‹ Dictionnaire de la langue française contenantChapitre 445 sur 462 · II, II · texte numérisé non relu

II, II

— ÉTYM. Croiser.

f CROISILLE (kroi-zi-11', Il mouillées), s. f. Pièce du rouet des fileurs de corde, qui porte les molettes.

— ÉTYM. Croiser.

CROISILLON (kroi-zi-llon, Il mouillées, et non

CRO

kroi-zi-yon), s. m. || 1° La traverse d'une croix. La croix de Lorraine avait deux croisillons. || 2" Ce qui sépare une croisée de fenêtre en deux. Croisée à deux croisillons. || Petites tiges de bois ou de plomb qui remplissent le châssis d'une croisée. || 3° Morceaux ■le charpente qui se croisent perpendiculairement. || 4° S. m. plur. Branches de fer qui, se croisant dans le cœur d'un arbre tournant, l'empêchent de se fendre.

— HIST. xive s. Une autre crois à double croisellon, où il a du fust de la vraie crois, Bibl. des Chartes; 4e série, t. v, p. 470. ||xvie s. Ils portent leur pétard à la grille d'un canal qui entroit dans la ville, appliquent ce pétard, le font jouer, et en emportent un croison, d'aub. Hist. ni, 246.

— ÉTYM. Croix.

t CROISOIRE (kroi-zoi-r'), s. f. Instrument pour rayer le dessus du biscuit de mer.

— ÉTYM. Croiser.

CROISSANCE (kroi-san-s') , s. f. ||i° Développement progressif des corps vivants, particulièrement en hauteur. Prendre sa croissance. L'âge de croissance. Avoir toute sa croissance. ,|| 2° On donne ce nom à certaines rocailles, ou à des herbes de mer congelées , dont on fait l'ornement des grottes. Celles qu'on appelle croissances des Indes sont en forme de crête de coq.

— HIST. xrve s. Les metalx n'ont fors que l'essence; Les herbes ont estre et croissance, Nat. à l'alch. err. 76. || xv" s. La lune estoit à neuf jours de croissance, e. deschamps, Naiss. de Charles VI. || xvie s. Ce que fait aussi ledit Egyptiac appliqué seul sur la croissance de la chair mauvaise, paré, ix, 6. Créons, ordonnons et establissons deux foires de croissance [de plus] au dit lieu de Montargis, outre celle qui a accoustumé seoir, thaumassiere, Coût, de Berry, p. 406, dans lacurne.

— ÉTYM. Provenç. creissensa; catal. crexensa; anc. espagn. crecencia; ital. crescenza; du latin crescentia, de crescens (voy. croissant i).

4. CROISSANT, ANTE (kroi-san, san-t'), adj. Qui croît. Fureur croissante. Une population croissante. Un bruit croissant. Je priais; par degrés d'affreux pressentiments D'une terreur croissante ont pénétré mes sens, delav. Vêpres sicil. ni, I. Que Dieu bénisse votre famille croissante et donne à ma patrie, dans vos enfants, des citoyens qui vous ressemblent, j. j. rouss. Lett. à M. Moultou, Corresp. t. v, p. 4 62, dans pougens. Je sentis à mon trouble croissant que j'allais me perdre, et je m'arrêtai, id. Hél. i, 4. || Terme de marine. Echelle de latitude croissante, échelle au moyen de laquelle on mesure les distances parallèles à l'équateur, sur les cartes dont tous les méridiens sont parallèles entre eux.

2. CROISSANT (kroi-san), s. m. || 1° Temps pendant lequel la lune croît, c'est-à-dire a une augmentation apparente, et, par une extension naturelle, temps depuis la lune nouvelle jusqu'à la pleine lune. Au dixième croissant de la lune nouvelle, On peut du fier taureau dompter le front rebelle, delille, Géorg. i. || Par restriction à la forme, on nomme croissant la figure échancrée de la lune plus petite que le demi-cercle. Le croissant se dit de la nouvelle lune jusqu'au premier quartier; il se dit aussi de la figure échancrée depuis le dernier quartier jusqu'à la nouvelle lune. La lune est dans son croissant. Le croissant de la lune, constamment dirigé vers le soleil, indique évidemment qu'elle en emprunte sa lumière, la place, Expos, i, 3. || Fig. et par plaisanterie, être logé au croissant, être delà confrérie des maris trompés par leurs femmes. Son ascendant Toujours l'entraîne à loger au croissant, Théatr. ital. Baguette de Vulcain, dans LEROux,Z)ict. comique. || Croissant solaire, forme en croissant que présente le soleil à un certain moment d'une éclipse. || 2"Terme de blason. Le croissant prend différents noms suivant sa situation : croissant renversé, croissant couché, croissant montant, croissants adossés. |] 3° Les armes de l'empire turc. Mahomet II arbora le croissant sur les murs de Constantinople. || La Turquie. Faire trembler Memphis ou pâlir le croissant, boil. Sat. ix. Le sort longtemps barbare Me fit quitter bientôt l'empire du croissant, volt. Zaire, n, 3. Contre le croissant déployant leur bannière , id. Tancr. m, 4. || 4° Ce qui a la forme du croissant ds la lune. Cela est en forme de croissant. || Nom d'ouvrages nouveaux dans les places de guerre (au temps de Louis XIV). Ces ouvrages inconnus jusques ici dans notre fortification se nomment des flèches à cause de leur figure, et sont, à l'égard de ces angles saillants, ce qu'est une contre-garde à l'égard d'un bastion; il y a aussi, entre les deux, d'autres petits

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ouvrages qu'ils nomment croissants; et tout cela palissade, quoique de terre simplement, se défend assez bien l'un l'autre , quand on a beaucoup de monde et beaucoup de feu, pellisson, Lctt. hist. t. m, p. 329. || 5° Un instrument de fer en arc, emmanché dans un long bâton, qui sert à tondre les charmilles et autres palissades. || 6° Petites brandies de fer poli, faites en forme de croissant, qu'on scelle au dedans des jambes des cheminées pour tenir la pelle et les pincettes. || Branches de fer ou de cuivre pour soutenir les portières, ou les rideaux d'une fenêtre. || 7" Terme de serrurier. Evidement dans la platine d'une targette, d'un loqueteau, d'un verrou à ressort. || Terme de luthier. Enfoncement fait en forme de demi-cercle aux côtés des violons, des violes et basses violes. || 8" Terme de marine. Portion de cercle décrite par le bout de la barre du gouvernail. || Massifs de bois dur, qui, placés sur l'avant des affûts, d'une flasque à l'autre, facilitent le pointage des canons. || 9° Terme de vétérinaire. Ëminence semi-lunaire existant à la surface de la sole du cheval et formée par une déviation de l'os du pied, dans la fourbure chronique. || 10° Ordre du Croissant, ordre de chevalerie institué au quinzième siècle par René d'Anjou, dit le bon roi de Sicile, et composé de trente-six chevaliers, qui avaient un croissant d'or pour marque, avec le mot Loz pour devise. || 11° Papier qui offre trois croissants dans le filigrane. || 12° Petit pain ou petit gâteau qui a la forme d'un croissant.

— HIST. xme s. Il fist la lune en ses tens, en croissant et en décors, Psautier, i'° 124. Soleil et lune et ans et jors, Et les croisans et les décors, Partonop. v. 855. Nus chapuisieres ne puet mètre croissant de fust en harçon ne en haume, en quelque lieu que ce soit, Liv. des met. 2(6.

— étym. Croissant I , à cause que la lune est en croissance (au moins dans une de ses phases) quand elle a la forme d'un croissant; angl. crescent.

f CROISSEMENT (kroi-se-man) , s. m. Action de croître.

— HIST. xne s. Li parreins fu ocis e gist en Orient; Car sainte iglise esteit idunc en creissement, Th. le mart. 157. Maintes foiz, si com nos avons là desor dit, est nostre oevre occaisons de dampnation, et si quidons ke ele soit creissemenz de vertut, Job, 469. || xvie s. Ces dents se peuvent régénérer et ont croissement continuel jusques à la mort, paré, iv, 2. Les croissements des vignes et la couppure des sarmens, laur. du premier faict, Trad. de la vieillesse de Cicéron, f° 35, dans raynouard. En tous baux et fermes de censés et métairies faits à outrée ou enchère publique, il y a régulièrement tiercement, moitiement et croissement qui doivent estre faits dedans quarante jours, à prendre du jour de l'outrée première et principale, Coust. génér.

t. II, p. 1068.

— ETYM. Croître; provenç. creisshement, creycement; anc. catal. crexement; espagn. crecimienlo; ital. crescimcnto.

CROISURE (kroi-zu-r'), s. f. La tissure de la serge qui se fait en croix, par opposition à celle du drap qui se dit filure. || Terme de marine. Croix que les vergues font avec les mâts. || Croisure d'un cordage, l'endroit où les doubles se rencontrent. || Action de croiser les rimes de vers, d'entre-croiser de différentes mesures. La diversité de la mesure et de la croisure des vers que j'y ai mêlés, corn. Rodog. examen. || Terme de blason. Centre d'un écu divisé en quatre quartiers. || Opération par laquelle, les cocons étant transformés en soie grége, on croise deux brins à la sortie des filières. || La levée la plus large dans un marais salant.

— HIST. xve s. Estoit gent en corsage plus qu'autre; droict comme un jonc; fort d'eschine et de bras, et de bonne croisure, g. ghastel. Éloge du boa duc Philippe.

— ÉTYM. Croiser.

CROÎT (kroî; le t ne se lie pas dans le parler ordinaire; au pluriel, l's se lie : lescroî-z appartiennent....), s. m. || 1° Terme d'agriculture. Augmentation d'un troupeau parles naissances de chaque année. Le cheptel se donne à perte età croît. || 2° Terme de droit. Lecroltdes animaux. Le croît appartient au

propriétaire La plupart sont déjà Aussi grandes

que leurs mères; Le croît m'en appartient, la font. Fabl. iv, 12. || Bail à croit, bail de bétail fait à charge d'en partager le produit. || Croit de cens, synonyme de surcens.

— hist. xiii' s. Qui vos donra [donnera] de rentes crois, Partonop. v. 6309. Et se aucuns tient en fié franc, la garde de l'enfant et des choses sont ou pooir au plu» prés, et sunt tuit li croiz des fruiz et dou fié

CRO

à celi qui l'a en garde, Liv. de just. 58. Mors fait laissier usure et crois, helinand, Vers sur la mort, dans raynouard. || xive s. Un agneau que le suppliant avait baillié en croiz et en chatel [cheptel] à Guiot, du cange, crescentia. Comme le suppliant eust pris à crois et en chastel deux buefs, id. ib. || xvi" s. L'homme marche entier vers son croist et vers son decroist, mont, m, 274. Ceux qui ont droit de mettre bestes chevalines et vaches avec leurs suittes, n'y mettront que le croist et suitte de l'année seulement, Coust. génér. t. il, p. 8. Toutes manières de bestes se peuvent bailler à croist et chaptel, le dit chaptel estimé par le bail pour tel prix qu'il sera convenu entre les parties, ib. t. i, p. 888.

