‹ Dictionnaire de la langue française (volume 3)Chapitre 385 sur 403 · CULER · texte numérisé non relu

CULER

f CRAUPÉCHEROT (krô-pé-che-ro) , s. m. Un des noms provinciaux du balbuzard.

CRAVACHE (kra-va-ch'), *. f. Sorte de fouet de cavalier, formé d'une badine covir.'e et flexible. Des coups de cravache. Descendez, reprit l'étudiant irrité de cette apparente résistance, descendez, ou je vous coupe la figure avec ma cravache, ch.de BER- NARD, un Homme sérieux, § 24. Si je tenais le polisson qui a écrit ce billet, je lui donnerais cinq cent dix-neuf coups de cravache à travers la figure , reybaud, Jér. Paturot, i, H.

— ÉTYM. Espagn. corbacho; de l'allemand provincial Karbatsch, s.f., qui vient lui-même du slave: bohémien, karabdc, fouet; polonais, korbaez; russe, korbatsch.

CRAVAN (kra- van), s. m. J| 1" Nom vulgaire et spécifique de l'oie cravan qui fréquente les côtes des pays tempérés, tandis que l'oie bernache, avec laquelle ou l'a confondue parfois, ne parait que sur

CRA

les terres 'les pïus septentrionales, legoarant. || 2° Nom vulgaire et local du genre anatife, dit aussi gland de mer.

— Hisr. xvi* s. Gravant, cotgravr.

t. CRAVATE (kra-va-f), s. m. || l°Cheval de

Croatie Vite, mon cheval; Comment, c'est un

cravate.... abbé rêgnier, Voy. de Munich, dans bichelet. || Adjectivement. Cheval cravate. || 2° Soldat de cavalerie légère. Il fut poursuivi par un cravate. Le régiment de royal-cravate. S'enrôler dans une compagnie de cravates, voit. Lett. 20. La crainte des embûchesdescravatesleurdonne l'alarme, id. «6.67. Je vois fort bien que ce sont des cravates de l'armée ennemie, hamilt. Gramm. v.

— HIST. xvi' s. M. le prince croyant que ce fust toute l'armée qui se retiroit, dit au sieur de Tavannes de pousser à la cravatte [comme des Cravates ou Croates, charger à la tête] avec son régiment, pour tascher d'engager quelque combat, ta vannes, Mm. p. sot , dans lacurne.

— ÉTYM. Croate, dont Voiture, lettre 68, s'est servi : Il y a un certain Bras de fer qui est la plus redoutable créature que le ciel voye aujourd'hui; il brise tout ce qu'il touche; et toutes les cruautés des Croates ne sont point comparables aux siennes.

2. CRAVATE (kra-va-f) , s. f. || 1° Pièce d'étoffe légère que les hommes et quelquefois les femmes se mettent autour du cou. Cravate blanche. Cravate de taffetas. Les hommes portaient alors des cravates de dentelle, qu'on arrangeait avec assezde peine, volt. Louis XIV, <6. Vous figurez-vous Ce diable habillé d'écarlate? Bossu, louche et roux; Un serpent lui sert de cravate; lia le nez crochu, bêrang. H. rouge. Il Fig. Une cravate de chanvre, la corde avec laquelle on pend un homme. || 2° La cravate d'un drapeau, sorte d'écharpe brodée dont on orne la hampe d'un drapeau. ||3* Au trictrac, marque qui, mise au fichet, indique qu'on a grande bredouille. || 4° Cravate blanche, pie-grièche à collier blanc. || Cravate jaune, alouette à gorge jaune. || Cravate noire, colibri à cou noir. || Cravate verte, colibri à cou vert. Il Cravate dorée, nom vulgaire du jeune âge du colibri topaze. H 5° Terme de vétérinaire. Cravates œsophagiennes, bandes musculaires disposées en cravates autour de l'orifice œsophagien de l'estomacdu cheval. || 6°Terme de marine. Cordage fixé à la tète des bas mâts d'un bâtiment abattuen carène. || Cordage qui suspend une ancre à l'une des extrémités d'une chaloupe. || Ancre prise en cravate, ancre levée au moyen d'un cordage qui entoure la verge, en passant sous les deux bras.

— ÉTYM. Cravate t ; parce que cette pièce d'habillement fut dénommée d'après les Cravates ou Croates qui vinrent au service de France.

■f CRAVATÉ, ÉE (kra- va-té, tée), part, passé. Qui a une cravate. Un fat bien cravaté.

f CRAVATER (kra-va-té), v. a. Mettre une cravate. H Se cravater, v. réjl. Mettre sa cravate.

— ÊTYM. Cravate 2.

f CRAVE (kra-v'), s. m. Terme d'ornithologie. Nom donné par quelques auteurs au genre frégile.

f CRAVÈTE (kra-vè-f), s. f. Nom de la barge brune.

f CRAVICHON (kra-vi-chon), s. m. Un des noms vulgaires du prunellier.

t CRAYÉ (kra-ié), s. m. Nom de la macreuse en Picardie.

f ). CRAYKR (krè-ié), s. m. Cendre du charbon vitrifiée par un feu ardent.

t 2. CRA YER (krè-ié), v.a. Marqueravecdelacraie.

— HIST. xv« s Ne puisse tailler draps.... qui

aura trace de croye en taille de robe ou autre garnement.... sans avoir congié du maistre qui paravant aura croyé ou taillé ledit habillement, Ordonnance 14 87.

— ÊTYM. Croie.

t CRAYEUX, EUSE (krè-ieû, ieû-z'), adj. Oui tient de la nature de la craie. Nos chevaux enfonçaient dans une terre molle et crayeuse, chateaub. itin. 11, 159. Il Termed'agriculture. Terrains crayeux, terrains qui, traités par l'acide nitrique, laissent un résidu de cilice libre et d'argile ne s'élevant pas à un dixième pour chacun de ces éléments. || Acide crayeux, ancien nom de l'acide carbonique, tiré de la craie ou carbonate de chaux.

— HIST. xm" s. Les terres creouses et sablenoses, Bibl. des Chartes, 2« série, t. 11, p. 435. || xvr» s. Terres bourbeuses, croieuses, glaireuses, o. db

— êtym. Craie.

CRAYON (krè-ion), «. m. || 1* Petit morceau de minerai, propre à écrire ou à dessiner. Crayon noir, blanc. Si, au milieu des tableaux de Rubens ou de

CRE

PauIVeronese, quelqu'un venait placer ses dessins au crayon, n'aurait-il pas tort de s'égaler à ces maîtres? volt. Drutus, Préface. Le grand coloriste [Rubens] perdait sa palette quand il retrouvait son crayon, chateaub. Italie, 44. | Fig. Muses, pour le tracer, cherchez tous vos crayons, boil. Éptt. iv. La nature aujourd'hui de ses propres crayons Vient d'armer une main qu'éclairent ses rayons, a. chên. (62. y Le crayon d'un censeur, d'un critique, la note critique qu'il met à un passage. [Un censeur].... dont le crayon sûr d'abord aille chercher L'endroit que l'on sent faihle et qu'on se veut cacher, boil. Art p. iv. Il 2° Petite baguette de bois ou de métal garnie d'un crayon; le bois généralement employé pour la confection de ces crayons est celui du genévrier virginien ou genévrier rouge, dit aussi cèdre rouge. || 3° La manière d'un dessinateur. Cela est d'un crayon large, d'un crayon aisé. Il 4° Tout dessin fait au crayon. Il pourra se délasser l'esprit et se réjouir les yeux, snr les crayons que vous lui mettrez entre les mains, ba'.z. Avis écrit. || Portrait fait au crayon. Il a fait le crayon d'un tel. || S" la description qu'on fait de quelque personne. Vous nous avez bien dépeint cet homme-là; vous nous en avez fait un fidèle crayon. Quelqu'un n'a-t-il point vu Comme on dessinesur nature? On vouscampe une créature. Une Eve ou quelque Adam; j'entends un objet nu; Puis force gens, assis comme notre bergère, Font un crayon conforme àcetoriginal, la font. Cas. || 6* La première idée, la première esquisse d'un tableau qui se fait au crayon. Il Fig. Esquisse, en parlant des écrits et des discours. Sans pouvoir exprimer par tant d'horribles traits Qu'un crayon imparfait de leur sanglante paix, corn. Cinna, 1, 3. Ce n'est ici qu'un simple crayon, un petit impromptu dont le roi a voulu se faire un divertissement, mol. l'Am. méd. Préf. On n'apporte point à ces mémoires ni le savoir, ni l'esprit, ni la méditation qu'il faudrait pour en tracer même un crayon imparfait, pelliss. Ûém. pour les gens de lettres, p. 71. Les connaissances humaines ne sont qu'un crayon imparfait de la science de ces esprits, noss. Démons, t. Vous trouverez dans ma description un léger crayon de leurs mœurs, 1. 1. xouss. Bel. 1, 23. y 7" Terme de géologie. Sorte de marne, où domine l'argile et le sable, qui se trouve sous la couche de l'humus. || Terre dure et de culture difficile.

— HIST. xvi* s. Soit dit pour un craion [esquisse] de la cour, d'aub. Ilist. 11, 183. Et pour mettre la dernière main à ce très excellent creon, elle n'avoit pas encores saeze ans accomplis, carl. m, 7. Quoique la variété et discordance continuelle des événements les rejecte de coing en coing et d'Orient en Occident, ils ne laissent de suyvre pourtant leur esteuf, et de mesme creon peindre le blanc et le noir, mont. I, 248. Dites moy pourquoi c'est qu'on vous représente, vous autres messieurs les avocats, sous le creon des harpies; cela ne nous certifie chose autre, sinon que vous aimez fort la grippe, Contes de cholièrf.s, f" 82, dans lacurne.

— ÊTYM. Craie; saintong. creon.

CRAYONNÉ, ÉE (krè-io-né, née), part, passé.

Ces portraits colorés par la flatterie ou crayonnés parle bel esprit, volt. Mœurs, 160.

CRAYONNER (krè-io-né), v.a. || 1° Esquisser, dessiner au crayon. Crayonner une tête. Il ne lait encore que crayonner son tableau. Qu'il crayonne une maison sur une maison, un arbre sur un arbre, un homme sur un homme, afin qu'il s'accoutuma à bien observer les corps et leurs apparences, j. J. nouss. Ém. 11. || 2° Fig. Souventefois le ciel en ses augures De nos maux à venir crayonne les figures, mair. Soliman, II, 2. Ce roi.... Voulut bien que ma main crayonnât ses exploits, boil. Epit. x. Dont je veux bien ici te crayonner l'histoire, id. Sat. x. Insipide écrivain, qui crois à tes lecteurs Crayonner les portraits de tes trois Imposteurs, D'où vient que, sans esprit, tu fais le quatrième? volt. Ép. »7. Ce Corneille qui crayonna L'ame d'Auguste, deCTnna, De Pompée et de Cornélie, volt, le Temple du goût. Il Tracer, écrire rapidement. 11 ne fit que crayonner sa réponse aux objections.

— ÊTYM. Crayon.

CRAYONNEUR (krè-io-neur), *. m. Celui qui dessine ou peint fort mal. Ce n'est qu'un crayonneur.

— ETYM. Crayonner.

CRAYONNEUX, EUSE (krè-io-neû, neû-z'), adj. Qui est de la nature du crayon. Pierre crayonneuse.

— ÊTYM. Trayon.

t CRÉABLE (kré-a-bl'), adj. Qui peut être créé.

— ÊTYM. Créer.

t CBJËAC (kré-ak), *. m. Voy. crat,

CRË

CRE

CRI

f CREADIER (kré-a-dié) , s. m. Terme de pêche. Sorte de filet de l'espèce du traîneau.

l . CRÉANCE (kré-an-s') ,s.f. \ | 1" Action de croire , d'ajouter foi. Les opinions que j'avais reçues en ma créance, desc. Uéth. S'il faut qu'à cent rapports ma créance réponde.... hotrou, Veneesl. i, 2. Aveuglons leur créance, et passez pour l'époux, id. ib. IB, 2. Ceux qui demeureront dans la créance que l'espace n'est pas divisible à l'infini, pasc. Géom. Si l'antiquité était la règle de la créance, les anciens étaient donc sans règle, id. dans cousin. Rendre raison de sa créance, id. ib. Vous ne leur attribuez pas ces erreurs dans la créance qu'ils les soutiennent, mais dans la créance qu'ils vous nuisent, id. Provinc. 16. Ce Jérémie qu'Esdras venait de forger avec tous les autres prophètes.comment a-t-iltoutd'un coup trouvé créance? boss. Ilist. il, 13. Si vous avez créance à sa doctrine, id. Soum. 2. Si l'idée de ce jugement pouvait être effacée de mon esprit en sorte qu'il n'en restât nul souvenir, nulle créance, bouhd. Carême, i, Jug. dern. 269. Dans la créance commune et dans les principes.... id. tb. Prédestination, 369. || Hors de créance, invraisemblable. Et la chose à chacun Hors de créance doit paraître, mol. Amph. n, 1. || Donner créance à une chose, la rendre croyable. Son caractère donne créance à ses paroles, la bruy. v. || Donner créance, ajouter créance, croire. David, ce roi qui avait l'esprit de prophétie, ayant donné créance aux impostures de Siba, pasc. Prov. <8. Onnesongequ'àmultiplierles bulles, afin que ce soientautant de titres de l'infaillibilité qui en a besoin, et que le monde s'accoutume à ajouter créance, id. ib. ( 9. Quelle fable incroyable pourrait-on inventer? et peut-on y donner créance sans joindre l'ignorance au blasphème? boss. Hist. 11, 13. Seigneur, àvos soupçons donnez moins de créance, hac. Brit. m, 6. || 2° Croyance religieuse. Avec le lait, pendante à la mamelle, Je suçai des chrétiens la créance et la foi, rotr. SI Gen. ni, 6. Il aura vécu conformément à sa créance et à sa religion, bouhd. Avent, 66. Pour avoir droit de dire aux athées soit de créance, soit....iD. ib. Les soins qu'on prend de notre enfance Forment nos sentiments, nos mœurs, notre créance, volt. Zaïre, i, i, || 3" Confiance qu'on inspire et qui fait qu'on est cru. Et tâchez, comme en vous il prend grande créance.... mol. Éc. desf. v, 6. Perdre toute créance dans les esprits, pasc. Prov. 4. Ils ont appris quelle créance on doit avoir à ce calomniateur, id. tb. 13. Pour faire perdre à vos auteurs toute créance, id. ib. 9. Quoi, mes pères? Est-ce ainsi que vous abusez de la créance que ces personnes d'honneur ont en vous? id. ib. 13. Lettres qui fussent assez autorisées pour obtenir créance, boss. Lett. ne. 11 fallait un homme qui, pour ne pas irriter la haine publique déchatnée contre le ministère [lors de la Fronde], sût se conserver de la créance dans tous les partis et ménager les restes de l'autorité, jd. le Tellier. Vous refusez votre créance à des prodiges qui lui sont très-possibles, mass. Panég. Si Franc. Le livre qui mérite le plus de créance, id. Car. Avenir. Traitez bien vos domestiques, mais ne leur donnez pas trop de familiarité et encore moinsde créance, Paroles de louis xiv, dans volt. Louis XIV , 28. || 4° Terme de diplomatie. Instruction secrète qui, remise àun ambassadeur, lui permet de conféreravec le souverain auprès duquel il est envoyé. || Lettres ou lettre de créance, lettre par laquelle un ambassadeur justifie de sa mission. || Par extension, lettre de créance, lettre par laquelle un négociant ou un banquier autorise un tiers à toucher de l'argent selon ses besoins ou jusqu'à concurrence d'une somme déterminée. || 6° Terme de vénerie. Chien de bonne créance, chien sûr à la chasse. Chien de peu de créance, chien peu sûr. || Terme de fauconnerie. Oiseau de peu de créance, oiseau dont les indications ne sont pas sûres. || Ficelle ou filière avec laquelle on retient l'oiseau qui n'est pas encore bien assuré. || 6° Ancien terme de marine. Mouiller en créance, faire porter une ancre d'affourche, avec tout le câble, par une chaloupe qui rapporte ensuite le bout du câble à bord du vaisseau.

— SYN. créance, croyance. Comme croyance et créance ne sont que la double prononciation d'un même mot, ils doivent nécessairement se rapprocher singulièrementdans la signification. Toutefois l'usage a profité de ces deux prononciations pour introduire les nuances suivantes : au sens de croire une chose quelconque ou une religion, croyance est présentement plus en usage que créance ; mais, au sensde confiance, créance est em ployé de préférence à croyance.

— HIST. xi' s. Bons fut li secles al tens ancienur; Si ert [était] créance, duntor n'i a nul prut [preu, avantage] ; Tu> «t rouez, perdut ad sa colur, Saint

Alexis, 1. 1| xii* s. Sur celé gent qui en Deu n'ont créance, Ilonc. p. 62. Il guerpira sa créance et son Dé [Dieu],tb. p. 117:.., Ne t'esmaier mie.empereres courtois ; Tousjours te conduira ta créance et tes drois [ton droit] , Sax. xvm. || xin* s. De foi et de créance entérine et meure, Ilerte, xlii. Mes ce ne fnst boné créance Dont nus ne doit avoir doutance, Ren. toies. L'on peut plaider en la haute court de totes carelles, mes que de sa fei, ce est de sa créance, et de ma riage et de testament, Ass. de J. 47. Kt Hanli, quant il vit ce, si traït à li du peuple ce que il pot avoir et leur aprist une autre créance que Mahommet n'avoit enseignée, joinv. Hft, Il disoit que foy et créance estoit une chose où nous devions bien croire fermement, id. (»7. S'il a foy et ferme créance, Qu'on doit en sept choses comprendre, J. demkung, Tr. 47. || xiv s. Créance, c'est la ligne qui est attachie à la lesse du faulcon, Modus,f"LXxxm. || xv* s. Quand il ot monstre ses lettres de créance, froiss. Il, II, 223. Il fut déterminé de déployer [l'oriflamme du roi de France], pour la cause de ce que les Klamands tenoient opinion contraire du pape Clément et se nommoient en créance [en matière de foi] Urbanistes, id. n, n, 196. Pourtant que je ne les vis ni scellées, ni approuvées, je n'y ajoutai point de foi ni de credence, id. Et, m, 103. Lequel avoit une lettre de créance adressante audit Symon escnpte de la main dudit duc, comm. m, 9. Luy devoit bailler la dicte lectre et dire sa créance, qui estoit.... id. iv, 6. Sa créance [du héraut envoyé par Louis XI au roi d'Angleterre] esloit fondée sur le désir que le roy avoit dès long-temps de avoir bonne amytié avec luy, id. iv, 7. Par très ferme credence qu'il avoit au St Sacrement du baptesme, louis xi, Nouv. lxx. 1 1 xvi* s. Voire contre sa propre creance[croyance] , mont, i, 21. Que ne peult la coustume en nos jugements et créances, id. i, <09. Nostre créance [religieuse] a assez d'autres fondements, sans.... id. i, 248. Jamais chef de guerre n'eut tant de créance sur ses soldats, id. ni, 175. [Ceschefs| qui avoyent une merveilleuse créance entre ceux de la religion, desployerent tout leur art, crédit et éloquence pour persuader un chacun, langue, 626. Que l'audace estoit mère de la créance, la créance de la force, elle des victoires, et partant des suretez, d'aub. Hist. m, 180. Et de qui pouvez vous attendre une telle mutation en la créance que de celui qui n'en auroit point? m. tb. ni, 486. Et connoissant la vérité dont la créance lui causoit plus de mal que la mort, marg. Xouv. lxiv. Il me depescha devers sa majesté pour luy porter, tant par créance que par escrit, tout ce qu'il avoit faict, carl. x, 25.

— ÊTYM. Autre prononciation de croyance, et qui provient du verbe creire, tandis que croyance vient du verbe croire ; creire et croire appartiennent à des dialectes différents de l'ancienne langue.

2. CRÉANCE (kré-an-s'), s. f. Terme de droit. Droit d'exiger l'accomplissement d'une obligation. Exercer un simple droit de créance. On oppose les droits de créance aux droits réels. || Dans l'usage ordinaire, droit d'exiger le payement d'une somme d'argent. Créance commerciale, litigieuse. Avoir une créance surquelqu'un.Transportersacréance. || Dette active fondée sur un titre. Sa créance est bonne. || Le titre même. Transférer sa créance.

— ETYM. Le môme mot que créance*. Lu créance, dette active, est un titre qui donne croyance que telle somme est réellement due.

CRÉANCIER, IÈRE(kré-an-sié, siê-r'), s. m. eif. Celui, celle qui a une créance sur quelqu'un. Frustrer ses créanciers. Créancier privilégié. C'est une fort mauvaise politique, que de se faire celer aux créanciers, mol. Don Juan, iv, î. Elle ne se permit pas avec ses créanciers ces compositions adroitement colorées qui souvent ne sont qu'une injustice couverte d'un nom spécieux, boss. Anne de Coin. L'État peut être créancier a l'infini, mais il ne peut être débiteur qu'à un certain degré; et, quand on est parvenu à passer ce degré, le titre de créancier s'évanouit, montesq. Esp. xxn, 18 || Fig. Les habitants de la campagne, ces créanciers de la terre et de la nature, Mirabeau, Collection, t. n, p. 238. || Adjectivement. Bacchus et peut-être l'Amour L'occupent souvent tour à tour, Sans compter l'hydre créancière, la font. Lelt. xxm.

— HIST. xn* s. Et li prophètes cumandat que ele s'en alast, e vers ses créanciers s'en aquitast, e del surplus seie ses fiz suztenist e cunreast, ltois, 356. || xui1' s. Tous mes créanciers en deçui [je déçus] , Si que ge n'en poi nus paier, S'en me devoil pendre ou noier, la Rose, 7976. Le créancier qui tient le gage n'est pas possessor, Liv. de just. 90. Nous disons que en cest cas li créanciers pot fere les biens

arrester là ù la dete fu fête, bf.aum. 68. || xvi* s. Ne pouvant payer, ilz estoient adjugez à leurs créanciers.— La cruaulté des créanciers usuriers, amyot, Solon, 20.

— ÉTYM. Créance 2.

CRÉÂT ( kré-a ), s. m. Terme de manège. Le sous-écuyer dans une école d'équitation. Il étaitcréat dans telle académie.

— HIST. xvi* s. Ce discoureur en savoit jusques là de faire vouloir au roi de deux choses l'une, ou effacer les exploits des liguez par son créât, ou, si la victoire tournoit en faveur des redonnez, se voir deffait d'un ingrat trop eslevé, d'aub. Ilist. m, 47.

— ÊTYM. Ital. creato; espagn. criado, serviteur, élève, de criare, élever, ils latin creare (voy. créer).

CRÉATEUR, TRICE (kré-a-teur, tri-s'), s. m. eif. III" S. m. Celui qui crée; Dieu. Le créateur du ciel et de la terre. Ces premiers arts que les hommes apprirent , et apparemment de leur créateur, sont l'agriculture, l'art pastoral, celui de se vêtir et peut-être celui de se loger, boss. Hist. i, t. Les deux substances [l'âme et le corps] étant de nature si différente, que l'une ne pourrait rien sur l'autre, si Dieu, créateur de l'une et de l'autre, n'avait, par sa volonté souveraine, joint ces deux substances par la dépendance mutuelle de l'une à l'égard de l'autre, id. Conn. m, 2. Créateur incréé de la nature entière, volt. Guèbr. ni, 5. Au lieu d'une substance spirituelle essentiellement distinguée de la matière ot qui ne pouvait être unie au corps que par l'institution d'un créateur tout-puissant, boullainvilliers, Réfutât, de Spinnsa. p. t«4. Créateur tout-puissant, principe de tout être; Toi pour qui le possible existe avant de naître, Boi de l'immensité, lamart. Mèd. i, 7. Salut, principe et fin de toi-même et du monde, Toi qui rends d'un regard l'immensité féconde; Ame de l'univers, Dieu, père , créateur , Sous tous ces noms divers, je crois en toi, Seigneur, id. ib. i, i». || Le souverain créateur de toutes choses, et, absolument, le Créateur, Dieu. Ce qui appartient à la sagesse du Créateur semble être encore plus au-dessus de notre faible portée, que ce qui appartient à sa puissance, fonten. Leibnili. Lorsque du Créateur la parole féconde Dans une heure fatale eut enfanté le monde Des germes du chaos, lamart. Uéd. i, 7. || Recevoir son Créateur, communier. || 2° Par extension, l'inventeur, le premier auteur de quelque chose. Homère est regardé comme le créateur de l'épopée. Corneille qui fut parmi nous le créateur de la tragédie, même en copiant le Cid espagnol, volt. Lett. Faugères, 3 mai t776. Je relis Corneille; c'est un créateur; il n'y a de gloire que pour ces gens-là, id. Lelt. d'Argental, 26 juin 1761. H a suivi son plan avec tant d'activité et de succès que, s'il s'est montré dans ses autres ouvrages comme un physicien exact et profond, il a été vraiment créateur dans la physiologie, c0ND0RCET,7/a/Jer. || S. f. Créatrice, celle qui crée. Phémonoé passe pour la créatrice du vers hexamètre chez les Grecs. || 3° Celui qui produit. Le créateur d'un produit. || 4" Adjectivement, créateur, créatrice. Cet esprit créateur qui, dans toute l'étendue du siècle le plus heureux, ne tombe guère en partage qu'à trois ou quatre hommes pris dans toute l'étendue des pays savants , fonten. Newton. Quand la Russie prenait une forme nouvelle sous ses mains eréatrices [de Pierre 1"], condillac, Études hist. part, in, en. 2. Quand l'imagination créatrice eut élevé les premiers monuments, qu'est-il arrivé? Le sentiment général fut sans doute celui de l'admiration, laharpe, Cours de littér. Introd. Mais ce feu créateur [la vie] qui sert à l'animer [un être vivant], Si je l'avais éteint, comment le ranimer? ducis. Othello, v, 4. En France, sous le nom de seconde époque, j^ désignerai le temps où les quatre génies créaleurs du xvm* siècle n'agissent plus seuls sur la littérature, et sont remplacés ou entourés par le nombie assez grand d'esprits inférieur» mais brillants, qui concoururent à donner aux hitres françaises un caractère de popularité dans tonte l'Europe, villemain, Lilt. fr. 18* siècle, 2* partie, l" leçon.

— REM. Quand créateur est pris absolument pour signifier Dieu, l'Académie y met un grand C.

— HIST. xn" s. Li criera del monde, Machab n, 7. Li unsertsire, li autre sers, li uns faitre [facteur, faiseur], l'autre faiture, l'uns crierre, l'autre créature, wace, Vierge Karie, p. 46. Cil qui esteit encore à naistre Connut son seignor et sun ma>stre, Deciples maistre, sers seignor, Créature sun creator, ib. p. 4«. Tais [tais-toi], Oliver, por Deu le creator, Ronc. p. 44. Pour lui [je] m'en vais souspirant en Syrie; Car je ne doi faillir mon creatour, quesnes, iiomonccro, p. 93. Se sauve l'honor Du

CRÊ

Creator Estoit, tout temps [je] voudroie [qu'il] Nuit feïst du jor: Jamais dolor Ne pesance [je] n'auroie, ib. p. 88. Car plus criement asez le terrien seignur, Oueil nefuntJesulepuissantcreatur, Th. lemart.28. Ezechie e David e maint autre plusur, Quant ilorent mesfait vers Deu lur creatur, Mult s'unt humilié.... ib. 78. En vain se travelleroit pour esleveir nos cuers, s'il ne savoit ke li creeres de nostre salveteit fust assigiez [assis] en ciel, st beBn. 626. || xm* s. Mus il ne plot au creatour, Qu'on appelle le roi de gloire, Queli nostre eussent victoire, barbazan, Fabliaux, t. i, p. fiO. || xv* s. Par la grâce du souverain roi des rois, qui est notre créateur et sauveur et creeur et donneur de toute paix, monstrel. liv. i, en. 102. || xvi* s. En la semence gist la vertu créative et formatrice, paré, xvm, 2.

— ÊTYM. Provenç. creaire, crealor; portug. et espagn. criador ; ital. creatore ; du latin creatorem, de creare (voy. créer). Dans le vieux français et le provençal, creere et creaire est le nominatif, du latin creâtor avec l'accent sur a; Creator est le régime, du latin creatorem, avec l'accent sur to.

f CRÉATINE (kré-a-ti-n') , s. f. Terme de chimie. Matière inodore, insipide, cristallisant en prismes quadrangulaires, découverte dans l'extrait alcoolique de la viande.

— ÊTYM. Kpéa;, viande.

jCRÉATlNINE (kré-a-ti-ni-n'), s. f. Terme de chimie. Principe immédiat qui existe dans les muscles avec la créatine et dans le sang.

— ETYM. Créatine.

CRÉATION (kré-a-sion; en poésie, de quatre syllabes), s. f. || 1° Action de Dieu qui crée. La création du monde. Ceux que Dieu, par la régénération, a retirés gratuitement du péché (qui est le véritable néant, parce qu'il est contraire à Dieu, qui est le véritable être) pour leur donner une place dans son Église, après les avoir retirés gratuitement du néant au point de leur création pour leur donner une place dans l'univers, pasc. Lettre, i" avril 4048. La création, qui paraît être un acte arbitraire, supposa des règles aussi invariables que la fatalité des athées, montesq. Esp. i, t. Il y a des philosophes qui distinguent deux créations, celle des choses et celle de l'homme, id. Lelt. pers. 4*3. Femmes, anges mortels, création divine, Seul rayon dont la vie un moment s'illumine, lamaiit. Ilarm. IV, It. || Absolument. Depuis la création. L'an 5uoo de la création. || 2° L'univers visible. Les merveilles de la création. C'est l'heure où la nature, un moment recueillie. Entre la nuit qui tombe et le jour qui s'enfuit, S'élève au créateur du jour et de la nuit, Et semble offrir à Dieu, dans son brillant langage, De la création le magnifique hommage, id. iféd. i, 46. Dans la création le hasard m'a jeté; Heureux ou malheureux, je suis né d'une femme, Et je ne puis m'enfuir hors de l'humanité, a. de mussét, Espoir en Dieu. || 3° Action d'établir une rente, etc. La création de la rente trois pour cent. || 4° Action d'inventer, de fonder, de produire, de nommer à un emploi. La création d'un genre littéraire. Le roman peut être considéré comme une création des modernes. Les créations de l'industrie. On a fait des créations d'un président et de quatre conseillers, stiv. 587. || Cela est de sa création, c'est-à-dire il a imaginé, supposé la chose. Ces deux charges de proconsul et de maître de la milice sont purement de sa création [de l'abbé Dubos], montesq. Espr. xxx, 24. || Par extension, action de former un homme et de faire sa fortune. Ce maréchal [Bessières] devait son élévation à d'honorables services et à l'affection de l'empereur, qui s'était attaché à lui comme à sa création, ségur, Hist. de Nap. ix, 3.|| Création d'un rôle, se dit, au théâtre, de celui qui le joue pour la première fois. Ce rôle est une de ses plus belles créations. || 6° Résultat de la création, ouvrage d'art ou de littérature, établissement politique, social, etc. Ce tableau est une belle création. Les salles d'asile sont une création utile.

