‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 498 sur 522 · KALMOUCKS · texte numérisé non relu

KALMOUCKS

encore pour ka plus grande partie à la souveraineté de l’empereur dela Chine, ne laissent pas que d’être très-répandus en Russie depuis deux siècles et d'y occuper de vastes territoires.

La première de ces quatre tribus principales, ou owlous , est celle des Choschotes, c'est-à-dire les guerriers, qui continuent d'être gouvernés par des princes de larace de Djinghis- Khan. Ils sont pour la plus grande partie placés sous la souveraineté de la Chine, et habitent, au nombre d'environ 60,000 têtes, les environs de Koko-Noor, ou du lac Bleu, qu’ils considèrent comme leur véritable patrie. Une partie de cette tribu alla de bonne heure, dit-on, s'établir sur les bords de l'Irtisch, mais se réunit ensuite avec la seconde grande tribu des Kalmoucks, celle &es Songares , el prit part à ses luttes contre la Chine. Une autre partie de cette horde, quand il y eut excès de population dans la contrée, vint se fixer sur le territoire russe, où dès 1739 et même, suivant quelques auteurs, dès 1675 on trouve des Kalmoucks établis sur les bords du Volga, dans le gouvernement d'Astrakan. Cette tribu kalmoucke se soumit volontairement au sceptre russe, et est aussi celle qui a fait preuve de plus d’attachement et de fidélité à la Russie. Elle se distingue par sa franchise et par sa curiosité, par une certaine vivacité qui devient de l’irritabilité, par un penchant marqué pour le volet la vengeance ; mais au total on peut dire que ses bonnes qualités l’emportent sur ses mauvaises. Aujourd’hui encore elle mène une vie erranteet nomade, transportant ses huttes en feutre tantôt dans un endroit et tantôt dans un autre, s’enivrant volontiers avec du £oumiss, sa boisson favorite, fabriquée avec du lait de jument fermenté, et excellant à manier l’are, la flèche et la lance.

Les Songares ou Dsongares formentla secondedes grandes {tribus kalmouckes. C'était autrefois de toutes ces hordes la plus brave, la plus riche et la plus puissante ; au dix-septième siècle et encore au commencement du dix-huitième elle dominait sur toutes les autres tribus; mais plus tard elle fut subjuguée et presque complétement exterminée par les Chinois. C’est d’eux que la Songarie ou Dsongarie tire son nom. En 1758 ils vinrent en très-grand nombre se placer sous l'autorité du sceptre russe; mais dès 1770 la plus grande partie de ces émigrés revenaient dans leurs foyers, aimant encore mieux être opprimés dans leur pays par les Chinois qu’à l'étranger par des Russes.

La troisième tribu principale se compose des Derbètes, qui, réunis tantôt aux Songares, et tantôt aux Torgotes, vinrent de bonne heure s'établir sur le sol russe, où vers la fin du dix-huitième siècle on les rencontrait déjà fréquemment dans le gouvernement d’Astrakan, sur les bords du Volga et dans l’Oural, tandis que dans ces derniers temps, par suite de l'extinction de la principale ligne de leurs princes héréditaires , ils ont abandonné les rives du Volga pour celle de l’Ili et du Don, où ils se sont associés aux Kosacks du Don.

La quatrième grande tribu des Kalmoucks se compose des Torgotes ou Tærga-outen, qui autrefois étaient unis aux Songares, et qui finirent plus tard par former une horde particulière. On les appelle aussi Æalmoucks du Volga, parce que dès 1716, par conséquent avant toutes les autres tribus, ils abandonnèrent leur patrie pour s’en faire une nouvelle dans les plaines du Volga. Mais, eux aussi, ils regagnèrent.pour la plus grande partie leurs foyers, quand ils commencèrent à trouver le sceptre russe trop pesant. Depuis l’année 1771 il n’existe plus qu’un très-petit nombre de Kalmoucks en Russie. Il n’y resta qu’une tribu peu importante, celle des Zoochor, sous le prince Dundukof, qui se soumit complétement à la souveraineté de la Russie. Ce prince, fils du khan Dunduck-Ombo, et arrière-petit-fils du puissant khan Ajouka, se fit plus fard baptiser, et reçut à cette occasion le nom de Dundukef, dont à sa mort son gendre Korsakof hérita, par ordre de l’empereur Alexandre 1°", et celui-ci prit alors le titre de prince Dundukoy-Korsakof.

