‹ Dictionnaire de la céramique; faïences--grès--poteriesChapitre 185 sur 200 · TURNER & C · texte numérisé non relu

TURNER & C

URBANIA. — Voir Castel-Durante.

URBINO (Italie). Des fabriques de faïences existaient à Urbino à la fin du xvc siècle, mais c’est seulement dans le second quart du xvie que, sous la haute protection du duc Guid’Ubaldo II, elles prirent le développement considérable et l’importance artistique qui devaient les placer au premier rang des manufactures italiennes. Avec celles de Faenza, en effet, les faïences d’Urbino peuvent être considérées comme les produits les plus remarquables et les plus parfaits de la céramique du xvie siècle; on les envoyait en présent aux grands seigneurs, aux souverains même, et leur renommée était si grande que pendant longtemps, en Italie, ce fut une opinion assez communément répandue que beaucoup d’entre elles étaient dues à Raphaël, dont elles reproduisaient les compositions avec une perfection incontestable. Trois artistes surtout contribuèrent à établir cette renommée si justement méritée.

Le premier est Guido Durantino, dont la réputation s’étendait au loin et qui recevait des commandes importantes de l’étranger, ainsi que le prouvent plusieurs pièces d’un service aux armes du connétable de Montmorency et des plats portant l’écusson du cardinal-chancelier Duprat. Très fier de ses œuvres, M° Guido les signe en toutes lettres, en faisant précéder son nom de la désignation du sujet dans un style souvent

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pompeux que devaient exagérer plus tard les autres artistes d’Urbino

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Les œuvres de Guido Durantino, — ou Guido Fontana, — d’un dessin souvent incorrect, tracé en bleu et d’un modelé parfois sec et dur, sont facilement reconnaissables à leur coloration vigoureuse où le jaune orangé très intense arrive presque au rouge, et à leur exécution franche et hardie. C’est cet artiste qui semble avoir, le premier, couvert les majoliques de sujets qui en occupent toute la superficie, sans tenir compte de la forme des pièces qu’il avait à décorer et sans se soucier des déformations que devait subir le dessin dans la plupart des cas. Il y là évidemment, au point de vue décoratif, une faute grave que n’ont point commise les artistes de Faenza, mais on ne peut s’empêcher de L’excuser en voyant la richesse de coloration et la beauté d’exécution de ces merveilleuses céramiques.

Un artiste non moins célèbre, qui vivait à la même époque, est Francesco Xanto Avelli da Rovigo, qui signait ses œuvres en toutes lettres

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sous une coupe du Louvre à revers d’émail blanc à feuillages en volutes jaunes à rubis métalliques, ou, simplement, avec les initiales et la date :

« Artiste habile, dit M. Darcel dans sa Notice des faïences italiennes , Xanto ne manque ni de style ni d’ampleur dans le dessin; et s’il est certaines de ses peintures qui indiquent la hâte d’une fabrication peu soignée, il en est d’autres qui peuvent rivaliser avec ce que la peinture sur faïence a produit de plus parfait. La couleur est appliquée par grandes teintes unies modelant simplement les objets, et d’un bistre brun un peu froid dans les carnations. Le ton général de sa peinture est clair, avec quelques oppositions d’un noir brillant et des verts lumineux d’un grand éclat dans les feuillages et les draperies. » Xanto copiait surtout des gravures d’après Raphaël et souvent il les modifiait et les arrangeait à sa guise; les longues inscriptions destinées à expliquer et à commenter les sujets représentés, que portent les revers de ses plats, feraient croire, si elles sont de lui, que c’était un lettré.

A l’époque où il mourut, vers 1 545 à peu près, un autre artiste dont le nom domine tous les autres apparaît dans l’histoire de la fabrique d’Urbino : c’est Orazio Fontana, fils de Guido Fontana, qui possédait un atelier dans lequel Orazio travailla jusqu’en 1 5 6 5 . On lui a attribué, mais sans une bien grande certitude, plusieurs marques, entre autres celles-ci :

On retrouve dans la première les éléments de toutes les lettres de son nom; quant à la seconde, le <ï> est fait quelquefois de façon à former un O traversé par un F et se lirait alors Orazio Fontana ; le A serait la lettre initiale de Dur antino . Il signait également en toutes lettres :

Fatto in botega de mestro Oratio Fontana in Urbino

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Les sujets peints par Orazio sont facilement reconnaissables à une légère ébauche faite avec la couleur bleue qui lui servait à dessiner les figures et qui modèle doucement les chairs; quelquefois même le sujet est peint entièrement en camaïeu bleu, et d’une exécution bien supérieure à celle des majoliques en général.

Mais ce qui est surtout particulier à Orazio Fontana ou tout au moins à l'atelier des Fontana, ce sont les décors de grotesques sur fond blanc, d’un aspect gracieux et léger, dont l’arrangement est inspiré des compositions de Jean d’Udine et de Perino del Vaga. Quelques pièces absolument remarquables et d’une importance considérable sont décorées entièrement de ces grotesques; sur d’autres, ils entourent des médaillons dans lesquels sont peints des sujets de figures.

Une autre famille d’artistes, celle des Patanazzi, dont les œuvres datent de la fin du xvie siècle, clôt la série des peintres faïenciers d’Urbino. Le plus ancien, celui qui a le mieux conservé les traditions d’Orazio Fontana, est Antonio Patanazzi, dont nous avons relevé la signature sur un beau vase orné de grotesques, de la collection Spitzer :

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