‹ Dictionnaire de la langue française (volume 3)Chapitre 389 sur 403 · CROISÉ (kroi-zé), *. m. || 1" Sorte d'étoffe · texte numérisé non relu

CROISÉ (kroi-zé), *. m. || 1" Sorte d'étoffe

(voy. croisé 4 , n" 4). || 2" En termes de blason, un croisé se dit du globe impérial et des bannières qui portent une croix. || 3° S. m. plur. Bâtons qui soutiennent la corde sur laquelle on danse.

CROISÉE (kroi-zée), s. f. || 1° Fenêtre en croix comme on en voit dans les vieux châteaux , où l'espace total était divisé en quatre par une croix de pierre. || Aujourd'hui châssis vitré, ordinairement à battant, qui clôt une fenêtre. Fermer, ouvrir la croisée. || 2° Par extension, ouverture pratiquée dans le mur d'un édifice pour donner du jour à l'intérieur, et que clôt le châssis. || Demi-croisée, petite fenêtre qui n'a que la moitié de la largeur d'une croisée, bien qu'elle en ait toute la hauteur. || 3° Endroit où se croisent les chemins. A la première croisée de chemins qu'elle rencontra, la font. Psyché, u, p. 4 46. Je délibérais aux croisées des chemins, l. t. rouss. Conf. IV. || 4° Petits bâtons croisés au haut de la ruche par dedans, autour desquels les abeilles font leur cire. || Sorte de triangle, fixé à la lanterne d'un moulin, et communiquant un fort mouvement d'oscillation au babillard. || Les quatre branches insérées dans l'axe d'un dévidoir. || 6* Terme de tisserand. Entrelacement de fils bien serrés ensemble. || Terme d'horloger. Rayons qui

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maintiennent le centre d'une roue. || Terme de ma rine. Partie de l'ancre qui forme la croix sur la verge. Il La grande envergure des voiles vue en mer; la longueur de leurs vergues en rade. || Terme d'imprimerie. Pièces de bois qui , se croisant, sont attachées aux tourillons d'en haut d'une presse. || Outil du couverturier et du potier d'étain.

— HIST. xiv* s. Avoir emploiez nos carreaulx et grez es terres d'aucuns seigneurs hors de la croisi" [voirie] de Paris, du cange, croiseia. Jehannot fu feruz d'un espié ou de la croisié d'icellui espié, m. ib. || xv* s. Entr'autres en y a une [épée] qui a cinq croix en la croisée, Bibl. des Chartes, 4« série, t. v, p. 363. Lances leur furent baillées, et là de première course ne firent point d'atteinte; à la seconde firent une rude croisée, ol. de la marche, Mém. liv. i, p. 322, dans lacurne. i la neufiesme et dernière course d'icelles armes, le chevalier atteindit sur le bord de la croisée de l'armet de l'escuyer, et fut l'atteinte si grande que la coiffe fut enfoncée jusques àla teste, m. ib. Il trouva une espée qui avoit un pied et demy de long, tant richement estoffée qu'il la faisoit bon veoir, et sur la croisée avoit un brevet

qui disoit Perceforest, t. iv, f°37. Icelui duc le

fit pendre sur son chemin, avec deux autres qui estaient du party de ceux de la ville de Gand, à la croisée d'un moulin à vent, m. de coucy, Hist. de Charles VU, p. 654, dans lacurne. || xvi's. Un autre aleman luy rua une halebarde sur la teste de telle force, que jusques à la croisée de l'eschine le fouldroya, j. d'auton, Ann. de Louis XII, p. 168, dans lacurne. S'estant doncques mis à l'une des croysées de la fenestre, ot les dits sieurs en l'autre, carl. h, 44. H y aura une grande hallée, qui croisera ledit jardin, et aux quatre bouts de ladite croisée, il y aura un amphithéâtre, palissy, 58.

— ÊTYM. Croisé 4, à cause de la disposition des montants et des traverses; Berry, queroisée ; wallon, creûlielade.

t CROISELLE (kroi-zè-1') , *. f. Espèce de papier.

CROISEMENT (kroi-ze-man), s. m. || l°Actio» par laquelle deux choses se croisent. Le croisement de deux chemins. || Terme d'escrime. Le croisement du fer, action de se mettre en garde contre son adversaire. || 2° Terme de chemin de fer. Passage par une voie diagonale, des wagons d'une voie suv une autre. || 3° Action d'accoupler des animaux de même genre, mais de races différentes. Cette race de moutons a été fort améliorée par son croisement avec le mérinos.

— HIST. xvi» s. Une torse de corps, un croisement de cuisses l'une sur l'autre mal-honeste, amyot, Com. il faut ouir, 2t.

— ÊTYM. Croiser.

CROISER (kroi-zé), v. a. || 1* Disposer deux choses

en croix. Croiser les jambes. || Se croiser les bras, mettre ses bras en croix sur sa poitrine; et fig. demeurer dans l'inaction. Mon maître en sort, croise les bras , me regarde et me dit : courage ll.l. rouss . Conf. i. || Croiser son habit, son châle, rapprocher les devants d'un habit, d'un châle, de manière à s'envelopper entièrement. || Terme d'escrime. Croiser le fer, engager les épées et aussi se battre à l'épée. Le fer croise le fer, les coups suivent les coups, delille, Enéide, xi. || Croiser la baïonnette, en présenter la pointe en avant; mouvement ainsi dit parce que le fusil est mis à peu près en croix avec le corps. || 2* Terme de tisserand. Croiser les soies, les tordre par le moyen d'un métier à tirer les soies. || Croiser une étoffe. Faire passer des fils de la trame d'une étoffe dans une double trame. || Terme de vannier. Mettre les osiers les uns sur les autres en les travaillant. |] 8" Terme de versification. Croiser les rimes, croiser les vers, écrire une pièce de vers en rimes croisées. M. de Voltaire a croisé les vers de la tragédie de Tancrède, et au moins cette singularité n'a-t-elle pas nui au succès de la pièce, l'une des plus intéressantes du plus pathétique de nos poètes, marmont. Élém. de litt. Œuvres, t. v, p. 4 4 9, dans pougens. || 4° Terme de manège. Croiser la gaule en arrière, frapper le cheval sur la croupe. || 5° Couper, traverser, en parlant d'une route, d'une ligne. Cette route croise celle qui va de Paris à Lyon. Je le vis devant moi qui croisait le chemin. L'éclair croise l'éclair; l'ai: mugit, le ciel gronde, ducis, Oscar, m, t. C'est un gouffre obscurci de sapins centenaires Où les torrents et les tonnerres Croisent des éclairs et des flots, v. hugo, Odes, m, 6. || Terme de chasse. Croiser les chiens, traverser la voie de l'animal qu'ils poursuivent. || Terme de gravure. Croiser, couper une suite de tailles par d'autres tailles. || On dit qu'une lettre, qu'un courrier en croise un autre, quand

