MÉDECINS
qu'autrefois, je serais hors d'état de n'en plaindre. | » En vérité, je pense qué la rencontre d'un médecin, même en songe, est capable de donner la fièvre. À voir ces mules étiques , affublées d’un long drap mortuaire, soutenir immobilement leur immobile maître , ne semble-tl pas qu'on voit une bière , où la Parque s’est mise à califourchon ?
» Mais les voir n’est rien encore: il faut faire la sottise de les consulter. Un malade est-il échauffé le moins du monde ? au lieu de lui ordonner des rafraichissemens naturels et du repos, ils s’écrient que le corps du patient est une fournaise, un Vésuve ; et les voilà tout occupés à saigner, à clystériser, à noyer ce pauvre estomac dans le séné,, la casse, la tisanne , et à débiliter la vie, pour débiliter, disent-ils, ce feu qui prend nourriture , tant qu’il rencontre de la matière. Après qu'ils vous ont mis si bas, il faut bien qu’ils vous achèvent;
MÉDECINS, 57 et si la main de Dieu vous faitrenjamber vers l’autre monde, ils l’attribuent aussitôt aux réfrigératifs dont ils vous ont accablé, Après cela , nous aurions tort de nous plaindre de ce qu’ils demandent dix pistoles pour huit jours de soins...
» Mais confrontez un peu, je vous prie, la ressemblance qu'il y a entre le procédé des drogueurs et le procès d’un criminel. Le médecin, ayant considéré les urines, interroge Le patient sur la selle, et le condamne; le chirurgien lui bande les yeux, et l’apothicaire décharge son coup par derrière...
» Aussi, fait-on peu de cas de ces gens-là. À peine sont-ils entrés dans la chambre, qu’on tire la langue au médecin ; on tourne le cul à l’apothicaire, et l’on tend le poing au chirurgien. Il est vrai qu'ils s’en vengent , puisqu'il en coûte ordinairement le cimetière aux railleurs ». |
— Cette satyre contre les médecins a
été écrite avant Molière. Le grand co-