— HIST. xm* s. Pouvoirs et vouloirs et boutez, Ces trois sont en ung Dieu comptez, Créèrent toute creoison, j. de meung, 2V. 447. || xiv* s. La première creacion des tribuns, bercheure, f° 64 , recto. || xv s. Ainsi fut cette grande et dure chevauchée départie, que le roi Edouard, le premier an de sa création, fit contre lesEscots, proiss. i, i, 45. Chascun me fuit, ne nulz ne me par»nte; Les riches voy [je vois] trop bien emparentez; Ceulx ont indignacion De moi veoir, de qui création [famille] Je sui eslrais.... eust. desch. Poésies mss. f" 2t 3, dans Lacuiine. Il xvt s. Il y avoit eu erreur en leur création, et ilz avoient esté induement esleus, amïotl Marcel. 4.

CRE

— ErYM. Provenç. creatio, creaio; espagn. création ; ital. creaxione; du latin creationem , de creare, créer. Creoison est formé suivant l'antique règle de changement, comme oroison ou oraison; création a été refait sur le latin.

t CRÉATOP11AGE (kré-a-to-fa-j'), adj. Terme de zoologie. Voy. ciiéophage.

CREATURE (kré-a-tu-r'), s. f. || V Tout ce qui est créé. Les créatures visibles. Les créatures inanimées, les choses brutes. Les créatures animées, les êtres vivants. Que toute créature, à ta sainte présence, S'impose le silence et laisse agir ta voix! corn. Imitation, 1, 3. Il faut que je m'élève audessus de l'homme pour faire trembler toute créature sous les jugements de Dieu, loss. Heine d'Anglet. 11 [l'homme] se fait un monde du petit cercle de créatures qui l'environnent, sur lesquelles il agit ou qui agissent sur lui, nicole, Ess. de mor. 4" traité, cil. 3. S'il se pouvait faire que nous eussions de la raison et que nous ne fussions pourtant pas hommes, et si d'ailleurs nous habitions la lune, nous imaginerions-nous bien qu'il y eût ici-bas cette espèce bizarre de créatures qu'on appelle le genre humain ? ponten. tondes, 2* soir. La voix de l'univers, c'est monintelligence;Surles rayonsdu soir, sur les ailes du vent, Elle s'éléveà Dieu comme un parfum vivant; Et, donnant un langage àtoute créature, Prête, pour l'adorer, mon âme à la nature, lamart. Méd. I, ifl. Ce monde qui te cache est transparent pour moi ; C'est toi que je découvre au fond de la nature; C'est toi que je bénis dans toute créature, id. t'6. || 2° L'homme par opposition à Dieu. Et moins la créature aura chez toi d'accès, Et plus du Créateur les dons auront d'excès, cohn. Irait, m, 12. Carie ciel laisse agir l'ordre de la nature Et n'a pas toujours l'œil sur une créature, rotr. Ântig. v, 6. Votre cœur tient un peu trop aux créatures, pasc. Prov. fl. Quelque mal qui nous arrive par la créature, boss. Lelt. Corn. 6. Parmi les créatures, ceux qui ont le mieux connu cette vérité.... id. Culte. En nous attachant aux créatures, nous multiplions nos liens, mass. Panég. hlarl. Tu n'étais pas encor, créature insensée, Déjà de ton bonheur j'enfantais le dessein; Déjà, comme son fruit, l'éternelle pensée Te portait, dans son sein, lamart. Uédit. i, 8. Créature d'un jour qui t'agites une heure, De quoi viens-tu te plaindre et qui te fait gémir? Ton âme t'inquiète, et tu crois qu'elle pleure: Ton âme est immortelle, et tes pleurs vont tarir, A. de musset, Poésies nouti. Lelt. à Lamartine. Qu'est-ce que leur vie [des mondains] Y... un assujettissement servile à la créature, c'est-à-dire au caprice, à la vanité, à la légèreté, à l'infidélité même, bourdal. Carême, Sur la paix chrétienne. Ce n'est pas une faiblesse à l'âme d'avoir besoin du s'appuyer sur quelque chose de véritable et de solide; ou, si c'est une faiblesse, elle est essentielle à la créature, qui, ne se suffisant pas à elle-même, a besoin de chercher ailleurs le soutien qu'elle ne trouve pas en soi, nicole, Ess. mor. 4" traité, ch. M. || 3° Une personne Les arbres et les plantes Sont devenus chez moi créatures parlantes, la font. Fabl. n, t. Et ne sais comme il y manqua [l'âne], Caril est bonne créature, id. ib. vm, (7. Avec une jeune créature que milord aimait, hamilt. Gramm. 9. La créature de France qui avait le plus de charmes, id. ib. ». || Une femme dont on parle sans considération. Il y a longtemps que cette créature-là parlait mal de vous, sév. 45. Et non pas pour dlneravecdes créatures Qui viennent, comme vous, chercher des aventures. — Des créatures! Ciell quels termes sont-ce là? regnard , Ménech. n , 5. J'ai quelque souvenir de cette créature, id. Démocr. v, 3. Le père d'Heudicourt mangeait tout à son âge avec des créatures , st-sim. 278 ,4 o. Cette dangereuse et impudente créature était la fille de Besmaux, gouverneur de la Bastille, id. 440, 48. Mailly prit par le bois de Meudon pour n'être point vu, el pour arriver dans le quartier des Incurables où logeait une créature qu'il entretenait, id. 66, 400. || 4° Personne quon a gagnée par des bienfaits, des présents, et qu'on protège par son crédit. On perdait de Néron toutes les créatures, corn. Olhon, I, 4. Je puis, quand il me plaît, faire des créatures, id. ib. n, t. Elle s'indignerait de voir sa créature A l'éclat de son nom faire une telle injure, id. Nicom. i, 2. Je ne veux que le nom de votre créature, id. Serlor. n, 2. Elle avait des créatures dans la confidence du roi, hamilt. Gram. 44. Il répand ses trésors pour se faire des créatures, boss. u, Nativ. 2. Un art de se faire des créatures, m. Char. (rat. 4. Certes, plus je médite, et moins je me figura Que vous m'osiez compter pour votre créature, rac. Btti, i, 2. Psrsenao 110 se fit un

CRE

point capital d'arrêter un désordre qui donnait aux (?ens ; 11 facilité de placer t..nt..-^ leurs créa-

tures, rayn. Hist. phil. n, 23. Certaines gens qui ne s'acquièrent des amis que pour «'acquérir des suffrages par Itun moyens; oréatures de la caliale, bien différentes de cet Espagnol qui se piquait d'être (ils de ses propres œuvres, la font. Contes, préface du t" vol. H 6' 11 se dit des cardinaui.en tant qu'ils sont de la création de tel pape. Les créatures de tel pape avaient la prépondérance dans le conclave. Le pape a fait une promotion de ses créatures : c'est ainsi qu'on l'appelle, sév. 4 88.

— hist. xn" s. Si [l'Amour] me hait plus que mile créature, Et aux autres [je] la voi si debonaire, Couci, p. 425. y xm" s. Onques, ce croi, mais une créature N'ot tant de mal pour aimer loiaument, eustache le peintre, dans Couci. Selon ce qu'ela ert [était] tendre et jeune créature, Berte, ilii. Il xv s. Que à créature du mond ,fors entre eux, ils ne reveleroient leurs secrets ne leur voyage, froiss. h, u, 65. J'ay toutveil, quant j'ay veu madame.... J'ay toutveù, à parler par droiture, Quant j'ay voii si gente créature, id. Poésies mss. p. 3(7, dans lacurne. Lesquels disoient pleinement que c'estoit une créature de Dieu [une sainte personne] , Hist. de la pucelle d'Orl. p. 6)3, dans lacurne. || xvi* s. Certes et l'yvoire,etl'or,el les richesses sont bonnes créatures de Dieu, permises, mesme destinées à l'usage des hommes, Calvin, lnnil. 664. Je suis votre créature; tout le bien et l'honneur que j'ai viennent de vous, marg. JVoui). xu. N'estant chose moins esmerveillable qu'un simple citoyen jjacques Cœur] durant sa prospérité eust faict tant de créatures, que de voir tant de créatures avoir recogneu leur bienfaiteur au temps de son adversité, est. pasquwr, Lettres, liv. m, i" lettre à U. de Marillac. On la disoit estre son disciple et sa créature de guerre [de Pescaire], brant. Gouast. Leur honneur est d'avoir des serviteurs qu'ils appellent créatures, iiontluc, Mém. p 448, dans lacurne.

— ÊTYM. Provenç. et ital. creatura; espagn. criadura; du latin creatura, de creare, créer.

CRECELLE (krè-sè-1'), s. f. Instrument de bois, qui sert à faire du bruit et dont on se sert les jours de la semaine sainte , durant lesquels les cloches ne sonnent pas, c'est-à-dire de jeudi à samedi midi; cet usage de la crécelle n'existe plus. Prenons du saint jeudi la bruyante crécelle , boil. Lutr. iv. y Instrument dont se servaient les lépreux pour avertir de leur approche. || Jouet d'uulaut.

— REM. Furetière n'a que (recette pour le nom de l'instrument et celui de l'oiseau (crécirelle). Richelet écrit cresselle. Au xv siècle, crécelle se dit de l'oiseau de proie.

— HIST. xvi* s. Et ce petit moulinet dont nous usons le jeudy et vendredy de la sepmaine sainte au lieu de cloches, que nous appelions cresserelle, a emprunté ce nom du son qu'il produit, pasouier, Recherches, liv. viu, p. 671, dans lacurne.

— ETYM. Génev. crénelle. Origine inconnue. J. Scaliger le tire de querquedula , nom de la sarcelle; Saumaise, de crtpilacella, dérivé de crepitaculum, jouet qui fait du bruit; Ménage, du grec xpèij, nom d'un oiseau.

CRÉCERELLE (kré-se-rè-1') , s. f. Oiseau de proie du genre faucon. La pie-grièche combat contra les pies, les crécerelles, bufpon, l'ie-ijriéche.

— HIST. XV s. S'amoursvoloient aussi bien Comme cercelles et faucons, e. hesch. Poésies mss, f°44o, dans lacurne. Ostoirs, faucons et espreviers, Gerfaux , saieres , butors, lanniers, Aigles, voultoirs, hobes, cresselles, Esmenllons, huas, cercelles, Et maint autre gendre d'oyseaulx. id. ib. f"4ss. Taudis qu'elle disoit ces mots, elle perceut que une cercelle volletoit à l'entour du visage de Nero; elle qui la veut destourner, print le gant de sa main senestre, car elle avoit esgaré celluy de la dextre ; si en chassa la cercelle, Perceforest, t. v, f° 32. || xvi' s. La crescerelle de son naturel sspouvenle les espreviers, de sorte qu'ils fuyent sa veue et sa voix, paré, Animaux, 21.

— ETYM. Origine inconnue. Voy. crécelle.

f CRÉCERELLET1E (kré-se-rè-lè-f), s. f. Nom vulgaire du faucon tinnonculoïde , appelé aussi cresserine.

— ETYM. Crécerelle.

CRÈCHE (krè-ch'), s. f. || i* Mangeoire des bœufs, des brebis, etc. Mettre du foin dans la crèche. Quelquefois dans la crèche une affreuse vipère Loin du jour importun a choisi son repaire, deuils, Georg. 111. Sous la fougère de la crèche, la brebis lui abandonne son lait, chateaub. Génie, 1, m, 2. || La crèche, la sainte crèche, celle où Jésus fut mis au

CRE

moment de sa naissance. Je prie le saint Entant de vous attacher à sa crèche, boss. Lelt. Corn. M3. Un ange, dans la nuit, aux pasteurs qu'il éveille, D'un Dieu né dans la crèche annonce la merveille, delille, l'arad. perdu, xii. ||2°Nom de quelques hôpitaux où l'on reçoit les enfants trouvés, ainsi nommés par allusion à la crèche de Jésus-Christ. || Ëtahlissement où l'on donne asile Dendanl le jour aux petits enfants pauvres âgés de moins de deux ans. Il 3° Enceinte de pieux préservant les fondations d'un ouvrage hydraulique. || Terme de marine. Etabli qui, dans une corderie, porte les peignes qui servent à préparer le chanvre.

HIST. un* s. Et armenz [troupeau] ne sera

mie as cresches, Psautier, f-<86. Depuis que fu nez en la greche Diex de Marie, Ne fu mes tele espouserie, huteb. 6. [Dieu le père] De la crèche te fit ta coche [à toi Jésus], id. ii,20. Dou toriel [ils] loent la hiauté: Sorlui n'a ordure ne tache; N'a pas esté norri en crache, Roman de Mahommel, 1553. Aies, dist-il, em Belleant [Bethléem], llueques trouvères l'enfant Jouste le mur en unecrebe, nu cange, craccia.

— ÉTYM. Berry, ecrèc/ie ; bressan, crècc; bourguig. ereiche ; wallon, crêpe, cripe; provenç. erepia , crepcha, crupia; ital. greppia; du germanique: allem. Krippe; danois, krybbe; angl. crib; suéd. crvbba; anglo-sax. crybbe; auc. h. allem. krippa; comp. aussi le celtique: irland. grib.

t CRÉCHET (kré-chè), s. m. Un des noms vulgaires du motteux.

t CRÉCISE (kré-si-z'), *. f. Instrument employé dans la construction des fourneaux et des pierres factices.

t CRÉCY (kré-si), s. f. Variété de carotte trèsestimée. Potage, purée à la crécy.

— ÊTYM. Crécy, non d'une localité en Picardie. CRÉDENCE (kré-dan-s'), s. f. || 1° Meuble sur lequel

on place les verres qui doivent servir à table; buffet, garde-manger. || 2° L'endroit où l'on tient les provisions de bouche dans un séminaire ou un collège. Aller à la crédence. || Ce sens n'est plus en usage dans les collèges actuels. || 3° Sorte de petite table placée au côté de l'autel, où l'on met les burettes et le bassin servant à la messe. L'urne qui était sur une crédence et qui contenait les entrailles [de la Grande Mademoiselle] se fracassa, st-sim. 6, 73.

— HIST. XV s. Il avoit en Rome grande crédence [crédit], et estoit moult aymé, Perceforest, t. m, f° H02. || xvi' s. Ung petit arbre d'or, nommé crédence, garny de sept houppes de grands saphirs et deux petis et de huict langues serpentines, de laborde, Émaux, p. 233. Seront mis les essays tout tranchez de pain pour faire la crédence à chascun plat de viande quand ilz seront posez sur la table , Honneurs de la cour, ms. p. 72, dans lacurne.

— ÉTYM. Ital. credema, buffet, créance, croyance, àecredere, croire, parce que c'était ordinairement au buffet que se faisait l'épreuve des liqueurs pour la sûreté des princes, ce que les Italiens appellent far credenza.

CRÊUENCIER (kré-dan-sié; l'r ne se lie jamais; au pluriel, l'sse lie :deskré-dan-sié-z actifs), s. m. Celui qui, dans un collège ou un séminaire, a la garde et la distribution des provisions. || Ce mot n'est plus usité dans les collèges actuels.

— ÊTYM. Crédence.

CRÉDIBILITÉ (krê-di-bi-li-té), s. f. Ce qui rend une chose digne de croyance. Celui qui doute parce qu'il ne connaît pas les raisons de crédibilité n'est qu'un ignorant, diber. Pens. phil. 24. Je laisse à part le grossier sophisme d'employer la preuve morale à constater des faits naturellement impossibles, puisqu'alors le principe même de la crédibilité, fondé sur la possibilité naturelle, est en défaut, J. i. rouss. Lelt. de la Montagne, m. Des témoins qui réunissent, au plus haut degré, les conditions qui fondent aux yeux de la raison la crédibilité de quelque fait que ce soit, bonnet, Paling. 21' part. ch. 8. Il a commencé par nous dire qu'il allait nous donner un exemple de la crédibilité due aux attestations que nous présentions, Mirabeau, Collection,t. ni, p. 242.

— HIST. xiu* s. Se le vallet aporte avec soi bone creableté et certaine qu'il ait fait le gré de son niestre, Liv. des met. 68.

— ËTYM. Lat. credibilis, decredere (voy. croihe). CRÉDIT (kré-di ; le t ne se lie pas dans le parler

ordinaire; au pluriel, Vs se lie: les cré-di-z ouverts), s. m. Il 1" Confiance en la solvabilité. Le crédit est l'àmedu commerce. Notre trio [de marchands] poussa maint regret inutile, Ou plutôt il n'en poussa point; Le plus petit marchand est savant sur ce point: Pour

CRE

sauver son crédit, il faut cacher sa perte, la font. Fabl. xn, 7. Les Allemands que le fidèle Sancy avait levés sur son propre crédit, anquet. Ligue, m, 84. L'on sait qu'une personne qui a du crédit emprunte à meilleur marché qu'une personne qui n'en a pas, 3. b. say, Traité, 4 84t, p. 388. || Faculté d'obtenir des prêts; disposition des détenteurs de capitaux à en faire l'avance à ceux qui les demandent. Le crédit règne dans un pays lorsque les prêts y sont abondants et faciles. Un particulier a du crédit lorsqu'il emprunte facilement les fonds dont il a besoin. || Crédit personnel, celui qui dépend du caractère personnel et des facultés de l'emprunteur. Crédit réel, celui qui repose sur des sûretés spéciales. Crédit hypothécaire. || Crédit agricole, industriel, commercial , celui qui procure des avances à l'agriculture, à l'industrie, au commerce. Crédit foncier, territorial, celui qui prête à la propriété foncière. || Société générale du crédit mobilier, société destinée à faire des prêts sur dépôts de valeurs mobilières, actions, coupons de rentes, etc. || Crédit public, confiance dont jouit un gouvernement pour le payement des intérêts de sa dette, pour les emprunts à faire, etc. La France et l'Espagne ont leurs trésors; l'Angleterre, un grand crédit national, raynal, Hist. phil. xviu, 60. L'usage du crédit public , quoique ruineux pour tous les États, ne l'est pas pour tous au même point, m. ib. xix, M, Le crédit public, comme le crédit personnel, consiste dans la persuasion où est le public, que le débiteur, qui est l'État, s'acquittera fidèlement des engagements qu'il acontractés envers ses créanciers, j. b. say, Cours, t. n, p. 443, ) 840. || Prêter son crédit à quelqu'un, engager sa signature, s'obliger pour faire emprunter à quelqu'un une somme. || Crédit est mort, on ne prête plus, c'est-à-dire on ne vend que contre argent. || Fig. Notre siècle vit sur le crédit du siècle de Louis XIV, volt. Lelt. à Mme Dubocage, 3 sept. ("58. || 2° Terme que le créancier accorde à son débiteur. Accorder un long crédit. Acheter, vendre des marchandises à crédit, c'est-à-dire sans payement immédiat. Mais nous avons là vingt bouteilles, Et le traiteur nous fait crédit, bêhang. Fortune. On achète des étoffes à crédit, pasc. Prov. 8. Je lui ferai crédit de trois mois, sév. 74. Votre plaisir serait-il qu'à crédit J'en puisse avoir, non pas pour grosse somme? la font. Comment l'espr. Les sauvages, pendant l'été, mettent leurs chiens en pension , à crédit, chez des gardiens, chateaub. Amer. 275. Mon hôte à crédit me traite; J'ai bonne chère et vin vieux, bérang. Homme rangé. || Familièrement. Faire crédit de la main à la bourse, ou depuis la main jusqu'à la bourse, ne livrer sa marchandise que contre payement. || Fig. Faire crédit d'une chose, en dispenser. Je fais crédit à mon fils de cette reconnaissance, sév. dans le Dict. de bescherelle. || Fig. S crédit, inutilement, sans fondement. C'est jouer en amour un mauvais personnage Et se rendre après tout misérable à crédit, mol. Je Dép. ji, 2. Mais les gens de mon air, marquis, ne sont pas faits Pour aimer à crédit et faire tous les frais, id. Mis. m, < . Qui peut trouver moyen d'être fait de la sorte Ne soupire guère à crédit, id. Psyché, m, i. Cela se dit à crédit et sans démonstration , gui patin , Lettres, 727. || Elle a pris à crédit un pain sur la fournée, se dit d'une fille devenue grosse avant le mariage. |] 3" Somme mise à la disposition de quelqu'un dans une banque, chez un commerçant. || Ouvrir un crédit à quelqu'un, et aussi faire un crédit à quelqu'un , l'autoriser à toucher à une caisse , jusqu'à concurrence d'une somme déterminée , et aussi s'obliger à prêter sur demande à la personne désignée une somme à des conditions déterminées. Avoir un crédit chez un banquier, être autorisé à toucher chez lui une certaine somme. || Lettre de crédit, lettre dont le porteur peut toucher de l'argent chez ceux à qui elle est adressée. || Terme d'administration. Somme allouée, pour tel usage déterminé, par voie de budget. Crédit ordinaire, supplémentaire, extraordinaire, etc. || 4° La page droite d'un livre de compte qui s'intitule avoir, et où l'on écrit ce qui est dû à quelqu'un, ce qu'on a reçu de quelqu'un par opposition à débit, partie d'un compte où l'on porte ce qui a été fourni à quelqu'un ou payé à quelqu'un. Tout compte courant est tenu par crédit et par débit. Portez cet article à mon crédit. || Avoir crédit en banque, être inscrit comme créancier sur les livres de la banque. || Crédit se dit aussi pour signifier la note de ce qu'un marchand doit faire entrer à son profit dans le tableau d'un compte, et encore la note de tous les articles qui doivent être portés en recette sur un compte. || 5" Terme de com- 1 merce et de banque, Confiance dont jouissent cer-

CRE

tains effets sur la place. Les billets de cette compagnie prennent crédit. || 6" Considération, influence dont jouit une personne. Elle aura du crédit en l'empire d'amour, Régnier, Sat. vu. La fameuse Macette, à la cour si connue, Qui s'est aux lieux d'honneur en crédit maintenue, n>. Sat. xm. Quelque peu de crédit que chez vous il obtienne, corn. Poly. i, 3. Et vous pensez par là leur ôter tout crédit, id. Nicotn. m, 5. Mais pour peu qu'il m'aimât, du moins il m'aurait dit Que je garde en son âme encor quelque crédit, id. Tite et Bérén. Il, 7. Certes, vous m'allez mettre en crédit parla ville, id. le Ment, ni, 6; [II] Passe pour homme illustre et se met en crédit, id. t'6. i, 6. Si mon crédit peut obtenir sa grâce, rotrou, Bélis. i, 2. Ah! ma sœur! si sur vous je puis avoir crédit, mol. le Dép. n, 3. Rome où Diana [un casuiste] est en si grand crédit, pasc. Prov. 6 Par le crédit qu'ils ont dans le monde, id. ib. (5. Si j'avais du crédit en France, id. ib. 2. Sauver la vérité sans perdre notre crédit , id. ib. Les jésuites ont assez bonne opinion d'eux-mêmes, pour croire qu'il est utile et comme nécessaire au bien de la religion, que leur crédit s'étende partout et qu'ils gouvernent toutes les consciences, id. ib. 6. Ils s'acquirent un grand crédit par la pureté de leur doctrine, boss. Hist. n, 6. M. Colbert commença à prendre auprès du roi le crédit qui le rendit depuis le premier homme de l'État, la fayette, Henriette d'Anglet. Œuvres, t. m, p. H2, dans pougens. Pour se mettre en crédit auprès du roi, hamilt." Gramm. 8. Par l'entremise de quelque personne d'autorité et de crédit sur son esprit, fléch. Serm. i, 295. Je vois mes honneurs croître et tomber mon crédit, rac. Bril. i, i. Princesse, en leur faveur employez mon crédit, id. Eslh. m, 6. Son adroite vertu ménage son crédit, id. Brit. iv, 4.... X. peine elle vous vit Que votre exil d'abord signala son crédit, id. Phèd. i, t. Ils ne souhaitent point de voir les méchants en crédit, fén. Tél. vin. Un amant mort pour nous nous mettrait en crédit, regnard, Joueur, n, <t. Le crédit impérieux qui voudrait envahir avec orgueil et violence des honneurs destinés à la réunion du mérite et des vertus, d'alemb. Éloges, Lang. de Gergy. Alvarez aurait-il assez peu de crédit? volt. Alt. iv, 3. Ce crédit si vanté doit-il durer toujours? id. Tancr. I, *. || 7" Autorité dont jouit une chose. Mettre une nouvelle, une opinion en crédit, la répandre, lui donner de l'autorité; lui donner du crédit, la confirmer. Quand cette femme aurait dit vrai Dans une chambre tapissée, On s'en serait moqué ; la vogue était passée Au galetas ; il avait le crédit, la font. Fabl. vu, 45. Et voir si ce n'est point une vaine chimère Qui sur ses sens troublés ait su prendre crédit, mol. Amph. m, I. La fable en son nom la demande; Vous savez quel crédit ce mensonge a sur nous, la font. Fabl. vu, dédie. Tant d'autres histoires qui ont eu crédit au monde, pasc. Juifs, 5. C'est de la prose rimée qu'Horace a mise en crédit, sév. 293. Votre rang ne donnait-il pas du crédit à vos passions et à vos exemples? mass. Ifyst. Ifùér. || 8° Créance, confiance. Je crois sur sa parole et lui dois tout crédit, corn. Sert, n, 4. Donnez-vous à l'erreur encor quelque crédit? id. Héracl. iv, 4. N'écoute pas tout ce qu'on dit, Et souviens-toi qu'une âme forte Donne malaisément crédit À ces bruits indiscrets où la foule s'emporte, id. Imit. i, 4. Quand son instruction est salutaire et bonne, Donne-lui prompt crédit, Et, sans examiner quel mattre te la donne, Songe à ce qu'il te dit, id. ib. i, 6. Des gens à qui l'on peut donner quelque crédit, mol. Éc. des maris, n, 3.

— SYN. crédit, faveur. Le crédit est, proprement et étymologiquement, la confiance qu'inspire notre solvabilité, et qui fait qu'on nous prêtera de l'argent et, figurément, qu'on aura pour nos avis ou nos demandes une déférence méritée par notre caractère, par notre position, par notre talent, etc. Au contraire la faveur est toute gratuite; c'est un sentiment favorable qu'on a pour nous. On dit la faveur du prince, le crédit d'un ministre. Le crédit de bully triompha souvent de la faveur des maîtresses.

— HIST. xv* s. Deux chevaliers qui avoient grant crédit avecques ledit conte de Charolois, comm. i, 2. Ceux qui gouvernoient ledit itj appelleront en cour, en authorité et à crédit, ledit r'i.c de Lorraine, pour en avoir part et aide, id. vu, (. |j xvr s. Qui pour acquérir le nom de sçavans, traduisent à crédit les langues, dont jamais ils n'ont entendu les premiers éléments, dubell. i, 0, recto. Qu'on aille donc maintenant baiser les reliques au crédit de si lourds menteurs, calv. Instit. (6). Les oracles avoient commencé à perdre leur crédit, mont, i, «2. Qu'il

crê

ne loge rien en sa teste par simple auetorité et à crédit, id. i, 162. Et craignoient tous, à crédit, un que personne n'avoit veu,-LA boétie, 56. Et si on considère combien la pluspart des hommes sont aulourd'hui mal montez et mal dextres à la lance, on aura honte de les mettre en un corps simple, qui est autant que se faire battre à crédit, lanoue, 293. Quand ces paradoxes auront esté bien examinez, aucuns leur donneront paravanture autant de crédit qu'à l'opinion vulgaire, m. 307. En ce pays-là le cbarroyn'a point de crédit, et n'y en peult-on mener, carl. x, 24. Nous croyons, jugeons, agissons, vivons, et mourons à crédit, selon que l'usage public nous apprend, charron, Sagesse, i, n. Homme et femme conjoincts par mariage sont uns et communs en biens, meubles, debtes et crédits faits tant devant leur mariage que durant, Coust. génér. 1. 1, p. 919. Toutes leurs debtes et crédites, ib. t. n, p. 200. Je m'adresserayàceux qui n'en parient point à crédit, ains semblent avoir de quoy payer, u. est. Âpol. d'Hérod. Préface. Servir Dieu à crédit et par procureur, cotgrave. Assez a qui bon crédit a, id.

— ÊTYM. Mal. credito, du latin credere, croire (voy. croire).

CRÉDITE, 15E (krê-di-té, tée), part, passé. Qui a un crédit, une somme à toucher. Crédité d'une somme considérable. || S. m. Celui auquel on a ouvert un crédit. Le crédité.

CRÉDITER (kré-di-té), V. a. Terme de commerce. Inscrire au crédit ce qu'on doit à quelqu'un, ce qu'on a reçu de lui. Je vous ai crédité des 500 fr. que vous m'avez versés. Être crédité sur une ville, avoir des lettres de crédit s.ur cette place.

— ÉTYM. Crédit.

f CRÉDITEUR (kré-di-teur), s. m. Terme do commerce. Celui qui a des sommes portées à son crédit sur les livres.

— ÊTYM. Créditer. Autrefois créditeur avait le sens de créancier: Monsieur, mon bon ami, j'estois icy à mesme pour payer ma debte; mais j'ay trouvé un bon créditeur qui me l'a remise, mont, iv, 333.

CREDO (kré-do), s. m. || 1" Le premier mot et le nom du symbole des apôtres, qui contient en douze articles les dogmes principaux de la foi. Le credo se charte à toutesles messes chantées le dimanche, excepté aux messes de mort; mais en semaine on le chante ou on ne léchante pas, suivant la férié. || Apprendre son credo, apprendre les premiers éléments de sa religion. || 2° Par extension, ce que l'on prend pour règle de ses opinions. 11 prend son credo dans son journal.

— HIST. xvie s. On parie de luy comme de Pilate dans le credo, oudin, Curios. fr. add.

— ÉTYM. Credo, je crois (voy. croire). Credo s'est dit pour crédit : Il vous plaise nous envoyer quelque peu d'argent pour nous povoir entretenir jusques à la venue de nostre dit maistre; car, madame, nous n'avons plus que frire synon sur credo, Lett. de louis xn, t. m, p. )72, dans LACURNE.

