‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 394 sur 552 · GRISONS — GRISOU · texte numérisé non relu

GRISONS — GRISOU

time, et vient se jeter dans le Rhin citérieur, à Tusis. La cinquième vallée enfin, appelée Prettigau, dont le chef-lieu est Meyenfeld, sur le Rhin, avec 1,232 habitants, et au voisinage duquel se trouve le Zuciensteig, défilé fortifié conduisant à la principauté de Liechtenstein, est située près de la limite septentrionale du canton, non loin du Vorarlberg.

En totalité, le Pays des Grisons renferme 150 vallées, tant grandes que petites, séparées souvent l’une de: l’autre par des montagnes absolument inaccessibles ; et ce caractère de la constitution physique du sol a dà exercer une grande influence sur la constitution politique de ce canton, de même qu'il a dû y provoquer dans les communes une organisation municipale extrêmement indépendante, avec un pouvoir central des plus faibles. C’est ce qui explique aussi comment le Pays des Grisons, dont les progrès ont été de nos jours si rapides en ce qui a trait au perfectionnement de l'intelligence et de l’agriculture, a pu sous ce rapport rester pendant si longtemps en arrière des autres cantons dont se compose la confédération.

Ilexiste divers motifs plus ou moins spécieux pour croire à l’origine étrusque des populations primitives de la haute Rhétie, laquelle n’était qu’une petite partie de l’ancienne Rhétie, bien autrement étendue à l’est et au nord. Aujourd’hui encore l’antique manoir de Rhæzin, jeté de la manière la plus pittoresque et la plus roniantique sur les bords du Rhin, au-dessus de Coire, rappelle ce nom de Rhétie. Ce ne fut qu'après la lutte la plus longue et la plus acharnée que les Romains parvinrent à soumettre cette contrée d’un accès difficile; et c’est aux établissements qu'ils y formèrent qu'il faut attribuer les nombreux noms italiens restés aujourd’hui encore à divers points du pays. Vainqueurs des Ostrogoths, les Francs n’attachèrent que peu d'importance à ces lointaines régions; toutefois, des races germaines finirent aussi avec le temps par venir s'établir parmi les anciens habitants de cette contrée, que le traité conclu en 843 à Verdun réunit à l’Allemagne. Quand la puissance royale commença à s’affaiblir, il y surgit divers seigneurs laïcs indépendants, sans compter l’antique siége épiscopal de Coire et l’abbaye de Disentis. Les abus de la féodalité et l'exercice du droit du plus fort porté à ses dernières limites éveillèrent des idées de liberté dans quelques vallées, et donnèrent lieu à des alliances contractées entre des seigneurs et des hommes libres, à lPeffet de se protéger et de se défendre mutuellement. C’est ainsi que le pacte conclu en 1424 à Truns devint la base de la Ligue supérieure ou Grise, et par suite à la formation d’un État confédéré. En 1425 se constitua la Ligue de Coire, appelée aussi Ligue Cadée ou de la Maison de Dieu, et en 1435 la Ligue des dix droitures ou juridictions, qui se fusionnèrent toutes trois en 1471, pour ne plus former qu'une seule et même ligue. L’héroïque valeur dont les ligués firent preuve en 1599 dans la guerre de Souabe a yalu à ces populations un renom glorieux dans l'histoire, et resserra les liens qui les rattachaient aux autres cantons de la confédération. Déjà en 1512 les ligués avaient conquis sur le Milanais les comtés de la Valteline, de Chiavenna et de Bormio, et s'étaient assurés de notables avartages industriels et commerciaux par la possession de ces contrées welches, qui ne furent réunies de nouveau à l'Italie qu’en 1797, par Bonaparte. Toutefois, cette acquisition donna lieu, dès la première moitié du seizième siècle, à des discordes entre les trois ligues. Ces différends se renouvelèrent encore dans la première moitié du dixseptième siècle, évoque où des troupes autrichiennes et espagnoles ravagèrent le pays ; et les Français firent souvent payer bien cher îes secours qu'ils prêtèrent à ces populations. Si la réunion du Pays des Grisons à la république helvétique, décrétée par le gouvernement français en 1798, - contraria vivement les idées d'indépendance de la majorité des habitants et provoqua même des résistances, elle eut du moins l’avantage d'établir des rapports plus intimes et plus suivis entreles diverses parties de cette contrée, et prépara

DICT, DE LA CONVERS. — T. X

l'admission du Pays des Grisons dans la confédération en qualité de 15° canton, qui eut lieu en 1803.

