‹ Dictionnaire de la langue française (volume 3)Chapitre 166 sur 403 · I. — 2fi · texte numérisé non relu

I. — 2fi

BAI

passé la rivière, et li besa la main tout armée, joinv. 228. L'en disoit que la royne Blanche le [le fils d'Elisabeth de Thuringe] besoit ou [au] front par devocion, id. 206. || xiv« s. Toutes bouches qui rient à le fois [parfois], te dist-on, Ne voilent [veulent] pas baisier; bien souvent le voit-on, Baud. de Seb. xi», 42. || xvi* s. Ou elle tient Ascaigne qu'elle embrasse, Et baise «n luy de son père la grâce, dubbll. iv, 8, verto. Je sçay le vent Libyen, Je sçay bien Quelz flots teste coste baisent, id. iv, 35, rrcfo*De là il donne à ces deux cornettes qui venoient de charger les Suisses, et aux Lanskenets qui ne les avoient fait que baizer [aborder], d'aub. Jlist. i, <«R. Avant que cette armée eut baisé [gagné] la frontière, id. h, <79. Tout cela exploité si courageusement, que sans la venue des Anglois ils allaient baiser [atteindre] l'artillerie, id. m, 301. Là sera ajusté etajencé l'escusson , de telle sorte que l'escorce de la partie supérieure baise la ligne traversante [de l'incision de l'arbre], o.de serres, 668.

— ÉTYM. Bourguig. bnùé; picard, boisier, bager; wallon, bdhi; namurois, bauji; rouchi, basier; provenç. baisar; espagn. bexar; portug. beijar; ital. baciare; du latin, basiare.

2. BAISER (bè-zé), *. m. Action de celui qui baise. Donner, recevoir un baiser.... de prendre un

baiser il forma le dessein, la font. Fianc Mes

premiers baisers s'adresseront à vous , Qu'une si longue absence a séparé de nous, rotr. Antig.u,*. Il Baiser de pair, baiser en signe de réconciliation. 11 n'a donné à J.-C. le baiser de paix que pour le trahir, mass. Rech. t. || Baiser de Judas, baiser perfide. Je ne vous donnerai pas un baiser de traître, boss. Messe.

— hist. xvi' s. Un long baiser, dubell. iv, 75, recto. Car je baisois volontiers une bouche Qu'à plein baiser des deux lèvres on touche, id. iv, 75, verso.

— étym. Baiser.

BAISEUR, EUSB (bè-zeur, zeû-z'), t. m. et f. Celui, celle qui se plaît à baiser.

— ÉTYM. Baiser.

BAISOTTÉ, ÉE(bè-zo-té, tée), part, passe.

BAISOTTER (bè-zo-té) , v. a. Diminutif et fréquentatif de baiser. Familièrement. Elle est toujours à baisotter cet enfant. || Se baisotter, v. réfl. Ils ne font que se baisotter.

— REM. L'Académie met deux t à baisotter, et n'en met qu'un à clignoter, crachoter, etc. C'est une anomalie qu'il faudrait corriger, en ne mettant partout qu'un seul t.

— HIST. xvi' s. Et dès leur tendrette enfance ne prenoient plaisir qu'à jouer ensemble, s'embrasser et baisotter continuellement, yvkr, p. 63S.

— ÉTYM. Baiser, et la terminaison diminutive oter. '

BAISSE (bê-s'), *. f. || 1° Diminution du prix des marchandises. Les lucres, les cafés ont éprouvé de la baisse. || 2* Dépréciation des effets publics. Les effets, les actions sont en baisse. Seuls ils font la hausse et la baisse , Ont seuls tous les emprunts ouverts, berang. Éolielle. || Jouer à la baisse, vendre des rentes à condition que, les livrant à terme, on gagnera ou perdra la différence en moins que les fonds peuvent subir entre le jour de la vente et le jour de la livraison. || 3° Terrain affaissé. || Terme de mer. Le reflux de la marée.

— ETYM. Voy. baisser.

