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DELFT (Hollande). D’après M. Henry Havard, auquel on doit une Histoire de la Faïence de Delft *, qui peut être considérée comme une des monographies les plus remarquables et les plus complètes qui aient été écrites sur une des branches de l’industrie céramique, la fabrication de la faïence à Delft aurait commencé dans les dernières années du xvie siècle; il faut attendre cependant jusqu’en i65o pour lui voir prendre une extension qui fut alors d’autant plus rapide qu’elle fut puissamment aidée par le développement considérable du commerce de la Hollande dont les navires allaient porter ses produits dans le monde entier. A la fin du xvne siècle, Delft possédait plus de trente fabriques en pleine prospérité, dont les faïences, beaucoup moins lourdes et de formes plus élégantes que celles des autres pays, étaient si estimées, que Savary des Bruslons, dans son Dictionnaire du Commerce, disait : « Les plus belles faïences qui se fassent en France sont celles de Nevers, Rouen et Saint-Cloud, mais elles n’approchent ni pour les dessins, ni pour la finesse, ni pour l’émail, de celles de Hollande. » — (PL 1 6. )
A la fin du xvme siècle, l’industrie céramique fut ruinée à Delft, comme elle le fut en France, par l’importation des faïences anglaises et par la grande extension que prit la fabrication de la porcelaine, et cette petite ville, autrefois si riche et si florissante, ne posséda bientôt plus que deux ou trois manufactures peu importantes qui traînèrent péniblement une existence difficile.
L’histoire de la fabrication et de la décoration de la faïence de Delft peut être divisée en trois périodes : la première, qui comprend les débuts de la fabrication (i5g6-i65o), est caractérisée par une décoration extrêmement chargée, exécutée en camaïeu bleu dessiné le plus souvent d’un trait foncé tirant sur le violet brun ; les sujets représentés sont généralement des batailles, des scènes historiques, des kermesses, etc., dans lesquelles on remarque un entassement considérable de personnages; les marlis des plats sont couverts d’une profusion d’ornements d’un aspect un peu lourd, mais d’un arrangement extrêmement habile. Dans certaines pièces, on remarque quelques timides essais de polychromie qui se bornent à des rehauts de rouge et de blanc.
La seconde période (1650-1710) est remarquable surtout par l’imitation parfaite du décor des porcelaines orientales, d’abord en camaïeu bleu par Aelbrecht de Keiser, puis en bleu, rouge et or par Adrien Pynacker et
1. H enry Ha.vard, Histoire de la Faïence de Delft, grand in-8° de 400 pages, orné de gravures dans le texte, de chromolithographies et d’eaux-fortes; Paris, 1877, — C’est à cet excellent ouvrage que nous avons emprunté la plupart des renseignements que nous donnons sur les faïenciers de Delft.
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ses successeurs1 : c’est de cette époque que datent les magnifiques pièces à décor cachemire de L. van Eenhorn et les rarissimes faïences à fond noir, ce qui n’empêche pas certains artistes de continuer à peindre en camaïeu bleu, mais avec plus de sobriété et de talent que leurs prédécesseurs, des paysages, des scènes champêtres ou des sujets historiques, et même des portraits sur des plaques dont quelques-unes sont absolument remarquables.
La troisième période est tout à fait commerciale ; il serait trop long d’énumérer ici la variété considérable d’objets de toutes formes et propres à tous les usages, sortis des mains des habiles faïenciers de Delft ; ils ont tout fabriqué, même des cages à oiseaux, même des instruments de musique, des flûtes et des violons ; avec leur terre éminemment plastique, fine, légère et sonore, recouverte d’un bel émail doux et limpide, ils ont imité, non seulement les porcelaines de Chine et du Japon, d’une façon tellement merveilleuse, qu’il faut y regarder à deux fois pour reconnaître à l’œil la copie de l’original, mais aussi les porcelaines de Saxe, qui commençaient à faire fureur et dont les prix étaient inabordables pour la bourse des bons bourgeois d’Amsterdam ou de la Haye. — Voir l’ Introduction, p. xv, et, passim , les noms et les marques des faïenciers de Delft.
DERIJTA (Italie). D’après Lazari (Notifia délia raccolta Correr , p. 59), Deruta, ou Diruta, bourg dépendant de Pérouse, sur la route d’Orvieto, aurait possédé, en 1461, une manufacture de faïences fondée par Agostino di Antonio di Duccio, élève de Luca délia Robbia, qui y aurait exécuté les bas-reliefs émaillés de la façade de l’église San Bernardino, mais le fait n’est pas absolument prouvé; ce qui est certain toutefois, c’est qu’il y existait une fabrique dès i5oi, — bien que la plupart des auteurs n’en fassent remonter l’établissement qu’à l’année 1 5 2 5 , — et que l’on y connaissait, comme à Pesaro, l’emploi des lustres métalliques, et surtout d’un lustre jaune chamois qui, au début, était d’un éclat doux et quelquefois nacré que l’on ne retrouve sur aucune des faïences de cette époque. Le Louvre possède des vases en forme de pommes de pin, qui donnent la note exacte de ce lustre qui perdit bientôt son caractère pour rentrer dans les tons des lustres de Pesaro et de Gubbio, avec lesquels ils peuvent être facilement confondus.
Au début, on y fit particulièrement des majoliques décorées d’ornements et surtout de groteschi sur fond bleu dans le genre de Faenza,
1. Un Rapport du conseiller de commerce Wouters daté du 16 juillet 1696 dit, au sujet des faïences delftoises, que « cette industrie a atteint une si belle perfection et trouvé le secret d’imiter de si près les porcelaines fines de Chine, Japon et des Indes, que beaucoup de personnes, à tant soit peu de distance, ont peine à les distinguer ».
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mais bientôt on voulut imiter les décors pleins à sujets de figures d’Urbino et l’on fit venir de cette ville plusieurs artistes, un, entre autres, nommé Fra ncesco, dont on trouve la signature sur un plat représentant Apollon et Daphné :
A partir de 1 545 on rencontre souvent la signature d’un autre artiste désigné sous le nom de El Frate (le frère, le moine), qui devait venir également d’Urbino et dont les œuvres, meme celles qui ne sont pas signées, sont facilement reconnaissables à leur dessin un peu rude, et, surtout, à l’emploi d’un bistre brun, d’un ton terne et monotone. Une coupe du Musée du Louvre (G 5y6) est signée :
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Les marques suivantes sont attribuées, avec une presque certitude, à la fabrique de Deruta, dont certaines pièces manquent souvent d’émail
au revers":
La manufacture de Deruta est une des rares fabriques italiennes qui ont subsisté jusqu’au xvme siècle, mais elle ne faisait plus à cette époque