CRÉDULE (kré-du-1'), adj. || 1° Qui croit trop facilement. Écoute, père aveugle, et toi, prince crédule, corn. Héracl. iv, 4. Et ton esprit crédule ose s'imaginer Qu'Auguste pouvant tout peut aussi me donner, m. Cinna, ni, 4. Avoir pour deux méchants une âme si crédule, id. Nicom. m, 8. Un fol allait criant par tous les carrefours Qu'il vendait la sagesse; et les mortels crédules, De courir à l'achat.... la font. Fabl. ix, 8. L'éclat de tant de gloire avait jusqu'à ce jour Ébloui mon âme crédule, quinault, Amad. i, 3. Je ne puis plus tromper une amante crédule, rac. Baj. n, 5. Es-tu toi-même si crédule Que de me soupçonner d'un courroux ridicule? id. ib. iv, 7. Je sais combien, crédule en sa dévotion, Le peuple suit le frein de la religion, id. t'6. I, 2. ....Crédule, je l'aimais, id. Iphig. n, v. Crédule jusqu'à croire à tous ces vains discours Et qu'il était encor d'éternelles amours, segrais, Égl. 2. Il a ressenti le malheur d'être trop crédule pour une femme, fén. Tél. xix. Putiphar, trop crédule aux paroles de sa femme, entra dans une grande colère, rollin, Traité des Ét.Vw. v, 2«part. ch. 2, art. 2. J'ai trompé son esprit crédule à mes discours, lemierre, Charlem.m, 3. Que l'aîné, peu crédule à la vie, à la gloire, v. iiugo, Voix intérieures, u, «.Trop crédule en ton serment perfide, lemerc. Agam. v, 5. Habile à soulever le crédule vulgaire, dei.ii.le, Enéide, xi. Crédule par espoir, par désespoir peut-élre, il s'enivre quelques instants de cette apparence [de négociations], et, pressé d'échapper au sentiment intérieur qui l'oppresse, il semble vouloir s'étourdir en s'abandonnant à une joie expansive, ségur, llist. ditiap. vui, 10. || Substantivement. Or je vous de- «nnde, qui est ici le crédule? mass. Car. Avenir

[[ 2° En parlant des choses. Avec une facilité trop crédule, pasc. dans cousin. Attend rnns-nous qu'un nouveau Lulle, Fier de ses chimiques travaux, Promette à notre espoir crédule L'art 'de commander aux métaux? lamotts , Odes, t. i, p. r.22, dans pougens. Je ne m'aveugle point; d'un sot orgueil épris, Mon crédule Apollon sur son faible génie N'a pointfondé l'espoir de leur ignominie [deVoltaire et des autres écrivains ses amis et sectateurs] , GILBERT, Mon apologie. Partouneaux crut à cetie fausse nouvelle; car, en fait de malheurs, l'infortune est crédule, segur, Hist. de Nap. xi, 7.

— HIST. xiv s. Et se maistre Jehan estoit si crédule à eulz et à leurs douces paroles es quelles il se fiast trop ... Uénagier, n, 3.

— ETYM. Lat. credulus, de credere (voy. croire). t CRËDULEMENT (kré-du-le-man) , adi\ D'une

manière crédule.

— ÉTYM. Crédule, et le suffixe ment. CRÉDULITÉ (kré-du-li-té), s. f. État d'esprit du

crédule. Avec quelle insolence et quelle cruauté Ils se jouaient tous deux de ma crédulité ! rac. Baj. iv, 6. Pardonne, cher Hector, à ma crédulité, id. Andr. m, 6. Moi-même, rougissant de sa crédulité, m. Baj. m, 4. [U faut] De la crédulité donner à tous l'exemple, volt. Fanât, n, 5. Les prêtres ne sont pas ce qu'un vain peuple pense, Notre crédulité fait toute leur science, id. ÙCdipe, iv, 1. Mais depuis que l'aspect des hautes vérités Le retira, dit-il, de ses crédulités.... lemerc. Clovis, 1, 2. Que faiiesvous par vos crédulités et vos complaisances? vous animez le médisant, vous réchauffez le serpent qui pique, fléch. dans le Did. de dochf.z. La crédulité des peuples, qui est toujours au-dessus du ridicule et de l'extravagant, réparait tout, montesq. Hom. t. vi, p. 246, dans pougens. Votre inépuisable crédulité ne me lâche plus, mais elle m'étonne toujours, j. j. rouss. Lett. d'Ivernois, Corresp. t. vi, p. 364, dans pougens. On sait qu'un vif intérêt enfante la crédulité, et qu'ainsi le nombre des charlatans dans chaque science croît en raison de l'importance plus grande que les hommes attachent à son objet, condorcet, Bucquet.

— HIST. xn" s. Li agaitanz anemis fait à la fois alcun semblant de pieteit, por ke il à la fin de creduliteit puist parvenir, Job, 454. |l xiv« s. La crédulité ou opinion. — Teles credulitez et suspections, oresme, Thèse de meunier.

— ÊTYM. Lat. credulilatem, de credulus (voy. crédule).

t CRÉE (krée), s. f. Terme de commerce. Ancienne sorte de toile de Bretagne. Dispensons les fabricants de tramer de barres transversales aux deux chefs des toiles nommées Bretagnes et de celles nommées crées [la marque de ces toiles devait porter créas nuevas], Lettres patentes, 16 déc. 1780.

— ÊTYM. Espagn. créa, sorte de toile.

CRÉÉ, CRÉÉE (kré-é, kré-ée), part. pawé. ||1° Tiré du néant. Le monde créé de Dieu. Et moi je passe aussi parmi l'immense foule D'êtres créés, détruits, qui devant toi s'écoule, LAVAIT. Harm. iv, tl.||2° Produit. Les industries créées dans ce pays. Une suite d'opérations faites sur des corps pour ainsi dire étrangers à la nature et créés dans les laboratoires, condorcet, Bucquet. Si la vie et la mort ne sont pas même, hélas! Deux mots créés par l'homme et que Dieu n'entend pas! lamakt. Harm. iv, H. || Rôle créé, se dit, au théâtre, d'un rôle qui est joué pour la première fois. Elle n'ose aborder un rôle créé par cette grande tragédienne. 113° S. m. Celui qui est créé. Si un être intelligent avait créé un être intelligent, le créé devrait rester dans la dépendance qu'il a eue dès son origine, montesq. Esp. 1, t. H Le créé, l'ensemble des créatures. Afin que nous soyons contraints de sortir de nous-mêmes, il faut qu'une plaie profonde de notre cœur fasse que tout le créé se tourne pour nous en amertume, fén. lett. spirit. 195. || On emploie rarerement créé comme substantif, et seulement dans les cas tout spéciaux comme ceux qui sont indiqués dans les exemples.

CRÉER (kré-é), je crée, tu crées, il crée, nous créons, vous créez, ils créent; je créais, nous créions, vous créiez; je créai, nous créâmes; je créerai; je créerais; crée, créons, créez; que je crée, que nous créions, que vous créeiez; que je créasse; créant; créé, créée, v. a. || 1" Tirer quelque chose du néant. Dieu a créé le ciel et la terre. La première époque vous présente un grand spectacle : Dieu qui crée le ciel et la terre par sa parole et qui fait l'homme à son image, boss. tftfl. 1, t. Selon Platon, Dieu ne crée rien, il ne meut rien; il règle seulement autant qu'il le peut lo mouvement

CRÊ

que la matière a déjà par elle-même, condillac, llist. anc. 1:1, If). Pour eréer l'univers et le réduira

lidre, Que te fallait-il' deux instants, c. lelav. Paria, iv, 7. || Absolument. Une dérision d'un être habile à nuire, Oui rtaBOM sans but à créer pour détruire, lamart. llarm.w, 1 1. 1| 2° Inventer, imaginer, en parlant de l'homme. Créer des mots.

ior a créé la chimie pneumatique. La paléontologie a été créée par Cuvier. Notre esprit qu'Amour féconde, Au coin du feu crée un monde Qu'un di tu ciel toujours féconde, Où s'aimer tient lieu de bien, béranger, l'Hiver. ( eïui-ci [Boileau] passe Juv.'nal, atteint Horace, semble créer les pensées d'autrui et se rendre propre tout ce qu'il manie; il a, dans ce qu'il emprunte aux autres, toutes les grâces de la nouveauté et tout le mérite de l'invention, la uruy. Dite, à l'Acad. fr. || Absolument. La nature est à vous, et votre main féconde Dispose pour créerdes éléments du monde, delillb, Jardins, 1. Il Terme d'histoire naturelle. Créer un genre, une espèce, l'établir en en indiquant les caractères particuliers. || Créer un rôle, se dit, au théâtre, de celui qui le joue le premier. C'est Levasseur qui a créé le rôle de Bertram dans Robert le Diable. Il 3° Produire, susciter. L'ordre de choses que la Révolution a créé en France. 11 avait une armée et j'en forme aujourd'hui, 11 m'a fallu créer ce qui s'offrait à lui, volt. Catil. 11, 3 Je sus, créant une

armée, Me faire le vengeur de la terre opprimée, saurin, Spartac. m , 4. Et le nom d'un tel chef eût créé des soldats, c. delav. Vêpres sicil. iv, 4 ||Se créer, créer à soi II sut se créer des ressources. Par leur maladresse, ils se sont créé bien des difficultés. Les besoins factices qu'il s'est créés. || ^Fonder, instituer. Créer une académie. Créer des emplois. C'est alors qu'on créa les préfectures. On créa une seconde compagnie, une troisième, plusieurs successivement; et le gouvernement, qui se faisait une habitude d'en créer, croyait toujours qu'il lui était avantageux d'en créer encore, condillac, Cnmm. gouv. part. 2*, ch. (7. || Nommer à un emploi qui n'existait pas. On créa des préfets. On jugea pourtant à propos de créer de nouveaux magistrats, avant que de nommer des députés, rollin, llkt. anc. Œuvres, t. x, p. 93, dans pougens. Il 5° Créer une rente, fournir l'argent nécessaire pour la rente. Créer une pension, allouer une pension sur les fonds à ce consacrés. Créer des actions, fonder une opération industrielle ou financière à laquelle on fait face pécuniairement à l'aide d'actions. Il Créer une pension sur un bénéfice, se dit proprement du pape qui octroie l'établissement d'une pension sur un bénéfice. || 6" Se créer, v. réfl. Être créé. Suivant la doctrine de Démocriteetd'Èpicure, rien ne se crée dans la nature.

— hist. xn" s. Loezlui, soleil et lune; loez lui, tûtes esteilles e lumière; loez lui, ciel des ciels ;kar il dit. e fait sunt; il medesmes manda, e cried sunt, Liber psalm. p. 229. Net cuer crie en mei, Deus [Dieu, crée en moi un coeur pur], ib. ||xiv« s. Le dittateur creoit un autre office que il apeloit mestre des chevaucheurs, bercheure, f°2, verso. || xvi* s. Les prebstres le créèrent augur, amyot, Marcel. 2. Estant nos villes pauvres et troublées comme elles sont, nos gens de guerre mal créez et disciplinez, villeroy, Mém. t. u, p. 20«, dans lacurne. U n'y a insolence que le soldat mal créé, et en de tels endroits, ne fasse, brant. Cap. fr. t 1, p. 298, dans lacurne. Quitte des debtes créez par le défunt son mary, si elle ne s'est expressément obligée, Coust. gén. t. 1, p. (54.

— ÊTYM. Provenç. et espagn. crear; ilal. creare; du latin creare; de même radical quelezend i faire; sanscrit, kri, faire.

f CREMA (kre-ma) , s. f. Terme de métallurgie. Le résultat de l'oxydation du fer dans le fourneau.

— ÉTYM. Lat. cremare, briller, qui a donné à plusieurs patois cremer.

CRÉMAILLÈRE (kré-ma-Uê-r', Il mouillées, et non kré-ma-yê-r'), s.f. || i" Pièce de fer plate, dentelée et recourbée par le bas, qu'on suspend dans les cheminées pour soutenir la marmite et d'autres seaux sur lo feu. Hausser , baisser la crémaillère. Il Familièrement. Pendre la crémaillère, donner un repas pour célébrer son installation dans un nouveau logement. || Aller pendre la crémaillère chei quelqu'un, être invité à ce repas. || 2° Terme de mécanique. Pièce munie de crans, qui sert à relever ou à baisser une partie mobile. Fauteuil à crémaillère. H Terme d'horlogerie. Pièce d'une montre ou pendule à répétition qui sert à la faire sonner. Il Tringle de bois dentelée qui reçoit les tablettes d'une bibliothèque. || Pièce d'un pupitre mobile.

en fi

rM

cm

|| Garnituredefer mise en travers derrière les portes cochères. || Terme de marine. Crénelures pratiquées dans deux pièces de bois composant une vergue d'assemblage. Il Instrument pour rider les haubans. || 8° Terme militaire. Ligne défensive offrant la forme d'une scie. || Terme de fortification. Ouvrage à crémaillère , ouvrage qui offre cette disposition. || 4" Terme de botanique. La cuscute.

— HIST. xiv* s. Veez-le çà venir parmi celle chaussieX celle jaque noire comme une cremaillie,Guesc2. 4 579. Crammis, du cange, crammale. Une cramelie de fer, n>. ib. Deux greilz, un trépied et une cremeille aux armes de monsieur le Dauphin, de laborde, Émaux, p. 233. ||xvr s. Cremaillée, oudin, Dict.

— ÊTYM. Wallon, cramd ;TO\ich\,crém'glie, craméglie ; picard, cramaillé, erémailU, crimbilli ; génev. comdcle, cnumdcle ;Isère, coumaclo; provenç. mod. cumascle; champ, cramaillé; espagn. gramallera; bas-la t. cramaculus du xi* siècle, cremasculus, cremasclus du xiv» siècle. Origine douteuse : on propose le grec xpeV0"^0" i être suspendu; ce qui est excellent pour le sens, mais les mots grecs n'ont guère pénétré directement dans les langues romanes ; ou le verbe latin cremare, brûler, parce que la crémaillère est exposée au feu; mais le sens est peu favorable à cette dernière dérivation, la forme du mot l'est davantage : bas-latin cremium, morceau de bois sec, fagot, d'où on tirerait un dérivé cremail; enfin , le bas-allemand Kram, crampon (voy. crampon), qui est appuyé parla plus ancienne forme laquelle a un a.

CRÉMAILLON (kré-ma-llon , 22 mouillées, et non cré-ma-yon), s. m. Petite crémaillère qui s'accroche à une autre plus grande.

— HIST. xvi" s. Cremillon, du cange, cremale.

— ÊTYM. Voy. CRÉMAILLÈRE.

t CRÉMANT (kré-man) , adj. m. Vin de Champagne crémant, vin se couvrant d'une mousse légère et peu abondante.

— êtym. Crème.

t CRËMASTER (kré-ma-stèr'), adj. Terme d'anatomie. Le muscle crémaster ou, substantivement, le crémaster, faisceau musculeux, franchissant l'anneau inguinal et formant au cordon testiculaire une gaine incomplète.

— hist. xvi* s. Les muscles suspensoires ou cremasteres, paré, i, 28.

— ÊTYM. KpEu.a<riifip, suspenseur.

+ CRÉMATION (kré-ma-sion), s. f. Usage de brûler les corps des défunts, par opposition à inhumation.

— ÊTYM. Lat. cremalio, de cremare, brûler.

CRÈME (krê-m'), s. f. || 1° Matière épaisse, onctueuse, d'un blanc jaunâtre, agréable au goût, qui s'élève à la surface du lait abandonné à lui-même, et de laquelle on extrait le beurre. || Crème fouettée, crème qui, à force d'être battue, devient tout en écume. || Fig. Ce n'est que de la crème fouettée, se dit d'un écrit brillant, mais dépourvu de qualités solides. Cette Zulime [tragédie] que je n'ai jamais regardée que comme de la crème fouettée, volt. Lelt. à d'A rgenson, «8 juin 4740. || 2° Fig. Ce qu'il y a de meilleur en certaines choses. Il n'y a plus rien à gagner, on a pris toute la crème. Cette famille est la crème des honnêtes gens. || 3° Mets composé de lait et d'oeufs. Crème à la fleur d'orange, à la vanille, au café, au chocolat. || Préparation qu'on obtient en mêlant du jaune d'oeuf et du sucre avec du lait préalablement chauffé à 60 degrés centigrades, et soumettant ensuite le mélange à l'action de l'eau bouillante, qui le transforme en une masse de consistance molle. || 4* Nom de diverses préparations que l'on prescrit souvent aux malades dans les convalescences. || Crème de pain, de riz, etc. espèces de bouillies faites avec le pain, le riz, cuits dans l'eau ou le lait, édulcorées et aromatisées. || 5° Nom de certaines liqueurs, qui sont des ratafias et qui ont été nommées crèmes à cause de leur consistance sirupeuse. Crème des Barbades, de Moka. Crème de vanille. Crème de noyaux. || 6° Terme d'ancienne chimie. Substance se réunissant à la surface de certaines dissolutions. || Crème de chaux, carbonate de chaux qui s'amasse sous la forme de pellicule à la surface de l'eau de chaux exposée au contact de l'air. || Grème de tartre, tartrate acide

j de potasse. || C'est par une assimilaiion semblable qu'on nomme quelquefois crème la pellicule qui se forme sur le lait chaud.

— HIST. xni" s. De ce puis bien dire mon esme [opinion], De poisson autant que cresme Aura ma famé, buteb. 8. La crasme [dans un combat du gras et du maigre] vint lance levée Parmi le fond

d'une vallée, barbazan , Fabliaux, t. iv, p. 8». I || xv* s. Certes drap est cher comme cresme, Vous en aurez, si vous voulez, Patelin. || xvi* s. Leur instruction [de Sénèque et de Plutarque] est de la cresme de la philosophie et présentée d'une simple façon et pertinente, mont, ii, 105. Se vend aussy cher comme crème, r. beli.eau, Oiurres, t. n, p. <io, dans lacurne. Sa coiffure est de cresme, elle couvre le lait [calembour entre lait et laid], 00din, Curios. fr. add.

— ÊTYM. Provenç. crema; du latin cremum, avec un changemeat de genre. D'après Bèze, au xvi* siècle, on prononçait (correpte) crème, pour le distinguer de chrême.

CRÉMENT (kré-man). s. m. || 1° Terme de grammaire latine. Nombre de syllabes qu'un nom a de plus à ses autres cas qu'an nominatif, ou qu'un verbe a de plus qu'à la seconde personne du présent de l'indicatif. || 2* Terme d'ancienne législation. Accroissement de terrain qui se forme dans les rivières ou sur les rivages.

— ÊTYM. Lat. crementum, accroissement, de cre.tcere (voy. croître).

CRÉMKR (kré-mé. L'accent aigu de cr^se change en grave quand il est suivi d'une syllabe muette: il crème, excepté, suivant la règle non conséquente de l'Académie, au futur et au conditionnel où l'accent aigu est conservé : il crémera), v. n. Se couvrir de crème, en parlant du lait.

— HIST. xvi* s. L'eau estant eschauffée, ils la mettent à sobriété dans les aires où l'on fait cresmer le sel, palissy, 257.

— ÊTYM. Crème.

f CREMERIE (krè-me-rie).s. f. Établissement où l'on vend de la crème, du laitage, des œufs.

— ÊTYM. Crème.

t CRÉMEUX, EUSE(kré-meû, meû-z'), adj. Qui a beaucoup de crème. Lait crémeux.

— ÊTYM. Crème.

CRÉMIER, 1ÈRE (kré-mié, miê-r') , s. m. et f. Celui, celle qui tient une crémerie.

— ÊTYM. Crème.

f CRÊMILLÉE (kré-mi-llée, 22 mouillées), s. f. L'une des gardes d'une serrure.

— ÊTYM. Voy. crémaillère.

t CRÉMOCARPE (kré-mo-kar-p') , t. m. Terme de botanique. Fruit se divisant en deux coques qui restent suspendues (ombellifères).

— ÊTYM. Kgeu.io>, suspendre, et xapTiô;, fruit.

t CRÊMOMETRE (kré-mo-mè-tr') , s. m. Petit instrument de verre servant à déterminer la proportion de la matière grasse contenue dans le lait.

— ÊTYM. Crème, et uiTpov, mesure.

t CRÉMONE (kré-mo-n'), s. m. Un crémone, un violon fabriqué à Crémone, ville d'Italie.

t CRÉMOSPERME (kré-mo-spèr-m'), adj. Terme de botanique. Dont la graine, attachée par le sommet ou par la partie moyenne, est comme suspendue.

— ÊTYM. Kpeu.dud, suspendre, et OTÉppux, graine. CRÉNAGE (kré-na-j'), s. m. Action de crénerdes

caractères d'imprimerie.

— ÊTYM. Crêner.

t CRÉNATE (kré-na-f), *. m. Nom des sels que forme l'acide crénique.

— ÉTYM. Crénique.

+ CRÉNATÉ, ÉE (kré-na-1é, tée), adj. Qui contient des crénates. Eaux minérales crénatées.

f CRËNATULE (kré-na-tu-1') , s. f. Terme de conchyliologie. Genre de coquilles bivalves habitant les mers des contrées chaudes et vivant dans les éponges.

— ÊTYM. Crèner.

CRÉNÉ, ÉE (kré-né, née) , part, passé. || 1° Lettre crénée. || Substantivement. Une crénée, une lettre crénée. || 8* Terme de botanique. Pourvu de crans ou crénelures.

CRÉNEAU (kré-nô), s. m. || i* Terme d'ancienne fortification. Toute ouverture pratiquée au sommet d'une tour ou d'une courtine et qui servait à la défense. On ne pouvait pas avoir des créneaux dans des maisons roturières sans la permission du seigneur justicier. || Aujourd'hui, ouverture pratiquée dans un parapet, dans un mur de caserne, pour tirer sur l'ennemi au moyen de fusils. Les créneaux reçoivent vulgairement le nom de meurtrières. Grâce âmes créneaux, À mes arsenaux , Je puis au préfet Dire un peu son fait , bérang. Carabas. || 2° Terme militaire. Intervalle entre deux hommes, deux pelotons dans l'ordre de bataille. Les chefs de peloton se placent dans les créneaux. || Terme de marine. Tuyau de plomb ou de bois servant au passage des ordures. || 8* Ouvertures aux fourneaux des potiers.

— HIST. xti" s. En hante tour se siet bêle Isabel, Son beau chef blon [elle] mist fors par un crenel, Romane, p. 70. Quant moins se douent garde cil qui sont au crenel, Sax. ix. || xni* s. Mes se de loing le veés estre Ou à crenel ou à fenestre, Regardés le piteusement, la Hose, 7358. Bel-Acueil quiert de chambre en chambre, Oui s'iert as karniaus apuiês De la prison , tous ennuies , ib. 1 2753 À chascun des carniausdontilyavoit bien cinq cens, avoitunetargede ses armes et un panoncel, joinv. 2«8.Asfenestres vont toi entor; Et le chevalier tint l'espié, X un carnel s'est apuié, lien. 22576. || xiv* s. Lanterne à carneaux, df.laborde, Émaux, p. 496. |j xv" s. Jà pour creniel, pour tour ne pour guérite, Je ne lairrai qu'à occoision ne die : Sus toutes flours j'aime la marguerite, froiss. liai. D'autre part, à un autre créneau estoit le sire de Sorel monté sur une eschelleet se combattait, main à main, à ceux de dedans, id. n, n, n. || xvi" s. Au derrière d'un créneau demi abbatuestoient soixan te d'hommes d'armes bourguignons, pour au besoing renforcer l'assaut, i. d'auton, Ann. de Louis XII, p. 69, dans lacurne. Ils furent pendus aux crenaux du chasteau, d'auh. Hist. i, 93. Roche-Morte avoit esté tué dans le chasteau comme il dormoit sur un créneau, m. ib. n, 443. Il fallut l'entrecouper de petites traverses qui couvraient chacune le carneau et le passage de l'autre, id. ift.lt, 368. Aussi pourra-on espargner en l'extrémité de l'espalier des créneaux ou merlets, o.

DESERRES, 654.

— ÊTYM. Picard, carnaux; provenç. cranei; de cran. Dans l'ancien français le nominatif est li crenels ou li crenaus; le régime est le crenel.

CHËNELAGE (kré-ne-)a-j'), s. m. Opération par laquelle on fait un cordon sur l'épaisseur d'une pièce de monnaie, cordon où l'on met l'empreinte de la légende ordonnée par les édits du souverain. || On donne aussi le nom de crénelage à l'opération par laquelle on fait de très-petits crans sur le rebord d'une pièce de monnaie, opération dite aussi grènetis.

— ÊTYM. Créneler.

CRÉNELÉ, ÉE (kré-ne-lé, lée), part, posté. || 1" Garni de créneaux. Une muraille crénelée enferme Jérusalem dans son entier, chateaub. Ilin. m, 43. || Terme de blason. Pièces crénelées, pièces qui ont des créneaux sur l'un des bords. || 2° Terme d'histoire naturelle. Ailes crénelées, ailes d'insectes, légèrement incisées sur les bords. || Terme de botanique. Feuille crénelée, feuille garnie de crénelures.

f CRÉNELÉE (kré-ne-lée) , s. [. Nom d'un poisson du genre des perches.

CRÉNELER (kré-ne-lé. La syllabe nel double \'l, quand la syllabe qui suit est muette : je crénelle ; je crénellerai), ». a. || 1° Munir de créneaux. Créneler une muraille. || 2° Créneler une roue, y faire des dents. || 3" Faire un cordon sur l'épaisseur d'une monnaie.

— HIST. xir s. Qui lui escrie en la tor crénelée, Jlonc. p. 4 46. || xiii* s. [Elle] Vit de Montleheri la grant tor crénelée, Berte, i.xxxii. || xiv* s. Espinars ont longue Tueille et crénelée comme fueille de chesne, Ménagier, n, 2. ||xvi*s. La cousture des os est dentelée ou crénelée à la façon des dents de scie, paré, IV, 4:i.

— ÊTYM. Créneau, par l'intermédiaire de crenel. CRÉNELURE (kré-ne-lu-r'), s. f. || 1° Division en

forme de créneaux. Dentellesencrénelure. || 2°Terme d'anatomie. Division fine des bords des os qui s'unissent par suture dentée. || Terme de botanique. Découpure obtuse, droite, perpendiculaire au bord des feuilles ou des pétales. || 3° Terme d'architecture. Dentelure faite à des créneaux. [| Terme de menuiserie. Ravalement en dent de scie.

— ÊTYM. Créneler.

CRÉNER (kré-né. L'accent aigu de cré se change en accent grave quand la syllabe qui suit est muette: je crène, excepté au futur et au conditionnel, suivant l'usage de l'Académie : je crénerai, je crénerais), v. a. Terme de fondeur en caractères. Évider la partie qui déborde le corps d'une lettre. || Marquer d'un cran, d'une entaille, la tige d'une lettre, d'un filet.

— HIST. xvi* s. Le premier spondyle a esté fait aussi en sa partie antérieure crené et tenu, et quasi sans corps, pour recevoir l'apophyse [odontoïde], pare, IV, 6.

— ÊTYM. Cran.

t CRÉNER1E (kré-ne-rie), s. f. Action de créner les lettres.

fCRENET (kre-nè), s. m. Nom genevois du courlieu. Je m'amusais à rappeler de temps en temps des crenets, J. i. bouss. Bel. IV, 4«.

CRÊ

— REM. C'est à tort que des dictionnaires donnent crenel.

t CRÉNEUR (kré-neur), *. m. Ouvrier chargé de créner.

— ÊTYM. Créner.

t CRÉNIFÈRE (kré-ni-fê-r'), adj. Terme d'histoire naturelle. Oui porte des crénelures.

— ÊTYM. Cran, et le suffixe latin fer, qui porte.

f CRËNIOT (kré-ni-o), s. m. Espèce d'auge à l'usage du verrier.

t CRÉN1QUE (kré-ni-k'), adj. Terme de chimie. Acide crénique, substance acide qu'on trouve dans certaines eaux minérales.

— ÊTYM. KpTjvr), source.

fCRÉNIROSTRE (kré-ni-ro-str'), adj. Terme de

zoologie. Qui a le bec crénelé.

— ÊTYM. Cran, et le latin rostrum, bec.

f CRÉNON (kré-non), s. m. Première division d'un bloc d'ardoise au fond de la carrière.

— êtym. Cran.

t CRÉNULÊ, ÉE (kré-nu-lé, lée), adj. Terme d'histoire naturelle. Qui a des crénelures petites et nombreuses.

— ÊTYM. Cran.

t CRÉNCRE (kré-nu-r1) , s. f. Trou dans les barres d'un châssis de presse d'imprimeur.

— ÊTYM. Cran.

t CRÉOGÉNIE (kré-o-jé-nie), s. f. Terme didactique. Génération, production de la chair.

— ÊTYM. Kpeaç, cbair, etlesuffixe grec ....génie, production.

t CRÉOGRAPHIE (kré-o-gra-fie), s. f. Terme didactique. Description des chairs.

— ÊTYM. Kpéotç, chair, etfpiçsiv, décrire. CRÉOLE (krè-o-1'), *. m. et/'. || 1" Homme blanc,

femme blanche originaire des colonies. Un œil noir où luisaient des regards de créole, v. hugo, Orient. 33. Les enfants qui ont reçu le jour dans cet autre monde ne portent plus le nom de chapetons qui honorait leurs pères; c'est ainsi qu'on appelle ceux qui sont issus de sang espagnol dans le nouvel hémisphère, raynal, Hist. phil. vin, 20. La supériorité que les chapetons affectent sur les créoles, ceux-ci la prennent sur les métis, id. t'6. 2). Les créole* sont en général bien faits; a peine en voit-on on seul aflligé des difformités si communes dans les autres climats, id. ib. xi, 3t. || Adj. Une femme créole. [| Nègre créole, nègre né aux colonies, par opposition au nègre qui provient de la traite. || 8* Espèce de coquille du genre Vénus.

— HEM. Les dictionnaires de Kuretière et de Ri-' chelet ont triole.

— ÊTYM. Ital. creolo; de l'espagn. criollo. L'origine de eriollo est douteuse; si on le fait venir de l'espagn. criar, élever, nourrir, la formation est tout à fait irrégulière; d'autres prétendent que c'est un mot caraïbe; l'Académie espagnole dit que c'est un mot inventé par les conquérants des Indes occidentales et transmis par eux.

f CRÉOLISÉ, ÉE (kré-o-li-zé, zée), adj. Néologisme. Qui est acclimaté, habitué aux colonies.

— ÊTYM. Créole.

t CRÉOLISER (kré-o-li-zé), v. n. Néologisme. S'abandonner à la nonchalance qui caractérise les créoles.

— BTtU. Créole.

t CRÊOPHAGE (kré-o-fa-j'), adj. Terme de zoologie. Qui se nourrit de chair. || On dit plutôt Carnivore.

— ÊTYM. Kpéa;, chair, et çafeiv, manger.

t CRÉOPHAGIE (kré-o-fa-gie) , s. f. Habitude de se nourrir de chair.

fCRÉOPHlLE (kré-o-fi-1') , adj. Terme de zoologie. Qui aime la chair, en parlant des insectes diptères.

— ÊTYM. Kpéaç, chair, et <pÎÀoç, qui aime. fCRÉOSOTE (kjé-o-zo-t') , s. f. Terme de chimie.

Substance à saveur caustique, à odeur forte et désagréable, qu'on tire du goudron de bois par distillation. La créosote est employée contre le mal de dents.

— ÊTYM. Kpiotç, chair, et acôîetv, conserver, à cause de la vertu qu'elle a de conserver les viande».

t CRÊPAGE ikré-pa-j*) , t. m. Apprêt qu'on donne au crêpe.

— ÊTYM. Crêper.

