INFANTADO — INFANTERIE
1809. L'année suivante, le duc de l’Infantado, qui commandait un des corps de l’armée espagnole insurrectionnelle, fut battu à deux reprises par les Français sous les murs de Saint- Sébastien, et se retira à Séville quand on lui eut enlevé son commandement. En 1811, les cortès le nommèrent président du conseil d’Espagne et des Indes, et lechargèrent d’une mission extraordinaire auprès du prince régent d’Angleterre. Ferdinand VII, à sa rentrée en Espagne en 1814, lui rendit toute sa faveur, et le nomma président du conseil de Castille, 11 était alors devenu l’un des chefs du partides serviles. En mars 1820, la constitution des cortès ayant été rétablie, il se démit de ses divers emplois, et fut exilé à Majorque. En 1823 il fut nommé président de la régence instituée à Madrid pendant l'occupation de cette ville par les troupes françaises, et plus tard membre du conseil d'État. En octobre 1825 il fut appelé au poste de premier ministre; mais il se vit contraint de donner sa démission dès l’année suivante, et il vécut alors comme simple particulier à Madrid, où il était l’objet d’une surveillance très-ombrageuse. A la mort de Ferdinand VIL, il lui fut permis de se retirer en France, où il mourut, en 1832.
INFANTERIE, nom générique des troupes combattant à pied, troupes que les Romains appelaient copiæ pedestres , et les Grecs neloc où metrxtotpatia, noms appropriés à la nature de leur service. Chez les nations modernes, elle porte également un nom indicatif de sa manière de servir, par exemple fussvolk en allemand. Il n’y a que dans notre langue où cette analogie manque entièrement ; en vain chercherait-on l’étymologie d'infanterie et defantassin dans le grec et le latin. A notre avis, ces mots appartiennent à l’ancienne langue gauloise, et se retrouvent encore dans l’erse, qui en descend directement. Fan signifie marche (à pied), promenade, d’où il résulte que fantair, ou fantais, indique un marcheur, un piéton : c'est de là que les Italiens ont pris le mot fante, qui a la même signification. ”
Dès les temps les plus anciens, il y eut plusieurs espèces d’infanteries, distinguées par leur manière de combattre, et conséquemment par leur armure, qui devait être en relation avec leur genre de service. Les temps soi-disant héroïques ne sont, à proprement parler, que des temps sauvages. C'était l’époque de l'enfance des nations et de l'absence de toute règle uniforme d’art militaire. La plus ancienne tactique soumise à des règles d’organisation calculées pour les différents besoins de la guerre fut celle que créa Philippe de Macédoine, père d'Alexandre le Grand. Le système qu'il établit comprit trois espèces d'infanterie, dont deux, étant de formation régulière, entrèrent dans celle de la phalange, qui étaitla véritable armée de ligne. Les Aopliles, ou pesamment armés, en formaient le noyau, ou plutôt le corps destiné au choc et à la résistance en masse, citadelle mouvante, qui servait d'appui aux autres parties de l’armée, dont les destinées dépendaient de la sienne, Mais la pesanteur de ses armes défensives, la longueur de ses armes offensives, nécessitée par la profondeur des files dans une troupe destinée à agir par l’ifipulsion de la masse, ne lui permettaient pas de se morceler et par conséquent d’agir sur tout lerrain. La seconde espèce d'infanterie, ou les peltastes , dont les armes offensives étaient moins longues et les armes défensives moins lourdes, n'étant plus destinée à produire un eflet décisif par son choc, n’avait pas besoin d’une aussi grande profondeur de files. Sans être précisément une infanterie légère, les peltastes, organisés, quant à la division des sections, de même que les hoplites, pouvaient ge subdiviser sans inconvénient, et combattre sur un terrain accidenté, sans courir les mêmes dangers, A la bataille de Cynocéphales, les peltastes avaient mis l’armée romaine en péril, lorsque la phalange des hoplites, en s’engageant sur an terrain coupé, où elle succomba facilement , rendit la victoire à Flamininus. La troisième espèce d'infanterie, enez les Grecs, était irrégulière : elle se composait de différents corps d’archers et de frondeurs, vêtus et armés légè-
DICT. DE LA CONVERS. — T, Xl;