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deux lettres, deux courriers, partis de points opposés, passent l'un à côté de l'autre en suivant une direction inverse. Cette lettre a croisé peut-être celle où elle sert de réponse, sév. 294. || Fig. Croiser quelqu'un, le traverser dans ses desseins. De quelle manière les choses viennent croiser notre chemin, sév. Hi. Il faut ajouter ici une autre bagatelle, parce que j'ai cru lui devoir des suites qui ont fort croisé ma vie, st-sim. 108, 4 5». Mes amis, relisez Richardson, vous ne déprimerez plus de grands talents qui vous croisent ou qui vous humilient, dioer. Éloge de Richardson. Résolu de décrier un art qui croisait son autorité, id. Pens. phil. 47. || 6° Biffer, effacer en raturant. Il a croisé trois ou quatre articles de mon compte. || 7° Accoupler des animaux de même genre, mais d'espèces différentes. Croiser des moutons français avec des mérinos. Peut-être même ne perdent-ils pas à ce mélange, s'il est vrai que les hommes gagnent, comme les animaux, à croiser leurs races, raynal, Hist. phil. vin, 7. || 8" V. n. Passer l'un sur l'autre, en parlant des pans d'un vêtement. Cet habit croise trop. || Les branches de l'espalier croisent, quand elles passent les unes sur les autres et font une manière de croix. || 9° Terme de marine. 11 se dit des navires qui vont et viennent dans un même parage. Croiser à vue de terre. Croiser au large. Vos vaisseaux ont croisé jusqu'à l'Ile d'Ouessant, sév. 686. || 10° Se croiser, v. rèfl. Être ou se mettre en travers l'un sur l'autre. Les deux glaives se croisent. Le point où deux lignes, deux chemins se croisent. || 11° Aller dans une direction différente ou opposée. Nous nous croisâmes «n route. Le fleuve était couvert de nacelles qui se croisaient dans tous les sens. Nos deux lettres se croisèrent. Nous nous aimions sans nous connaître; Nos baisers se croisaient dans l'air, bérang. Maudit print. Ils parcouraient tumultueusement la ville, cherchant les uns des vivres, d'autres des fourrages, quelques-uns des logements; on se croisait, on s'entre-choquait, et, l'affluence augmentant à chaque instant, ce fut bientôt comme un chaos, ségur, Hist. de Nap. iv, 7. En même temps la file des voitures s'arrêtait incertaine, le trouble s'y mettait : les uns voulaient continuer, d'autres retourner; elles se croisèrent, se culbutèrent; ce fut bientôt un tumulte, un désordre complet, m. ib. ix, ». || Fig. Des intrigues qui se mêlent et se croisent. ||Ils se croisent dans leurs prétentions , ils se font mutuellement obstacle. On voit dans le monde, des personnes publiques, des familles d'un grand nom, se croiser, se détruire, se regarder avec des yeux jaloux, mass. Car. Pard. des o/T. Il faut que l'État soit neutre en sa douane et son commerce, et qu'il fasse en sorte que ces deux choses ne se croisent point, montesq. Esp. xx, ta. || 12° S'engager dans une croisade. L'avanie détermina les Vénitiens à se croiser contre les Turcs, montesq. Rom. 23. || Par extension, entrer dans une expédition commune faite par une coalition; cela ne se dit guère que d'expéditions faites au nom de principes religieux ou monarchiques. Les rois se croisèrent contre la Révolution française. || 13° S'accoupler par croisement. Le loup peut se croiser avec le chien. || 14° Se croiser, se dit d'un cheval dont les deux bipèdes latéraux ne suivent pas la même ligne dans la marche en avant, et dont les hanches vacillent de côté et d'autre. || 15° Terme de tailleur. Se croiser sur l'établi, s'y asseoir pour travailler et se mettre les jambes l'une sur l'autre.

HIST. xi' s. Cruisiedes [il] a ses blanches mains

les bêles, Ch. de Roi. clxiv. || xn's. [Il] croisa la main, s'est un peu aclinez , Ronc.Q. 63. Ne remainrai avecques ces tirans Qui sont croisé à loier Pour dimer clers et bourjois et sergens; Plus en croisa envie qu'encreance [l'envie en détermina plus à se croiser, que la foi. la croyance], quesnes, Romancero, p. 97. Mais se volez la terre e le règne laissier Pur le servise Deu, e vus voilliez cruisier, Th. le mort. H 6. || xni* s. Tuit cil qui se croiseraient et feraient le servise Dieu un an en l'ost seraient quites de tous les pechiés, villeh. i. Il en orent tel duel [deuil] que chascuns se croisa, Berte, cvm. Chi vous lairons Jou roi Richart qui est emprisonnés; si dirons dou comte de Blois qui monta sour mer à Marselle, voile croisiet, Chr. de Rains, p. 46. Et il me dit ainsi : Sire, vous verres que le roy se croisera demain, jomv. 299. Après ce que il fu croisié, se croisierent Robert le conte d'Artois, Auphons [Alphonse] conte de Poitiers, etc. m. 208. || xv° s. Et seoit le dit duc de Bourbon par usage le plus du jour au dehors de son pavillon, jambes croisées, froiss. ni, îv, t6. Quand [les chevaliers envoyés en Bretagne par Richard] purent sentir

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qu'ils eurent vent pour partir, ns croisèrent leurs nefs et entrèrent en leurs vaisseaux et desancrerent et partirent, id. ii, ii, 69. Ces capitaines firent en Bigorre plusieurs courses et envahies, et se croisoient en courant et chevauchant le pays, id. h, m, 6. Là s'arresta le chevalier sur les champs et dit : « Vez-ci Berne», etestoit sur un chemin croisé, et nesavoit lequel faire ou d'aller à Morlens ou à Pau, id. ii, ut, ii. Jà leur avoit on baillé nouvelles lances: et se cuiderent très bien atteindre, mais non firent; car les chevaux croisèrent, par quoy leurs coups n'eurent point de force; si passèrent outre, ro. liv. iv, p. 44, dans lacdrne. [Le connétable de Clisson] se couvrait contre les coups [de son assassin] et croisoit son badelaire [épée] en soy deffendant vaillamment, id. liv. iv, p. 142. || xvi's. Parquoi adonc ensemble se serrèrent, Tindrent bonne ordre, et leurs picques croyserent, j. marot, v, 137. Comme ilz vindrent à s'entrecharger, les espées croisans glissèrent jusques sur leurs mains, amyot, Pomp. 27. Quand je me suis veu croisé par mes inférieurs, et par ceux mesmes, qui sous mon nom esloient entrez à son service, je me suis payé, en disant: Eux et moi avons bien servi, d'aub. Hist. prit. 6. Ces deux compagnies trouvent à une lieue St Jean Puigaillard qui leur croisoit le chemin, id. ib. l, 335. Les chrestiens pour expier leurs crimes se croisoient, et alloient faire la guerre contre les mescreans, Sat. Mén. p. 68. Il fautque la nourrice soit de bonne habitude, et bien saine, bien quarrée de poitrine, et bien croisée d'espaules,pARÉ, xvm,23.

— ÉTYM. Wallon, creûheler; Berry, queroiser; provenç. croiar; catal. crusar; espagn. et portug. cruzar; ital. crociare; du latin crux, croix.

t CROISERIE (kroi-se-rie), s. f. Ouvrage de brins d'osier croisés les uns sur les autres.

— ÉTYM. Croiser.

t CROISETE, ÉE (kroi-ze-té, tée), adj. Terme de blason. Croix croisetée, croix garnie d'une croisette.

— ÉTYM. Croisette.

+ CROISETTE (kroi-zè-f), s. f. || 1° Terme de blason. Petite croix. || 2° Terme de marine. Barre de perroquet. || Cheville qui joint le bâton du pavillon avec le mât qui est au-dessus. || 3° Terme d'escrime. Fleuret de maître d'armes. || 4° Terme de botanique. Plante des champs (gaillet crucié), dite aussi croix de St-André (genliana cruciata, L. ). || 5° Terme de minéralogie. On des noms de la staurotide ou pierre de croix.

— HIST. XV s. Et sur le chevron messire Robert portoit une petite croisette d'or, froiss. i, i, 134. Que ma borce est mal garnie I Aler ne puis en compaignie ; Y n'i a miton ni croisete [petite monnaie] .... Le jeu des trois rois. || xvi° s. Ils estoient tous couverts de tapis parsemez de croisettes de Lorraine, noires et rouges, Sot. Xén. p. 26. Grèves faites d'argent et jointes à clous d'or; D'or les boucles estoient, où sourdoient eslevées Mille croisettes d'or au burin engravées, rons. 932.

