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lui effet, 1rs articulations propres à la langue moderne
enl dans la langue ancienne. Les // mouillées y sont
écrites tantôt //, tantôt //', tantôl , comme en italien, gl. Il
en est .!f même du gnt qui est aussi en italii a, ei qui s'écrit
// en espagnol; il en est de même du y, cette lettre particulière au français parmi les langues romanes. On trouve au moins deux <■ : Ve muet et 17 fermé à la fin des mots. En combinant toutes les prononciations des langues romanes et eu les rapprochant du latin , oh arrive à déterminer avec probabilité beaucoup d'à ticulations qui, une fois déterminées, réagissent a leur tour mu- le problème de la prononciation de l'ancien français.
Une îles plus heureuses applications du principe de Génin a été de constater ce qu'était la combinaison des lettres ue. Jusqu'à lui, on y voyait, comme cela est écrit pour nous et selon nos habitudes, deux voyelles énoncées distinctement (u et e); même on mettait, dans les anciens textes imprimés , un accent sur IV, écrivant, par exemple, les bues [les bœufs): ce qui faisait deux fautes , l'une contre la versification quand le mot se trouvait en m rs, puisque, de monosyllabe qu'il est, on en faisait \i\\ dissyllabe ; l'autre contre la prononciation, puisqu'il doit se prononcer exactement comme aujourd'hui bœufs se prononce. Dans la peinture des sons par les lettres, tout est de convention. Le son eu se figure aujourd'hui par cet u ; chez nos aïeux il se figurait par u et e; du moins, c'est la forme à beaucoup près la plus ordinaire; on ne rencontre que rarement noire figuration présente. Ainsi il puet doit s'articuler il peut; cuer doit s'articuler cœur, écrit dans les temps intermédiaires cueur ; puis, quand Vue se change dan-, l'écriture en eu, le c se trouvant alors devant un e et ne pouvant avoir la prononciation dure qui appartient à ce mot, on vint à la combinaison présente qui est cœur. Cueillir est un scandale pour les grammairiens : suivant l'orthographe et la prononciation présentes, on y lirait ku-e-llir, non keu-llir: mais, si l'on se reporte à l'orthographe ancienne, on voit que c'est la figuration ue conservée archaïquement et non remplacée par e«,*à cause de la difficulté qui s'est présentée de mettre e après c. Dans le nom de lieu, lu Muette, qui a toujours été un rendez-vous de chasse, cette même figuration archaïque conservée a rendu le mot méconnaissable; il aurait fallu, quand la mutation cYue en eu s'est faite, changer l'orthographe et écrire la Meute pour maintenir le son et le sens.
Des remarques semblables s'appliquent aux finale: ex, iex. Tout porte à croire que iex se prononçait yeux, que cliex se prononçait comme nous prononçons dieux, et que IV n'y est qu'un signe orthographique comme dans notre propre figuration.
Le signe orthographique qui notait le nominatif singulier et le régime pluriel était, suivant les temps et les textes, x, z ou s. De fait, nous avons gardé pour la formation du pluriel Vx ou Ys, dont telle est l'origine.
L'orthographe ancienne n'aimait pas l'accumulation des consonnes; c'est au seizième siècle que, par une recherche pédantesque de l'étymologie, on en a chargé l'écriture; notre orthographe ne s'est pas suffisamment débarrassée de ce qu'a fait en cela le seizième siècle. Dans les hauts temps on
écrivait les en fans, non les enfants; les [ions, non [esjjonts, les sans, non les sauts; les sers, non les serfs ; les cos, non \escoqs, etc. C'est ainsi que ost, qui signifiait armée et qui n'a pas complètement disparu de la langue, quand, au nominatif singulier ou au régime pluriel, il prenait Ys, devenait // oz, /es or, et le buef (bœuf) devenait li bues , les bues. f.es grammairiens qui ont demandé à diverses reprises et parfois obtenu la suppression du t dans les terminaisons plurielles ants , ents , peuvent invoquer pour eux l'usage antique.
Dans un dictionnaire qui lie incessamment l'ancien français avec le français moderne et qui n'abandonne jamais la tradition, des explications de ce genre sont indispensables.
lit. DES RÈGLES DE l'aNCIFNNE VERSIFICATION.
