ADAD, dieu syrien. Voir HapAp
ADADA (hébreu : ‘Ad‘ädäh ; Septante : ’Apouñ)), ville située sur la frontière méridionale de Juda, et mentionnée une seule fois dans la sainte Écriture, Jos., xv, 22, où elle est citée entre Dimona et Cadès. Il n’en est pas question dans l'Onomuasticon d'Eusébe, mais on l'a retrouvée de nos Jours dans les ruines qui ont conservé exactement le même nom, ‘Ad'adah, à l'est de Bersabée, entre cette ville et la mer Morte. G. Armstrong, Ch. W. Wilson et Conder, Names and places in the Old and New Testament, 1889, p. #4. A. LEGENDRE.
ADADREMMON (hébreu : Hädadrimmôn), ville de la plaine d'Esdrelon, mentionnée une seule fois, dans ce texte du prophète Zacharie : « En ce jour, il y aura un grand deuil dans Jérusalem, tel que fut celui d'Adadremmon dans la plaine de Mageddon. » x, 11. Les versions et les commentateurs ont donné à ce verset différentes interprétations, qu'il faut examiner avant d'arriver au véritable sens.
Les Septante ont ainsi rendu la dernière partie du texte : ὡς χοπετὺς ῥοῶνος ἐν πεδίῳ ἐχχοπτομένου, « Comme le deuil du grenadier coupé dans la plaine. » Il n’est pas nécessaire de chercher ici, avec saint Cyrille d'Alexandrie, une allusion au désespoir de l’agriculteur qui voit couper cet arbre, dont il admire la beauté et apprécie l'utilité, Comment. in Zach., τ. LxxI1, col. 226; ni, avec Théodoret, une allusion au bruit des bücherons qui l'abattent, Explan. in Zach., t. LxxxI, col. 1946 : la méprise des traducteurs grecs est évidente. Ils ont pris des noms propres pour des noms communs : ainsi ils ratlachent hadad à la racine arabe Ladda, « émettre un son grave, » dont le sens est parfois appliqué au mugissement des vagues se brisant sur le rivage, cf. Gesenius, Thesaurus linguæ heb., p.365; J. F. Schleusner, Lexicon græcum Vet. Test., Londres, 1829, t. 111, p. 14; puis ils font de rimmôn le nom d’un fruit bien connu, « la grenade, » ou de l'arbre qui le produit, et enfin de megiddôn, le participe passé de gädad, « couper. »
La paraphrase chaldaïque voit ici un double deuil : 4° « celui de la mort d’Achab, fils d’Arnri, tué par Hadadrinmon , fils de Tabrimmon, » à Ramoth-Galaad, ΠῚ Reg, xv, 18, et xx11, 29-38; 20 « celui de la mort de Josias, fils d'Amon, que Pharaon le Boiteux (Néchao) tua dans la plaine de Mageddo. » IV Reg., xx, 29. La première application est fausse : l'auteur fait, sans preuve, de Hadadrimmon le même personnage que Benhadad, roi de Syrie. L'identification füt-elle vraie, ajouterons-nous avec Rosenmüller, que la grammaire et l'histoire nous interdiraient ce sens; en effet, au lieu de « deuil d’Adadremmon », il eût fallu dire « deuil d’Achab », puisque la plainte avait nécessairement pour objet le roi d'Israël, et non son meurtrier; et puis on n'a jamais entendu parler
tement célèbre par son impiété. Scholia in Vet. Test., Leipzig, 1828, vire partie, t. 1v, p. 343. La seconde explication est, comme nous le verrons, la seule vraie ; aussi la version syriaque explique-t-elle bien la pensée eu remplaçant Hadadrimmon par « fils d'Amon ».
Enfin, les massorètes eux-mêmes semblent n'avoir pas compris la signification du mot qui nous occupe, et leur ponctuation repose uniquement sur le sens vulgaire de rimmôn, « grenade; » mais ce fruit n’a aucun rapport avec la divinité dont nous parlerons tout à l'heure.
