‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 95 sur 556 · CADENAS — CADENCE · texte numérisé non relu

CADENAS — CADENCE

Aenas ordinaire ne diffère presque en rien de celui des serrures fixes : c’est une clef qui fait marcher un pêne; celui-ci, au lieu d'entrer dans une gâche, passe dans l'ouverture pratiquée à l'extrémité de l'anse, laquelle se meut en charnière par l’autre bout. 11 y a des cadenas plus ou moins compliqués, plus ou moins riches, de diverses formes et dimensions.

Les cadenas à combinaisons offrent la commodité de pouvoir s'ouvrir ou se fermer sans qu'il soit besoin d’avoir une clef; et il est impossible, du moins très-peu probable, qu’un voleur parvienne à les ouvrir quand ils sont faits avec soin. Voici une idée de leur composition : Sur une pièce de métal est fixée une petite règle, également métallique, sur laquelle sont taillés quatre crans; cette règle entre dans l'axe d’un cylindre, formé d’un certain nombre de rondelles retenues en place tout en tournant librement sur ellesmêmes , au moyen d’une disposition qu’il n’est pas difficile de concevoir. Ces rondelles, qui ont la grandeur d’une grosse pièce de deux sous, sont percées à leur centre d’un trou cireulaire d’un diamètre plus petit que la largeur de la règle ; cependant, celle-ci enfile aisément toutes les rondelles, parce qu'on pratique une entaille sur le côté du trou percé à leur centre; on conçoit qu'il est nécessaire que les rondelles soient disposées de telle sorte que les quatre entailles se trouvent sur la même ligne. Quand la règle a traversé les quatre rondelles, il suffit, pour l’empôcher de sortir, de faire tourner une de celles-ci d’une quantité quelconque ; le cran que porte son ouverture s’écarte de la ligne qu’il formait avec les autres , et la rondelle accroche la règle par celle de ses entailles qui répond à son épaisseur; dans cette disposition, le cadenas est fermé; pour l'ouvrir, il faut rétablir les rondelles dans la position où leurs crans se trouvent de nouveau sur la même ligne; ce qui est facile, si l'on a eu la précaulion de faire une marque sur la circonférence de chaque rondelle. Quand la règle est entrée dans les rondelles , une cheville, portée par une pièce qui fait un tout avec le système des rondelles, s’introduit par son extrémité dans une ouverture pratiquée au bout de la pièce à laquelleest fixée la règle, et le cadenas est entièrement fermé. Tel est le cadenas à combinaisons dans toute sa simplicité. Supposez maintenant qu’au lieu de faire une seule marque sur chaque rondelle, on y ait gravé les 24 lettres de l’alphabet, par exemple, en les espaçant également entre elles sur chaque rondelle, ilest évident que si le cadenas a quatre rondelles et s’ouvre quand quatre lettres (une de chaque rondelle) forment un certain mot, il ne s'ouvrira plus dans toute autre combinaison de lettres prises quatre à quatre, tellement que le voleur qui se flatterait de l'ouvrir à coup sûr s’exposerait à effectuer toutes les combinaisons dont 24 lettres groupées quatre à quatre sont susceptibles. Or, 24 choses disposées quatre à quatre de toutes les manières possibles produisent 331,776 combinaisons .On multiplie les diflicultés pour ouvrir le cadenas, soit en augmentant le nombre des rondelles, soit en écrivant sur leur contour un plus grand nombre de signes.

Le cadenas à combinaisons perfectionné se compose de rondelles formées d’un anneau divisé intérieurement en autant de crans qu'il porte de lettres ou de chiffres sur son contour extérieur. Son ouverture est remplie par un autre anneau, dont la circonférence porte une dent saillante qui entre exactement dans les crans du grand anneau, ce qui permet de donner au petit anneau, autant de positions différentes relativement à un des points de la circonférence du grand, qu'il y a de lettres sur ce dernier ; enfin, le centre du petit anneau est percé de la même manière que les rondelles simples dont il a été parlé plus haut. Au moyen de ce système, on peut changer à volonté la combinaison qui indique la position des rondelles où le cadenas s'ouvre : ainsi donc, si on soupçonne un domestique d’avoir saisi le secret du cadenas, il suffit d’un instant pour le dérouter, ces cadenas étant

construits de façon qu’on puisse les démonter avec facilité et en peu de temps. TEyssÈDRE.