rement, et combattant à la débandade ; ils entamaient l'action sur le champ de bataille, et se retiraieut sur les derrières à l’instant où les masses devaient se choquer; ils harcelaient les fuyards, et, avec la cavalerie, complétaient la déroute. Hors du champ de bataille, ils infestaient le front, les flancs, et souvent les derrières de l'ennemi, ravageaient le pays, et par là attaquaient les subsistances,
Les Romains, dont le système de guerre était basé sur une plus grande mobilité, n’avaient que deux espèces d'infanterie. Les soldats légionnaires , organisés par pelotons de 120 hommes, en douze files, formaient une phalange, en aboutissant sur une ligne au moment du combat ; leur facilité à se subdiviser, non-seulement en cohortes , mais encore par manipules, leur donnait le moyen d'agir sur un terrain coupé; moyen dont les hoplites étaient privés, et dont les peltastes ne jouissaient pas eux-mêmes aussi bien que les légionnaires. La seconde espèce d'infanterie était les vélites , qui, bien qu’appartenant au corps de la légion , r’entraient pas dans son ordre de bataille, et passaient derrière la ligne au moment du choc. Les triaires, qnoiqu’ils eussent une arme offensive différente de celle des autres légionnaires (la demi-pique, au lieu du pilum), entraient dans l'ordre de bataille de la légion, et n'étaient qu’une réserve.
La décadence de l'empire, qui précéda Constantin, dénatura rapidement les institutions militaires des Romains. L’admission dans les armées d’auxiliaires étrangers, de toutes espèces, y porta une confusion qui fit perdre les dernières traces d'organisation régulière : il est impossible, en examinant le document appelé Notice de l'empire , de deviner à quelle arme d'infanterie appartient chacun des corps qui y sont nommés en dehors des légions. Chaque nation combattait selon ses usages ; chaque corps, selon l’armure que le caprice lui avait donnée. Bientôt l'admission des sauvages Germains, Goths, Hérules, Huns, etc. , fit disparaître toute organisation régulière ; les armées des deux empires d'Occident et d'Orient ne furent plus que des troupeaux de sauvages, assez ressemblants aux Tatars : leur force active commença à passer dans la cavalerie, l'infanterie n’était qu'un amas de pillards féroces, braves, mais mal armés, sans discipline, et presque sans ordre, entre-mèlés de quelques groupes de paysans de l'empire, levés pour chaque guerre, et singeant de loin la phalange grecque ou la légion romaine, sans en avoir la discipline, Pinstruction, ni la consistance. Le même ordre de choses subsista sous la domination des barbares, qui renversèrent l'empire, épuisé et abâtardi. L'infanterie cessa même d’exister comme élément régulier d'armée; car on ne saurait donner ce nom à des levées de paysans, rangés en corps inégaux sous les bannières de leurs communes, méprisés par les chefs, qui ne savaient pas s’en servir, et souvent foulés aux pieds par une cavalerie insubordonnée, soit qu'ils gênassent son impatience en avançant vers Pennemi, soit qu'ils entravassent sa fuite, lorsqu'un désastre imprévu servait de châtiment à une audace insensée. Qu'on lise les relations des batailles de Crécy, d’Azincourt, de Poitiers !
La renaissance de l'infanterie comme un des éléments constitutifs des armées eut lieu successivement. Les landsknechte de l'Allemagne, les monéagnards de l’'Helvétie , les aventuriers italiens, doivent être regardés comme ayant précédé l'infanterie française. Leur organisation était meilleure, leur armement plus approprié à leur service que dans la milice informe des communes. Ce ne fut que sous le règne de François I‘ qu'on commença à essayer de donner à l'infanterie des institutions qui lui permissent de reprendre le rang qui lui est dû dans la formation des armées. Le premier modèle qu’on choisit fut pris dans les souvenirs de Rome, C’était vouloir ramener un ordre de choses qui n'existait plus et qui ne pouvait plus revenir, L'invention des armes à feu produisait une révolution tctale dans l’armement et la tactique des troupes ; leur
usage, qui se géné*alisait de jour en jour, devait avoir pour conséquence la création de mouvelles ri zles constitutives de la guerre, qui y fussent appropriéus, de même que celles des Grecs et des Romains l’étaient aux armes en usage de leur temps. Le pas le plus important ne fut cependant fait chez nous que sous le règne de Henri IV, par la formation des régiments et l’amincissement de l’ordonnance de bataille, conséquence forcée de l'emploi du fusil.