— ÉTYM. Croître; wallon, cruz, le surplus d'une chose; Berry, croît, croissance (cet enfant a fait son crott), et le cret, le croît; provenç. creys.

CROÎTRE (kroî-tr'; au xvn° siècle plusieurs prononçaient craltre; et en effet les poètes font rimer croître avec des sons en aître; La victoire aura droit de le faire renaître; Si ma haine est trop faible, elle la fera croître, corn. Sert, ni, 4; Celui qu'ils craignaient fut le maître; Proposez-vous d'avoir le lion pour ami, Si vous voulez le laisser croître, la font. Fab. n , ( ; À\ de moindres objets tu peux le reconnaître; Contemple seulement l'arbre que je fais croître, louis rac. Religion, i. Quel parti prendre ? où suis-je? Et qui dois-je être? Sur quel terrain puis-je espérer de croître? volt. Pauvre diable. Cette prononciation est tout à fait abandonnée par l'usage), je croîs, tu croîs, il croît, nous croissons, vous croissez, ils croissent; je croissais; je crûs, tu crûs, il crût, nous crûmes, vous crûtes, ils crûrent; je croîtrai; je croîtrais; croîs, croissons; que je croisse, que nous croissions; que je crusse; crû, crue; croissant, v. n. irrég. || Ie Acquérir une taille plus grande, se développer, en parlant des êtres animés. Cette pluie a fait croître les blés. Ils sont crûs de six grands doigts, voit. Lett. 42. Laissez-le croître, ce roi chéri du ciel; il saura tantôt se servir, tantôt se passer de ses plus fameux capitaines, boss. Louis de Bourbon. Ainsi l'on vit l'aimable Samuel Croître à l'ombre du tabernacle, rac. Athal. n, 9. Le bois qui, dans le même terrain, croît le plus vite est le plus fort; celui qui a crû lentement est plus faible que l'autre, buffon, Exp. sur les végét. 1er mém. Toutes les parties d'un corps organisé ont à croître, et, tandis qu'elles croissent, elles continuent à s'acquitter des fonctions qui leur sont propres, bonnet, Consid. corps organ. Œuvres, t. v, p. 300. Cejeune homme qui croissait pour changer la face de la botanique, condorcet, Linné. Ce retard donnait aux moissons nouvelles des Russes le temps de croître; elles nourriront sa cavalerie [de Napoléon]; son armée traînera moins de transports à sa suite, ségur, Hist.deNap. Il, 5. || Ne faire que croître et embellir, se dit d'une jeune personne qui devient plus belle en devenant plus grande. || Fig. Des caresses qui ne faisaient que croî tre et embellir, hamilt. Gramrn. 1 ) . Une passion qui ne fait que croître et embellir, volt. Lett. à Cath. 63. || Ironiquement. L'approche de l'air de la cour a donné à son ridicule de nouveaux agréments, et sa sottise tous les jours ne fait que croître et embellir, mol. Comt. d'Escarb. ). || Il est crû comme un champignon, tout en une nuit, se dit d'un homme de néant qui a fait une grande fortune en peu de temps. || 2° Par extension. Croître en beauté, en sagesse, en vertu, acquérir progressivement plus de beauté, plus de sagesse, plusdevertu. || 3° Provenir,enparlantdes végétaux. 11 ne croît pas de blé en ce pays. La vigne ne crott pas dans les pays du nord. || Par extension, en parlant de choses inanimées. Cette pierre est crueen unegrande montagne, pasc. Proph. 25. || Fig. Il y crott [à Paris] des badauds autant et plus qu'ailleurs,C0RN. Ment, i, ). || 4° Devenir plus grand, en parlant des choses inanimées. Les pluies ont fait croître la rivière. La lune commence à croître. Le Dieu de Seine était dehors X regarder croître l'ouvrage, malh. ii, 3. Puisque le jugement nous croît par le dommage, Régnier, Épît. n. Ton nom ne peut plus croître, il ne lui manque rien, corn. Hor. il, 5. Ainsi l'ont autrefois versé [leur sang] Brute et Manlie ; Mais leur gloire en a crû loin d'en être avilie, id. Poly. v, 4. Mais malgré ma bonté qui croît plus tu l'irrites, id. ib. v, 2. Votre péril croîtrait, et je serais perdue, id. Rodog. m, I. Malgré tous mes respects je vois de jour en jour Croître sa résistance autant que mon

amour, id. Perthar. n, 3 Un si rare mérite

Semble croître de prix quand par force on le quitte, id. Serlor. I, 3. Vos impostures croissent tous les jours, pasc. Prov. 15. C'est ainsi que vous faites croître peu à peu vos opinions, id. ib. 13. La faveur

CRO

de Mme de Maintenon croit toujours, sév. 432. Les persécutions feront croître l'Église, boss. Hist. n, 7. Sa grandeur est crue selon la mesure de sa bassesse, id. Asc. i. Cependant l'empire des Perses allait croissant, id. Hist. i, 8. Que le trouble, toujours croissant de scène en scène, Â son comble arrivé, se débrouille sans peine, boil. Art p. m. [CetamourJ Dont les feux avec nous ont crû dans le silence, rac. Baj. n, 6. Je sens croître ma joie et mon étonnement, id. Iphig. n, 2. Je vois mes honneurs croître et tomber mon crédit, id. Brit. i, l. Ah! laisse à ma fureur le temps de croître encore, id. Andr. n, 1. Le trouble semble croître en son âme incertaine, id. Phèd. v, 6. Votre douleur redouble et croît à chaque pas, id. Iphig. n, 1. Plus la dépravation sembloit croître parmi les hommes.... mass. Av. Noël. Il y a, dans la cour d'une mosquée, une colonne où l'on marque les degrés de l'accroissement du Nil, et, chaque jour, des crieurs publics annoncent dans tous les quartiers de la ville de combien il est crû, rollin, Hist. anc. Œuvres, t. i, p. 37, dans pougens. De sorte que le pouvoir va croissant et la sûreté diminuant, jusqu'au despote, sur la tête duquel est l'excès du pouvoir et du danger, montesq. Esp. vin, 5. La quantité de marchandises et denrées croit par une augmentation de commerce, id. ib. xxn, 8. Depuis les Perses nous voyons croître le luxe en Asie et, par conséquent, les dépenses; mais nous ne voyons pas croître les richesses prises pour la masse des denrées et des matières premières , condillac , Hist. anc. Lois, ch. 9. Comme si l'objet de l'intrigue n'était pas rempli quand l'intérêt croît d'acte en acte, marm. Re'p. à La Harpe, Œuvres, t. xvn, p. 31, dans pougkns. Et les maux de l'exil et de l'oppression Croissent au souvenir de sa chère Sion , delille, Pitié, iv. || 5° V. a. Augmenter, accroître. Qu'à des cœurs bien touchés tarder la jouissance C'est infailliblement leur croître le désir, malh. ii, 8. M'ordonner du repos, c'est croître mes malheurs, corn. Cid, n, 8. Regarde-le plutôt pour exciter ta haine, Pour croître ta colère et pour hâter ma peine, id. ib. in, 4. Mais la plus belle mort souille notre mémoire, Quand nous avons pu vivre et croître notre gloire, id. Cinna, il, t. Ma mort était ma gloire, et le destin m'en prive Pour croître mes malheurs et me voir ta captive, id. Pomp. ni, 4. Loin de me soulager, vous croissez mes tourments, id. ilédée, v, 3. De ceux qui m'ont trahi croissez l'indigne nombre, id. Perthar. v, 3. Me plaindre à l'empereur serait croître ma peine, rotrou, Bélis. in, 3. Peuvent-ils [les domestiques] croître leurs gages en se garnissant? pasc. Prov. 6. Je ne prends point plaisir à croître ma misère, rac. Baj. m, 3. Que ce nouvel honneur va croître son audace, id. Esth. m, 3. Tu verras que les Dieux n'ont dicté cet oracle Que pour croître à la fois sa gloire et mon tourment, id. Iphig. iv, t. Faut-il payer si cher cette paix d'un moment Qui croîtrait à la fois ma honte et mon tourment? delille, Par. perdu, iv. Pourquoi chercher vous-même à croître vos ennuis? ducis, Otltello, v, 2. || Proverbe. Mauvaise herbe croît toujours, se dit par plaisanterie des enfants qui grandissent beaucoup. ||À chemin battu il ne croît point d'herbe. || On disait par plaisanterie à ceux qui se plaignent qu'une chose n'est pas assez grande: Faites-la éternuer et lui dites : Dieu vous croisse.

— REM. 1. Croître se conjugue avec l'auxiliaire aiotr quand il exprime l'action de croître : La rivière a crû d'un pied; cet enfant a crû de trois centimètres. Il se conjugue avec l'auxiliaire être, quand il exprime l'état : La rivière est crue; cet enfant est crû de deux pouces. || 2. Croître a été employé activement; c'est du reste un archaïsme, mais qui est de très-bon usage dans la poésie et la prose élevée.

— SYN. croître, augmenter. Croître se dit des êtres animés dont la taille devient plus grande : Cet enfant croît rapidement; cet arbre a crû beaucoup dans l'année. Augmenter ne peut se dire des êtres animés: ni un enfant ni unarbre n'augmentent; augmenter implique une idée d'agrandissement en tous sens qui n'est pas dans croître. Mais quand il s'agit de choses au propre ou au figuré, croître et augmenter sont synonymes; sa générosité croît ou augmente tous les jours; l'incendie croît ou augmente; avec cette nuance cependant que croître porte à l'esprit l'idée d'un développement semblable à celui d'un être animé, et augmenter celle d'un agrandissement brut et en tout sens.