L'ancienne versification est le fondement de la notre, et rien n'est plus faux «pie l'opinion de Boileau :
Villon sut le premier, dans ces siècles grossiers, Débrouiller l'art confus de nos vieux romanciers.
Bien des siècles avant Villon, toutes les règles de la versification avaient été trouvées, et, durant un long intervalle de temps, appliquées dans une foule innombrable de compositions grandes et petites. Villon n'eut rien à débrouiller; il ne fit, lui et ses successeurs, que se servir des créations d'un âge primordial.
Cet âge primordial est celui où la langue naquit des ruines du latin. Ce fut des mêmes ruines que sortit la versification. L'ancienne métrique, venue de la Grèce à Rome alors que les Romains connurent la littérature grecque ets'en éprirent, était fondée sur la quantité prosodique, c'est-à-dire quelepied, élément du vers, consistait en un certain nombre soit de longues, soit de brèves, soit de longues et de brèves (je laisse de côté ici l'arsis et la thésis). Ce système, dont l'origine se perd dans la plus ancienne histoire de la Grèce, eut progressivement à lutter contre un puissant adversaire, contre l'accent tonique. Celui-ci l'emporta; il réduisit pour l'oreille la quantité prosodique à un rôle subordonné ; et, quand cela fut accompli, l'ancien vers à longues et à brèves se trouva sans raison d'être, ne répondant plus aux exigences de l'oreille et n'étant conservé que par la tradition littéraire qui imitait les anciens procédés des classiques. Les choses en étaient là quand les barbares intervinrent : l'empire futruiné, et les langues romanes commencèrent, à se former. Mais , si le vers antique était tombé en déchéance sans pouvoir se reproduire, puisque les langues modernes suivaient l'accent et non la quantité prosodique, levers nouveau n'était pas trouvé. Il fallait pourtant qu'il se trouvât; car le monde roman (je me sers de cette expression pour désigner l'ensemble des populations héritières du monde latin) ne pouvait demeurer sans poésie qui se chantât, donnât forme aux effusions dû l'âme, racontât les hauts faits et les légendes , en un mot charmât l'imagination curieuse et le sens inné de beauté. Aussi la force spontanément créatrice qui , dans de telles circonstances, appartient à toute civilisation, fit son office; et, sans qu'on sache de qui provient une création
xuv
COMPLËMKN'l I)K LA PRÉFACE.
poétique et musicale destinée à ur. si grand rôle, les décombres de la latinité produisirent .e vers de dix syllabes, cpii fut le vers héroïque des Italiens, Espagnols, Provençaux et Français, qui satisfait si pleinement l'oreille et qui est un si bel instrument de chant et de poésie.
Mais rien ne vient de rien, et toute chose nouvelle est ou transformation ou prolongement de quelque préexistence. Ainsi en fut-il du vers de dix syllabes. Le latin avait un vers très-harmonieux, un vers qui nous plaît encore particulièrement, sans doute parce qu'il se rapproche plus que les autres deshabitudes de notre oreille et de notre harmonie: je veux parler du vers saphique. Ce vers appartenait à l'ode, à la chanson , aux chants d'église ; ce furent ces circonstances qui, le rendant familier et populaire, permirent de le transformer et d'y trouver les éléments du vers nouveau.
Celui-ci est uniquement fondé sur l'accent (plus le nombre des syllabes); toute considération de la quantité prosodique des syllabes est exclue, et le nom de pied qui , dans l'antiquité gréco-latine, désignait, entre autres, une certaine combinaison de syllabes longues ou brèves, ne peut plus se dire qu'abusivement de chacune des syllabes qui le constituent. Formé de dix syllabes (ou de onze, quand la dernière est muette), l'harmonie qui lui est propre résulte de l'arrangement de deux accents ainsi distribués: un à la quatrième syllabe ou à la sixième, l'autre à la dixième; le reste fies accents est facultatif, et sert au poëte à varier la modulation et à la conformer au sentiment qui l'inspire. Voiez Vorguel de France la loèe est un vers du onzième siècle et pourrait être un vers du dix-neuvième.