1. CRÊPE (krè-p'), t. m. || 1* Sorte d'étoffe claire, légère et comme frisée, faite de laine fineou de soie crue et gommée. Crêpe blanc, noir, rose. Robe, voile de crêpe. Crêpe lisse, celui qui n'est pas frisé. Ils feront aussi des crêpes unis et gros crêpes, de la même façon et qualité que ceux qui viennent de Boulogne, Statuts des marchands de draps d'or,

CRÊ

«juillet 1667, art. 67. Voiles, crêpes, habits, lugubres ornements, corn. Cid,iv, 1. Pourquoi flotte à longs plis ce crêpe menaçant? v. hugo, Odes,i, s. Il Porter un crêpe, porter en signe de deuil un crêpe noir au chapeau, au bras ou à l'épée. Les tambours étaient couverts de crêpe, sév. 2 H. La plupart des souverains de l'Europe mirent des crêpes funèbres pour pleurer la mort d'un régicide [Cromwell], ciiateaub. Stuarts, 281. Mais si d'un long crêpe voilée, Mon amante dans la vallée Venait pleurer quand le jour fuit, millev. Chute des feuilles. || Fig. Ces tristes vers en deuil, d'un long crêpe voilés, Ne voyant que des maux sur la terre où nous sommes, a. ciiÉN. Élég. 2t. X l'heure où l'âme solitaire S'enveloppe d'un crêpe noir Et n'attend plus rien de la terre, lamart. Harm. 1, 9. || 2° Poétiquement. Le crêpe de la nuit, les ombres de la nuit. Dès que l'ombre tranquille Viendra d'un crêpe noir envelopper la ville, boil. Lutr. 1. 1| Fig. Nous jouissons par avance du plaisir de vous avoir; cette espérance a dissipé un crêpe noir que votre absence avait mis sur ma vie, sév. 298. Il 3° Crêpe de Chine, espèce de châle d'été en soie ordinairement orné de broderies. Il 4° Terme de coiffeur. Cheveux nattés et frisés par le bout.

— HIST. xiii" s. Tant par estoient [ses cheveux] crespe et Monde, ruteb. h, 202. Ces cheveux si crespes et si biaux Fist coper sainte Elysabiaus, id. t'6. H xv" s. Homme, femme, tant soit blanc ne poli, Crespe ne blont, fort, appert ne joli , e. desch. Profiter de la jeunesse. || xvi" s. Et combien qu'il vist cette dame vefve, avec son crespe noir, mars. Nouv. x vi. L'on doi t mettre dessus de la toile de crespe, à fin que, lorsqu'on les essuyé, on ne les touche à nud; et au travers de la dite toile crespe la sanie sort librement, paré, x, ». Pour éviter ledit prurit, pourrez couvrir les emplastres de quelque taffetas ou linge délié appelé crespe, id. xvi, 13. Elle qui tient dessus sa face un voile, Par le travers du crespe l'apperceut, rons. 640. Là Jason descendit, qui ne faisoit encor Que friser son menton d'un petit crespe d'or, id. 639. 11 estoit de belle taille, ayant les cheveux crespes et espez, amïot, Cimon, 9. Dieu, qui en mon Loyre mouilles L'or de tes crespes cheveux, dubell. ii, 37 , verso. Ô Iront crespe et serein! id. vi, 26, verso. Couvrechief de crespe empesé, Honneurs de la cuur, ms. p. 3*, dans LA- CURNE.

— ÊTYM. Provenç. cresp, crisp; catal. cresp ; espngn. et ital. crespo; du latin crispus. Dans l'ancienne langue, crespe est un adjectif signifiant crépu.

2. CRÊPE (krê-p'), s. f. Il 1° Aliment commun dans l'ouest de la France où il est fait avec de la farine de blé noir détrempée, puis cuite en l'étendant par couches minces sur une poêle destinée à cet usage. Crêpe beurrée. Crêpe sèche. || 2° sorte de petite galette faite avec la farine de froment, à laquelle on jatait souvent du sucre, des œufs et quelque aromate et que l'on fait cuire à la poêle avec un tout petit morceau de beurre ou de graisse.

— HIST. xiv" s. Crespes : prenez de la fleur [de farine ], et destrempez d'oeufs.... Ménagier, II, 6. Pastés de chappons et crespes, «'0. 11, 4. Biguet ou crespe, du cange, crespellk.

— ÊTYM. Crêpe i , dite ainsi parce que la cuisson la crêpe pour ainsi dire.

CRÊPÉ, ÉE (krê-pé, pée), part, passé. Étoffe crêpée. Cheveux crêpes.

f CRÉPELU, UE (kré-pe-lu, lue), adj. Frisotlé. Son poil.... crêpelu ressemble une toison de soie, Régnier, Dial. Il Vieilli.

— HIST. xvi" s. Et de la sueur excitée par le combat, son beau poil s'escarmouchoit tout crespelu, d'une si bonne grâce que.... yver, p. 535. Cheveux crespelus, paré, Monstres, app. >. La creste rouge comme escarlate, grande, redoublée, crespelue, 0. deserres, 350. Sa longue oreille velue D'une soye

crespelue, du bellay, vu, 37, recto Marche

à longs pas, et d'un doré lien.... Noue à l'entour ses cheveux crespelez, id. iv, 10, verso.

— ÊTYM. Diminutif de crépu.

CRÊPER (krê-pé), v. a. || 1" Friser en manière de crêpe. Crêper une étoffe. Crêper des cheveux. Il 2° Se crêper, v. réfl. Devenir crépu. Ses cheveux commencent à se crêper. || Se crêper, crêper ses cheveux. Elle a l'habitude de se crêper.

— HIST. xvi" s. Courez vitement me quérir ma robe fourrée d agneau crespée , desper. Contes, xvm. En cependant que les rides ne font Cresper encor l'aire de nostre front, rons. 4*7. Je voy les ondes encor' De ces tresses blondelettes Qui se crespent dessous l'or Des argentines perlettes, dubell.

CRÉ

vil, (6, recto. Mais qu'en me façonnant comme un soldat pralique, J'eusse appris à cresper [brandir] le long bois d'une pique, X piquer un cheval, le ma. nier en rond, r. belleao, Berger, t. 1, p. 3, dam lacurne.

— ÊTYM. Provenç. crespar; ital. crispare; du latin crispare, de crispus (voy. crêpe i).

t. CRÉPI, IE (kré-pi, pie), part, passé de crépir. Murs crépis à la chaux.

2. CRÉPI (kré-pi) , *. m. Terme d'architecture. Enduit de muraille en mortier ou en plâtre. Faire un crépi. La neige bouche en dehors les vides de la bâtisse [du castor] et lui sert de ravalement ou de crépi, chateaub. Amer. 4 2».

— HIST. xvi" s. Le crespi ou blanchiment se deschet dans peu de temps par les pluies, o. de serres, 383.

— ÊTYM. Crépir.

fCRÉPIDE (kré-pi-d'), ». f. Terme d'antiquité romaine. Espèce de chaussure antique ferrée et qui ne couvrait pas tout le pied.

— ÊTYM. Lat. crepida, de xp»]nÏ4.

t CRÉPIDÉ, ÉE (kré-pi-dé, dée), adj. Terme do botanique. Qui ressemble à une crépide. || S. f. Les crépidées, nom d'une famille de plantes à fleurs composées.

f CRÉPIDOPODES (kré-pi-do-po-d'), s. m. pi. Terme de zoologie. Nom d'un ordre dans la classe des mol lusques, lequel comprend ceux dont le dessous di corps est formé par une sorte de semelle.

— ÊTYM. KpT)7««, chaussure, et tioù;, koSoc, pied.

t CRÊPIÈRE (kré-piè-r') , f. f. La femme qui fait des crêpes pour les vendre.

— ÊTYM. Crêpe 2.

CRÉPIN (SAINT-) (sin-kré-pin) , s. m. || 1" Nom de tous les outils et de toutes les marchandises qui servent au métier de cordonnier, excepté les cuirs. || Nom du sac dans lequel tout cela est renfermé. Il Fig. Perdre tout son saint-crépin, perdre tout ce qu'on possède. Ce même jour les ennemis Traînèrent canons plus de six, Dont ils liront battre en ruine Le château de M. de Luyne, Lesigny, qui le lendemain Fut pris et tout son saint-crépin, grjulien , Le courrier burlesque et la guerre de l'aris (la Fronde). H 2° Être dans la prison de Saint-Crépin, avoir des chaussures trop étroites et qui font mal. Il 3° S. f. La St-Crépin, fête de St Crépin qui est le 23 octobre. St-Crépin, la mort aux mouches, Annuaire de la Soc. de l'Hist. de France, 4 847.

— êtvm. Saint Crépin, saint sous le patronage duquel était la confrérie des cordonniers , en latin Crispinus, diminutif de Crispus (voy. crêpe).

CRÉPINE (kré-pi-n') , s. f. || 1° Sorte de frange, tissue et ouvragée par le haut, qu'on emploie pour l'ornement des dais, des lits et d'autres meubles. Crépine d'or et d'argent. La crépine d'un lit, d'un dais. Le grand appartement [de Versailles] était meublé de velours cramoisi avec des crépines et des franges d'or, st-sim. 67, 113. Quoi qu'il vous dise d'une crépine d'or à deux taffetas, rien n'est si joli, si bien et si frais pour l'été, que de faire, de ces beaux taffetas, des meubles tout unis et la tapisserie aussi, sév. t. vin, lett. 86, p. 396, dans pougkns. Une crépine de faux or devenu noir par laps du temps, avec une armoire d'ébène, ornée de figures grossièrement sculptées, lesagb, Gil Bios, vu, 4 3. Il 2° Espèce de petite toile de graisse qui couvre la panse de l'agneau et qu'on étend sur les rognons quand l'agneau est habillé.

— HIST. xiii" s. Et dessus la crespine atache Une moult précieuse atache, (o Rose, 2)223. ||xtv" s. La toile de la fressure d'un porc que l'en dit la crespine, Ménagier, 11, fi. || xvi* s. Prenés moelles de cerf, de beuf et de mouton, crespine de chevreau, 0. de sehres, 937. Il conlraignoit les jeunes garçons à porter cheveux longs comme filles et des crispines et autres affiquets d'or par dessus, amyot, Mor. t. iv, p. (98, dans raynouahd. X l'instant survint une damoiselle vestue d'un manteau jaune, le visage couvert d'un samy verd, et sur son chef une crespine de fil d'argent, D. Flores de Grèce, f" lxxviii,

— ÊTYM. Crêpe i ; provenç. crespina.

t CRÉPINETTE (kr.-pi-nè-f), s. f.\\ 1" Terme de cuisine. Viande émincée qu'on met dans des morceaux de crépine de porc frais; telles sont les saucisses plates, etc. || 2" Terme de botanique. Un des noms vulgaires de la renouée.

— HIST. xiii" s. Aumosniorcs ou crespinetes Ou autres joelés [joyaux] petis, la Rose, 7476. || xvi" s. La renouée ainsi dite de ses branches aiana plusieurs noeuds près à près l'un de l'autre.... il y en a de

CRÉ

CRE

CRE

trois espèces, dont l'une est appellée crespinete,

— ÊTYM. Diminutif de crépine.

t CRÉPINIÈRE (kré-pi-niê-r'), s. f. Un des noms vulgaires de l'épine-vinette.

CRËP1R (kré-pir), v. a. \\ 1° Enduire de plâtre ou de mortier un mur en se servant d'un balai et sans employer régulièrement la truelle. || 2° Terme de corroyeur. Prendre un cuir lorsqu'il est sorti de li au et lui faire venir le grain. || 3» Crépir du crin, le fn ire bouillir pour le friser.

— HIST. xiv* s. Esclice à crespir les cheveus, nu cange, crispicapillus. || xvi° s. De toutes les maisons qu'il avoit aux champs, il n'y en avoit pas une dont les murailles fussent crespies ny enduittes, amyot, Calun, 10. Les ladres ont la peau crespie comme une oye maigre déplumée, à sçavoir aspre, aride et inégale, paré, xxii, iu. Cela n'est que crespir la muraille, qui cheoit de vieillesse, au lieu de la rebastir, o. deserres, t<5. Et de ses maisons aux champs il fCaton l'ancien] n'en avoit aulcune qui feust crépie et enduite par dehors, mont, i, 384.

— ÉTYM. Lat. crispare (voy. crêpe i). L'exemple où l'on dit crespir les cheveux, montre que crépir et crêper est le même mot sauf la conjugaison; crépir la muraille ayant été dit à cause de l'apparence grenue que donne le crépi.

t CRÉPISSAGE (kré-pi-sa-j') ou CRÉPISSEMENT (kré-pi-se-man), s. m. Action de crépir.

— HIST. xvi" s. Crespissement, cotgrave.

— ÊTYM. Crépir.

CRÉPISSURE(kré-pi-su-r'), s. f. Résultat de l'action de crépir. La crépissure de cette muraille est bien faite.

— HIST. xvi' s. Crespisseure, oudin, Dict.

— ÉTYM. Crépir.

| CRÊPITACLE (kré-pi-ta-kl'), s. m. Terme de botanique. Fruit qui s'ouvre avec bruit.

— ÉTYM. Lat. crepitaculum , instrument qui fait du bruit, de crepitare (voy. crépiter).

t CRÉPITANT, ANTE (kré-pi-tan, tan-f), adj. || Terme didactique. Qui produit un bruit de crépitation. || Terme de médecine. Râle crépitant, bruit que fait entendre la respiration dans la pneumonie au premier degré et dans l'œdème du poumon.

CRÉPITATION (kré-pi-ta-sion), s. f. Bruit réitéré d'une flamme qui pétille, ou de certains sels projetés sur le feu. || Terme de chirurgie. Bruit que produisent les fragments d'un os , lorsqu'on leur communique quelques mouvements. || Terme de médecine. Crépitation douloureuse des tendons, affection dans laquelle, pendant un mouvement, les tentions font entendre une crépitation. || Bruit que produit l'air dans les canalicules pulmonaires, ou dans les aréoles du tissu lamineux en cas île pneumonie commençante ou déclinante et d'emphysème.

— HlST.xvi's. En maniant la partie fracturée, on sent une crépitation et attrition, ou croquement, c'est à dire, un bruit qui vient du frayement des os, paré, xm, 2. Avoir ouy et senti un bruit de crépitation ou craquement des dits os, id. xviii, (3.

— ÉTYM. Lat. crepitatio, de crepitare , crépiter, t CRÉPITER (kré-pi-té), v. n. Faire un bruit

comme de pétillement.

— ÉTYM. Lat. crepitare, fréquentatif de crepare, faire du bruit.

t CRÉPODAILLE (kré-po dâ-U', Il mouillées), s. f. Sorte de crêpe fort mince. Une coiffe de crépodaille. || On dit par corruption crapaudaille ou crapodaille. Feront des toiles de soie, gaze, étamines, crapaudailles, prisonnières.... qui seront, tant en chaîne qu'en trame, de bonne et pure soie, Statuts des marchands de draps d'or, 9 juillet <667, art. 67.

— ÉTYM. Crêpe i ; voy. créponaille.

CRÉPON (kré-pon), s. m. Sorte d'étoffe légère

faite de la plus fine laine. || Petit morceau d'étoffe pour étendre le rouge sur la figure.

— HIST. xvi* s. Que les crespons de leur blonde coutille, rons. 67. Or les frizant eu mille crespillons, id. 23. En mille crespillons les cheveux se frizer.... dubell. vi, 27, recto.

— ÉTYM. Crêpe l.

t CRÉPONAILLE (kré-po-nâ-U', Il mouillées), s. f. Sorte de crêpe fort délié.

— REM. 11 est probable que crépodaille est une corruption de créponaille, formé sans peine de crépon, tandis que la formation de crépodaille ne se conçoit pas, â cause du d.

— ÉTYM. Crépon.

t CREPS (krèps), s. m. Sorte de jeu de dés qui vient d'Angleterre.

CRÉPU, UE (kré-pu, pue), adj. Très-frisé, crêpé. De la laine crépue. Des cheveux crépus. La mousse

est une petite herbe frisée et crépue, la quintinye, Jardins fruitiers, t. t, p. <oo, dans richelet. Sur cette cote qui s'étend depuis le détroit de Gibraltar jusqu'au cap de Bonne-Espérance, les habitants ont tous, après le Niger, la tête oblongue, le nez large, écrasé, épaté, de grosses lèvres, une chevelure crépue comme la laine de nos moutons, raynal, llist. phil. xi, io. || Terme de botanique. Feuilles crépues, feuilles dont le bord est ondulé et chargé de petites rides très-rapproebées. || Terme de zoologie. Coquilles crépues, coquilles découpées régulièrement et quelquefois transversalement par des sillons onduleux.

— HIST. xv* s. 11 regarda au rays de la lune son visaige qu'elle avoit jaulne, vieil et crespy, les joues pendantaval.... Perceforesl, t.n, f"3o. || xvi" s. Cheveux crespus, paré, Introd. 7. Aussi se cognoit aucunement l'aage des chevaux aux balievres crespues de dessus, contant pour autant d'années qu'on y treuve de plissures, o. de serres, 304.... Un ret d'or me tendoit, Qui tout crespu sur sa face pendoit, rons. 2. Le front ridé, les yeux de travers, pleurans, si rouges qu'ils ressembloient escarlatle, les joues crespues, les lèvres renversées, Nuits de Straparole ,

t. I, p. 337, dans LACURNB.

— ÊTYM. Crêpe t; wallon, crespou; namurois, crespu ; rouchi , kerpu.

f CRÉPURE (kré-pu-r'), s. f. Action de crêper; qualité de ce qui est crêpé. Il paye tant pour la crépure de ses cheveux.

— ÊTYM. Crêper.

.CRÉPUSCULAIRE (krè- pu-sku - le - r' ), adj. || 1° Terme d'astronomie. Qui appartient au crépuscule. Lumière crépusculaire. Cercle crépusculaire, cercle de la sphère qui passe par le degré où cesse le crépuscule. || Fig. Avant cette histoire légendaire, qui commence avec Romulus, il y en a une autre où la réalité est encore plus difficile à découvrir, mais qui n'est pas pour cela dénuée de toute réalité; c'est ce qu'un homme qui avait un sentiment profond des temps primitifs, M. Ballanche, appelait si bien l'histoire crépusculaire, ampère, Hist. rom. à Home, 1. 1, p. 76. || 2° Terme de zoologie. Qui ne se montre que le soir, en parlant de certains animaux et surtout de certains papillons.

— ÉTYM. Crépuscule.

CRÉPUSCULE (kré-pu-sku-P), s. m. || i°Nom donné à la lumière qui reste après le coucher du soleil. Ainsi l'aurore et les crépuscules sont une grâce que la nature nous fait, c'est une lumière que régulièrement nous ne devrions point avoir et qu'elle nous donne par-dessus ce qui nous est dû, fonten. Mondes, S" soir. On dirait [pendant une nuit claire] , en voyant ce monde sans échos, Où l'oreille jouit d'un magique repos, Où tout est majesté, crépuscule, silence.... lamart. Ilarm. n, 4. 11 est pour la pensée une heure.... une heure sainte Alors que, s'enfuyant de la céleste enceinte, De l'absence du jour pour consoler les cieux, Le crépuscule aux monts prolonge ses adieux, id. Méd. il, 7. || Fig. Je jouis peu, mais j'aime encore; Je verrai du moins vos amours; Le crépuscule de mes jours S'embellira de voire aurore, volt. Êp. 73. || 2° Par abus, crépuscule se dit aussi pour la lumière qui précède le lever du soleil; il se nomme aube (voy. ce mot). On sait que le crépuscule, quelle qu'en soit la cause, commence le matin et finit le soir, quand le soleil est à 18 degrés au-dessous de l'horizon, d'alemb. Éloges, Bernoulli. Ainsi l'éclat douteux du crépuscule sombre Semble insensiblement se dégager de l'ombre , delillk, Pitié, m.

— ÉTYM. Latin, crepusculum, dérivé de creperus, douteux, incertain.

fCRÉPUSCULIN, INE (kré-pu-sku-lin , li-n'), adj. Néologisme. Qui appartient au crépuscule. Lueur crépusculine.

— ÉTYM. Crépuscule.

f CRÈQUE (krè-k'), s. f. Fruit du créquier.

CRÉQUIER (kré-kié), s. m. || 1" Nom donné au prunier épineux, prunellier, dans la basse Picardie. || 2° Terme de blason. Prunier sauvage. Le créquier en blason ressemble à un chandelier à sept branches.

— HIST. xv* s. Crequiers sont arbres qui ont poi de feuilles et ont foison de picans; et en fait on volontiers closture; car ils croissent communément en bayes, et font leurs poignans tant crainte... bu cange, créquier, Gloss. franc.

— ÉTYM. Du Cange le tire du mot forgé cerisicarius; mais la dérivation est de l'allemand Kriethe, danois krsege, suédois krikon, prunelle hâtive.

f CRÈS, s. f. Fausse orthographe pour crée (voy. ce mot).

CRESANE (kre-za-n'), *. f. Voy. crassane.

— REM. L'Académie, qui donne cresane, dit qua pourtant crassane vaut mieux.

CRESCENDO (krè-chin-do, ou, plus ordinairement, et en s'écartant de la prononciation italienne, crè-ssin-do), s. m. Terme de musique. Augmentation progressive des sons de la voix et des instruments. Ce crescendo est magnifique. || Adverbialement. Ce passage doit être exécuté crescendo. || Fig. Ce fut un crescendo de louanges. La calomnie s'élance, étend son vol, tourbillonne.... etdevientun cri général, un crescendo public, un chorus universel de haine et de proscription, beaum. Barb. de Séville. n, 8. \\Au plur. Des crescendo.

— ÉTYM. Ital. crescendo, partioipede crescere, du latin crescere (voy. croître).

f CRÉSEAU (kré-zô) , s. m. Terme de commerce. Étoffe de laine croisée à deux envers.

— ÊTYM. Croiser.

t CRESSANE (krè-sa-n'),s. f. Plusieurs personnes disent cressane au heu de cresane (voy. cresane). f CRESSE (krè-s'), s. f. Nom de la passerage.

— ÉTYM. Allem. Kresse; danois, karse (voy. cresson).

t CRES9ERELLE (krè-se-rè-1') , s. f. Autre orthographe de crécerelle.

f CRESSERELLETTE (krè-se-rè-lè-f) , s. f. Voy.

CRÉCERELLETTE.

— ÉTYM. Diminutif de cresserelle.

CRESSON (krè-son; quelques personnes prononcent kre-son, mais à tort), s. m. Plante qui croit dans les eaux vives, dite vulgairement cresson d'eau, cresson de ruisseau, et cresson de fontaine (sisymbrium nasturtium, L.). || Cresson de rivière, nom vulgaire du nasturtium sylvestre. || Cresson alénois. cresson des jardins, nasitor, cresson cultivé, passerage cultivée (lepidium salivum, L.). || Cresson sauvage (cochlearia coronopus, L., ou senebiera coronopus). || Cresson des prés, cresson élégant, nom vulgaire de la cardamine des prés (crucifères). || Cresson de Para (spilaitthes oleracea, L.), plante synanthérée du Pérou. || Cresson d'Inde , nom donné parfois aux espèces du genre capucine (tropéolacées). || Cresson doré, nom vulgaire du chrysosplénion oppositifolié (saxifragacées) , dit aussi cresson de roche, dorine et saxifrage dorée. || Cresson de chien, la véronique beccabunga (rhinanthacées). || Cresson des ruines et des décombres, le lépidier rudéral. || Cresson de terre, la barbarée précoce (crucifères) , dite aussi roquette des jardins,

LBGOARANT.

—HIST. xm* s. Kersons est de deux manières, si coin de rhiere et de cortiex [courtils, jardins], alebrant, f" 61. Tout le creson qu'on vendra, tailliar, Recueil, p. 268. || xv* s. L'en ne restraint bûche, espices, boisson, Chambres, ne dons, ne la desordonnance, Fors purée, poys, cresson.... E. desch. Admin. de Vhôtel duprince. Toutefois, nedemoura pas qu'elle ne se mist en ses devoirs pour l'oster hors de cette mélancolie, et pour assiette, en lieu de cresson, elle lui dit, louis xi, A'ouv. xxxiii. || xvi* s. On y appliquera du cresson pilé et fricassé avec graisse de porc, paré, xv, 2. Le nazitor ou cresson alenois, o. de serres, 636. Des cataplasmes faits avec des berles, ou cresson d'eau, id. 926.

— ÉTYM. Picard, kerson; catal. crexen; ital. crescione; bas-lat. crissonus , dans un manuscrit du IX* siècle, f° <78, Bibl. impér. suppl. lat. n" 13)0; anc. haut-allem. kressa. Diez dérive non le roman de l'allemand, mais l'allemand du roman, attendu que ce mot kressa n'a aucune racine dans les langues germaniques; et il admet l'ancienne étymologie de crescere, croître, à cause de la rapidité avec laquelle croît cette plante.

CRESSONNIÈRE (krè-so-niê-r'), s. f. Endroit sur le bord des ruisseaux où le cresson pousse en abondance. || Terrain sablonneux, très-humide, légèrement incliné, sur lequel on fait des plantations ou semis de cresson de fontaine pour les usages domestiques. La cressonnière se déplace de toute la longueur de son banc [plate-bande], chateaub. Génie, i, v, il.

— HIST. xv* s. Une petite mare ou cressonnière, du cange, cressonaria. Claudius se penoit de leurs chevaulx reprendre par la praerie, mais il n'en put reprendre que les trois, si que le cheval de Cassiel demoura en une cressonnière, l'erceforest, t. i, f° 74.

— ÊTYM. Bas-lat. cressonaria, du xm* siècle (voy. cresson).

CRÉSUS (kré-zus'), s. n». Homme extrêmement riche. C'est un Crésus.

— HIST. xv* s. Plus saiges est que Salemon, Et plus riche que ne fut Crise, eust. desch. Poésies tuss. f" 06, dans lacuilne.

CRÊ

— ÊTYM. Kpoïuoç, Crésus. Crésus, roi de Lydie, fui un prince extrêmement riche, dumarsais, Tropcs, antonomase.

CRÉTACÉ, ÉE (kré-ta-sé, sée), adj. Terme de géologie. Qui est de la nature de la craie; qui est formé de craie. Terrain crétacé.

— ÉTYM. LaL crelaceus, de creta, craie (voy. craie).

CRÊTE (krê-f), s. f. || 1" Excroissance charnue que les coqs et quelques autres gallinacés ont sur leur tête. Pâté aux crêtes de coq. Lagent qui porte crête au spectacle accourut, la font. Fab. vu, <2. || Fig. Lever la crête, témoigner de l'audace, de l'outrecuidance, et aussi se montrer avec plus de hardiesse. Dressant la crête et hattant l'aile, Glapir quelque alarme nouvelle Dans tous les poulaillers dévots, gresset, Ombres. || Baisser la crête, perdre de sa confiance, de ses forces. |] Rabaisser la crête à quelqu'un, donner sur la crête à quelqu'un, l'humilier, lui infliger une mortification. || 2° Proéminence charnue sur la tête de quelques reptiles.... Et leur tète hideuse Dépasse encor son front [de Laocoon] de sa crête orgueilleuse, delille, Enéide, n. || Crète de morue, certain endroit du dos de la morue vers la tête. || 3° Huppe qui orne la tête de divers oiseaux. La crête d'une alouette. || 4° Pièce de fer en forme de crête qui surmonte un casque ou autre coiffure semblable. || Par extension, ornement en forme de crête. Une crête de pourpre en relève l'orgueil [du casque], delille, Paradis perdu, ix. || 5" Cime, sommet. La crête d'un toit, d'une montagne. Elevons-nous, avançons vers les grandes crêtes, vers les sommets escarpés des grandes chaînes, cuv. Révol. p. 24. Je franchirais ces monts à crête immense, Où je crois voir nos vieux drapeaux flottants, bérang. Feu du pris. || À la Convention, la crèle s'est dit de la partie la plus exaltée du parti montagnard. || 6° Terre relevée sur les bords d'un fossé qui sépare deux champs. || 7° Terme d'architecture. L'ensemble des tuiles faîtières d'un toit. || Le chaperon d'une muraille. || 8° Terme de fortification. La partie supérieure du glacis ou parapet du chemin couvert. [| La ligne de feu d'une redoute. || 9° Terme d'analomie. Saillie osseuse, étroite et allongée. La crête de l'os des iles. || Terme de pathologie. Crêtes de coq, excroissances aplaties, tenant à la peau par un de leurs bords et dont l'autre esi irrégulièrement découpé. || 10° Terme de conchyliologie. Crète de coq, nom vulgaire de l'huître crête de coq et du strombe cristé. || 11° Terme de botanique. Sorte d'axe plat et angulaire. || Crète-de-coq. Voy. ce mot à son rang alphabétique. || 12° Terme de minéralogie. Crête de coq, nom donné à des cristaux indéterminables qui, étant minces et arrondis sur les bords, imitent jusqu'à un certain point des crêtes de coq. || 13° Petite passementerie à dent comme une crête, sorte d'agrément, servant à border ou encadrer des rideaux, des sièges, etc. || 14" Tas de blé qui est dans un bateau et qui est élevé en forme pyramidale. Mettre du blé en crête.

— HIST. xiii' s. Nul garnement de ventres, de braieus, ou de creistes, de croupes, da gorges ou d'escroies ne doivent riens de tonlieu, Liv. des met. 326. Renart ne fait pas grand sejor, Ains saut sur la creste del for, Ben. 8H6. Et i poent faire fossé de vingt pies de lé, et plantin sur le [la] creste du fossé qui leur iert [sera], tailliar, liecueil, p. «60. || xv* s. Et se rangèrent archers tous sur les dos et crestes des fossés autour de la ville , chacun les arcs tendus et appareillés pour traire, froiss. h, m, 41. || xvi* s. Or Osiander. amenant une cavillation si puérile, pense avoir tout gagné; il levé les crestes, et remplit beaucoup de feuillets de vanteries, calv. Instit. 57». Le chevalier du dragon le prévint et luy donna autre tel coup sur la creste de l'armet qu'il la luy entama et le test si avant, que force luy fut cheoir à la renverse, Don Flores de Grèce, f° cxxxm. Fourni d'entendement comme un oison de creste,

COTGRAVE

— ÊTYM. Wallon, crèse; génev. crest, crêt; provenç. et espagn. cresta; ital. cris ta; du latin crista.

CRÊTE, ÉE (krê-té, tée), adj. Oui a une crête. || Terme de blason. Animal crête, animal représenté avecunecrête d'un autre émail que le corps. || Terme d'histoire naturelle. Oui a la forme d'une crête, qui imite une crête. || Terme de minéralogie. Cristal crête, cristal indéterminable, qui est mince et arrondi sur les bords.

— HIST. xiv's. Â rire commença, s'a les sourcilz levez; Bertran le regarda comme lyon créiez, Guescl. 4644. || xvi' s. Du Guesclin se jetta sur lui comme lion creté, Mém. s. du G. ch. 10. Ce n'est pas raison qu'à faulte de rime ils me refusent la dis-

CRE

pense [d'user de termes libres] que mesme des hom mes ecclésiastiques, des nostres et des plus cretez, jouissent en ce siècle, mont, m, 376.