Après la Restauration, ce canton se donna, le 11 novembre 1814, une conslitution, devenue la base de celle qu’on adopta le 19 juin 1820, et dont voici les dispositions principales : Partage des trois ligues, au point de vue politique, en trois droilures, ou juridictions supérieures, réparties en jurtdictions ordinaires. La puissance exécutive appartient aux conseils communaux et aux communes, qui décident en dernier ressort sur les lois civiles, les traités politiques, les alliances et les augmentations d'impôt qui leur sont proposés par le grand conseil. Ce grand conseilse compose de soixantecinq membres élus, parmi les citoyens de la ligue dont ils font partie, par les citoyens des droitures supérieures et ordinaires. Une commission de neuf membres, trois pour chaque ligue, prépare les affaires qui doivent être soumises au grand conseil. Les droitures ordinaires et supérieures élisent les différents fonctionnaires chargés de l'administration, de la police, de la justice et de tout ce qui se rapporte aux intérêts des communes. Un tribunal cantonal supérieur complète l'organisation judiciaire. Le canton des Grisons, avec la constitution qui lui est propre, forme donc au milieu de la Confédération Suisse un État confédéré à part, une confédéra tion particulière dans des proportions moindres. Pour obvier peu à peu aux inconvénients d’une décentralisation excessive, dont le résultat immédiat estle nombre beaucoup trop grand des fonctionnaires publics, il s’était formé dans ces derniers temps un comité de réforme, composé des hommes les plus honorables; et c’est grâce à ses efforts qu’on est parvenu à introduire enfin quelques innovations utiles. Mais lors de la révision de la constitution, qui a eu lieu en 1850, il n’a pas été possible d’en supprimer Particle qui, pour toute modification à introduire dans la constitution, exige la sanction des deux tiers des voix dans chaque commune. En revanche, on à réussi à réorganiser le système judiciaire, en substituant des tribunaux de cercles aux ancienne juridictions ordinaires et supérieures ; de même, le petit conseil a été remplacé par une régence armée de pouvoirs plus précis et plus étendus. Le canton a été divisé en quatorze arrondissements, et ceux-ci subdivisés en cercles ; division politique devenue également la base du système électoral. Malgré la résistance opiniâtre opposée par un clergé ennemi des lumières, on a aussi beaucoup fait dans ces dernières années pour les progrès de l'instruction publique, en créant un comité d’éducation composé mi-partie de catholiques et de réformés, en fondant des écoles cantonales à l’usage des deux confessions, enfin en améliorant la position des instituteurs primaires. En 1869 son actif excédait de 358,285 fr. son passif qui s'élevait à un peu plus de 5,040,600 fr. Il avait une dette de 5 millions par suite de l'établissement du chemin de fer de Coire.

GRISOU. Dans les mines de houille, il se forme souvent des exhalaisons meurtrières connues sous le nom de Jeu brisou ou grisou. Ce sont des vapeurs gazeuses (gaz hydrogène carboné), que l’on rencontre dans les endroits des rnines où l'air est stagnant, et comme encaissé dans le fond d’une galerie. Elles paraissent sous la forme de nuages grisâtres ou de flocons blanchâtres assez semblables à des toiles d’araignée. Leur contact avec la lumière des lampes dont se servent les ouvriers suffit pour qu’elles s’enflamment aussitôt avec un fracas et une explosion épouvantables.

