Silex tertiaires trouvés près de Lisbonne
A ces espèces, hypothétiques au premier chef, il a donné les noms des trois inventeurs : de là les Anthropopithecus Bourgeoïisü, Ramesii et Riberoï. Après quoi, fier de sa découverte, que personne assurément ne songera à lui contester, il se compare triomphalement à Leverrier, « découvrant sans instrument, rien que par le calcul, une planète ! »
Force nous est d'ajouter que M. de Quatrefages adopte en partie les vues de M. de Mortillet. Comme lui, il persiste à croire à la taille intentionnelle des silex de Thenay; mais cette taille, il l’attribue ἃ l'homme lui-même, non à son prétendu précurseur, dont il n’admet pas l'existence. 11 se trouve ainsi entraîné à reporter l'apparition de notre espèce à une date excessivement reculée, qu'il est impossible de fixer même approximativement, mais qui est évidemment inconciliable avec les données bibliques.
Π faut dire que si l'autorité de M. de Quatrefages est grande en anthropologie proprement dite, elle est très faible en archéologie préhistorique. Le savant professeur n’a suivi que de loin le progrès des idées en cette matière. Il est de ceux qui se sont laissé influencer par l'éloquence et l'accent de conviction de l'abbé Bourgeois, ct, une fois son opinion faite, il n’a pu se résigner à en changer. Son témoignage ne saurait infirmer l'opinion contraire des spécialistes, qui pour la plupart nient for-
ADAM (PALÉONTOLOGIE
mellement aujourd'hui ce qu'ils affirmaient.hier, à savoir, l'existence de l'homme ou de son précurseur à l'époque tertiaire, et proclament tout au moins l'insuffisance absolue des preuves apportées jusqu'ici à l'appui de celte thèse. (Pour plus de détails, nous ne pouvons que renvoyer le lecteur à ce que nous avons écrit sur cette question dang la Revue des questions scientifiques, t. v, p. 36 et 361; dans La controverse, novembre et décembre 1884, et aussi dans le Dictionnaire apologétique de la foi chrétienne, 1889, art. Anthropopithèque et Tertiaire. — Voir aussi le récent travail de M. Adnen Arcelin sur le même sujet dans le Compte rendu du premier congrès scientifique international des catholiques [1888], et aussi dans la Revue des questions scientifiques, janvier 1889.)
L'homme tertiaire étant hors de cause, reste l’homme quaternaire. L'existence de ce dernier n’est pas contestable. Dire que l'homme ἃ vécu à l'époque quaternaire, c’est tout simplement, en effet, reconnaître qu'il a été le contemporain de certaines espèces animales caractéristiques de cette époque, telles que le mammouth (Elephas primigenius) (fig. 31), le rhinocéros à narines cloisonnées (Rh. tichorrhinus) (fig. 32), l'ours des cavernes (Ursus spelæus), le cerf à bois gigantesques (Cervus megaceros) (fig. 33), et même le renne (Cervus tarandus), qu'on ne trouve plus aujourd'hui que dans les régions boréales, mais qui alors habitait nos régions tempérées. Or les restes de ces animaux ont été rencontrés si souvent, soit avec des ossements humains, soit avec les grossiers produits de l'industrie des premiers habitants de nos contrées, qu'on ne peut aujourd'hui émettre un doute sur la contemporanéité des uns et des autres, L'homme fossile, auquel les écrivains orthodoxes ont longtemps fait la guerre, est donc une réalité. L'époque quaternaire étant rangée à tort ou à raison parmi les temps géologiques, tous les débris organiques qui s’y rattachent méritent d'être qualifiés fossiles, et ceux de l’homme ne font point exception à cette loi.
Seulement, hâtons-nous de le dire, admettre que l'homme existe à l’état fossile, en d’autres termes, qu’il a vécu à l'époque quaternaire, ce n'est point, à nos yeux, sortir du cadre de la chronologie traditionnelle. Tout prouve, en effet, que les animaux qui caractérisent l’époque quaternaire ont vécu, au moins par endroits, jusqu’à une date toute récente, voisine de l’ère chrétienne. ἃ défaut de l'histoire, absolument muette sur notre pays si l’on remonte seulement au delà de vingt siècles, l'archéologie sérieusement consultée suffirait pour nous en convaincre. Mais cet examen nous entrainerait trop loin.
Observons seulement en passant que les restes du mammouth ont été rencontrés en Angleterre aussi bien que chez nous dans des formations récentes, par exemple, dans des dépôts tourbeux, qu'il est d'usage de rattacher à l'époque actuelle; qu'on a trouvé cet animal en Sibérie en un tel état de conservation, que des chiens ont pu se nourrir de sa chair; que l’éléphant, mammouth ou autre, existait encore dans le nord de l'Afrique et dans la région de Ninive aux époques historiques, et qu'un de nos chroniqueurs, Parthenopex de Blois, dont l'autorité est contestable, il est vrai, va jusqu’à le signaler parmi les bêtes qui hantaient jadis nos forèts. L’ours des cavernes peut luiméme être confondu avec des ours d'une taille extraordinaire, que nous trouvons signalés à ce titre dans des documents du moyen àge. Il n’est pas contestable, en tout cas, qu'on ait rencontré parfois ses débris associés à ceux des espèces actuelles, sinon à ceux de nos animaux domestiques.
En ce qui concerne le renne, nous avons mieux que des données archéologiques ou des probabilités historiques. César nous décrit, en effet, cet animal comme ayant vécu, sans doute de son temps, dans la forêt Hercynienne, c'està-dire sur les bords du Rhin. « Il y a là, dit-il, un bœuf ressemblant à un cerf (Bos cervi figura), portant au milieu du front, entre les oreilles, une corne unique, plus
haute et plus droite que toutes celles qui nous sont connues, et du sommet de laquelle partent de longs rameaux pareils à des palmes. Le mäle et la femelle se ressemblent ; la grandeur et la forme de leurs cornes sont les mêmes. » γι, 2. Bien que le renne n'y soit pas nommé, cette description s'applique évidemment à lui. C'est, en eflet, le seul animal du genre cerf dont la femelle soit comme le mâle armée de bois, le seul qui par la largeur de son front présente réellement l'aspect du bœuf, le seul enfin dont les cornes se terminent en longs rameaux palmés. Il est vrai que ces cornes ne partent point du milieu du front; mais on pourrait le croire, si l’on se contentait de voir le renne à distance, à cause de la disposition divergente des bois, et surtout grâce à la présence chez certains individus d'un raneau basilaire, qui se projette en avant, Geoffroy Saint-Hikaire a donc eu raison de dire que la description de César « porte jusque dans ses erreurs mêmes l'empreinte d'une observation directe et profonde ». Nous pourrions, s’il en était besoin, relever dans cet écrivain et dans les ouvrages d'autres auteurs classiques des allusions presque aussi manifestes au même animal, lequel évidemment a existé dans l'Europe centrale jusqu'à l'ère historique. Les débris de son squelette qu'on a trouvés dans certaines stations lacustres de cette région ne font au reste que confirmer ces témoignages.
Nous négligeons l'élan (Cervus alces) et le grand bœuf