‹ Dictionnaire de la langue française (volume 2)Chapitre 698 sur 754 · Sericon, sirtcon, minium. (Voy. au mot Jargon · texte numérisé non relu

Sericon, sirtcon, minium. (Voy. au mot Jargon

/17. Zarja, cuivre, métathèse de iJuo sojra, même sens. Alzofar, esp. azo/ar, laiton , est le même mot précédé de l'article.

/18. Zebeb, fumier, de Juj) zeb'tl, même sens.

69. Zengijur, zingijur, uzifur, uzujar, azemafor, cinabre; de y^') zindjafr ou zoundjoujr, même sens. Le portugais azinkavre, vert-de-gris, est certainement le même mot, quoique M. Dozy ait voulu le rattacher à jLtf^ zindjâr. (Voy. ci-dessus Azagor. ) Remarquez que azinhavre sonne presque à l'oreille comme cinabre, et reproduit lettre pour lettre l'arabe y^j!' az-zindjafr. Quant à sa signification, vert-degris au lieu de cinabre, il ne faut pas s'en étonner; les alchimistes , dans leurs dénominations , confondaient presque constamment des substances qui ne nous semblent plus avoir que des analogies lointaines. Dans le cas particuliei dont il s'agit, je puis citer à l'appui de ma correction; zynfer, vert-de-gris; azimar^, vert-de-gris et cinabre ;azamar, azemala, qui embrassent également ces deux significations. N'oublions pas que le vert-de-gris et le cinabre (confondu avec le minium*) font tous deux partie de la classe des zadj ou vitriols.

5o. Zub, zubd, zebd, beurre, de Oy) zoubd, même sens.

Alcool. Esp. et portug. nkohol, aragon. alcofol^, catal. alcofoll. 11 est bien démontré que l'étymologie de ce mot est l'arabe J^l al-kold, le coheul ou poudre d'anlimoine^ dont les femmes, en Orient, se teignent les paupières.

On sait que ce mot a été employé à désigner un grand nombre de collyres divers, tels que yusl jX, j**! J^à-,

' Le mimu mol se retrouve dans l'expression hlanc rasi't, blunc de plomh : «Le plomb aussi qui est noir, quand il est calciné par la vapeur salsilive du vinaijjre, il se réduit en blanc doplurnb, dcquoy la céruse est faite, et hhmc ratis, qui est la plus blanche de toutes les drogues.») (Bernard Palissy, ISece/ile vérilable, éiiii. Cap. p. lit.) C'est à lorl qu'on a quelquefois écrit Àl'ntm Hluais, comme si le mot venait du nom du célèbre médecin arabe ^jl^ Razi que nous appelons Rbazùs. Pour le changement, d'ailleurs l'réqueni , de ô en 1, voy. Eiigehnann, Gloss. p. aS.

, ' Martin Ruiand écrit muhach, viicha; ce .sont des erreurs de lecture, d'ailleurs faciles à commettre avec des manuscrits oij les points sur les i ne sont pas marqués.

^ Azimar me parait une faute de copiste, pour aiiniar. (Voy. ci-dessus AzaQor.)

• Les anciens, Pline, Vilnive, Galicn, confondent sans cesse le cinabre et le minium. Dans le Dioscoride latin de J. Ruel (i5i6), celle confusion est relevée en ces termes : « Argentuni vivum 6t ex minio, quod abusive cinnabaria dicilur.» (Lib. V, cap. ci, fol. 3ao recto.) Dans ce passage, c'est précisément l'inverse qu'il faudrait dire, d'après noire terminologie actuelle; car le cinabre est un sulfure de mercure, et le minium un oxyde ie plomb.

' Akofol, id «t Anihimonium. (Man. Ia(. du ht* siècle, n" 7166 de U Bibl. nut. p. 1)0.)

♦ Ou plutôt de sulfure de plomb. (Voy. Alqcipoix.) Le coheul, en Perse et en Turquie, est souvent appelé *•-». .«unne/i, mot quelquefois employé dans les rclalions des voy.igours frani;ais. Lc,< diclionnaircs traduisent à tort iun>uli-tûch par antimoine. C'est aussi un sulfure de plomb.