BAISSÉ, ÉE (bè-sé, sée), part, passé. || 1» Incliné et dirigé en bas. Tenant les yeux baissés vers la terre, l'œil morne maintenant et la tête baissée , rac. Phèdre,y,f>. || Fig. Tête baissée, (oc. adv. Hardiment, sans rien considérer ni ménager. L'âme doit se roidir plus elle est menacée, Et contre la fortune aller tête baissée, corn. Médée, i, 6. Quand quelqu'un nous emploie, on doit, tête baissée, Se jeter dans ses intérêts, mol. Amph. m, 8. || Etourdiment, inconsidérément. Donner tête baissée dans un piège. Donnant tête baissée dans les premières agaceries, hamilt. Cramm. «. || I" Soumis, qui se courbe. Bloin, Fagon , tout baissé et tout courtisan qu'il était , se demandèrent si on laisserait mourir le roi sans voir son archevêque, st-sim. 405, 46. || 8" Qui n'a plus la même force qu'auparavant Cet homme baissé dans sa vieillesse. Il a fort bien fait son personnage; il n'est pas encore baissé, a*v. 682. Vous êtes vieilli : voudriez-vous que je crusse que tous êtes baissé? LA hri-t. 6.

t BAISSEMENT (hê-se-man), s. m. Action de baisser Quelque haissement de tête, un soupir mortiSé, ileux roulements d'yeux, rajustent dans lo monde tout ce qu'ils [les hypocrites] peuvent faire, mol. D.Juan, v. »,

BAI

— ETYM. Baisser; provenç. bayssamen; ital. bassamento.

BAISSER (bè-sé), v. a. || 1* Mettra en bas, mettre plus bas. Baisser un mur. Baissez la jalousie. Elle baissa son voile. || 2* Descendre d'un point élevé. Baisser le pavillon d'un vaisseau. || Fig. Baisser pavillon devant quelqu'un, lui céder. || 3" Incliner, pencher. Baisser la tête. || Fig. Saint Augustin baissait la tête sous l'autorité de l'Eglise, boss. Instr. t. Il faut se soumettre et baisser la tête, sév. 576. Il faut baisser la tête et souffrir, id. 663. || 4" Diriger en bas ou plus bas. Tu pleures, malheureuse, et tu baisses les yeux, volt. Zaïre, h, 3. La modestie fait baisser les yeux, boss. Honn. 3. || Fig. Qui! moi, baisser les yeux devant ces faux prodiges, volt. Fanât, i, t. || Fig. Baisser l'oreille, paraître confus d'un échec qu'on reçoit. || Fig. Baisser la lance devant quelqu'un, lui céder. || 5* Terme de manège. Baisser la main à un cheval , le lancer aussi vite qu'il peut aller. || 6° Par extension, en parlant de la voix et du son des instruments, mettre plus bas. Baisser un instrument. Baisser la voix, parlermoins haut. Baisser le ton, prendre un ton moins élevé; et figurément, prendre des manières moins arrogantes. || 7° Terme d'imprimerie. Baisserla pointure, rectifier le registre lorsqu'il est imparfait. || 8* Terme de fauconnerie. Baisser le corps, faire maigrir le gerfaut. || 9" V. n. Aller en diminuant de hauteur. La rivière a baissé d'un mètre. Le vin baisse dans les tonneaux. Le soleil baisse, s'approche de l'horizon. || Substantivement. Averti par le baisser du soleil de l'heure de la retraite, J. J. rouss. Prom. 6. Vers le baisser du soleil , la sœur d'Outougamiz se retira à l'entrée d'une grotte, chateaubr. Nateh. a, 302. Plusieurs vaisseaux avaient appareillé au baisser du soleil, id. Bené.ïi*. || Par extension. Le jour baisse, se dit lorsque le soleil s'enfonce sous l'horizon. Mais le jour baisse et l'air s'est épaissi, ddcis, Othello, v, 2. Rien ne manque à ces lieux qu'un cœur pour en jouir, Mais hélas! l'heure baisse et va s'évanouir! lamart. Harm. m, 2. Mon vieil ami, quand pour nous le jour baisse, Souhaitons-nous Un gai bonsoir, bérang. Bonsoir. Puis la raison, lampe qui baisse. N'a plus que des feux tremblotants, id. 60 ans. || 10" Diminuer de valeur, de prix. Cette marchandise baisse. Les actions, les rentes baissent. Le prix de l'or a baissé. || 11" Perdre de sa puissance, de son influence. Dès ce moment Carthage commença à baisser. C'est le sort des choses humaines de baisser toujours en s'éloignant de leur source, mass. Bern. || Diminuer, en parlant des forces physiques. Ce malade baisse rapidement, il s'affaiblit trèsvite. ||Diminuer, en parlant des facultés intellectuelles. Son esprit baisse , son cœur s'affaiblit , boss. Hist. I, «. Une longue maladie avait fait baisser l'esprit de Dioclétien, id. Hist. i, tO. Je suis bien malade: tout baisse chez moi, hormis mes tendres sentiments pour vous, volt. Lettr. Damilaville, 5 avr. -1765. || Sa vue baisse , elle devient moins bonne, il y voit moins bien. || Fig. et familièrement. Ses actions baissent, son influence, son crédit diminuent. ||12"Terme de musique. Ne pas tenir exactement le ton. Une corde neuve baisse presque toujours. Ces musiciens ont chanté un trio sans accompagnement et n'ont pas baissé d'un quart de ton. Baisser d'un ton , d'un demi-ton. || Fig. Baisser d'un ton, prendre un ton moins élevé. Eh bien baissons d'un ton, la fokt. Fables, n, t. || 13° Terme de marine. Baisser, se dit du vent quand il passe de l'amont à l'aval. || 14" Se baisser, v. réfl. Incliner, .pencher le corps plus ou moins bas. Son ombre vers mon lit a paru se baisser, rac. Athal. n, 5. Ils se baissent aux portes, de peur de se heurter, la bruy. 2. || Familièrement. Il n'y a qu'àse baisser et en prendre, c'est une chose très-facile à gagner, à faire; ou, par antiphrase, on dirait vraiment qu'il n'y a qu'à se baisser et en prendre, la chose est beaucoup plus difficile que vous ne le supposez. Il semble à vous entendre Que vous n'ayez ici qu'à vous baisser et prendre, rkgnard, Vénech. v, 6. || Fig. C'est un homme qui ne se hausse ni ne se baisse, il ne s'émeut de rien, il est toujours égal. ||15* Se baisser, être baissé. X cette triste nouvelle, sa tête se baissa sur sa poitrine.

