AUVERGNE — AUXONNE
Revenons au comté d’Auvergne proprement dit.
Robert IV, comte d’Auvergne en 1247, du chef du comte Guillaume XI, son pére, répara une partie des pertes ter- | ritoriales qu’avait faites sa famille, par ’héritage du comté | de Boulogne, qui lui échut en 1260, aux droits d’Alix de Brabant, sa mére. Vers la fin du quatorziéme siécle les deux comtés d’Auvergne et de Boulogne passérent par mariage 4 lancienne maison de La Tour, dile depuis de La Tour d@Auvergne. Anne de La Tour, comtesse d’Auvergne, mar.ce, en 1505, avec Jean Stuart, duc d’Albany en Ecosse, se voyant sans enfants, assura par son | testament, en 1524, le comté d’Auvergne a Catherine de Médicis , sa niéce, depuis reine de France. En 1589 cette princesse, sous le nom du roi Henri III, son fils, transporta le comté d’Auvergne en pur don a Charles de Valois, fils naturel de Charles IX. Mais en 1606 Marguerite de Va-
lois, scour d’Henri II, s’étant pourvue au parlement contre |
cette donation, se fit adjuger le comté d’Auvergne. Elle le donna ensuite au dauphin, depuis Louis XIII, qui réunit ce comteé a la couronne. Louis XIV abandonna avec les duchés
d@Albret et de Chateau-Thierry , et le comté d’Evreux , au —
duc de Bouillon, le 20 mars 1651, en échange des principautés de Sedan et de Raucourt. La maison de Bouillon en a joui jusqu’a la révolution.
Sous le rapport des finances l’Auvergne était comprise dans la généralité de Riom, et sous celui de la justice dans le ressort du parlement de Paris; elle formait les trois bailliages de Clermont, Riom et Saint-Flour.
AUXERRE, chef-lieu du département de ’Yonne, a 169 kilométres sud-est de Paris, sur la rive gauche de l’Yonne, peuplée de 13,758 habitants, avec un tribunal de commerce, un collége communal, une bibliothéque pu-
blique riche de 29,000 volumes , un :s,1sée d’antiquilés et |
WVhistoire naturelle; un jardin botaniyiwe, plusieurs sociétés savantes et trois journaux, un hdpital général, etc. La ville est genéralement bien batie. On remarque la cathédrale gothique de Saint-Etienne, dont les cryptes et les vilraux sont justement admirés; les églises Saint-Pierre et Saint-Germain ; l’ancien palais épiscopal, aujourd’hui hétel de la prefecture; la salle de spectacle, etc. L’industrie est peu active, quoique la position d’Auxerre 4 mi-chemin de Paris et de Lyon, quilui permet d’embrasser |’Océan par la Seine, et la Méditerranée par le canal de Bourgogne, semble l'inyiter aux avantages des villes manufacturiéres. Un embranchement l’unit depuis 1855 au chemin de fer de Paris a Lyon. Auxerrea quatre imprimeries, une fabrication importante de tonnellerie, des manufactures de produits chimiques , ocres, blanc de céruse. Le commerce consiste en bois flotté, en charbon et surtout en vin du territoire. Aucune ville de France ne peut en effet disputer 4 Auxerre la supériorité dans l’art de cultiver la vigne ; les vins de Chainette et de Migraine sont presque autant estimés que ceux de Nuits, de Pomard et de Volnay.