— ÊTYM. Diminutif de croix; provenç. croieta. + CROISETTE (kroi-zè-té) , adj. Voy. croisete. CROISEUR (kroi-zeur), s. m. |j 1° Terme de

marine. Vaisseau de guerre qui est en croisière. || Adjectivement. Un bâtiment croiseur. Malgré la vigilance de dix bâtiments croiseurs avec quatre-vingtsix canons, raynal, Hist. phil. vu, <4. || Capitaine d'un vaisseau croiseur. || 2° Hirondelle de mer. || 3° Dans les mines, filon qui en coupe un autre.

— ÉTYM. Croiser.

f CROISIER (kroi-zié), s. m. Nom d'un ordre religieux, congrégation de chanoines réguliers.

CROISIÈRE (kroi-ziê-r'), s. f. ||1° Terme de marine. Action de croiser. Tenir la croisière. La croisière a duré trois mois. Après trente et un jours de croisière sans rien trouver, je joignis, le 18 juin, une flotte hollandaise que j'attendais depuis quinze jours, Rapport de J. bart, 1696, dans jal. || 2° Parages où l'on croise. La Manche est une mauvaise croisière. Les croisières n'y sont pas faciles, raynal, Hist. phil. xni, 46. || 3° Vaisseaux qui croisent. Une forte, une nombreuse croisière. || 4° Rencontre de deux chemins de fer qui se croisent de niveau.

— HIST. xv s. Adonc les prélats en leurs prelalations et seigneuries commencèrent à prescher ce voyage par manière de croisière [croisade] , froiss. h, n, 207.

— êtym. Croiser.

t CROISILLE (kroi-zi-ir, «mouillées), s. f. Pièce du rouet des fileurs de corde, qui porte les molettes.

— ÊTYM. Croiser.

CROISILLON (kroi-zi-llnn, ii mouillées, et non

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kroi-zi-yon), s. m. || 1° La traverse d'une croix. La croix de Lorraine avait deux croisillons. || 2° Ce qui sépare une croisée de fenêtre en deux. Croisée à deux croisillons. || Petites tiges de bois ou de plomb qui remplissent le châssis d'une croisée. || 3° Morceaux de charpente qui se croisent perpendiculairement. || 4° S. m. plur. Branches de fer qui, se croisant dans le cœur d'un arbre tournant, l'empêchent de se fendre.

— HIST. xiv s. Une autre crois à double croisollon, où il a du fust de la vraie crois, Bibl. des Chartes, 4- série, t. v, p. 170. || xvi* s. Ils portent leur petanl à la grille d'un canal qui entrait dans la ville, appliquent ce pétard, le font jouer, et en emportent un croison, d'aub. Hist. m, 246.

— ÊTYM. Croix.

t CROISOIRE (kroi-zoi-r'), s. f. Instrument pour rayer le dessus du biscuit de mer.

— êtym. Croiser.

CROISSANCE (kroi-san-s'), s.f.\\i° Développement progressif des corps vivants, particulièrement en hauteur. Prendre sa croissance. L'âge de croissance. Avoir toute sa croissance. || 2° On donne ce nom à certaines racailles, ou à des herbes de mer congelées , dont on fait l'ornement des grottes. Celles qu'on appelle croissances des Indes sont en forme de crête de coq.

— HIST. xrv s. Les metalx n'ont fors que l'essence; Les herbes ont estre et croissance, Nat. à l'alch. err. 76. || xv* s. La lune estoit à neuf jours de croissance, E. deschamps, Naiss. de Charles VI. || xvi* s. Ce que fait aussi ledit Egyptiac appliqué seul sur la croissance de la chair mauvaise, paré, ix, 6. Créons, ordonnons et establissonsdeux foires de croissance [de plus] au dit lieu de Montargis, outre celle qui a accoustumé seoir, thaumassierk, Coût, de Berry, p. 406, dans lacurne.

— ÊTYM. Provenç. creissensa; catal. crexeiau ; anc. espagn. crecencia; ital. crescenxa; du latin crescentia, de crescens (voy. croissant i).

1. CROISSANT, ANTE (kroi-san, san-t'), adj. Qui croît. Fureur croissante. Une population croissante. Un bruit croissant. Je priais; par degrés d'affreux pressentiments D'une terreur croissante ont pénétré mes sens, delav. Vêpres sicil. m, i. Que Dieu bénisse votre famille croissante et donne à ma patrie, dans vos enfants, des citoyens qui vous ressemblent, J. J. rodss. Lelt. à M. Xoultou, Corresp. t. v, p. 152, dans pougens. Je sentis à mon trouble croissant que j'allais me perdre, et je m'arrêtai, id. Hél. i, 1. 1| Terme de marine. Échelle de latitude croissante, échelle au moyen de laquelle on mesure les distances parallèles à l'équateur, sur les cartes dont tous les méridiens sont parallèles entre eux.

2. CROISSANT (kroi-san), s. m. || 1° Temps pendant lequel la lune croît, c'est-à-dire a une augmentation apparente, et, par une extension naturelle, temps depuis la lune nouvelle jusqu'à la pleine lune. Au dixième croissant de la lune nouvelle, On peut du fier taureau dompter le front rebelle, delille, Géorg. i. || Par restriction à la forme, on nomme croissant la figure échancrée delà lune plus petite que le demi-cercle. Le croissant se dit de la nouvelle lune jusqu'au premier quartier; il se dit aussi de la figure échancrée depuis le dernier quartier jusqu'à la nouvelle lune. La lune est dans son croissant. Le croissant de la lune, constamment dirigé vers le soleil, indique évidemment qu'elle en emprunte sa lumière, la place, Expos, i, 3. || Fig. et par plaisanterie, être logé au croissant, être delà confrérie des maris trompés par leurs femmes. Son ascendant Toujours l'entraîne à loger au croissant, Théatr. ital. Baguette de Vulcain, dans LEROux,Dtc«. comique. || Croissant solaire, forme en croissant que présente le soleil à un certain moment d'une éclipse. || 2°Terme de blason. Le croissant prend différents noms suivant sa situation croissant renversé, croissant couché, croissant montant, croissants adossés. || 3" Les armes de l'empire turc. Mahomet II arbora le croissant sur les murs de Constantinople. || La Turquie. Faire trembler Memphis ou pâlir le croissant, boil. Sat. rx. Le sort longtemps barbare Me fit quitter bientôt l'empire du croissant, volt. Zaïre, n, ». Contre le croissant déployant leur bannière, id. Tancr. ni, 4. || 4° Ce qui a la forme du croissant de la lune. Cela est en forme de croissant. || Nom d'ouvrages nouveaux dans les places de guerre (au temps de Louis XIV). Ces ouvrages inconnus jusques ici dans notre fortification se nomment des flèches à cause de leur figure, et sont, à l'égard de ces angles saillants, ce qu'est une contre-garde à l'égard d'un bastion; il y a aussi, entre les deux, d'autres peins

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ouvrages qu'ils nomment croissants; et lout cela palissade, quoique de terre simplement, se défend assez bien l'un l'autre, quand on a beaucoup de monde et beaucoup de feu , pelusson, Lett. hist. t. ni, p. 32». || 6* Un instrument de fer en arc, emmanché dans un long bâton, qui sert à tondre les charmilles et autres palissades. || 6' Petites branches de fer poli, faites en forme de croissant, qu'on scelle au dedans des jambes des cheminées pour tenir la pelle et les pincettes. || Branches de fer ou de cuivre pour soutenir les portières, ou les rideaux d'une fenêtre. || 7* Terme de serrurier. Êvidement dans la platine d'une targette, d'un loqueteau, d'un verrou à ressort. || Terme de luthier. Enfoncement fait en forme de demi-cercle aux cotés des violons, des violes et basses violes. || 8° Terme de marine. Portion de cercle décrite par le bout de la barre du gouvernail. || Massifs de bois dur, qui, placés sur l'avant des affûts, d'une flasque à l'autre, facilitent le pointage des canons. || 9° Terme de vétérinaire. Êminence semi-lunaire existant à la surface de la sole du cheval et formée par une déviation de l'os du pied, dans la fourbure chronique. || 10" Ordre du Croissant, ordre de chevalerie institué au quinzième siècle par René d'Anjou, dit le bon roi de Sicile, et composé de trente-six chevaliers, qui avaient un croissant d'or pour marque, avec le mot Loz pour devise. || 11* Papier qui offre trois croissants dans le filigrane. || 12* Petit pain ou petit gâteau qui a la forme d'un croissant.