— REM. Baisser, v. n. se conjugue avec l'auxiliaire avoir, s'il s'agit d'une action qu'on veut exprimer : la rivière a baissé aujourd'hui; avec l'auxiliaire être, s'il s'agit d'un état : la rivière est bien baissée.

— HIST. xi* s. [Il] Baisse son chef, si comence à penser, Ch. de Bol. ix. Paieny bassent leur chef et leur menton, ib. ccxxxvii. ||xii" s. Li soleuz besse, si prist à anuitier ; Et la vesprée commence à es-

BAL

poissier, Bataille d'Alesekans, «85. Ele le vit, si bessa le menton, Ne put parler , ne lui dist o ne non, Romancero, p. 40. Hrv* s. Si baissa son espée au roi et lui dit : chevalier, je me rends votre prisonnier, froiss. i, i, 328. A ces paroles et demandes ne respondit point Philippe d'Artevelle ; mais passoit outre et baissoit la teste, id. ii, h, <62. || xvi* s. La veuS luy commencea premièrement à baisser, et un peu après il laperditdutout, amyot, Timol. 49 Les gens de bien et d'honneur baissan» les testes en furent fort desplaisans, id. Marius, 52. Sur le soir l'eau commença un petit à s'escouler, et puis se baissa si fort la nuict, que.... id. Lucull. 4. Hz se'jetterent la teste baissée à travers eulx, id. Crassus, 64.

— ÉTYM. Bas, adjectif; wallon, bahi; namurois, bachi; bourguig. baissé; picard, se bâcher ; provenç. baissar; espagn. baxar; ital. bassare.

f BAISSIER (bè-sié), s. m. Spéculateur qui joue à la baisse sur les fonds publics.

— ÉTYM. Baisse.

BAISS1ÈRE (bè-siê-r'), s. f. || 1* Le reste du vin dans une pièce en perce, quand il approche de la lie. || 2° Terme d'agriculture. Enfoncement qui , dans une terre labourée, retient l'eau de la pluie.

— HIST. xv* s. C'est trop enchérir la bassiere Du tonneau qui est deffoncé, coqltllart, Droits nouveaux. || xvi' s. Et beurent si net que il n'y demoura rien, exceptez quelques meschantes baissieres pour le vinaigre, hab. Pant. u, 28.

— ÉTYM. Baisser.

t BAISSOIR (bè-soir), t. m. Réservoir en maçonnerie qui , dans les salines , reçoit l'eau concentrée.

— ÉTYM. Baisser.

BAISURE (bè-zu-r") , *. f. Côté par lequel deux pains se sont touchés dans le four.

— ÉTYM. Baiser.

t BAITRE (l)è-tr'), s. f. Un des noms du grèbe.

