‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 403 sur 556 · CARTOUCHE · texte numérisé non relu

CARTOUCHE

plus quelles traditions de générosité, de galanterie et d'amabilité avec les dames, qui semblent le rendre intéressant au milieu de ses malheurs.

Louis-Dominique Cartouche avait vu le jour près du comptoir d’un marchand de vin : c'était presque de la noblesse à la Courtille. Si, comme son bonhomme de père, il eût voulu passer sa vie à frelater pacifiquement la boisson de la pratique, il eût sans doute fait une petite fortune, et se fût, avec l’âge, élevé à la dignité de cabaretier retiré avec pignon sur rue et une place dans l’œuvre de la paroisse. Mais Cartouche, né pour étre homme, se faire débitant de chopines et de litres! à d’autres! De plus hautes destinées l’attendaient. L'auteur de ses jours, qui voulait à toute force en faire au moins un procureur, lui fit commencer ses études au collége Louis-le-Grand, à une époque où Voltaire y faisait les siennes. Ainsi voilà Cartouche disciple des jésuites aussi bien que le plus brillant élève du P. Porée. Tandis que le jeune Arouet accaparait par son esprit les premières places de la classe, Cartouche, assis aux derniers bancs, exploitait les poches de ses camarades. Un vol plus audacieux que les autres, et qui lui réussit mal, le força de quitter le collége. Après avoir végété quelques mois chez son père, il vola le bonhomme , qui résolut de le faire enfermer à Saint-Lazare ; mais Cartouche prévint cette catastrophe par une prompte fuite. Volé d’abord par des Bohémiens, il devint leur élève, profita un peu mieux de leurs leçons que de celles du collége, et fut bientôt en état d’en remontrer à ses maitres. Tour à tour filou, escroc dans les tripots, mouchard, enfin pourvoyeur des sergents qui racciaient, il tomba à son tour dans le piége, et fut enrôlé par surprise. Il fit contre fortune bon cœur, gagna la confiance de ses officiers, se distingua dans la première campagne , et il avait déjà obtenu de l’avancement, lorsque la paix le força de demander son congé.

De retour à Paris, il rallia autour de lui nombre de soldats et de bas-officiers que la paix laissait, comme lui, sans occupation et sans pain, devint leur chef, et avec eux éravailla nuit et jour sur le pavé de Paris. L’étonnante dextérité de sa main et de son esprit, un sang-froid imperturbable, un courage à toute épreuve, lui donnèrent bientôt un ascendant invincible sur tous ses subordonnés. Indépendamment de complices, comme lui sans autre état que leur industrie, il eut bientôt des affiliés dans le corps des exempts, dans les gardes françaises, dans les bas-officiers de la robe, dans la valetaille de la bourgeoisie et de la cour, et même dans la noblesse; ses intelligences s’étendaient dans toutes les provinces. Il fit des règlements pour organiser sa troupe, lia ses complices par les serments les plus forts , et se réserva un pouvoir despotique sur tous les membres de l’association, avec le droit de vie et de mort. Ayant appris que l’un d’eux, soldat aux gardes françaises, avait eu la pensée de le trahir, il assembla sa troupe dans une plaine au milieu de la nuit, fit approcher celui qu’il soupçonnaït, et, après lui avoir adressé du ton d’un juge sévère quelques mots de reproche, il le fit égorger sur-Je-champ à ses yeux. C'était avec calme et sans colère qu’il commettait le meurtre. Cet extérieur de sérénité donnait à son abord une séduction dont il profitait pour faire des dupes.

Il était petit, mais robuste et d’une figure agréable, Bravant la police, il se montrait seul dans tous les endroits publics, fréquentait les spectacles et même les réunions d’honnêtes gens; car il avait toutes les habitudes d’un honnête homme, comme on disait alors. Quelquefois il se vit accosté par un ou deux exempts; mais la puissance de son regard et des arguments irrésistibles qu’il avait toujours sur lui, deux excellents pistolets de poche, forçaient les hommes de la sûreté publique à se retirer en le saluant avec une sorte de respect. L’exempt Huron et le sergent Pépin, qui furent moins prudents, périrent de sa main. Quand ses adversaires étaient en force, il soutenait avec eux des combats à outrance, dont il sortait toujours vainqueur, grâce à

