RESTE
MASARD, 179 BONIFACE:
Voyons; il faut donc un autre moyen.
Le mari parlera une minute ; ia femme une minute ensuite : on battra un rou-
lement de tambour, pour annoncer le iour de rôle.
BÉATRIX
Quoi !.…..
PACOLET
Tais-toi.…, Sire , il est bon de vous dire, pour conclure...
LE CHANCELIER
1 Mais vous n'ayez pas commencé...
PACOLET
C'est égal... Oui, il y à un an que nous sommes mariés : nous n'avons pas eu une seule journée sans dispute. C’est üune femme qui voudrait me mener tambour battant. (Roulement de tambour ).
BÉATRIX
C’est un menteur, sire. Il ne vous dit
189 HASARDe
pas, livrogne qu’il est, qu'il passe les semaines sans rien faire; qu’il mange tout ce que je gagne, et que, quand je m'avise de lui faire le moindre reproche , il n’a rien de plus pressé que de me battre pour me faire taire. ( Roulement de tambour ).
PACOLET
Vous voyez bien, sire, que c’est une
mauvaise pièce. D'abord, ce qui prouve P > CE QUI P
qu’elle ment, c’est qu’elle ne me fait
jamais de reproche qu’à coups de manche à balai... ; et quelquefois, moi, je m'impatiente , et je lui donne un petit
coup de mouchoir pour la morigéner.
(Roulement de tambour }.
BÉATRIX
Il ne vous dit pas, sire, qu’il ne se mouche qu'avec ses doigts... , tandis que moi, malgré tout le mal qu’il me fait, je ne lui donne, la plupart du temps ) que de petits coups de chausson.….
WMASARDe 181 PACOLET.
Ah! sire, son pied est dedans , et son
sabot dessus, quand elle me donne des coups de chausson.…..
BÉATRIX
. Tu empiètes sur mon temps...
PACOLET
Sire , si elle me faisait des mouchoirs, je ne lui donnerais pas de coup de poing.
BONIFACE
C’est juste. Je vous condamne donc à lui faire des mouchoirs.
BÉATRIX
Cela n’y fera rien, sire. Quand je ne suis pas de son avis, il me crie : Tu fais de mauvais raisonnemens, Béatrix ' et je te vais répondre par un discours en deux points. Voici le premier poing ; voilà l’autre... ; et il le fait. Hier encore, ii m'a décoiffée,
182 HASARD, Je vous permets, à votre tour, de décoîfler votre mari.
BÉATRIX
Au contraire; si vous ne nous désunissez pas, je sais bien ce que je ferai...
LE CHANCELIER
Mais c’est assez de débats. Vous avez entendu leurs griefs, sire; daignez prononcer. |
BONIFACE
Si je prononce, ils sont démariés ?
LE CHANCELIER, Oui, sire.
BONIFAGE.
En ce cas, je prononce.
{ Les deux époux se retirent, en bénis—
sant le prince ).
BONIFACE. r
Je ne peux pas en démarier d'autres ?
lon
LE CHANCELIER
Non, sire,
Eh bien! allons diner.
LE CHANCELIER
Sire , il faut voir auparavant les cets de vos sujets.
BONIFACE
Après diner.
LE SÉNÉCHAL
C’est impossible,
BONIFACE
Comment ! impossible !.. Mon sénéchal, savez-vous bien que vous faites banqueroute au respect qui m'est dû ?...
# LA LE SÉNÉCHAI.
Excusez-nous, sire. C’est notre de
voir. Il faut lire les placets.
BONIFACE
Hâtons-nous donc.
184 HASARD, UN HUISSIER, donnant des placets.
Examinez, sire.
BONIFACE
Hem! j'ai la vue un peu troublée.
Lisez pour moi; je vous fais mon lecteur.
L'HUISSIER, reconnaissant.
Ah! sire...
LE CHANCELIER
Voyons le premier placet.