— hist. xie s. Soleil n'i luist, ne blet n'i puet pas creistre, Ch. de Roi. lxxvi. || xir s. En France crut si dolereus tourment, Ronc. p. 07. Dex! puis leur est si grant peine creue, ib. p. C9. Par Guenelon me

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croist peine moût grant, Itonc. p. 86. Car sor chascun [il] fist croistre unaubespin, tb. p. 155. Croistre [il] vous veut d'onor et de bernage, ib. p. < 59 Belle nièce Aude, or vous croist segnorie, ib. p. 160. Ja n'i croistra vos los ne vos honors, Couci, vu. Si [la reine Blanche] fait fermer [fortifier] chastiaus, pour mieus valoir; De tant sont jà par lui [elle] creû si hoir, hues delà ferté, Romancero, p. 183. || xiii* s. Dame, ce distli rois, honor vous est creiie, Berte, lxxx. En plorant s'en part Berte, cui Diex croisse bontés, ib. cxxxn. Et tout adiès croissoit li os [l'armée] de jor en jour, h. de valenc. n. Et l.ien saciez de voir que vous avez aillours deux tans de gens que vous n'avez chi , et se iestes en vôstre terre, et toujours vous croistront gent, Chr. de Rains, p. 76. Devant els [ils] virent un enfant; Genz ert et grant et ben creûz, Lai del désiré. Car les gens le conte croissoient, Qui plus et plus tous jours venoient, Bl. et Jeh. 4236. Toute autre manière de fruit crut en règne de France, aus, oignons, Liv. des met. 32. Quant li arbres furent creu, la Rose, 599. Et si estoit [un pin] si haut creûs, Qu'où vergiern'ot nul si bel arbre, ib. 1438. Cil qui à lui ira de moi iert afiés; Si li croistrai sa rente de mil mars d'or pesés; Si iert tote sa vie mes drus et mes privés, Ch. d'Ant. v, 470. Tout soit-il ainsi que li vin ou li blé soient encore sor les liex où il crurent, beaum. xliv, 41. Et se le [la] mesure est plus grans qu'à Clermont, si comme ele est en aucunes viles, on doit croistre du pris, id. xxvii, 16. || xiv* s. Donnons povoir de mander et assembler gens d'armes et de pié, de les croistre et amenuiser toutes et qtiantes fois que bon vous semblera, Ord. des rois, t. m, p. 160. Et les richesses de celui qui pesche [pèche] en prodigalité ne croissent pas moult, oresme, Eth. 108. || xvs s. Finalement leur défense ne valut néant, car gens d'armes frisques et nouveaux croissoient toudis sur eux, froiss. I, i, 108. Les saisons passèrent, et ce jeune duc de Guéries cresist en honneur, en force, en sens et en grand vouloir de faire armes, id. il, m, 94. Afin qu'en eulx dignité plus en cresse, Ch. d'orl. Compl. de la France. Estez nounist et croist selon raison Vignes et blez et tous biens de nature, e. desch. Adieu jeunesse. Afin que chascunsoit engrant [désireux] De croistre [enchérir], et que au plus offrant.... id. Poésies mss. f° 407, dans lacurne. Pour lorsle cueur lui estoit creu, et ne se trouvoit point humble envers ledit duc comme autrefois, comm. n, 5. || xvie s. Ce qu'ilz ont fait, car par rapt, tromperie, Ont augmenté et creu leur seigneurie, Malle herbe croist trop plus que l'on ne veut, j. marot, v, 69. 11 mesloitdans sa mangeaille des pierres pour en croistre la mesure, mont, ii, 176. En la grande place de Syracuse l'herbe estoit crue si haulte et si forte que les chevaux y paissoient, amyot, Timol. 32. Au moyen de quoy le cueur leur estant creu, ilz allèrent incontinent mettre le siège devant la ville d'Acerres, id. Marcel. 6. En une abbaye au dessous de Beaurevoir, où croist la rivière de l'Escaut,

— ÊTYM. Berry, crétre; wallon, crèhe, au participe, créhou, crû; namurois, crèche, au participe, créchu; rouchi, crécher; saintong. crétre; provenc. crescer, creisser ; catal. crexer , espagn. crecer ; ital. crescere; du latin crescere.

CROIX (krol; l'a; se lie : une croî-z argentée), s. (. || 1° Sorte de gibet où l'on attachait, dans l'antiquité, certains criminels. Le supplice de la croix. Il le fit attacher en croix au pied du rocher, vaugel. Q. C. liv. vu. Les haches et les croix sont lasses de trépas, rotr. St Gen. n, 8. Un soldat qui gardait les croix vit de la lumière dans le monument, stévremond, Matrone d'Éphèse. Ils l'attachèrent à une croix qui était un supplice ordinaire chez les Carthaginois, et l'y firent périr, rollin, Mist. anc. Œuvres, t. i, p. 330, dans pougens. La colère du roi n'étant pas encore assouvie, il fit voir un spectacle horrible aux yeux même des vainqueurs; ces deux mille hommes étant restés du massacre, après qu'on fut las de tuer, il les fit attacher en croix le long du rivage, id. ib. t. vi, p. 289. A la croix, il [Jésus] regarde dans les prophéties ce qui lui restait à faire, il l'achève, et dit enfin : Tout est consommé, boss. Hist. n, 6. Aussitôt qu'il [Jésus] fut à la croix, le voile qui couvrait le sanctuaire fut déchiré de haut en bas, et le ciel fut ouvert aux âmes saintes; c'est au sortir de la croix et des horreurs de son supplice qu'il parut à ses apôtres, glorieux et vainqueur de la mort, afin qu'ils comprissent que c'est par la croix qu'il devait entrer en la gloire et qu'il ne montrait point d'autre voie à ses enfants, id. tb. La croix est la vraie épreuve de la foi , le vrai

fondement de l'espérance, le parfait épurement de la charité, en un mot le chemin du ciel; Jésus-Christ est mort à la croix, il a porté sa croix toute sa vie; c'est à la croix qu'il veut qu'on le suive, et il met la vie éternelle à ce prix, id. tb. Et, d'une infâme croix souffrant l'ignominie, Doit la mort aux ingrats qui lui devront la vie, delille, Par. perdu, xii. || 2° Le bois même où Jésus-Christ fut attaché. La vraie, la sainte croix. || Invention de la sainte croix, Exaltation de la sainte croix, nom de deux fêtes que l'Église romaine célèbre : la première le 3 mai, en mémoire de ce que sainte Hélène, mère de Constantin, trouva la vraie croix; la seconde le 14 septembre, en mémoire de ce que Héraclius rapporta sur le Calvaire la vraie croix enlevée quatorze ans auparavant par Cosroès roi de Perse. || Fig. Mettre une injure, une disgrâce, son ressentiment au pied de la croix, se résigner, pardonner pour l'amour de Dieu. || 3° Par extension, le christianisme. Faire triompher la croix. L'étendard de la croix. La prédication du mystère de la croix est folie à ceux qui périssent et ne parait un effet de la puissance de Dieu qu'à ceux qui se sauvent, c'est-à-dire à nous, boss. Hist. il, n. Un ouvrage [le monde] dont il [l'homme] entendait la sagesse ne l'a point touché; un ouvrage lui est présenté où son raisonnement se perd, et où tout lui paraît folie, c'est la croix de Jésus-Christ, id. tb. La conversion du monde ne devait être l'ouvrage ni des philosophes ni même des prophètes; il était réservé au Christ, et c'était le fruit de sa croix, id. tb. Constantin devenu la conquête de la croix, mass. Pet. car. Drap. Paris va révérer le martyr de la croix, volt. Zaïre, n, 3. Quand la croix, si honteuse et si dure aux pervers, N'aurait pas subjugué le perfide univers, A sa morale seule on la croirait divine, bernis, Relig. vengée, x. || 4"Terme de dévotion. Affliction que Dieu envoie aux hommes pour les éprouver. Aussi le corps se plaint, le corps gémit sans cesse, Accablé sous les moindres croix, corn. Imit. i, 21. La loi la plus propre à l'Evangile est celle de porter sa croix, boss. Hist. n, 6. Jésus ne promet que des afflictions et des croix, id. Serm. Sept. Les croix que Dieu nous envoie, id. Souff. 2. Leurs croix leur sont insupportables, fléch. Serm. i, 95. On a bien de la peine à se convaincre de la bonté avec laquelle Dieu accable de croix ceux qu'il aime, fén. xvm, 430. Les dégoûts du monde sont des croix forcées qui nous viennent sans nous consulter, mass. Car. Dégoûts. Porter les croix que sa bonté nous ménage, id. Av. Affl. Un lien mal assorti devient votre croix de tous les jours, id. tb. Il faut trouver le secret de porter sa croix, id. Car. Samar. Le monde nous fournit des croix et des afflictions, id. tb. Mot. de conv. || Chacun a sa croix, chacun a ses peines, ses souffrances. || 5" Simulacre représentant la croix de Jésus-Christ. Elever, planter une croix. Porter une croix. Tandis qu'il assiégeait Maxence dans Rome, une croix lumineuse lui parut en l'air devant tout le monde avec une inscription qui lui promettait la victoire.... Le lendemain il gagna cette célèbre bataille qui défit Rome d'un tyran et l'Église d'un persécuteur; la croix fut étalée comme la défense du peuple romain et de tout l'empire, boss. Hist. i, H. Jusqu'au jour, où des morts perçant la voûte sombre, Une voix, dans le ciel les appelant sept fois, Ensemble éveillera ceux qui dorment à l'ombre De l'éternelle croix, lamart. Mc'd. 22. Il fallut de longs efforts pour arracher à la tour du Grand-Yvan [au Kremlin] sa gigantesque croix; l'empereur voulait qu'à Paris le dôme des Invalides en fût orné, ségur, Hist. de Nap. vin, 10. || Aller, marcher avec la croix et la bannière, se dit d'une solennité ecclésiastique, quand, en procession et avec la croix et la bannière de l'église, on va recevoir un grand dignitaire de l'église, un évêque, un cardinal, etc. || Fig. Aller au-devant de quelqu'un avec la croix et la bannière, aller à sa rencontre, le recevoir avec beaucoup d'appareil. || Il faut aller le chercher avec la croix et la bannière, se dit de celui avec lequel on est obligé de faire de grandes cérémonies. || Terme de jurisprudence des temps barbares et aussi du moyen âge. Jugement de la croix, jugement qui se faisait par la croix, sans qu'on sache exactement en quoi l'épreuve consistait; cependant les érudits pensent que celui qui subissait ce jugement était mis au pied d'une croix, les bras étendus en croix, et qu'il était condamné s'il ne pouvait garder cette position un temps déterminé ou aussi longtemps que son adversaire. Charlemagne ordonna que, s'il survenait quelque différend entre ses enfants, il fût terminé par le ju-

