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Abricotier, feuilles et fruits

à son fruit. Cet arbre, originaire d'Arménie, a dù être introduit de bonne heure en Palestine, comme la vigne, qui vient aussi des mêmes régions. Il serait donc tout naturel que nous trouvions des allusions à son fruit dans l'Écriture. Malheureusement les passages où les auteurs sacrés parlent du fappüah sont trop vagues pour qu'ils permcttent de déterminer rigoureusement l'arbre dont ils ont voulu parler. Aussi les avis sont-ils très partagés sur sa nature. L'abricotier a assez peu de partisans; le citronnier et le cognassier en ont davantage. Voir W. Houghton, The Tree and Fruit represented by the Tapüakh of the Hebrew Scriptures, dans les Proceedings of the Society of Biblical Archæology, novembre 1889, t. χπ, p. 42-48; voir aussi CITRON, COGNASSIER, POMME, TAPPÜAH. F. VIGOUROUX.

ABRONAS {grec : ᾿Αδρωνάς), forme grecque altérée du nom de la rivière Chaboras, affluent de l’Euphrate, en Mésopotamie. Judith, 11, 24. Dans le passage correspondant de la Vulgate, 11, 14, nous lisons « le torrent de Mambré » au lieu d’Abronas. Voir MAMBRÉ 3.

ABSALOM, hébreu : ’AbSalôm , « le père est paix; » Septante : ᾿Αδεσσαλώμ.

1. ABSALOM, le troisième des fils de David. Il était petit-fils de Tholmaï, roi de Gessur, par sa mère Maacha, Il Reg., 1, 3; I Par., πε, 2. Celle-ci avait encore donné à David une fille, Thamar, dont la grande beauté fournit la première occasion des événements qui se rapportent à l'histoire d'Absalom. II Reg., XIHI-XVIN.

Amnon, fils de David et d’Achinoam la Jesraélite, ayant conçu pour Thamar une passion criminelle, tendit un piège à son innocence et se porta envers elle aux derniers outrages; puis il la chassa d'une manière ignominieuse,

ΤΠ Reg., ΧΠῚ, 1-20, Voir AMNON 1 et THamar 2, L'infortunée jeune fille alla se réfugier chez son frère Absalom, son protecteur naturel. Cf, Gen., χχχιν, 31. Absalom sut maîtriser sa colère et dissimuler la haine que cet attentat lui inspira contre Amnon; mais il résolut dès ce jour d'en tirer une terrible vengeance, IT Reg., χα, 32.

Deux ans après cet événement, quand tout le monde pouvait croire qu'il avait oublié l'outrage fait à Thamar, il invita David et tous les princes ses frères à une fête qu'il allait donner selon l'usage, cf. 1 Reg., xxv, 2-8, à l’occasion de la tonte de ses troupeaux. Le roi s'excusa, comme Absalom l'avait sans doute prévu ; il fit même des difficultés pour laisser aller à cette fête Amnon, dont Absalom réclamait instamment la présence. L’insistance “de celui-ci, conforme, ainsi que le refus de David, à la politesse orientale, ne pouvait exciter les soupçons : il était naturel que, à défaut du roi, son fils aîné füt appelé à présider le banquet; et d’ailleurs le politique Absalom dut parler de façon à n’exciter dans l'esprit de son père aucune méfiance sur le dessein qu'il méditait depuis si longtemps, et dont il avait préparé le succès avec une profonde habileté. C'est loin de Jérusalem qu'il avait résolu de l'exécuter, avec le concours de serviteurs venus probablement de Gessur, et qui, n'ayant rien à craindre ni à ménager en Israël, feraient ce que n'auraient pas osé faire des Israélites.

Les invités se rendirent donc à Baalhasor, au delà de Béthel, non loin d'Éphraïm ou Éphron. Absalom leur servit un feshn royal, pendant lequel, à un signal donné par lui, ses serviteurs frappèrent Amnon sous les yeux de ses frères. Ceux-ci, épouvantés et tremblant pour euxmêmes, se précipitèrent hors de la salle, montèrent sur leurs mules et s’enfuirent vers Jérusalem. Absalom prit la direction opposée, passa le Jourdain et alla se réfugier à la cour de son grand-père, au royaume de Gessur, pays correspondant en partie au Ledjah actuel.