Parmi les commentateurs, Hitzig voulut d’abord reconnaître dans le deuil d'Adadremmon celui qu'aurait occasionné la mort d'Ochozias, tué par Jéhu IV Reg., 1x, 27. Mais la fin de ce roi ne fut jamais, pas plus que celle d’Achab, un deuil national pour les Hébreux. Abandonnant du reste cette hypothèse, Hitzig en inventa plus tard une autre, que nous pouyons encore moins accepter, et qui ἃ cependant rencontré un certain nombre d'adhérents : Movers, Merx, Wellhausen et Reuss. Voici comment ce dernier l'expose : « Selon toute probabilité, Hadadrimmon est le nom d'une divinité adorée par les païens du nord de la Palestine et dans la Syrie (IV Reg., w, 18, et les nombreux noms propres composés avec Hadad}, et plus particuliérement celle du soleil printanier, dont tout le monde connaît le mythe tel qu'il a été poétiquement transformé par les Grecs (Adonis). La mort du dieu (dans le sens symbolique et astronomique) était célébrée dans tout l'Orient par une grande fête funèbre, qui ἃ fourni le cadre d'une jolie pièce de Théocrite, Idylle 13, et d’une
belle élégie de Bion. Ce nous semble chose assez natu- ,
relle que le prophète prédise ici aux Israélites sauvés et repentants un deuil tout aussi grand que celui de la fête funèbre du paganisme, à laquelle ils ont sans doute pris part dans leurs égarements polythéistes, comme cela nous est d’ailleurs explicitement attesté par Évéchiel, VIT, 14. » La Bible, Ancien Testament, ue partie, Les Prophètes, Paris, 1876, t. 1, p. 355.
Ce rapprochement avec la vision d'Ézéchiel semblait donner un certain appui à l'hypothèse; elle a cependant été avec raison rejetée par Ewald, et surtout par Wolf Baudissin, qui l’a complètement détruite, Real-Encyklopädie für prot. Theol., 2e édit., t. v, p. 493 ; Studien zur semit. Religionsgeschichte, 1876, t. 1, p. 295 et suiv. Il est vrai que Thammuz ou Adonis avait un culte célèbre en Phénicie et en Syrie : une rivière portait son nom (aujourd'hui le Nahr-Ibrahim, un peu au-dessous de Byblos). Voir THaMMuz. Mais est-il donc croyable que le prophète Zacharie ait assimilé la pénitence d'Israël aux lamentations d’un culte idolätrique et souvent obscène ? Non, personne n’admettra que l’homme de Dieu ait osé comparer la chose la plus sainte, la douleur et la mort du Christ,
à ces rites voluptueux auxquels se livraient les femmes
phéniciennes dans les fêtes du dieu Soleil. Le nom même d'Adadremmon s'oppose à cette opinion, car il ne convient pas et n’a jamais été donné à Adonis.
Ce nom, qui a reçu des monuments assyriens son explication définitive, se compose de deux mots, dont Schrader expose ainsi le sens : « On savait déjà par les écrivains classiques que Hadad était, chez les Syriens, le dieu du ciel et du soleil. Macrobe, Sat. 1, 23. Or les monuments nous montrent que ce dieu Dad, c'est-à-dire Hadad, est identique à l'assyrien Rammänu, Rämänu, le dieu du tonnerre et de la tempête (racine ra'‘am, ra'amän , « le tonnant, » ‘ain compensé par le redoublement du mem). Le même idéogramme (AN) IM sert également pour les deux noms; en sorte que le composé Hadad- Rammän indique que le dieu du ciel Hadad est ici regardé surtout comme le « dieu de la tempête », rappelant ainsi le Ζεῦς βροντήσιος, Ζεῦς βροντῶν, ou le « Jupiter « tonans ». Die Keilinschriften und das alte Test., 2 édit., Giessen, 1883, p. 454. M. de Vogüé, dans la Revue archéologique. juin 1868, τ. xvux, pl. xv, n° 98, et fig. 24, p. 440,
AL, δ “σὰς Ὁ
et dans les Mélanges d'archéologie orientale, in-80, Paris, 1868, pl. νι, n° 98, texte p. 125-196, et fig. 24, texte p. 121, a reproduit un demi-ellipsoïde de calcédoine et un cylindre du Musée britannique, sur lesquels le dieu Hadad est représenté avec ses attributs. Cf, Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, 5° édit., Paris, 1889, t. 111, p. 247 et 249. On croit également reconnaître le dieu Ramman, sur un bas-relief de Nimroud, dans le personnage figuré debout, le front orné d'une double paire de cornes, portant une hache d'une main, tenant de l'autre le faisceau trifide, dont les Grecs armèrent plus tard le bras de Jupiter,
et qui représente la foudre. Cf. Vigouroux, ouv. cité, τ. IV,
p. 337, pl. 148, d'après Layard, Monuments of Nineveh, Are série, pl. Lxv.
Cependant quelques assyriologues donnent du mot qui nous occupe une explication différente. Fried. Delitzsch, Chaldäische Genesis, p. 269, dit que Ramanu ou Rammanu signifie « exalté ». Wright regarde comme probable la lecture Hadar-Rammon, la première partie, Hadar, se retrouvant dans le nom de Ben-Hadar. Le sens du composé semble être alors : « Glorieux est le seul exalté. » Cf. Trochon, Les petits prophètes, Paris, 1883, p. 479.