— ÉTYM. Lai. rristatus, de crista, crête. CRÊTE-DE-COQ(krê-te-de-kok),s. f. Un des noms

vulgaires de la célosie à crête ( amarantacées ) et du rhinanthe crète-de-coq (rhinànlhacées). || Au plur. Des crêtes-de-coq.

t CRÉTELER (kré-te-lé), v. n. Crier en parlant de la poule qui vient de pondre.

— ÊTYM. Onomatopée.

f CRETELLE (kre-tè-1'), s. f. Nom d'une plante (cynosurus cristatus) assez commune dans les prairies et les bois et qui fournit un foin de bonne qualité.

— ÉTYM. Peut-être diminutif de crête.

t CRÊTE-MARINE (krê-te-ma-ri -n'), s. f. La passe-pierre.

— ETYM. Voy. CRISTE-MAR1NE.

f CRÉTER (krê-té), v. a. Cacher, à l'aide de .l'agrément dit crête, les broquettes, par exemple sur le bois d'un siège. || Arrêter avec de petits clous l'étoffe sur le bois d'un siège.

— ÉTYM. Crête.

CRÉTIN (kré-tin) , s. m. Nom d'individus de l'espèce humaine disgraciés de la nature, de l'idiotisme le plus complet, d'une taille de moins de cinq pieds, et ayant la têle mal conformée, l'apparence extétérieure chétive et la peau flétrie, jaunâtre ou pâle. Les crétins du Valais et des vallées voisines procureraient de riches moissons aux physiologistes qui voudraient approfondir un sujet si digne d'être approfondi, bonnet, Paling. phil. 2' part. ch. 4. || Fig. Homme stupide au dernier point.

— REM. Crétin n'est ni dans Furetière ni dans Richelet ni dans les éditions duBictionnaire de l'Académie antérieures à (836.

— ÉTYM. Génin le tire de christianus,& cause que les imbéciles étaient considérés comme des personnes innocentes et chrétiennes. Mais un mot si récent dans la langue ne peut venir de là; et il faut le tirer de l'allemand Kreidling, crétin, dérivé de Kreide, craie (voy. craie), à cause de la couleur blanchâtre de la peau des crétins.

T CRÉTINISER (kré-ti-ni-zé), v. a. Néologisme. Rendre crétin, faire tomber dans l'idiotisme. || Se crétiniser, v. réfl. Devenir crétin.

— ÉTYM. Crétin.

CRÉTIN1SME (kré-ti-ni-sm'), s. m. Vice de conformation des crétins. || Fig. et familièrement, sottise profonde, imbécillité.

— ÉTYM. Crétin.

f CRÉTIQUE (kré-ti-k') , adj. Terme de métrique grecque et latine. Pied crétique, pied formé d'une longue entre deux brèves. C'est la môme chose que l'amphibraque. || Vers crétique, vers composé de plusieurs pieds de ce nom.

— ETYM. Lat. creticus.

CRETONNE (kre-to-n'), s. f. Toile blanche, trèsforte, qui se fabrique du côté de Lisieux en Normandie, et qui a reçu le nom de celui qui en a fabriqué le premier. Les cretonnes ont la chaîne de chanvre et la trame de lin.

| CRETONNIER (kre-to-nié), s. m. Celui qui achète les résidus des suifs en rame.

— ÊTYM. Créions.

CRETONS (kre-ton), s. m. plur. Partie grossière des graisses de bœuf et de mouton, qu'on met en pains pour la nourriture des chiens de basse-cour ou de chasse. || Terme de charcuterie. Morceau de graisse de porc frais ou panne apprêtée.

— HIST. xiv» s. Cremium, gallice creton, quod fit ex carnibus assatis, du cangr, cremium.

— ETYM. Picard, croton. graillon. Origine inconnue. Il y avait dans l'ancien français ordonnée, qui était une sorte de mets, Hénagier, u, 4.

f CREUSAGE (kreu-za-j') , s. m. Action de creuser, principalement chez les graveurs. || On dit aussi le creusage d'un puits.

— ÊTYM. Creuser.

f CREUSANE (kreu-za-n1), *. f. Voy. cresane. Creusane est une prononciation de cresane où l'e muet prend le son de eu.

t . CREUSÉ, ÉE (kreû-zé, zée), part, passé. Taillé en excavation. En un lieu souterrain par nos pères creusé, rac. Alhal. v, *. || Rendu creux. De ses yeux affaiblis et creusés par les pleurs, nucis, Lear, n, 2. || Fig. Etudié avec soin. Une question creusée par un homme habile.

2. CREUSÉ (kreu-zé), s. m. Résultat de l'action de creuser. Ces effets, qui peuvent pour un moment fixer l'attention du passant, ne sont que d'insignifiants accidents à côté des creusés effectués par les

CRE

rivières du pays, fournet, Acad. des se. Complet rendus, t. lu, p. mu.

CREUSEMENT (kreu-ze-man), t. m. Action de creuser. Tous ces travaux [reboisement, barrages, rigoles] réduiront considérablement le cube de» matières aujourd'hui sujettes à être entraînées par les eaux, et de là résultera un creusement naturel et général du lit [du fleuve], hausse, Acad. des te. Comptes rendus , t. lui, p. 1250.

— ÊTYM. Creuser.

CREUSER (kreu-zé), v. a. || 1° Pratiquer une cavité. Creuser un puits. Creuser la terre. Creuser un tronc d'arbre. Et dans le roc qui cède et se coupe aisément, Chacun sait de sa main creuser son logement, boil. Ép. vi. Peut-être aussi est-ce à cause de cela que la nature a creusé, dans la lune, des espèces de puits qui sont assez grands pour être aperçus par nos lunettes, fonten. Mondes, 3' soir. La main du temps creusa les voûtes sombres D'un antre noir, séjour des tristes ombres, j. n. i, Allég. 6', liv. II. Thémistocle, qui voulait rendre sa nation la plus puissante de la Grèce, pour en être le premier citoyen, fit creuser un nouveau port, construire un plus grand nombre de galères, iiarthêl. Anacli. introd. part, n, sect. 2. || Fig. Creuser sa fosse ou son tombeau, altérer sa santé par des excès. || Fig. Creuser un abîme, creuser un précipice, causer la perte, la ruine. Aussi bien sous mes pas c'est creuser un abîme Que retenir ma main sur la moitié du crime , corn. Rodog. v, i. L'hymen semble à mes yeux cacher quelque supplice, Le trône sous mes pas creuser un précipice, id. ib. I, 7. Préparons son supplice ou creusons mon cercueil, volt. Fanât. 1, 4. Elle trouva qu'elle s'était ôté elle-même le cœur et l'estime de son mari et qu'elle s'était creusé un abîme dont elle ne sortirait jamais, lafayette, Princesse de Clèves, Ûf-.'uvres, t. n, p. 165. Ainsi tout ce qui pouvait tourner à sa perte, tournerait à sa gloire; cette journée [l'entrée à Moscou] allait commencer à décider s'il était le plus grand homme du monde ou le plus téméraire; enfin s'il s'était élevé un autel ou creusé un tombeau, sêgur, llist.de JVop. vin, 4. || Terme de graveur. Revenir sur une taille pour la rendre plus profonde. Dans la gravure sur bois, évider. || Terme de marine. Nettoyer un port, le rendre plus profond. Il 2° Fig. Les biens de la terre ne font que creuser l'âme et en augmenter le vide, chateaub. Génie, i, 6, i. || Se creuserMe cerveau, se donner beaucoup de peine pour découvrir, comprendre, imaginer. Les réflexions dont vous vous creusez la tête, sév. 427. Je me creuse la tête à deviner, id. <04. Ne vous y creusez point trop l'esprit, id. 37. Ne vous amaigl i point, ne vous creusez point les yeux et l'esprit, id. 467. Pendant que je me creuse la tête [pour écrire la lettre], id. 99. Vous vous creusez l'esprit d'une si étrange manière, id. 86. Je me creuse la cervelle pour savoir comment un corps en pousse un autre, volt. l'Homme aux 40 écus, mariage. || 3° Creuser le visage, les traits, les amaigrir. Les soucis lui ont creusé le visage. || 4° Fig. Étudier avec soin, pénétrer avant dans un sujet. Creuser une question. On n'a garde d'en creuser toule la profondeur, mass. Car. Conf. Nos actions parfois ont un air de vertus; Qu'on lescreuse, c'est vice ou faiblesse elrien plus, lamotte, Fabl. v, (3. Du profond Spinosa je creusais le système, bernis, Relig. vengée, v. || Creuser un homme, le sonder, c'est, d'après Bouhours, une locution née à la cour. || 5° Absolument. Faire un creux. Creuser en terre, sous terre. On trouva un trésor en creusant. || Fig. Tacite creuse pour découvrir les plus grands raffinements dans les conseils de l'empereur, fén. xxi, 237. Si nous creusons dans les abîmes, nous l'y trouverons, mass. Cur. Temples Les Anglais pensent profondément; Leur

esprit, en cela, suit leur tempérament; Creusant dans les sujets et forts d'expériences. Ils étendent partout i'empire des sciences, la font. Fabl. xu, 23. La raison s'attache à creuser jusque dans l'avenir, le père cheminais, dans bouhouhs, A'out'.rem. || 6° Se creuser, v. réft. Devenir creux. Ce vieil arbre commence à se creuser. Elle [Amélie] maigrissait, sps yeux se creusaient, chateauii. René, 1 95. Les premiers canons qui se présentèrent atteignirent l'autre rive; mais de moment en moment l'eau s'élevait, en même temps que le gué se creusait sous les roues et sous les efforts des chevaux; un chariot s'engrava, d'autres s'y arrêtèrent, et tout fut arrêté, sêgur, llist. de Nap. ix, <3. || Terme de marine. La mer se creuse, se dit quand les sillons qui séparent les vagues deviennent plus profonds. || Fig. Se creuser, penser beaucoup à une chose, à quelqu'un. Je vous vois, vous m'êtes présente, je pense et

CRE

repense à tout, ma tête et mon esprit se creusent, sév. 33.

— SYN. creuser, approfondir. Creuser , c'est faire un creux ; approfondir, c'est rendre profond ce qui est déjà creux. Dès lors, au figuré, approfondir dira plus que creuser. Creuser une question c'est pénétrer comme on pénètre dans la terre qu'on creuse, et y faire un certain chemin; l'approfondir, c'est aller jusqu'au fond.

— HIST. xii' s. Il fait croser souz terre à pic et à martel, Scut. ix. || xnr s. E la roche est ensi crusée Cum une maison bien ovrée, Grégoire le Grand, p. 93. || xvi* s. Les gouttes d'eau qui tombent dessus une roche dure, la creusent, amyot, Comm.noutrir les enf. 6. Creuser un fossé, id. Marius, 28. Les concupiscences nous suyvent souvent jusque dans les cloistres et dans les escholes de philosophie; ny les déserts ny les rochiers creusez ny la haire ny les jeusnes ne nous en desmelent, mont, i, 276.

— étym. Creux; provenç. crozat, creusé.

CREUSET (kreû-zè; le t ne se lie pas dans le parler ordinaire; au pluriel, l's se lie: des kreû-zè-z en plaline; creusets rime avec traits, succès, paix), *. m. || 1° Vaisseau de terre ou de métal, de forme et de grandeur variables, mais ordinairement rétréci vers son fond , destiné à être mis au milieu du feu, pour obtenir la fusion des corps très-réfraclaires. Un autre avantage bien rare de la porcelaine des Indes, c'est que sa pâte est admirable pour faire des creusets et mille autres ustensiles de ce genre, raynal, Hist. phil. v, 27. Leurs successeurs [de Newton et Leibnitz] s'imaginèrent tenir Dieu dans leurs creusets et dans leurs télescopes, chateaub. Génie, i, iv, 3. Ton art [l'alchimie] est sûr; le Pactole et Jouvence Dans le creuset vont marier leurs flots, bërang. Alchim. || Creusets brasqués, creusets dont l'intérieur est garni d'une pâte faite avec du charbon de bois pulvérisé, légèrement humecté et fortement battu. || Terme de métallurgie. Partie inférieure et distincte d'un fourneau, dans laquelle se tient le métal fondu. || 2" Fig. Sa main est un creuset qui fond l'argent, sév. 439. Chez Mme de Maintenon, sans nom de maîtresse ni d'épouse, était déjà le creuset de la cour et de l'État [c'est-à-dire le lieu où se fondaient, se décidaient toutes les affaires de la cour et de l'État], st-sim. 4<s, <88. Tout son mérite [de Corneille], à l'heure qu'il est, ayant été mis par le temps comme dans un creuset, se réduit à huit ou neuf pièces de théâtre qu'on admire, boil. Longin, réflex. 7». Raffinez sur tous les plaisirs, subtilisez-les, mettez-les dans le creuset, mass. Pet. car. Malh. Hélas I j'aimais en vous un or faux et perfide, Par le creuset du temps en vapeur converti , J. b. rouss. Odes, m, 9. Feu sacré dont brûla ton âme généreuse Qui s'épurait encore au creuset du malheur, volt. Odes, xii. || 3* Nom de quelques champignons ayant la forme d'un creuset. || Sorte d'agaric des caves très- humides, nommé aussi basset.

— HIST. xiii* s. Croiseus por argent fondre, tailliar, Recueil, p. 4». || xv* s. Encore firent faire ceux de Gand un engin, et asseoir devant la ville quijetoitcroisseuxde cuivre tout bouillans,FROiss.n, il, <S4. || xvi* s. Fourneaux avec creusets, pour faire réduction des métaux calcinés, paré, t. m, p. 638.

— ÉTYM. Wallon, crisou; namurois , crîjou; espagn. crisol, creuset; crisuelo, lampe; ital. crogiuolo, crociuolo, creuset; crogiolo, cuisson; crogiare, rôtir; angl. cruset; bas-lat. crosollus, cresollus, cruselinum, crusellus ; anc. franc, creuseul, croissol, crusset, crasset, espèce de lampe. Mot d'originedifficile. Diez, sans s'occuper des autres formes , tire l'espagnol crisuelo et, par suite, crisol du basque criselua, cruselua, lampe. La forme primitive en français est croiseul (creuset n'en est qu'une altération); à croiseul répondent l'espagnol crisuelo, crisol, et l'italien crogiuolo; cet accord paraît écarter l'étymologie prise au basque, qui dès lors a plutôt emprunté que donné ce mot. L'étymologie est certainement le bas-latin crucibulum qui n'a pu être refait sur les mots romans et qui au contraire leur a donné naissance. Crucibulum parait être dérivé de crux, croix, et avec la finale instrumentale bulum, parce que ces sortes de lampes portaient deux mèches en croix, ce qui faisait quatre becs. De lampe, le sens a passé à creuset.

t CREUSEUR (kreù-zeur), s. m. Celui qui creuse, approfondit, va au fond des choses. Des gens ingénieux et profonds, des creuseurs d'antiquité, volt. dans le Dict. de dochez.

— ÉTYM. Creuser.

t CREUSISTE (kreû-zi-sf), s. m. Fabricant de creusets.

— ÉTYM. Voy. CREUSET.

CRE

t CREUSOIR (kreû-zoir), s. m. Outil pour creuser la table d'un instrument de musique.

— ÉTYM. Creuser.

t CREUSOT (kreû-zo) , s. m. Nom de quelques champignons. Voy. creuset.

| CREUSURE (kreû-zu-r') , s. f. Terme d'art. Cavité, dans une pièce, pour quelque objet.

— Ety*I. Creuser.

i. CREUX, CREUSE (kreù, kreû-z'), ad;. || 1° Qui a une cavité intérieure. Une roche creuse. L'aigle avait ses petits au haut d'un arbre creux, La laie au pied, la chatte entra les deux, la font. Fabl. m, 6. Théodoret dit que Théophile, évêque d'Alexandrie, fit voir à ceux de «-ette ville les statues creuses où les prêtres entraient par des chemins cachés pour y rendre les oracles, fonten. Oracles, i, 16. || On dit d'un repas insuffisant, qu'il n'y en a pas pour la dent creuse de quelqu'un; et fig. il n'y a pas de quoi le satisfaire. Il 2° Profond. La rivière est fort creuse à cet endroit. Fossé, chemin creux. Il représentait les forêts sombres qui couvrent les montagnes et les creux vallons, fén. Tél. n. || Assiettes creuses, assiettes plus profondes que les autres, et dans lesquelles on sert d'irdinaire la soupe. || Terme de marine. Mer creuse, se dit de la mer quand il s'y forme des lames considérables. 113" Amaigri, cave. Avoir les joues creuses. Ses yeux creux et austères se changent en des yeux bleus d'une douceur céleste et pleins d'une flamme divine, fén. Tél. xxiv. f| 4° Vide. Avoir le ventre creux , n'avoir pas mangé depuis longtemps. || Terme de chasse. Trouver buisson creux, ne pas trouver le gibier où on espérait le trouver; et fig. ne pas trouver la personne ou la chose qu'on était allé trouver. || Drap creux, drap d'un tissu trop lâche, mal fabriqué. || Terme de jeu. Jeu creux, jeu de cartes incomplet. || 6° Viande creuse, viande peu substantielle, mets qui nourrit peu. Les écrevisses sont viandes creuses. || Fig. Divertissement qu'on propose à une personne qui a besoin de manger. La musique est une viande bien creuse pour un homme affamé, Dict. de l'Académie. || Se repaître de viandes creuses, s'infatuer d'idées chimériques, d'espérances folles. Ma foi, si vous songez à nourrir votre esprit, C'est de viande bien creuse, à ce que chacun dit, mol. Femm. sav. il, 7. Oser lui préférer de légères douceurs, C'est d'une viande creuse aisément se repaître, fonten Poésies div. Œutres, t.x, p. 387, danspoUGENS. ||6*Vam, vide, chimérique. Que le cœur de l'homme est creux et plein d'ordures, pasc. dans cousin. Ne me plaignez que de n'avoir point ma chère fille, qui me fait une si charmante et si aimable occupation et sans laquelle ma vie est toute creuse, sév. 478. Au lieud'un bien solide et effectif, ils n'ont embrassé que l'image creuse d'une vertu fantastique, pasc. Pensées, part, u, art. < . J'ai honte de discourir si longtemps sur des visions plus creuses que celles des malades, boss. Var. xiii, § 43. Des spéculations creuses, fléch. Serm. i, 27s. Des philosophes voudraient ébranler cette vérité [le libre arbitre] par de creuses spéculations, fén. Kxist. 63. X Dieu ne plaise que j'autorise une vaine crédulité pour de creuses visions, id. xvu, 255. Vous êtes insupportable, dit-elle, de me pousser à bout avec un raisonnement aussi creux que celui-là, fonten. Mondes, 2' soir. Comment donc, point de nature et tout est art? quelle idée creuse! volt. Dial. xxix. Des idées creuses, soi-disant profondes , revêtues d'un style de rhéteur ou d'écolier, qu'on appelle de l'éloquence et quelquefois du sublime, d'alemb. Éloges, Marivaux. || Une tète creuse, un esprit creux, un homme qui a peu de bon sens. || 7* Adverbialement. Sonner creux, se dit du son que rendent les corps creux et vides quand on les frappe. Ce tonneau vidé sonne creux. Il Songer creux, se laisser aller à de vaines rêveries, poursuivre en idée des chimères. || Songe-creux, voy. ce mot à son ordre alphabétique.

— hist. xiii* s. Renart le vit si adreoiez, Ne s'ose à lui abandonner, Ainz ne fina d'esperonner Jusqu'à l'entrée du val crues, Ren. 669. El [elles] versent vin en gorge cruese, Tout ainsinc cum en une huese, la Rose, <3649. Se les ées [abeilles] sont en creus de chesne ou d'autre arbre, du cange, aptcularii. \\ xv* s. Dieu sçet se il songe creux et trouble, coquill. Droits nouv. || xvi's. Le comte voiant la difficulté d'aller à la charge à lui par l'eau qui estoit fort creuse.,., d'aub. Hist. Mi, 262. Chemin creux, id. ib. m, 263. Et alla envelopper Ptolemaeus sans estre apperceu , à cause qu'il alla par chemin creux et bas, amyot, Pyrrh. 63. Songer creux, oudin, Curios. fr. Avoir le ventre creux, id. ib. Cerveau creux, id. ib. De la viande creuse, id. «6.

— ÉTYM. Bourguig. çrà; Berry, cros, crot; sain- i

CRE

tongeois, creut; provenç. crus ;] bas-lat. crosum et crotum. Diez propose, dubitativement il est vrai, corrosus, rongé et, par suite, creusé. Mais, en prenant les formes dans leur ensemble, qui ont une s ou un t, il semble qu'il faut, pour étymologie, un mot qui permette à la fois ces deux lettres; or on a le latin crypta, grotte (voy. grotte), qui a donné à la fois le provençal crosa et crota. Ici la dérivation da crypta est indubitable, et rien n'empêche de l'étendre à creux.

2. CREUX (kreû; l'x se lie : un kreû-z énorme), s. m. || 1° Cavité. Faire un creux en terre. Le creux d'un arbre. Trou ni fente ni crevasse Ne fut large assez pour eux; Au lieu que la populace Entrait dans les moindres creux, la font. Fabl. iv, 6. Quand Maurice peut tout du creux de son cercueil, corn. lléracl. i, 3. Alors ces malheureux vaincus rappelleront à leur compagnie leur superbe triomphateur ; et du creux de leur tombeau sortira cette voix qui foudroie toutes les grandeurs.... boss. Duch. d'Orl. Nous nous mîmes dans le creux d'un vieux chêne, jusqu'à ce que le bruit de notre évasion se fût dissipé, montesq. Lelt. pers. 67. Le squelette de la Mort laisse passer les rayons livides de la lumière infernale entre les creux de ses ossements, chateaubr. Mari. 263. Esprits aériens de la terre et des eaux Qui murmurez dans le creux des ruisseaux, c delav. Paria, u, 6. Dans le creux du rocher, sous une voûte obscure, S'élève un simple autel, lamart. Méd. i, 26. || Fig. Je ne puis arracher du creux de ma cervelle Que des vers plus forcés que ceux de la Pucelle, boil. Sat. vu. || 2° Partie concave. Le creux de la main, de l'estomac. Le creux de l'aisselle, de la nuque. Puiser de l'eau dans le creux de la main. Il reçut un coup de poing au creux de l'estomac. Il lui alla mettre le coude dans le creux de l'estomac, scarron, Jlom. com. ch. vi. || Plein le creux de la main, se dit d'une petite quantité de quelque chose qui peut se tenir dans la main. Vous avez bien peu de haricots pour un plat; il n'y en a que plein le creux de la main. || 3° Terme de chant. Avoir un beau creux, avoir du creux, avoir une voix qui descend fort bas. Ne vous étonnez pas si mon creux est profond, Et si ma voix descend jusqu'à la double octave, richelet. En grossissant le son de sa voix, qui est naturellement doux, elle en corrompt la douceur et forme un creux assez désagréable, lesage, Gil Blas, m, s. || 4* Terme de sculpture. Moule dans lequel on coule les substances qui en doivent prendre la forme en relief. || Matrice du coin à frapper les médailles. Graver en creux. || 5° Terme de marine. Creux d'un vaisseau, la hauteur qui est depuis le dessous du premier pont jusque sur la quille. |j Creux d'une voile , le sein où elle reçoit et enferme le vent. || 6° Vide. Je n'aime pas ces fables : nourri depuis beaucoup d'années de l'Ecriture sainte, qui est le trésor de la vérité, je trouve un grand creux dans ces fictions de l'esprit humain, boss. dans le Dict. de dochez.

— HIST. xiv* s. Li sarrasin en croz tuit ensemble mis furent, Non où les cristiens ne près du cemetere, Girart de Ross. v. 4272. Le suppliant et son compaignon prinrent en ung crot dedans terre, environ quatre sextiers de seigle, du cange, crotum. Il chey ou dit cros ou fosse qui estoit derrière lui, id. crosus. |l xv* s. Le suppliant feist ou celier de l'ostel un crot ou une fosse et y enterrast et couvrist la vaisselle d'argent, id. crotum. || xvi* s. Plustost naistroit du poil dedans ce creux de ma main, Crassus, que tu voyes la cité de Seleucie, amyot, Crassus, 36. Fossé de douze pieds de large et de six de creux en œuvre, d'aub. Hist. m, 626.

— ÉTYM. Creux t; bas-lat. crosum, crotum; provenç. cros.

t CREVA1LLE (kre- va-Il", Il mouillées), s. f. Mot populaire. Repas où l'on mange avec excès.

— HIST. xvi* s. Crevailles, cotgrave.

— 6TYM. Crever.

t CREVAISON (kre-vê-zon), s. f. Terme tout a fait trivial. Mort. Il a fait sa crevaison.

t CREVALE (kre-va-T), s. m. Sorte de poisson.

CREVASSE (kre-va-s'), s. f. Fente étroite à la surface des corps. La sécheresse fait des crevasses à la terre. Avoir des crevasses aux mains. Dans l'endroit où la tige du chardon s'implante dans la tête, est une sorte de fente ou de crevasse qui annonce que cette tète est habitée par une chenille; on ne voit pas cette crevasse dans les chardons qui ne sont pas habités, bonnet, Observ. t», Insectes. Ici d'affreux débris, des crevasses affreuses. Des ravages du temps empreintes désastreuses, delille, Homme deschamps, ni. Ils s'emportèrent au loin dans la plaine haute et voulurent s'emparer des canons

CRE

ennemis, mais une des crevasses prorondes dont le sol russe est sillonné les arrêta sous un feu meurtrier, sÉGun, Hist. de Nap. ix, 1. 1| Terme de marine. Ouverture dans la carène d'un vaisseau. || Terme de gravure. Tailles confondues. || Terme de vétérinaire. Fentes qui surviennent au pli du paturon et au boulet, chez les chevaux et les bêtes asines.

— HIST. xii* s. Li abimesl'abismeapelet, en lavoiz de tes crevaces, Liber psalm. p. 68. || xni's. L'autre tremble toute effraée. Tant se sent foible et eshaêe, Et pourfendue de crevaces En plus de cinq cens mile places, la Rose, 6137. Et par tous ces ostex [ils] se boutent, Ne clés ne barres ne redoutent, Ains s'en entrent par les fendaces, Par chatières et par crevaces, t'b. 18638. || xv* s. Elle s'avança de venir ouyr et regarder par les crevances des fenestres et secrets treillis d'icelles , louis xi, Nouv. c. ||xvi"s. Les scissures ou crevasses, lesquelles surviennent le plus souvent après la curation, paré, xvi, 36. Dans une crevasse de montagne, d'aub. Hist. n, 338. Celui qui a des crevasses aux doigts, mont, ii, 34 9.

— Étym. Crever; provenç. erebassa; bas-lat. crepalia, du latin classique crepare , éclater.

GREVASSE, ÉE (kre-va-sé, sée), part, passé. Un vieux mur tout crevassé.

f CREVASSÉE (kre-va-sée) , *. f. Chose crevassée, un mur, un plafond, etc.

CREVASSER (kre-va-sé), V. a. || 1° Faire des crevasses. Le froid lui a crevassé les mains. || Terme de gravure. Faire un pâté, un pochis. ||2°Se crevasser, v. réfl. Être crevassé. Cette muraille commence à se crevasser. Le navire, comblé de morts et de mourants, S'entr'ouvre, se crevasse.... brébœuf, Phars. ni.

— hist. xv s. Là fouirent et houerent et piquèrent Anglois tant que la moitié de la tour, par defaute de pied, s'ouvrit et crevaça, froiss. ii, m, 33. || xvi' s. Une espèce de verrue avec aspérités crevassées, paré, xviii, 86.

— ETYM. Crevasse; provenç. crebassar.

CREVÉ, ÊE (kre-vé, vée), part, passé. || l'Qui a

éclaté. Un fusil crevé par la charge. Un frémissement dans l'air dont le bruit est semblable à celui d'une grosse pluie qui tombe d'un nuage dissous et crevé tout à coup, baynal, Hist. phil. vu, 26. || Terme de marine. Cordage crevé, cordage dont l'un des torons est déchiré ou cassé. (| 2° Mort. Dom Joseph portera l'habit que vous lui voyez, à moins que ses parents crevés de. la peste n'en aient laissé dont personne ne veuille, p. l. cour. Lett. n, 283. || 3° Bouffi. Madame de Verneuil n'est plus rouge ni crevée comme elle était, sév. 128. || 4" Substantivement. Un gros crevé, un homme fort gros. Je ne suis plus une grosse crevée, sêv. 294. || Manger, boire, ronfler, rire comme un crevé, c'est-à-dire avec excès. || 6" S. m. Terme de tailleur et de couturière. Ouverture longitudinale pratiquée aux manches de certains vêtements.

f CREVE-CHASSIS (krè-ve-cha-si) , s. m. Un des noms vulgaires de la mésange charbonnière.

t CRÈVE-CHIEN (krè-ve-chiin), s. m. Un des noms vulgaires de la morelle noire. || Au plur. Des crève-chiens.

— ÉTYM. Crever, et chien. La morelle noire ne paraît mériter aucunement une pareille dénomination.

CRÈVE-COEUR (krè-ve-keur), s. m. Grand déplaisir , déboire mêlé de dépit. Quel crève-coeur! Il n'y a point de crève-cœur plus grand à un homme d'honneur, que s'il faut qu'il aime ce qu'il ne prend point plaisir d'aimer, malh. Traité des bienfaits de Sénèque, U, 48. Si Vaudemont fut satisfait d'avoir le maréchal de Villeroy en Italie, ce fut un nouveau crève-cœur pour Tessé, st-sim. 97, 30. L'incroyable contrainte où l'humeur de M. le Prince tenait tout ce qui était réduit sous son joug, donna un extrême crève-cœur à cette aînée [de ses filles], id. 4, 62. || Au plur. Des crève-cœur.

— HIST. xm's. Mais corroz qu'en a de s'amie, Cil corroz a nom crievecuer, Partonopex, dans le Dict. de dochez. || xvi' s. Que ce leur est un grand crevecœur de voir.... d'aub. Hist. n, 44. Si par crevecœur du rejet que vous.... carl. iv, 9. Feu monsieur le mareschal de Montluc, ayant perdu son fils, me faisoit fort valoir, entre ses aultres regrets, le desplaisir et crevecœur qu'il sentoit de ne s'estre jamais communiqué à lui, mont, ii, su. Or si mon sein, rempli de creve-cœur extrême Des taches de nos grands , a tourné sur eux-mesmes L'œil de la vérité.... d'aub. Tragiques, les princes, liv. u.

— étym. Crever, et cœur.