gement de la croix; Louis le Débonnaire borna ce jugement aux affaires ecclésiastiques, montesq. Esp xxvin, 18. [J Croix qu'on élevait autrefois aux lieux où était arrivé un accident, où s'était commis un assassinat. || Croix de Sain't-André ou croix de Bourgogne, croix en forme d'X. || Dans la charpente, croix de Saint-André se dit de l'assemblage de poteaux ou de pièces de bois qui se coupent diagonalement et qui arc-boutent les pièces d'un pan de charpente. || Croix de Saint-André s'est dit de pièces de bois disposées en croix de Saint-André sur lesquelles le bourreau étendait le criminel qu'il allait rouer. |j Croix de Saint- André se dit du pavage d'une place à laquelle aboutissent quatre rues. || Dans la marine, croix de Saint-André se dit d'une forte sangle placée quelquefois en sautoir sur l'avant de la misaine pour la fortifier. || Croix grecque, croix dont les quatre branches sont d'égale longueur. Croix latine, croix dont la branche inférieure est plus longue que les trois autres. Une église est bâtie en croix grecque, en croix latine, quand elle représente une croix grecque, une croix latine : le plan de l'église de Sainte-Geneviève à Paris est une croix grecque; celui de l'église Notre-Dame est une croix latine. || 6° Petit ornement, en forme de croix. Cette croix dont cent fois mes soins vous ont parée, Peut-être entre vos mains est-elle demeurée Comme un gage sacré de la fidélité Que vous deviez au Dieu que vous avez quitté, volt. Zaïre, i,i. || Croix pectorale, croix d'or, d'argent ou de diamants que les archevêques, évoques, etc. portent suspendue au cou. || Prendre la croix, s'enrôler dans une croisade contre les Mahométans ou les hérétiques; locution qui vient de ce que les croisés portaient sur leurs vêtements la figure d'une croix. Tout le monde prit donc la croix et les armes, montesq. Rom. 23. Adémar de Monteil, évêque du Puy, demanda le premier à entrer dans la voie de Dieu et prit la croix des mains du pape; plusieurs évoques suivirent son exemple.... tous les fidèles promirent de respecter les décisions du concile, et décorèrent leurs vêtpments d'une croix rouge, de drap ou de soie; ils prirent dès lors le nom de croisés, michaud, Hist. des crois, i, an 1095. || Privilège de la croix, privilège qu'avaient les croisés de n'être pas poursuivis pour dettes, de ne pas payer d'intérêt des sommes à eux prêtées, de ne payer ni collectes ni tailles. || Filles de la Croix, filles vivant en communauté dont l'occupation était de tenir des écoles chrétiennes et d'instruire les personnes de leur sexe; l'institut est de 1265. || Chanoines de la Sainte Croix, chanoines réguliers fondés par Théodore de Celles en 1211, qui suivaient la règle de saint Augustin, qui étaient vêtus de blanc avec un scapulaire noir et une croix blanche et rouge par-dessus et qui, en chantant l'office au chœur, portaient l'aumusse noire. || 7° Le signe de la croix, signe que les chrétiens font en portant la main au front, à la poitrine, puis à l'une et à l'autre épaule. || Fig. Quand je le vis entrer, je fis un grand signe de croix, j'éprouvai de la surprise, de la peur. || 8° Croix de par Dieu, croix de par Jésus, alphabet où l'on appreuait à lire aux enfants, ainsi dit parce que le titre est orné d'une croix, qui se nommait croix de par Dieu, c'est-à-dire croix faite au nom de Dieu. C'est un homme qui sait la médecine à fond, comme je sais ma croix de par Dieu, mol. Pourc. i, 7. Ce siècle-là [de Louis XIV] est en tout supérieur au vôtre depuis l'astronomie jusqu'à la croix de par Dieu, p. l. cour. Lett. n, 210. Il Fig. Les commencements tout à fait élémentaires. Prétend-il nous renvoyer à la croix de par Dieu? Il En être encore à la croix de par Dieu, être obligé de recommencer une affaire, quelque procédure mal faite. || 9" Disposition en forme de croix. Les pétales des crucifères sont disposés en croix. Avoir, mettre les jambes en croix. Il met ses bras en croix, pasc. Proph. 28. || Baiser les pouces en croix, faire les vœux les plus ardents pour le succès d'une affaire. || La croix de l'épée, sorte de croix que formait la poignée des épées des chevaliers et que forme encore la poignée de l'épée quand on n'en considère que la partie horizontale et la partie perpendiculaire, y Mariage sur la croix de l'épée, sorte de promesse militaire de mariage. Il entre avec un homme à lui dans ce couvent, trouve Mlle de Vaubrun qui l'attendait, la prend, la met dans un carrosse, la mène chez M. de Gesvres, fait un mariage sur la croix de l'épée, couche avec elle, et, ce matin, dès la pointe du jour, ils ont disparu tous deux, et on ne les a pas encore trouvés, sév. t. ix- Lett. 871, p. 3, dans pougens. || Terme de botanique. Croix de Calatrava ou de Saint-Jacques, espèce d'amaryllis. || Croix de chevalier de Jérusalem ou de

CRO

Malte, ou, simplement, croix de Jérusalem, plante d'ornement. || Croix de Saint-André, croisette velue. || Croix de Lorraine, espèce de cactus. || 10° Marque formée de deux traits croisés. Faire une croix au bas d'un acte quand on ne sait pas signer. Marquer quelque chose d'une croix. || Fig. 11 faut faire la croix, faire une croix à la cheminée, se dit quand quelqu'un fait quelque chose de singulier, qui ne lui est pas habituel, quand il commet une grosse sottise. Quand nous serons à dix, nous ferons une croix, mol. l'Étour. i, H. || Faire une croix, se dit surtout quand on voit une personne entrer dans une maison où elle n'était pas venue depuis longtemps. || Terme de musique. Signe qui marquait un trille. La croix ne s'emploie plus que dans la basse chiffrée pour indiquer les intervalles augmentés, etc. || 11° Décoration de divers ordres de chevalerie. La croix de Malte, du Saint-Esprit.de Saint-Louis, delà Légion d'honneur. Souvent ce lâche effronté Porte l'habit militaire Avec la croix au côté , bérang. Judas. Mon fils le baron, Quoiqu'un peu poltron, Veut avoir

des croix; Il en aura trois, id. Carabas Ailleurs

de vieux guerriers, Échangeant pour du pain, en les baignant de larmes, Ces croix prix de leur sang et l'honneur de leurs armes, delille, Homme des champs, iv, Var. et add. || Absolument, la croix, celle de la Légion d'honneur. Il a eu la croix pour une action d'éclat. || S. m. Grand-croix, celui qui a Je grade le plus élevé dans la plupart des ordres de chevalerie dont une croix est l'insigne. Le corps du grand maître d'Aubusson fut porté à l'église Saint- Jean sur les épaules des principaux grand-croix, bouiiours, Hist. d'Aubusson, liv. vi. Il [Renau] fut fait conseiller du conseil de marine et grandcroix de l'ordre de Saint-Louis, fonten. Renau. || S. f. Grand'croix, la décoration même que portent les grand-croix. On assure qu'il va recevoir la grand' croix de la Légion d'honneur. || 12° Le côté d'une pièce de monnaie opposé à la face et marqué autrefois d'une croix. Croix ou pile. Sans croix ne pile et n'ayant rien en somme Qu'un vieil habit.... la font. Maict. || Croix ou pile, croix et pile, croix-pile, sorte de jeu de hasard où l'un des joueurs jette une pièce de monnaie en l'air, l'autre nommant le côté qu'il veut de la pièce et gagnant si la pièce tombée présente ce côté. jEneas, en tout fort habile, Voulut qu'on jouât à croix-pile, scarron, Virg. trav. v. Pesons le gain et la perte, en prenant croix que Dieu est, pasg. Moyens, ). 11 y a un Chaos infini qui nous sépare; il se joue un jeu à cette distance infinie où il arrivera croix ou pile; que gagnerezvous? Par raison, vous ne pouvez affirmer ni l'un ni l'autre; par raison, vous ne pouvez nier aucun des deux, m. Pensées, part, n, art. 3. Supposons que l'on projette en l'air une pièce large et trèsmince dont les deux grandes faces opposées que nous nommerons croix et pile soient parfaitement semblables; cherchons la probabilité d'amener croix une fois au moins en deux coups, laplace, Essai philos, sur les probabilités, au commencement. || Je les jetterais à croix ou à pile, à croix et à pile, à croix-pile, se dit de deux choses dont le choix est indifférent. || 13" Terme d'astronomie. Croix australe, Croix du Sud, nom d'une constellation de l'hémisphère austral. || Grande Croix, le carré de Pégase. || 14" Latte croisée que les maçons et couvreurs suspendent au bout d'une corde quand ilsfunt une réparation au haut de la maison. Là je trouve une croix de funeste présage ; Et des couvreurs grimpés au toit d'une maison En font pleuvoir l'ardoise et la tuile à foison, boil. Sat. vi. || Croix géométrique ou bâton de Jacob, instrumenteomposéd'un long bâton et d'un autre plus court mis en croix, dont les pilotes se servaient pour prendre les hauteurs. || Terme de vénerie. Croix de cerf, petit cartilage en forme de croix, qui se trouvedansle cœur du cerf. || Morceau de bois portant les tètes de chardon à carder. || 15° Croix de mer, l'huître appelée manteau. || Pierre de croix, nom d'une sorte de pierre. M. Bucquet a donné à l'Académie un mémoire sur la pierre à qui sa configuration singulière a fait donner le nom de pierre de croix, condorcet, Bucquet. || 16° Terme de manège. Faire la croix à courbettes ou à ballottades, faire exécuter à un cheval des sauts, tels qu'ils simulent la figure d'une croix. || 17° Terme de blason. La réunion du pal et de la fasce. La croix est une des douze pièces honorables de l'écu. || Croix à degrés, celle dont le pied est posé sur une sorte d'escalier. || Croix de Toulouse, croix vidée, tréfiée et pommelée d'or, qui se met sur les armoiries qu'on prétend être descendues du ciel. || Croix de Lorraine, croix qui a deux traverses ou croisillons. || 18° Terme de marine. Forme que prennent les deux câbles

CRO

d'un bâtiment affourché, lorsqu'en évitant il passe par-dessous le câble qui ne travaille pas. || Être en croix, se dit des vergues brassées perpendiculairement à leurs mâts.

— SYN. croix, afflictions. Croix est du langage de la dévotion et exprime les peines que Dieu envoie aux hommes pour les éprouver. Afflictions n'implique rien de pareil; c'est le terme général qui indique les souffrances morales , sans se rapporter ni à une religion particulière ni à une dispensation de la Providence.

— hist. xie s. [La lance] Dont nostre sire fut en la cruiz navret, Ch. de Roi. clxxix.

— su" s. Monnayers [nous] ferons querre, lues que [dès que] pourrons ainçois; D'acier leur ferons faire angevins et mansois [monnaies] ; Du quint de nostre terre aurons piles et crois, Sax. xxxiii.

