‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 161 sur 522 · HYMNE — HYMNES FARCIES · texte numérisé non relu

HYMNE — HYMNES FARCIES

bernacle de Jéhovah, Ces cantiques racontaient et célébraient la grandeur de Dieu, sa puissance , sa justice, son immensité, sa sagesse infinie. Plus tard, le Nord eut aussi ses hymnes; mais des bardes cruels, qu’irritaient un sol de glaces, un ciel d’airain, les chantaient dans des forêts profon-

des et ténébreuses, aux seuls dieux du sang, à Mars, à

Thor, à Teutatès, à Odin. Les plus antiques hymnes connus sont ceux de Moïse et de Débora, la Prophétesse. Le plus grand nombre des cantiques hébreux ont été recueillis dans la Bible par Esdras , sous le nom de Sepher thehillim (livre des louanges). Tout ce que nous pouvons savoir de la poétique de ces saintes inspirations, c’est qu’un sens et une pensée presque complète sont enfermés dans le parallélisme de deux phrases, ou vers, identiques en nombre de syllabes ; le plus court n’a pas moins de six ou sept syllabes , et le plus long est à peu près du double. On sent aussi que le poëte sacré affecte souvent les rimes ou consonnances; mais elles ne semblent point y être de rigueur. Toute autre prosodie , si elle existe, est restée voilée à la.sagacité de nos plus célèbres hébraïsants. Ces hymnes se chantaient aux sons des cithares et des flûtes par deux chœurs alternatifs : le premier chantait l'hymne ; l’autre, à des intervalles déterminés, répétait un distique intercalaire, ou refrain. La grave et mélancolique Mizraïm (Égypte ) ne paraît pas avoir honoré ses tristes et emblématiques divinités avec celte pompe musicale de voix et d'instruments ; le sistre seul, ou la flûte, se faisait à peine entendre dans ses mystérieux hypogées.

Les Grecs, qui avaient une foule de dieux à honorer, s’emparèrent de l’hymne hébraïque. Ils la soumirent à leurs rhythmes poétiques et à leur mélodie. Ce chant fut chez eux de plusieurs espèces : il était invocatif, laudatif, admiratif, votif, théogonique, philosophique, selon les circirconstances. Les prétendus hymnes d’Orphée sont de la première espèce. Ceux d’Homère exaltent les passions et les désordres de ses dieux charnels. L’hymne grec est riant, mondain. Cependant le stoïcien Cléanthe a fait un hymne en l'honneur de Jupiter, ou plutôt de Jah, le dieu créateur : dans ce poëme éclate une certaine majesté de pensées chrétiennes. Les hymnes de Callimaque, dont la plupart étaient populaires, c’est-à-dire chantés dans les temples des dieux, sont d’une sévérité et d’une réserve qui conviennent à la Divinité, sous quelques formes , quelques attributs que l’honorent les hommes. Les Dioscures de Théocrite sont aussi ce qu'il y a de plus parfait en ce genre de poésie sous le double rapport du style, des images et de la morale. Anacréon, Sapho, Simonide, Bacchylide, Tyrtée, Pindare, qui les chantait lui-même dans le temple de Delphes, composèrent des hymnes. Numa fut l’auteur du Saliare, chanté par les prêtres saliens. Les chœurs, dansla tragédie grecque, sont la plupart du temps des hymnes ou invocations.

Les hymnes en l'honneur d’Apollon et même des grands dieux se nommaient pœans, ceux de Bacchus dithyrambes. Des princes, égarés par la flatterie et leur félicité d'ici-bas, ont osé usurper sur celui qui créa le ciel et la terre son sacré privilége. Alexandre, Démétrius Poliorcète, des Césars même sont de ce nombre : on les invoquait comme des dieux.