CREVER (kre-vé. La syllabe cre prend un accent

CRE

grave quand lasyllabequi suit est muette : je crève, je crèverai). || 1" F. n. Se rompre par excès de tension, par surcharge; sens qui ne s'applique qu'à des objets considérés comme susceptibles d'être gonflés. Ce sac crèvera si vous l'emplissez tant. Et je veux [dit une suivante à sa maîtresse] , si jamais j'ai contre vous manqué, Crever comme un boudin que

l'on n'a pas piqué, scarron, Jodelet, ii, t La

chétive pécore S'enfla si bien qu'elle creva, la font. Fabl. I, 3. Ou ma vie ou la sienne, importunes sangsues, Doivent crever du sang dont elles

sont repues, rotr. Antig. I, 6 L'abondance à

pleines mains Verse en leurs coffres la finance, En leurs greniers le blé , dans leurs caves les vins : Tout en crève.... la font. Fabl. vu, 6. || Terme de jardinier fleuriste, qui se dit des œillets et de leur étui quand la quantité des feuilles les fait ouvrir et éclater. Il est difficile d'avoir de beaux œillets et de les empêcher de crever. [| 2° Éclater avec explosion. Le canon creva dès le second coup. Son fusil lui creva dans la main, sêv. 476. X leurs pieds aussitôt cent nuages crevèrent, la font. Phil. et Bauc. || Fig. Je vois se former de loin un nuage de coups de bâton qui crèvera sur mes épaules, mol. Fourberie! , i, 4. Je voulus parier, quoique tout respirât la noce, qu'elle ne s'achèverait pas; en effet, le jeudi, le temps se brouilla, et la nuée creva le soir à dix heures, sév. 42. Reine, n'attendez pas que le nuage crève, rac. Ath. n, 6. |] Crever dans la main, se dit d'une arme à feu qui éclate dans la main au moment où on la tire; et, figurément, crever dans la main, n'être d'aucun service. Le pouvoir et l'impunité rendent les forts audacieux; le bon droit seul est l'arme des faibles; et cette arme leur crève ordinairement dans les mains, J. J. bouss. Lelt.auchev. d'Éon , Corresp. t. vi, p. 266, dans pougens. || 3° Terme de médecine. Aboutir. L'abcès est près de crever. || 4" Crever de graisse ou d'embonpoint, être excessivement gras. || Crever se dit de ceux qui ont trop mangé. Il soupe, il crève; on y court, On lui donne maints clystères, la font. Clout. Ils mangeront jusqu'à regorger, jusqu'à crever, J. J. nouss. Ém. n. || Crever dans sa peau, être d'un embonpoint excessif; et, figurément, enrager en secret de quelque grand dépit. || Par extension. Crever de santé, avoir une santé florissante et de l'embonpoint. Un gros garçon qui crève de santé, Maisqui de sens a bien moins qu'une buse, J. b. rouss. Épigr. m, 43. || Crever d'argent, de biens, avoir beaucoup d'argent, de biens. Mme de Coulanges, qui crève d'argent, a prêté mille francs à Mlle de Méri, sev. t. vm, Lett. 790, p. 4 46, dans pougens. || 5° Être en proie à quelque passion qui cause du tourment, à quelque sentiment qui cause de l'impatience et que l'on renferme en soi, que l'on a honte délaisser voir. Que son cœur convoiteux d'avarice ne crève, rfgn. Sat.x. Et chacun, en riant, en parleà cœur ouvert, Dont je crève de rage, id. Elég. 2. Je crève de dépit, mol. les Préc. i, 7. Et que puisse l'envie en crever de dépit, id. Tari, m, 7. Pour le faire crever de honte et de ressentiment, hamilt. Gramm. 9. || Absolument. Il fallait crever ou communiquer ses chagrins, hamilt. Gramm. 8. Sa mère pensa crever en la revoyant, sêv. 535. Le peu de fruit d'attenter sur ta vie Fera crever la haine et lassera l'envie, BOTR.Bélis. iv, 6. [ô Iioileau] J'embrasserai Quinault, en dusses-tu crever, volt. Ép. 95. Les gens crèveraient plutôt que de ne pas jaser, et vous tout le premier, p. l. cour. 2* lettre particulière. || Crever de rire, rire excessivement de choses ridicules. Et dont les beaux discours.... Feraient crever de rire un saintdu paradis, régn. Sat x. Les sermons dont vous parlez font crever de rire, sév. 398. Les étrangers crèvent de rire quand ils voient, dans nos tragédies, le seigneur Agamemnon et le seigneur Achille qui lui demande raison aux yeux de tous les Grecs, et le seigneur Oresle brûlant de tant de feux pour madame sa cousine, p. L. cour. Trad. d'Hérod. préface. || Crever de faim, avoir grand faim, être dans le dénûment. Je ne veux pas me défaire de mon blé autrement, dussiez-vous crever de faim, montesq. Lett.pers. 4 4. || 6° Mourir en parlant des bêtes, et aussi par dédain ou colère en parlant des hommes. Fait crever les courtauds en chassant aux forêts, regnieh, Sat. v. lit que vous n'êtes point crevé de toutes les médecines qu'on vous a fait prendre, mol. liai. imag. m, 3. Ils firent tant Qu'on les vit crever à l'instant, la font. Fabl. TOI, 25. Elle et son équipage ont pensé crever des chaleurs, sêv. 577. Un homme qui tombe de cheval et qui crève sur la place, id. «6. Mme d'Elbeuf a pensé crever, id. 242. Mme de Lavardin est enrhumée à crever, id. 389. Tu crèveras bientôt du venin

cm

que tu jettes, tristan, Jfnrf de Chritpe, iv, 7. Les Juifs faisaient boire d'une eau mêlée de cendre à leurs femmes soupçonnées d'adultère; les coupables ne manquaient pas d'en crever, volt. Mœurs, ïS. Il [Satan] jure, il grimace, il se tord, Il crève comme un hérétique, bêrang. Mort du Viable. || 7* Terme de cuisine. Faire crever le riz, le faire gonfler à l'eau bouillante ou à la vapeur. || 8" X certains jeux, crever c'est perdre la partie, parce qu'on a fait plus de points qu'il n'en fallait pour la gagner. || 9° V. a. Faire éclater, rompre avec effort, violence. Cette forte charge creva le canon. Et la foudre qui va partir, Toute prête à crever la nue. Ne peut plus être retenue, corn. Pohj. iv, 2. || 10" Faire manger à l'excès. Il les creva de bonne chère. || il" Crever les yeux, crever le globe de l'œil de manière qu'il se vide et cesse de voir. On creva les yeux à Philippique, boss. Hist. I, 44. Dansune émeute populaire, un jeune homme nommé Alcandre creva un œil à I.ycurgue d'un coup de bâton, rollin, Hist. ane. Œuvres, t. n, p. 620, dans pougens. Il [Louis le Débonnaire] fit crever les yeux à Bernard, roi d'Italie, son neveu, qui était venu implorer sa clémence, montesq. Esp. xxxi, 20. || Se crever les yeux, se percer les yeux ou se les détruire d'une façon quelconque. Semblable en quelque chose à cet ancien que l'on dit qui se creva les yeux pour n'être pas distraitdansses méditations philosophiques, fo.nten. Amontons. || Fig. Crever les yeux, se dit de choses qui sont sous les yeux et que cependant on n'aperçoit pas. Cela crève les yeux, cela est d'une évidence palpable. Les saletés y crèvent les yeux, mol. Critique, a. Pour moi, je ne vois pas ces exemples fameux.— Moi, je les vois si bien qu'ils me crèvent les yeux, id. F. sav. iv, 3. Notre propre intérêt est un merveilleux instrument pour nous crever les yeux agréablement, pasc. Imag. 6. || Crever le cœur, faire dans la région de l'estomac une plaie qui cause la mort. Il s'est jeté comme un furioux et s'est crevé le cœur, sêv. 4G0. |j Fig. Exciter une vive compassion. Cela nous creva le cœur, sev. 449. || 12° Crever un cheval, le fatiguer à le faire mourir, le rendre fourbu.... [un faix] Suffisant de crever un genêt de Sardaigne, Régnier, Sat. vi. L'autre crevait son cheval pour arriver avant, hamilt. Gramm. 5. M. Colbert pensa crever ses chevaux, sêv. 386. Toujours à I'avant-garde, crevant mes chevaux, et me chargeant de toutes les commissions, p. l. cour. Lett. I, 463. Le duc d'Angoulême crève les chevaux sur la route de Bayonne, id. ii, 268. || Que la peste te crève, sorte d'exclamation de dépit, qui se dit à quelqu'un qui nous cause peine ou colère. || 13" rie crever, v. réfl. Éprouver une rupture à force de distension. Le sac, trop empli, se creva. ||Se crever de boire et de manger, ou simplement, se crever. Le jeune renard mange tant qu'il se crève, et peut à peine aller mourir dans son terrier, fên. xix, 48. Soit qu'on meure de faim ou qu'on se crève, on dit toujours : ah! si M. de Formont était là! volt. LelL en vers et en prose, 4 9. Comment es-tu mort, Callidémidès? Car, pour moi, tu sais que je me crevai en un festin chez Dinias, qui est une belle fin pour un parasite, h'ablancourt, Lucien, Vial. de Zcnophanteet Callidcmidès. |] 14° Être fatigué outre mesure. Se crever de travail, de fatigue, travailler avec excès. Il est vieux et usé, il s'est crevé à me suivre; qu'en faire? la bruy. ix.

— REM. Crever, v. n. se conjugue avec l'auxiliaire avoir quand il indique une action : la bombe a crevé, c'est-à-dire elle a fait explosion; avec l'auxiliaire être, quand il indique un état : la bombe est crevée, c'est-à-dire l'explosion est faite, accomplie.

— Hisr. xi°s. Si alcuns crieve l'oil à l'altre.... L. de Guill. 21.

— xn° s. L'aube creva [parut], si prist à ajourner, Bouc. p. il». Ainz lui verrez le cuer au cors crever, ib. 458. [Ils jurèrent que] Par desuz le mentun la lengue lui trarunt, E les oilz de sun chief andous [tous deux] li creverunt, Th. le mart. 435.

— xiu" s. Hé! envieus, chose dolente, Que te vaut d'un amant grever? Par foi, pour ce porras crever, ltoman de la Poire. Et list à cescun des arbalestriers un poing copper, et as siergans à cescun un oel crever, Chr. de Rains, p. 72. Quant panel jentiex boni demeure Eu son pais une seule heure, On li devroit les iex crever, Bl. et Jeh. 25. rail Chanlecler : et je le voil, La maie goûte li criet l'oil Qui s'entremet de someillier X l'oure que il doit veillier, lien. i7u2.RenartcommenceàapclerQu'ilueques ne volt plus ester, Que jà estoit l'aube en

ib. 4475. En ort leu m'orent [les moines] ostelé; De poor dui [je dus] estre crevez; Moult ai esté par toi grevez, ib. 44370. Amors, aine ne fu chevauchée,

CRI

CRI

CRI

Tournoiemens ne os banie [armée à bannières] . Où on ne sentist de tes caus [coups]; Tu fais faire che Valérie, Tu fais perdre l'ame et la vie; Tu fais crever cors et chevaus, Hist. lilt, t. xxin, p. 613. Lesovres regarder devés, Se vous n'avez les iex crevés, la llose, (H 14. Lor piez lavez et furent oint, Qui crevé erenl de mesaise, ruteis. ii, 203.

— xiV s. Et le comte d'Auxerre, à qui l'ueil on creva, Fu à Robin Carole, qui puis le délivra, Gnescl. 0355. Et les fossez remplis avironnéement, Et les gros murs minez et crevez laidement, ib. (9577. Picquiez d'une espingle les boudins quant ils s'enilent, ou autrement ils creveroient, Ménagier, il, 5. Et soit tant bouly que l'orge crevé, ?b.

— xv* s. illez. allez querre vostre comte d'Armignnc, qui s'est tué et crevé a boire fontaine devant Alexandrie, froiss. in, îv, 20.

— xvi's. Il fut blecé à travers le corps si à point que son aposteme en creva, mont, i, VA. Délibéré de crever [mourir] plus tost que de luy ouvrir la porte, m. i, 278. Se crever les yeulx, in. ib. Il fruit aller ou crever, m. iv, ion. Ne vous ay-je point dit que cette nuée se Grèverait à la fin quelque jour, avec orage et t^mpeste qui tumberoit sur nous? amyot, Fab. i6. Il crevoit de dispit, voyant que les nobles faisoient tout ce qu'ilz pouvoient à le [Sylla] poulser en avant, id. Marins, 58. X force de crier après luy et de se tourmenter, il feit crever l'apostumequ'il avoit dedans le corps, id. Sylla, 75. X la fin il y perdit un mil qui luy fut crevé en combatant, id. Serlor. 4. En prononçant seulement une harengue qu'il a estudiée de longue main, il est en danger de crever et estouffer devant vous, m. I'hoc. 43. Ces choses luy crevèrent le cueur, id. Cicéron, 4t. Hz s'encoururent devers Cleomenes en si grande haste que les chevaulx en crevèrent, m. Agis et Clêom. 47. Les assiégez aussi tirèrent un grand rempart derrière le bastion de l'évangile, où une mine creva sur six vingts pionniers, d'aub. Ilist. H, 4e. Ils surcbargerent l'artillerie de telle façon qu'elle creva toute entre les mains des Turcs, id. ib. n, 200. Nous lui jurerons toutte fidélité et service tant pour cet afTaire en gênerai, que pour son particulier, pour crever tous à ses pieds pour son dit service, id. ib. 228. Les autres crevans de rire, id. ib. H, 230. Eux vont pour le desgager selon que le chemin assez large permettoit; mais tout cela estoit crevé [rempli] de cette fleur de gentils-hommes gascons, qui tous frais venus avoient eu commandement de mesler sans taster, id. ib. H, 254. La glace creva et enfonça plus de 120 hommes, id. ib. m, 203. Que, sans le respect qu'il portoit au roi, ileust faict crever de harquebuzades tous les mareschaux de logis, cahl. m, to.

— ÊTYM. Provenç. crcbar; espagn. et portug. quebrar; ital. crepare; du latin crepare, crever.

t CREVET (kre-vè), ». m. Lacet de tresse ferré aux deux bouts.

CREVETTE (kre-vè-f), s. f. || 1° Petite écrevisse de mer, dite aussi chevrette ou salicoque, très-bonne à manger (palœmon squilla, Fabricius). || Crevette d'eau douce ou des ruisseaux, puce d'eau,*nom vulgaire d'un très-petit crustacé commun dans nos ruisseaux (gammarus fluviatilis). || 2°Terme d'art militaire. Espèce de grenade à feu.

— HIST. xvi" s. Escievette, oudin.

— ÉTYM. Àllem. Krabbe, qui vientdu latin carabus. F.screvete parait formé sur le modèle de escrevise.

t CREVETTINE(kre-vè-ti-n'), s.f. Terme de zoologie. Nom d'une famille de crustacés qui sont tous parasites.

— ÉTYM. Diminutif de crevette.

t CREVE- VESSIE (krè-ve-vè-sie), s. m. Appareil de physique dans lequel on fait enfoncer et crever une membrane par la pression atmosphérique. || Au plur. Des crève-vessies.

— ÉTYM. Crever, et vessie.

t CREVICHE (kre-vi-ch') , t. f. Un des noms vulgaires de la crevette.

— ÉTYM. Autre forme de crevette.

CRI (kri), s. m. || 1" Voix poussée avec effort, de manière àêtre entendue au loin; et, par extension, d'abord les voix inarticulées que nous arrache la douleur ou une passion violente, et ensuite les voix confuses, les sons indistincts d'une multitude qui demande une chose ; enfin, par exagération, les paroles emphatiques ou trop enflées d'un orateur ou d'un poète. Nous nous levons alors, et tous en même temps Poussons jusque* au ciel mille cris éclatants, corn. Cid, iv, 3. Un grand peuple, seigneur, dont cette cour est pleine , Par des cris redoublés demande à voir la reine, m. Pomp. v, 6. Elle jeta des cris, •Ile versa des pleurs, id. Médée, i, 4 . Tout le peuple à

grands cris demande Nicomède, id. JVt'e. v, 4. Comment, bourreau, tu fais des cris? mol. Amph. I, 3. Elle se mit àfaire des cris effroyables, iiamilt. Gramm. tu. Il lui baisa la main, fit des cris, sév. 400. Qui frappe l'air, bon Dieu, de ces lugubres cris? Est-c« donc pour veiller qu'on se couche a Paris? boil. Sat. vi. Que produira l'auteur après de si grands cris? La montagne en travaille enfante une souris, id. Art poét. m. Nos Grecs n'ont répondu qu'avec un cri de rage, lue. Andr. v, 3. La moitié s'épouvante et sort avec des cris, îu.Brit. v, 5. Pendant que toutgardait un silence paisible, Sa voix s'est fait entendre avec un cri terrible, m. Esth.u, i. Nos Lévites pleuraient de joie et de tendresse, Et mêlaient leurs sanglots à leurs cris d'allégresse, m. Alhal. v, t. Il poussait des cris horribles, fên. Tél. xv. On poussa d'abord de grands cris de joie, id. ib. xvi. Quant aux cris naturels, l'homme les formera aussitôt qu'il éprouvera les sentiments auxquels ils sont affectés, condillac, Conn. humaines, sect. n, en 4. Les cris naturels introduisent nécessairement l'usage des inflexions violentes, puisque différents sentiments ont pour signe le même son varié sur différents tons; ah, par exemple, selon la manière dont il est prononcé, exprime l'admiration, la douleur, le plaisir.... id. ib. part. 2', sect. i",ch. 2. Ces chants vont se changer en des cris de tristesse, voi.t. Tancr. v, 5. [| N'avoir qu'un cri, ne jeter qu'un cri, crier constamment, se plaindre sans discontinuer. Ce pauvre malade n'a qu'un cri, tant la douleur est vive. Mme de Rochefort n'a qu'un cri , depuis que vous avez écrit à ses cousines sans lui dire un mot, sev. dans le Dict. de dochez. || Familièrement. N'avoir qu'un cri après quelqu'un, se dit de plusieurs personnes qui en désirent uneaulre impatiemment. || Ne faire qu'un cri, pousser un seul cri. Eudoxe en le voyant ne fait qu'un cri et tombe évanouie, marmonï. Be'lisaire, ch. vi. (| Fig. Jeter, pousser les hauts cris, se récrier, se plaindre amèrement. || On dit aussi dans le même sens crier les hauts cris, faire les hauts cris. Je le trouvai criant les hauts cris, sév. 32. Mme de Brissac de crier les hauts cris, id. ti7. Mme d'Elbeuf a crié les hauts cris, id. 212. M. le Prince et son parti firent les hauts cris, srsw. 9), (09. ]| 2" Paroles prononcées en criant et de manière à être entendues au loin. Cri de guerre. Cri de ralliement. Un cri d'alarme se fit entendre. || Cris de Paris, cris des petits marchands qui offrent de vendre ou d'acheter par la ville de menues denrées, des ouvriers ambulants qui offrent de faire de menus ouvrages. || Acclamation. Les cris de vive le roi ! retentissaient de tous côtés. J'ai vu de rang en rang cette ardeur répandue, Par des cris généreux éclater à ma vue, rac. Alex, i, 2. Sont autant de témoins dont le cri glorieux A déposé pour vous au tribunal des Dieux, volt. Sémiram. i, 5. || Cri public, ce qu'on publie à son de trompe par ordre de justice. Il est défendu par cri public. || Les cris de l'école, les paroles bruyantes, qui se font entendre dans les argumentations des écoles. Juvénal, élevé dans les cris de l'école, Poussa jusqu'à l'excès sa mordante hyperbole, boil. Art p. il. Tout est trouble et discorde, et les cris de l'école Égalent en fracas les cavernes d'Êole , delille, Trots règnes, n. || Terme de chasse. Mots que prononcent les chasseurs quand ils parlent aux chiens pour les flatter ou les exciter à poursuivre la bête. Chasser à cor et à cri , chasser avec le cor et les chiens; et fig. Demander à cor et à cri, demander à haute voix, d'une voix pressante. || Terme de blason. Cri d'armes, cri de guerre, ou, simplement, cri, un ou plusieurs mots en forme de devise qu'on place ordinairement au cimier des armes. Comme ces mots étaient anciennement sur les bannières, c'était dans les batailles le cri de ceux qui suivaient une bannière. || 3" Gémissement, plainte, accusation. Dieu entend les cris des veuves et des orphelins. Et mes cris éternels L'arrachèrent du sein et des bras paternels, rac. Phèd. i, 3. Son père par vos cris dès longtemps prévenu, id. ib. m, 3. Voilà, voilà les cris que je craignais d'entendre, id. Iphig. iv, 5. Sion, le jour approche où le Dieu des armées Va de son bras puissant faire éclater l'appui, Et le cri de son peuple est monté jusqu'à lui, id. Esth. i, l. Les cris élevés contre l'inoculation, même avant qu'on eut essayé de la mettre en usage, condorcet, Tronchin. || 4° Opinion publique. Il n'y a qu'un cri contre lui. Le cri public. La renommée se fait entendre et le cri de la louange devient général, desfontaines. Quoiqu'il n'y ait qu'un cri contre ceux qui ont l'imprudence de jouer, sans s'être informés de la valeur des jetons, chacun peut impunément parler sans avoir appris la valeur des mots, C0ND1L&AC, Traité des syst. ch. 4 8. Si quel-

quefois les femmes sortaient des bornes de cette modestie, le cri public montrait que c'était une exception, }. i. Rouss. Lettre à d'Alemb. 115° Fig. Appel qui émane dis choses, des sentiments. Étouffer le cri de la conscience. Les cris du sang, sa force et ses impressions, volt. Fanât. îv, t. Allez, sacrés vengeurs de vos princes meurtris , De leur sang par sa mort faire cesser les cris, bac. Alhal. v, 6. Le cri de l'innocence, qui, dans le moment de l'action, appelle des témoins, appelle des juges, montesq. Esp. xxtx, ts. À l'instant va s'élever contre moi cette philosophie d'un jour qui naît et meurt dans le coin d'une grande ville et veut étouffer de là le cri de la nature, J. J. rouss. Lettre à d'Alemb. De sps mânes sanglants j'apaiserai les cris, volt. Œdipe, m, 5. Et l'on entend dans les bois d'alentour La voix mourante ou le cri de l'amour, Bernard, Art d'aimer, ni. Le cri de leur remords est monté jusqu'à moi, delille, Parad. perdu, xi. Cri de l'honneur, ddcis, Othello, m, 5. Avant Gustave Vasa, tout Suédois était militaire; au cri du besoin public, le laboureur quittait sa charrue et prenait un arc, raynal, Ilist. phil. v, 9. Entends du haut descieux le cri de nos besoins, lamart. Méd. i. te. || 6" Voix propre à chaque animal. Le cri de la corneille annonce de la pluie. La poule qui partage un ver à ses enfants N'a pas le même cri que la poule éperdue Dont l'horrible faucon vient de frapper la vue, delille, Trois règnes, vin. Un effroyable cri [d'un monstre] sorti du sein des flots Des airs en ce moment a troublé le repos, rac. Phèd. v, o.|j 7° Bruit strident. Le cri de la scie. N'entend-on pas le quivive des gardes, Qui se mêle au cri des verrous? bêrang. Louis XI. || Poétiquement. J'ai souvent sur ma tête Entendu les fureurs, les cris de la tempête, ducis, Othello, i, 8. || 7° Le cri de l'étain, craquement que ce métal fait entendre quand on le plie. 1| 8° Donner du cri à la soie, la soufrer.

— SYN. cri, clameur. Cri est beaucoup plus général que clameur; il se dit de tout grand bruit de voix produit par l'homme ou par les animaux, tandis que clameur exprime quelque chose de collectif. Un homme pousse un cri, mais il ne pousse pas une clameur; au contraire on dira la clameur de la foule. Cependant la Fontaine a dit, et très-bien dit : Une montagne en mal d'enfant Jetait une clameur si haute.... Fabl. v, 10. Mais ici la montagne est quelque chose de gigantesque qui équivaut à quelque chose de collectif.

— HIST. xi" s. Cil ki prendra Iarun sanz suite et cri, Lois de Guill. v. Donc [ils] recomencent et le hu et le cri , Ch. de Ilol. eu. || xn" s. Li quens Ernouf en ont de traïson grant cri [blâme], Mais onques por le blasme le chastel ne guerpi [quitta], Hou, ms. p. 66, dans lacurne. Qu'à l'assembler [à l'attaque] ot tel noise et tel cri, ilonc. p. 72. Grans fu la noise et li cris de la gent, ib. p. 77. Devant lui vient, si lui crie à haut cri, ib. p. t42. Charles li rois fist faire et son ban et son cri, ib. p. tôt. Que, s'en tute la terre eùst clerc si hardi, Qui à Rome apelast al lues le rei Henri, Sereient erranment tuit si chasel saisi, E il mis en prisun, cum s'il eùst mal cri, Th. le mart. 66. Seignur, par amur Deu, nel faites pas einsi; S'un ocist l'arcevesque, vus en aurez le cri; Car tus li païs scet que vus l'avez haï, ib. 42. ||xui*s. Qui défausseront le cri [ont la réputation de tromper] , ifs. de poésie fr. avant <300, t. iv, p. 407, dans lacurne. Orgueil de serf, ueil de larron, Langue de leu [loup], cri de paon, l'arlonop. Us. de St-Germ. f" (64, dans lacurne. Lors a la maie serve un moût grant cri jeté, Berte, xv. Chascuns entre en la chambre, quant il oient le cri, t'b. lxxxix. Chascuns maudit la serve et crient à haus cris.... ib. xcix. Que vous n'aurez ne cri ne non De m'amor, pour rien que je voie, Lai de l'ombre. Cascuns est tenus de penre [prendre] le bani son segneur; et, s'il ne le pot penre, de lever le cri après li, et de porsivir tant qu'il soit pris, beaum. xxxiv, 32. Et quant li cris a esté fet communément par les églises, il doivent regarder combien il sont tenu à paier, id. xn, 3t. Quant les bouchiers et les autres homes de l'ost et les femmes qui vendoient les danrées oïrent ce, il levèrent le cri en l'ost, et à [avec] l'aide de Dieu il secoururent le conte, joinv. 233. || xv* s. Et fit-on à savoir par un cri et par un héraut que, le premier qui entreroit dedans Duras, il gagnerait cinq cents francs, froiss. n, n, II. Elle m'a faict souvent monter À cheval, faire mes effors, Aller, chevaucher, tempester. Et courir à cry et à cors, coquill. Moin-l. de la botte de foin. ||xvi" s. Les pauvres femmes se levèrent à cri [en criant] , tant estonnées de voir leur maistresse comme morte, mabo. Wouv. xv. Et

CRI

les vieilles désolées Se tordent leurs cheveux gris, Voyant leurs filles en cris Par ces bourreaux violées, yver, p. 52». Et si doit [l'atné] avoir le nom, le cri et les armes pleines, loïsel, 6)5. Le héraut s'escria si hault que son cry fut ouy de toute l'assemblée, amyot, Flamin. 20. Les cris et proclamations publiques, id. Solon, 44.

— ÊTYM. Provenç. erit, crida; catal. crit; espagn. grito; ital. grido (voy. cbier).

f CRIAGE (kri-a-j'), s. m. Action et office de celui qui fait le cri public, c'est-à-dire qui va criant les choses que l'on veut faire savoir à tous.

— HIST. xin* s. Et il les peut toz faire vendre l'un après l'autre au criage par le dit crior, Ats. de Jér. i, 4 98. H xv* s. À cause de mon office de criage, du Cange, eridatio.

— étym. Crier.

CRIAILLES (kri-â-llé, 21 mouillées, et non kriâ-yé), v. n. || 1° Crier fréquemment et d'une manière désagréable. Si on ne leur donnait jamais [aux enfants] ce qu'ils auraient demandé en pleurant, ils apprendraient à s'en passer; ils n'auraient garde de criailler et de se dépiter pour se faire obéir, rollin,

Traité des Et. liv. vi, r* part. ch. 4, art. 3 Je

criaille Pour les mieux exciter à se donner bataille, du freny, Rèconc.norm. v, 4 4. || Par extension. Ma plume criaille et ne fait que des filets, sév. 368. jl 2° Crier fréquemment après quelqu'un, se répandre en gronderies, en plaintes. Il ne fait que criailler Criaillez tant que vous voudrez contre les encyclopédistes, volt. Lett. Richelieu, 23 août 4 765.

— HIST. xvi* s. Peuple qui vole en troupes infiny, Et criaillant sur les rives cognues, Se presse ensemble aussi espais que nues [note de Ronsard : fréquentatif de crier, fort usité en Vandomois, Anjou et Maine], rons. 602. On ne cesse de criailler à nos aureilles, comme qui verserait dans un entonnoir; et nostre charge ce n'est que redire ce qu'on nous a dict, mont, i, 460.

— ÊTYM. Fréquentatif de crier; provenç. crizaillar.

CRIAILLERIE (kri-â-lle-rie, II mouillées, et non kri-â-ye-rie) , ». f. || 1° Action de criailler. Ce qui nourrit les criailleries des enfants, c'est l'attention qu'on y fait, I. J. rouss. Hél. v, 3. || 2* Action d'importuner par des plaintes et des récriminations. Délivrez-moi, monsieur, de la criaillerie, mol. Tari. v, 7.

— ÉTYM. Criailler.

CR1AILLEUR , EUSE (kri-à-lleur, Ueu-z', Il mouillées, et non kri-â-yeur), s. m. et f. Celui, celle qui ne fait que criailler. Tous ces gens de guerre étaient autant do criailleurs à gage, retz, ii, 276. Le commandeur de St-Simon, chef des criailleurs du parti des princes, id. Mém. t. II, liv. m, p. 377, dans pougens. Non-seulement il faut crier, mais il faut faire crier les criailleurs en faveurdela vérité, volt. Lett. Damilaville, 29 sept. (764.

— ÊTYM. Criailler.

CRIANT, ANTE (kri-an, an-t'), adj. Qui crie. Une voix criante. Peu usité; on dit de préférence criard. || Par extension, qui excite à se plaindre hautement, en parlant des choses. Des injustices criantes. Un passe-droit criant. On ne peut faire une altération plus criante, boss. Conc. On se contente de renoncer à certains vices criants qui étaient à charge, mass. Car. Causes de rechute. Pourvu que la conscience ne voua reproche pas de vice grossier et criant, n>. ib. Riche. Il serait d'une injustice criante de ne pas adresser la même insulte a Burrhus, dider. Ess. s Claude. Tel était l'état de Sparte , quand Agis songea à remédier à des abus si criants, rollin, Hist. anc. Ctiuvres, t. vu, p. 525, dans pougens. La Suède éprouva au dedans les vexations les plus criantes et perdit au dehors une partie de sa réputation, condillac, Étud. hist. part. H*, ch. «.