BAJOIRE (ba-joi-r'), s. f. Médaille ou monnaie empreinte de deux têtes affrontées ou superposées. || Il a vieilli.

— ÉTYM. On dit que bajoire est corrompu pour baisoire, parce que les deux têtes semblent se baiser.

BAJOUE (ba-joue), s. f. \\ 1° Partie inférieure de chaque côté de la tête du cochon, et qui s'étend du dessous de l'œil à la mâchoire. || 2° Ëminences qui se trouvent à la machine servant à apprêter le plomb pour garnir les vitres.

— ÉTYM. La particule dépréciative ba.... (voy. ba....), et joue. Bajoues est rendu par l'anglais the nether chekes, dans Gilles du Guez (Palsgr. p. 902). Quelques-uns disent bajou, et le font masculin ; c'est une grosse faute.

f BAJOYER (ba-joi-ié), *. m. Paroi en maçonnerie, qui revêt la chambre d'une écluse. Le bajoyer est large.

— ÉTYM. Il y a, dans l'ancien français, le substantif bajoe ou baioe, qui signifie une sorte de panier. Porter leur pain en leur corbeillons ou en leur bajoes, Liv. des met. 16. Pains qui vient à cheval, ou à asne, ou en baioes, ib. 3io. Ce mot est peutêtre le même que bajoyer, ainsi dit par assimilation avec une manne où l'on porte quelque chose. Bajoe tient peut-être au bas-latin bajulona, civière, de bajulare, porter.

BAL (bal), s. m. || 1" Assemblée dansante. Donner un bal. Aller au bal. Bal public. Bal costumé. Bal masqué. Les bals sont très-nombreux cet hiver. Quelle joie les dames ont eue d'apprendre que celui qu'elles ont vu triompher dans les bals fasse lamême chose dans les armées ! voit. Lettr. * 40. Chez la reine , où il y avait bal, hamilt. Gramm. 7. L'autre hiver, chez un ministre, Il menamafemmeau bal, bêrang. Sénat. || Donner le bal, amener les musiciens pour faire danser une compagnie. Qu'ils viennent vous donner le bal, mol. Préc.ie || Ironiquement. Donner le bal à quelqu'un, le maltraiter. || Fig. Mettre le bal en train, engager une discussion, exciter les esprits. || 2" En termes de jeu , mettre une carte au bal , jouer sur cette carte. On dit, dans un sens analogue, c'est le bal de telle carte.

— REM. Au pluriel nous disons bals; l'ancien français écrivait bals ou baus, qui se prononçaient l'un comme l'autre.

— HIST. xii* s. Droe entra «1 chastel sor son cheval, Mil en troba as tresches e mil au bal, Gérard de Ross. p. 373. || xiii* s. Et s'ele a trop grosses espaules Por plaire as dames et as baules, De délié drap robe port [qu'elle porte] , la Rose, 4 3524. Si cheveil [ses cheveux] sont par ses espaules; Lors n'ot talent de mener bauls, kuteb. h, (2t. Les jV.ucelles de la

BAL

cité, Qui lo bal orent démené, Entour elle sont et devant, X leur guise le bal menant, Roman d'Athis dans du cange, pnesentia. Danses, baus et caroles [vous] veïssiez commencer, Berte, xi. || xvr s. Voici une damoiselle qui, selon la loi du bal continu, baisant sa main, la présenta au chevalier de Meffi, et après une grande révérence, le pria gracieusement de faire un tour de salle pour l'amour de la compagnie, yver, p. 6H. Au demourant tout leur bal consiste au mouvement de leurs pieds, amyot, JVuma, 23.

— ETYM. Voy. baller; provenç. bal; espagn. baile; ital. ballo. Une des formes de l'ancien français baule se rapproche de l'espagnol par l'e qui fa termine.

BALADIN, INE (ba-Ia-din,di-n'),s. m. etf. || 1° Anciennement, danseur, danseuse de théâtre. Il la fit chanter et danser, avec les façons, les gestes et les mouvements qu'avaient à Rome les haladines , stévremond, Historiens français, dans richelet. Du temps de Plutarque , les parcs où l'on combattait à nu et les jeux de la lutte rendaient les jeunes gens lâches et n'en faisaient que des baladins, montesq. Espr. vin, 4(.||2° Farceur, bouffon. Arlequin et Scaramouche sont des noms de baladins. On les prendrait [les auteurs du xviu* siècle] pour les baladins de la grande race qui les a précédés, chateaub. Génie, in.iv, 6. || 3° Sot, homme ridicule. C'est un franc baladin. Ce sens a vieilli.

