A LA SECONDE ÉDITION
Plus que tout autre livre, un dictionnaire est susceptible d'améliorations et de développements. Soit qu'il ait pour objet l'histoire, ou la philosophie, soit qu'il embrasse le champ des sciences, ou qu'il aborde les questions les plus diverses, il peut et doit être sans cesse complété, souvent même corrigé. Le Dictionnaire de la Bible ayant paru, il y a quinze ans, n'a pas échappé à la loi commune, bien que le peuple, les mœurs, l'histoire et le livre qu'il étudie et qu'il raconte, appartiennent à une époque définitivement close, et sur laquelle il semble qu'il ne puisse rien se présenter de nouveau. Beaucoup de questions sans doute, et les plus importantes, sont définitivement tranchées et hors de toute discussion ; mais un grand nombre restent ouvertes; quelques-unes décidément insolubles, comme la plupart de celles qui se rattachent à la chronologie, la question des Jacques et des Jude, l'âge ou l'auteur de certains écrits canoniques, l'interprétation de certaines prophéties, etc.; les autres, mûrissant à force de travaux et de recherches, comme celles qui appartiennent à la géographie, à l'interprétation du texte, à la critique, aux langues, ou à l'exégèse.
Nous n'avons donc pas à justifier les changements qui ont été apportés à cette nouvelle édition de notre travail ; il nous suffira de les indiquer.
Outre les modifications et les corrections de détail que pouvaient amener nos lectures journalières, nous avons repassé complètement par trois fois notre travail tout entier, en consultant pour cela, — soit les relations les plus récentes de voyages en Palestine, — soit les dictionnaires bibliques les plus modernes de l'Allemagne (Y Encyclopédie de Herzog, la troisième édition du Bibl. RealuHBrterbuch de Winer, le Biblisches Wœrterbuct^c Zeller, Layrer, etc.), — soit les encyclopédies et dictionnaires si précie*rx de l'Angleterre (Watson, Smith, et surtout le docteur John Kilto), — soit enfin quelques commentaires, thèses et monographies qui ont paru ces dernières
années sur différents sujets, tels que Wetzstein sur le Hauran et les Trachones, Fallmerayer sur le Saint-Sépulcre, etc. — Des éludes spéciales faites en vue de quelques cours publics donnés à Genève, Lausanne, Neuchâtel et ailleurs, sur la Création, les premiers âges du monde, l'époque des Maccabées, la vie de Jésus, etc., ont également concouru à modifier, et surtout à développer certaines parties de notre travail. — Enfin, nous avons pris en sérieuse considération les diverses critiques qui ont été faites, de la première édition de ce livre, dans plusieurs journaux de la France et de l'étranger.
Parmi les personnes dont l'obligeance ne s'est pas bornée à des conseils ou à des critiques, mais qui nous ont favorisé d'une collaboration plus active, nous devons des remercîmenls à M. A. Malthey, de Genève, qui nous a fourni les articles Babylone et Ninive, et surtout à M. Fréd. de Rougemont qui, outre un nombre considérable de noies, d'observations et de fragments d'arlicles, nous a fourni sur les Noachides (v. Noé) un travail spécial que nous avons été heureux do reproduire dans son ensemble, quoiqu'il ne concorde pas dans tous ses détails avec ce que nous avons dit aux articles spéciaux.
La géographie de la Palestine est peut-être le point sur lequel l'édition actuelle présentera le plus de changements et d'améliorations. On le comprendra facilement. C'est que jamais la Terre-Sainte n'a été visitée, examinée, étudiée, autant qu'elle l'a été depuis quinze ou vingt ans. Jusqu'alors on ne la connaissait guère que par les voyages des Seetzen, des Buckingham et des Burkhardt, accomplis dans les circonstances les plus défavorables, et avec dos moyens d'observations fort incomplets, ou par les œuvres plus littéraires que scientifiques des Chateaubriand et des Lamartine. Avec Schubert, une ère nouvelle a commencé, mais elle n'a fait encore que corn» mencer; tandis qu'aujourd'hui, grâce à l'expédition américaine, grâce au capitaine Lynch, aux Molineux, aux Robinson, aux Thomson, aux de Saulcy, aux Sepp et aux Tiscbendorf, la Terre-Sainte est presque aussi connue que les contrées les plus fréquentées de l'Europe; la Palestine a son Guide- Murray, et si lesBovet, les Schickler n'ont pas ajouté aux découvertes, ils ont pu du moins les exploiter et les populariser en une grande mesure. Mais c'est surtout aux travaux de M. Van de Velde, à son Mémoire et à son admirable Carte de la Terre-Sainte, que les amis de la géographie biblique sont redevables des progrès qui ont été accomplis sous ce rapport.
Quant à la chronologie, nous avons définitivement abandonné l'ornière dans laquelle, depuis trop longtemps, on s'était habitué à la retenir prison-
nière. Le système d'Ussérius est aussi faux au point de vue biblique qu'au point de vue scientifique, et malgré les protestations tacites de tous ceux qui ont étudié la question, il menaçait de passer à l'état de tradition ecclésiastique et religieuse, et de nous doter d'une erreur de plus sous prétexte de fait accompli. Nous croyons qu'il importe au sérieux des études bibliques, et à une saine intelligence des temps primitifs de l'humanité, d'étendre, autant que la Bible le permet, le champ dans lequel se développe l'histoire des patriarches, et si le système que nous proposons n'offre pas une certitude absolue (aucun système de chronologie ne saurait y prétendre), du moins il se présente dans des conditions de probabilité plus acceptables; on pourra lui reprocher d'être trop modeste, on ne lui reprochera pas d'être trop hardi (v. l'art. Chronologie).
Nous ne saurions passer sous silence la grande crise théologique et religieuse qui, en donnant aux études critiques une importance si considérable, a remis en question, depuis quelques années, tant de traditions et tant de faits qui semblaient définitivement acquis. Sans intervenir directement dans la lutte, sans abandonner des principes qui lui sont chers, sans être ni effrayé, ni attiré par ce mouvement dont on a peut-être surfait tout ensemble la grandeur, les avantages, la nouveauté, les conséquences et les dangers ; sans s'astreindre ni à reproduire, ni à réfuter les nombreuses hypothèses qui ont surgi de toutes parts, l'auteur a dû les étudier, et « examiner toutes choses » pour « retenir ce qui est bon », tant dans les publications de Strasbourg, que dans celles de Paris, de Genève et do Toulouse.
Quant à l'esprit même du travail, il se ressentira sans doute de quatorze ou quinze années d'expériences et de vie pratique. Les principes n'ont pas changé, mais l'horizon s'est nécessairement agrandi; quelques jugements trop absolus ont été modifiés, une place plus grande a été donnée à l'examen des questions, et une importance moindre aux discussions et aux controverses de tous genres.
Les fruits de l'Esprit se sèment dans la paix. Dieu veuille mettre sa bénédiction sur ce livre et le faire servir au bien de son Eglise et de ceux qui cherchent la vérité dans la charité.
J.-Aug. Bost.
Clarens, 3 janvier 4865.
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