sa valeur et à son adresse à manier les armes. Le nombre et l'importance des vols qui se commettaient chaque jour dans Paris et la sinistre rumeur de plusieurs meurtres engagèrent le parlement et le ministre de la guerre Leblanc à joindre leurs efforts à ceux de la police pour prendre Cartouche. On était en 1720. Il devint alors le sujet de toutes les conversations : au spectacle, au café, dans les compagnies, on ne s’abordait pas sans se demander avec empressement : « Que savez-vous de nouveau sur Cartouche? Cartouche est-il arrêté? » Après avoir pris l’avis de son conseil, il s’éloigna de Paris. Toutes les maréchaussées avaient son signalement; cependant il put se rendre à Orléans et de là en Bourgogne, sans aucune rencontre fâcheuse. A Bar-sur- Seine, il s’introduisit, sous le nom de Charles BOURGUIGNON, dans une famille honnête et riche, comme le fils unique d'une bonne vieille, qui, croyant le reconnaître, lui prodigua toute sa tendresse. S’il eût été sage, ou plutôt si sa nature ne l’eût pas poussé invinciblement vers la vie de périls et d'aventures, Cartouche eût pu ainsi vivre et mourir bien et dûment personnifié sous le nom d’un bon bourgeois de province; mas un faux point d'honneur venant se joindre à la vivacité impérieuse de ses passions, il revint à Paris, reçut de ses associés le compte de leur administration dans le département qu'avait eu chacun d’eux, puis approuva, récompensa ou punit ceux qu'il jugea l’avoir mérité. Ces actes d’unepuissance souveraine, exercée sans contradiction, lui faisaient dire de lui-même « qu’il était un véritable roi; qu'il avait des maîtresses, des flatteurs, des richesses et des sujets. »

Pour que rien ne manquät à la similitude , il eut aussi des traîtres qui le vendirent. Dénoncé par l’un de ses plus intimes confidents, Duchâtelet, gentilhomme poitevin et soldat aux gardes , il fut pris au lit dans un cabaret de la Courtille nommé Le Pistolet, le 6 octobre 1721. Conduit d’abord dans le cachot à trappe du grand Châtelet, il fit pour s'évader une tentative inutile, et fut transféré à la Conciergerie, où l’on prit pour le garder des précautions extraordinaires. Son procès, évoqué par le parlement (ce qui donna lieu à une sérieuse contestation avec la chambre criminelle de la ville), fut instruit par la chambre de la Tournelle. Dans sa prison, comme devant ses juges, il montra un sangfroid, un calme, une gaieté imperturbables. Des personnages et des dames de la première distinction, entre autres la maréchale de Bouflers, eurent la curiosité de le visiter. Le comédien Le Grand, auteur de la comédie de Cartouche, ou les Voleurs, vint aussi le voir, et crut devoir partager avec lui les émoluments de sa pièce ; car il lui donna 100 écus. Cette pièce, en trois actes, et qui fut jouée sur le Théâtre-Français, le lundi 20 octobre 1721, ne fut pas la seule dont ce fameux brigand ait alors été le héros. Le même jour les comédiens italiens donnèrent Arlequin Cartouche, canevas en cinq actes, par Riccoboni père. Cette comédie sans nœud, et qui n’était qu’une suite de tours de filous, de scènes décousues, avait pour dénoûment la prise du voleur. Elle avait été improvisée, afin de gagner de vitesse le Théâtre- Français. Quant à la pièce de Le Grand, qui se termine également par la prise de Cartouche, elle offre une intrigue assez amusante, et une foule d’à-propos qui contribuèrent à sa vogue. Quelques plaisanteries sur les exempts prouvent que ces messieurs n'étaient pas invulnérables , et qu’on pouvait leur jeter impunément leurs vérités à la face. Cette comédie n’eut que treize représentations; l'autorité la fit défendre, non sur les plaintes des exempts, mais, qui le croirait? sur celles de Cartouche, qui ne voulait point qu’on fit rire à ses dépens la France entière. Le jour de la première représentation le spectacle devait commencer par Ésope à la Cour, charmante comédie de Boursault : le parterre ne voulut pas l'entendre jusqu’au bout, tant ik était impatient de voir Cartouche!