ALC

jÂ-, etc. Alcohol, dans l'ancienne pbarmncie, se disait de toute substance porphyrisëe : « Les pierreries, dit Moïse Charas ', les bols, les terres, le succin, les dyamants et quelques parties d'animaux sont rt$duits en poudre impalpable qu'on nomme alkolioLn Comment, après avoir désigné une poudre sèche, le mot est-il arrivé à s'appliquer au liquide obtenu par la distillation des matières spiritucuses? On peut en voir la raison dans cette explication citée par Martin Ruiand : «AIkol est purior substancia rei, segregata ab impuritate sua. Sic aikol vini est aqua ardens rectificala et mundissima ''. » Nous avons un exemple d'un changement pareil dans le sens moderne A'élixir. (Voy. ce mot.)

Alcoran. Transcription de l'arabe ypiJI al-qoràn. Al est l'article; aussi dit-on de préférence aujourd'hui U Coran. ^J^yi qorân signifie proprement lecture, récitation. «Le Coran, dans sa forme primitive, était une récitation plutôt qu'une lecture, et c'est dans ce sens qu'il

faut entendre ie verbe \Cj qaraa, dans plusieurs des passages où on l'a traduit par lire. » (E. Renan '.)

AlcÔve. Esp. alcoba, portug. alcova, ital. alcova, alcovo;

de l'arabe ii!I*!i al-qobba, qui, entre autres sens, a celui de petite chambre, cabinet, ainsi que le montre M. Lane (r/ic tliousand and one Nights, I, aSi). Voir l'intéressant article de M. Dozy, Gloss. p. 90, 91. Le mot est employé avec son sens le plus ordinaire dans ce passage de Niebuhr : «Les derniers seigneurs de Taœs. . . ont bâti de beaux palais pour eux et leur postérité, et se sont contentés d'un petit kubbe pour leur servir d'oratoire et de sépulture *. »

Aldébaran. Nom d'une étoile brillante de la constellation du Taureau. C'est l'arabe yljjoJI al-debarân^. Elle est comptée, par Alfergani, parmi les quinze étoiles de première grandeur : ^yUi ^^ Jtc j^ JJ! ^i)i t-<^^! ^yiJI é,} yLj.>JI ^5<u*jj «Dans le (signe du) Taureau, l'étoile rouge qui est sur l'œil du Taureau et qu'on nomme ad-debarân^. » Dans le commentaire des Séances d'Ahmed ben al-Moàddcm'^ , le mot est ainsi expliqué : IjjJI »;^»>J y'w<>J! aJ Jxï y «Elle est ainsi nommée parce qu'elle vient derrière les Pléiades. » wi dabar, en effet, signifie venir derrière , suivre. Toutes les étoiles qui viennent derrière une constellation, ajoute naïvement le commentateur, n'ont pas reçu ce nom de Débaran; mais les Arabes l'ont ainsi appelée en particulier, de même que les Pléiades ont été plus particulièrement désignées sous le nom de (O^l an-noudjoum, les étoiles. On peut lire la même explication dans l'ouvrage intitulé Ëphemerides Persarum, de Math. Frider. Beckius, 1696, p. 33.

Aldée. Esp. aldea, portug. alden , aldeia; de l'arabe

«UjjAÎI ad-dny'a, ferme, bourgade. IjC /de l'arlirle ne s'est pas assimilé à la lettre suivante, ce qui peut tenir ici à la prononciation emphatique du ,j3 d, (jui, dans les langues hispaniques, entraine souvent l'introduction d'un /. [Alcalde, al-bayalde, etc. — Voy. Alcadb, Abit.)

Aliîpine, Etoffe qui tire son nom de la ville d'Aîop, en arabe c^Xa. IJaleb, soit que le mot ait été formé directement en français, soit qu'on ait pris l'adjectif arabe (^Sm, halebî, d'Alep.