Il existe plusieurs procédés pour se garantir du feu grisou. Il suffit souvent d'établir un courant d’air ou d’agiter ces sortes de toiles d’araignée, pour les mêler à l’air avant que le gaz ait pu s’enflammer; en d’autres occasions, il ne reste plus aux ouvriers, pour lPéviter, que de se jeter ventre à terre ; cette vapeur, étant plus légère que l'air atmosphérique, passe sur leur dos sans leur faire de mal. Dans certaines mines plus pernicieuses, il est nécessaire de prendre de plus sûres précautions. On y fait descendre avant les autres un homme couvert d'un linge mouillé ou de toile

ni

cirée, ayant un masque avec des yeux de verre. Cet homme tient une perche, au bout de laquelle est une lumière ; il s'approche en rampant de l’endroit où se réunissent les exhalaisons peruicieuses ; bientôt l’inflammation et la délonnation s’annoncent avec un bruit de tonnerre, et la galerie est purifiée, Néanmoins le feu grisou fait chaque année de nombreuses victimes, et c’est pour éviter les accidents produits par son explosion que Davy inventa la lampe de sûreté. RICHER.

GRIVE. Voyez MERLE.

GRIVOIS. Ce mot était nouveau dans notre langue à la fin du dix-septième siècle : M. de Caillères, qui fit un livre si curieux sur Les mots à la mode de son temps, se moque de celui-ci, comme d’un terme insolite, auquel il ne faut pas donner droit de bourgeoisie; et Boursault, qui fit, lui aussi, une comédie sur les mots à la mode, n’y introduit le mot grivois qu’en raison de sa nouveauté et en le soulignant :

Quand ils ont à leur tête un joli général, Il n’est pour les grivois aucuu plaisir égal.

Dans ces vers, d'ailleurs, grivois est employé dans le sens de sa signification primitive. Ce mot en effet avait d’abord servi à désigner dans les armées ces soldats pillards qui vont partout maraudant et picorant, comme les grives dans les vignes, et qui se gorgent de butin, comme l’oiseau gourmand $e soûle de raisin. Sous Louis XIV, tout soldat voleur et rusé était un grivois : « Il trouva, dit Ménage, un grivois, qui s’approcha fort modestement de lui, et s’insinua tellement sous sa brandebourg, qu’il s’en trouva revêtu, et le pauvre M. du Périer resta en juste-au-corps. » Par suite le sens du mot s’étendit, et on l’employa pour désigner tout homme d’humeur libre, éveillée, hardie; Gresset l’entendit ainsi quand il dit, à propos de Vert-Vert :

Mais force fut au grivois dépité

D'être conduit au gite détesté.

Une fille de mauvaise vie, toujours en débauche avec les grivois, les soldats et les gueux, fut une grivoise, comme nous l’apprend une vieille chanson, dont Béranger a rajeuni le refrain :

Et la grivoise avec eux, Vivent les guenx !

Ce nom joyeux de grivoise fut même donné alors à une sorte de tabatière, munie d’une râpe pour réduire le tabac en poudre, et dont le premier modèle était venu de Strasbourg en 1670. Plus tard, lorsqu'il passa dans la littérature, le mot grivois servit à désigner ce genre de chansons joyeuses et avinées dans lesquelles ie poëte, accommodant ses vers au rhythme le plus facile, retranche ou élide les voyelles muettes qui gênent ou allongent l’hémistic Quand Particle est incommode, Ils le coupent sans hésiter,

a dit Scarron, fort expert en ce genre de littérature, si vorsin du burlesque. Quelques chansons deDésaugiers, d’Armand Gouffé, et même de Béranger, sont des modèles de style grivois. Édouard FOURNIER.

GROCHOW, bourg de Pologne, dans le gouvernement de Mazovie, est demeuré célèbre par le combat acharné qui s’y livra le 25 février 1831, entre l’armée polonaise, commandée par le général Skrzyne cki, et l'armée russe, de beaucoup supérieure en nombre. Si les Polonais ne remportèrent point la victoire dans cette meurtrière affaire, du moins ils ne furent pas non plus vaincus. Ec effet, des torrents de sang y furent versés sans que l'un ou Pautre parti pût s’attribuer exclusivement l'honneur de la journée.