Enfin, quand le christianisme eut dressé ses autels au seul Dieu vivant, des hymnes chastes et plus pures de pensée que de style peignirent, aïdées d’une mélodie solennelle, ou les joies du ciel et de ses saints, ou les tribulations et le martyre du chrétien sur la terre. Au sixième siècle , Fortunat, évêque de Poitiers et poëte célèbre alors , écrivit ces hymnes que l’Église a, en partie, adoptées pour ses offices entres lesquelles se fait remarquer le Vexilla Regis. On doit à Claudien Mamert, frère de l'archevêque de Vienne de ce nom, en l’an 463, le Pange lingua. Profondément versé dans la liturgie, ce simple religieux régla l’ordre des . fêtes, celui des offices, le chant des psaumes , et composa,

entre autres, l'office des Rogations, tel qu'il se chante encore. Ces hymnes étaient d’une prosodie peu châtiée, souvent

pleines de fautes ; mais la naïveté ou l’exaltation des sentiments mystiques et le doux ascétisme qui y dominent les feront vivre autant que l'Église. La prose même usurpa sur l'hymne sa mélodie. Le célèbre Pergolèse adapta une musique immortelle et lugubre comme le sépulcre à ces sim ples paroles :

Stabat mater dolorosa Juxta crucem lacrymusa.

On doit reconnaître dans ces deux lignes de prose l'imitation du parallélisme et de la rime des cantiques hébreux. II était donné au grand siècle de Louis XIV d’offrir des illustrations en tout genre. Santeuil changea la lyre d’Horace en une harpe angélique. Sur les rhythmes nombreux du poëte d’Auguste, elle fit retentir le temple saint du fameux Séupete gentes, de l’Opus peregisti et de l’'Hymnis dum resonat. Une mélodie religieuse et simple, plutôt qu’une harmonie savante, fait encore ressortir les belles pensées du célèbre hymnographe. Le Salularis à 3 voix de Gossec est, parmi les modernes compositions musicales d'église, un chef-d'œuvre de chant religieux.

En 1793, quand les portes du temple saint furent condamnées et que les hymnes du Dieu des chrétiens se turent sur foute la face de la France, des hymnnes au dieu des batailles (Z& Marseillaise), à la Nation (le Réveil du peuple), à la Liberté, à la Victoire, qui elle-même ouvrait la barrière des combats à nos armées, à l'Éternel enfin firent entendre, non sous des cintres de pierres, mais sous la voûte céleste, leurs refrains entraïînants , leur terrible et magnifique harmonie, qui soulevaient des flots de peuple, ou gagnaient des batailles. Les Chénier, les Rouget de l'Isle, les Méhul attachèrent leur nom à ces compositions impérissables, alors expression franche et forte de toute une grande nation. Mais enfin les temples sacrés se rouvrirent, et les saintes hymnes , chants de paix et de consolation, réveillées dans le sanctuaire sur la harpe des lévites, montèrent au pied du Dieu vivant et versèrent sur bien des plaies le baume de leurs pensées religieuses et paisibles, montrant ainsi chez le plus noble peuple de la terre l’amour de Dieu et l'amour de la patrie à jamais unis ensemble. ; DENNE-BaRoN.

HYMNE ANGELIQUE. Voyez GLORIA IN EXCELSIS.

HYMNES FARCIES, chants d'église mêlés de français et de latin, dont l’origine remonte au douzième siècle. Suivant l’abbé Lebeuf, on en faisait usage pour désennuyer les fidèles à certaines fêtes , et leur faire retenir en français, au moyen du chant, l’histoire du martyre des saints ou de pieuses pensées. C'était alors la coutume dans les églises des Gaules de faire lire en latin, à la messe , les actes des saints, usage qui s’est maintenu jusqu'au neuvième siècle, cette langue étant peut-être encore suffisamment entendue par les anciennes familles gauloises. Dom Edmond Martène a tiré d’un missel manuscrit de Saint-Gatien, de Tours, datant de six à sept cents ans, la formule des complaintes que l’on y chantait le jour de Saint-Étienne. On peut voir dans le Glossaire de Ducange, au mot farcia, les preuves que c'était un usage universel dans toutes les provinces de France.

Au commencement du dix-huitième siècle, à Dijon, on chantait encore l'épître de Saint-Étienne en langage alternativement latin et français; à Aix, en Provence, on la chante même, dit-on, encore ainsi. On appelait ces chants Plants de Saint-Estève, c'est-à-dire les Plaints Saint- Etienne. Les Ordinaires de Narbonne et de Châlons font aussi mention de ces sortes d’épitres doubles, qu’on appelait des Zpistres farcies. Après ces explications, on n’est plus embarrassé pour comprendre le passage de l'ordonnance d’Eudes de Sully, évêque de Paris, de l’an 1198, sur les réjouissances des fêtes de Noël, où il est fait mention de ces épitres. « La messe, y est-il dit, sera célébrée de la même « manière par quelqu'un des susdits, sauf qu'on y ajoutera «une épitre farcie, chantée par deux cleres en capes de « soie. » JL importe de ne pas oublier que, ies jours ou il y

avait paraphrase ou commentaire de l’épitre de la messe, | on était au moins deux pour l’exécution de cette pièce, l'un chantant le français, l’autre le latin, ou bien le sousdiacre se réservant le texte sacré, et deux enfants de chœur chantant l'explication, montés au jubé, ou à la tribune, pour être mieux entendus.