Alezan. Esp. alazan, portug. alazâo, se dit d'un cheval de couleur fauve ou rougeùtrc plus ou moins foncée. On a proposé (voy, Litlré, Dict.fr.) trois étymologics arabes: (jmJI al-hasan, le beau, yl«Âii al-lmnn, le cheval de race, et enfin (jjijJt al-'athan, la fumée. Aucune des trois ne me paraît satisfaisante. Sans s'arrêter à la dernière, qui me semble de pure fantaisie, on peut dire des deux autres qu'elles ne spécifient point une couleur de robe; car il serait, croyons-nous, bien diilicile de montrer que les Arabes aient, à une époque quelconque, attribué une supériorité de beauté ou de race à l'alezan. Al-hisan est souvent pris pour \ étalon par opposition à ^y^faras, jument, comme dans l'exemple cité plus loin. Il paraît même qu'au Magreb il se dit du cheval en général. Mais tout cela est sans rapport avec l'adjectif alezan, et M. Dozy trouve fort suspecte cette étymologie, donnée par M. Engclmann dans la première édition de son Glossaire *.

Il y a quelques années, j'en ai proposé une quatrième®, acceptée depuis par M. Littré [Addit. au Dicl.); c'est l'adjectif (j»X^l aillas, fém. lialsâ, «spadix equus,» disent les dictionnaires (voy. Freytag au mot (jJla-, 9' forme), ce que nous traduirions jtar cheval bai ou alezan.

Nous dérivons notre mot français du fén)inin du terme arabe (comme nous le ferons plus loin pour balzan). On peut conjecturer que le féminin l'a emporté sur le masculin par suite d'un emploi plus fréquent : le terme générique fjujifaras, cheval, signifie plus ordinairement la jument , ainsi que nous le disions tout à l'heure : »Ql Jt plj« yUail Js. ^J-y^Jl Jxaè" U. Jl=^^1 J^ J.^' '«. Dans ce passage, qu'on peut se dispenser de traduire, j«j est dit par opposition à yUa^.

Quant à la finale n qui s'est ajoutée au mot halsâ, on en peut citer d'autres exemples, tels que camocan, de Uî^ kamkhâ; arduran, de l^jJl ad-dourà (voy. Dodra); bosan, de 6j^ bousa; alchocoden *^, de iJsasv^ ketkhoudn; azucan (porteur d'eau, en espagnol), de «LiùJI as-saqqâ, etc.

Alfange. C'est un mot espagnol introduit en France par nos écrivains du xvii" siècle. De l'arabe v^^ al-ktutndjar, sabre, que nous avons pris directement et sans l'article, sous les formes cangiar, khanjar, kliandjar.

> Phtrmacopéc royale, a* édit. i68a, t. I", p. 3a.

• Lexicon a/c/iemiœ ( 1 6 1 a ) , p. 3o.

* Hist. des langue» ternit. W édit. t. I", p. 3.64.

♦ Voy. m Arab. édil. Smilli, p. aS.'i.

' Ls prononciation aralje serait ad-debarân ; ciais il arrive qnolqnefoic, dans le pas.sago de l'arabe aux langues romn nos, que le / de l'arliclo al ne s'assimile pas à la lettre tolaire suivante, surtout quand le mol est, comme id, un terme purement 8cienti6que.

• Édil. de Golius, p. 76.

' Les douze séance* du cheikh Ahmed bon al-Moa'ddem , notées et publiées par Soliman al-Haraïri, p. f, note 10.

• Dozy, Glots. p. 60.

• Voy. Revue de ^Instruction publique, numéro du aS janvier i8fî0, p. 677.

" Man. de la Bibl. nat. n° 196g du supp. ar. " Terme ili- r,ui(i''iiiie a8lrol"i.'ie.

Ai-FiEB. OfTicier porte- drapeau. Mot emprunté par Brantôme et les écrivains du xvi" siècle à l'italien aljiere, esp. alfercz, portug. alfcres. De l'arabe o";'^' al-fûris, signifiant proprement le cavalier, venant de ^^^faras, cheval.