— hist. xni" s. Il fist la lune en ses tens, en croissant et en décors, Psautitr, f* 43*. Soleil et lune et ans et jors, Et les croisans et les décors, Partonop. v. 855. Nui chapuisieres ne puet mètre croissant de fust en harçon ne en haume, en quelque lieu que ce soit, Liv. des met. 2(6.

— ÉTYM. Croissant l , à cause que 1a lune est en croissance (au moins dans une de ses phases) quand elle a la forme d'un croissant; angl. crescent.

t CROISSEMENT (kroi-se-man) , *. m. Action de croître.

— hist. xn* s. Li parrains fu ocii e gist en Orient; Car sainte iglise esteit idunc en creissement, Th. le mort. '67. Maintes foiz, si com nos avons là desor dit, est nostre oevre occaisons de dampnation, et si quidons ke ele soit creissemenz de vertut, Job, 469. || xvi* s. Ces dent» se peuvent régénérer et ont croissement continuel jusques à la mort, paré, iv, 2. Les croissements des vignes et la couppure des sarmens, laur. nu premier faict, Trad. de la vieillesse de Cicéron, f* 35, dans raynouard. En tous baux et fermes de censés et métairies faits à outrée ou enchère publique, il y a régulièrement tiercement, moitiement et croissement qui doivent es- Ire faits dedans quarante jours, à prendre du jour de l'outrée première et principale, Coust. génér. t. u, p. 40S8.

— ÉTYM. Croître; provenç. creisshement , creycement; anc. catal. crexement ; espagn. crecimiento ; it al. crescimento.

CROISCRE (kroi-zu-r*), s. f. La tissure de la serge qui se fait en croix, par opposition à celle du drap qui se dit filure. || Terme de marine. Croix que les vergues font avec les mâts. || Croiiure d'un cordage, l'endroit où les doubles se rencontrent. || Action de croiser les rimes de vers, d'entre-croiser de différentes mesures. La diversité de la mesure et de la croisure des vers que j'y ai môles, cor*. Rodog. examen. [| Terme de blason. Centre d'un écu divisé en quatre quartiers. || Opération par laquelle, les cocons étant transformés en soie grége, on croise deux brins à la sortie des filières. || La levée la plus large dans un marais salant.

— HIST. xv* s. Estoit gent en corsage plus qu'autre; droict comme un jonc; fort d'eschine et de bras, et de bonne croisure, g. chastel. Éloge du bon duc Philippe.

— ETYM. Croiser.

CROÎT (kroî; le t ne se lie pas dans le parler ordinaire; au pluriel, Fi se lie : lescroî-z appartiennent ...), s. m. |I 1° Terme d'agriculture. Augmentation d'un troupeau parles naissances de chaque année. Le cheptel se donne à perte età croît. || 2" Terme de droit. Le croit des animaux. Lecroîtappartient au

propriétaire La plupart sont déjà Aussi grandes

que leurs mères; Le croît m'en appartient, la font. Fabl. iv, '2. || Bail à croit, bail de bétail fait à charge d'en partager le produit. || Croît de cens, synonyme de surcens.

— HIST. xni* s. Qui vos donra [donnera] de rentes crois, Partonop. v. 6309. Et se aucuns tient en fié franc, la garde de l'enfant et des choses sont ou pooir au 'plus prés, et sunt tuit li croiz des fruiz et dou fié

à celi qui l'a eu garde, Liv. de just. 58. Mors fait laissier usure et crois, hklinand, Vers sur la mort, dans raynouard. || xiv* s. Un agneau que le suppliant avait baillié en croiz et en chatel [cheptelj à Guiot, nu cange, crescentia. Comme le suppliant eust pris à crois et en chastel deux buefs, id. ib. || xvi* s. L'homme marche entier vers son croist et vers son decroist, mont, ni, 274. Ceux qui ont droit de mettre bestes chevalines et vaches avec leurs suittes, n'y mettront que le croist et suitte de l'année seulement, Coust. génér. t. n, p. 8. Toutes manières de bestes se peuvent bailler à croist et chaptel, le dit chaptel estimé par le bail pour tel prix qu'il sera convenu entre les parties, ib. t. i, p. 888.

— ÊTYM. Croitre; wallon, cru*, le surplus d'une chose; Berry, croit, croissance (cet enfant a fait son croît), et le cret, le croît; provenç. creys.

CROÎTRE (krol-tr'; au xvii* siècle plusieurs prononçaient craltre; et en effet les poètes font rimer croître avec des sons en aitre; La victoire aura droit de le faire renaître; Si ma haine est trop faible, elle la fera croître, corn. Sert, m, 4; Celui qu'ils craignaient fut le maître; Proposez-vous d'avoir le lion pour ami, Si vous voulez le laisser croître, la font. Fab. u , l ; X de moindres objets tu peux le reconnaître; Contemple seulement l'arbre que je fais croître, louis »AC. Religion, i. Quel parti prendre ? où suis-je? Et qui dois-je être? Sur quel terrain puis-je espérer de croître? volt. Pauvre diable. Cette prononciation est tout à fait abandonnée par l'usage), je croîs, tu croîs, il croît, nous croissons, vous croissez, ils croissent; je croissais; je crûs, tu crûs, il crût, nous crûmes, vous crûtes, ils crûrent; je croîtrai ; je croîtrais; croti, croissons; que je croisse, que nous croissions: que je crisse; crû, crue; croissant, v. n. irrég. || 1" Acquérir une taille plus grande, se développer, en parlant des êtres animés. Cette pluie a fait croître les blés. Ils sont crûs de six grands doigts, voit. Lett. 42. Laissez-le croître, ce roi chéri du ciel; il saura tantôt se servir, tantôt se passer de ses plus fameux capitaines, boss. Louis de Bourbon. Ainsi l'on vit l'aimable Samuel Croître à l'ombre du tabernacle, rac. A thaï, u, 9. Le bois qui, dans le même terrain, croît le plus vite est le plus fort; celui qui a crû lentement est plus faible que l'autre, bdffon, Exp. sur les végét. 4"mém. Toutes les parties d'un corps organisé ont à croître, et, tandis qu'elles croissent, elles continuent à s'acquitter des fonctions qui leur sont propres, bonnet, Contid. corps organ. Œuvres, t. v, p. 300. Ce jeune homme qui croissait pour changer la face de la botanique, condorcet, Linné. Ce retard donnait aux moissons nouvelles des Russes le temps de croître; elles nourriront sa cavalerie [de Napoléon]; son armée traînera moins de transports à sa suite, ségur, Hist. de Nap. n, *. || Ne Taire que croître et embellir, se dit d'une jeune personne qui devient plus belle en devenant plus grande. |] Fig. Des caresses qui ne faisaient que croître et embellir, hamilt. Gramm. (4. Une passion qui ne fait que croître et embellir, volt. Lelt. à Cath. «3. || Ironiquement. L'approche de l'air de la cour a donné à son ridicule de nouveaux agréments, et sa sottise tous les jours ne fait que croître et embellir, mol. Comt. d'Escarb. 4. || Il est crû comme un champignon, tout en une nuit, se dit d'un homme de néant qui a fait une grande fortune en peu de temps. || 2° Par extension. Croître en beauté, en sagesse, eu vertu, acquérir progressivement plus de beauté, plus de sagesse, plusdevertu. || 3° Provenir, en parlantdes végétaux. 11 ne croît pas de blé en ce pays. La vigne ne croit pas dans les pays du nord. || Par extension, en parlant de choses inanimées. Cette pierre est crueen unegrande montagne, pasc. Proph. 25. || Fig. Il y croît [à Paris] des badauds autant et plus qu'ailleurs,C0RN. Ment. I, 1. 1| 4* Devenir plus grand, en parlant des choses inanimées. Les pluies ont fait croître la rivière. La lune commence à croître. Le Dieu de Seine était dehors X regarder croître l'ouvrage, malh. ii, 3. Puisque le jugement nous croit par le dommage, Régnier, Éptt. n. Ton nom ne peut plus croître, il ne lui manque rien, corn. Hor. u, 6. Ainsi l'ont autrefois versé [leur sang] Brute et Manlie ; Mais leur gloire en a crû loin d'en être avilie, in. Poly. v, 4. Mais malgré ma bonté qui croît plus tu l'irrites, id. ib. v, 2. Votre péril croîtrait, et je serais perdue, id. Hodog. m, I. Malgré tous mes respects je vois de jour en jour Croître sa résistance autant que mon

