CN ONE
JÉSUITESs £07 J.
JALOUSIE. — Un homme jaloux est terrible ; mais la lionne à qui l’on a ravi ses petits ; le sanglier blessé par les chas. seurs ; le tigre affamé ; le diable aux prises avec les exorcistes, ne sont pas plus terribles qu’une femme jalouse, — C’est du moins ce que dit l’auteur d’un vieux livre, lequel vieux livre est intitulé :
Bouquet historial. Je ne sais quelle odeur les dames trouveront à ses fleurettes.
JÉSUITES.— On a trop parlé de ces humbles tyrans dumonde , pour qu'il nous soit permis de nous arrêter longstemps ayec eux. Ce n’est pas des Jésuites cherchant à détrôner les Roisetà établir:
par la ruse , leur domination sur toute Le terre, que nous allons parler. Nous ne ferons point un article historique; nous nous contenterons d'examiner la doc trine de la société de Jésus ; et de faire connaître en quelques pages ce qu’on a si ennuyeusement exposé en plusieurs volumes.
Secrion Ir. La doctrine des Jésuites comparée à la doctrine des philosophes du dix-huitième siècle (x).
Un parti qui se fait honneur de protéger l'ignorance, de rechercher les ténèbres, de regretter les temps de barbarie , nous répète tous les jours que les philosophes du dernier siècle” ont seuls opéré la ruine de la religion catholique. Sans nous arrêter à citer ici les fameuses déclamations de Gilles de Witte, du grand Arnaud et d’une foule de sayans ( jansénistes à la vérité), qui ont prouvé que la religion avait été ren- ‘versée par les bulles des papes , la dépra- “vation des moines et les prétentions du clergé , nous voulons montrer, par des preuvesirrécusables, que la religion était détruite, en tout ce qu’elle offre de plus pur , lorsque les philosophes sont venus
(1) Cette section a déjà été publiée dans l’Zn= dépendant , 6 mars 1820.
SÉSUITESS | 20ÿ attaquer, non le christianisme, mais ceux qui le déshonorent : non la doctrine de Jésus, mais la doctrine des Jésuites, qui est celle de la cour de Rome.
Si les Bayle, les Voltaire, lés Rousseau ; les Dalembert , ont jeté des doutes sur la vérité du catholicisme , les Jésuites se sont adressés âyant eux au christianisme même, qui seul mérite tous nos respects ; et qu'il ne faut pas confondre avec le ca tholicisme. Nous rapporterons, à ce pro- POS, un passage textuel de la thèse que soutinrent les Jésuites de Caeñ en 1693.
1l est impossible de trouver rien de pa reil dans les œuvres des philosophes :
« La religion chrétienne est évidemment croyable, mais non évidemment vraie, Elle est évidemment croyable, car il est évident que quiconque l’embrasse est prit dent. Elle n’est pas évidemment vraie s car, ou elle enseigne obscurément, ou elle enseigne des choses obscures. Bien plus , ceux qui soutiennent que la religion chrétienne est ‘évidemment vraie ‘
210 JÉSUITÉS « sont forcés d'avouer qu’elle est évidem-
ment fausse...
, Concluez de là qu'il n’est pas évident qu'il y ait sur la terre quelque religion véritable ; car, comment savezvous que de toutes les religions qui existent, la chrétienne soit la plus yraisem— blable ? Avez - vous parcouru tous les
‘pays ? Etes-vous sùr que d’autres les aient parcourus ? Savez-vous si les oracles des prophètes ont été rendus par l'inspiration de Dieu? Et si je soutiens que ces prophètes n’ont fait que des conjectures ; si je nie que les miracles de Jésus-Christ soient véritables... , on prouverait aisément qu'il n'est pas nécessaire de croire en Jésus-Christ, ni à la trinité, ni au symbole; mais seulement
à Dieu, comme faisaient les Juifs (1)... »
Ce passage ne doit point surprendre :
nn mm
(1) Thesis propugnata, 30 jan. 1693. Cadomi. pos. 5, 6 et 8.