Les quatre différentes grandes tribus kalmouckes, du

moins ce qui en existe sur le territoire russe, forment ensemble de 50 à 60,000 têtes, sans compter, il est vrai, les Kalmoucks libres, baptisés et convertis au christianisme, dans le gouvernement de Simbirsk, sur les bords du Samara et sur ceux du Sok et du Tok (15,000 têtes ), non plus que les Kalmoucks d'Orenbourg, qui ont embrassé le mahométisme, sur le versant oriental de l’Oural et les rives de l’Iset, dont les Kirghiz ont fait des prosélytes, ni enfin les Kalmoucks isolés qui se trouvent à Saint-Pétersbourg, à Ka: san, à Tobolsk, à Irkutsk, etc., de sorte que l'on évalue aujourd’hui leur nombre total de 120 à 125,000 têtes. Dans ces derniers temps le gouvernement russe a fait beaucoup d'efforts pour civiliser les Kalmoucks demeurés encore ibolâtres. Dès 1829 il fondait un institut kalmouck spécial, à l'effet d'y former et instruire de bons interprètes et de bons fonctionnaires pour les Kalmoucks ; de même divers ou kases ont diminué l’oppression que les prêtres exerçaient sur les Kalmoucks sectateurs de Bouddha. Les Kalmoucks ont une littérature, mais elle ne se compose guère que detraductions d'ouvrages hindous relatifs au bouddhisme ; et Zwick a donné (Donaueschingen, 1852) une grammaire de leur langue, qui appartient à la famille des langues mongoles et du grand Altaï. Consultez Hell, Les Sieppes de la mer Caspienne (Paris, 1843 ).

[ Aucune nation mongole ou tatare ne présente dans son organisation des traits plus caractéristiques que ceux des Kalmoucks. Ils offrent le type le plus distinct de tous dans les races humaines, ou le moins altéré dans son origine. Déjà les Huns qui suivirent Attila parurent aux nations du midi de l’Europe aussi effrayants par leur aspect hideux que par leur férocité. « Ils étaient, dit Jornandès d’après Cassiodore, courts de taille, mais larges de poitrine, avecune grosse tête; ils avaient de petits yeux noirs, étincelants, une barbe bien fournie, delarges pommettes, un nez épaté, un teint fauve ou tanné. A part de la teinte de la peau, toujours jaune, tannée dans cette race, un Kalmouck ressemble moins aux autres peuples qu’un règre à un Européen. C’est surtout parles contours raboteux d’un crâne, large et épais, que les Kalmoucks se distinguent dans leur conformation particulière. Généralement ils sont plutôt petits que grands, ou d’une stature au-dessous de la médiocre: d’ailleurs, bien constitués, on n’en voit presque aucun de contrefait ; toutefois, ils ont les membres inférieurs minces et déliés, car ieur nourritureest peu abondante et ils sont fort sobres ; on n’en rencontre guère ayant un grand embonpoint, excepté leurs ghilongs, ou prétres, oisifs. Les traitsles plus caractéristiques des visages kalmoucks sont de petits yeux noirs, placés obliquement, ou dont le grand angle descend vers le nez ; ces yeux sont peu ouverts, et leurs paupières paraissent être bridées, charnues ; leurs sourcils, sombres, peu épais, forment un arc surbaissé : leur nez est toujours camus, petit, écrasé vers le front, dantis que les os des pommettes sont énormément saillants, la prunelle noire, enfoncée, la tête et le visage arrondis en boule ; leslèvres sont grosses, charnues, livides ; le menton est court; des dents blanches, bien rangées, qui se conservent jusque dans l'extrême vieillesse ; des oreilles vastes, détachées de la tête; des cheveux noirs, lisses, plats et durs comme des crins, signalent encore ces populations. On n’a jamais vu aucun Kalmouck blond, ni même châtain clair, pour les cheveux et la barbe : celle-ci, quoique assez épaisse, n’est pas très-étendue sur les côtés du visage; les hommes se contentent de porter de petites moustaches avec un bouquet à la lèvre inférieure; les vieillards et les lamas, ou prêtres, conservent seuls toute leur barbe. Du reste, à l’imitation des autres musulmans et des Turcs, les Kalmoucks s’épilent tout le reste du corps. Le Kalmouck est le vrai type mongol et mandchou, le Hun primitif, le seythe naturel et indompté. Sa laideur même est le titre de pureté ou de noblesse de sa race. Son teint basané sous un climat froid, la précocité de sa puberté. le faible flux menstruel des femmes, leur vieillesse prématurée, le peu d’ardeur amoureuse des sexes chez ces nomades tatares,