David ne chercha pas à l’inquiéter dans sa retraite. Après avoir amérement pleuré son fils Amnon, il sentit se réveiller peu à peu son ancienne affection pour Absalom. IL Reg., xiv, 1. Le peuple, de son côté, commençait à trouver longue l'absence de celui que l’on considérait comme l’'héritier du trône depuis la mort d’Amnon; car on conclut avec raison du silence de l'Écriture au sujet de Daniel ou Chéléab, fils de David et d’Abigaïl, que ce prince, plus âgé qu’Absalom, était mort aussi. Les esprits se retournaient donc vers Absalom, qui avait toujours été chéri du peuple. On aimait à se rappeler qu'il n’y avait point d'homme dans tout Israël qui lui fût comparable par la bonne grâce et la beauté. II Reg., xiv, 25. Ces dons naturels, qu'il relevait encore par l’affabilité de ses manières et le talent de gagner les cœurs, ΠῚ Reg., xv, 2-6, l'avaient rendu d’autant plus populaire, que l’orgueil des Israélites était flatté de trouver en lui un prince dont la mère était de race royale, avantage qui manquait aux autres fils de David.

Joab imagina un habile stratagème pour donner satisfaction au sentiment public, s'assurer les bonnes grâces du futur roi d'Israël, et offrir du même coup à David l’occasion d’agir selon le secret désir de son cœur en rappelant le coupable. Craignant de ne pas réussir s’il traitait lui-même cette affaire, il fit venir de Thécué, la moderne Teküa, à deux heures de chemin au sud de Bethléhem, une femme inconnue de David, dont l'intelligence devait assurer le succès de son dessein. Après qu'il lui eut appris sa leçon, elle se présenta devant le roi en donnant toutes les marques de la plus vive douleur. Ses deux fils, disaitelle, s'étaient battus dans les champs, et l’un avait tué l’autre; et maintenant les vengeurs du mort, cf. Num., xxxv, 19, demandaient le sang du meurtrier. Elle suppliait David de rappeler ce fils, sa seule consolation, et de le défendre contre tous. Le roi promit, et aussitôt elle fit l'application de son histoire*à Absalom, dont l'exil, qui durait depuis trois ans, était regardé comme une calamité nationale, David, comprenant alors tout ce qui s'était

passé, fit avouer à cette femme qu'elle avait obéi aux suggestions de Joab, dont il connaissait les sentiments envers le prince proscrit. Il se tourna ensuite vers le général, qui était présent; car, comme le texte le donne à entendre, cette scène se passait dans une audience publique : « Me voilà apaisé, lui dit-il, et il sera fait selon votre désir; allez donc et rappelez Absalom. » IT Reg., χιν, 21. Joab se rendit en personne au pays de Gessur et ramena Absalom à Jérusalem.

David n’entendait pas toutefois accorder encore à son fils une grâce complète; il ne voulut pas l’admettre en sa présence, et lui ordonna de rester enfermé dans son palais, croyant le tenir plus facilement par là dans le devoir, et lui faire mieux comprendre la gravité de sa faute. Deux ans s'écoulèrent ainsi. C'était plus que l'humeur bouillante du prince n’en pouvait supporter. Par deux fois il envoya prier Joab de venir le trouver, pour aller ensuite parler de sa part au roi, et par deux fois Joab, qui savait David peu disposé encore à accorder la grâce désirée, refusa. Absalom fit enfin mettre le feu par ses serviteurs à un champ d'orge de Joab, voisin du sien, et le contraignit: ainsi de venir. « Pourquoi suis-je revenu ici? lui αἰ πη alors. Il vaudrait mieux que je fusse encore ἃ Gessur; je demande à voir le roi. Qu'il me fasse plutôt mourir, 51} se souvient toujours de mon iniquité, » II Reg., χιν, 32. De telles paroles, après un procédé si violent, firent comprendre à Joab qu'il ne fallait pas comprimer plus longtemps cette nature impétueuse. Il alla trouver le roi, et David reçut son fils dans ses bras. II Reg., χιν.