JÉSUITESe 211
on le touve sous diverses formes dans toutes les œuvres des enfans de Loyola. Suarez, l’un des aigles de l’école jésuitique, ne demandait pas non plus une foï très-robuste. « Celui qui croit trop facilement, dit-il (1), est un esprit léger. Lorsqu'on vous propose quelque chose d’embarrassant , travaillez à vous en instruire, et examinez si vous devez croire où non. Si vous ne le pouvez pas , ne vous en inquiétez point. Onest en état de grâce lorsqu'on fait ce qu’on peut... »
“C'est avoir la manche un peu large »
mais pourvu qu'on respectät le pape et la compagnie de Jésns , les Jésuites n’exigeaient guère autre chose, Dieu n’est pas plus ménagé chez eux que la foi et la religion. On en jugera par cette facétie de François Oudin : « Dieu parle ainsi aux Israëlites , dans Île prophète Isaïe :
J'ai étendu fous les jours les mains vers
ie — ie
(@) De Tripl Virtute theolog. Disp. 17, sect vi
m2 JÉSUITE SC
ce peuple incrédule et désobéissant ; c'està-dire, je n’ai cessé d’inviter ce peuple rebelle à rentrer en lui-même; je lui ai tendu les mains, et j'ai toujours été prêt à le recevoir dans mes bras, lorsqu’il reviendrait. Si Dieu ne voulait pas que les Juifs vinssent à la foi, et par la foi, au salut, il faut avouer qu'il jouait habilement et magnifiquement la comédie... histriontam (*). 5
On se figure aisément que les Jésuites ne jetaient pasle ridicule sur Dieu même pour engaser à Vamour. de Dieu; aussi ne demandaient-ils point qu'on l’aimât.
« À parler justement , dit Jean de Salas (2), on n’est pas tout-à-fait obligé d'aimer Dieu ; on peut même ne pas l'aimer du tout , quoiqu’on doive l’aimer par honnéteié et décence , puisque Dieu est en lui-même digne d'amour... » Tous
les pères de la Société ont tenu le même Lee meer eee ee Mine eet ne +
(1) Franc. Oudin, Epistol. B. Pauli ad Rom:
explic. cap. 10. v. 21,
(2) Toin. 1. quest, 3. fract. 2. disp, 2.
JÉSUITES: 213 langage, et plusieurs ont enseigné qu'un homme qui n’aurait pas aimé Dieu , un seul instant dans sa vie, pas même au moment de la mort , pouvait être absous et sauvé,
Mais ces blasphèmes ne sont pas les seuls qu'on puisse reprocher aux enfans de Loyola. Entre mille qui s'offrent à ma mémoire , j'en choisirai quelques-uns de saillans.
Le père Lami, après avoir raisonné en doctrinaire sur des mystères qu'il ne comprend pas, s’exprime de cette sorte:
« Le Verbe aurait pu s’unir À la nature stupide de l’âne..….. donc il a pu aussi s'unir à la nature humaine et à ses er reurs....-Le Verbe a pu être tourmenté et mourir dans [a nature humaine ; donc il aurait pu errer et mentir, dans cette même nature... L'aliénation d'esprit ma rien d’opposé à la nature intellectuelle ; donc le Verbe, en se faisant homme, aurait pu prendre une nature dépourvue
de bon sens, ou perdre le bon sens après l'avoir prise (1). »
« Tout est dans l'intention. Faites ce que votre conscience vous dira comme bon, ditle P.Casnedi (2). Si vous croyez que le blasphème vous est ordonné de Dieu , blasphémez.... Si vous croyez que le mensonge vous est ordonné de Dieu, mentez..… Eton peut croire , sans absurdité, que Jésus-Christ vous dira: Venez, le béni de mon père , parce que vous avez menti, croyant que je vous commandais le mensonge , ou blasphémé, croyant que je vous commandais le blasphème. »
« On peut, dit Gabriel Vasquez (3) > adorer avec Dieu, et comme son image, toute chose de ce monde, soit raisonnable,
soit brute et animée, soitinanimée, en la IPN ENS ji SRE (:) Francisci annici, cursus theolog, tom. 6, Disp. 24. sect. 4.
(2) Crisis theolog. 1om.1, disp. 6, sect. 3, et 5.