Al(j»rade. C'est l'espagnol algarada, qu'on s'accorde à tirer de l'arabe i^Ull al-glmra, incursion militaire, expédition guerrière. En tout cas, ce ne peut être une dérivation directe, vu l'accentuation. Mais al-ghâra a donné l'espagnol alffara, qui a une signification identique à celle du mot arabe, et le bas latin algaru, ulgarum (Du Gange), et peut-être l'italien gara, dispute, rixe. De algara, l'espagnol a pu faire algarada. Je suis porté à croire que l'arabe «ilyJ! al-'arâda, catapulte, dont les anciens écrivains de la Péninsule ont aussi fait algarada ou algarrada, n'a pas été étranger à l'adoption de algarada dans le sens de cri subit, alerte, attaque imprévue. Quant à l'hypothèse de M. Dozy, rattachant ce mot à un vocable inconnu venant de i>ji gliarid, chanter, je ne saurais ni l'appuyer ni la combattre. (Voy. Gloss. p. iqo.)

On aurait tort de rapprocher du mot qui nous occupe le portugais algazara, qui est aussi en espagnol et en italien, et dont l'origine est fort différente. Voy. l'article d'Engelmann sur ce mot ( Glosa, p. 129, 1 3 3 ).

Algèbbb. Esp. portug. et ital. algehra. De l'arabe yjÂ. al-djebr, réduction. On nomme l'algèbre icXjUltj *4i i^ science des réductions et des comparaisons. En espagnol , algehrista se dit du bailleul ou rebouteur, qui réduit les fractures.

Algjînib. Étoile y de la constellation de Pégase, sur le flanc du cheval. De l'arabe (-.<Ji41a/-(/?an6, le côté, comme énij de \Jù\ anj. Le Dict. des Mathématiques, dans YEncyclopédie de d'Alenibert, donne encore les formes génib, chénib, chelub.

Algol. Etoile de la constellation de Persée, remarquable par la variabilité de son éclat. C'est l'arabe JyàJ! al-gltoûl, le même dont nous avons fait goule. (Voy. plus loin ce mot. ) Les Arabes appellent JyiJI ^jj^ ras al-ghoûl, tête de la goule, la tête de Méduse que Persée tient suspendue à la main.

Algorithme. Au xiii* siècle, ce mot signifiait l'arithmétique avec les chiffres arabes ; on écrivait algorisme et angorisme ^ Esp. alguarismo, guarismo, algorithmo; portug. garismo. C'est la transcription plus ou moins altérée du nom d'un des plus anciens auteurs de traités d'arithmétique, Abou Dja'far Mohammed hen Mousâ, surnommé i^jjlyil al-khownrezml , dont l'ouvrage a été traduit ou imité en latin dès le commencement du xii' siècle. Ces sortes

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de livres furent désignés sous le nom d'Algorismus. M. Defrémery a raison de dire ^ que celte étymologie est hors de doute depuis les recherches de MM. Reinaud ', Chasies* et Woepcke'*. Dans les ouvrages d'astronomie, le terme (^^^!^i. khowârezml s'est dit des tables des sinus et des tables des ombres (tangentes et cotangentes trigonométriques).

Alguazil. C'est l'espagnol alguacil, qu'on trouve en portugais sous des formes très-variées : alvacil, alvazil, alvasir, etc. venant de l'arabe ^)jJ' al-waztr, le vizir. On peut voir, dans le Glossaire de MM. Engelmann et Dozy *, les explications données sur le passage du sens de vizir 2i celui d'officier de police. Le Dictionnaire de Du Gange fournit les formes suivantes : alguazilus, alguazirius, algozirius, algatzarius, algatzerius, qui montrent combien les désinences des mots sont peu solides dans le passage de l'arabe aux langues romanes.

Alhagées. Plantes de la famille des légumineuses, dont le type est le sainfoin alhagi, que les anciens botanistes appellent alhagi Maurorum"^. C'est l'arabe ^Ui al-luldj; Avicenne a fait la remarque que cette plante produit la fameuse manne téréniabin (jxx:fy, (Voy. Dict. d'Hist. tMt. au mot sainfoin, t. XXX, p. /la.)