— ItEM. Il vaudrait mieux écrire, ainsi que dans le xvi* siècle, dans la 4" édition du Dictionnaire de l'Académie et dans Furetière, ce mot par deux II, comme ballade, baller, auxquels il tient. On ne voit pas pourquoi l'orthographe a été changée.

— HIST. xvi" s. Balladins et danseurs, amyot, Sylla, 2. Un Candiot qui s'appellait Zenon, qui estoit baladin du roy, id. Arlax. 27.

— Etym. Ballade, dans le sens de danse; e;pag. bailarin, danseur; ital. ballerine.

BALADINAGE(ba-la-di-na-j'), s. m. |l 1* Plaisanterie bouffonne et de mauvais goût. |] 2° Sottise. C'est un baladinage que deux tomes de lettres dans lesquelles il n'yenapasune seule d'instructive, volt. S. de L. XIV, 32.

— ETYM. Baladin.

BALAFRE (ha-la-fr') , s. f. || 1* Taillade faite, particulièrementsur le visage, par une arme tranchante. H 2° Cicatrice qui reste quand la blessure est guérie. || 3° Fig. Le plus aimable des hommes qui me fait des balafres, et crie qu'il est égratigné, volt. Roi de Prusse, (29.

— hist. xvi» s. La balafre du duc recevant quelque eau ou de l'œil ou d'elle mesme, Larchant lui fit aporter un mouchoir, d'aub. llist. m, 4 54. Et il fit une grand balafre à ce tabourin [le creva] avec ce couteau, desper. Contes, xxxn. Oultre ce que les taches s'agrandissent selon l'eminence et clarté du lieu où elles sont assises , et qu'un seing et une verrue au front paroissent plus que ne faict ailleurs une balafre, mont, i, 332.

— ÉTYM. Wallon, barlafre; namurois, berlafe; milanais, barleffi; ital. sberleffe. Diez le tire de la particule bar, bes, bis, qui signifie de travers, mal, et l'ancien haut-allemand Le/fur , lèvre; de sorte que cela signifierait une mauvaise lèvre (lèvre dans le sens de plaie béante) ; et il cite le champenois ber lafre, qui signifie mal à la lèvre. Grandgagnage est porté à croire que balafre est de même origine que le wallon lafrer, lofrer, dans dilafrer, gâter, avec bar, de travers; une balafre serait donc une blessure oblique. Ce sont, on le voit, seulemeut des conjectures; d'autant plus qu'on peut alléguer aussi le bas-latin balaplrdus, balasardus, sorte d'épée courte, qui est le même que balisarde, la fameuse épée que se disputent les paladins dans l'Arioste.

BALAFRÉ, ÉE (ba-la-fré, frée), part, passé. Visage balafré. Henri III fit assassiner Cuise le Balafré.

BALAFRER (ba-la-fré), e. a. Blesser quelqu'un d'une balafre. Le duc d'Orléans ayant commandé à un officier de faire marcher un escadron, il le refusa, sur quoi le prince lui balafra le visage, st-sim. •103, 4 64. Mon père voulut faire demander la vie à Vardes, qui ne le voulut pas; mon père lui dit u'au moins il le balafrerait , id. 4 0, 4 20.

— hist. xvr s. Le voiant vieux, hideux de nature, balafré, ils l'avoient pris pour un Zopyre, d'alb. Hist. m, 224. Les Mahumetans qui se balaffrent le visage, l'estomach, les membres, pour gratifier leur prophète, mont, h, 259.

— ETYM. Balafre.

BALAI (ba-lè), s. m. || 1° Ustensile de ménage, fait de menues tiges ou de crins et servant à net-

BAL

toyer. Balai de bouleau, de crin. Donnez un coup de balai dans cette pièce. || Faire balai neuf, montrer beaucoup de zèle, en parlant des nouveaux domestiques, et, par extension, de tous ceux qui entrent en de nouvelles fonctions. || Rôtir le balai, littéralement en être réduit â brûler, faute de bois, le balai , et , figurément , ne point profiter en quelque métier, en quelque profession, passer sa vie dans un emploi de peu d'importance, dans une condition subalterne. Mme de Maintenon fut revêtue, trente-deux ans durant, du personnage de confidente, de maîtresse, d'épouse, de ministre, après avoir été si longtemps néant, et comme on dit, avoir si longtemps et si publiquement rôti le balai, st-sim. 444, 2(0. La duchesse de la Ferté avait une fille qui avait un peu rôti le balai, et qui commençait à monter en graine, id.69, 234. || Par une autre extension du sens de brûler littéralement le balai, faire de grandes dépenses, des folies, des débauches. Ils ont longtemps rôti le balai ensemble. || Enfin, par une troisième dérivation, rôtir le balai, s'est dit des sorcières qui mènent une vie désordonnée. || 2° En termes de vénerie, la queue des chiens, et, en termes de fauconnerie , celle des oiseaux de poing se nomment balai. || 3" En langage de marin, balai du ciel, le vent du nord-est."

