‹ Dictionnaire de la folie et de la raison. Parsemé de petits romans ... d'anecdotes ... de recherches curieuses et d'aperçus variés sur les superstitions et la philosophie, sur la littérature et les moeurs ... etc (volume 2)Chapitre 69 sur 72 · UNION · texte numérisé non relu

UNION

UN DÉMON FEMELLE, aux spectateurs.

Pâles humains ; ah! faites votre part :

Applaudissez ce chef-d’œuvre de l’art ;

Ce bruit, ces pleurs, ces chants, ces cris im- | menses ; |

Et s’il vous plait , Messieurs, faites-en part

À vos amis et à vos connaissances.

: UNION. — Dufresny disait, en parlant des rois et des peuples : « La tête » est au-dessus du corps; mais encore » faut-il qu'elle y touche. Pour peu » qu’elle en soit séparée , elle n’a plus la » vertu de commander; ni les membres, » la force d'obéir ». |

— Tous les Français seront unis; il faut Pespérer, lorsqu'on aura pu guérir les immobiles de la crise de folie qui leur fait préférer les ténèbres à la lumière, les choses gothiques aux choses françaises , et les priviléges injustes d'un petit nombre d'hommes au bonheur de la nation entière.

VARIÉTÉS o 197

VARIÉTES. — Pensées et maximes d’Athanase Zannoni (1).

— Une jeune fille de dix-sept ans a dans un œil la malice naissante, et dans l’autre la simplicité mourante. — Horace était de taille courte, comme la mélancolie d’une veuve. — Renard qui dort, juif qui fait serment , femme qui pleure, malice toute pure. — Celui qui a des dettes ressemble aux étoiles qui ne se montrent que là nuit. — La pauvreté est comme la justice : on la loue dans les autres, et on n’en veut point.

— La nouveauté ne plaît pas aux savetiers. — On dit que Louis XI avait des poux. Hélas! le pauvre homme était si chargé de besogne, qu’il n'avait pas le temps de se gratter. — Un chasseur, qui

-() Extrait d’un recueil intitulé : Raccolte di moili Brighelleschi, arguti, allesorici e satirici, di Athanasio Zannont, comico , Eicorretti ed augmenteti da Alphonso Zannoni suo figlio.

198 VARIÉTÉS, vit de ce qu’il tue, ressemble assez ant médecins. — Les valets disent du mal de leurs maîtres, parce qu’on ne les croit pas toujours , lorsqu’ils en disent du bien.

— On me reproche que je suis petit et mince ; c’est que je suis fils d’un seul père. . |

Des comédiens. — M, le comte de Fortia-Piles dit, à propos des comédiens, qu'il y. a une grande différence entire l’homme qui paie, et l’homme qui es paré (1). D’ aprés cçe principe , puisque le comédien qui prodigue son talent vaut moins que l’homme qui lui donne qua-, - Tante-quatre sous, l’auteur, qui est payé vaut moins que le libraire qui paie ; et le fermier, qui apporte son argent, est audessus du seigneur qui lui loue ses terres.

Diverses matières. — Tes hommes donnent quelquefois raison aux femmes.

(1) Page 64, de son Nouveau Dictionnaire français...

VARIÉTÉS, 153 Quand les femmes donnent raison à

quelqu'un, c'est toujours à un homme.

Un mari se battait en pleine rue avec sa moitié, Pauvre femme ! disaient quelques hommes : pauvre mari! disaient

toutes les femmes.

— Tout est pour le mieux cans lé meilleur des mondes possibles , selon certains esprits +: /out esl au plus mal dans le plus mauvais des mondes possibles , selon d’autres. =— Le bien et le mal sont relatifs , et n'existent guères que par comparaison. Celui qui n'a point de chausses est plus heureux que celui qui n'a point de souliers ; celui qui n’a point de souliers, plus heureux que ce-

« Jui qui est ba ncal; celui qui est bancal, plus heureux que celui qui n'a qu'un pied ; et celui qui n'a qu'un pied , plus heureux que celui qui n’en à pas du

tout.