Quoi qu'il en soit de la signification, le nom ne fut jamais attribué à Adonis. Il ne peut indiquer ici qu'une localité, ainsi appelée du dieu qu'on y adorait peut-être avant la conquête de Chanaan par les Hébreux, ou ainsi nommée, depuis la chute du royaume d'Israël, par quelques colons syriens ou assyriens, établis en cet endroit. Une pareille appellation n'est pas étonnante dans un pays où l'on rencontre assez fréquemment des noms de lieu rappelant le souvenir de quelque divinité, comme Baalgad,
Jos., x1, 17, Baalthamar, Jud., xx, 33, etc. Saint Jérôme,
dans son Commentaire sur Zacharie, xt, 11, t. χχν, col. 1515, nous parle de cette « ville d'Adadremmon, “Ῥοῶνος dans la version des Septante, qui se trouvait auprès de Jezraël, et de son temps s'appelait Maximianopolis, dans la plaine de Mageddon ». L'ancien nom ἃ subsisté (comme celui de Bethsan, l’ancienne Scythopolis, dans Beisän), et s'est conservé dans Roummanéh, petit village situé à six kilomètres au sud de Ledjoun, l’ancienne Mageddo, et qui, réduit actuellement à une vingtaine de misérables habitations, ne renferme aucune trace d’antiquité, sauf quelques citernes pratiquées dans le roc et un puits. Cette identification, proposée par Van de Velde, « paraît très légitime, dit M. V. Guérin, et s'appuie non seulement sur le rapprochement, ou plutôt sur l’identité de l'hébreu Rimmôn et de l'arabe Roummanéh, mais encore sur le passage du prophète Zacharie, qui nous apprend que Hadad-Rimmon était voisine de Mageddo. » Description de la Palestine, Samarie, t. 11, p. 229.
Si maintenant nous voulons connaître le vrai sens du texte prophétique, nous le trouverons dans cette hypothèse, admise par la grande majorité des commentateurs, qu'il s’agit ici du deuil occasionné par la mort de Josias. IV Reg., χχπι, 29-30; ΠῚ Par., xxxv, 20-95. Comme le roi d'Égypte Néchao marchait vers l'Euphrate pour s’emparer de la forteresse de Carchamis, point stratégique important, Josias vint l'arrêter et l'attaquer auprès de Mageddo, dans cette plaine d'Esdrelon, théätre de tant de combats iilustres dans l’histoire. Malgré les assurances pacifiques du pharaon, le roi de Juda persiste dans son entreprise belliqueuse ; mais ses troupes sont battues, luimême tombe mortellement blessé par la fléche d’un archer égyptien, et son corps est ramené à Jérusalem. La mort du pieux roi répandit partout le deuil et la consternation. Avec lui le dernier soutien de la religion et du trône de Juda descendait dans les tombes de Sion. Les poètes de l'époque, et surtout Jérémie, le grand chantre de la douleur, composérent des élégies, et le souvenir de ce cruel événement se conserva longtemps après la captivité. Nous lisons, en effet, dans le deuxième livre des Paralipomènes, Χχχν, 25, d'après l'hébreu, que «tous les chanteurs et chan-
teuses parlent, dans leurs chants funèbres, de Josias jus-
ADADREMMON — ADAM
qu’à ce jour, et c’est devenu une loi en Israël, 'et l'on trouve ce chant écrit dans les Lamentations », recueil qui malheureusement n'est pas parvenu jusqu'à nous.
Les détails que nous venons de donner suffisent pour répondre à la double objection ainsi formulée par Reuss : « Mais le deuil de Josias s’est fait à Jérusalem et non à Hadadrimmon, et il serait assez extraordinaire qu’un prophète contemporain de Darius, fils d'Hystaspe, ait choisi comme exemple d'un grand deuil un événement qui avait eu lieu tout un siècle auparavant. » Les Prophètes, t. 1, p. 355. S'il est vrai, en effet, que le corps du roi fut ramené à Jérusalem, ne peut-on pas dire que les lamentations sur sa mort commencèrent à l'endroit même où il fut mortellement frappé? ou bien le « deuil d'Adadremmon » ne signifie-t-il pas « deuil au sujet d'Adadremmon », ou de la calamité nationale qui s’y produisit (Baudissin)? D'un autre côté, Zacharie, prédisant les lamentations causées par la mort du Messie, trouvait un terme frappant de comparaison dans celles qu'avait excitées la mort du pieux roi Josias, événement toujours présent à la mémoire du peuple. A. LEGENDRE.
ADAÏA, hébreu: ‘Âdäyäh, « Jéhovah orne. »