— REM. Déranger a dit : Sachez que la nuit dernière, Sur un vieux balai rôti, Avec certaine sorcière Pour l'enfer je suis parti, Enfers. Les sorcières à la vérité étaient dites aller au sabat sur un manche à balai; mais elles ne rôtissaient le balai que figurément. Balai rôti est donc une méprise. Avant de toucher aux locutions proverbiales, il faut en connaître à fond l'origine.

— hist. xii* s. E se nuls bat sun maistre, il se maine à beslei [il se conduit mal]; Par kei. est cil qui tient e carcan e balei, Th. le mort. 73. Li evesques de Lundres tint el puing le balai, Reguarda le cors saint e reguarda le rei, ib. 462. Mis pères vus bâti de verges déliées, mais je vus bâterai de grandimes balains, ki serunt dur e espinus, Rois, 282. En cest pais n'ai ami si courtois, Que vers ces deux me valsist un balois, R. de Camb. 29. || xui* s. Tu iez saluz de nostre essence, Iiaiais de nostre v»nitei, Cribles de nostre conscience, ruteb. h, 44. La charretée de balles doit un denier de tonlieu, Livr. des métiers , 323. Or y faut fourche et fléau, Balay de bou [bouleau] et grant et biau, Choses qui faillent en ménage. || xiv# s. Elle, toute courroucée, avoit mis le balay derrière l'uis, Utnagier, i, 6. Et le [Pépervier] doit l'en [on] tenir si court que, au reget de son débat, il ne mefface à son balay [queue], ib. ni, 2. || xv* s. Sorcier et chevaucheur de balai , du cange, caballarii. j| xvi' s. Prend le ballay et tout à l'environ Va nettoyant la meule et le gyron, dcbell. vu, 3, verso. Doux esventaux de l'air, frais balais de la terre, du bartas, dans furetière.

— ETYM. Berry, balai, genêt; provenç. balay; du celtique : bas-breton , balan , genêt (sens conservé dans le Berry), balaen, balai; kymri, bala, au pluriel balaon, brout des arbres. La filiation est probablement celle-ci : balaen, d'où balain dans l'ancien français, d'où, par atténuation, balai.

BALAIS (ba-lê), adj. m. Rubis balais, variété de rubis, couleur de vin paillet. || Fig. Rougeurs au nez d'un ivrogne. Son nez.... Où maints rubis balais tout rougissants de vin, Régnier, Sat. t.

— hist. xlu* s. Ma parole est moult vertueuse, Ele est cent tans plus précieuse Que saphirs, rubis, ne balai, la Rose, 204 25. || xv* 8. Plus que rubis noble ou balais, ch.d'orl. Bal. 402. Ils gaignerent trois belles perles appellées les trois frères, ung autre grand ballay, appelle la hotte, une autre appelée la balle de Flandres, qui estoient les plus grandes et les plus belles pierres que l'on sceust trouver, comm. v, 2.

— ETYM. Bas-lat. balascius; provenç. balach, balays ; espagn. balax; ital. balascio ; de l'arabe, balchash, espèce de rubis ainsi dit de Balakschan, Balasehan, dans le voisinage de Samarcaude.

BALANCE (ba-lan-s'), s. f. || 1° Instrument composé de deux bassins ou plateaux suspendus à un fléau, et destiné à faire connaître le poids d'un corps. Les bassins, la languette, l'arbre d'une balance. Grands compositeurs de riens, pesant gravement des oeufs de mouche dans des balances de toile d'araignée, volt. Lettr. Trublet, 27 avr. 4761. || Fig. Mettre en balance, examiner le pour et le contre. Ils mettent tous les discours à la balance, boss. Par. de Dieu, 2. Elle a pesé les choses dans une juste balance, id. ii, Pass. 4. Quand on rend la justice ou met tout en balance, corn. Cid, iv, 5.

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