GRODNO, l'un des gouvernements de la Russie occi- ‘lentale, jadis partie intégrante de la Lilhuanie, compte une population de 894,194 âmes (1864), répartie sur 373 nyriamètres carrés, Son sol, généralement plat, appartient au

GRISOU — GRCENINGEN

sud-ouest au bassin de la Vistule, au nord à celui du Niémen, et au sud-est à celui du Dniepr. Le premier de ces lleuves reçoit les eaux du Boug et de ses affluents, la Lesna et la Muchawiza, et celles du Narew et de ses affluents, la Koluna et la Narewka. Le second reçoit les eaux de la Schtschara et de la Zelva. La Iasiolda se jette dans le Prschipietz, affluent du Dniepr. Parmi les nombreux lacs que renferme ce gouvernement, les plus considérables sont ceux de Sporowko, de Bielo, et de Bobrowiczko. Au sud on rencontre une quantité énorme de marais, quoique des essais de desséchement en aient déjà transformé bon nombre en riches pâturages. Loin des cours d’eau, le sol est léger et sablonneux, ailleurs argileux et en général assez fertile. Les principales productions sont l'orge, les légumes, les fruits, le lin, le chanvre, le houblon, le bois. Le gibier abonde dans les vastes forêts, où l’on rencontre des sangliers, des loups, des ours; et il existe encore des aurochs dans la célèbre forêt de Bialo wicz. Onengraisse beaucoup de gros bétail ; on élève des moutons d'excellente qualité et beaucoup d’abeilies. La fabrication des draps, deschapeaux, du papier, et la préparation des cuirs sont les principales branches d’industrie. Les grains, la laine, le cuir, le houblon, le miel et la cire constituent les articles d'exportation les plus importants. Les habitants, d’origine rusniaque, lithuanienne et polonaise, professent pour la plupart la religion catholique ; cependant on y rencontre aussi quelques grecs et quelques juifs.

GRODNO, chef-lieu du gouvernement, ville bâtie sur la rive droite du Niémen, a 20,241 habitants (1864), dont un grand nombre sont israélites, onze églises, dont une luthérienne, plusieurs synagogues, deux châteaux-forts, une école noble de cadets, plusieurs fabriques de draps, de soieries et de fusils, et est le centre d’un commerce fort actif, tout entier aux mains des juifs, et qu’alimentent des foires considérables tenues à Grodno à diverses époques de l’année. On voit dans la ville plusieurs hôtels en ruines. et appartenant à d'anciennes familles lithuaniennes.

C’est à Grodno que mourut, en 1586, Êtienne Bathori, dans le château même qu’il avait fait construire. C’est encore dans cette ville qu’en 1793, après une longue résistance, la diète sousex»ivit au deuxième partage de la Pologne, et qu’en 1795 Stanislas-Auguste déposa sa couronne.

GROENINGEN ou GRONINGUE, la province la plus septentrionale du royaume des Pays-Bas, bornée au nord par la mer du Nord, à l’est par le Hanovre, à l’ouest par la Frise et au sud par la Drenthe, présente une superficie d'environ 29 myriamètres carrés, dont une partie se compose de marécages presque impénétrables, mais dont le reste est d’une fertilité extrême. Il y a 232,273 habitants (1869), généralement d’origine frisonne, dont l'élève du bétail et la pêche forment les principales industries, et qui, à l'exception d’un petit nombre d’anabaptistes et de deux communes cat holiques , appartiennent à la con'ession réformée. Cette province forme trois arrondissements.

GRŒNINGEN, sur la Hunse, chef-lieu de la province, reliée par des voies de fer à Brême et à Utrecht, est batie à cheval sur l’Aa et sur le Long Canal, qui y forme un bon port. C’est une ville bien construite, et dont la population est de 37,895 hab'tants (fin 1869). On y trouve des raffineries de sel, des fabriques de céruse, de savon, de cuir et de papier, des filatures de lin et des chanters de construction. Elle est le centre d’un commerce fort actif en produits du pays, et surtout en céréales, Jadis défendue par dix-sept bastions, Grœningen n'a pas moins’ de dix-huit ponts ; elle possède une université fondée en 1615, mais dont les cours ne sont guère suivis que par 300 étudiants, une bibliothèque publique, un jardin botanique, un institut de sourds-muets, une école d'architecture, enfin une école de dessin et de marine, et diverses sociétés savantes. Ses plus remarquables édifices sont la cathédrale, placée sous l'invocation de saint Martin, dont on admire le elocher, baut de 111 mètres, et l'orgue magnifique, l'hôtel de ville, bâti sur une place qui à 110 mètres de largeur sur 235 de longueur ;

GROENINGEN — GROENLAND

incontestablement la plus belle qu’il y aît en Hollande; enfin, 1 Bourse.