Alhaiot. Etoile brillante de la constellation du Cocher, marquée a dans les catalogues et ordinairement nommée

la Chèvre. On trouve aussi Ayuk. C'est l'arabe ^3^*«)l al- 'ayyoûq. Alfergani la cite parmi les quinze étoiles de première grandeur* : i^.y s]jSlyths^\ tLSJ> lï.^**^' i.^y^'^ ii x.j1JI ri\Ajilt i ij-'v-il ov-sw ^JJ^ «Dans les Gémeaux, alayyoûq, étoile verte qui passe près du zénith dans le quatrième climat. » Si l'astronome arabe place la Chèvre dans les Gémeaux, c'est par suite du système de groupement de toutes les étoiles dans les douze signes du zodiaque; chaque constellation se trouve ainsi rattachée à l'un des signes. C'est pour cela qu'il met Wéga, de la Lyre, dans le Sagittaire, Achemar dans le Bélier, etc.

Alhandal. Nom pharmaceutique de la coloquinte. Esp. alhandal; de l'arabe Jiài al-handhal, même sens.

Aliboron. Ce mot a préoccupé les chercheurs d'étymologies qui n'ont rien trouvé de raisonnable. Sans ni'arrêter à la singulière idée du docte Huet et de l'ingénieux Ménage, qui ont voulu faire d'aliborum un génitif pluriel d'alibi, disant que maistre aliboruni signifierait un homme fécond et subtil à trouver des alibi, je reproduirai ici une hypothèse que j'ai autrefois proposée et que je crois devoir maintenir en attendant mieux.

' On peut voir plusieurs exemples de ces formes dans Littré, au mot thiffre.

* hum. aiiat. janvier 1863, p. 88, 89. ' Mémoire $ur l'Inde , p. 3o3,3o&.

* Comptes rendus del'Acad. de$ science», 6 juin 1850.

' Mémoire sur la propag. des chiffres iik/îou, dansle fourn. asiat. i*'scro. l863, notamment p. 519. Ce travail est Doslérieur i la remarque de

M. Defrémery. Mais M. Woepcke avait ddjà publié divers opusrules sur l'arithmétique indienne, dans le recueil du prince Boncompagni.

•P.jag.

' C'est Raiivolf, médecin d'Augsbourg, qui découvrit cette plante, durant son voyage au Levant, en i537, *''^ décrivit souace nom. (Voy. Tournelori, Voy. du Levant, t. II , p. /i, éd. de i^fj.)

* Édit. Uolius, p. 76.

ALI

Il est remarqunble que le mot ne se présente jamais que précédé du titre de maître :

irSi je fusse roi ou rdgent

Ou un grant niaistrc Aliboron,

Chacun oslât son cha()eron. »

(Mir. de Sainte-Ccnar.)

«Lui-Diesme(M. de Biron), engofjuenardant, il disoit qu'il estoit un maistre AUborum qu'on employoit à tout faire. »( Brantôme, Vies des capit. franç.'j — «Sur ce point nous dépeschasmes ce maistre AUborum du Fay, justement trompeur et trompé.» (D'Aubigné, Confess.) — «Qu'il vienne de là des monis quelque messer qui se vante d'estre un maistre Aliboron en tout et guérir de toutes maladies. » (Poissenot.) — «Les difz de maistre AUborum qui de tout se mesle. » (Titre d'un livre cité par Lacurne'.)

Sans aucun doute, viatlrc AUboron désigne un savant, un docteur, un habile homme; puis l'appellation prend une teinte d'ironie, et un beau jour, sous la plume de La Fontaine, maître Aliboron devient maître Baudet en personne. Or, cet Aliboron ne serait-il pas un docte personnage, dont le nom aurait acquis la valeur d'un terme générique, comme Arfaban, Pathelin, Harpagon? Mais quel sera ce personnage^? Est-ce le diable, comme il est dit dans le procès de Gilles de Retz, cité par Du Gange: «Audivit ab eodem domino. . . . talia verba : Il fera venir maistre AUborum, intelligendo diabolum per illud vocabulum, Aliborum. »-