amour, id. Perthar. n, 3 Un si rare mérite

Semble croître de prix quand par force on le quitte, id. Sertor. I, 3. Vos impostures croissent tous les jours, pasc. Prov. tt>. C'est ainsi que vous faites croître peu à peu vos opinions, m. ib. 13. Ta faveur

de Mme de Maintenon croît toujours, sév. 432. Les persécutions feront croître l'Église, boss. Hist. u, 7. Sa grandeur est crue selon la mesure de sa bassesse, id. Asc. i. Cependant l'empire des Perses allait croissant, id. Hist. i, 8. Que le trouble, toujours croissant de scène en scène, X son comble arrivé, se débrouille sans peine, boil. Art p. m. [Cet amour] Dont les feux avec nous ont crû dans le silence, rac. Baj. h, 5. Je sens croître ma joie et mon étonnement, id. Iphig. u, 2. Je vois mes honneurs croître et tomber mon crédit, id. Brit. t, '. Ah! laisse à ma fureur le temps de croître encore, id. ^ndr. n, I. Le trouble semble croître en son âme incertaine, id. Phèd. v, 6. Votre douleur redouble et croît à chaque pas, id. Iphig. n, ). Plus la dépravation sembloit croître parmi les homme».... mass. Av. Noël. Il y a, dans la cour d'une mosquée, une colonne où l'on marque les degré» de l'accroissement du Nil , et, chaque jour, des crieurs publics annoncent dans tous les quartiers de la ville de combien il est crû, rollin, Hist. anc. Œuvres, t. I, p. 37, dans pougens. De sorte que le pouvoir va croissant et la sûreté diminuant, jusqu'au despote, sur la tête duquel est l'excès du pouvoir et du danger, montesq. Esp. vin, 5. La quantité de marchandises et denrées croit par une augmentation de commerce, id. ib. xxn, 8. Depuis les Perses nous voyons croître le luxe en Asie et, par conséquent, les dépenses; mais nous ne voyons pas croître les richesses prises pour la masse des denrées et des matières premières, condillac , Hist. anc. Lois, ch. 9. Comme si l'objet de l'intrigue n'était pas rempli quand l'intérêt croît d'acte en acte, marm. Rép. à La Harpe, Œuvres, t. xvii, p. 34, dans pougkns. Et les maux de l'exil et de l'oppression Croissent au souvenir de sa chère Sion, delille, Pitié, iv. || 5° V. a. Augmenter, accroître. Qu'à des cœurs bien touchés tarder la jouissance C'est infailliblement leur croître le désir, malh. h, 8. M'ordonner du repos, c'est croître mes malheurs, corn. Cid, u, s. Regarde-le plutôt pour exciter ta haine, Pour croître ta colère et pour hâter ma peine, id. tb. m, 4. Mais la plus belle mort souille notre mémoire, Quand nous avons pu vivre et croître notre gloire, id. Ct'nno, il, 4. Ma mort était ma gloire, et le destin m'en prive Pour croître mes malheurs et me voir ta captive, id. Pomp. m, 4. Loin de me soulager, vous croissez mes tourments, id. Médée, v, 3. De ceux qui m'ont trahi croissez l'indigne nombre, id. Perthar. v, 3. Me plaindre à l'empereur serait croître ma peine, rotrou, Bélis. m, 3. Peuvent-ils [les domestiques] croître leurs gages en se garnissant? pasc. Prov. 6. Je ne prends point plaisir à croître ma misère, rac. Baj. m, s. Que ce nouvel honneur va croître son audace, id. Esth. m, 3. Tu verras que les Dieux n'ont dicté cet oracle Que pour croître à la fois sa gloire et mon tourment, id. Iphig. iv, I. Faut-il payer si cher cette paix d'un moment Qui croîtrait à la fois ma honte et mon tourment? delille, Par. perdu, iv. Pourquoi chercher vous-même à croître vos ennuis? ducis, Othello, v, 2. || Proverbe. Mauvaise herbe croît toujours, se dit par plaisanterie des enfants qui grandissent beaucoup. || X chemin battu il ne croît point d'herbe. || On disait par plaisanterie à ceux qui se plaignent qu'une chose n'est pas assez grande: Faites-la éternuer et lui dites : Dieu vous croisse.

— rem. i. Croitre se conjugue avec l'auxiliaire orotr quand il exprime l'action de croître : La rivière a crû d'un pied; cet enfant a crû de trois centimètres. Il se conjugue avec l'auxiliaire être, quand il exprime l'état : La rivière est crue; cet enfant est crû de deux pohces. || 2. Croitre a été employé activement; c'est du reste un archaïsme, mais qui est de très-bon usage dans la poésie et la prose élevée.

— SYN. croître, augmenter. Croître se dit des êtres animés dont la taille devient plus grande : Cet enfant croît rapidement; cet arbre a crû beaucoup dans l'année. Augmenter ne peut se dire des êtres animés : ni un enfant ni un arbre n'augmentent; augmenter implique une idée d'agrandissement en tous sens qui n'est pas dans croître. Mais quand il s'agit de choses au propre ou au figuré, croître et augmenter sont synonymes; sa générosité CiC't >u augmente tous les jours; l'incendie croît ou augmente; avec cette nuance cependant que croître porte à l'esprit l'idée d'un développement semblable à celui d'un être animé, et augmenter celle d'un agrandissement brut et en tout sens.

