèbres de l'arche Noé distinguait le jour de la nuit à l’aide de perles et de pierres précieuses, dont l'éclat pâlissait le jour et brillait la nuit, Talmud de Jérusalem, traité Pesahim, 1, 1, traduction Schwab, Paris, 1882, t. v, p. 2, ou avec Edouard Dickinson que Noé, très habile chimiste, avait découvert une huile éthérée, qui donnait une lumière aussi éclatante que le soleil. L'ouverture par laquelle sortit le corbeau avait un treillis ou un transparent, Aallôn, distinct de sôhar, qui pouvait s'ouvrir et se fermer. Gen., Vi, 6. Nous ignorons comment elle était disposée, et si elle se trouvait sur un côté de l'arche ou sur le toit. Quelques interprètes pensent qu'elle allait en se rétrécissant, de telle sorte qu'elle n'avait plus au sommet qu'une coudée de largeur. Gen., vi, 16. Il est plus vraisemblable qu'il s'agit dans ce passage du toit de l'arche, dont l'inclinaison n'était que d'une coudée. Une porte était ménagée sur un des flancs de l'arche. Dieu lui-même la ferma du dehors, quand Noë fut entré. Gen., vir, 16.

Obéissant avec crainte aux ordres divins, Noé, pour sauver sa famille, Hebr., x1, 7, exécuta l'arche sur les plans que Dieu avait dressés. Gen., vi, 22. Quelques rationalistes se sont demandé comment Noé, seul avec ses fils, avait pu construire un vaisseau d'une si grande dimension. Mais ils supposent à tort que le patriarche n'eut pas d’autres aides que ses enfants. Le récit biblique, en attribuant à Noë la construction de l'arche, n'exclut pas l'emploi d'auxiliaires, il rapporte seulement au personnage principal la bâtisse de tout l'édifice; c'est ainsi qu'il est dit que Salomon a bâti le temple de Jérusalem. Noé a fait comme les chefs de toutes les grandes entreprises, il ἃ recouru aux bras de nombreux ouvriers. Ses contemporains, bien qu'incrédules à la prédiction du déluge, Matth., χχιν, 37; 1 Petr., πὶ, 20, ne lui refusèrent pas leur concours. Cf. S. Augustin, Quæstiones in Heptateuchum, +, 5,t. xxxiv, col. 549. Le temps ne lui a pas fait défaut non plus, puisque Dieu lui annonça longtemps à l'avance le commencement du déluge; et l’histoire a conservé le souvenir de gigantesques constructions que les anciens

ont terminées à la longue et, pour ainsi dire, par Îles seules forces de leurs bras.

L'arche était destinée à recevoir, outre Noé et sa famille, sept couples ou au moins sept têtes de chaque espèce d'animaux purs, et deux couples d'animaux impurs, Gen., VI, 48-91; vu, 1-3, 7-9, 13-16, des aliments appropriés non seulement pour toute la durée du déluge, mais encore sans doute pour le temps nécessaire aux premières productions du sol après le retrait des eaux. Or les dimensions de l'arche, toutes considérables qu'elles soient, ont paru insuffisantes pour fournir le logement nécessaire à toutes les espèces animales. Tant que le nombre des espèces connues fut peu considérable, les calculs plus ou moins ingénieux des Kircher, des Butéo, des Lepelletier, sur la distribution des animaux dans l'arche, satisfaisaient la légitime curiosité des croyants. Les progrès de la z00logie ont plus que décuplé le nombre des espèces décrites, et les savants les évaluent à plusieurs centaines de mille. Voir Vigouroux, Manuel biblique, Te édit., t. 1, p. 560, note, I1 y a donc lieu de se demander si l'arche, si vaste qu'elle fût, aurait pu les contenir toutes. Pour résoudre cette difficulté, il est inutile de recourir avec quelques exégètes d'autrefois à des moyens extrêmes, que le texte sacré n'indique pas, tels que la diminution de la taille des animaux ou leur compénétration. Il importe d’abord de remarquer que certains savants exagèrent le nombre des espèces animales, parmi lesquelles ils introduisent de simples variétés. Du nombre réel, s’il était connu, il faudrait retrancher les espèces d'animaux fossiles, déjà éteintes avant le déluge, celles de beaucoup d'animaux aquatiques et amphibies, et celles enfin dont les larves ne sont pas détruites par l’eau. D'ailleurs, si l'on admet que le déluge ne s'étendit qu'à la terre alors habitée (voir DÉLUGE), l'objection disparaît; car Noë ne prit dans l'arche que les espèces animales qu'il connaissait, et qui étaient relativement peu nombreuses. La capacité de l'arche répondait donc au but que son divin architecte s'était proposé.

Les eaux du déluge, en s’élevant, soulevèrent l'arche qui voguait à la surface, tandis que l'inondation dévastait la terre, Gen., vir, 17 et 18; Dieu gouvernait de sa main puissante le navire qui portait le salut du monde et le germe de la postérité future. Sap., xIV, 6. Seuls ses habitants échappérent à l'épouvantable cataclysme. Gen., vu, 23. Le vingt-septième jour du septième mois, cinq mois après le commencement du déluge, l'arche se reposa sur les montagnes de l’Ararat, Gen., vit, #, en Arménie, selon la traduction de saint Jérôme. Voir ARARAT. Par sa position centrale dans l’ancien continent, ce lieu était très propre à favoriser le repeuplement de la terre et la dispersion des descendants de Noé. Deux montagnes particulières de la chaine se disputent l'honneur d’avoir reçu l'arche. D'après Josèphe, Antiq. jud., 1, πα, 6; Bérose, cité par Eusébe, Præp. Evang., 1x, 11, t. xx1, col. 697; les targumistes Onkélos et le pseudo -Jonathan; saint Éphrem, Hæres., 1, 4; χνπὶ, 3, et la version syriaque, c'est le Djébel des monts Gordyens, dans le Kurdistan. Bérose ajoute qu'une partie du vaisseau de Xisuthrus y subsistait encore de son temps, et que les pèlerins raclaient l’asphalte des débris et s’en servaient comme d’amulettes pour repousser les maléfices. La tradition juive et arménienne a fixé le lieu du repos de l'arche sur le mont Ararat lui-même. Cf. Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, 5° édit., 1889, €. 1, p. 251-25%,

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