Mais il était trop tard ; la réconciliation ne fut qu’apparente du côté d’Absalom, aigri et irrité contre son père par l'éloignement où il l’avait tenu à la suite d’une proscription de trois ans. L'ambition acheva l’œuvre de la colère. Le premier usage qu'il fit de la liberté que David venait de lui rendre, fut de travailler à le renverser du trône pour y prendre sa place. La crainte d’être supplanté comme héritier du royaume par Salomon, le jeune fils de Bethsabée, fut peut-être aussi un des motifs qui l’engagèrent dans ce dessein. ἃ partir de ce moment, il n’agit plus qu’en ambitieux sans conscience et en fils dénaturé. Sa beauté physique, II Reg., χιν, 25-26, ses qualités naturelles, lui attiraient déjà l'affection du peuple. Ne voulant rien négliger pour accroître sa popularité, il affecta un train royal; il eut des chars, un cortège de cavalerie, cinquante hommes qui couraient devant lui. De grand matin on le trouvait à la porte du palais; il s’y faisait, par ses basses prévenances, le flatteur de tous les solliciteurs qui se présentaient, et déclarait toujours leur cause juste. Il ne rougissait pas de calomnier son père, en rejetant sur lui les négligences et les fautes des magistrats, et en gémissant de ce qu'il n'avait établi personne pour recevoir les plaintes de ses sujets, II Reg., xv, 1-6, comme 81 lui-même n'avait pas dù son pardon à la facilité avec laquelle David avait donné audience à la Thécuenne, et accordé à cette femme la grâce qu’elle sollicitait. Il est possible toutefois que David eût, en effet, apporté quelque négligence dans l'administration de la justice, ce premier des devoirs personnels des souverains orientaux, ou plutôt dans la surveillance de ses juges; il fallait bien que les accusations d’Absalom eussent quelque fondement pour être ainsi écoutées. Cependant l’ambitieux ne parlait pas encore de régner, mais il disait bien haut que les choses n'iraient pas de la sorte, si on lui confiait le soin de rendre la justice à tous. Ainsi, comme le dit le texte hébreu, «il volait à son père les cœurs des hommes d'Israël. » IT Reg., xv, 6. Quand il crut les avoir assez gagnés à son parti, il se mit en mesure de se faire proclamer roi. « Après quarante ans, » il demanda à David la permission d'aller à Hébron, sous prétexte d'y offrir un sacrifice dont il avait fait le vœu pendant qu'il était à Gessur. II Reg., xv, 7.

Ces « quarante ans » ont de tout temps embarrassé les commentateurs. Il y en ἃ qui pensent qu'il faut lire, avec la version syriaque, Josèphe, Théodoret et certains ma-

nuserits latins, « quatre » au lieu de « quarante »; ce seraient, d'après eux, les quatre ans écoulés depuis le retour d’Absalom du pays de Gessur, ou depuis sa réconciliation complète avec son père. Mais d’autres ne voient pas de raison suffisante d'abandonner le chiffre de l'hébreu, de la Vulgate, etc., plus communément admis, et dont on peut donner une explication satisfaisante. Les quarante ans seraient comptés, selon l'opinion la plus conforme aux données chronologiques, à partir de la première onction royale que David reçut de Samuel, événement d'une importance capitale dans l’histoire du saint roi. 1 Reg., χνυι, 13.

Hébron, par son importance et sa situation à quelques heues seulement de Jérusalem, paraissait être le point le plus favorable pour l'exécution des projets d'Absalom. Cité sacerdotale, Jos., xx1, 13, et ville de refuge, Jos., xx, 7, elle empruntait une sorte de caractère sacré aux sépulcres d'Abraham et des autres patriarches dont elle conservait le dépôt. Gen., xxv, etc. Elle avait été d’ailleurs la première capitale de David et le berceau de la nouvelle dynastie. Il était donc facile d'attirer de nouveau les regards de ce côté, en réveillant le souvenir de sa gloire passée. En outre, le regret que la translation du siège du gouvernement à Jérusalem avait laissé chez les habitants devait en disposer un grand nombre en faveur d’Absalom, qui, étant né à Hébron, était par conséquent leur concitoyen.

A peine arrivé, Absalom envoya des émissaires par tout le royaume, afin qu'on se tint prêt à le reconnaître au premier coup de trompette annonçant son avènement. Deux cents hommes des plus marquants, qu'il avait emmenés avec lui de Jérusalem, étaient destinés à leur insu à former comme le noyau de la conspiration. Ils l'avaient suivi de bonne foi et sans connaître ses desseins ; mais il comptait bien les entrainer dans sa révolte; du moins leur présence écarterait d’abord tout soupçon, et recommanderait sa cause aux yeux du peuple, en même temps que son père serait privé de leur concours.