CADENCE. Ce mot a deux significations en musique : la première est conforme à son étymologie (cadere, tomber ). Dans ce sens, on nomme cadences les terminaisons ou repos qui divisent les phrases harmoniques. La cadence est exactement l'équivalent de la ponctuation grammaticale ; elle peut terminer la proposition musicale : alors elle répond à l'effet du point et est appelée cadence parfaite ; elle peut aussi n'être qu'un repos momentané, incomplet, tel que le point et virgule : alors elle est désignée par les noms de cadence rompue et demi-cadence, selon la manière dont elle est employée. La cadence parfaite procède de la dominante à la tonique par un accord parfait ou de septième; dans ce cas la basse descend de quinte ou monte de quarte sur l'accord parfait de la tonique. Il y à une autre espèce de cadence parfaile. appelée plagale, qui a lieu lorsqu'on passe de l’accord parfait de la sous-dominante, ou quatrième note du ton, à l'accord parfait de la tonique. Cette cadence a été souvent employée dans la musique d'église. La demi-cadence est le repos sur l'accord parfait de la do-

.minante. La cadence rompue a lieu lorsque le sens d’une

phrase fait pressentir une cadence parfaile, que le compositeur évite. Les cadences sont ordinairement précédées de plusieurs accords, qu’on pourrait subdiviser en aulant de cadences. Il est essentiel de ne pas être étranger aux premiers principes de l'harmonie pour bien comprendre lemploi des cadences ; ceux qui se sont déjà occupés de cette partie de l’art en trouveront un exposé clair et méthodique dans les traités de Catel et de Reicha.

On divisait autrefois la cadence en une foule d'espèces, dont les noms sont aujourd'hui hors d'usage; cependant, comme il peut être utile de les connaître, pour l'intelligence des anciens auteurs, nous expliquerons les dénominations les plus usitées : 1° cadence détournée, interrompue ou évitée : on désignait par ces noms la cadence appelée maintenant cadence rompue ; 2° cadence étrangère : celle qui avait lieu sur une autre finale que celle du mode; 3° cadence trompeuse : lorsque après un accord de dominante tonique on plaçait une pause au lieu de l'accord de tonique, on faisait une cadence trompeuse ; 4° cadence médiante : on appelait ainsi le repos sur la tierce ou médiante du ton ; 5° cadence simple, celle où toutes les différentes parties étaient composées de notes de la même valeur. Tous ces termes sont abandonnés aujourd’hui, ou pris dans une acception différente.

La seconde signification du mot cadence s'applique à une succession rapide et alternative de deux notes avec la voix ou sur les instruments, appelée.en italien £rillo. La cadence était depuis longtemps en usage sur les instruments, lorsque Lucas Conforti, de Milet, célèbre chanteur de la chapelle pontificale, en 1591, imagina le premier de la pratiquer avec la voix On a lieu de croire cependant que les anciens ont employé la cadence en chantant; c’est du moins dans ce sens qu'on peut interpréter le passage suivant de V. Flaccus : Vibrisse est vocem in cantando crispare. La cadence élait indiquée dès le commencement du seizième siècle par la lettre £, abréviation de {remolo ou tremblement. L'emploi multiplié des cadences ou trilles dans la musique a été à diverses époques une preuve de mauvais goût C’est au reste un défaut qu’on peut reprocher à certains compositeurs de l’école moderne, qui pour faire briller le talent des chanteurs ont étrangement abusé de cet effet. La perfection dans l'exécution des cadences est une qualité rare et difficile à acquérir. Les diverses manières dont on peut les combiner ont donné lieu à des passages d’une difficulté extraordinaire sur les instruments. On a nommé entre autres cadence du diable un trille pour le violon, imaginé, diton, par Tartini, et qui se pratiquait en battant avec le petit doigt sur une note tenue de l’annulaire, pendant que

les deux premiers doigts exécutaient plusieurs notes sur les cordes voisines.