— xme s. Et par la grâce de Dieu si advint que li quens Thiebaus de Champaigne et de Brie prist la crois, villeh. ii. Sachiez que la renommée de cil saint homme alla tant qu'ele vint à Papostoille de Rome, Innocent, et l'apostoille envoya en France et manda al prodome que il empreschast des croiz [croisades] par s'autorité, id. i. L'espieu jusqu'à la croi [il] lui fait au corps couler, Bcrte, ni. Dame Dieu, qui en croi fu pour nous estendus, ib. xxiv. En croi sur l'herbe drue doucement [elle] se couchoit, ib. xxvm. Piteusement [elle] fait croi de ses bras sur son pis, ib. xxx. Ens en la sainte crois pour ton peuple sauver, ib. xliii. Li trahities a pris à dire, Rist et fist crois en mi sa chiere [visage] , Lai d'Ignaur. Coustume est en moult de liex qu'on fet crois de pierre ou de fust es quarrefors des quemins ou en autres liex, beaum.xxv, 24. Et lors frère Remon ala dire au roy, qui estoit en croiz sur le pont de la nef, tout deschaus, en pure cote.... joinv. 283. Et ont renoncié au privilège de croix prise ou à prendre, du cange, crux. Alors fu une croiserie [croisade] Dont on portoit la crois partie; Les crois furent, si come semble, De blanc et de vermeil ensemble, id. ib. Et lors fist l'en un croisement, Dont on portoitla croix devant, id. ib.

— xive s. [Que] Jehan, la vigile de l'ascension nostre Seigneur y portast un confanon ou baniere de l'église de Landricourt aux processions et crois, en la compaignie du curé et des gens d'icelle ville, du cange, crux. Le quel Jehan lui respondi qu'il renioit Dieu et la croix de Beleen, s'il mouroit jà par autres mains que par les siennes, id. ib. La première letanie en trois manières est appelée, au premier letanie gregnour; au secont est dite procession de septfourmes, au tierz est dite croix noires, id. ib. Caria table estoit d'or; en croix aloit ployant Par charnières d'or fin qui bien furent séant, Guescl. 9095. Et dois savoir que si croix [barres faites en croix sur une écriture] ya.... bouteiller, Somme rural, p. 186, titre 30, dans lacurne. Le moulin à vent et tout ce qui se meut et tourne à celuy moulin, est meuble ; et tout ce qui ne se tourne, c'est à sçavoir l'estache du moulin, l'estanfique et croix qui le porte, tout ce est héritage, id. ib. titre 74, p. 431.

— xv" s. Si se refroida grandement de cette croix [croisade] emprise et preschée, et contremandases officiers, froiss. i, i, 63. Par despit [l'hôtelier] m'a dit: est-ce manière De délivrer trois chevaulx la sepmaine Sans croix avoir; vuidez, allez arrière; Vous n'arez plus de moy ne foing n'aveine, e. desch. Poésies mss. f°208, lacurne. Là comptent hault, et ne leur chault du pris, Tant qu'il ne m'est demeuré croix ne pille, ib. f° 275. Â la porte de mon logis et de ma chambre me firent plus de cent croix blanches et des rymes contenant que.... comm. ni, 0. Il lui fit bailler cinquante mil florins à la croix sainct André, id, ni, 6. Le roy eut nouvelles de l'empereur qu'il avoit fait rafreschir ceulx de la dicte ville de Nuz.... et partant mist le dit duc de Bourgogne [qui l'assiégeait] à sa croix de par Dieu [ le mit au même point qu'il était au commencement du siège], Chr. scandai, de Louis XI, p. 228, dans lacurne. Quant à moi, je croy qu'on va plus à la court pour la croix d'or et d'argent [pièces de monnaie] que pour l'amour de celle de cèdre et de cyprès où Dieu souffri mort, le Jouvencel, f°25, dans lacurne. Se aucun damné [condamné] ou fuitif s'enfuit à l'église ou en cymitiere ou en lieu saint, ou si il s'aert [s'attache] à une croix qui soit fichée en terre, la justice laye le doit laisser en paix par le privilège de l'église, si qu'elle ne mette la main à luy, du cange, crux.

— xvie s. Le numbre de nos croix c'est à dire afflictions, ennuiz, fascheryes est selon le numbre de noz varletz, rab. Pant. v, 17. Qu'un chacun porte sa croix, calv. Instil. 6*8. Toute sa vie n'a esté qu'une

CRO

espèce de croix perpétuelle, id. ib. Mon frère, marquez-moi ceux qui ne sont pas bons, et y faites une croix, desper. Contes, i. Parquoy Caesar le feit mettre en croix, amyot, Anton. 104. Mettre un pied en croix par dessus l'autre [croiser les jambes] , id. Que la vertu se peut apprendre, 4. Elle commanda aux bourreaux qu'ilz crucifiassent et attachassent son corps à trois croix, id. Artax. 21. Ce muscle s'en va obliquement, croisant le premier en croix bour guignonne , paré , iv , ) 5. Chacune maison a sa croix et passion, lerolx de lincy, Prov. t. n, p. 270.

— êtym. Wallon, creûs ; rouchi, cro ; Berry, queroix, queroué ; picard, cros ; provenç. croiz; espagn. cruz; ital. croce; du latin crux, crucem.

CROIX-PILE (kroi-pi-T), s. f. Voy. croix.

f CROLER (kro-lé), v. n. Terme de fauconnerie, qui se dit des oiseaux de proie, pour fienter, se vider par le bas.

— ÉTYM. Sans doute crouler ou croler, qui s'est dit pour agiter, et qui ici exprime les mouvements de l'oiseau dans la défécation.

fCROMLEK. (krom'-lèk), s. m. Pierres verticales, disposées symétriquement en cercle et qu'on attribue aux anciens Celtes.

— ÉTYM. Bas-breton, kroumlech' , de kroumm, courbe, et lech' , pierre sacrée.

f CROMMYOMANCIE (kro-mmi-o-man-sie), s. f. Prétendue divination qui se pratiquait au moyen d'un oignon.

— ÉTYM. Kp6[j.(jLuov, oignon, et le suffixe mande. CROMORNE (kro-mor-n'), s. m. Ensemble des

tuyaux qui entrent dans un des jeux de l'orgue. || Sorte de trompette. Le cromorne fait la partie du cor anglais et se trouve à la quinte au-dessous du hautbois; il est à anche comme ce dernier, et, celuici étant à l'unisson de la trompette, le cromorne donne aussi la quinte au-dessous de la trompette, et non l'unisson de la trompette, comme le dit l'Académie, legoarant.

— ÉTYM.Allem. Krummhorn, de krumm, courbe, et Horn, corne, cor (voy. cor et corne).

f CRON (kron), s. m. Terre sablonneuse où l'on voit beaucoup de débris de coquillages.

f ). CRÔNE ou CROSNE (krô-n'), s. f. Terme de pêche. Endroit garni d'herbage et de racines dans lesquels se retire le poisson.

f 2. CRÔNE (krô-n'), s. m. Terme de marine. Machine qui sert dans les ports pour charger et décharger les navires.

fCRONOGRAPHIE (kro-no-gra-fie), s. f. Description de la planète Saturne.

— ÉTYM. Kpôvoç, Saturne, et-ypâ<peiv, décrire.

f CRONOGRAP1IIQUE (kro-no-gra-fi-k'), adj. Qui est relatif à la cronographie.

t CROQUADE (kro-ka-d'), s. f. Terme de peinture. Composition faite à la hâte et comme on fait un croquis, qui, lui, est non pas une composition, mais l'esquisse rapide d'une composition.

— Étym. Croquis.

i. CROQUANT (kro-kan), s. m. || 1° Terme méprisant. Un homme de rien, sans consistance, sans valeur. Passe un certain croquant qui marchait les pieds nus; Ce croquant par hasard portait une arbalète, la font. Fabl. n, t2. Quoi I après la figure que nous avons faite, à la barbe des grands et des étrangers de l'armée, quitter la partie comme des sots, plier bagage comme des croquants au premier épuisement des finances, hamilt. Gramm. 2. Quoi! Dorante, cet homme à maintien débonnaire, Ce croquant qu'à l'instant je viens de voir sortir, regnard, le Joueur, iv, 9. Ces croquants-là vous disent plus de sottises dans une brochure de deux pages que la meilleure compagnie de Paris ne peut dire de choses agréables et instructives dans un souper de quatre heures, volt. L'homme aux 40 écus, un bon souper. Bien qu'après coup tous ces croquants Osent me traiter d'antiquaille, bérang. Prétint. || 2° S. m. plur. Paysans qui se révoltèrent en Guienne sous Henri IV. La révolte des croquants.

— HIST. xvie s. La petite guerre des croquans, ainsi nommez, pour ce que la première bande qui prit les armes fut d'une paroisse nommée Croc de Limousin, d'aub. Hist. in, 382. Discourir sur un ordre nouveau, menacer de se faire croquan, et sur la monnoye de sa réputation mandier quelque pauvre repas, id. Conf. i, 5. La déroute des croquans en Limousin au nombre de quinze mille, sully, ilém. t. m, p. -«59, dans lacurne.

— étym. D'après d'Aubigné croquant vient du nom du village de Croc; d'après de Thou, de ce que les paysans révoltés criaient : aux croquants, c'està-dire à ceux qui croquaient, mangeaient les pauvres gens; ce qui, sans venir en confirmation de

CRO

cette dernière étymologie, contredirait celle de d'Aubigné, c'est croquart qui se trouve dans Froissart, i, i, 325: Ce croquart chevauchoit une fois un jeune coursier.

2. CROQUANT, ANTE (kro-kan , kan-t') , adj. |l 1° Qui croque. Biscuit croquant. || 2° S. f. Croquante, sorte de tourte croquante. || S. f. plur. Gâteaux d'amandes séchées au four. \\ S. m. Nom des cartilages dans la viande de boucherie.

— ÊTYM. Croquer.

CROQUÉ, ÉE (kro-ké, kée), part. p<u.ve'.|| 1° Mangé.

Des poulets croqués par le renard. || 2° Esquissé. Ce sont tous les plus violents sentiments qu'on puisse imaginer; mais ils sont croqués comme les grosses peintures: toutes les couleurs y sont; il n'y aurait qu'à les étaler, sév. (43. Il y a des chapitres importants qui ne sont que croqués, dider. Reflex. s. l'esprit. Qui voudrait te compter pour une créature? Tu n'en es qu'un essai croqué, lamotte, Fables, m. 8.

t CROQUE -ABEILLES (kro-ka-bè-11', Il mouillées), s. f. Espèce de mésange. || Au plur. Des croque-abeilles.

— ETYM Croquer, et abeille.

| CROQUE-LARDON (kro-ke-lar-don), s. m. Écor-

nifleur, parasite. || Au plur. Des croque-lardons.

— HlST. xvi" s. S'il n'y avoit que les enfants ou femme à la maison, lorsqu'il alloit en queste, il estoit si subtil et affecté croquelardon qu'il en avoit cuisse ou aile, Contes d'Eutrapel, dans le Vict. de

DOCHEZ.

— ÉTYM. Croquer, et lardon.

f CROQUEMBOUCHE (kro-kan-bou-ch') , s. m.

