J.-J. ROUSSEAU
HARMONITES. Voyez Rarr.
HARMOPHANE (de &pu6c, jointure, et patvoua, paraître), nom donné par Hauy au corindon adamantins, parce que les joints naturels de ses cristaux sont apparents.
HARMS (CLaupe), prédicateur célèbre dans le nord de l'Europe, est né le 25 mai 1778, à Fahrstedt, dans le pays des Dithmarches, d’un père meunier de son état, et exerça d’abord la profession paternelle; ce ne fut qu'après la mort de son père, en 1797, qu’il fut libre de suivre la vocation qu’il se sentait pour les études littéraires, et de venir suivre les cours de l’université de Kiel, où il se livra à l'étude de la théologie. En 1835 il fut nommé premier pasteur et prévôt à Kiel; fonctions auxquelles il lui a fallu renoncer en 1849, parce qu’à cette époque il fut atteint d’une cécité presque complète.
Claude Harms est l’un des théologiens protestants qui dans ces vingt-cinq dernières années ont le plus occupé l’attention publique. En effet, il s’est posé l'adversaire du rationalisme, négation religieuse dans laquelle le luthéranisme tend de plus en plus-à s’absorber. Une thèse publiée par lui, en 1817, à l’occasion du troisième jubilé séculaire de la réforme, et où il s'efforce, après avoir exposé la doctrine du péché originel, de démontrer que la foi seule est capable d'assurer à l’homme son salut éternel, a été l’objet des plus vives attaques, à la suite desquelles il a fait paraître divers écrits en réponse à ses adversaires, un entre autres ayant pour titre Du néant de la religion de la raison (1819). Il à publié le recueil de ses sermons, un recueil de proverbes et sentences (Kiel, 1850) et son autobiographie (1851).
HARNACHEMENT, terme générique par lequel on désigne toutes les pièces qui servent à harnacher les chevaux de selle ou de trait. Ces pièces varient de richesse, d'élégance, et même de formes, selon qu’on les applique aux premiers chevaux ou aux seconds. Le harnacheur est celui qui confectionne ces diverses pièces. C’est un état, un genre d'industrie très-lucratif à Paris, où la sellerie est en général bien faite. Pour les chevaux de carrosse, le harnachement se compose du poitrail, de la bricole, du coussinet, du surdos et de ses bandes, des montants, des chaînettes, de
— RARPAGON
la croupière, de l’avaloir d'en bas, des reculements et des guides. Aux chevaux de charrette, on remplace le poitrail par un collier ; mais ils ont toutes les autres parties du harnachement, moins élégantes sans doute, mais très-solides. Aux chevaux de poste qui sont montés par les postillons, on met des étriers et des courroies. En France, l’industrie a quelque chose à faire pour alléger le poids ou diminuer la quantité de pièces qui composent le harnachement. En Angleterre, où l’on a pour les animaux une humanité bien entendue, on attelle les chevaux de trait de voiture avec beaucoup plus de simplicité qu'en France. Ils se blessent moins souvent et ont les mouvements plus libres. V. DE MocÉON.
HARNAIS. Ce mot s'applique particulièrement à la partie du harnachement qui comprend la selle, la croupière, le licou, la bride et les traits. Les selliers et les bourreliers font ordinairement le harnais. Les pièces des harnais élégants, destinés aux chevaux de cabriolet, de voiture de maître, se garnissent avec des plaques de laiton, de fer, le plus souvent dorées ou argentées. Ces pièces, qui sont l’objet d’une industrie spéciale, sont seulement appliquées par le harnacheur aux endroits que l’usage et quelquefois la mode indiquent. V. DE MOLÉON.
HARO ( Clameur de). Voyez CLAMEUR.
HAROUN, surnommé AL RASCHID, Le Juste, le plus célèbre d’entre les khalifes, succéda à son père Mehdi, en 786, à l’âge de vingt-et-un ans seulement. Son règne fut une époque de grande prospérité. IL étouffa rapidement diverses révoltes qui éclatèrent dans l’intérieur de l’empire, et mena à bonne fin plusieurs guerres contre les Byzantins et contre les Chazares. Quoique les limites de ses immenses États s’étendissent de l'Inde à l'océan Atlantique, et du Caucase aux sources du Nil, l'empire des khalifes sous son règne ne perdit pas une seule de ses provinces. Haroun, qui eut le bonheur de rencontrer dans la famille persane des Barmécides des vizirs et des généraux du premier ordre, put se livrer sans contrainte à toutes les joies qui ennoblissent l’existence. Il fit de Bagdad, où il résidait, la plus belle des villes de son époque. Des masses immenses de tributs lui arrivaient de toutes parts; et naturellement ami du faste et de l'éclat, Haroun fit orner sa capitale des plus magnifiques édifices. En même temps il aimait les sciences, les lettres, la poésie, la musique, et sa cour était le rendez-vous des hommes les plus célèbres du monde mahométan. Tout cela, joint à ses éminentes qualités personnelles, le rendit l’idole des populations. Il fut célébré dans une foule de poëmes et de nouvelles, et il est devenu le héros de bon nombre de contes des Mille et une Nuits. Vers la fin de son règne, ayant conçu des soupçons contre la fidelité des Barmécides, il les fit tous périr, en 803, sans même faire grâce à son favori Diafar, par qui il avait habitude de se faire accompagner dans ses perambulations nocturnes à travers les rues de Bagdad. Pour réprimer une révolte qui avait éclaté au nord du Khoraçan, il marcha en personne contre les révoltés. Un coup de sang le força de s’arrêter à Tus, où il mourut, à la fin de mars 809.