GROENLAND. Du sommet du pôle arctique descend vers notre Europe une terre âpre et désolée ; une croûte de glaces et de neiges éternelles la recouvre, ne laissant à découvert que la frange maritime, où percent d’affreux rochers ; elle se projette comme une grande péninsule en face de l'Islande et des côtes de la Norvége. Quelles sont ses limites? Au nord, elle se cache sous la calotte glacée du pôle; à l’est, elle se perd dans les bancs de glace, vis-àvis du Finmark et de la Laponie; au sud, la pointe des Adieux la termine, par 60° de latitude ; à l’ouest, elle longe le détroit de Davis, la mer de Baffin,et va, en rampant sous des montagnes de glace, rejoindre sans doute des régions froides et inexplorées de l'Amérique septentrionale. On la nomme Grœnland (£erre verdoyante) : les marins de la Scandinavie, habitués à leurs mers dures et brumeuses, à leurs noires et stériles roches, purent seuls trouver un nom si gracieux pour cette contrée de malheurs. Quelques arbustes rabougris , des mousses et des herbes tapissent les lieux abrités, et sont toute sa végétation : là le soleil se montre toujours pâle et à travers un épais rideau de vapeurs ; là cesse notre période diurne de vingt-quatre heures; car si pendant l'été le soleil ne va pas chaque jour chercher sa couche sous l'horizon, pendant l'hiver aussi il oublie souvent de venir saluer le réveil des habitants,

Le Grœnlandais occupe presque le dernier degré dans l’échelle de la race humaine; il est de la famille de l'Esquimau, dontil a la faille, le port, les habitudes et le langage : comme celui-ci, il se tient sur la côte, où la mer lui fournit une pêche abozJdante; car les glaces du Grœnland sont les parages d'affection des baleines, du narwal, dont la corne est révérée par la superstition, des veaux marins, du saumon, et d’autres tribus innomblables de la mer. Si parfois il s’aventure dans l’intérieur des terres, c’est à la suite des rennes ou des chevreuils blancs; une mortelle solitude

s'étend sur toute la région centrale de son pays. La non-

chalance et la gloutonnerie sont ses principaux vices ; l'huile de la baleine éclaire les longues ténèbres de ses hivers, échauffe son gîte et assaisonne son pain de lichben; il vit dans la crasse et la torpeur, et ne secoue son indolence native que quand l’aiguillon de la faim l’entraîne hors de son repaire à la chasse des phoques ou des baleines.

Toutes les nations du Nord ont eu leurs chants héroïques : la Scandinavie se vante de ses skaldes, l'Écosse de ses bardes; l'Islande a conservé ses sagas célèbres ; le Grœnlandais n’a ni chants pour ses dieux, ni regrets, ni chants pour les ossements de ses pères; point de ces hymnes de gloire ou de douleur, tradition orale des hauts faits des temps passés, dont les mères bercent leurs enfants, et dans lesquels se résument ordinairement la science, l’histoire et la la littérature des peuples sauvages. Mais, quoiqu'il manque de ces élans de l’âme que l’ode exprime, quoiqu'il ne sache pas se ressouvenir et chanter le malheur et l'espérance, il manie la satire et mord mälicieusement. Elle consiste en petites sentences cadencées, presque toujours accomypagaées de ce refrain en chœur : Amua a jah, a jah hey!

Son langage, appelé le karalit, qui est un dialecte de la langue des Esquimaux, et dont il existe des grammaires par Égède et par Klcinschmidt (Berlin, 1851), n’est pas dépouiilé de toute richesse , et parfois sa construction grammalicale possède une grande puissance d'inflexion. En général, tous ces peuples paraissent doués d’une merveilleuse organisation pour la musique vocale : les missionaires qui onf entrepris la civilisation de ces rudes contrées l’aftestent ; ils ont composé eux-mêmes de pieux chants en langue populaire, et les font redire en chœurs harmonieux.

Théogène PAGE, vice-amiral.