sont encore autant de traits distinctifs d’une race qui n’a jamais pu s'élever à une haute civilisation, même en Chine, sur les fertiles terres de l'Asie méridionale. Cette race, jaune sous toutes les températures, n’a point connu le régime de liberté; partout elle a conservé et établi, au contraire, le despotisme civil, l'esclavage intellectuel et religieux.

On pourrait croire qu’il n’y a pas un seul visage d’une beauté passable parmi les femmes kalmouckes ; cependant, Pallas et d’autres voyageurs (peu difficiles sans doute en ces contrées) disent avoir vu des filles à visage rond, fort joli, et dont les traits étaient si réguliers, si beaux, qu’elles trouveraient même un grand nombre d’adorateurs dans toutes les villes de l’Europe. Le mélange du sang russe et tatar avec le sang kalmouck produit de beaux enfants, tandis que ceux des Kalmoucks et des Mandchoux restent bouffis, cacochymes et fort laids jusqu’à l’âge de dix ans. Comme les anciens Huns et les autres Mongols, les Kalmoucks se rasent les cheveux, à l'exception d’une petite touffe au sinciput.

Le langage des Kalmoucks est rauque et guttural ; on dirait qu’ils menacent, et leurs traits, hideux, prennent aisément une expression féroce. Toujours à cheval, même dès l'enfance, ils ont souvent les jambes et les cuisses cambrées, les pieds tournés en dedans; rarement ils se servent d’étriers. Comme les anciens Scythes, dont ils sont évidemment les descendants , plusieurs conservent encore un arc et des feches, qu’ils lancent en fuyant; toutefois, aujourd’hui la plupart sont'armés de carabines, de lances, d’un cimeterre recourbé et de pistolets. L’antique usage des cottes de maille en fer et d’un casque d’acier en pointe, costume guerrier des anciens Huns, se perd insensiblement : ce ne sont plus des défenses contre les armes à feu. Ils s’avancent dé nuit en hordes nomades dans leurs expéditions, font la guerre de surprise à l’improviste, enlèventle butin, massacrent l’ennemi, et s'embarrassent rarement de prisonniers de guerre. Outre les khans, ils ont des najones, chefs subalternes, et des saissangs , ou nobles héréditaires, qui les gouvernent.

Leur nourriture est la farine d’orge détrempée dans l’eau, le lait de chamelle ou de jument, et la chair de cheval à demi crue. Dans la rarelé des vivres au milieu des déserts, on a vu des guerriers kalmoucks ouvrir une veine du cou de leur cheval, et se restaurer de son sang tout chaud.

La religion des Kalmoucks est celle de la plupart des autres Mongols, ou la doctrine de Bouddha , quoique plusieurs de leurs hordes aient embrassé aussi le mahométisme. Cependant, leur croyance antique est le lamaisme, ou celle du Aalaï-lama du Tibet ; ils ont aussi conservé une liturgie et un culte analogue à celui des Kutuchtus mongols, avec des prières , des sacrifices, une eau lustrale, et quelques autres pratiques qu’on a crues jadis une dégénération du christianisme. Mais leurs divinités ou idoles présentent essentiellement les plus évidents rapports avec la religion de Bouddha, Elle enseigne diverses incarnations ou une sorte de métempsycose. Leurs ghkilongs, ou prèlres, ne se permettent pas même de tuer les poux qui les dévorent.

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