— HIST. xi* s. Soleil n'i luist, ne blet n'i puet pas creistre, Ch. de Roi. lxxvi. || xn* s. En France crut si dolereus tourment, Ronc. p. 67. Dex! puis leur est si grant peine creile, ib. p. 69. Par Guenelon me

CRO

croist peine moût grant, Ronc. p. 86. Car sor chascun [il] tist croistre unaubespin, ib. p. 155. Croistre [il] vous veut d'onor et de bernage, ib. p. 169 Belle nièce Aude, or vous croist segnorie, ib. p. 100. Ja n'i croistra vos los ne vos honors, Coud, vu. Si fia reine Blanche] fait fermer [fortifier] chastiaus, pour mieus valoir; De tant sont jà par lui [elle] creû si hoir, hues de la fertê, Romancero, p. 183. || xin* s. Dame, ce dist li rois, honor vous est creûe, Rerte, lxxx. En plorant s'en part Berte, cui Diex croisse bontés, ib. cxxxn. Et tout adiès croissoit li os [l'armée] de jor en jour, h. de valenc. 44, Et bien saciez de voir que vous avez aillours deux tans de gens que vous n'avez chi, et se iestes en vostre terre, et toujours vous croistront gent, Chr. de Rains, p. 76. Devant els [ils] virent un enfant; Gen; ert et grant et ben creUz, Lai del désiré. Car les gens le conte croissoient, Qui plus et plus tous jours venoient, Bl. et Jeh. 4236. Toute autre manière de fruit crut en règne de France, aus, oignons, Liv. des met. 32. Quant li arbres furent creû, la Rose, 599. Et si estait [un pin] si haut creQs, Qu'où vergier n'ot nul si bel arbre, ib. 1438. Cil qui à lui ira de moi iert allés; Si licroistrai sa rente de mil mais d'or pesés ; Si iert tote sa vie mes drus et mes privés, Ch. dAnt. y, HO. Tout soit-il ainsi que 11 vin ou Jl blé soient encore sor les liex où ils crurent, beauh. xliv, 41. Et se le [la] mesure est plus grans qu'à Clermont, si comme ele est en aucunes viles, on doit croistre du pris, id. xxvii, 16. || xiv* s. Donnons povoir de mander et assembler gens d'armes et de pié, de les croistre et amenuiser toutes et quantes fois que bon vous semblera. Ord. des rois, t. in, p. 160. Et les richesses de^celul qui pesche, [pèche] en prodigalité ne croissent pas moult, oresme, Eth. 108. || xv s. Finalement leur défense ne valut néant, car gens d'armes frisques et nouveaux croissoient toudis sur eux, froiss. I, 1, 108. Les saisons passèrent, et ce jeune duc de Guéries cresist en honneur, en force, en sens et en grand vouloir de faire armes, id. h, m, 94. Afin qu'en eulx dignité plus en cresse, ch. d'orl. Compl. de la France. Estez nouriist et croist selon raison Vignes et blez et tous biens de nature, e. desch. Adieu jeunesse. Afin que chascun soit engrant [désireux] De croistre [enchérir], et que au plus offrant.... id. Poésies mss. f° 407, dans lacurne. Pour lorsle cueur lui estoit creu, et ne se trouvoit point humble envers ledit duc comme autrefois, comm. ii, 6. || xvi" s. Ce qu'ilz ont fait, car par rapt, tromperie, Ont augmenté et creu leur seigneurie, Malle herbe croist trop plus que l'on ne veut, j. marot, v, 69. 11 mesloitdans sa mangeaille des pierres pour en croistre la mesure, mont, ii, 176. En la grande place de Syracuse l'herbe estoit crue si haulte et si forte que les chevaux y paissoient, amyot, Timol. 32. Au moyen de quoyle cueur leur estant creu, ilz allèrent incontinent mettre le siège devant la ville d'Acerres, id. Marcel. 6. En une abbaye au dessous de Beaurevoir, où croist la rivière de l'Escaut,

M. DU BELL. 4t.

— ÊTYM. Berry, crêlre; wallon, crèhe, au participe, créhou, crû; namurois, crèche, au participe, créchu; rouchi, crécher; saintong. crétre; provenc. crescer, creisser ; catal. crexer , espagn. crecer ; ital. crescere; du latin crescere.

CROIX (krol; 1'* se lie : une croî-z argentée), s. f. || 1° Sorte de gibet où l'on attachait, dans l'antiquité, certains criminels. Le supplice de la croix. Il le fit attacher en croix au pied du rocher, vaugel. Q. C. liv. vu. Les haches et les croix sont lasses de trépas, rotr. St Gen. n, 8. Un soldat qui gardait les croix vit de la lumière dans le monument, stêvremond, Matrone d'Éphèse. Ils l'attachèrent aune croix qui était un supplice ordinaire chez les Carthaginois, et l'y firent pérjx, rollin, Hist. anc. Œuvres, t. i, p. 330, dans" pougens. La colère du roi n'étant pas encore assouvie, il fit voir un spectacle horrible aux yeux même des vainqueurs; ces deux mille hommes étant restés du massacre, après qu'on fut las de tuer, il les fit attacher en croix le long du rivage, id. t'6. t. vi, p. 289. X la croix, il [Jésus] regarde dans les prophéties ce qui lui restait à faire, il l'achève, et dit enfin : Tout est consommé, boss. Hist. Il, 6. Aussitôt qu'il [Jésus] fut à la croix, le voile qui couvrait le sanctuaire fut déchiré de haut en bas, et le ciel fut ouvert aux âmes saintes; c'est au sortir de la croix et des horreurs de son supplice qu'il parut à ses apôtres, glorieux et vainqueur de la mort, afin qu'ils comprissent que c'est par la croix qu'il devait entrer en la gloire et qu'il ne montrait point d'autre voie à ses enfants, id. ib. La croix est la vraie épreuve de la foi , le vrai

CRO

fondement de l'espérance, le parfait épurement de la charité, en un mot le chemin du ciel; Jésus-Christ est mort à lacroix, il a porté sa croix toute sa vie; c'est à la croix qu'il veut qu'on le suive, et il met la vie éternelle à ce prix, id. t'6. Et, d'une infâme croix souffrant l'ignominie, Doit la mort aux ingrats qui lui devront la vie, deulle, Par. perdu, xn. Il %° Le bois même où Jésus-Christ fut attaché. La vraie, la sainte croix. || Invention de la sainte croix, Exaltation de la sainte croix, nom de deux fêtes que l'Église romaine célèbre: la première le S mai, en mémoire de ce que sainte Hélène, mère de Constantin, trouva la vraie croix ; la seconde le 1 4 septembre, en mémoire de ce que Héraclius rapporta sur le Calvaire la vraie croix enlevée quatorze ans auparavant par Cosroès roi de Perse. || Plg. Mettre une injure, une disgrâce, son ressentiment au pied de la croix, se résigner, pardonner pour l'amour de Dieu. || 3° Par extension, le christianisme. Faire triompher la croix. L'étendard de la croix. La prédication du mystère de la croix est folie à ceux qui périssent et ne paraît un effet de la puissance de Dieu qu'à ceux qui se sauvent, c'est-à-dire à noua noss. Hist. ii, 11. Un ouvrage [le monde] dont II [l'homme] entendait la sagesse ne l'a point touché; un ouvrage lui est présenté où son raisonnement se perd, et où tout lui paraît folie, c'est la croix de Jésus-Christ, id. t'6. La conversion du momie ne devait être l'ouvrage ni des philosophe» m même des prophètes ; il était réservé au Christ, et c'était le fruit de sa croix, id. «6. Constantin devenu la conquête de la croix, mass. Pet. car. Drap. Paris va révérer le martyr de la croix, volt. Zaïre, II, *. Quand la croix, si honteuse et si dure aux pervers, N'aurait pas subjugué le perfide univers, X sa morale seule on la croirait divine, bernis, Relig. vengée, x. 114° Terme de dévotion. Affliction que Dieu envoie aux hommes pour les éprouver. Aussi le corps se plaint, le corps gémit sans cesse, Accablé sous les moindres croix, corn, finit, i, 21. La loi la plus propre à l'Evangile est celle de porter sa croix, boss. Hist. il, 6. Jésus ne promet que des afflictions et des croix, id. Serm. Sept. Les croix que Dieu nous envoie, id. Sou/f. 2. Leurs croix leur sont insupportables, flêch. Serm. i, 95. On a bien de la peine à se convaincre de la bonté avec laquelle Dieu accable de croix ceux qu'il aime, fén. xvm, 430. Les dégoûts du monde sont des croix forcées qui nous viennent sans nous consulter, mass. Car. Dégoûts. Porter les croix que sa bonté nous ménage, id. Av. Afft. Un lien mal assorti devient votre croix de tous les jours, id. ib. Il faut trouver le secret de porter sa croix, id. Car. Samar. Le monde nous fournit des croix et des afflictions , id. ib. Mot. de conv. || Chacun a sa croix, chacun a ses peines, ses souffrances. [| 6° Simulacre représentant la croix de Jésus-Christ. Elever, planter une croix. Porter une croix. Tandis qu'il assiégeait Maxence dans Rome, une croix lumineuse lui parut en l'air devant tout le monde avec une inscription qui lui promettait la victoire.... Le lendemain il gagna cette célèbre bataille qui défit Rome d'un tyran et l'Église d'un persécuteur; la croix fut étalée comme la défense du peuple romain et de tout l'empire, boss. Hist. i, 11. Jusqu'au jour, où des morts perçant la voûte sombre, Une voix, dans le ciel les appelant sept fois, Ensemble éveillera ceux qui dorment à l'ombre De l'éternelle croix, lamart. Méd. 22. Il fallut de longs efforts pour arracher à la tour du Grand-Yvan [au KremlinJ sa gigantesque croix; l'empereur voulait qu'à Paris le dôme des Invalides en fût orné, sêgur, Hist. de Nap. vm, 4 0. || Aller, marcher avec la croix et la bannière, se dit d'une solennité ecclésiastique, quand , en procession et avec la croix et la bannière de l'église, on va recevoir un grand dignitaire de l'église, un évêque, un cardinal, etc. || Fig. Aller au-devant de quelqu'un avec la croix et la bannière, aller à sa rencontre, le recevoir avec beaucoup d'appareil. || 11 faut aller le chercher avec la croix et la bannière, se dit de celui avec lequel on est obligé de faire de grandes cérémonies. || Terme de jurisprudence des temps barbares et aussi du moyen âge. Jugement de la croix, jugement qui se faisait par la croix, sans qu'on sache exactement en quoi l'épreuve consistait; cependant les érudits pensent que celui qui subissait ce jugement était mis au pied d'une croix, les bras étendus en croix, et qu'il était condamné s'il ne pouvait garder cette position un temps déterminé ou aussi longtemps que son adversaire. Charlemagne ordonna que, s'il survenait quelque différend entre ses enfants, il fût terminé par le ju-