Le peuple accourut de tous les côtés pour l’immolation des victimes, qui devait durer plusieurs jours, sans que les sujets fidèles de David eussent lieu de s'inquiéter de ces sacrifices et des hommages qu’on rendait au prince qui les offrait au Seigneur. Enfin la conjuration éclata, et tout le monde comprit aussitôt sa puissance formidable. Ce fut probablement alors qu’eut lieu laconsécration royale d'Absalom. II Reg., xv, 10, et x1x, 10. David dut se rappeler, en apprenant ces nouvelles, les menaces prophétiques de Nathan, IT Reg., xt, 10-11; car il s'écria: « Fuyons; nous ne saurions échapper à Absalom. » II Reg., xv, 14. ΤΊ mesura d'un coup d'œil la gravité de la situation, et vit le danger qu'il y avait à rester dans Jérusalem, où son fils s'était fait de nombreux partisans, et où rien n'était prêt pour soutenir un siège qui pouvait commencer dans quelques heures. Il en sortit sur-le-champ avec les gens de sa maison et ceux des habitants qui lui restaient fidèles. Escorté des Kéréthites, des Phéléthites et des six cents forts de Geth, il descendit dans la vallée du Cédron; puis il gravit, nu-pieds et la tête couverte, la montagne des Oliviers, en pleurant au souvenir de ses fautes, dont l’expiation devenait de plus en plus dure. Pour comble de malheur, on vint lui apprendre que le sage Achitophel avait passé au parti d'Absalom. Il pria Dieu de détruire l'influence redoutable de ses conseils, et presque au même instant sa prière fut exaucée par l’arrivée de Chusaï, son ami, qui venait lui offrir de le suivre. David voulut qu'il allât, au contraire, auprès d’Absalom, afin d'empêcher par ses avis le mal qu'on pouvait craindre de ceux d’Achitophel. II Reg., xv, 34.

Or, pendant que Chusaï rentrait à Jérusalem, Absalom y pénétrait par la route d'Hébron, accompagné d’Achitophel. L'œuvre néfaste de celui-ci commença par une inspiration infernale, Il pensa qu’il fallait d'abord empêcher Absalom de rentrer jamais dans le devoir, en élevant entre David et sai une barrière infranchissable; il lui conseilla

donc d'abuser publiquement des dix épouses de second rang que David avait laissées pour garder le palais, l'assurant que cet outrage fait à son père achéverait de fixer dans son parti les timides et les indécis, cet élément flottant que l'on rencontre au début de toutes les révolutions et qui appartient au plus hardi. Le terrible conseiller se souvenait qu'il était le grand-père de Bethsabée et l'allié d'Urie, et il voulait se venger. Sur la terrasse même où David se trouvait quand il aperçut Bethsabée, IL Reg., ΧΙ, 2, son fils fit donc dresser une tente pour les dix femmes, et, à la vue de tout le peuple, il entra là en maître. Une démarche de cette nature devait être considérée , d’après les mœurs de l'Orient, comme un acte usurpateur de la souveraineté. Voir ABNER et ADONIAS. Cf. dans Hérodote, 11, 68, l'acte du faux Smerdis, qui épousa toutes les femmes de Cambyse. Mais l’action d'Absalom fut encore plus un outrage exécrable commis contre son père. Dans les desseins de Dieu, c'était l'accomplissement rigoureux de la prophétie de Nathan à David après son double crime, Il Reg., ΧΗ, 11-12, et Achitophel se faisait l'exécuteur de la vengeance divine, en croyant ne servir que sa rancune ou ses vues politiques. II Reg., xvi, 15-92,

Après ce conseil trop bien écouté, Achitophel en donna un autre; s'il eût été suivi, c'en était fait de la cause de David, qui aurait perdu certainement la couronne, et peutêtre la vie. Achitophel dit à Absalom : « Donnez-moi douze mille hommes choisis, et cette nuit même j'atteins le roi sans peine, grâce à la fatigue qui retarde sa marche; je disperse ses gens, et je le frappe dans l’isolement où je l'aurai réduit. » II Reg., xvir, 1-3. C'était le seul parti à prendre dans la circonstance, David n’était pas loin encore, et les troupes qui l'accompagnaient formaient une escorte, non une armée, il ne pouvait donc échapper. Lui laisser le temps de se mettre hors d’atteinte et de faire un appel au pays, C'était lui assurer les moyens d’avoir bientôt à sa disposition des forces plus que suffisantes pour battre les troupes d’Absalom. Grâce à l'organisation établie par David, Israël avait, en ellet, une armée régulière de 288 000 hommes, répartis en douze corps, un par tribu, dont chacun servait un mois par an. 1 Par., xxwu, 1. Or, de cette armée une faible partie seulement était autour d’Absalom ; il restait encore dans les villes et les campagnes la plupart de ces soldats, qui étaient demeurés attachés au roi après l'avoir suivi dans ses guerres, et qui ne manqueraient pas de se rendre à son premier appel. Achitophel savait bien d’ailleurs que si les fautes de David et son administration avaient excité des mécontentements, on l’aimait néanmoins, et on l'estimait pour ses grandes vertus et sa bonté; ses malheurs allaient donc provoquer un réveil ou un redoublement de sympathie qui aménerait même la défection de beaucoup des partisans d'Absalom. Il n'y avait donc pas une heure à perdre.