& Le goût pour cette espèce de chant devint si fart qu’on ne se contente pas de l'appliquer aux pièces les plus vénérées et les plus populaires de la liturgie catholique, mais qu’on s’en servit, encore pour parodier ces mêmes pièces , et surtout pour en composer des chansons à boire, de sorte que les œuvres entrelacées, les hymnes farcies revinrent au peuple, d’où elles sortaient. C’est ainsi que le cantique touchant Venite adoremus fut transformé en Venite potemus, imitation bachique, ( Voyez ENTRELARDER.) Charles NisarD. HYMNODES (de üuvos, louange, et wôn, chant), chanteurs d'hymnes dans l’antiquité. Tantôt c’étaient des chœurs de jeunes vierges, ainsi le voulait la sévère Pallas; fantôt , comme à Délos, une jeunesse fleurie, choisie entre les deux sexes; tantôt poëtes, musiciens, femmes, fils, filles de prêtres et prêtres, chantant les louanges de la divinité aux accords de la cithare. Mais, si c'était le matin, les prêtres seuls, aux sons doux et calmes de la flûte, célébraient le retour du dieu de la lumière. DENNE-BARON. HYMNOGRAPHE , celui qui écrit ou compose des hymnes (du grec üuvos, louange sacrée, et ypxpeuc, écrivain). L’antiquité ne compte point de poëtes célèbres qui n'aient produit deshymnes. Aux grands lyriques que nous avons déjà cités il faut ajouter Anthès, Olen de Lycie, Olympe de Mysie, Archiloque, Alcée. Si ce n’est quelques minces fragments , toutes leurs œuvres ont péri. Les chants sacrés de Pindare lui valaient, dit-on , d’Apollon Delpbhique et de la Pythie, une portion des prémices que la piété et l’admiration des peuples déposaient aux pieds du dieu. La Grèce religieuse institua des prix en faveur des hymnographes les mieux inspirés. On ne sait pourquoi Orphée et Musée, son disciple, n’ont pas soumis aux juges un seul de leurs hymnes. Ravis d'eux-mêmes, se croyaientils hors de ligne ? ou pensaient-ils que leurs mélodies appartenaient exclusivement à l’Olympe? Chez les Romains, Horace et le trop voluptueux Catulle nous ont laissé chacun un beau chant séculaire. Auguste récompensait largement les célèbres Aymnographes, ceux qui associaient son siècle et sa gloire à la louange des immortels. Sous Domitien, maigré les prix qu’il lui offrait, l’hymnographie ne retrouva plus ses rhythmes éthérés et élysiens : elle était passée sur les lèvres chrétiennes des rois néophytes, des saintes reines, des Pères de l'Église et de pauvres solitaires. DENNE-Banon. HYOIDE (Os). Les analomistes appellent ainsi un os situé à la racine de la langue , dont il est comme la base et le soutien. Ce num lui a été donné parce qu’il a la figure de lu des Grecs (d”5, u, etaëos , forme). L’os hyoïde, chez les adultes, est d'ordinaire composé de cinq petits os; celui du milieu, qui est le plus gros, est appelé la base, et les quatre autres les cornes. Il est mù par cinq paires de muscles. HYOIDIEN (Appareil). Voyez Cou.