Terme de pâtissier. Toute sorte de pâtisserie croquante,et, particulièrement, certains petits bonbons glacés qu'on met comme ornement sur certaines pâtisseries. Des croquembouches bien faits.

— ÉTYM. Croquer, en, bouche.

f CROQUEMENT (kro-ke-man) , s. m. Action de

faire le bruit qui se produit quand on croque quelque chose.

— HlST. xvie s. En maniant la partie fracturée, on seul une crépitation et attrition, ou croquement, c'est à dire un bruit qui vient du fragment des os,

— ÉTYM. Croquer.

{ CROQUE - MITAINE (kro-ke-mi-tè-n') , s. m.

Monstre imaginaire, qui figure dans quelques contes de fées, et dont on fait peur aux petits enfants. Toi .... Prends l'arme de ce héros; Puis, en vrai croquemitaine, Tu feras peur aux marmots, bërang. Mirmid. || Avec le sens général d'épouvantail. C'est son croque-mitaine. || Au plur. Des croque-mitaines.

— ETYM. Croquer, et mitaine. Mais que signifie mitaine ici ? Est-ce pour dire à l'enfant que le monstre croquera ses mitaines et ses doigts avec? ou bien est-ce une altération du flamand metjien, petite fille, comme l'ont dit quelques-uns; étymologie satisfaisante pour le sens? Ce mot n'est pas dans les anciens dictionnaires.

CROQUE - MORT (kro-ke-mor) , s. m. Nom donné par plaisanterie ou moquerie à celui qui transporte les mortsau cimetière. || Au plur. Des croquemorts.

— ÊTYM. Croquer, et mort, parce que ces hommes vivent de leur emploi, ou plutôt parce qu'ils emportent les morts.

f CROQUE - MOUTONS (kro-ke-mou-ton), s. m. Nom donné, sous Henri IV, à une sorte de cavalerie légère.

— HlST. xvi" s. La cavalerie légère d'Henri IV pouvoit estre de cinq cents chevaux et cinq cents arquebusiers que l'on appelloit croque -moutons, Mém. d'angoulesme, p. 38, dans lacurne.

— ÉTYM. Croquer, et mouton; sobriquet venant sans doute des pilleries que faisaient les soldats.

f CROQUE-NOISETTE (kro-ke-noi-zè-f) ou CRO- QUE-NOIX (kro-ke-noî), s. m. Nom du muscardin, espèce de loir. \\Au plur. Des croque-noisettes.

— ÉTYM. Croquer, et noisette.

CROQUE-NOTE (kro-ke-no-f), s. m. Par dénigrement, musicien pauvre et pauvre musicien sans talent et sans ressources. || Par dénigrement aussi, musicien habile à croquer les notes, c'est-à-dire qui exécute assez bien, mais sans autre mérite. [Écoliers] qui dans mes mains ne devinrent pas de grands croque-notes, j. j. rouss. Conf. iv. Comme je ne fus jamais un grand croque-note, id. ib. vin. \\Au plur Des croque-note ou croque-notes.

— étym. Croquer, et note.

CROQUER (kro-ké). || 1° V. n. Faire un bruit sec, en parlant des choses que l'on broie en mâchant. Les macarons croquent sous la dent. || 2° V. a. Man-

CRO

ger des choses croquantes. Croquer des pralines. || 3" Par extension, dévorer. Le monarque des dieux leur envoie une grue Qui !»s croque, qui les tue, Qui les gobe à son plaisir, la font. Fabl. m, *. Croquons-les; le galant ne fit pas à demi, id. ib. v, <8. ....Vous leur fîtes, seigneur, En les croquant, beaucoup d'honneur, id. ib. vu, l. Aussitôt qu'à portée il vit les contestants, Grippeminaud, le bon apôtre, Jetant des deux côtés la griffe en même temps, Mit les plaideurs d'accord en croquant l'un et l'autre, id. ib. vu, <6. Les députés [lapins] retournèrent dire à leurs frères que cet étranger [le chat] n'avait garde de croquer les lapins, puisqu'il croyait en bon bramin à la métempsycose, fén. t. xix, p. 52. ||Fig. et familièrement. N'en croquer que d'une dent, être loin d'avoir obtenu ce qu'on désirait. Mais ils n'en croqueront, ma foi, que d'une dent, regnard, Démocr. iv, 3. Je leur jurerais, de mon côté, que les Thiriot et autres n'en croqueraient que d'une dent, volt. Lett. d'Argental, 13 juillet 1763. Il a rompu tout net le contrat, à cause de l'aversion qu'il a pour la famille de Cléante.... par là vous voyez que ce Cléante n'en croquera que d'une dent, la chapelle, Carrosses d'Orl. se. iO. || 4° Fig. Croquer une fille, un jeune cœur, obtenir les faveurs d'une femme. [Le jeune homme] Trop bien croyait, ces sœurs étant peu sages, Qu'il en pourrait croquer une en passant, la font. Mazet. Par où le drôle en put croquer, Il en croqua; femmes et filles, Nymphes, grisettes, ce qu'il put, Toutes étaient de bonne prise, id. Pâté. Il eût de la pomme d'Eve, Ah1 Croqué jusqu'au dernier pépin, bérang. Turlupin. Turpin d'abord trouve lui-même Cœur de vingt ans non profané; Mais un bon moine de Télème Le croque à l'instant sous son né, id. M. de Charl. || 5° Faire l'esquisse d'un tableau, d'un portrait. || Croquer le marmot, maugréer en attendant quelqu'un qui ne se presse pas. Monsieur le nouveau secrétaire, me disais-je pendant ce temps-là, prenez, s'il vous plaît, patience, vous croquerez bien le marmot, avant que vous le fassiez croquer aux autres, lesage, Gil Blas, vin. 3. || Croquer le marmot, dit Furetière, attendre longtemps sur les degrés, dans un vestibule, et, en général, en un lieu quelconque; locution venue de ce que les corapa

CRO

rien comprendre, id. Dict. de mus. au mot croque' note. || Au plur. Des croque-sols.

— ÊTYM. Croquer, et sol, note de musique.

CROQUET (kro-kè; le t ne se lie pas dans le parler ordinaire; au pluriel, \'s se lie : des kro-kè-z appétissants; croquets rime avec traits, succès, paix), s. m. || 1° Sorte de biscuit fort dur, garni d'amandes. Depuis ce temps-là, toute la famille royale aime les croquets, et l'on a même remarqué que, plus les princesses de cette maison sont aimables, plus elles ont du goût pour ces sortes de pain d'épice, chaulieu, Lett. à Mme de Lassay, Œuvres, 1. 1, p. i 19, dans pougens. || Sorte de pâtisserie sèche et assez mince qui croque sous la dent. || Fig. et populairement. Etre comme un croquet, être irritable, impatient, à cause de quelque chose qui a contrarié ou blessé. || 2° La bernache.

— ÊTYM. Croquer I.

CROQUETTE (kro-kè-f), s. f. Boulette de riz ou de pâte de pommes de terre, frite dans la poêle, de manière à présenter une surface croquante.

— ÉTYM. Croquet t.

f CROQUEUR, EUSE(kro-keur,keû-z'), i. m. et f. Celui, celle qui croque quelque chose. Un vieux renard....Grand croqueur de poulets, grand preneur de lapins, la font. Fabl. v, 5. || Fig. Un croqueur de femmes , un homme qui gagne facilement les bonnes grâces des femmes.... Tout le minois d'un vrai croqueur de nonnes, la font. Lun.

— ÉTYM. Croquer.

CROQU1GNOLE (kro-ki-gno-F), s. f. || 1° Sorte de pâtisserie sèche et très-dure. Manger des croquignoles. || 2° Chiquenaude donnée sur la tête ou sur le nez. S'appliqua mainte croquignole, Pocha ses yeux, mordit ses doigts, scarr. Virg. trav. iv. Au défaut de six pistoles, Choisissez donc sans façon D'avoir trente croquignoles Ou douze coups de bâton, mol. Mal. imag. i, i" intermède. L'un me baille un soufflet, et l'autre un coup de pied, L'autre une croquignole; enfin chacun s'empresse, Tout du mieux qu'il le peut, à me faire caresse, regnard, Pémocr. v, 2. Je prends la liberté de donner quelques croquignoles à leur maître [des janissaires], volt. Lett. àCath. 76. Ils prétendent que je me mets à genoux pour leur donner des croquignoles, id.

gnons peintres, quand ils attendent quelqu'un, s'a- > Rot de Prusse, <87 musent à faire sur les murailles le croquis de mar- — ÊTYM. Sans doute du verbe croquer à cause du mots. || Enfant gentil à croquer, d'une gentillesse bruit qui se produit ; mais la dérivation ne s'explique extrême. || Cela se dit aussi d'une jeune personne guère; elle est plus claire dans le wallon crokèle.

très-jolie ou très-agréable. Elle est jolie à croquer, gentille à croquer, ou, simplement, elle est à croquer. || 6° Faire l'esquisse, l'abrégé d'un discours, d'un récit. C'est un fait qui mérite d'être un peu expliqué pour réparer ce que j'ai trop croqué en parlant du retour du père [Villeroy], st-sim. 170, 43. Je gâte cette pièce par la grossièreté dont je la croque; c'est comme si un barbouilleur voulait toucher à un tableau de Raphaël, sév. t. vin, Lett. 761 , p. 31 , dans pougens. || Terme de musique. Croquer des notes, ne pas faire entendre toutes les notes d'un morceau, d'un trait. Croquer un passage, un trait, les passer. |[ 7° À la croque au sel, loc. adv. Sans autre assaisonnement que du sel. Manger du poulet à la croque au sel. Des artichauds, des radis à la croque au sel. [| Populairement et par menace, en parlant d'un homme à qui on se croit trèssupérieur, je le mangerais à la croque au sel.

— HlST. xve s. Or vous retournerez si povres et si nuds que les poux vous estrangleront, et vous les croquerez entre vos ongles, froiss. i, ni, t8. Il aperçut sur le bord de la cuve un très beau diamant qu'elle avoit osté de son doigt, doutant de l'eau le gaster : si le croqua si souplement qu'il ne fut d'ame aperçu, louis xi, Nouv. ni. || xvies. Vrai est que ces os lui croquoient parfois sous les dents; mais ils passoient nonobstant, desper. Contes, lxxy. Ils le serraient, le tournoient, le viroient en la foule, pour trouver moyen de croquer, [escroquer] cette gibecière, id. ib. lxxxi. Il y a aussi de la noblesse, qui pour des querelles qu'elle prend sans propos , ou pour croquer la dépouille d'un gros bénéfice, fait des ports d'armes, lanoue, iOa.

— ÉTYM. Croc, onomatopée.

f 2. CROQUER (kro-ké), v. a. Terme de marine. Croquer le croc de palan, le passer dans l'arganeau de l'ancre, afin de la remettre au bossoir.