Cependant les Grœnlandais n’ont pas même su s'élever jusqu’à la domestication du renne, et ils sont pour la plupart restés idolâtres. Ce n’est qu'aux environs des établissements danois, et là où a pu s'étendre l'influence des mis-

sionnaires, qu’une espèce de civilisation a pu s’introduire parmi eux avec les lumières du christianisme, On estime leur nombre total entre 20 et 24,000, dont le tiers environ habitent dans les missions luthériennes danoises et dans celles des Herrnutes, Malgré leur extrême malpropreté et le degré tout à fait infime qu’ils occupent sur l'échelle de la moralité, ils ne laissent pas que d’être d’un assez bon naturel. Leurs demeures consistent en hiver en huttes étroites et en pierres, recouvertes de terre et pourvues d’une entrée fort basse, véritables cloaques toujours remplis d’immondices ; mais en été ils vivent sous des tentes. L'huile de baleine et les animaux marins de toutes espèces constituent leur principale alimentation. La pêche, qu'ils pratiquent avec beaucoup d’adresse au moyen de harpons, dans des canots très-artistement fabriqués de débris de baleine et de narwal, est leur grande occupation; la chasse a pour eux bien moins d’aftraits.

Leur religion est remarquable. Comme être suprême, ils adorent Si/la (lair ou le ciel), qui gouverne tout et témoigne aux hommes sa satisfaction ou sa colère, suivant le mérite de leurs actions. Les autres êtres divins sont Malina et son frère Alinurga (le soleil et la lune), qui président à la chasse aux chiens de mer. Ils adorent en outre une foule d’esprits résidant dans l'air, la mer, le feu, et présidant aux monfagnes, à la guerre, aux vents, au temps. Le plus puissant de ces esprits est Torngarsouk, bon génie, dont la femme a sous sa puissance les animaux de la mer. Ils se représentent la terre comme reposant dans la mer sur des étais qui ont constamment besvin de réparations, et le ciel comme appuyé sur les montagnes autour desquelles il tourne. Le premier homme provint de la terre, et la femme de son pouce. Ils croient aussi à un déluge, duquelil ne resta plus au monde qu’un seul homme ; et celui-ci, en frappant d’un bâton la terre, en fit sortir une femme. Ils admettent également, après la mort, une résurrection des hommes et des animaux. Ils n’ont point de culte pour leurs dieux, et ne célèbrent qu’une fête, celle du soleil, qui a lieu le 22 février.

Le Groenland a été dans ces derniers temps visité par plusieurs des naigateurs qui se dirigeaient vers le pôle nord. En 1852 une expédition scientifique fut chargée par le gouvernement danois d’en étudier la composition physique : elle reconnut sur divers points la présence de la houille, d’abondantes mines de cuivre, ainsi que d’autres métaux. Un voyageur anglais, Whymper, a consacré tout l'été de 1867 à explorer la côte dn nord. Cependant les rivages de ce pays ne sont connus qu’en partie. Son existence n’était pourtant point igorée au temps de Christophe Colomb ; longtemps avant, les hardis navigateurs de la Scandinavie y avaient fondé sur la côte orientale des établissements, dont on ne retrouve plus la trace de nos jours : si l’on en croit les sagas de l'Islande, les Scandinaves y abordèrent dès la fin du dixième siècle. Il fut découvert en 982 par un Islandais, appelé Érik Le Rouge, fils de Thowald, qui avait été mis hors la loi pour meurtre; et à partir de 986 il fut peu à peu colonisé par des émigrés islandais et autres Scandinaves. Ces établissements formaient deux bygdra, ou arrondissements, Austurbygd et Westéurbygd. En 1406 la colonie orientale se composait de 190 fermes ou villages avec 12 paroisses et 2 couvents placés sous l'autorité d'un évêque; la colonie occidentale ne comptait que 90 fermes ou villages, répartis entre quatre ou cinq paroisses ; mais à partir de ce moment l’histoire garde le silence le plus complet sur ces colonies.

La côte orientale, où l’on croyait située cette colonie orikntale et où régnait jadis une température plus douce, comme dans le reste du Grœænland d’ailleurs (son nom même en est la preuve), est devenue de plus en plus âpre, de plus en plus cernée par les glaces, de sorte que toutes les tentatives faites jusqu'à nos jours pour y parvenir étaient demeurées infructueuses, Ce fut seulement de 1829 à 1831 que le capi- | taine danois Graagh parvint à y pénétrer assez avant. | N'ayant rencontré nulle part la moindre trace d’une colonie, 7».

il en conclut que la cotonie orientale avait dû être située sur la côte sud-ouest.