HYPALLAGE (du grec 5xa)h«yn, changement, subversion). C’est, commel’enallage et l’hyperbate, une figure de rhétorique basée sur l’idée de changement. Ici elle n’est très-souvent qu’apparente et affecte à peine quelques parties de la phrase; elle présente, par exemple, à l'esprit un adjectif transformé en un substantif principal, auprès duquel le véritable substantif ne devient plus que le génitif de la phrase; par exemple, lorsqu'on dit : Za beauté de ces arbres, au lieu de dire ces beaux arbres. HYPATIE (en grec Yraüa), l’une des gloires les plus pures de la fameuse école d’ Alexandrie, naquit dans cette ville vers l’an 370 de l'ère chrétienne, et était fille de Théon, astronome et mathématicien célèbre, Après avoir appris de son père la géométrie et l'astronomie, elle puisa dans la conversation et dans les écoles des philosophes célèbres qui florissaient alors à Alexandrie les principes fondamentaux

HYMNES FARCIES — HYPERBATE

des autres sciences. A la suite d’un voyage à Athènes entrepris dans le but de perfectionner ses études et d’augmenter ses connaissances auprès des savants de cette cité, alors encore brillant foyer de la science et de la civilisation grecques , elle revint dans sa ville natale enrichie de tant de notions scientifiques diverses que, frappés de la supériorité de son génie et de ses lumières , les professeurs des diverses écoles et les magistrats d'Alexandrie l’engagèrent à faire des cours publics, et l’appelèrent tout d’une voix à monter dans la chaire de philosophie illustrée par tan d'hommes célèbres et en dernier lieu par Plotin.

Hypatie était mariée au philosophe Isidore ; à une scienc profonde , à une éloquence enchanteresse, à la vertu la plu pure elle unissait la beauté la plus touchante. Quoiqu’elle fût païenne, l’évêque de Cyrène, Sinecius, conserva toujours avec elle les relations d’une tendre et respectueuse amitié. Au nombre des hommes distingués qui formaient sa société habituelle et qui avaient conçu pour elle une amitié fondée sur l'estime et l'admiration, se trouvait Oreste, préfet ou gouverneur d’Alexandrie, qui, bien que chrétien , faisait preuve de tolérance et d'équité à l’égard des païens et des juifs , minorité dissidente qu’il savait protéger, fidèle en cels peut-être aux conseils d’Hypatie, contre les outrages et les persécutions des chrétiens qui composaient la grande majorité de la population, De là une lutte, d’abord sourde, puis déclarée, entre lui et de patriarche d’Alexandrie, Cyrille, qui méditait l'expulsion des Juifs. Aussi un maître d'école appelé Hiérax, partisan fanalique du patriarche et ennemi personnel d’Hypatie, ayant été tué, un certain Pierre, lecteur dans l’église d’Alexandrie, répand partout le bruit que ce meurtre avait été commis à l’instigation d’Oreste et d'Hypatie; et, ameutant ensuite contre Za philosophe un certain nombre de fanatiques, il se porte à leur tête vers sa demeure. Elle était sortie. Les assassins l’attendent à sa porte, se précipitent sur elle au moment où elle se disposait à rentrer , la saisissent et l’entraînent dans une église appelée Césarée, où ils la massacrent sans pitié à coups de tuiles et de pots cassés. Puis ces forcenés découpent son cadavre en morceaux et transportent ses membres mutilés sur la place dite Cinaron, où il les réduisent en cendres. Ce meurtre odieux, qui fit le déshonneur de l’église d’Alexandrie et de Cyrille, fut commis pendant le carême de l’an 415 de notre ère, sous le règne de Théodose le Jeune : l'impunité dont il fut suivi s’explique par le relächement fatal de tous les liens de l'ordre social à cette époque, mais ne laisse pas non plus de doute sur la complicité du patriarche.

En mourant, Hypatie laissait un grand nombre d’ouvrages ; ils périrent avec tant d’autres lors du fameux incendie de la Bibliothèque d’Alexandrie. Il y avait dans le nombre un Canon astronomique, un Commentaire sur Diophante et un Commentaire sur les sections coniques d'Apollonius.

HYPERBATE (du grec vrep, au delà, et Baivw, je passe), figure de grammaire ainsi nommée parce qu’elle consiste dans le déplacement des mots qui composent un discours ou une phrase, dans le transport de ces mots de l'endroit que leur assignait la construction simple à une autre place qui semblait ne pas leur appartenir. Cette figure était fréquemment usitée chez les Latins : on la retrouve dans le plus grand nombre de leurs phrases. Il est très facile de la confondre avec l'in version, qui consiste auss; en un véritable renversement d'ordre dans les mots. Les grammairiens distinguent plusieurs espèces d’Ayperbates entre autres l’anastrophe, qui était regardée comme figure dans la langue latine, parce qu’elle autorisait le déplacement de la préposition, qui ordinairement doit marcher avant son complément : ainsi l’on disait par anastrophe Z{aliam contra pour contra Italiam, qud de re pour de quâ re. La synchyse et la parenthèse sont deux autres sortes d’hyperbate. La première consiste à introduire quelques mots entre deux corrélatifs, comme dans ce vers de Virgile :

