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ou ÉLOGE DE L'ANE, Tiré Dp’AGRr1PPA,
à l’aide de la version de Mayerne-Turquet,
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L'AxE, qui nest pas toujours estimé est souvent plus estimable que ceux qui le méprisent. Les docteurs hébreux ont figuré par icelui la patience , la constance et la force! qui conduisent à la sagesse. Et il est vrai que pour acquérir la sapience et devenir vraiment sages , les habitudes et les mœurs de l’Ane sont indispensables,
Il vit premiérement de petite pâture, et se contente de toute mangeaille; il supporte patiemment la disette de vivres, la faim, le travail et les coups. Il ne se fâche point, si l’on ne tient compte de lui. Innocent, pur de cœur, et sans fiel , il n'a guerre ni discorde avec animal quelconque. Enfin, il supporte toutes les charges qu'on lui met sur le dos: en récompense de quoi, il est exempt de poux, rarement malade , et vit plus Jong-temps que tout autre animal des grands troupeaux.
Les avantages que nous retirons de l’'Ane, dit Columelle , sont en trés
grand nombre. Il laboure les terres lé- gères; il traîne des fardeaux assez pesans; il tourne la meule. Il n’est point de métairie ou maison des champs qui n'ait un Âne, pour les petits transports et voyages de la métairie à la ville , et de la ville à la métairie. On le nourrit à si peu de frais, que jamais ses maîtres ne se sont plaints de sa dépense.
L’Ane a aussi quelque jugement et une merveilleuse prévoyance. On voit dans Vaière-Maxime, que le fameux Marius , après avoir vaincu le Midi et le Septentrion, ayant été déclaré ennemi de sa patrie, et se voyant exposé aux persécutions de Sylla, n’échappa aux dangers que par l'avertissement d'un Ane (x).
Cet animal, dont nous semblons faire peu de cas, jouit pourtant de quelque
(a) e« Caïus Marius, déclaré par le Sénat ennemi des Romains, fut arrêté dans Minturnesoùil s’était réfugié. Là, voyant un Ane pressé par la faim, abandonner brusquement ce qu’on lui donnait à manger, et courir vers une fontaine où il voulait boire; Marius, qui s’entendait aux présages, com prit celui-ci, s’embarqua, et aborda en Afrique, où il se trouva à Pabri des fureurs de Sylla ».
{Valère Maxime, Liv. 197. , ch, 7.)
CONCLUSIONS a estime dans l’ancien et le nouveau Tes tament, Lorsque Dieu ordonna aux Juifs de lui sacrifier tous les premiers nés des animaux, il n’excepta de cette sentence que l'Homme et l’Ane, permettant au premier né de l’homme de se racheter à prix d’argent , et au maître de l’Anesse de donner une brebis en place de l’Anon.
On a écrit tous les événemens qui font honneur au Lion, à l'Éléphant , au Chien ; mais j'ose dire que si l’on réunis Salt tout ce qui peut rendre l’Ane célèbre, la matière ne semblerait pas si stérile, T’Ane eut un honneur qu'aucun autre animal n’a partagé , c'est qu’à cause de sa modestie, il eut la gloire de porter Jésus-Christ à Jérusalem.
L’Ane vit l’Ange du Scigneur, quand
le prophète Balaam allait maudire le peuple de Dieu.
Samson tua mille gens d'armes aux
Philistins, avec la mâchoire d’un Anon.
Puis ayant soif, il s’adressa au seigneur ,
qui ouvrit une dent molaire de cette
mâchoire , et en fit sortir une petite source d’eau vive.
C’est ainsi que Jésus-Christ, par la bouche de ses Anes (disciples et apôtres), a frappé et vaincu tous les philosophes des Gentils et les docteurs des Juifs.
C’est par la bouche de ces Anes qu'il & abattu et renversé toute la sagesse hu— maine. C’est par la mâchoire de ces Anes, qu’il nous a donné à boire les eaux vivifiantes de la sagesse éternelle.
Par tout cela, il est clair que l’Ane est la marque de toute sagesse ; ét que ceux qui ne ressemblent point à l’Ane, par la simplicité de l’esprit et des mœurs, ue peuvent être de parfaits chrétiens.
Aussi, les Romains, qui peignaient :
notre seigneur Jésus-Christ avec des oreilles d’Ane , au rapport de Tertullien, appelaient les premiers Chrétiens Aniers ; et ceux-ci ne s’en fâchaient pas.
Bacchus était pareillement peint en Égypte avec des oreilles d'Anon.
: Les Mahométans font tant d’estime de l'Anc,qu'ils en ont mis trois dans leur Paradis ; à savoir : PAne qui porta Jésus-Christ, lAnesse de Balaam, et l'Ane de Mahomet. x
Lucien et Apulée furent métamorphosés en Ane. Selon les anciens, PÂne de Silène parlait bien l’Arabe. Et àpropos d’Arabe, le calife Mervan fut surnommée l’Ane, à cause de sa valeur et de sa magnanimité, comme Ajax est comparé à un Âne , dans Homére, à cause de son ardeur martiale; car dans
PAsie, les Anes aiment les combats et semblent chercher les batailles, comme ils les chercheraient ailleurs, si on les y habituait.
Chez un des plus sages peuples des Indes, la caste principale se fait honneur de descendre d’un Ane. Ceux de cette caste traitent les Anes comme leurs frères, les défendent, et -poursuivent devant les juges, les maîtres qui chargent trop, ou frappent outrageusement leur Ane. On a même établi, dans ce pays, un hôpital soigneusement tenu , pour ces bons et utiles animaux.
On sait que le lait de l'Anesse éénd la santé et les forces à nos dames ; et que la peau de l'Ane, arr angée en tambour Ë conduit nos armées à la victoire.
Quant à ce qu'on dit que l'Ane n'aime pas la musique ; c'est sans doute une erreur ; car on lit dans Photius, l'histoire d'un Âne qui aimait même la poésie, et qui abandonnait son ratelier pour entendre lire des vers.
Nos pères, qui ont institué la fête et les processions de l’Ane, n’ont pas, à mon avis, montré un si mauvais goût.
Et quoiqu'on dise que le chant du Rossignol ne plait point aux oreilles de V'Ane, les os d'icelui, quand la moëlle
en est ôtée, font de très-bonnes flutes.
On peut même dire que ces moines ; qui psalmodient et chantent comme des Ames , ont plus de mérite que les philosophes ; puisque ceux-ci ne chantent pas du tout au lutrin. J
Et vous, Ânes de l'Église, qui méprisez les doctes, vous êtes mieux va- Jans qu'eux tous ; car vous avez la vraie sapience. Et comme l’Ane vit plus longtemps que les autres animaux de même sorte, assurément les moines, abbés, idiots, bonnes gens ,imbécilles et simples d'esprit, survivront aux sages et sayans du monde, aux philosophes ,-aux esprits trop ouverts. Et quand le nionde ne sera plus peuplé que d’hommes semblables à PAne, par l'esprit et par les mœurs, c'est en ce temps-là qu'on verra revenir Väge d’or, — Ainsi-soit-il,