‹ Dictionnaire de la folie et de la raison. Parsemé de petits romans ... d'anecdotes ... de recherches curieuses et d'aperçus variés sur les superstitions et la philosophie, sur la littérature et les moeurs ... etc (volume 2)Chapitre 23 sur 72 · MÉDECINS · texte numérisé non relu

MÉDECINS

qu'autrefois, je serais hors d'état de n'en plaindre. | » En vérité, je pense qué la rencontre d'un médecin, même en songe, est capable de donner la fièvre. À voir ces mules étiques , affublées d’un long drap mortuaire, soutenir immobilement leur immobile maître , ne semble-tl pas qu'on voit une bière , où la Parque s’est mise à califourchon ?

» Mais les voir n’est rien encore: il faut faire la sottise de les consulter. Un malade est-il échauffé le moins du monde ? au lieu de lui ordonner des rafraichissemens naturels et du repos, ils s’écrient que le corps du patient est une fournaise, un Vésuve ; et les voilà tout occupés à saigner, à clystériser, à noyer ce pauvre estomac dans le séné,, la casse, la tisanne , et à débiliter la vie, pour débiliter, disent-ils, ce feu qui prend nourriture , tant qu’il rencontre de la matière. Après qu'ils vous ont mis si bas, il faut bien qu’ils vous achèvent;

MÉDECINS, 57 et si la main de Dieu vous faitrenjamber vers l’autre monde, ils l’attribuent aussitôt aux réfrigératifs dont ils vous ont accablé, Après cela , nous aurions tort de nous plaindre de ce qu’ils demandent dix pistoles pour huit jours de soins...

» Mais confrontez un peu, je vous prie, la ressemblance qu'il y a entre le procédé des drogueurs et le procès d’un criminel. Le médecin, ayant considéré les urines, interroge Le patient sur la selle, et le condamne; le chirurgien lui bande les yeux, et l’apothicaire décharge son coup par derrière...

» Aussi, fait-on peu de cas de ces gens-là. À peine sont-ils entrés dans la chambre, qu’on tire la langue au médecin ; on tourne le cul à l’apothicaire, et l’on tend le poing au chirurgien. Il est vrai qu'ils s’en vengent , puisqu'il en coûte ordinairement le cimetière aux railleurs ». |

— Cette satyre contre les médecins a

été écrite avant Molière. Le grand co-

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