‹ Dictionnaire de la folie et de la raison. Parsemé de petits romans ... d'anecdotes ... de recherches curieuses et d'aperçus variés sur les superstitions et la philosophie, sur la littérature et les moeurs ... etc (volume 2)Chapitre 25 sur 72 · MISSIONNAIRES 59 MÉDECINS DES HOPIT AUX · texte numérisé non relu

MISSIONNAIRES 59 MÉDECINS DES HOPIT AUX

Là, le long de ces lits, où gémit le malheur, Victime des secours plus que de la douleur, L’Ignorance, en courant , fait sa ronde homicide; L’Indifférence observe, et le Hasard décide.

Deururz, (la Pisié.)

MÈRES. — Le plus affreux de tous les travers qui souillent nos mœurs, c’est celui de la coquette, qui rougit d’être mère, et qui cache sa fille pour cacher son âge.

MIRACLES. — (Voyez Historiettes , Superstitions , etc.)

MISSIONNAIRES. — On m'a envoyé de Marseille cette anecdote assez originale sur les Missionnaires. Je la

. donnerai ici, telle que je lai reçue.

« Vous sayez qu'il y a des traineurs dans toutes les troupes. Les Mission naires qui viennent d'arriver ici sont suivis, selon l'usage , de plusieurs frères

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lais qui portent les rogatons. Or, voici ce qui est arrivé à l’un de ces frères:

» Comme le débit de ses chapelets l’arrêtait dans chaque village, la nuit le força de demander asile dans une ferme, à trois lieues de Marseille , pendant que la troupe sainte , arrivée dans la ville, faisait déja les préparatifs de la mission.

Le frère lai édifia la fermiére et ses filles, qui le régalérent d’un bon souper, moyennant un petit livre de deux sous, un chapelet, et une image bénite. Aprés le souper, il s’alla coucher. paisiblement. |

» La même ferme avait donné l'hospitalité à un jeune inarchand ambulant, qui portait toute sa fortune dans une petite balle. Il avait placé sa balle à côté de la caisse du frère lai; et par un effet, du hasard , ces deux boîtes étaient àpeu-près de la même taille et de la même forme. Le lendemain matin , le frère se leva le premier, prit la balle du petit marchand, et partit. Le petit mar-

MISSIONNAIRES. Gs chand arriva un instant après, et se chargea de la caisse qu’on lui avait laisée, sans se douter de rien : mais les chapelets et les cantiques qu’il emportait, étaient d'assez bon débit, pour qu'il n’eût pas à se plaindre,

» Cependant le frère , arrivant à un bourg prochain, voulut y faire son pieux négoce. [Il rassembla les fidèles, se fit connaître , parla des indulgences qu'il apportait, et dit: « On nous calomnie » ayec indignité ; on nous accuse de » yiolenter les cœurs : voyez pourtant » combien nos moyens sont doux. Voila » doutes nos armes; voilà ce que nous » distribuons aux fidèles, pour qu'ils » S'en servent humbiement contre nos

» enneinis »,

* » En disant ces mots , il ouvrit sa balle. C’étaient des couteaux, des rasoirs, des ciseaux et des lanceites.… On trouva que ces armes n'étaient pas si

douces : on se demanda si les Jésuites

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n'étaient pas ces piqueurs dont on a fait tant de bruit, tandis que le frère criait au miracle, et prétendait que ses chapélets avaient été transmués en armes tranchantes , comme signal d'une persécution toute prête...

» Cette aventure nous rappela l’histoire de ce capucin, à qui une fille s'accusait d'avoir volé. — Restituez, dit-il.

= Mais je ne l’oserais. — Eh bien ! apportez-moi l’objet volé... La pénitente lai remit un panier bien couvert, que le capucin emporta à son couvent. — Voilà de mes œuvres , dit-il àsés frères, du plus loin qu’il les aperçut. En même temps, un petit enfant, enfermé dans le panier, s’y ennuya , et se mit à pleurex... (1) ».

(1) Nous n’ajouterons rien sur les pères de:

la foi. On peut agréablement faire connaissance avec eux, dans un nouveau roman de M: de Rougemont ( Les Missionnaires ou La famille Duplessis ,. 2 vol. in-12, de 5 fr.—1820. Chez Th. Graudin. Parenthèse du libraire ).

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MODE. — Si nous ayons créé des modes un peu folles, les étrangers, qui nous disent frivoles, les ont servilement et gauchement imitées; et ce n’est pas à l'ours qu’il convient de se moquer de celui qui le fait danser (1).

— Les Orientaux , qui portent un costume ordonné par leur religion, ont . peine à concevoir la bizarre inconstance de nos modes. Des Japonnais disaient à un capitaine russe : — Comment! vous avez donc coupé la queue de vos cheveux? vous ne portez plus de poudre !

Il s’est opéré sans doute une grande révolution dans votre patrie ? Quelle est votre nouvelle religion ? Faites-nous connaitre en quoi votre constitution est changée ?.. Jamais le Russe ne put faire comprendre aux Japonnais qu’il n’y avait rien de commun entre la frisure et la constitution ; ils lui répétaient toujours : — Vous nous cachez quelque

(1). M. de Ségur, Galerie morale et polis tique. Tome 1°7,

grand événement ; car lorsque nous avons adopté notre constitution actuelle, nous avons tous changé de pantoufles (r).