Aret ager, vitio moriens sit aeris berba,

HYPERBATE — HYPERBORÉENS

où les deux mots viio et aeris, qui sont corrélatifs, sont séparés par deux autres mots qui n’ont aucun trait à cette corrélation. La seconde est le résultat de l'insertion d’un petit sens détaché entre les parties d’un sens principal. En général, il faut user de l’hyperbate avec infiniment de sobriété et de goût, sous peine de s’exposer à jeter de la confusion dans le discours. CHAMPAGNAC.

HYPERBOLE ( Rhétorique), du grec vnepéonà, à excès, dérivé de ünèp, au delà, et B&w, je jette. L’hyperbole agrandit ou diminue les objets contre toute vraisemblance, laissant à l'esprit le soin de s’en former à son gré une idée plus exacte: quand son effet est d’amoindrir les : choses au delà de la vérité, elle prend plutôt le nom de dia- | syrme. C'est par hyperbole que les poëtes disent que les | flots de la mer s'élèvent jusqu'aux cieux, qu’ils comparent ! le vol de l'aigle à la rapidité de la foudre, les pleurs à ; un torrent , etc. Les tours kyperboliques sont plus naturels qu’on ne le croirait peut-être. On les emploie très-souvent dans la simple conversation. Ne dit-on pas d’un danseur qu'il est léger comme une plume, dun cheval qu'il va plus vite que le vent? La plupart des métaphores sont des hyperboles; car, lorsqu'on dit d’un homme qu'il est bouillant de désir, brélant de colère, glacé de crainte, etc., il est évident qu’il y a dans ces figures de l’exagération. Cette sorte de figure s'emploie ordinairement dans les situations fortes et violentes ; elle entre dans le langage véhément | et exalté. Ainsi on lit dans Chateaubriand : « Quelquefois je rougissais subitement, et je sentais couler dans mon cœur | comme des ruisseaux d'une lave ardente. » Et dans Béranger :

Près de la borne où chaque état commence Aucun épi n’est pur de sang humain,

Il y à sans doute de l’exagération dans ces exemples; mais cette exagération évidente fait qu’on ne prend point à la lettre l'expression hyperbolique; l’esprit sait la réduire à | sa juste valeur : aussi l’on peut dire que les hyperboles mentent sans tromper. |

Cette figure est très-piquante dans la poésie, et même e prose il n’y a guère de descriptions d’orages, de combats, d’incendies , de fêtes, etc., où l’on ne trouve des hyperboles. El y a aussi des hyperboles qui sont de pures plaisanteries; telles sont celles qu’on attribue aux spirituels habitants des bords de la Garonne. Tels sont aussi quelques traits satiriques comme celui-ci :

Le plus sot animal, à mon avis, c’est l'homme,

L’hyperbole suivante de Voiture est une véritable plaisanterie : « On vit sortir d’un grand bois qui était à trois cents pas de la maison un tel nombre de feux d'artifice qu’il semblait que toutes les branches et fous les troncs se convertissent en fusées, que toutes les étoiles du ciel tombassent et que la sphère du feu voulût prendre la place de la moyenne région de l’air. Ce sont là, monsieur, trois hyperboles, lesquelles, appréciées et réduites à la juste valeur des choses, valent trois douzaines de fusées. »

Cette figure, poussée trop loin, mène à l'affectation, au faux et à l’enflure. Les Orientaux font un emploi fréquent de l’hyperbole. Un poëte qui soupirait de voir Louis XIV à l’étroit dans le Louvre disait : « Une si grande majesté a trop peu de toute la terre. » Quelle puérilité! L'exagération supposant foujours une certaine exaltation, rien n’est si choquant qu’une hyperbole froide et déplacée. Aussi l’accompagne-t-on souvent de correctifs, comme : pour ainsi dire, en quelque sorte, si l’on peut parler ainsi, etc.

Auguste Hussox.