— ÉTYM. Croc 2.

CROQUE-SOL (kro-ke-sol), s. m. Synonyme de croque-note dans la seconde acception. Il ne s'est pas donné, que je sache, pour un croque-sol ni pour un chantre de cathédrale, J. j. nouss. Dial. n. Un croque-sol, rendant plutôt les sons que les phrases, lit la musique la plus énergique sans y

f CROQUIGNOLER (kro-ki-gno-lé), v. a. Donner des croquignoles.

— ÊTYM. Croquignole.

CROQUIS (kro-kî; l's se lie : un kro-ki-z admirable), s. m. || 1° Terme d'art, surtout de peinture. Ouvrage fait à la hâte , qui n'a que les premiers traits, au-dessous encore de l'esquisse. Faire lecroquisd'une figure. || Esquisse d'un ensemble dont les détails ne sont pas terminés. || 2° Par extension. Il a jeté sur le papier un croquis de son poème. Lekain a une vieille Éryphile de moi; c'est une esquisse assez mauvaise de la Sémiramis; il serait ridicule que ce croquis parût, volt. Lett d'Argental, 8 mars 1775. Renvoyez ce croquis, afin qu'on tâche de vous présenter un tableau, id. Lett. Chauvelin, 28 août 1765.

— REM. Croquis ne se trouve dans le Dictionnaire de l'Académie qu'à partir de l'édition de 1762; il n'est pas non plus dans Furetière.

— ÉTYM. Croquer i .

+ CRORE (kro-r'), s. m. Nom donné, dans l'Inde, à une monnaie de compte valant cent lacks de roupies, pouvant dès lors être estimée à vingt-cinq millions de francs.

f CROSSANDRE (kro-ssan-dr'), s. f. Terme de botanique. Genre de la famille des acanthacées, ne contenant que deux espèces originaires de l'Inde.

— ÉTYM. KpoaiTÔ;, frange, et àvrip, mâle, étamine.

CROSSE (kro-s'), s. f. || 1" Le bâton pastoral des évoques. Les évoques n'avaient autrefois que des crosses de bois. Au temps passé du siècle d'or. Crosse de bois, évoque d'or; Maintenant changent les lois, Crosse d'or, évoque de bois, coquille, dans richklet. Où le vice orgueilleux s'érige en souverain Et va la mitre en tête et la crosse à la main, doil. Sat. i. Afin qu'un jour l'épée ou bien la crosse Trouvent un sot dans un Caton précoce, j. b. rouss. Épit. n, 6. || 2° La partie recourbée d'une tète de canne; et aussi, dans plusieurs provinces, le nom de la béquille qui se pose sous l'aisselle pour marcher sans toucîier à terre; on dit alors : marclier aux crosses. || Bâton recourbé, avec lequel les enfants s'amusent à chasser une pierre ou une boule. |]3° La partie, plus grosse que le resto, qui termine le bois I. — lli>

CRO

d'un fusil. La crosse d'un fusil. Donner des coups décrusse. Deux soldats.... Leurs crosses à l'épaule avançaient sur sa trace, lamart. Joc. ni, 94. || La crosse du mousquet était autrefois recourbée et faite en croc. || Mettre la crosse en l'air, retourner le fusil, ce qui est, de la part d'une troupe, le signe qu'elle cesse de combattre ou qu'elle se rend. || 4° Bâton allongé servant à fixer les claies d'un parc à moutons. || l'ièce du gouvernail d'un bateau. i| 5° Crosse d'aiguière, anse d'une aiguière faite en forme de crosse. || Couteau à crosse, couteau dont le manche est arrondi parle bout. || 6» Terme de métallurgie. Barre de fer que le marteleur ou le fondeur, avant de retirer la loupe du creuset, soude a cette loupe, afin de la manœuvrer avec plus de facilité sous le marteau. || 7° Terme de botanique. Inflorescence en crosse, fleurs portées par un axe recourbé sur lui-même, comme dans lesborraginées. || Terme d'anatomie. Crosse de l'aorte, la partie recourbée de ce gros vaisseau.

— liis.c. xi* s. En l'archevesque est bien la croce salve, Ch. de Roi. cxili. [Il pensait] Que pur co [ce]deust perdreecroce e dignité, Th. le mort. 43. || xiii" s. Et puis li mist on le [la] croche en la main seniestre, Chr. de Rains, 404. Li chevaliers tint une croce Dont il va les boissons bâtant; Et li vénères va cornant, Ren. 22372. Et lors il se leva, et s'apuia sur sa croce, joinv. 4 93. L'evesques Pierre de Chaalons beney en abbé M. Jehan de Mymeri . et li donna la croce, id. 291. ||xiv" s. Comme plusieurs jeunes gens feussent assemblez pour chouler [sorte de jeu] à la crosse les uns contre les autres, du cange, crossare. || xves. Deux crosses [abbayes crossées] , collège ensement [dans la ville de Vertus] , Et st. desch. Poésies mss. f° 364, dans lacurne. Tous biens mondains et toute crosse [gloire ou richesse] avoye [j'avois] , ib. f°4 88. Le long de la procession de l'Eglise il y avoit treize crosses [évêques], dont l'archevesque de Bordeaux faisoit le bout du costé dextre, math, de coucy, Hist. de Ch. Vil, p. 734, dans lacurne. Le duc de Bourgogne estoit retourné en son païs, et avoit le cœur très élevé pour cette duché qu'il avoit jointe à sa crosse, comm. p. 247, dans lacurne. || xvr3 s. Le sergent de qui Goas avoit tiré promesse de ne tirer que le bourre n'entrast, et de rompre croce sur cap, passe plus de la moitié du champ. — Les uns levèrent la croce en haut, d'aub. Htst. i, 288. L'archevesque de Coulongne avec 1500 chevaux, et 900 que lui envoia l'électeur de Trêves, quitta la croce et vint renforcer le siège, id. ib. il, 69. SesAnglois, pour braver, jetoient leurs chapeaux en l'air, et quand ce fust à tirer, n'aprocherent point la crosse de demipied du menton, ne blessèrent aucun de cette cavalerie, id. ib. m, 260. Les soldats du dedans aians joué de la crosse après avoir tiré....iD. ib. 405. Cet homme de crosse [ce prélat] ,id. ib. 438. Les malades cheminent quelque temps sur des crosses, paré, xiii, 2). Alors il chemine sans baston, potence ou croce, id. xiv, 42.

— ÉTYM. Génev. crosse, béquille ; provenç. crossa; anc. espagn. crosa; ital. croccia , gruccia ; bas-lat. crucia, crocia, crossa, croceus, bas- latin qui luimême est un dérivé du latin crux, croix. L'allemand Krùcke, béquille, bon pour le sens, ne l'est pas pour la forme : il n'aurait pas donné le c doux ou les deux ss.

i. CROSSE, ÉE (kro-sé, sée ) , adj. Qui a droit de porter la crosse. 11 n'y avait ni évêque, ni abbé crosse, volt. Phil. ni, 300.

— éty.m. Crosse.

2. CROSSE , ÉE (kro-sé, sée), part, passé. || i° Poussé avec la crosse. Balle crossée. || 2° Maltraité. Barbésieux [était] crosse par le roi comme un jeune homme, des débauches et des disparates duquel il était souvent mécontent, st-sim. 474, 79.

CROSSER (kro-sé). || 1° Y. n. Jouer à la crosse. Cet enfant est allé crosser. || 2° V. a. Crosser une balle, une pierre, la pousser avec la crosse. || Fig. et familièrement, traiter durement , avec mépris. On l'a crosse comme il le méritait. [LesSuIpiciens] troupe de barbes sales qui sans elle [Mme de Maintenon] n'avaient point de consistance, et que les jésuites tôt uu tard crosseraient avec le pied, stsim. ?45, 23. || 3° Terme populaire. Se crosser, v. réfl. Se battre, se chamailler.

— hist. xiv' s. Ainsi que les diz enfans croissoient ensemble [jouoient avec une crosse], du cange, crossare. || xves. Du quel baston icellui Jehan donna au suppliant pluseurs cops et collées, tant qu'il fist ploier et crosser le ferdu dit baston, id. ib. Item plus, je adjoins à la crosse Celle de la rue Sainct Anthoine, En ung billart de quoy on crosse, villon, Petit tes-

CRO

tam. || xvie s. Aussi chascun n'a pas mérité que d'un roy La libéralité luy face comme àtoy, Ou son archet doré, ou sa lyre crossée [cela s'adresse à Ronsard], du bell. vi, 9, verso.

— ÉTYM. Crosse.

CROSSETTE (kro-sè-f) , s. m. || 1° Terme d'agriculture. Branche de vigne ou de figuier, portant un peu de bois de l'année précédente, et qui sert à faire des boutures. || 2° Terme d'architecture. Partie d'un voussoir qui est prolongée horizontalement au delà du joint de la voûte. || S. f. Nom qu'on donne, dans les bâtiments, aux retours des chambranles de portes et de fenêtres; comme aux plâtres de couvertures, qui sont à côté des lucarnes.

— HIST. xvi* s. Il ne pensera qu'à choisir les bonnes races de raisins, planter les margoutes et les crossettes, les provigner, tailler, marrer, o. de serres, 4 5. Une vigne dont les crocetes ont esté portées directement de Candie, id. 4 5t. Vous cueillirez les crocetes pour aussitost, ou gardées durant quelques jours, estre plantées, ou mises barber ou cheveler, pour en faire des sautelles, id. 46).

— ÉTYM. Diminutif de crosse.

CROSSEUR (kro-seur), s. m. Celui qui joue à la crosse.

— ÉTYM. Crosser.

f CROSSILLON (kro-si-llon , Il mouillées), s. m. Extrémité recourbée d'une crosse

— ÉTYM. Crosse.

f CROSSOSTYLIDE (kro-sso-sti-li-d'), s. f. Terme de botanique. Genre de la famille des myrtacées, qui n'a qu'une espèce trouvée à Tahiti.

— ÉTYM. Kpo<7<jô;, frange, et oruXiç, colonnette.

f CROSSOTE (kro-sso-f), s. m. Terme de zoologie. Genre de coléoptères dont les espèces appartiennent à l'Afrique.

— ÉTYM, Kpoocrôç, frange.

f CROSSURE (kro-ssu-r'), s. m. Terme de zoologie. Genre de reptiles de la famille des sauriens.

— ÉTYM. Kpo5<7oç, frange, et oùpà, queue.

f CROTALAIRE (kro-ta-lè-r'), s. f. Terme de botanique. Genre de la famille des papilionacées.