Non, ce n'est pas le diable, mais un de ses affidés, si Ton veut, un de ses disciples, le savant arabe Al-Birouni, mathématicien, astronome, géographe, «très-estimé, dit D'Herbelot^, non-sculcment pour son habileté dans les sciences spéculatives, mais encore dans les pratiques, comme la magie naturelle, astrologie judiciaire, art des talismans, etc.» Al-Birouni, contemporain d'Avicenne, a joui d'une réputation immense au moyen âge dans les écoles arabes; son Cnnoun a servi de base à presque toutes les cosmographies orientales. De plus, il a toujours passé pour un magicien excellent, et sa vie, d'après les biographes orientaux, est pleine de traits miraculeux. Est-il bien surprenant que des juges de l'aimée i Aio aient pris le nom. d'un tel homme pour celui de l'Esprit malin? Lira qui voudra, pour éclaircir ce doute, la déposition de François Prélat, le magicien de celte effroyable affaire du maréchal de Retz. Il se vante d'avoir étudié à Florence la géomancie, l'alchimie, toutes les sciences occultes. Il prétend avoir soumis à ses ordres un démon nommé Barion (?). Est-il invraisemblable qu'il eût connaissance des œuvres

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vraies ou supposées du grand maître Albiroûni*? Si je ne craignais pas de paraître trop insister sur des détails de ce genre, je dirais que le témoin qui rapporte le propos cidessus touchant maistre AUborum ne l'a pas entendu luimême. Il peut y avoir confusion entre le nom du magicien arabe et celui du démon soumis h l'alchimiste (lortMitin. Quoi qu'il en soit, l'étymologie germanifpie ait boraii, le vieil ennemi, indiquée par les éditeurs de Du Gange, me semble absolument inacceptable; et je m'imagine que si j'avais eu la force de lire jusqu'au bout les pièces de celte affaire, j'y eusse trouvé la confirmation de celle que je propose, faute de quoi elle reste à l'état de simple conjecture.

AtiCATE. Sorte de pince dont se servent les émailleurs à la lampe. Esp. et port, alicate. G'est l'arabe leUUl al-Uii]qût, tenailles, comme l'a fort bien remarqué M. Defrémery', de la racine kàJ laqat, recueillir, ramasser.

Alidade. Esp. alidada, alliidada, alluulida, de l'arabe jiaLâAJl al-'idnda. «Les lexiques, dit Engelmann, ne donnent à ce mot que le sens de pastis jantue (vantail de porte), mais dans un traité arabe sur la construction de l'astrolabe, je l'ai trouvé avec sa signification technique, car on y lit que c'est une espèce de mnslara iJa^^* ou règle^.v II suffit, ajouterai-je, d'ouvrir un traité d'astronomie arabe, pour y rencontrer ce terme «aUac 'idûda avec le sens exact d'alidade, comme par exemple dans ce passage de l'Almageste d'Abou '1-Wéfa ' : « Les observations des

hauteurs méridiennes se font avec des instruments

Dans le plan du méridien est placé un cercle gradué . . . sur ce cercle sont établies, aux deux extrémités d'un diamètre, deux pinnules mobiles sur la circonférence, soit au moyen d'une alidade pivotant sur le centre du cercle, soit au moyen d'un second cercle . . . , etc. '. » Et plus loin : K Après avoir fait tourner l'alidade, au moment du passage du soleil au méridien, jusqu'à ce que les rayons solaires traversent les ouvertures des deux pinnules ...'.» On voit que Yidada n'est pas une simple mastara ou règle à tracer les lignes droites, mais précisément ce que nous nommons alidade, par exemple, dans le graphomèlre.

Alizari. Nom commercial de la garance (d'oii la substance appelée en chimie alizarine). Esp. ahzari, que M. Dozv a noté dans son Glossaire, mais sans pouvoir en donner l'étymologie. Le mot est certainement d'origine arabe, comme le montre l'article al, car on dit aussi izari: wLa graine de garance qu'on apporte de la Turquie asiatique est appelée azala ou izari^°. » (Bosc, Dict. ihist. nat.

' Ces exemples, sauf le deuxième et le dernier, sont empruntes à l'historique du mot Aliboron, dans le Dict. de M. Lillré.

' Borel , dans son Trésor des recherches et antiquités gauloises et françaises ( I ()55 ) , dit (au mot Palhelinage) que l'expression de maistre AUborum nous victit do la farce de Pathelin. Dans cette vieille pièce, en effet, il y a un apolliiraire de ce nom, lequel joue un rôle assez important.

' Bibliol. orient.