CRIARD, ARDE (kri-ar, ar-d'), adj. || i* Qui crie souvent. Un enfant criard. L'âtre entouré d'un tas d'enfants criards, mad. deshoul. Ballade. La même cause qui le rend [un enfant] criard à trois ans le rend mutin à douze, querelleur à vingt, impérieux à trente, et insupportable toute sa vie, j. j. rouss. Hél. y, 3. || Oiseaux criards, les oiseaux niais qui n'ont qu'un cri désagréable. j| Dettes criardes, petites dettes que l'on contracte chez les fournisseurs d'objets de première nécessité et dont le payement est sollicité avec importunité. Mémoire juste et bref de nos dettes criardes Que Mathurin Gérante aurait tantôt promis Et promet maintenant de payer pour wn fils, regnard, Joueur, m, 4. X condition que toutes les dettes criardes qu'il a faites dans ce pays-ci seraient préalablement acquittées, volt. Lett. lieau-

CRI

mont, (6 février 4770. Je n'ai jamais su faire des dettes criardes, j. j. rouss. Conf. iv. || 2* Aigre. Voix criarde. Sons criards. Instrument criard. Comment concevrez-vous jamais que la langue française, dont l'accent est si uni , si simple , si modeste , si peu chantant, soit bien rendue par les bruyantes et criardes intonations de ce récitatif*? j. j. rouss. Lett. sur la mus. franc. || Toiles criardes, et, substantivement, des criardes, nom de toiles extrêmement gommées qui font un certain bruit lorsqu'on les emploie. || Fig. Terme de peinture. Tons criards, couleurs criardes, tons, couleurs qui tranchent trop fortement, qui font sur l'œil l'effet blessant que font des sons discordants sur l'oreille. || 3° Qui gronde sans cesse et à grand bruit. Cette femme est bien criarde. Humeur criarde. Tantôt, aigre et criard, parle en maître irrité, delillb, Trois règnes, vin. || Substantivement. C'est un grand criard. Vous êtes une criarde. Le roi des dieux ne sait auquel entendre; Son fils Mercure aux criards vient encor, la font. Fabl. v, t. C'était d'abord un petit criard qui étourdissait tout le monde, et vous êtes témoin qu'on ne l'entend pas plus a présent dans la maison que s'il n'y avait point d'enfant, j. j. rouss. Hél. v, 3. || 4° S. m. Un des noms vulgaires du pluvier à collier.

— HIST. xiu* s. Ce dist Renart : trop ies criarde; Ce fis je por toi esmaier; Einsi te voloie essaier , Ren. 4 804. || xvi* s. Et à tous ceux qui auraient des chevaux criarts, de leur lier et serrer la langue, carl. v, 44. Un séditieux criart, amyot, P. Mm. 60.

— ÊTYM. Crier.

f CRIBLAGE (kn-bla-j1), ». m. Action ou opération de cribler.

— HIST. xvi' s. Criblage, oudin, Dict.

CRIBLE (kri-bl*), s. m. Instrument percé d'un

grand nombre de trous, par lesquels on sépare ce qui est plus fin de ce qui est plus gros. || Percé comme un crible, percé de tous les côtés. La peau est percée partout comme un crible, fên. Exist.'ii. || Crible à pied, crible composé d'une trémie dans laquelle on verse le grain. || Planche percée de trous et maintenant les tuyaux dont les embouchures sont placées dans le sommier de l'orgue. || Terme de métallurgie. Espèce de claie dans laquelle on passe les minerais, pour les réduire à une grosseur uniforme. || Terme de mathématique. Crible d'Êratosthène, méthode pour déterminer les nombres premiers.

— HIST. xiii* s. Tu iez saluz de nostre essence, Balaiz de noitre vanitei, Criblesde nostreconcience, ruteb. h, 4 4. || xvi* s. Ses murs seraient tous percez comme un crible, Mém. s. D. G. ch. 32. Les semences sauvages qui sont de mesme forme en grandeur et grosseur que le froument, setrouvans meslées parmy, sont bien malaisées à trier, et séparer d'ensemble avec le crible : .... aussi est l'amitié très difficile à. cribler et discerner d'avec la flaterie, amyot, Comm. dise, le flatt. de l'ami, 40. Cest os a esté nommé des Grecs ethmoîde, des latins spongieux ou cribleux, pource qu'en luy y a plusieurs trous comme aux esponges, et non pas droits comme un crible, paré, mi, 4.

— ÊTYM. Berry, erxMe; génev. quible; wallon, exile; rouchi, creule, grible; du latin cribrum.

CRIRLÉ , ÉE (kri-blé . blée) , part, passé. 1 1 1* Passé au crible. Du sable criblé. |j 2° Percé de trous comme un crible. Mur criblé de coups de canon. Criblé de blessures. Criblé de petite vérole. Le vaisseau ennemi, criblé de coups, ne put être sauvé, et coula bas le lendemain, fonten. Renau. || Terme d'anatomie. Lame criblée ou cribleuse, portion horizontale de l'os ethmoîde. || Fig. Être criblé de dettes, avoir beaucoup de dettes. Criblé de ridicules , se dit d'une personne tras-ridicule.

f CRIBLETTE (kri-blè-t) , t. f. Genre de mousses.

— ÊTYM. Crible.

CRIBLER (kri-blé), o. a. || 1* Passer au crible. Il faut cribler le froment et rejeter l'ivraie, volt. Sing. de la tuit. 4 86. || Fig. Et criblant mes raisons pour en faire un bon choix, Régnier, Sut. xiv. Nous criblons le discours au choix se variant, id. Sat. îx. || 2° Percer de trous nombreux. Cribler quelqu'un de coups de stylet. || Fig. Le mal nous crible et nous pénètre de tous côtés, volt. Memmius, x. || 8* Se cribler, v. réfl. Être criblé. Ces parties se criblant dans les petites branches des carotides, desc. Fœtus, 3. || Se percer l'un l'autre de beaucoup de coups. Soeurs [Cités sœurs , Semlin , Belgrade] , à vous cribler de blessures Espérez-vous un grand renom? v. huoo, Orient. 35.

— HIST. xvi* s. Je cognois que je semé au rivage infertile, Que je veulx cribler l'eau, et que je bats le vent, dubell. vi, 4», verto. L'on couvrira les

CRI

pépins de deux doigts de terre, qu'on y criblera par

dessus, 0. DP. SERRES, 632.

— ÊTYM. Picard, guerbler; wallon, crller; rouchi, creuler, gribler; génev. quibler; Berry, crublcr ; espagn. cribar; portug. erirar; du latiu cribrare (voy. crible).

CRIBLEUR, ECSE (kri-bleur, bleû-z'), s. m. et A Celui, celle qui crible.

— ÊTYM. Cribler.

t CRIBLEUX, ECSE (kri-bleû , bleû-z'), adj. Terme d'anatomie. Os cribleux , l'ethmoïde. Le ne* a un os cribleux pour faire passer les odeurs jusqu'au cerveau, fén. Exist. 38.

— étym. Crible.

t CRIBLIER (kri-bli-é), ». m. Celui qui fait les cribles.

— ÊTYM. Crible.

CRIRIX'RE (kri-blu-r'), s. f. Tout ce qui, étant le plus gros, ne passe pas au crible. On donne les criblures aux volailles.

— HIST. xiv s. Car bien sçait-on que la criblure N'en pust faire basse nature, fr. d'alch. 843. || xvi's. Le farrage est une composition de plusieurs sortes de grains francs et sauvages, qu'on tire describleures des bleds, o. de serres, 277.

— ÊTYM. Cribler; génev. quiblure.

CRIBRATION (kri-bra-sion), s. f. Terme de pharmacie. Opération par laquelle on sépare les pa menues ou fines de certains médicaments d'avec les parties les plus grossières.

— ÊTYM. Lat. cribrare (voy. cribler).

f CRIBRIFORME (kri-bri-for-m'), adj. Terni» d'histoire naturelle. Qui est en forme de crible.

— ÊTYM. Lat. cribrum, crible, et forma, forme. 4. CRIC (kri; le c ne se prononce jamais), s. m.

Instrument de mécanique, composé d'une roue dentelée, qui se tourne avec une manivelle, et qui donne le mouvement à une barre de fer dentelée aussi. On se sert du cric pour lever toutes sortes de fardeaux. || Terme de carrosserie. Pièce de fer dentée . tient chaque soupente tendue. Une des soupentes de la voiture s'était détachée de son cric.

— HIST. xvi* s. Il vous faut des souliers à cricq , d'aub. Fœn. i, 2,

— ÊTYM. Pourrait-on penser à saint Cricq, le nom d'un saint ayant été donné métaphoriquement à un instrument très-secourable (Cricq est Quiricus, altéré de Cyricus); ou à l'onomatopée cric, è cause du bruit que fait l'instrument*?

t 2. CRIC(krik). Onomatopée qui exprime le bruit d'une chose qu'on déchire. || Substantivement. On entendit un léger cric.

f 3. CRIC (krik), s. m. Se trouve quelquefois pour criss (voy. ce mot).

CRIC-CRAC (krik-krak), ». m. Onomatopée qui exprime le bruit que font certains corps solides en se brisant ou en se déchirant.

f CRICEAL, ALE (kri-sé-al, a-1'), adj. Terme d'anatomie. L'os cricéal, ou, substantivement, le cricéal, la quatrième paire d'os auxiliaires des arcs branchiaux, chez les poissons.

— ÉTYM. Kpfeo;, cercle.

fCRICET (kri-sè), ». m. Un des noms du hamster.

f CRICETIN (kri-se-tin), ». m. Terme de zoologie. Nom d'une famille de petits rongeurs qui renferme les marmottes et les hamsters.

— ETYM. Cricet.

t CRICK (krik), ». m. Nom donné à Cayenne au psittacus agilis, dit aussi perroquet crick, et qu'où y a étendu à tous les perroquets, leooarant.

f CRICO.... Préfixe anatomique qui vient de zpixoç et signifie cercle.

j CRICO- ARVTÉNOÏIHEN, IENNE ( kri-ko-a-rité-no-i-diin, diè-n'), adj. Terme d'anatomie. Nom de plusieurs muscles qui s'attachent aux cartilag. s cricoïde et aryténoïde. || Substantivement. Les crico-aryténoïdiens.

t CRICOÏDE (kri-ko-i-d'), adj. Terme d'anatomie. Cartilage cricoïde, ou, substantivement, le cricoïde, cartilage à la partie inférieure du larynx.

— ÊTYM. KptxoetSiÎK, de xpîxoc, anneau, et elîo:, forme.

f CRICO-PHARYNGIEN , IENNE (kri -ko-fa- rinjiin, jiè-n'), adj. Terme d'anatomie. Qui appartient au cartilage cricoïde et au pharynx. Les muscles crico-pharyngiens , ou, substantivement, les cricopharyngiens.

tCRICOSTOME (kri-ko-sto-m'), adj. Terme de zoologie. Qui a la bouche ou l'ouverture ronde.

— ÊTYM. Kptxo;, cercle, et <jTO|i.a, bouche.

+ CRIfO-TBYROÏDIEN, IENNE (kri-ko-ti-io-idiin, diè-n' ï et mieux CRICO- THYREOÏIilEN,

cm

IENNE (kri-ko-ti-ré-o-i-diin, diè-n'), adj. Qui appartient à la fois aui cartilages cricoïde et thyréolde. Les muscles crico-thyréoïdiens, et, substantivement, les crico-thyréoïdiens.

t CRICCKTRACHÉAL.ALE (kri-ko-tra ké -al, al'), adj. Terme d'anatomie. Qui appartient au cartilage cricoïde et à la trachée-artère.

f CRI-CRI (kri-kri), t. m. Le grillon domestique. || Le bruant proyer. || Au plur. Des cri-cris.

— ÉTYM. Onomatopée.

CRID (krid') , s. m. Voy. cbiss.

CRIÉ, ÉE (kri-é, ée), part, passé. Des paroles criées à la hâte. Un air crié et non chanté. || Vendu à la criée. Des marchandises criées.

CRIÉE (kri-ée), s. f. || 1° Terme de pratique. Proclamation pour annoncer la vente des biens en justice. Le code a substitué les affiches à la criée. || 2° Vente publique aux enchères. Une vente à la criée. || Audience des criées, celle où l'on vend les biens dont la vente a lieu devant le tribunal.

— HIST. xn« s. Illoc refut la criée si grant, Ronc. p. < 56. || xiii* s. Là oîssiez de joie commencer tel criée, Berte, cxxvi. Tel noise font et tel criée, Qu'en les oïst d'une lieuée, Ren. 4 4 804. Quant il oïrent la criée.... ib. <33<2. Il appela son père moult à haute criée, Ch. d'Ant. v, 49)6. ||xvi*s. Le sergent qui faisoit la criée, amyot, Thém. 36.

— ÉTYM. Crié; provenç. cridada.

CRIER (krié), je criais, nous criions, vous criiez; que je crie, que nous criions, que vous criiez; je crierai ; je crierais ; on écrit aussi quelquefois crtrai , crîrais; v. n. || 1° Faire un ou piusieurscris. Écoutez, l'enfant crie. Le chien battu criait. Les canards s'ébattent dans cette mare et crient. La mort a des rigueurs à nulle autre pareilles ; On a beau la prier ; La cruelle qu'elle est se bouche les oreilles Et nous laisse crier, malb. vi, 48. S'il savait son affaire, 11 crierait comme moi , la font. Fabl. vm ,42. Dans les rues les petits enfants crient sur lui, sév. 445. Aussitôton accourt; tout le peuple empressé Crie, pousse, se bat pour être bien placé, fên. xxi, ïos. D'autres veulent crier, et leurs voix défaillantes Expirent de frayeur sur leurs lèvres béantes, delille, Enéide, vi. || Fig. Plumer ou tuer la poule sans la faire crier, exiger sans bruit et sans éclat des choses qui ne sont pas dues, rapiner tacitement. || Familièrement. Il crie comme si on l'écorchait, ou comme un aveu* gle qui a perdu son bâton, il pousse de grands cris. || Crier comme un perdu, comme un fou, comme un enragé, comme un beau diable, expressions familières qui signifient crier très-fort. || Crier à pleine tête, à tue-tête, du haut de sa tête, crier de toute sa force. || Terme de chasse. Quand les chiens chassent, on ne dit pas les chiens aboient, mais les chiens crient. || 2° Parler fort haut ou trop haut. 11 est tellement sourd qu'il faut crier pour se faire entendre. Il ne saurait discuter sans crier. Cette femme-là ne chante pas, elle crie. || Discuter avec aigreur. C'était à qui crierait le plus haut, le plus fort. || 3» Dire en criant. Se tournant de leur côté il leur cria: Ils ont vécu, vertot, Révol. rom. liv. xn, p. 24 4. Elle crie au second qu'il secoure son frère, corn, ifor.rv, 2. Et je pense avoir même entendu quelque voix Nous crier qu'on apprît à dédaigner les rois, id. Suréna, v, 6. || Fig. On rapporte qu'il [Alexandre blessé] dit : Tous jurent que je suis fils de Jupiter; mais ma blessure me crie et me fait sentir que je suis homme, roll. Hist. anc. Œuvres, t. vi, p. 494. || Avertir avec instance. Il y a longtemps que je lui crie d'être sage, de prendre garde à lui. Et que sert àCotin la raison qui lui crie: N'écris plus, guéris-toi d'une vaine manie? boil. Sat. vra. || 4°Prononcer un ou plusieurs mots en criant. Les sœurs crient miracle, et chacune ravie Conçoit pour son vieux père une pareille envie, corn. Médée, l, 4. j'entends erier au voleur, au feu, sev. 20. M. de Cambrai et ses amis crient ici victoire, boss. hett. quiét. 476. Rendons grâce à lui seul [Dieu] du rayon qui nous luit, Sans nous enfler d'orgueil et sans» crier ténèbres Aux enfants de la nuit, lamart. Ilarm. i, a. \\ Crier famine, criermisère, se plaindre hautement de la gêne où l'on se trouve. Elle alla crier famine Chez la fourmisa voisine, la font. Fabl. i, 4. Nous avons eu beau crier misère, sév. 288. || Crier famine sur un tas de blé , se plaindre de manquer des choses dont on est amplement pourvu. || Crier vengeance, faire appel à la vengeance. Il leur criait vengeance et changeait de pensée, volt. Orphel. v, 4. || En parlant des choses. Son sang criera vengeance et je ne l'orrai pas I corn. Cid, ni, 3. Voilà qui crie vengeance au ciel, mol. l'Av. i, ». || Anciennement. Crier haro (voy . haro) , arrêter un homme pour le conduire sur-le-champ devant le juge. X ces mots on cria

CRI

haro sur le baudet, la font. Fabl. vu, 4. ||Fig. Crier haro sur quelqu'un, appeler sur lui la haine, la colère des autres. || 6" Intercéder. Tous les trésors du ciel vont se répandre sur la terre; la voix du sang de Jésus-Christ crie pour vous, mass. Car. Motif de conv. || Faire appel aux sentiments. Le sang de nos rois crie et n'est point écouté, rac. Athal. i, 4. Que je découvre ce corps pâle et sanglant auprès duquel fume encore la foudre qui l'a frappé; que je fasse crier son sang comme celui d'Abel, et que j'expose à vos yeux les tristes images de la religion et de la patrie éplorée, fléch. Turenne. || Être criant. Malgré les cris de cette noolesse, malgré l'abus qui criait de lui-même, montesq. Esp. xxvm, 4 8. Je ne vous ferai sur cela aucun commentaire, la chose crie ; vous en serez révolté, p. l. cour, i, 409. || 6* Répéter de tous côtés. On criait de tous côtés que la république était rétablie, vertot, Révol. rom. liv. xiv, p. 346. || 7° Réprimander d'une manière aigre et bruyante. Il ne fait que crier. Elle a bien crié après lui. || 8° Faire entendre hautement le blâme, la plainte. Tout le monde crie de cela, crie contre ce ministre. Mais entendez crier Rome à votre côté, corn. Cinna, m, 2. ô temps! Ô mœurs! j'ai beau crier ; Tout le monde se fait payer, la font. Fabl. xii, 6. Hélas ! j'ai beau crier et me rendre incommode , L'ingratitude et les abus N'en seront pas moins à la mode, id. ib. xii, 46. Jo vous crois; mais pourtant on crie, on vous menace, boil. Sat. ix. De zélés indiscrets qui crieront en public contre eux, qui les accableront d'injures, mol. D. Juan, v, 2. Qui criaient après les vices de leur siècle, id. Préf. de Tart. Il voulut les faire crier contre l'injustice du ciel, hamilt. Gramm. 40. D'où vient que Tertullien crie si souvent contre les philosophes et les nomme tantôt les patriarches des hérétiques, tantôt les cuisiniers de toutes les hérésies? pelliss. ttém. pour les gens de lettres, p. 84. Ceux qui criaient contre les abus, boss. Var. vi. Il est le premier à crier contre les dépenses excessives, fén. Tel. xm. Cet impôt fait beaucoup crier le peuple en France, j. j. bouss. Pol. 4 4. La nation française qui crie si aisément et qui plus aisément encore se lasse de crier, d'alemb. Vestruct. des jés. Œuvres, t. v, p. 74 , dans pougens. || 9° Crier vers Dieu, élever la voix vers Dieu, l'implorer. Xqui crierai-je, Seigneur, si ce n'est à vous? pasc. Prière. Grand Dieu, vous refuserez- vous à la brebis qui revient? Le sang de l'agneau qui crie vers vous et qui coule sur l'autel, ne sefera-t-il pas entendre? mass. Or. fun. Conti. || Dans le même sens, crier à quelqu'un. Et ce peuple, en tout temps chargé de vos bienfaits, Crie encore à son père et demande la paix, volt. Fanât. i, 4. || 10" Crier à, crier contre. Crier à l'injustice, à l'oppression. S'il défend avec courage la souveraine puissance dont il est revêtu, on crie au tyran, vertot, Révol. rom. liv. ni, p. 252. Sans s'exposer à nous faire crier au blasphème, j. j. bodss. Ém. îv. Jusqu'à ce qu'on en ait la preuve, ses confrùres de l'Académie et du clergé ne sont-ils pas en droit de crier au mensonge? d'alemb. Apolog. de Clermont Tonn. Les bigots, par rancune, Au sorcier criaient tous, bêrang. Ménétr. de Meudon. || Appeler à. Mon amour et ma haine et la cause commune Crieront à la vengeance.... corn. Attila, n, 6. Le clergé d'un côté, les pasteurs de l'autre criaient à la religion, volt. Mœurs, 474.||Se récrier à cause de quelque chose. La santé dans ces murs tout d'un coup répandue Fait crier au miracle, corn. Œdipe, v, 4 4 . Vous allez, monsieur, peut-être crier au paradoxe, dider. hett. s. les sourds. || 11° Proférer un cri de ralliement, une acclamation. Les Français criaient autrefois Montjoiel On cria vivat! Du haut de nos remparts j'ai vu descendre en larmes Le peuple qui courait et qui criait aux armes, rac. Théb. v, ». || 12* Produire un bruit strident. Cette porte crie. L'essieu crie et se rompt; l'intrépide Hippolyte Voit voler en éclats son char tout fracassé, rac. Phèd. v, 6. C'est le vent, me dites-vous, Qui fait crier la serrure, bérang. Mère av. || Ses boyaux lui crient, se dit du bruit que font les entrailles. || 13° Publier à cri, annoncer au nom de l'autorité. On a crié à son de trompe que chacun balayât le devant de sa porte. || Impersonnellement et au passif. Il fut crié de par le maire que.... || 14° F. o. Crier les hauts cris, jeter de grands cris. Je le trouvai criant les hauts cris, sév. 32. Mme de Brissac de crier les hauts cris, id. 4 4 7. || Crier un air, le chanter d'une manière criarde. || Prononcer en criant. Debout sur le rivage, il lui cria ses adieux. || Demander en criant. Et ne point écouter le sang de mes parents Qui ne crie en mon cœur que la mort des tyrans, corn. Héracl. in, 2. j j 16° Dire une chose hautement,

CM

proclamer. Il ira crier cela partout. Qu'est-ce donc que nous crie cette avidité et cette impuissance! pasc. dans cousin. ||16° Crier un objet perdu, annoncer qu'un objet a été perdu, afin qu'il soit rapporté. Crier une marchandise, annoncer le prix au quel elle se vend. On a crié du vin à quinze sous Crier des meubles, les mettre à l'enchère. Crier de.< pommes, de la salade, les vendre dans les rues en les annonçant par le cri. Crier un bulletin, une ordonnance, la vendre dans les rues, en l'annonçant par un cri. Je me contentais d'entendre ici, toute» les semaine!, crier votre nom et vos victoires et de pouvoir apprendre de vos nouvelles en les achetant, voit. Lett. 82. || Autrefois, crier à son de trompe, crier à ban, crier à trois briefs jours, citer un criminel à comparaître dans un temps donné. 11 fut crié à son de trompe. || 17" Crier quelqu'un, le gronder. Tu ne me diras plus, toi qui toujours me cries, Que je gâte, en brouillon, toutes tes fourberies, mol. l'Étour. n, 4 4. Pourquoi me criez-vous? id. Éc. des f. v, 4. || Cette locution a vieilli; mais elle reste en usage dans plusieurs provinces, particulièrement en Normandie. || 18° Se crier, v. réfl. Être crié. Les marchandises qui se crient sur la voie publique. || Proverbes. On a tant crié Noël qu'à la fin il est venu, se dit d'une chose très-désirée et qui s'accomplit à la fin. || H est comme les anguilles deMelun, il crie avant qu'on l'écorche, il se plaint d'avance par peur et sans cause (voy. anguille).

— HIST. xi" s. Cel lien i a qui ne crie : Marsile ! Ch. de Roi. cxxiv. Adoubez vous, si criez vostre enseigne , th. cxxxni. Li chrestien te reclaiment et crient, ib. eexem. ||xii"s. Plorent et crient chascuns de ses casez [vassaux], Ronc. p. 48. Au roi de gloire merci [il] prist à crier, ib. p. 409. Baligans crie trois mos à un tenant [d'une seule teneur] , ib. p. 4 36. Devant lui vient, si lui crie à haut cri, t'b. p. 4 42. En sa grant ost [il] fait banir et crier, ib. p. 477. Et quant je plus merci vous doi crier, Lors vous truis je [je vous trouve] cruel si durement, Couci, x. Diexl quant crieront outrée, Sire, aidez à pèlerin, Pour qui [je] sui espouvantée; Car félon sont Sarazin, Dame de faiel, dans Couci. Empris [j'] ai greignor folie Que li faus enfes [enfant] qui crie Pour la bêle estoile avoir, t'b. in. Merci [je] lui cri , qu'onc [je] ne fis vilenie ; Car vilain fait bone amour desevrer [séparer], t'b. xxii. Quant vit que il n'aura l'amur al rei Henri, Az piez lui est chati [tombé]; si li cria merci, Th. le mart. 33. Quant fui fait arcevesque e Deus m'i aleva, Tu diz que li régnez encontre ço cria, Et la mère le rei le desamonesta, ib. 88. ||xm*s. Leur cries merci que il aient de toi pitié et de ton père, villeh. xlii. Li bien d'amours si doivent estre emblé, Que nus [nul] ne sache; et quant il sont crié [devenus publics], Dame enquert [encourt] blasme, et joie en amenrie [diminue], Et sius amis i pert sa seignourie, Anc. poésies fr.Vatican, dansLACURNE. Lors crierez haro, qu'ele vous veut meurdrir, Berte, xm. Quant il venoit en sa meson [de la dame] , Li sejors n'i ert pas criez; Mais si comme il estoit montez, Aloit coiement à s'amie, Lai du conseil. Cil qui crient par la vile la cote et la chape ont achat! le mestier de freperie en la manière desus devisée, Liv. des met. 200. Li rois a fait son ban crier, Par tôt plevir et afier,Quequi porraRenart tenir.... Ren. 44959. Nos avons plusors fois commandé en assises, que cascuns ait pooir de penre toz tex qui s'enfuient, sor qui on crie hareu 1 tant qu'on sace por quoi li hareus fu criés, beaum. lu, 46. Le légat me crut et fist crier les trois processions en l'ost par trois samedis, joinv. 24 8. Pluseurs des marcheans de Babiloinne [le Caire] crioient après le soudanc, que il leur feist droit du conte Gautier, id. 274. Le sire du Chastel estoit criez [accusé par le cri public] de desrober les pèlerins et les marchans, id. 2)0. Conscience ne lesse cuer pecheour durer; Ja pechié si très pou n'i venrapasturer, Qu'elle ne crie hareu sanz soiasseûrer, j. de meung, Test. 4 567. || xiv s. Atant se partit le parlement; et ung autre fut crié à Compiengne ou mois de septembre, Chron. de St-Denis, 1. 1, f° 465, dans lacurne. || xv" s. Pour estre i Condé sur Escaut, à un tournoi qui là estoit crié, froiss. i, I, 27. Et avoit fait crier [Mgr de Charolois] que chascun portast crochetz pour attacher ses chevaulx, comm. i, 6. Supplyerent au roy qu'elle ne fust point encores cryée [la trêve], id. iv, 4 4 .|| xvr* s. Les paroles mesmes crient qu'on leur fait violence, en sorte qu'il n'est ja mestier de réfuter cette belle subtilité, calv. 43. Le sang d'Abel crioit à Dieu.... L'effusion du sang crie vengeance, id. «o. Elle commença à crier au larron, tant que sa teste le pouvoit porter, harg. Nouv. lviii. Ce n'a pas esté vous

CRI

qui m'avez décelé, mais celui qui a la voix plus criante que le chien, et le cœur plus ingrat que nulle beste, marg. Nouv. lxx. La reserve de ce peu de solde ne suffiroit pas pour faire seulement un jour bonne chère et crier ripaille, lanoue, 27». C'estoit pour contenter les estrangers, qui crioient incessamment à l'argent, id. «78. Romulus Touloit retourner au combat, criant tant qu'il pouvoit à ses gens, qu'ilz monstrassent visage à l'ennemi; mais ilz ne laissoient point pour son hault crier, de fouir tousjours aval de roupte, amyot, Rom. 28. Le roy de Perse avoit fait crier à son de trompe qu'il donnerait deux cents talents à celuy qui le luy amènerait, id. Thém. 48. L'un de ses tuteurs fut d'advis de le faire crier par la ville, id. Aie. 6. Si lancea son cheval droit à luy, en luy criant un cri de desfiance, id. Marcel, s. Crier à pleine teste, id. Nicias, 4t. Crier aux voleurs, d'aub. Fœn. n, 14. La terre trembla à St-Maixent en <5)2 tellement que les soleaux et autres bois des maisons crioient en leurs mortaises, Not. du roman d'Alexandre en prose, ifs. de St-Germain, dans lacurne. Crier le loup plus grand qu'il n'est, cotghave. Tandis que le chien crie, le loup s'enfuit, id. ib.

— ÊTYM. Berry, querier; provenç. et anc. espagn. cridar; espagn. mod. et portug. gritar; ital. yridare; angl. to cry. On a indiqué l'allemand kryten, crier; goth. grétan, pleurer (sens que to cry a en anglais); et le celtique: cornw. ys-gre, du simple cre, cri. Mais Diez le rattache à l'ancienne étymologie latine quïrïtare, appeler les quirites, les citoyens à son secours; Vi bref a facilement disparu, comme dans St Cricq de Quiricus, dans triade de theriaca; il est resté kritare, qui a donné sans peine crier, cridar, gritare. Les formes parallèles dans les autres langues empêchent de rapporter cri ou crier à une onomatopée.

CRIERIE (krî-rie) , s. f. Cris importuns. Faites cesser cette crierie. Il ne peut plus supporter cette crierie des avocats, la bruy. Théophr. 2«.

— HIST. xV s. Tel meschef, douleur et crierie avoit en la salle qu'on ne sa voit auquel entendre, froiss. ni, iv, 32. || xvi* s. Cela émeut une crierie et un tumulte, le plus grand qui.... amyot, Cam. 72. 11 ne se laissa point aller aux crieries d'une commune, id. Péric. et Fab. comp. 4. Tels airs nullement mesprisés par l'amiral, furent estouffez par la crierie des impatiens, d'aub. IHst. i, 304. S la solicitation et crieries de l'ambassadeur d'Espagne, id. ib.

— ÉTYM. Crier.

CRIEUR, EUSE (kri-eur, eû-z'), î.m.etf. || 1« Celui, celle qui crie, qui élève la voix. Tous les gens de guerre, qui étaient autant de crieurs à gage pour moi dans les rues et dans la salle du palais, retz, ilém. t. i, liv. n, p. 374, dans pougens. Fais mettre pied à terre à cette crieuse, scarron, Rom. com. 2* part. ch. tt. C'est bien fait de fermer la porte à ce crieur, rac. Plaid, n, to. || 2" Celui qui fait la proclamation des ordonnances, l'annonce des enchères , etc. Un crieur public. Les crieurs de la bourse. Un crieur de bulletins. Un crieur assiste tous les jours à la Bourse, pour dire à haute voix le cours des effets publics au fur et à mesure des négociations. Le crieur des dieux est Mercure; c'est un de ses cent métiers, la font. Psyché, il, p. lie. || Juré crieur, ou, simplement, crieur, autrefois officier public chargé par la ville de faire des annonces au nom des particuliers, d'inviter aux funérailles et de fournir la tenture, etc. La physionomie, le maintien et toute la figure de Laurière serrait le cœur de tristesse; elle [sa physionomie] était faite pour être crieur d'enterrement, st-sim, (99, (62. || Juré crieur s'est dit aussi de certains officiers qui publiaient des édits. || 3° Celui, celle qui court habituellement les rues en annonçant par un cri ce qu'il vend. Les crieurs des rues. Et fût-il crieur de moutarde, Vous en avez toujours pitié, Régnier, Jfoc. || Crieuse de vieui chapeaux, nom qu'on donnait aux femmes qui vont par les rues de Paris criant vieux habits, vieux galons, et achetant les vieilles défroques. La marquise de Charlus était toujours faite comme une crieuse de vieux chapeaux, ST-SIM. 525, 245.