Le terme italien cadenza a encore une signification toute différente, dont on trouvera l'explication au mot ORGUE (Point d’). F, Dansou.

Les règles de composition, de jugement et d'appréciation, relativement à la cadence, sont les mêmes en littérature qu’en musique : dans l’une et dans l’autre, leur observation dépend de la justesse de l’oreille, sans laquelle on n’est ni musicien, ni oraleur, ni poëte. S'il n’est pas prouvé que tout musicien peut être un bon poëte, du moins paraît-il incontestable que les poëtes réellement dignes de ce nom possèdent à un haut degré l’une des qualités essentielles qui constituent le bon musicien. A cs deux branches des arts libéraux , la musique et la poésie, vient s’en joindre une troisième, qui emprunte aussi de l'observation de la cadence l’un de ses principaux mérites : c’est la danse; où plutôt, il n'existe pas de danse sans cadence , comme il n’y a sans elle ni musique ni véritable poésie.

Ceterme, qui exprimele retour du son à des temps égaux et marqués, s'applique aussi au besoin d’ensembleet d’unité dans l'emploi de toutesles forces : ainsi des régimentsentiers marchent en cadence au son du tambour ou des instruments de guerre, frappantalternativementlaterredu pied droit et du pied gauche, avec un ensemble également appréciable à l'œil et à l’oreille; aïnsi, les rameurs frappent la lame à temps égaux et uniformes pour la diviser et ouvrir le passage. au bateau; ainsi, les forgerons sont obligés de battre le fer en cadence pour régler leurs coups, ne rien perdre de leurs forces , et ne pas se gêner réciproquement lorsque plusieurs marteaux frappent à la fois; enfin, en termes d'équitation, on dit qu’un cheval qui marche, trotte ou galoppe, est cadence, quand ses temps sont assez purs , assez égaux, pour laisser distinguer aisément le mouvement de chaque jambe, et quand ceiles-ci restent un moment comme suspendues en l'air. Pour obtenir et conserver cette brillante régularité, il faut que le cavalier, à l’aide de l'assiette, sente bien le mouvement des jambes et la disposition du corps de son cheval ; il faut de plus qu’il soit toujours prêt à rétablir cette harmonie, si quelque faux mouvement la dérange,

Pour revenir au point de vue littéraire, nous dirons que tous les bons auteurs se sont accordés à donner au mot cadence une extension plus grande que celle à laquelle son étymologie semblait d’abord vouloir le restreindre, et qu’ils ne l’entendent pas seulement de la chule ou de la terminaison d’une phrase, d'un vers ou d’une période, mais encore de l’économie de toutes leurs parties, de l’arrängement des mots, qui ramène les longues et les brèves à de certaines distances, ainsi que du tour, du nombre de, la période, et de l'agencement des phrases qui la composent. La poésie, qui dans les temps anciens fut regardée comme le langage des dieux, semble avoir eu d’abord le privilége exclusif de la cadence.' Isocrate, dit-on, fut le premier qui reconnut et fit admettre comme règle qu'on devait garder la mesure et la cadence même dans la prose. Cicéron veut aussi que la prose, sans être mesurée comme les vers, soit cependant nombreuse ct satisfasse l'oreille : superbissimum aurium judicium. On trouvera dans les œuvres de ce grand orateur l'application de ces principes, dont Buffon, dans la prose, et Racine, dans les vers, ont poussé chez nous l'observation à un haut degré de perfection. C’est aussi dans ce sens général que Boileau entendait le mot cadence , quand il disait dans son Art poétique :

Aÿez pour la cadence uné oreille sévère,

Et plus loin,

Enfin Malherbe vint, et le premier en France

Fit sentir dans les vers une jusie cadence, Balzac, l’ancien, dit, de son côté : « Est-il possible que nous travaillions à la structure et à la cadence d’une période comme

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