L'ancien décasyllabe français se présente sous deux formes : il est à césure ou sans césure (la césure est nommée hémistiche dans le vers alexandrin). La césure, quand elle existe, est placée à la quatrième syllabe, ce qui est le cas de beaucoup le plus commun, ou elle lest à la sixième; presque toutes les chansons de geste sont écrites dans le premier système, quelques-unes seulement dans le second. Ces deux modes de versification traitent la césure comme la fin du vers, c'est-à-dire qu'une syllabe muette, quand elle s'y trouve en plus, ne compte pas ; cette manière de versifier est bonne, satisfaisante pour l'oreille, et il est dommage qu'elle se soit perdue. Voici quelques vers en exemple du décasyllabe ayant une syllabe muette à l'hémistiche :
Les trêves douent devant midi sonant,
Par la bataille vont les mors reversant;
Qui trova mort son père ou son enfant,
Neveu ou oncle ou son apertenant,
Bien poés [pouvez] croire, le cuer en ot dolant.
En voici d'autres en exemple de la césure au sixième pied :
Qu'il vous viene droit faire à vostre estage [résidence], Si corn firent H home de son lignage.
Quand il n'y a point de césure, notre décasyllabe ressemble en tout point au décasyllabe italien, les deux accents suffisent à y marquer l'harmonie fondamentale; mais ce vers ne s'établit pas en France, on n'a point de poëme
écrit en ce mètre, qui se rencontre seulement en des \ ers isolés et très-rares. Je cite cet exemple :
Sire, choisi avez trop malement, Sielon manière de loial ami.
Et encore celui-ci :
Je pri, pour Dieu, bone amour et requier Qu'à la plus bêle rien qui or soit née Face savoir mon cuer et ma pensée.
11 n'y a point de césure, mais l'accent est à la place qu'il faut, dans les mots écrits en italique. Comme on sait, rien, du latin rem , signifiait chose, et se disait de la dame des pensées dans le style élevé.
Notre décasyllabe actuel est exactement l'ancien décasyllabe avec la césure à la quatrième syllabe, sauf la faculté que nous avons perdue de ne pas compter une muette en plus après la césure.
La poésie lyrique, les chansons, offrent une anomalie qui était sans doute dissimulée par la musique, mais qui n'en est pas moins très-choquante: c'est que, à l'hémistiche, la quatrième syllabe, celle qui porte l'accent fondamental dans le mètre régulier, peut être une muette. Quand cela arrive, il n'y a vraiment plus de vers, ce n'est qu'une ligne de dix syllabes qui satisfait à la musique de la chanson, mais qui viole l'essence même du décasyllabe.
A côté du décasyllabe qui est le vers fondamental de la versification créée dans les langues romanes pour remplacer la versification de l'antiquité classique, viennent se ranger les autres espèces de vers, d'abord l'alexandrin avec l'hémistiche après la sixième syllabe, et comportant, comme le décasyllabe, à cet hémistiche une syllabe muette en plus ; puis les petits vers de huit syllabes, de sept, de six, de cinq, de quatre, de trois, combinés par les poètes en des arrangements très-variés. De ce côté-là la versification moderne n'a rien ajouté.
Le vers saphique, d'où le décasyllabe procède, n'est point rimé; aussi la rime n'est-elle point essentielle au décasyllabe roman, et aujourd'hui encore l'Italie use des vers blancs; nous pourrions en user de même. Toutefois, de très-bonne heure, la rime s'introduisit dans la poésie romane, du moins sous la forme d'assonance. Les plus anciens poëmes ne sont pas rimes, à proprement parler ; ils sont assonant6, c'est-à-dire que l'oreille s'y contente de syllabes où tantôt les voyelles se ressemblent mais non les articulations, et tantôt les articulations se ressemblent mais non les voyelles ; la Chanson de Roland et quelques autres poëmes sont écrits en assonances. Le sentiment qui avait amené l'assonance ne tarda pas à se montrer plus exigeant; et dès le douzième siècle, la rime complète, exacte, devint une loi impérieuse de la versification, si bien que, à cette époque, on remania les anciennes compo* sitions pour les mettre au goût du jour; et peu, échappant à ce remaniement, nous sont parvenues avec la forme antique de l'assonance. Nous n'avons, quant à la rime, rien innové, sauf la règle du croisement des rimes masculines et des rimes féminines, règle qui fut étrangère aux compositions de nos aïeux et dont le mérite est d'ailleurs contestable.