Toutefois, pendant longtemps, l’organisation régulière ne fut appliquée qu'à l’infanterie de bataille, celle qui dans le nouveau système de guerre, était destinée à un service analogue à celui des phalangites et des légionnaires des Grecs et des Latins. Celui de troupes légères fut fait de même que sous le Bas-Empire, par des corps irréguliers, et même temporaires ou accidentels, sous cent dénominations différentes. Ce n’est que bien plus tard que les partisans, qu’on formait accidentellement, les chasseurs, ou corps francs, dont la durée ne dépassait pas celle de la guerre, furent remplacés par des corps permanents de chasseurs à pied, organisés sur les mêmes principes que l'infanterie de ligne, c’est-à-dire en bataillons : car, nous ne saurions trop le répéter, le bataillon est l'unité fondamentale, l'élément de formation pour l'arme de l’infanterie. Les guerres de la révolution, qui auraient dû consolider ce retour aux bons principes exigeant une arme spéciale pour chaque genre de service, eurent, au contraire, pour résultat de nous faire reculer. Dans les premières campagnes, l'impossibilité de faire une guerre ae manœuvres et de batailles avec des troupes neuves, qui n'avaient que de l'enthousiasme et une brillante valeur, mais aucune instruction pour les mouvements d'ensemble, fit adopter la guerre de position et les combats de détail, qui se résolvaient presque toujours en luttes individuelles. Les tirailleurs firent ce qu’auraient dû faire les corps rangés en masses continues, Dans ce moment, il n’y eut presque plus, à proprement parler, que de l'infanterie légère; et les bataillons légers de chasseurs ne faisaient pas un service différent de celui des bataillons de ligne, des régiments et des demi-brigades. Peu à peu, linstruction se rétablit dans nos armées, et la guerre se fit de nouveau, et à un petit nombre de changements près, d’après les principes de tactique que la révolution avait trouvés établis. Un de ces changements fut l'usage de couvrir le front de l’infauterie par une ligne de tirailleurs chargés d’engager le combat, de même que les vélites chez les Romains. Mais chez ces derniers, les vélites, en quittant le champ de bataille, se retiraïent derrière et en dehors de la ligne de bataille des légions, tandis que nos tirailleurs rentraient, au contraire, dans le sein des corps qui les avaient fournis. Après n'avoir eu presque que de l'infanterie légère, nous n’eûmes plus que de l'infanterie de bataille.
C’esten vain.que nos annuaires militaires nous indiquaient depuis longtemps, dans le cadre de l’armée, un nombre de régiments qui portaient le nom d'infanterie légère, ce n'étaient que des régiments de ligne, comme les autres. L'habillement, l'organisation, l'armement , l'instruction et le service étaient les mêmes; les seules différences consistaient dans la couleur des collets et celle des boutons, objets qui étaient plutôt du ressort des tailleurs que de celui des tacticiens, Nous n'avons point d'infanterie légère, formée, exercée et armée pour ce service si intéressant et si utile dans les armées, disaient alors nos militaires les plus expérimentés, Cette regrettable lacune a été enfin comblée, sous le règne de Louis-Philippe, par la création des bataillons de chas eurs à pied, pourvus d'un armement, d'un équipement, d’un costume spécial, et qui, avec les zouaves, ont rendu des services signalés dans nos campagnes d'Algérie et d'Orient, L’effectif de cette troupe a été fort augmenté après le retour de l’empire. Mais qui pourra le croire plus tard? ce n'est que de 1854 que date la fusion dans l'infanterie de ligne des an-