Absalom le comprit et approuva l'avis d'Achitophel; toutefois il voulut avoir aussi celui de Chusaï. Ce dernier avait commencé par ne pas désapprouver le premier conseil donné par Achitophel, afin de dissiper la défiance que sa conduite envers David avait paru d’abord éveiller chez Absalom, II Reg., xvi1, 17; il fallait bien d'ailleurs laisser passer la justice de Dieu, Mais maintenant il s'agissait de la perte ou du salut de son roi; il déploya donc toutes les ressources de son éloquence pour faire prévaloir un dessein contraire. II Reg., xvit, 7-13. Il rappela le courage et l'expérience de David et de ses hommes; l’exaspération dans laquelle une poursuite acharnée les jetterait; la prudence du roi, qui tiendrait sa personne à l'abri de toute surprise; la panique qui pourrait suivre le moindre échec infligé aux soldats d’Absalom. Ne valaitil pas mieux que le prince appelât aux armes tous [65 habitants du royaume, de Dan à Bersabée, et qu'il se mit lui-même à la tête de cette armée innombrable pour écraser la petite troupe de David, et en détruire ensuite les restes dispersés? Dieu tourna l'esprit d'Absalom et de tous les siens, Π Reg., xvi1, 14, de telle sorte que cette creuse

rhétorique l’emporta sur le conseil si sage d'Achitophel. On attendit. Aussitôt les émissaires que David avait postés à la fontaine de Rogel, vers le fond de la vallée du Cédron, furent avertis, et ils coururent lui porter cette nouvelle, avec le conseil que lui donnait Chusaïi de s'éloigner au plus vite, de crainte qu'Absalom ne se ravisät. Avant la pointe du jour, le roi avait passé le Jourdain et se dirigeait vers Mahanaïm, ville forte qui conservait le nom donné par Jacob à l'emplacement sur lequel elle était bâtie. Gen., ΧΧΧΙΙ, 2.

Chusaï ne s'était pas trompé : les secours arrivèrent nombreux à David pendant ce répit qu'il lui avait obtenu, tandis que la mort d’Achitophel, qui s'était pendu en voyant son avis rejeté, IL Reg., xvur, 23, privait Absalom de son plus utile partisan, et allait sans doute jeter la défaveur sur sa cause. David put bientôt former les cadres de son armée; il y établit des chefs de mille et de cent hommes, et la divisa ensuite en trois corps, commandés par Joab, Abisaï son frère et Éthaï de Geth, et assez forts pour lui donner pleine confiance dans le succès. Aussi, quand les troupes partirent pour aller à l'ennemi, son unique souci fut-il pour la vie d'Absalom, qu'il aimait toujours malgré son indigne conduite, et il recommanda aux trois généraux de l’épargner. Pour lui, il fut contraint par l'amour de son peuple de rester éloigné du champ de bataille. Dieu, qui ne voulait pas qu'Absalom échappât à la mort, en disposa ainsi afin que Joab ne fût pas empêché de le tuer.

Le rebelle avait passé le Jourdain à son tour avec son armée, à la tête de laquelle il avait placé son cousin Amasa, Il Reg., xvir, 25. La rencontre eut lieu dans le pays de Galaad, au milieu de bois qui portent dans le texte sacré le nom de forêt d'Éphraïm, peut-être, a-t-on dit, à cause de la défaite des Éphraïmites racontée au livre des Juges, ΧΙ, 1-6; mais la distance du lieu de cette défaite à Mahanaïm ne favorise guère cette hypothèse. « La bataille s'étendit sur toute la contrée, et il périt beaucoup plus d'hommes dans la forêt qu'il n’en tomba sous les coups de l'ennemi ». IL Reg., xvr, 8. Absalom perdit vingt mille de ses soldats, et lui-même, passant sous un chêne (un térébinthe, selon l'hébreu), resta pris par sa chevelure, qui était très longue, II Reg., xIv, 26, dans les branches de l'arbre, pendant que son mulet continuait seul sa course. Personne cependant n’osa toucher au fils du roi; mais Joab s’indigna contre ceux qui l'avaient épargné, et au mépris des ordres formels de David, qu’on lui rappela en vain, 1l accourut auprès de l'arbre auquel Absalom était suspendu, pour le tuer de sa propre main, en le perçant de trois lances ou javelots. Puis, comme il palpitait encore, dix jeunes écuyers du général l’achevèrent. II Reg., XVI, 14-15.