CRn

gement de la croix; Louis le Débonnaire borna ce jus--, ment aux affaires ecclésiastiques, KCMrMQ. .' Xzviu. 1H. || Croij qu'on élevait autrefois aux lieux où était arrivé un accident, où s'était commis un sinat. || Croix de Saint-André ou croix de Bourgogne,croix en forme d'X. || Dans la charpente , croix de Saint-André se dit de l'assemblage de poteaux ou de pièces de bois qui se coupent diagonalement et qui arc-boutent les pièces d'un pan de charpente. || Croix de Sainl-André s'est dit de pièces de bois disposées en croixde Saint-André sur lesquelles le bourreau étendait le criminel qu'il allait rouer. || Croit de Saint-André se dit du pavage d'une place à laquelle aboutissent quatre rues. || Dans la marine, croix de Saint-André se dit d'une forte sangle placée quelquefois en sautoir sur l'avant de la misaine pour la fortifier. || Croix grecque, croix dont les quatre branches sont d'égale longueur. Croix latine, croix dont la branche inférieure est plus longue que les trois autres. Une église est bâtie en croix grecque, eu croix latine, quand elle représente une croix grecque, une croix latine : le plan de l'église de Sainte-Geneviève à Paris est une croix grecque; celui de l'église Notre-Dame est une croix latine. || 6" Petit ornement, en forme de croix. Cette croix dont cent fois mes soins vous ont parée, Peut-être entre vos mains est- elle demeurée Comme un gage sacré de la fidélité Que vous deviez au Dieu que vous avez quitté, volt. Zaïre, 1,1. || Croix pectorale, croix d'or, d'argent ou de diamants que les archevêques, évoques, etc. portent suspendue au cou. || Prendre la croix, s'enrôler dans une croisade contre les Mahométans ou les hérétiques; locution qui vient de ce que les croisés portaient sur leurs vêtements la figure d'une croix. Tout le monde prit donc la croix et les armes, montesq. Rom. 2». Adémar de Monteil, évêque du Puy, demanda le premier à entrer dans la voie de Dieu et prit la croix des mains du pape; plusieurs évoques suivirent son exemple.... tous les fidèles promirent de respecter les décisions du concile, et décorèrent leurs vêlements d'une croix rouge, de drap ou de soie; ils prirent dès lors le nom de croisés, michaud, Hist. des crois, i, an 4096. || Privilège de la croix, privilège qu'avaient les croisés de n'être pas poursuivis pour dettes, de ne pas payer d'intérêt des sommes à eux prêtées,denepayerni collectes ni tailles. || Filles de la Croix, filles vivant en communauté dont l'occupation était de tenir des écoles chrétiennes et d'instruire les personnes de leur sexe; l'institut est de 1265. || Chanoines de la Sainte-Croix, chanoines réguliers fondés par Théodore de Celles en 1211, qui suivaient la règle de saint Augustin, qui étaient vêtus de blanc avec un scapulaire noir et une croix blanche et rouge par-dessus et qui, en chantant l'office au chœur, portaient l'aumusse noire. j| 7° Le pif-'iie de la croix, signe que les chrétiens font en portant la main au front, à la poitrine, puis à l'une et à l'autre épaule. || Fig. Quand je le vis entrer, je fis un grand signe de croix, j'éprouvai de la surprise, de la peur. ||8°Croix de par Dieu, croix île par Jésus, alphabet où l'on apprenait à lire aux enfants, ainsi dit parce que le titre est orné d'une croix, qui se nommait croix de par Dieu, c'est-à-dire croix faite au nom de Dieu. C'est un homme qui sait la médecine à fond, comme je sais ma croix de par Dieu, mol. Pourc. i, 7. Ce siècle-là [de Louis XJVJ est en tout supérieur au vôtre depuis l'astronomie jusqu'à la croix de par Dieu, p. l. cour. Lett. n, 210. Il Fig. Les commencements tout à fait élémentaires. Prétend-il nous renvoyer à la croix de par Dieu? Il En être encore à la croix de par Dieu, être obligé ' de recommencer une affaire, quelque procédure mal faite. || 9° Disposition en forme de croix. Les pétales des crucifères sont disposés en croix. Avoir, mettre les jambes en croix. 11 met ses bras en croix, pasc. Proph. 28. || Baiser les pouces en croix, faire les vœux les plus ardents pour le succès d'une affaire. || La croix de l'épée, sorte de croix que formait la poignée des épées des chevaliers et que forme encore la poignée de l'épée quand on n eu considère que la partie horizontale et la partie perpendiculaire. H Mariage sur la croix de l'épée, sorte de promesse militaire de mariage. Il entre avec un homme à lui dans ce couvent, trouve Mlle de Vaubrun qui l'attendait, la prend, la met dans un carrosse, la mène chez M. de Gesvres, fait un mariage sur la croix de l'épée, couche avec elle, et, ce matin, dès la pointe du jour, ils ont disparu tous deux, et on ne les a pas encore trouvés, skv. t. ix, Lett. 871, p. 3, dans pougens. || Terme de botanique. Croix de Calatrava ou de Saint-Jacques, espèce d'amaryllis. || Croix de chevalier de Jérusalem ou de