— « Rien de plus léger que la langue » d’ane femme, a dit nn ancien ; rien

200 | VARIÉTÉS, » de plus inconséquent que son babil s » rien dé plus amer que ses outrages ; » rien de plus odieux que son effron.- -» tcrie ; rien de plus terrible que sa mé- » Chanceté ; rien de plus dangereux que » Sa faveur; rien de plus effroyable que » Sa jalousie, La noblesse donne aux » femmes une morgue insoutenable : la » fortune les rend orgueilleuses et « fièress; la beauté les conduit à la va » nité et à la Coquetterie ( pour ne rien ve de pl) la bide éloigne d'elles l'amour et ses charmes... », Que répondre à cela ? Que cet ancien était un maussade, qui parlait si mal d’un sexe partout adoré , Sans doute parce qu'il avait essuyé ses dédains. Quoiqu’il en soit, les flegmatiques déclamations des ennemis des femmes ne persuaderont jamais à un homme de bon sens de s’en passer. |

— Chacun joue, dans ce monde, le rôle Que son état lui impose, Prouvez à un cordonnier que les chaussures sont

VARIÉTÉS: 201 superflues, et qu'on marcherait bien inieux pieds nus qu’en souliers : quoique convaincu de la force de vos raisons, le cordonnier n’en soutiendra pas moins , avec feu , la cause de la chaussure , parce que c’est son gagne-pain.

De l’enfance. — L'enfance est, diton, l’âge du bonheur. Il y a des pères qui savent en faire un âge de misères.

Un fabricant de Londres sortait tous les matins pour son commerce, et donnait chaque jour à son fils, âgé de onze ans, une tâche qu’on aurait à peine exigée d’un homme fait. Si l’ouvrage assigné n’était pas achevé le soir, le pauvre en fant était bien sûr d’une correction impitoyable. Le 16 mai 1818, ce père ayant augmenté la tâche de son fils, le trouva, à son retour, pendu au métier auprès duquel il l'avait enfermé... — On dit que les sages lois de l'Angleterre n’ont pas même fait une KÉRPMRAS à ce pére, indigne de l'être.

202 VICISSITUDESs

Hilarité. — Marquise, aimez-vous les bouffes ? — A la folie. — Un virtuose vous est-il agréable ? = Il m’enchante, — Vous êtes musicienne , sans doute ?

—Assurément. — Etes-vous forte là-dessus ? — Mais, sans vanité, assez comme cela. — Chantez-vous? — Non, jamais.

— Vous pincez la harpe ? — Oh! non:

je ne connais rien à cet instrument.— La guittare ? — On ne me l’a point apprise. — Touchez-vous du piano ? — Ah ! cest si peu... La gamme seule ment, — Serait-ce donc le violon? — Non, Vicomte; mais je joue à ravir d'un petit orgue de barbarie... :

VICISSITUDES.—L'auteur de Paris, Versailles et les Provinces, au dix-huitième siècle , raconte que, pendant le ravage des tombeaux , qui signala es tristes jours de nos discordes civiles, on trouva le crâne du célèbre Lesdiguières, servant de nid à une famille de rats...

=" Qn avait élevé une statue à Riche-

YIEILLARDSs 203

lieu, dans le château de la Meilleraye; elle fut brisée au moment de la révolution ; et la tête du fameux ministre , suspendue à une chaîne, en manière de contrepoids gouverna, long-temps le tournebroche d’un limousin. — Quel

emoloi. anrès avoir gouverné le monde !.… p'oi, ap 8

VIEILLARDS. — Les vieillardsont, de tout temps, vanté les mœurs et les jours de leur jeunesse , parce qu'alors ils voyaient tout sous les couleurs les plus riantes. T’expérience et l'habitude leur ont fait reconnaître le vice, démasquer l'hypocrisie , apercevoir une foule de défauts où ils ne soupçonnaient pas fonte travers ; et ils bläment le temps présent, sans vouloir appliquer leurs découvertes morales au temps passé. Ne nous en moquons point ; nous aurons l'honneur d'être comme eux, si la mort veut bien nous en laisser le lemps. -

— Un vieux général regagnait sa

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