Auxerre est une des plus anciennes villes de France. Suivant l’abbé Lebeuf, elle n’a pas toujours occupé le méme emplacement qu’aujourd’hui. La grande voie romaine de Lyon al’Océan par Amiens passait au pied d’Autessiodure, dont le voisinage en a conservé de trés-beaux restes ; elle y faisait jonction avec la route d’Autuna Tours; Autessiodure
était comprise dans la quatriéme Lyonnaise , et partageait — avec Sens le privilége d’étre la résidence des proconsuls. Le christianisme y pénétra au commencement du troi- |
siéme siécle, et saint Pélerin en fut le premier évéque et — Vapdtre martyr. Attila ravagea Auxerre, comme tant d’au- | tres cités dela Gaule. Aprés l’invasion des Francs, elle tomba | au pouvoir de Clovis ; ses successeurs lui donnérent des comtes, qui, d’abord temporaires ou viagers, devinrent ensuite heréditaires. Sous leur gouvernement, son siége épiscopal fut illustré par de hautes vertus et de grands talents; il s’enorgueillit d’avoir produit saint Germain; en mime ,
temps ses écoles brillaient du plus vif éclat; cing ou six mille clercs y suivaient les lecons d’Héric, de Rémi et de Gislebert. En 1036, sous le comte Rainaud, il se tint a Auxerre, aprés une disette horrible, une grande assemblée au sujet de la paix et de la réformation des moeurs. A la mort de Rainaud, en 1040, le duc de Bourgogne, Robert, s’empara d’Auxerre ; mais l’héritier légitime du comté, Guillaume, le reconquit et le transmit 4 ses descendants, qui furent en méme temps comtes d’Auxerre el de Nevers. Le comté d’Auxerre passa ensuite de la ligne directe a une ligne collatérale. Le comte Gui appuya la commune de Vézelai contre son abbé, et essaya, malgré l’évéque, d’en établir une semblable a Auxerre. Son fils étant mortsans posteérité male, Philippe-Auguste prit possession d’Auxerre; mais trois ans aprés il rendit ce comté ainsi que celui de Neversa la petitefillede Gui, enlamariantason cousin Pierrede Courtenay. Quinze années du régne de ce comte, qui signa aux habitants d’Auxerre une charte d’affranchissement, sont mémorables par ses longs débats avec Hugues, évéque opiniatre et fas-
| tueux. Le comté d’Auxerre passa ensuite dans la maison des
comtes de Chalons, parle mariage d’ Alix, arriere-petite-fille de Pierre de Courtenay, avec Jean de Chalons. En 1370 le roi Charles V acheta ce comté a Jean 1V de Chalons, y établit un siége royal de justice et des officiers, et confirma les chartes des bourgeois, saufles tailles qu’il leur imposa. Dans les guerres des Armagnacs et des Bourguignons, Auxerre embrassa la cause de ces derniers; en 1412 et en 1435 il s’y tint deux assemblées pour la paix, qui n’amenérent aucun résultat; la ville demeura au pouvoir de la maison de Bourgogne. En vertu dn traité d’Arras el depuis la réunion de cette province a la couronne, l'histoire d’Auxerre n’a plus rien de particulier. Ravagée au quinziéme et au seizieme siecle par la peste, la ville eut encore a souffrir des guerres de religion; elle embrassa avec passion la cause de la Ligue, malgréson évéque, le vertueux Amyot, qui faillit payer sa tolérance de sa vie. Dans la guerre de 1870 elle fut prise par un corps prussien (20 décembre), aprés avoir été menacée de bombardement, el dix jours plus tard, le 30, l’ennemi se retira en emmenant le préfet en olage. Aprés la paix, le département et son cheflieu furent occupés militairement jusqu’au mois de septembre 1871.
AUXERROIS, ancien pays de France, qui a formé la majeure partie de l’arrondissement d’Auxerre, son chef lieu.
AUXILIAIRE (du latin auxiliwm, secours), qui vient en aide, au secours. Il se dit en parlant des troupes qu’un prince, un Etat envoie au secours d’un autre prince, d’un autre Etat. En grammaire, il désigne des verbes qui servent a former quelque tempsd’autres verbes (voyez VERBE). — Enfin, dans la comptabilité, on nomme auziliaires des livres qui servent a établir certains comptes particuliers.
En 1870, on constitua, pour donner une aide au génie militaire, un corps auziliaire distinct qui rendit de grands services, et qu’on nomma génie civil des armées.
AUXOIS, ancien pays de France, dont Semur en Bourgogne était le chef-lieu.
AUXONNE, chef-lieu de canton de l’arrondissement de Dijon (Cote-d’Or) , 4 335 kilometres de Paris, station du chemin defer de Lyon, section de Gray a Dole. Cetiéjolie ville, place forte de 4¢ classe, sur la rive gauche dela Sadne, posséde 4,527 habitants, un tribunal de commerce, une école dartillerie, un collége, une bibliothéque de 6,000 volumes, un journal, etc. Depuis 1857 on y voit une stalue de Napoléon [et par Jouffroy. On y fabrique des serges , des draps, de la mousseline, des clous. Elle était auirefvis la capitale d’un petit comté séparé du duchéde Bourgogne, qui était administré par des états particuliers sous la souverainets des sires ou comtes d’Auxonne. Ce pays ful réuni au duché de Bourgogne par Henri Il en 1552. Son chateau est l’ouvrage de
Louis XII et de Francois Ie", Les fortifications actuelles, commencées en 1678, ont été achevées par Vauban. En 1756, Auxonne refusa de se rendre 4 Launoy, qui venait en prendre possession au nom de Charles-Quint, a qui le trailé de Madrid l'avait cédée. Elle se défendit vaillamment au temps de la Ligue. Le 24 novembre 1870, les garibaldiens battirent sous ses murs un parti d’Allemands.