— HIST. xiii* s. Li crieres crie le ban, Roman de Perceval , dans raynouard , Lexique. Li boutonier doivent lesier œvre en chaînage au premier crieur du soir, et en quaresme si tost corne coirolie est sonée, Liv. des met. <86. Quant li viex [le Vieux de la montagne, le chef des Assassins] chevauchoit, il avoit un crieur devant lui qui portoit une hache danoise à long manche tout couvert d'argent, joinv.

cm

— Êtym. Crier; provenç. cridairc, cridador ; catal. cridayre, cridadore; espagn. gritador;\\a\. gri~ datore. Dans l'ancien français, criere, dans le provençal, cridaire est au nominatif, du bas-latin criddtor, avec l'accent sur dd; crieor et cridador est le régime, de cridatàrem, avec l'accent sur tô.

t CRIGNARD (kri-gnar) , t. m. Un des noms vulgaires de la sarcelle.

CRIME (kri-m')t s. m. || 1° Très-grave infraction à la morale ou à la loi, ou punie par les lois, ou réprouvée par la conscience. Le crime de meurtre, de faux. Un crime politique. Crime de trahison, de lèse-majesté. Il y a quatre sortes de crimes : ceux de la première espèce choquent la religion; ceux de la seconde, les mœurs; ceux de la troisième, la tranquillité; ceux de la quatrième, la sûreté des citoyens, montesq. Espr. xn, 4. Les crimes contre la religion doivent être punis par la privation des biens que la religion procure; les crimes contre les mœurs, par la honte; les crimes contre la tranquillité publique, par la prison ou l'exil; les crimes contre la sûreté, par les supplices, d'alemu. Anal. Espr. des lois, (jkuvres, t. vi, p. 3to, dans pougens. Toute l'horreur du crime a sa source dans l'âme, tristan, Jfort de Chrispe, n, I, Règne, de crime en crime enfin te voilà roi, corn. Rod. v, 4. Celui-là fait le crime à qui le crime sert, m. itédée, m, 3. C'est ce qu'on nomme crime et ce qu'il a puni, id. Ilor. v, 3. Non qu'en un coup d'État je n'approuve le crime; Mais, s'il n'est nécessaire, il n'est point légitime, id. Pomp. i, t . À tout prix un grand cœur achète un grand crédit, Et tout crime est permis lorsqu'il vous agrandit, rotr. Bélis. n, 8. Ainsi que les vertus, les crimes enchaînés Sont toujours ou souvent l'un par l'autre traînés, id. Vencesl. iv, 6. Et pour ce cœur instruit par une âme si noire, Des crimes éclatants ressemblent à la gloire, brébeuf, Phars. vin. Le crime heureux fut juste et cessa d'être crime, boil. Sat. xi. J'ai conçu pour mon crime une juste terreur; J'ai pris la vie en haine, et ma flamme en horreur, rac. Phèd. i, 3. Quelques crimes toujours précèdent les grands crimes, id. ib. iv, 2. Je veux de tout le crime être mieux éclairci, id. ib. v, 4. Si de vos flatteurs vous suivez la maxime, Il vous faudra, seigneur, courir decrime en crime, id. Brit. iv, 3. A-t-on tant de vertus après un si grand crime?

volt. Sémiram. iv, 2 Les crimes secrets ont les

dieux pour témoins, id. ib. v, 8. Quand le crime est sans fruit, on n'aime plus le crime, M. J. chénier, Gracques, H, 3. Est-ce un dieu qui trompe le crime? Toujours d'une auguste victime Le sang est fertile en vengeur! Toujours, échappé d'Athalie, Quelque enfant que le fer oublie, Grandit à l'ombre du Seigneur, lamart. Méd. i, -15. La fortune toujours du parti des grands crimes, Les forfaits couronnés devenus légitimes, id. ib. i, 7. || Crime contre nature, se dit des crimes qui outragent la nature, le parricide par exemple, et quelquefois, plus particulièrement, des débauches contre nature. Cette soif insatiable de l'or a donné naissance au plus infâme, au plus atroce de tous les commerces, celui des esclaves; on parle des crimes contre nature et l'on ne cite pas celui-là comme le plus exécrable, raynal, Hist. phil. xix, (6. || Crime d'État, crime commis contre la sûreté de l'État et aussi crime politique, crime qui a pour but de conserver ou de prendre le pouvoir. Quand le crime d'État se mêle au sacrilège, Le sang ni l'amitié n'ont plus de privilège, corn. PoJy. m, s. Tous ces crimes d'État qu'on fait pour la couronne, id. Cinna, v, 2. J'en saurai près de lui faire un crime d'État, id. Théod. v, 7. On n'attend point alors qu'il s'ose tout permettre, C'est un crime d'Etat que d'en pouvoir commettre, id. Nicom. il, *. || Fig. Faire un crime d'État de quelque chose, y attacher un blâme excessif, injuste. Et d'un mot innocent faire un crime d'État, boil. Sot. ix. || Terme de jurisprudence. Infraction punie d'une peine arflictive ou infamante et jugée par la cour d'assises, par opposition à délit ou simple contravention. || 2" En général , faute, acte répréhensible. L'ingratitude est un crime. Jésus- Christ a porté la peine de nos crimes. Hélas ! si jeune encore, Par quel crime ai-je pu mériter mon malheur? rac. Esther, i, 5. Des offenses d'autrui malheureuses victimes, Que nous servent, hélasl des regrets superflus? Nos pères ont péché, nos pères ne sont plus, Et nous portons la peine de leurs crimes, m to.Vous qui deviez être mon sauveur, vous devenez mon crime, kass. Av. Disp. Vous nous dites si souvent que votre conscience ne vous reproche pas de grands crime», que vous n'êtes ni bon ni mauvais, et que votre seul péché c'est l'indolence et la paresse, id. Avent, Jug. univ. Le crime est

CKI

d'obiir àdes ordres injustes, volt. Orpliel. m, 3. || 8° Par exagération, action blâmable. C'est un crime d'avoir abattu da si beaux arbres. Le clergé a trouvé des terres incultes : il y a fait croltn moissons.... il a appliqué ses revenus à des monuments publics, vous l'accusez à la fois du crime de deux bienfaits, chateaub. Génie, iv, VI, 8. j| Faire un crime à quelqu'un d'une chose, l'en blâmer et souvent avec injustice, ô ciel ! m'auriez-vous fait un crime De cette insensibilité? mol. Psyché, 11,4.11 vous fait un crime des choses les plus innocentes, fén. Tél. vu. Mais les républicains ne se font pas un crime D'immoler un tyran, volt. Triumv. u, 2. Gourmands, cessez de nous donner La carte de votre dîner; Tant de gens qui sont au régime Ont droit de vous en faire un crime, bérang. Gourm. || Voir du crime à une chose, blâmer, incriminer une chose innocente ou indifférente. Un détail que certaines gensqui voient du crime à tout ne manqueraient pas d'accuser d'irréligion, dideb. Lett. sur les aveugles. || Imputer à crime, accuser quelqu'un de quelque chose comme d'un crime. || Son crime est, tout son crime est, se dit de légers manquements qu'on veut atténuer contre des gens qui les exagèrent. Tout mon crime est d'avoir parlé avec trop de franchise. || Ce n'est pas un grand crime, est-ce donc un grand crime? se dit pour atténuer un reproche eicessif au sujet de quelque infraction que nous regardons comme légère ou même comme indifférente. || Tenir à crime, regarder comme un crime. Mais je tiendrai» à crime une telle pensée, corn. Héracl.u, 7. || 4' Fig. Au sing. nom collectif de ceux qui sont criminels. Je ne sais de tout temps quelle injuste puissance Laisse le crime en paix et poursuit l'innocence, rac. Andr. m, t. C'est ainsi que le crime, à lui-même odieux, Jusque dans son repos se trahit à ses yeux, ducis, Abuf. iv, t. || 5° Vie de désordre. L'habitude du crime. Être porté au crime. Être endurci dans le crime. Ainsi que la vertu, le crime a ses degrés, rac. Phèd. iv, 2. Le crime quelquefois suit de près l'innocence, volt. Fanât, ni, 3. Du crime ainsi toujours le crime ouvre la route, lemerc. Agam. v, n.

— HIST. xiv s. Pour quelque crim ou excès, se le crim n'est capital, Ordonn. des rois de France, t. v, p. 708. || xv* s. Cas de crime est trop vilain, LEROUX de lincy, Prov. t. n, p. 256. || xvr" s. Le roy voyant la grant crime et forfaict Que Genevoys envers luy avoient faict, ». marot, v, 24.

— ÉTYM. Provenç. et catal. crim; espagn. crimen; portug. crime; ital. crimine; du latin crimen, grec xptp.oi, jugement, de xpîvtiv, juger (voy. crise).

f CRIMINALISABLE (kri-mi-na-li-za-bl'), adj. Qui peut être criminalisé.

— ÉTYM. Criminalùer.

t CR1M1NALISANT, ANTE (kri-mi-na-li- zan, zan-t'), adj. Qui cause, amène, produit la criminalité.

CRIMINALISÉ, ÉE (kri-mi-na-li-zé, zée), part. passé. Affaire criminalisée.

CRIMINALISER (kri-mi-na-li-zé) , v. a. || 1° Terme de jurisprudence. Changer un procès civil eu correctionnel en un procès criminel. Criminaliser une affaire. || 2" Se criminaliser, v. réfl. Passer de l'état civil à l'état criminel. 11 est à craindre que l'alTair. ne se criminalisé. || Se rendre coupable. Ils [les matelots] appréhendèrent de se criminaliser par ce commerce avec l'Espagnol, retz, iv, 32s. || Peu usité en ce dernier sens.

HIST. xvi* s. Il criminalisé les absous par déclarations vérifiées au parlement , sully , Mém. t. xn, p. 364, dans lacurne.

— ÉTYM. Criminel.

CRIMINALISTE (kri-mi-na-li-st'), s. m. Juriste qui écrit sur les matières criminelles ou qui y est trèssavant. Un savant criminaliste. M. le Noir, qui est, dit-on, le meilleur criminaliste du royaume, volt. Lett. Damilaville, 24 sept. (766. Semblables à d'atroces criminalistes, vous vous fatiguez à chercher un coupable, dider. Ess. s. Claude.

— ÊTYM. Criminel.

CRIMINALITÉ (kri-mi-na-li -té), s. [. Qualité de ce qui est criminel.

— HIST. xvr» s. Criminalité, cotgravi.

— ÊTYM. Criminel.

CRIMINEL, ELLE (kri-mi-nèl, nè-1') , adj. || 1-Qui est coupable d'un crime ou de toute grave infraction à la morale. Un homme criminel. On n'est point criminel quand on punit un crime, corn. Cinna, m, t. Celui qui, sans autorité, tue un criminel, se rend criminel lui-même, pasc Prov. i*. Je le crois criminel puisque vous l'accusez, rac Phèd. v, 7. Pour bien comprendre toute la confusion dont sera

CRI

couverte l'âme criminelle, lorsqu'elle sera montrée à toutes les créatures et que tous ses vices les plus secrets seront exposés au grand jour, mass. Avent, Jug. univ. || Fig. Qui appartient à une personne criminelle, qui lui sert à commettre, à concevoir le crime. Des regards criminels. Grâces au ciell mes mains ne sont pas criminelles, Plût aux dieux que mon coeur fût innocent comme elles 1 rac. l'hèd. i, 3. || 2° En parlant des choses. Attachements criminels. Une passion criminelle. Une vie criminelle, une vie passée dans le crime. Vanité de choisir pour souverains bonheurs Des plaisirs criminels les damnables mollesses, corn. Imitation, i, 4. Un amour criminel causa toute sa haine, rac. l'hèd. iv, 1. 11 n'y aura plus d'adoucissement qui ne vous devienne criminel, mass. Car. Fausse confiance. Je mouille devant lui de larmes criminelles Ces lieux où tu m'as dit qu'il choisit son séjour, volt. Zaïre, iv, t. Zaïre n'a point vu ce billet criminel, jd. ib. iv, 7. || 8" Terme de droit. Qui a rapport au jugement des crimes. Tribunal, juge criminel. Ce même prince ordonna qu'on n'exécutât personne à mort, avant que le procès criminel lui eût été envoyé et même présenté trois fois, volt. Louis XIV, 39. L'ordonnance criminelle ne devait-elle pas être aussi favorable à l'innocent que terrible au coupable? m. Louis IV, 42. La procédure criminelle des Romains, m. t'6. 43. || Qui a rapport au crime, par opposition à délit. Une affaire criminelle. || 4° S. m. et f. Celui, celle qui a commis un crime. Un criminel. Une criminelle. Quiconque sans l'ouïr condamne un criminel.... corn. Uédée, h, 2. Parce qu'il a plu à sa providence [de Dieu] de conserver les sociétés des hommes et de punir les méchants qui les troublent, il a établi lui-même des lois pour ôterla vie aux criminels, pascal. Prov. 14. Et n'allez point, pour fuir la raison qui nous presse, Donner le nom d'amour au trouble inanimé Qu'au cœur d'un criminel la peur seule a formé, boil. Ép. xn. Il y a des criminels que le magistrat punit, il y en a d'autres qu'il corrige, montesq. Espr. xxvi, 24. Chez les Germains, à la différence de tous les autres peuples, la justice se rendait pour protéger le criminel contre celui qu'il avait offensé, m. ib. xxx, 20. Les criminels tremblants sont traînés au supplice, volt. Orphel. v, 6. Les malfaiteurs ont été condamnés aux mines, aux travaux publics; leurs châtiments sont devenus utiles à l'État : institution non moins sage qu'humaine; partout ailleurs on ne sait que tuer un criminel avec appareil, sans jamais avoir empêché les crimes, id. Russie, i, 8. || Criminel d'État, celui qui a commis un crime d'État. Et depuis qu'on les traite en criminels d'État, corn. Poly.i, 3. D'un criminel d'État l'importante cassette, mol. Tart. v, 8. De quoi l'accuse-t-il? et par quel attentat Devient-elle en un jour criminelle d'État, rac. Brit. i, 2. || 6* S. m. Terme de droit. Juridiction criminelle. Procéder au criminel. C'est à moi que vous aurez affaire, messieurs; si tout le monde me ressemblait , vous n'auriez pas si beau jeu; je vous attaque tous au criminel, picard, DuhautcouTs. iv, 9. || Fig. Au criminel, en mauvaise part Juvénal était un fâcheux qui prenait toutes choses au criminel, balz. le Barbon. Ces exemples leur devraient apprendre à ne prendre pas au criminel d'autres expressions aussi fortes, boss. Far. ts. || Aller d'abord au criminel, juger malignement de quelque chose sur de légères apparences. || Ancien terme de jurisprudence. Le grand criminel , se disait des procès qu'on jugeait à la tournelle criminelle et sur lesquels il pouvait intervenir condamnation à peine aiflictive. Le petit criminel se disait de ceux où il ne s'agissait que de réparations ou d'amendes. || Aujourd'hui le grand criminel se dit des affaires de crimes du ressort de la cour d'assises; petit criminel, des affaires de délits du ressort du tribunal correctionnel.

— hist. xi* s. Venger [tu] te peus de la gent criminel , Ch. de Roi. clxxv. || xur s. Il n'avoit fet enviers le roi nul fait criminel, Chr. de Rains, 23s. De mainte guise a gent el monde , Que li un sont de pechié monde , Et moult i en a d'entechiez De toz les criminiés péchiez, Ren. H648. Que nos ne façons hui pechié criminal, Psautier, f°(9t. || xiv's. La punicion des crimineulx.BERCHEURE, f0 69, recto. Il xv« s. Que si aucuns faisoit le contraire de ce que dessus est dit,... de celle offense que par la connoissance des officiers du seigneur et des lois à qui il appartiendra, le fait soit oriminel, froiss. h, ii, 24(. Crimineux deleze-maj«sté,C0MM. m, 6. Le connestable estoit declairé ennemy et crimineulx vers tous las deui princes, id. ui, H. Quant Us furent à cheval, l'estour [combat] commença moult crimi-

CRI

ne) [violent] et plus fort que par advant, Perceforesl, t. m, f* 47. Disans les uns aux autres que jamais n'avoient veu si criminelle [violente] bataille, t'6. f" (06. Il xvi's. Exécuter les criminels au lieu où le crime est commis, mont, i, 7t. Ce noble criminel [Socrates], id. iv, 21 7. Combien ay je veu de condamnations plus crimineuses que le crime I id.

— ÉTYM. Provenç. et espagn. criminal; ital. criminale; de criminalis, du latin crimen (voy. crime). Au xv" siècle , criminel avait pris le sens de violent, sanglant.

CRIMINELLEMENT (kri-mi -nè-le-man), adv.

Il 1* D'une manière criminelle. Agir criminellement. Il 8° Terme de droit. Par-devant la juridiction criminelle. Protagoras, un des plus illustres sophistes de son temps, ayant commencé un de ses ouvrages par ces mots : Je ne sais s'il y a des dieux ou s'il n'y en a point, fut poursuivi criminellement et prit la fuite, barthel. Anach. ch. 2). Le chef des Achéens [Philopœmen, après sa mort] fut poursuivi criminellement devant le proconsul Mummius, chateaub. Mart. (04. Il Fig. Expliquer criminellement une chose, en juger criminellement, l'interpréter en mauvaise part.

— hist. xiv* s. L'en leur dist journée à criminalment respondre, bercheure, f» et , recto. Accusé criminelment, id. f- 46, verso. ||xv* s. S'aulcuns vouloient empeschier le bien de la paix, fust en parolle ou en faict, qu'ils en fussent criminellement pugnis, j. lefevre de st-remy, Hist. de Charles VI, p. 4t , dans lacurne.

— ÉTYM. Criminelle, et le suffixe ment; provenç. criminalmen; catal. criminalment ; espagn. et ital. criminalmente.

CRIN (krin; l'n se lie pas: un crin et la queue; au pluriel, \'s se lie: les krin-z et la queue), s. m. Il 1° Terme très-familier ou de dénigrement. Les cheveui de l'homme. Il a les crins rudes, le crin noir. Prendre aux crins, saisir quelqu'un par les cheveux. Se prendre aux crins, se saisir l'un l'autre par les cheveux, se battre. Je m'attendais à tout moment à voir ces messieurs s'échauffer et se prendre aux crins, fin ordinaire de leurs dissertations, lesagb, Gil Bios, xi, (4. Il Poétiquement, cheveux, en parlant de tout autre ître que l'homme. La discorde aux crins de couleuvre, Peste fatale aui potentats, malh. m, 2. Dès que Thétis chassait Phébus aui crins dorés, la font. Fabl. v, 6. La discorde aux crins de couleuvre se mêla parmi les duchesses, sév. 245. Je poursuis la comète aux crins étincelants, a. chên. 236. || 2° Nom donné aux poils qui garnissent l'encolure et la queue du cheval, le bout de la queue des espèces du genre bœuf. Matelas , tamis de crin. Des coursiers attentifs le crin s'est hérissé, rac Phèd. v, 6. D'autres [oiseaux] dérobent un crin à une cavale, ou le brin de laine que la brebis a laissé suspendu sur la ronce, chateaub. Génie, 1, v, 6. Si c'est un cheval [statue], les crins sont tournés d'une main hardie, ils voltigent et semblent être le jouet du vent, la bru y. Disc, à l'Acad. fr. Préface. Les crins de son cheval, en aigrettes flottantes, Balancent sur son front leur ornement guerrier, delille, Enéide, x. || Cheval à tous crins, cheval qui a tous ses crins, à qui on n'a point coupé de crins. || X tous crins se dit familièrement aussi en parlant d'une personne qui porte ses cheveux longs et en désordre : une tête romantique à tous crins. || Faire les crins, couper avec des ciseaux les crins de la partie inférieure des membres du cheval, afin de lui donner plus de finesse apparente. || Crin crépi, celui qui a été filé comme une corde, et qu'on a ensuite fait bouillir pour le friser. Crin plat, celui qui est tel qu'il a été tiré de l'animal. Il Terme de pêche. Crin d'empilé, crin très-fort sur lequel on monte un ou plusieurs hameçons. || Populairement, être comme un crin, être irritable, se fâcher pour la moindre chose. || 3° Par extension, poils de quelques autres animaux. Les crins d'un lion. [Un dragon en forme de lutrin] Dont le triangle affreux tout hérissé de crins.... boil. Lutr. iv. Il 4° Fissure dans un filon de mine. || 6° Terme de botanique. Crin végétal, nom donné aux feuilles de la zostère marine et de la zostère méditerranéenne, lesquelles sont employées à faire des matelas^ rembourrer des banquettes. || Crin de cheval, espèce de lichen. || 6" Terme de zoologie. Crin de fontaine ou de mer, nom vulgaire du dragonneau (entozoaires).

— HIST. xn' s. Les crins [elle] ot Ions et blons plus que li ors luisans, Sax. v. || xni* s. X Blanchefleur sa femme qui les crins avoit blois [blonds] , Bcrle, lxi. Bel-Acueil, sans dire autre chose, Le I

CRI

chapel prent, et si le pose Sor ses crins blons, et s'asseûre, la Rose, i 2933. || xv* s. Sain est mon corps, blanc sont mi crin, E. desch. Poésies ms. t° 31 , dans lacurne. Elle avoit sur ces crins un chapel d'or à pierres précieuses, Perceforest, 1. 1, p. 75. ||xvi* s Une jeune poultre qui avoit le poil et les crins rouges fort ïuysans, amyot, Pélop. 39. Alexandre le grand à la mort d'Ephestion feit tondre les crins des chevaulx et des mulets, id. ib. 63. Longue barbe et long crin font les hommes plus beaux, rons. 761. Et si, en beuvant, quelque goutte en tumboit sur le crin de leurs chevaux [chez les Tartares], il estoit tenu de la leicher avec la langue, mont, i, 367.

— ÉTYM. Provenç. et espagn. crin; portug. crina; ital. crine; du latin crinit , proprement tissu de cheveux, chevelure divisée en tresses, que les étymologistes latins rapportent à cernere, séparer, le même que xpivetv, séparer, juger (voy. crise). L'ancienne langue employait crin dans le meilleur style pour signifier les cheveui de l'homme ou de la femme.

t *. CR1NAL, ALE (kri-nal, na-1'), adj. Terme d'histoire naturelle. Qui est de la grosseur d'un crin.

— étym. Crin.

f 2. CRINAL (kri-nal), *. m. Ancien terme de chirurgie. Nom d'un instrument servant à comprimer la fistule lacrymale.

— ÉTYM. Crin ; ainsi dit parce que l'une des extrémités était garnie d'un petit coussinet de crin.

fCRINCELLE (krin-sè-1'), s. f. Espèce d'oiseau de proie.

CRINCRIN (krin -krin), t. m. Terme très-familier. Mauvais violon. Monsieur, ce sont des masques Qui portent des crincrins et des tambours de basques, mol. Fdch. ni, 6. || Mauvais violoniste.

— ÉTYM. Onomatopée.

t CRINICORNE (kri-ni-kor-n'), adj. Terme de zoologie. Qui a ies antennes terminées par une longue soie, ou les antennes velues.

— ÉTYM. Crin, et corne.

CRINIER (kri-nié ; l'r ne se lie pas ; au pluriel , 1'* se lie : les kri-nié-z et le crin), s. m. Celui qui travaille le crin. Les criniers sont exposés à la pustule maligne.

— ÉTYM. Crin.

CRINIÈRE (kri-niê-r'), s. f. || i* Les crins du cou de certains animaux. Longue crinière. Le lion hérissa sa crinière, fén. Tél. 11. Fille se coiffe volontiers D'amoureux à longue crinière [il s'agit du lion et d'amoureux comparables au lion] , la font. Fabl. iv, t. Il Assemblage de crins garnissant, dans le cheval, tout le bord supérieur de l'encolure, se continuant en avant par le toupet et se terminant en arrière sur le garrot. Et secouant dans l'air sa crinière flottante, delille, Géorg. m. Les officiers russes nous montraient ces chevaux d'un aspect encore sauvage, à peine domptés, et dont la longue crinière balayait la poussière de la plaine, sêgur, Hist.de Napol. vin, 10. || 2° Par extension. La crinière d'un casque, ornement en crins de cheval qui est adapté à un casque et qui est flottant. Il 3° Fig. Poétiquement. L'air siffle, le ciel se joue Dans la crinière des flots, lamabt. Harm. 1, 3. Il 4° Par dénigrement ou par plaisanterie, chevelure grande. Vilaine crinière. Ce nouvel Adonis à la blonde crinière, boil. Lutr. 1. || 5* Toile ou treillis qui, accompagnant le caparaçon , couvre le cou et la tête du cheval. || Terme" d'histoire naturelle. Crête hérissée sur le cou, ou huppe de plumes effilées sur la tête de certains oiseaux.

— ÉTYM. Crin. On ne trouve dans les anciens textes que crignete, crinie, crine.

f CRINIFERE (kri-ni-fê-r') , adj. Terme de zoologie. Qui porte une crinière.

— ÉTYM. Crin, et le suffixe latin fer, qui porte.

f CRINIFLORE (kri-ni-flo-r'), adj. Terme de botanique. Qui a la corolle partagée en segments long! et grêles.

— ÉTYM. Crin, et fleur.

f CRINIFORME (kri-ni-for-m'), adj. Terme d'histoire naturelle. Qui a la forme d'un crin.

— ÉTYM. Crin, et forme.

\ CRINIGÈRE (kri-ni-jê-r'), adj. Synonyme de crinifère.

— ÉTYM. Crin, et le latin gerere, porter.

f CRINOÏDE (kri-no-i-d'), adj. Terme de botanique. Qui ressemble à un lis.

— ÉTYM. Kpîvov, lis, et elSoç, forme.

f CR1N1UE (kri-no-1'), *. f. Terme de botanique. Crinole américaine, dite vulgairement lis asphodèle. Crinole africaine, appelée tubéreuse bleue.

— ÉTYM. Kfivov, lis.

CRI

t CRINOLINE (kri-no-li-n'), s.f. || 1« Etoffe de crin dont on fait des cols, des sacs, des couvertures de meubles, des jupons; la chaîne de l'étoffe est en fil noir et la trame en crin. Casquette de crinoline. Jupe garnie de crinoline. || 2° Espèce de jupon originairement fait avec cette étoffe, que les femmes mettent dessous pour gonfler les robes en forme de cloche. Une crinoline en acier.

— ÊTYM. Dérivé de crin.

t CRINON (kri-non), s. m. ||1« Terme d'histoire naturelle. Nom vulgairedeplusieursversnématoîdes, qui vivent en parasites chez les animaux. || 2° Terme de médecine. Synonyme de comédon (voy. ce mot).

— ÊTYM. Crin, à cause de la forme de ces vers, t CRINULE (kri-nu-P), s. m. Terme de botanique.

Poil tordu qui , renferme dans l'ovaire de certaines plantes, supporte les séminules.

— ETYM. Diminutif de crin.

f CRIOBOLE (kri-o-bo-1'), s. m. Terme d'antiquité. Sacrifice d'un bélier, en l'honneur d'Atys.

— ÊTYM. Kpii;, bélier, et péXo;, jet, sacrifice.

t CRIOCËPUALE (kri-o-sé-fa-1'), adj. Qui a une tête de bélier.

— ÊTYM. Kpièç, bélier, et xeçaX^, tête.

t CRIOCËRE (kri-o-sè-r'), s. m. Insecte nuisible aux céréales.

— ÊTYM. Kpiè;, bélier, et xépa;, corne.

t CRIOCËRIDE (kri-o-sé-ri-d'), adj. Terme d'entomologie. Qui ressemble à un criocère. || S. m. Les criocérides, ordre de coléoptères.

t CRJPART (kri-par) , t. m. Un des noms vulgaires du grimpereau.

— ÊTYM. Crimper, grimper (voy. grimper). CRIQUE (kri-k'), t. f. || 1" Terme de marine.

Petite anse dans les anfractuosités d'un rivage. Nous entrâmes au port de Sunium : c'est une crique abritée par le rocher , chateaub. ltin. 252. || Coupure formant un canal se prolongeant dans les terres. ||2°S. f.plur. Terme de fortification. Fossés autour des places fortes , coupant le terrain et empêchant l'ennemi d'y conduire des tranchées. || Terme d'armement militaire. Crique d'armurerie, fissure ou défectuosité des métaux employés dans la fabrication des armes.

— HIST. xiv s. Un marais aboutant d'un boutaus marais de l'abbé de Fecamp , et , de l'autre bout , à la crigue de Vateville , deulle, Agriculture du moyen Age, p. 2»«. Nous voulons qu'il soit fait à la crique de l'Eure et devant la ville de Harefleur, port et hable, du canoë, creca.

— ÊTYM. Holland. kreek; angl. creek; de l'anglosax. crecca.

t CRIQUER (kri-ké), v. n. Se fendiller, en parlant de l'acier qui sefendille lors du refroidissement.

— ÊTYM. Crique, qui signifie fente, crevasse.

t. CRIQUET (kri-kè; le t ne se lie pas dans le parler ordinaire; au pluriel, Vt se lie : les kri-kè-z agiles; criquets rime avec traits, jamais, paix, succès) , s. m. || 1" Insecte du genre acridion qui , sous le nom abusif de sauterelle (la sauterelle appartient au genre locuste et est inoffensive), ravage souvent de vastes étendues de pays (acridion migratorium , criquet émigrant). || 2° Nom vulgaire d'un insecte qui se retire ordinairement dans les murs des cheminées et des fours et qui fait entendre un petit cri aigu. || 3" Nom, dans la Picardie, de la sarcelle d'été ou petite sarcelle , dite aussi criquard.

— hist. xm's. Or médites, sire crequet [cigale], Dont vos serviez en esté. Quant je porchaceie le blé ? Ce dict li crequet : je chantoue Sor ma fosse et me delitoue, chast. Prol. 202-206.

— ÊTYM. Provenç. mod. cricot; picard, créqueillon ; angl. cricket. Onomatopée. Comp. bas-allem. kricken, crier comme le criquet; krekel, criquet; kymri, cricell.

2. CRIQUET (kri-kè), s. m. Petit cheval faible et de vil prix. || Par extension, homme faible et de petite taille. || Criquet se dit aussi populairement comme synonyme de piquette (petit vin), et même adjectivement : du criquet, un petit vin criquet.

— ÊTVM. Wallon, crakète, petite pomme mal venue; namurois.crochot, mauvais petit fruit. Origine du reste inconnue.

Page 1