HARPAGON, personnage célèbre de l’un des chefsd'œuvre du théâtre moderne, et qui est devenu la personnification de l’avarice. Ce nom, heureusement choisi, a été suggéré à Molière par un passage de la comédie de Plaute intitulée Aulularia : Hei misero mihi! dit l’avare du poête latin, aurum mihi intus harpagatum est ; « malheureux que je suis! mon argent m’a été volé. » Il était d’ailleurs tout simple de le former du grec &prayos ou &pnaë, rapace, voleur, l’avare et le voleur devenant sans peine trop souvent frères. Nous ne devons pas moins ad mirer ici le génie de Molière, à qui un mot inaperçu, une intention à peine indiquée, suffit pour fournir une pièce entière, et quelle pièce! A cette source presque inconnue notre grand comique a dà les inquiétudes si comiques de l’avare, et, entre autres traits longs à citer, l'excellente répétition de sans dot. Ce qui n'est pas dans Plaute, c'est ce contact
dramatique de l’avarice et de l'amour; ensuite, ce rapproehement si vrai, si profond, entre le père avare et le fils dissipateur ; ce sont, enfin, ces rapports si variés d’Harpagon avec ses valets et tout ce qui l'entoure,
HARPAYE. Voyez Busann.
HARPE, instrument de musique de grande dimension et de forme triangulaire, monté de cordes de boyaux disposées verticalement, qu’on pince avec les deux mains pour en tiser des sons. L'origine de la barpe est plongée dans une obscurité profonde. Tous les instruments à cordes pincées dont il est fait mention dans l’Écriture Sainte et dans les ouvrages des anciens, tels que le chinnor des Hébreux, la cifhare des Grecs, le cinnara des Romains, le nablum, la sambuque, et enfin la karp-ou hearpa des Celtes et des Cimbres, ont une certaine analogie générique avec la harpe, telle qu’on peut se la figurer dans son état de simplicité primitive. Chacun sait que le roi David chantait les louanges du Seigneur en s’accompagnant de sa harpe; mais le texte sacré dit aussi que David dansait devant l'arche en jouant de la harpe, ce qu’il n’aurait certainement pu faire avec un instrument de la forme et de la dimension des nôtres. Tout ce qu’on peut dire sur l’origine de la harpe, c’est donc qu'il est fait mention d’un instrument de ce nom en tous temps, en tous lieux, mais que nul ne sait au juste d’où il vient ni qui l’a inventé.
La harpe est composée de trois pièces principales , assemblées en forme de triangle, savoir : la console, la colonne et le corps sonore. Ces deux dernières sont réunies dans leur partie inférieure par une quatrième pièce, appelée cuvelle, qui forme la base de l'instrument. Le corps s0nore est une caisse convexe faite de bois d'érable, plus large à la base qu’au sommet, et recouverte d’une planche de sapin, qu’on appelle {able d'harmonie, sur laquelle sont fixés les boutons qui servent à attacher les cordes. La console est une bande légèrement courbée en forme d’s, et garnie de chevilles au moyen desquelles on monte les cordes fixées à l'extrémité opposée sur la table d'harmonie. Elle forme la partie supérieure de l'instrument. Enfin, la colonne est un montant solide ou creux, selon que la harpe est simple on à mouvement. Dans le premier cas, ilne paraît devoir servir qu’à l’assemblage des deux pièces précédemment décrites ; mais dans le second cas, l’utilité en devient indispensable ; comme on le verra tout à l'heure.
La harpe ancienne m'avait dans l’origine que treize cordes, qui étaient accordées selon l’ordre naturel de la gamme diatonique. On en ajouta successivement plusieurs autres; mais, malgré toutes ces additions, il était impossible de moduler avec un instrument qui n'avait que les demi-tons naturels de la gamme. Luc-Antoine Eustache, gentilhomme napolitain et chambellan du pape Pie V, imagina , pour obtenir tous les demi-tons de l'échelle, de mettre à la harpe soixante dix-huit cordes disposées sur trois rangs. Le premier comprenait quatre octaves, le second faisait les demi-tons, et le troisième était à l’octave du premier. Les difficultés insurmontables qui s'attachaient à l'exécution de
ia musique avec un instrument aussi compliqué le firent
bientôt abandonner.
On inventa ensuite la Aarpe double, qui était vraimen t un instrument composé de deux harpes jointes ensemble, mais qui n’eut pas plus de succès que la karpe triple ou à trois rangs du chambellan napolitain. C’est alors qu’un Tyrolien, dont le nom m’échappe, imagina, vers la fin du dix-septième siècle, d'ajouter des crochets à l'instrument simple, pour hausser à volonté le son des cordes. Ici encore d’autres difficultés se présentaient : comme on était obligé de faire mouvoir les crochets avec la rain , il s’ensuivait que lorsqu'il rencontrait des dièses, Pinstrumentiste n'avait plus qu'une main pour pincer, tandis que l’autre mettait les crochets en jeu. Enfin, au commencement du dix-huitième siècle, Hochbrucker inventa une mécanique qu'on faisait mouvoir avec les pieds, et qui de là prit le nom de pédale. C’est cette mécanique qui a été perfectionnée