HYPERBOLE (du grec ümep6olf, excès; voyez t. VI P. 279), courbe du second degré, qui, comme l'ellipse, peut être définie de différentes manières. L'équation générale des sections coniques donne une hyperbole lorsqu'on a 3° — 4 AC > 0. En construisant cette courbe d'après les méthodes ordinaires , on reconnait qu’elle se compose de |

deux branches, s'étendant chacune à l'infini dans deux sens, et pourvues d’asymptotes communes. Comme l’ellipse encore, l’hyperbole est douée d’un centre, de deux axes, de deux directrices et de deux foyers. Relativement à ces derniers, ce n’est plus, il est vrai, la somme desrayons vecteurs qui est constante, mais leur différence. L’hyperbole jouit donc d’un ensemble de propriétés dont les unes sont identiques et d’autres seulement analogues à celles de Pellipse : par exemple, la surface du parallélogramme construit sur deux diamètres conjugués est constante dans l’une

et l’autre espèce de courbe; mais, dans lellipse, c’est la

somme des carrés des diamètres conjugués qui est invariable, tandis que dans l’hyperbole c’est leur différence, etc.

| Si l’on prend pour axes des coordonnées les asymptotes

à l'hyberbole, l'équation de cette courbe se réduit à æy—m ’; cette quantité m2 est quelquefois nommée puissance de l'hyberbole. L'hyperbole dite équilatère peut être définie par une de ses propriétés géométriques , soit par l'égalité de ses axes, soit par la perpendicularité de ses asymptotes. L’hyperbole équilatère tient parmi les hyperboles la même place que le cercle parmi les ellipses.

L'hyperbole étant une courbe infinie, on ne peut se proposer de déterminer sa surface; mais, si lon prend ses asymptotes pour coordonnées, on pourra évaluer l’aire comprise entre un arc de la courbe, les ordonnées de ses extrémités et son asymptote : on trouvera alors que ces aires

. hyperboliques sont les logarith mes des abscisses corres-

pondantes. Le système dans lequel on devra prendre ces logarithmes sera le système népérien, si l’hyperbole est

| équilatère. Dans tous les autres cas, ce sera celui qui aura

pour module m? sin «, en conservant à #2 la signification précédente, et en représentant par « l’angle des asymptotes. E. MERLIEUX.

HYPERBOLIQUES (Logarithmes). Voy. LOGARITHMES.

HYPERBOLO IDE (de vxep6okn, hyperbole, et eîoc, forme), surface courbe du second degré, douée, comme l'ellipsoiïide, d’un centre et de trois axes rectangulaires, mais dont l'équation, rapportée à ces axes, est

En prenant +-1 pour second membre de l'équation, on voit que la surface est rencontrée par les axes des x et des Y, mais pas par celui des z. Les sections de cette surface parallèles au plan des xy sont des ellipses; les sections parallèles aux deux autres plans coordonnés sont.des h yperboles. Cette surface, dont on se fait dès lors facilement une idée, est dite kyperboloïde à une nappe. Un de ses cas particuliers est l’yperboloide de révolution à une nappe, qu’engendre une hyperbole tournant autour de son axe transverse.

Si le second membre de l'équation est —1, le seul axe des 3 rencontre la surface. Les sections parallèles au plan des xy sont ou imaginaires ou elliptiques ; les deux autres séries de sections considérées précédemment sont encore des hyperboles. Cette surface est l’Ayperboloide à deux nappes ; elle est, en effet, composée de deux parties disjointes, s'étendant l’une et l’autre à l’infini. Une hyperbole tournant autour de son axe non transverse engendre l’Ayperboloïide de révolution à deux nappes.

Quelle que soit l'espèce d’un hyperboloïde de révolution, il est évident que les sections perpendiculaires à l'axe de révolution deviennent des cercles. E. MERLIEUX.

HYPERBOREENS (c’est-à-dire Labitant au delà de Borée ou du vent du nord). Les anciens comprenaient sous cette dénomination tous les peuples inconnus du nord et de ouest, qu’ils supposaient être placés sous l'influence d’un beau ciel. D’après les indications passablement obscures que nous fournissent les auteurs de l'antiquité grecque, on entendait surtout désigner par ce nom tous les peuples habitant au delà de la chaîne de montagnes qui forme les limites de la Grèce au nord; Hérodote les place au nord-ouest de la Grèce, tout à fait dans l’intérieur de cette contrée, au voi-