© MOINES,. — Gens aussiutiles dans un Etat, que les singes dans une maison particulière. Faire des grimaces, ne point travailler, causer bien des maux, mécontenter tout le monde , et ne contenter personne ; voilà ce que sayent faire les singes et les moines.

MONUMENS.— On ne devrait ajouter qu’une foi raisonnable aux monumens. La plupart des tableaux et des morceaux de sculpture sont, comme Ja plupart des poëmes, des enfans de l'imagination, élevés sur un fonds historique ; et bien des antiquaires ont commis de graves erreurs, en voulant expliquer, comme des faits incontestables, certains contes adoptés par un peintre ou par un sculpteur. Il y a des monumens qui font

() M: Malte-Brun. D’après la relation des Voyages au capitaine Galitzin.

de Louis XI un très-bon, trés-noble et très-admirable prince.

— On voyait, dans une église de Bor deaux , un tableau qui représentait Jésus- Christ montant au ciel , à cheval sur un aigle; et les dévots s'étonnaient de ne pas trouver l’évangile conforme à cette peinture. Peut-être l’artiste avait-il confondu la fable de Jupiter avec l’histoire de Jésus-Christ; ou peut-être était-ce un tableau de la Mythologie ancienne , - dont on avait change l’usage. On remarquait , il n’y a pas bien long-temps, dans une vieille église de Paris, une statue de Mercure, qui passait pour un Saint-Michel,

— Avant la construction du nouveau portail de Saint-Eustache , on voyait, dans une chapelle, maintenant détruite, le Père Eternel , accompagné des quatre évangélistes , donnant la bénédiction nuptiale au mariage d'Adam et d’'Eve , et à l’union de Marie avec Joseph,

— Dans un tableau de la circoncision II. J*

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de l'Enfant-Jésus, Louis Cigoli représenta le grand-prêtre Siméon avec des lunettes , supposant qu’attendu son grand âge , il devaiten avoir besoin pour lopération qu’il allait faire (1). On sait que les lunettes furent inventées au commencement du quatorzième siècle,

— Un peintre ignorant représenta Jésus-Christemmené du jardin des Olviers par une troupe de soldats, armés de fusils et de carabines.

— Un autre peignit le sacrifice d’Abraham , d’une façon encore plus ridicule.

Isaac attendait la mort, pieds et poings

liés. Son père le couchait en joue avec

un pistolet d’arçon , et un ange arrétait le coup, en pissant dans le bassinet.

— On connaît aussi ce tableau de la formation de la femme. Adam est endormi ; Dieu vient-de tirer la côte qui éoit former Eve. Pendant qu’il ferme la

plaie, un chat mange la côte de l’homme, |

(1) Saint-Foix, Essais , tome IL.

MONUMENSe 67 et Dieu , qui ne veut pas en tirer une autre, forme la femme de la queue du chat. Ce trait n’est pas une absurdité , mais une malice assez niaise; car enfin la formation de la femme est une des plus belles idées de la Genèse (r).

— On montrait à quelqu'un un Christ de Raphaël, Ne vous amusez pas à regarder cela, dit une dévôte ; la figure n'est pas ressemblante. — Bah! Et d'où le savez-vous ? — Voyez, répondit-

elle en tirant une image grossière du mou- choir de sainte Véronique , où se trouvait empreinte la face de Jésus-Christ, voila l’image authentique !.. Ce conte de sainte Véronique, que les prêtres mont pas voulu détruire ,; que l'on voit

consacré par une foule de peintures et,

(1) Un Rabbin qui révait, ou qui voulait aussi faire le mauvais plaisant, a écrit que quand Dieu créa la femme, un singe , et non un chat, eme porta la côte d'Adam ; qu’un ange courut aprés le singe , Le saisit par la queue, qui lui resta dans les mains, et que de cette queue Dieu fit la fcmme, |

de livres ascétiques, n’a pourtant pas le moindre fondement , puisque sainte Véronique ma jamais existé, et que son aventure a été imaginée plus de huit cents ans aprés la mort de Jésus-Christ.

— Mais les absurdités, en fait de peinture , ne distinguent pas seulement les siècles de barbarie et d'’ignorance.

Les curieux ont pu voir, en 1814, dans {a rue des Prouvaires, à Paris, un tableau assez neuf, représentant la mort d’Abel, Caïn tirait de son fourreau un sabre de hussard , et tuait son frère avec un air un peu Ccosaque.

Lise Le tableau de /a bataille Fo par Gros , est toujours à Naples ; mais on en vient de faire une copie d’égale dimension, par ordre de la cour; et par un changement qu'on a sans doute jugé sage, légitime et indispensable, pour compléter la chute de Murat dans ce pays , c’est le prince Léopold qui monte son cheval , et qui, en son lieu et place,

sans ayoir changé ni bride ni selle, re- \

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