— ÉTYM. Kpo'rolov, grelot.

| CROTALE (kro-ta-le), s. m. ||1° Terme d'antiquité. Sorte de cliquette. Et le rauque tambour, les sonores cymbales, Les hautbois tortueux et les doubles crotales, Qu'agitaient en dansant sur ton bruyant chemin Lefaune, le satyre et le jeune Sylvain, a. chén. Idylle, Racchus. \\ 2° Terme d'histoire naturelle. Nom de serpents qui ont des crochets cannelés et fistuleux sur l'os susmaxillaire, lequelne porte pas d'autre dent, et auxquels appartient le serpent à sonnette.

— ÉTYM. KpôxaXov , sonnette.

f CROTALIDÉ, ÉE (kro-ta-li-dé, dée), adj'.Terme de zoologie. Qui ressemble à un crotale. || S. m. plur. Crotalidês, famille de l'ordre des reptiles ophidiens.

| CROTALOÏDE (kro-ta-lo-i-d') , adj. Terme de zoologie. Qui a la forme du crotale, serpent. || S. m. plur. Les crotaloïdes, famille de reptiles qui a pour type le genre crotale.

— ÉTYM. KpÔTalov, grelot, et eîSoç, forme.

■J- CROTALOPHORE (kro-ta-lo-fo-r'), s. m. Terme de zoologie. Le même que le crotale, serpent.

— ÉTYM. KpôxaXov, grelot, et <popà;, qui porte.

f CROTALURE (kro-ta-lu-r'j , adj. Terme de zoologie. Qui a des grelots à la queue. || S. m. plur. Les crotalures, synonyme de crotaloïdes.

— ÉTYM. KpÔTaXov, grelot, et oùpà, queue.

f CROTAPHAL (kro-ta-fal), adj. Terme d'anatomie. Se dit d'une des pièces élémentaires du crâne.

— ÉTYM. KpÔTccpoç, tempe.

f CROTAPIIIQUE (kro-ta-fi-k'), adj. Terme d'anatomie. Qui appartient à la tempe.

— ÉTYM. Kpckacpo;, tempe.

f CROTAPHITÉ (kro-ta-fi-f), s. m. Terme d'anatomie. Le crotaphite, ou, adjectivement, le muscle crotaphite, le muscle temporal.

— HIST. xvr s. Les crotaphites, qui du milieu de leur ventre produisent leurs tendons, paré, i, 8. Le muscle nommé crotaphite, c'est à dire temporal, id. iv, 9.

— ÉTYM. KpoTocçtnqç, de y.pÔTacpo; , tempe.

f CROTON (kro-ton), i. m. Terme de botanique. Nom vulgaire du croton tiglium, L. qui fournit le bois des Moluques, et dont les graines, dites graines de Tilly, donnent par expression l'huile connue sous le nom d'huile de croton. Cette huile est un trèsviolent purgatif.

— ÉTYM. KpÔTow, nom que les Égyptiens donnaient au kiki ou ricin commun.

CRO

tCROTONlQUE(kro-to-ni-k'),adj. Terme de chimie. Acide crotonique, acide préparé en saponifiant avec la potasse l'huile de croton.

CROTTE (kro-f), s. f. || 1° Fiente globuleuse de certains animaux. Crottes de cheval. Crottes de brebis, de lapin. [L'escarbot] Sur la robe du dieu fit tomber une crotte; Le dieu, la secouant, jeta les œufs à bas, la font. Fabl. n, 8. || 2° Boue des rues. Il fait bien de la crotte. Il y a de la crotte sur votre habit. Ce sont des incommodités de Paris que j'appréhende beaucoup plus que les crottes, ni que la rencontre de charrettes, balz. liv. vu, lett. 27. Des crottes dans toutes les rues, scarr. Sonnet sur Paris. Nouvelle pension fatale à ma calotte , Précipice élevé qui te jette en la crotte, boil. Chapelain décoiffé. Sa mignonne chaussure fut bientôt percée; elle enfonçait dans la crotte, j. j. rouss. Conf. jx. || Les chiens ont mangé les crottes ou la crotte, se dit quand la gelée a séché les rues. || Fig. Être, tomber dans la crotte, être, tomber dans une condition basse et misérable. || 3° Cicatrices, croûtes sur la peau. Et fut pour étriller mes galles et mes crottes, Régnier, Sat. x. || Vieilli en ce sens.

— UEM. Le sens primitif est fiente de certains animaux; aussi, quand ce mot a pasïé au sen^ de boue, on l'a d'abord employé au pluriel. Aujourd'hui, au contraire, avec cette acception de boue, il ne se dit guère qu'au singulier.

— HIST. xive s. Les fientes des lièvres et des conninssont apelées crûtes, Modus, f°vi, verso. || xve s. Sinon aux trahistres chiens mastins Qui m'ont fait manger dures crostes Et boire eau maintz soirs et matins, Que ores je ne crains pas trois crottes, villon, G. testam. \\ xvr* s. Vérole de Rouen et crottes de Paris ne s'en vont jamais qu'avec la pièce, leduchat, sur Rabelais, p. 98, dans lacurne. Ses paroles s'entretiennent comme crottes de chèvre [sont sans suite], oudin, Curios. fr. add. Au jugement, crotte de chat vaudra autant que marc d'argenj, id. ib.

— ÉTYM. Provenç. crota de cabra, crotte de chèvre. On le tire ordinairement de crusta, croûte; mais la forme provençale ne permet pas cette dérivation. Diez demande s'il ne viendrait pas du germanique: suédois, klôt; allemand, Kloss, masse globuleuse ; le changement de VI en r ne faisant pas difficulté. Il n'est pas complètement sûr que crotte, dans le sens de croûte, cicatrice, soit de même origine que crotte dans le sens de boue ou de fiente; à la vérité, on peut croire que crotte, dans le sens de galle ou cicatrice, provient d'une comparaison de l'apparence qu'a un visage couturé avec un visage sali par des crottes ou de la crotte; mais il est possible aussi que crotte ait ici le sens de creux, cavité, qu'il a dans l'ancien français (voy. grotte).

CROTTÉ, ÉE (k'ro-té, tée), part, passé. ||1° Sali par la crotte. Un habit crotté. Me vit en se levant si sale et si crotté, Régnier, Sat. xi. Moi crotté jusqu'au cul, et mouillé jusqu'à l'os, id. ib. L'amour est nu, mais il n'est pas crotté, la font. Orais. 11 était crotté jusques aux genoux, iiamilt. Gramm. 9. || Familièrement. Être crotté comme un barbet, jusqu'aux oreilles, jusqu'à l'échiné, l'être beaucoup. Tandis que Colletet, crotté jusqu'à l'échiné, S'en va chercher son pain de cuisine en cuisine, boil. Sat. f. || Il fait bien crotté dans les rues, il y a beaucoup de boue. || 2° Fig. Qui a l'air misérable et sale. Il a l'air crotté. Il est bien crotté. || Poète crotté, un poêle misérable. Ce ne seront point quelques poètes crottés et mal vêtus, qui diront du bien de lui, balz. Avis écrit. Campistron était de ces poètes crottés qui meurent de faim et qui font tout pour vivre, st-sim. 205, 2.

CROTTER (kro-té), v. a. Salir de crotte. Crotter son pantalon. Ah! je devais du moins lui jeter son chapeau, Lui ruer quelque pierre ou crotter son manteau, mol. Sganar. se. 46. || Se crotte.-, v. réfl. Se salir avec de la boue. Prenez garde de vous crotter.

— HIST. xiii* s. Et lessiez ester les gelines Qui trop ont megres les eschines ; Megres sunt et entrepelées, Dures et vieilles et crotées, Ren. 2882. || xivs. Si les chiens sont mouillés ou crottés, Mënagier, m, 2. L'en doit laver le lart [tiré des pois où il a bouilli] de l'eaue de la char, afin qu'il n'appere ooint crotté de pois, ib. il, 5.||xves. Les compagnons d'icelles nopees portèrent le cochet, autrement dit le plat de l'espousée, en une taverne, où ils firent plein plat de souppes crotées, du cange, crolatus. || xvr s. Le chemin n'est ny fascheux, ny crotté, marot, il, 29. En vérité, damoyselle, vous estes crottée, palsgii. p. 445. Qu'on lui face du feu viste, le poure hommo est crotté jusques aux genoulx, ni. p. 636. Notre

CRO

CRO

CRO

Dame des Crottes, non pas qu'elle soit crotée, mais pour ce qu'elle est en quelque creux sous terre fait en façon de cave, car ce mot crote en cette signification vient du grec crypta, h. est. Apol. d'Ilérod. p. 603, dans lacurne. Nous disons qu'un homme qui est fort crotté est crotté en archidiacre, pasq. Recherches, liv. vin, p. 700, dans lacurne.

— ÊTYM. Crotte. Quant à soupe crottée, soupes signifiant tranches de pain, crottées désignait sans doute quelque chose qui les crottait, qui les garnissait, comme dans le ilénagier : du lard crotté de pois.

tCROTTIFIER(kro-ti-fié), v. a. Terme burlesque pour dire crotter. Jusqu'à la cheville du pied Le rendait croitifié, scarron, Virg. trav. v.

— ÉTYM. Crotte.

CROTTIN (kro-tin), s. m. Nom donné aux excréments formés d'un certain nombre de petites parcelles ou pelotes, comme ceux du mouton, du cheval.

— ÊTYM. Diminutif de crotte.

f CROTTON (kro-ton) , s. m. Morceau de sucre qui n'a pu passer par le sas.

— ÊTYM. Crotte, à cause de la forme.

f CROTU, UE (kro-tu, tue), adj. Marqué de petite vérole. Veux-tu que je coure baiser un visage noir et crotu? i. j. rouss. Nouv. Hél. iv, 8.

— ÉTYM. Crotte. On trouve croteux: Après cestuy, je vous empoignay la teste d'une croteuse femme d'un officier royal, palissy, 95.

t CROU (krou), s. m. Sorte de terre, dite aussi crain, argileuse et pierreuse, qui ne se laisse pas pénétrer par les racines des plantes, et s'oppose plus ou moins à la culture.

— ÊTYM. Le même que crou.

f CROUAS (krou-â), s. m. Un des noms provinciaux de la corbine.

t CROUCHADT (krou-chô), s. m. Nom d'une pièce de bois, qui fait la rondeur du devant d'un bateau.

t CROUE (kroû), s. f. Nom, dans la Lorraine, de portions de terres que les propriétaires abandonnent aux vignerons pour y cultiver des légumes.

CROULANT, ANTE (krou-lan, lan-t'), adj. Qui croule ou est prêt à crouler. Un édifice croulant. Quoi! ni leurs murs croulants n'ont pu les écraser, Ni leurs remparts en feu n'ont pu les embraser! delille, Enéide, vu. || Fig. Une société croulante, une société dont une cause quelconque sape les appuis.

— 11IST. xni" s. Or estoit si vix [vif] et crollans, Roi Guillaume, p. 82, dans le Gloss. fr. de du

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