256 HYPERBOREENS

sinage des Scythes; Strabon, au nord de la mer Noire. Les écrivains modernes nous les représentent comme habitant tantôt le nord du Pont-Euxin ou de la mer Adriatique, tantôt les Indes (Schubart) , tantôt l'Italie (Niebuhr), tantôt la Scandinavie ou encore la partie sud-est de la Germanie. Les traditions des anciens peuples et les récits de leurs écrivains s’accordent d’ailleurs à dire que les Hyperboréens habitaient une contrée où régnait un printemps perpétuel , une espèce de paradis, qu’ils vivaient pendant mille ans dans un état constant de jeunesse et de parfaite santé, et que, en qualité de favoris d’Apollon, qu’ils honoraient dans leurs fertiles plaines par des sacrifices et d’harmonieux concerts, ils étaient protégés par ce dieu contre le vent du nord, et menaient une vie toute de fêtes et de liesses. HYPERDULIE. Voyez Curre, tome VIT, page 27.

HYPÉRIDE, célèbre orateur grec, rival de Démosthène et comme lui un des plus redoutables adversaires contre lesquels ait eu à lutter la politique envahissante et usurpatrice de Philippe de Macédoine, On ignore la date précise de sa naissance, mais on sait qu'il fut disciple de Platon et d'Isocrate. Il avait d’abord servi avec distinction, et faisait partie de l’expédition que ses concitoyens envoyèrent, sous le commandement de Phocion, au secours de Byzance, menacée par le roi de Macédoine. Plus tard , il se consacra à la défense des intérêts privés avant d'aborder, à la tribune aux harangues, la discussion des grands intérêts de la patrie. Si, à la nouvelle de la perte de la bataille de Chéronée, Isocrate, son maître, alors âgé de plus quatre-vingt-dix ans , mourut de douleur, Hypéride trouva dans son courage le calme nécessaire pour prendre les mesures propres à sauver encore son pays. Il fit rendre un décret d’amnistie pour les exilés et d’affranchissement pour les esclaves, mettre les dieux, les femmes et les enfants en sûreté dans le Pirée, et prendre les armes à la population en masse pour la défense du territoire national. Après le désastre de Cranon, qui mit fin à la guerre Lamiaque, dont il avait élé avec Démosthène le principal instigateur et qui livra Athènes à Antipater, il se réfugia à Égine dans le temple de Neptune. Archias, l’un des satellites d’Antipater, loin de respecter cet asile, l’arracha de la statue de ce dieu, qu’il tenait embrassée, et le conduisit à Corinthe, où se trouvait son maître. Antipater le fit périr dans les tortures les plus cruelles, et priva son cadavre des honpeurs dela sépulture, Plus heureux, Démosthène put échapper par une mort volontaire à la vengeance féroce du tyran. Pour apprécier le genre d’éloquence particulier à Hypéride, il ne nous reste guère d’autres documents que les jugements qu’en ont portés Denys d’Halicarnasse, Longin et Cicéron. Le premier dit qu’elle se distinguait par l'intelligence dans la disposition des preuves, par la grâce:et la netteté des narrations. Cicéron, qui semble assigner à Hypéride la troisième place parmi les grands orateurs de la Grèce, le compare à Démosthène lui-même pour l’art de la discussion. Longin dit que son éloquence avait toutes les grâces et tous les charmes de celle de Lysias, et qu’il maniait avec un art sans pareil larme de l'ironie. Des soixante-douze discours qu’on lui attribuait dans ce temps et qui ont servi de base aux appréciations que nous venons de reproduire, il ne s’est conservé jusqu’à nous, et encore grâce à Stobée, qui le cite avec raison comme un morceau plein d'éclat, qu’un fragment d'un éloge funèbre prononcé en l'honneur des citoyens morts pour la patrie dans la guerre Lamiaque. Dans ces derniers temps, quelques fragments d’un discours contre Démosthène ont été retrouvés par MM. Harris et Arden sur des papyrus d'Égypte. Lucien nous parle de lui comme d’un ami peu sûr; d’autres écrivains de l'antiquité lui reprochent l'élégance dissolue de ses mœurs, tout en reconnaissant que son intégrité lui donnait le droit de se porter l'accusaleur de Démosthène, lorsqu'il lui reprochait de s'être laissé corrompre par Harpale, ce seigneur macédonien à qu Alexandre, pendant son expédition dans l'Inde, avait confié la garde de ses trésors, et qui, après avoir abusé de ce

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