' «Et avoit le d. François un livre que le d. François avoit apporté, oîi il lisoit, où avoit plusieurs noms de diables et autres mois pour la conjuration et invocation.il ( Man. de la liilil. nat. suppl. franc. n° 56o , p. 96.)

' Jauni, asiat. janvier 1862', p. 92.

* Gljss. p. i4o.

' Man. n" 1 )38, anc. fonds de la Bibl. nat. fol. 19 v*. J'espère donner

sous peu une édilion de cet ouvr.igo imporlant (texte et triJuclion) dont quelques passages cités par M. Sédillol ont donné lieu à de vives controverses au sein de l'Académie des sciences.

» ^L+JI vJLa3 ïji\i ^ i Un-*, ...cailW y^J c»UljU(^3ll »Âi6 jU^I, 3I ïj,..loJI j5^ J-c i^y iijUu4 ^1 'i-^^''^ W«

" hcri, garance du Lfv.nnl. {Nouv. 90c. d* VAcad-fr. l'an», itSi.)

Q ALK

t. XII, p. 439) J^ "^ Joute pas que ce ne soit l'arabe B^l^e. 'asiira, qui signifie le suc extrait d'un végëtal par compression (de la racine y^at 'asar, presser, extraire ie 6uc). Et en effet, le Gazophylacium Uniruœ Persarutn traduit

faatal ou guêde (autre matière colorante) par xswy «jLî* asûré-i ouasîmè , suc de la plante appelée ouasitnaK

Alkiîkenge. Plante nommée vulgairement coqueret. Esp. aîqneqrtenge, port, alkeken^. De '.'arabe ^iXîl al-kûkendj. Le mot est d'origine persane : Richardson prononce kalmadj et en fait la morelle ou la belladone {night-shade). Voy. aussi Dozj, Ghss. p. 1^7, et les ouvrages auxquels il renvoie,

Alkermès. Liqueur de table fort estimée et très-agréable qui se préparait au couvent de Sainte-Marie-Nouvelle, à Naples. Son nom lui vient du kermès végétal dont les graines lui donnent une belle couleur rouge. (Bescherelle.) De l'arabe V*a1I al-qirmiz, ie kermès.

All&h. Transcription de l'arabe M\ allah, mot formé de l'arlicle a/et du substantif a)! ilah, dieu , le Dieu , è 6e6s.

Alléluia. Expression hébraïque conservée dans les traductions latines des Psaumes, nj iVSi hakloû-iah, formée de Iwleloû, 2' pers. du plur. de l'impératif du verbe htllel, louer, et de iah, forme apocopée de lehovah, Jéhova.

Aluadie ou Almade. Sorte de pirogue ou de radeau. Esp. et port, almadia. De l'arabe iù»x*ll al-ma'dîa, qui, d'après M. Quatremère^ désigne un bac pour passer une

rivière, venant du verbe ^$<>^ 'ada, traverser. Le mot est enco:e en usage chez les riverains du haut Nil : «Je restai sur la rive nue (du Nil, près de Khartoum) , sous un soleil ardent, en face d'une madiè (bac) immobile.» (Guill. Lejean, Voy. dans l'Ajriq. orient. '. )

Almageste. Esp. almagesto. De l'arabe ^<-«*^l almadjisti, formé de l'article et du grec fjieyîalt) (cmrTalis). On sait que plusieurs livres arabes ont pris ce titre, emprunté du nom donné au grand ouvrage de Ptolémée. Celui-ci a pour vrai titre Mix9tiix(ntxri tTvvToi^is, Composition mathématique. L'épitliète ixsyLtrlïj, la plus grande, ne se rencontre dans aucun des manuscrits grecs connus, dont quelques-uns paraissent antérieurs au vui" siècle. Elle a sans doute été attribuée, dans les écoles, au livre de Ptolémi-e, pour le distinguer des ouvrages de pures mathéiraliques, tels que ceux d'Euclide, de Geminus, d'Aris- (arque, d'Hypsyclès, d'Autolycus, etc. dont l'étude préliminaire devait précéder celle du grand traité d'astronomie de Ptolémée, et qu'on nommait \a petite Composition (voy. Htilma, préf. de son édition de i' Almageste, t. I", p. xxxiv).

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