‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 509 sur 552 · HARTZENBUSCH — HARVEY · texte numérisé non relu

HARTZENBUSCH — HARVEY

| trouve-t-on pas tous les vaisseaux remplis de sang sur lé cadavre? pourquoi alors les artères paraissent-elles vides de sang? Harvey, pris au dépourvu, fit à cette dernière objection d'assez mauvaises réponses : « Cependant, disait-il toujours, le sang circule; il circule, et j’en ai pour preuve l'or. ganisation même du cœur, ses battements, la disposition de ses valvules et des valvules de l’aorte et des veines; j’en ai pour preuve le pouls, la saignée, les hémorrhagies et la manière dont on les! arrête, Le cœur palpite, les artères battent, le sang jaillit ; et tous ces effets sont simultanés et parfaitement isochrones. Si l’on comprime une artère, le pouls. s’y perd au-delà de la compression, et il persévère du côté du cœur; mais si, au contraire, c’est une veine que l’on comprime, alors le vaisseau se vide entre le cœur et l’endroit comprimé, tandis qu’il se gonfle dans le bout opposé. » Dans sa première brochure, qui parut en 1619, Harvey fit représenter un bras bandé comme dans la saïgnée, et cette simple figure, grossièrement dessinée, lui suffit pour démontrer la circulation du sang. -

Nonobstant ces preuves, que Harvey rendit encore plus claires et plus nombreuses dans ses Exercilationes de Circuitu Sanquinis, publiées en 1628, cette immortelle découverte rencontra un grand nombre de contradicteurs et d’incrédules ; Primerose, Gaspard Hoffmann, et surtout Riolan, l'obstiné professeur de Paris, la combattirent avec acharnement, et non sans applaudissements publics. Mille sarcasmes et quolibets circulèrent alors contre Harvey et ses partisans : c’est qu’il est dans la destinée des plus grandes vérités d’être combattues comme erreurs à leur naissance, et d'attirer d’âpres critiques et parfois des persécutions sur leurs auteurs. Les hommes de génie ne trouvent guère que des contempleurs et des adversaires parmi les contemporains qui les jugent; Harvey l’a éprouvé comme Galilée; la circulation du sang eut ses détracteurs comme le mouvement de la terre. Chaque siècle combat aveuglément les découvertes qui font sa gloire; et ce n’est que dans l'éloignement des hommes et des choses qu’on leur rend enfin justice, par l'admiration ou le mépris.

Cette grande déconverte fit perdre à Harvey beaucoup d’années, par les attaques qu’elle lui suscita de la part de la routine ou de l'envie; elle lui fit perdre aussi tous ses malades, et nuisit à sa fortune : car on pensait qu’un rêveur assez systématique pour croire à la circulation du sang'avait perdu à peu près toute sa raison. Cependant, quelques hommes supérieurs, rendant justice à son génie, lui persuadèrent d'appliquer sa sagacité et sa patience aux phénomènes de la génération, un des plus obscurs problèmes de la vie. Précisément, son maître F. d’Aquapendente lui avait beaucoup appris à ce sujet, en l’initiant à ses recherches sur la formation du poulet dans l'œuf. Alors Harvey résolut de tirer parti pour la science de sa position près d’un roi trahi par la fortune. 11 lui demanda les moyens de faire en grand ses expériences physiologiques; et Charles °° lui abandonna son parc de cerfs avec une magnificence toute royale, sans conditions et sans réserve, sacrifice aisé pour un roi que les dissensions de ses sujets et les périls de sa couronne détournaient des plaisirs de la chasse comme de la dissipation des cours. Ses expériences faites sur les biches du parc de Saint-James, il éprouva deux grands malheurs, dont il se montra inconsolable : la même catastrophe qui mit Cromwell sur le trône le priva tout à la fois de son bienfaiteur et de ses manuscrits. Forcé alors de s'éloigner de Londres, la solitude et les loisirs dont il jouit dans son exil lui permirent de résumer ses derniers travaux : ce fut alors qu’il écrivit ses découvertes sur la reproduction, sans notes et presque sans aucun livre, si ce n’est un Ariséole. 1] faut dire toutefois que la perte de ses journaux lui fit commettre quelques erreurs; mais son ouvrage (ÆExercitationes de Generatione Animalium), tel qu'il l’a composé dans sa retraite, n’en mérite pas moins toute notre estime; et l’on ne peut que gémir de la sévérité avec laquelle Buffon l’a just, dans la préoccupation de son propre système des moldeutes

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