L'Écriture ne nous fait pas connaître la raison de la haine que Joab fit paraître en cette occasion contre un prince dont il avait pris autrefois les intérêts avec tant de chaleur. Son ambition en fut sans doute la cause. Absalom avait mis à la tête de son armée son cousin Amasa, « à la place de Joab, » dit l’auteur sacré. II Reg., xvur, 25. Ces expressions, rapprochées de II Reg., χιχ, 13, et xx, 10, sup-

t qu'Amasa était un rival pour Joab, et un rival avec lequel il fallait compter. Voir JoaB. La mort d'Absalom servait du reste l'intérêt de Joab, car elle lui assurerait, pensait-il, la possession de sa charge, qu'il était sûr de perdre, au contraire, si ce prince montait un jour sur le trône.

Aussitôt qu'Absalom eut rendu le dernier soupir, Joab fit arrêter la poursuite des fuyards ; on jeta ensuite le corps du rebelle dans une fosse, au milieu du bois, et l'on y apporta une grande quantité de pierres qui formérent audessus de cette tombe un monceau très élevé. Ce fut pentêtre une flétrissure qu'on voulut lui infliger. Cf. Jos., vrr, 26, et vit, 29. Ainsi Dieu ne permit pas qu'il fût enseveli dans le sépulere qu'il s'était fait construire près de Jérusalem, dans la vallée du Roi (la vallée de Josaphat ou du Cédron), et c'est sans doute pour faire remarquer ce chätiment pos-

thume que l'écrivain sacré mentionne en cet endroit l'érection de ce monument. II Reg., xvir, 18.

ΤΙ existe encore actuellement dans cette vallée du Cédron, en amont du village de Siloam, entre le tombeau de Josaphat au nord et celui de saint Jacques au sud, un édifice qu'on désigne sous le nom de Tombeau d'Absalom. Nous en donnons ici une reproduction. (Fig. 10.) On voit dans la partie supérieure, qui affecte une forme assez originale, un pyramidion circulaire surmonté d’une toufle de palmes, et reposant sur une base cylindrique portée à son tour par un dé en retrait sur la partie inférieure du monument, Celle-ci offre au regard un bizarre assemblage de trois

10, — Tombeau d’Absalom. D’après une photographie.

ordres disparates d'architecture superposés : chacune des quatre faces latérales, large de près de sept mètres, est ornée de deux colonnes ioniques et de deux demi-colonnes engagées dans les antes et dans la face du monument ; au-dessus s'étale un entablement dorique complet. Cette masse, qui forme comme le soubassement de l'édifice, est monolithe ; elle a appartenu à la base rocheuse du mont des Oliviers, dont on l’a isolée. C’est ce bloc énorme qui constitue le tombeau, car la chambre sépulcrale ἃ été creusée dans la partie supérieure du rocher. Une petite porte carrée, ménagée dans la façade sud, au-dessus de la corniche, s'ouvre sur un escalier de quelques marches, par lequel on y descend. On voit dans cette chambre, aujourd’hui vide, trois arcades sous lesquelles ont dû trouver place autrefois trois sarcophages.

La tradition actuelle, qui identifie cet édifice avec le monument que la Bible dit avoir été élevé par Absalom, n’est appuyée sur aucun document authentique. Bien plus, si nous remontons assez haut dans le passé, jusqu'au commencement de l'ère chrétienne, par exemple, nous rencontrons une autre tradition toute différente ; car, du temps de Josèphe, on désignait sous le nom de monument d'Absalom une simple stèle de marbre blanc, située à deux stades de Jérusalem. Antig. jud., VII, x, 3. D'un autre côté, les sculptures grecqueset égyptiennes du soubassement du prétendu tombeau d'Absalom ne permettent pas de le faire dater de l'époque des rois.

Il ne nous reste donc pas d'autre monument authentique

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