La colonie occidentale, au contraire, s’esttoujours maintenue; mais elle fut longtemps négligée par le Danemark, à qui elle appartient, jusqu’à ce qu’enfin Hans Égède s’en occupa de nouveau et y fonda en 1721 établissement de Godhaab (Bonne-Espérance ); et on vit bientôt, notamment à partir de 1733, époque ou les frères Moraves y envoyèrent des missionnaires, divers établissements s’y créer, de sorte qu’on en compte aujourd’hui près d’une vingtaine sur la côte occidentale jusque par 73° de latitude nord. Ils appartiennent tous au Danemark, qui cependant n’y entretient que quelques missionnaires et quelques fonctionnaires publics, et sont divisés en deux inspections, celle du sud et celle du

nord, comptant ensemble (1863) une population de 9,491 habitants, dont 250 Danois.

Dans la première, ou Grænland méridional, on trouve Julianshaab, avec 2,000 habitants, et où l’on remarque encore des traces d'anciens établissements islandais; Frederickshaab, Godhaab fondé par Égède sur les rives du Baals, siége du gouverneur, Sukkerloppen et Holsten- Dorg, ainsi que les établissements herrnutes de Zichtenau (la plus méridionale de toutes les colonies), de Zichtenfels, de Nycherrnhut, etc. Dans la division du nord, ou Grænland septentrional, dont la population totale est de 2,969 habitants,on trouve Egedesminde, Christianshaab, Godhawn, située par le 68° de lat. nord, dans Pile de Disco, etsiége dugouverneur, avec 800 habitants ; plus Jakobshavn, Riltenbenk, Omanak et Upernuvik, par 78° 48’ de lat. nord, la plus septentrionale de toutes les colonies européennes.

Le Grœnland relève de la jwidiction spirituelle de l’évêque de Séelande; les sept missions danoïises dépendent du collége des missions à Copenhague, et les quatre autres de la communauté des herrnules.

Le commerce avec le Grœnland est surtout un commerce d'échange; il est fait au profit du gouvernement danoïs par la direction du commerce royal du Grœnland et des îles Féroë, dont le siège est à Copenhague. En 1861 la valeur des exportations (peaux, huiles, fanons de baleine, etc.) était évaluée à 785,000 francs, et celle des importations à 750,000.

GROG. C’est le nom d’une boisson très en usage en Angleterre et composée de rhum, d’eau chande et de sucre. En France, on remplace le rhum par de l’eau-de-vie et aussi par du kirsch; et on ajoute au mélange une tranche de citron. C’est une boisson aussisaine qné digestive, quand on en use avec modération, mais dont l’abus a à peu près les mêmes inconvénients que toutes lesliqueurs spiritueuses, Avec quelques verres de grog on se grise fout aussi complétement que si on absorbaït sans aucun mélange le rhum ou le cognac qui en est la base. Lord Byron faisait une grande consommation de grog. Quant à l’origine de ce mot, la voici pour les curieux. On dit que l'amiral Vernon ayant cru devoir supprimer aux matelots de ses équipages une partie de leur ration de rhum pur pour la remplacer par de l’eau, ils donnèrent à ce mélange très-hygiénique sans doute, wais qui ne flattait que médiocrement leur sensualité, le nom de grog, abréviation de celui grogwain, quiil y a un siècle servait à désigner une espèce de paletot en camelot que l'amiral portait toujours à son bord, et dont ses équipages avaient fait aussi un sobriquet à son usage.

GROGNARD. L'idée attachée de nos jours à ce mot résume toutes les gloires de l'empire. Grognard signifie, dans son acception ordinaire, une personne qui a pris l’habitude de murmurer, de grogner à propos de tout, d'avoir toujours entre les dents quelque critique à déverser sur ce qui se passe autour d'elle, que cela la concerne ou non. C’était sans deute quelque habitude de ce genre qui avait porté Napoléon à appeler de ce nom ses anciens soldats, et particulicrerrent ceux de la vieille garde, I était en effet difficile que ces braves, convaincus de ce qu’ils valaient, ne se per-

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