(5) De Cultu adorationis. Lib. 3, disp.1,
Ca P: 2%
JÉSUITES + à ta#D joignant, par la pensée, à Dieu ou à quel que saint. Il peut paraître indécent, au premier abord, de donner à Dieu des marquesextérieures d'hommage, comme le baiser et le prosternement , dans les animaux brutes et les choses sales; cela n'empêche pas qu'il ne soit permis d'a dorer Dieu , les anges et les saints, dans quelque objet que ce soit, mais on ne doit pas le faire publiquement , pour ne pas passer pour superstitieux. »
« Lorsqu'on pèche par ignorance , ou n'ayant pas l’usage de sa raison , on est excusé de péché, dit Filliucius (x).
Ainsi, un homme, devenu ivre ou furieux , quoique de sa pleine volonté, peut tuerou forniquer sans péché, parce que s’il n'était pas ivre ou furieux, il est probable qu'il ne tucrait ni ne forniquerait. »
« S'il arrive que l'esprit, dans un vic-
lent transport de colère, ou dans un
(1) Quest. moral. | lom. 2. tract. 21, cap. 10.
%16 JÉSUITÉS:
grand accablement de tristesse, soit tel=
lement absorbé qu’il ne réfléchisse point au mal qu’il fait, ou il n'y aura aucun péché, dit Paul Laymaun (1), ou ce ne sera qu'un péché imparfait et véniel ; c'est ce qui peut arriver à ceux qui se donnent la mort, lorsqu'ils ontun grand chagrin... »
« Si quelqu'un a promis ou contracté éxtérieurement , sans intention de pro= nettre , comme dit Suarez (2), lorsque le juge le scmme de déclarer, sur la foi du serment, s’il a promis ou s’il a con tracté , il peut simplement dire que non; parce que cette réponse a un sens légitime , savoir : Je n'ai pas promis d’une promesse qui m'oblige. Il faut avoir de ces ressources , car autrement, on serait
condamné à payer ce qu’on ne doit pas Pay q P
(1) Theologiæ moralis, lib. 1. tract. 3, cap. 5.
(2) De virt. eë statu relig. tom. 12, Hb. 3, cap, 0.
VTT
JÉSULTES. 1} ) ex en effer, ou à prendre une femme qu'on n’a pas eu intention d’épouser. » | re Celui qui, par une habitude invétérée ù selon: Vexpression , de Jl'ambourini (1)4 juré le faux par inadvertance, n'est pas obligé de s'en confesses > parce que ce n’est pas un: péché formel. Celui qui jure matériellement, ajouté Casnedi (2), ne jure point ; car pour jurer, il faudrait se servir du mot > Je jure, comme significatif du serment. Mais celui qui se sert du mot je jure, comme n'étant point significatif, ne jure point. »
Si nous voulions étendre plus loin les
citations, nous Pourrions prouver ‘que tous les crimes furent ‘enscignés par les Jésuites , que toutes Les impiétés furent imaginées par eux , et non par ‘les philosophes; et pour peu qu’on veuille parcourir le traité de Mairimonio, de Phonnête Sanchez » On s'y COnvaincra RE ae ee AURAS LL RCE D EN
(1) Methodus .exped, conf. > lib. 2, cap. 3
(2) Crisis theolog. , tom, 5, disp, 9, sect, 3,
qué les livres les plus obscènes ont en= core de la pudeur, auprés des images jésuitiques. Pour peu que lon connaisse les ouvrages de la Société de Jésus, on scra forcé de convenir qu'avant de brûler és Œuvres de Rousseau et de Voltaire; “és révérends pères de la Foi, qui exploitent 105 provinces, ne feraient pas mal de bitler dabord Îles productions des docteurs jésuites, leurs pieux deyan-
ciets. $ Sgcrron IT. Petites citations (1).
De la Simonie.— Si où donne un sacre-
ment où une chose sainte pour un plaisir
impudique , et cela à titre de récbm=
pense et non simplement à titre de
. (a) Ces citations sont l'extrait d’un extrait. N Dans un livre nouveau, intitulé : Taxes des par= L
ties casuelles de la boutique du pape , avec la
fleur des cas de conscience décidés. par les .jésuiles , on a rassemblé ce que les décisions de ces casuistes offrent de plus piquant. C’est-là que j'ai puisé Les pages qu’on va lire. +