Les complices de Cartouche avaient été arrêtés par dou-

zaines. Tous furent confrontés avec lui; ilne les reconnutpas, et ceux-ci en firent autant, 11 se donna d’abord pour Charles Bourguignon, dont il avait joué le personnage à Bar-sur- Seine; puis pour un, cerfain Jean Petit, Reconnu par sa propre mère ef par son frère cadet, qui -affirmèrent son identité, il fut inébranlable, et dans les fourments de la question il n’ayowa ni son nom, ni ses crimes, ni ses complices. En vertu d’une sentence du parlement, du 26 novembre 1721, il fut conduit le surlendemain en place de Grève pour être rompu vif ; il espérait que ses compagnons feraient un mouvement pour le délivrer, comme il en avait leur parole ; mais, ne voyant que des bourreaux et des gardes, il se fit conduire à l’hôtel de ville, ayoua tout, et révéla le nom de ses innombrables complices. Parmi eux étaient

nombre de dames et de gentils-hommes connus. Il désigna, ‘

en outre, quarante personnes de la suite de mademoiselle Louise-Élisaboth, une des filles du régent, qui allait en Espagne épouser lé prince des Asturies. Après ces révélations, Cartouche accepta les consolations de la religion ; que jusque alors il avait refusées, et subit son supplice avec courage, Il avait sans doute dans le cœur,ce mot si profondé- | ment philosophique d’un de ses pareils, qui voyant pâlir uà | de ses complices deyant léchafaud s’écria : Malheureur, | ne sais-fu pas que nous sommes Sujels à une maladie | de plus que les autres hommes? 11 y eut concours pour aller voir son cadavre chez le valet du bourreau, qui le vendit ensuite aux chirurgiens de Saint-Cômé. Peintres, | chansonniers, graveurs, exploitèrent à lenvi le nom de Car- | touche. Grandval, père d’un acteur célèbre du Théâtre-Français, a publié un poëme en douze chants intitulé Cartouche, ou le Vice puni (1725, in-8°).. C’est un centon fort gai : l'auteur à pris quantité de vers dans les pièces de théâtre et poèmes les plus connus, depuis Le Lutrin jusqu'à La Henriade, depuis Le Cid jusqu’à Andromaque. Ce petit poême est, suivi d'un dictionnaire argot-français et français-argot, qui rénferme, avec [eur explication, les termes dont se servaient Cartouche et ses compagnons. L'édition de 1758, recherchée des amateurs , est ornée de dix-sept gravures dessinées avec esprit par Bonnart. ., Charles Du Rozoir.

CARTULAIRE. On appelle ainsi les registres dans lesquels sont inscrites les chartes concernant un pays, une église, une communauté ou même une seule personne. Ce furent les moines qui les premiers recueillirent dans des registres les titres de leur monastère; à leur exemple, les évêques et les chapitres commencèrent au onzième siècle à transerire les titres de leurs églises, Puis ils furent imités par les rois, les ducs, les comtes , les seigneurs et les communes, Les plus anciens Cartulaires remontent au dixième siècle-suivant Mabillon, qui fait honneur au moine Folcuin du premier, dont on ait connaissance, Maïs celui-là et d’autres qui lui,sont antérieurs sont plutôt des chroniques que des recueils de chartes.

Suivant les bénédictins, on doit distinguer au moins trois sortes de cartulaires; les premiers, qui sont les plus précieux, se composent de titres, originaux eux-mêmes ; les seconds, de copies authentiques; les troisièmes , de copies qui n’ont pas été rédigées ou vérifiées par des officiers publics, Les cartulaires contiennent presque toujours des documents importants, tels que chartes de priviléges, d’affranchissement,, de.commune, de statuts municipaux, dés actes de donation, d’amortissement, des jugements, des. compromis, des sentences arbitrales, des hommages, ou reconnaissances de fiefs, des manumissions de serfs, elc., Ils donnent d’abondants renseignements sur les mœurs et les idées des siècles passés, et pour les histoires locales ils sont indispensables. La Bibliothèque Impériale de Paris possède un. grand nombre de, cartulaires. On en a publié quelquesnns,.soit en entier, soit par extrait. ' M

Autrefois on appelait également cartulaires les registres der notaires et des échevins. Ces recueils sont moins pré-

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