AUZOWUX (Louis), médecin, néa Saint-Aubin d’Ecroville (Eure), s’est rendu célébre par ses préparations anatomiques et ses mannequins imités ( voyez CuasTIQuE). Vers 1823, la Faculté de médecine étant nouvellement reconstituée selon Vesprit du jour, et tournant elle-méme aux scrupules et & la dévotion, on eut lieu de craindre que les dissections ne fussent bientét entravées, et que |’étude de l’anatomie n’en souffrit. Or, l'on ne connaissait alors, pour remplacer les cadavres et suppléer a des dissections nécessaires, que les piéces en bois de |’abbé Fontana, ou du musée de Florence, que les planches gravées ou lithographiées, encore rares en ce temps-la, que les imitations en cire de Lauménier et celles en carton du docteur Ameline, de Caen. Ces diverses représentations, outre leur imperfection et leur prix élevé, ne pouvaient ni se démonter pidce a pidce ni servir a des études détaillées et approfondies. Ce fut dans ces conjonctures que M. Auzoux eut I’utile pensée de représenter tous les organes du corps humain, non-seulement dans leur ensemble, mais dans leurs détails les plus minutienx, et quelle qu’en fat la situation, superficielle ou profonde. 1] employaa cet effet une matiére pateuse qui, pouvant se liquéfier et se mouler, devient dure comme du hois en se desséchant, et retrace fidélement les moindres empreintes des corps qu’elle entoure. M. Auzoux continua ses essais jusqu’en 1825; mais les principaux perfectionnements de sa méthode remontent A 1830. Ses premiers modéles avaient cing pieds six pouces de haut, et ils codtaient 3,000 fr., somme élevée, &laquelle peu de particuliers pouvaient atteindre. Il a depuis composé des modéles de trois pieds six pouces, c’est-a-dire fort au-dessous dela grandeur naturelle, Le prix de ceux-la n’est que le tiers des autres.
Pour cette remarquable industrie, M. Auzoux a créé, dans son village natal de Saint-Aubin, une grande usine, ou sont sans cesse occupés soixante 4 quatre-vingls ouvriers, quwil a pris soin de former et d’instruire dés l’enfance, et en vue de ses travaux. Chaque machine d’Auzoux retrace onze cent quinze objets différents, chacun desquels est numérolé, etelle peut étre démontée en cent vingt-neuf piéces ou morceaux juxtaposés les uns aux autres, et formant plusieurs couches a joints invisibles. C’est une @uvre merveilleuse et d’une exactitude inestimable. Disons toutefois que le médecin et le chirurgien n’apprendront jamais l’anatomie aussi précisément avec ces machines qu’ayec les organes en nature. Mais les machines d’Auzoux ont du moins contribué a répandre le goit de l’anatomie dans toutes les classes de la société. Elles sont plus expressément nécessaires dans les contrées ou V’ardeur du climat interdit toute dissection.
Non content de représenter le corps tout entier, M. Auzoux a voulu fabriquer des organes et des membres séparés de tout ensemble, des mains, des genoux, des oreilles, des cranes et des cerveaux. Son modéle de femme, destiné a enseigner lart des accouchements, avec ses guatorze utérus de Fechange, est un chef-d’ceuvre d’exactitude et de patience. Il en est de méme du modeéle qui retrace les origines etles anastomoses de tous les nerfs.
Aprés avoir représenté la structure de l’homme, M. Auzoux a voulu aussi donner le modéle d’une foule d’animaux, dun squale, d’un hanneton, d’un cheval, etc. Ce dernier objet, qui a obtenu, en 1851, les honneurs de lexposition dans le Palais de Cristal, est d’une grande utilité pour les écoles vétérinaires. Récompensé a toutes les expositions, M. Auzoux a oblenu en 1855 une grande imédaille dhuppeur. Isid, Bournon.