CRO

Malte, ou, simplement, croix de Jérusalem, plante d'ornement. || Croix de Saint-André, croisette velue. || Croix de Lorraine, espèce de cactus. || 10° Marque formée de deux traits croisés. Faire une croix au bas d'un acte quand on ne sait pas signer. Marquer quelque chose d'une croix. || Fig. 11 faut faire la croix, faire une croix à la cheminée, se dit quand quelqu'un fait quelque chose de singulier, qui ne lui est pas habituel, quand il commet une grosse sottise. Quand nous serons à dix, nous ferons une croix , mol. l'Étour. i, t*. || Faire une croix, se dit surtout quand on voit une personne entrer dans une maison où elle n'était pas venue depuis longtemps. || Terme de musique. Signe qui marquait un trille. La croix ne s'emploie plus que dans la basse chiffrée pour indiquer les intervalles augmentés, etc. || 11* Décoration de divers ordres de chevalerie. La croix de Malte, du Saint-Esprit, de Saint Louis, de la Légion d'honneur. Souvent ce lâche effronté Porte l'habit militaire Avec la croix au côté, bérang. Judas. Mon fils le baron, Quoiqu'un peu poltron, Veut avoir

des croix; Il en aura trois, m. Carabas Ailleurs

de vieux guerriers, Échangeant pour du pain, en les baignant de larmes, Ces croix prix de leur sang et l'honneur de leurs armes, delille, Homme des champs, iv, Tar. et add. || Absolument, la croix, celle de la Légion d'honneur. Il a eu la croix pour une action d'éclat. || S. m. Grand-croix, celui qui a le grade le plus élevé dans la plupart des ordres de chevalerie dont une croix est l'insigne. Le corps du grand maître d'Aubusson fut porté à l'église Saint- Jean sur les épaules des principaux grand-croix, bouhoubs, Bist. d'Aubusson, liv. vi. Il [Renau] fut fait conseiller du conseil de marine et grandcroix de l'ordre de Saint-Louis, fonten. Renau. || S. f. Grand'croix, la décoration même que portent les grand-croix. On assure qu'il va recevoir la grand' croii de la Légion d'honneur. || 12° Le côté d'une pièce de monnaie opposé à la face et marqué autrefois d'une croix. Croix ou pile. Sans croix ne pile et n'ayant rien en somme Qu'un vieil habit.... la font, kaset. || Croix ou pile, croix et pile,croix-pile, sorte de jeu de hasard où l'un des joueurs jette une pièce de monnaie en l'air, l'autre nommant le côté qu'il veut de la pièce et gagnant si la pièce tombée présente ce côté. jEneas, en tout fort habile, Voulut qu'on jouât à croix-pile, scarbon, Virg. trav. v. Pesons le gain et la perte, en prenant croix que Dieu est, pasc. Moyens, \. Il y a un chaos infini qui nous sépare; il se joue un jeu à cette distance infinie où il arrivera croix ou pile; que gagnerezvous? Par raison, vous ne pouvez affirmer ni l'un ni l'autre; par raison, vous ne pouvez nier aucun des deux, m. Pensées, part, n, art. 3. Supposons que l'on projette en l'air une pièce large et trèsmince dont les deux grandes faces opposées que nous nommerons croix et pile soient parfaitement semblables; cherchons la probabilité d'amener croix une fois au moins en deux coups, laplace, Essai philos, sur les probabilités, au commencement. || Je les jetterais à croix ou à pile, à croix et à pile, à croix-pile, se dit de deux choses dont le choix est indifférent. || 13° Terme d'astronomie. Croix australe, croix du Sud, nom d'une constellation de l'hémiphère austral. || Grande Croix, le carré de Pégase. A 14" Latte croisée que les maçons et couvreurs suspendent au bout d'une corde quand ils font une réparation au haut de la maison. Là je trouve une croix de funeste présage ; Et des couvreurs grimpés au toit d'une maison En font pleuvoir l'ardoise et la tuile à foison, boil. Sat. vi. |] Croix géométrique ou bâton de Jacob, instrumenteomposéd'un long bâton et d'un autre plus court mis eu croix, dont les pilotes se servaient pour prendre les hauteurs. || Terme de vénerie. Croix de cerf, petit cartilage en forme de croix, quise trouvedanslecœur du cerf. || Morceau de bois portant les têtes de chardon à carder. || 15° Croix de mer, l'huître appelée manteau. || Pierre de croix, nom d'une sorte de pierre. M. Bucquet a donné à l'Académie un mémoire sur la pierre à qui sa configuration singulière a fait donner le nom de pierre de croix, condorcet, Bucquet. |[ 16° Terme de manège. Faire la croix à courbettes ou à ballottades, faire exécuter à un cheval des sauts, tels qu'ils simulent la figure d'une croix. || 17° Terme de blason. La réunion du pal et de la fasce. La croix est une des douze pièces honorables de l'écu. || Croix à degrés, celle dont le pied est posé sur une sorte d'escalier. || Croix de Toulouse, croix vidée, tréflée et pommelée d'or, qui se met sur les armoiries qu'on prétend être descendues du ciel. || Croix de Lorraine, croix qui a deux traverses ou croisillons. || 18° Terme »e marine. Forme que prennent les deux câbles

CRO

d'un bâtiment affourché, lorsquen évitant il passe par-dessous le câble qui ne travaille pas. || Être en croix, se dit des vergues brassées perpendiculairement à leurs mâts.

— SYN. croix, afflictions. Croix est du langage de la dévotion et exprime les peines que Dieu envoie aux hommes pour les éprouver. Afflictions n'implique rien de pareil; c'est le terme général qui indique les souffrances morales , sans se rapporter ni à une religion particulière ni à une dispensation de la Providence.

— hist. xi* s. [La lance] Dont nostre sire fut en la cruiz navret, Ch. de Roi. clxxix.

— xii° s. Monnayera [nous] ferons querre, lues que [dès que] pourrons ainçois; D'acier leur ferons faire angevins et mansois [monnaies] ; Du quint de nostre terre aurons piles et crois, Sax. xxxiii.

— un' s. Et par la grâce de Dieu si advint que li quens Thiebaus de Champaigne et de Brie prist la crois, villeh. ii. Sachiez que la renommée de cil saint homme alla tant qu'ele vint à Papostoille de Rome, Innocent, et Papostoille envoya en France et manda al prodome que il empreschast des croiz [croisades] par s'autorité, m. i. L'espieu jusqu'à la croi [il] lui fait au corps couler, Borte, m. Dame Dieu, qui en croi fu pour nous estendus, ib. xxiv. En croi sur l'herbe drue doucement [elle] se couchoit, ib. xxvm. Piteusement [elle] fait croi de ses bras sur son pis, t'6. xxx. Ens en la sainte crois pour ton peuple sauver, ib. xliii. Li trahitres a pris à dire, Rist et fist crois en mi sa chiere [visage] , Lai d'Ignaur. Coustume est en moult de liex qu'on fet crois de pierre ou de fust es quarrefors des quemins ou en autres liex, beaum.xxv, 24. Et lors frère Remon ala dire au roy, qui estoit en croiz sur le pont de la nef, tout deschaus, en pure cote.... joinv. 283. Et ont renoncié au privilège de croix prise ou à prendre, du cange, crux. Alors fu une croiserie [croisade] Dont on portoit la crois partie; Les crois furent, si corne semble, De blanc et de vermeil ensemble, m. ib. Et lors fist l'en un croisement, Dont on portoit la croix devant, id. «6.

— xiv* s. [Que] Jehan, la vigile de l'ascension nostre Seigneur y portast un confanon ou baniere de l'église de Landricourt aux processions et crois, en la compaignie du curé et des gens d'icelle ville, du cange, crux. Le quel Jehan lui respondi qu'il renioit Dieu et la croix de Beleen, s'il mourait jà par autres mains que par les siennes, id. ib. La première letanie en trois manières est appelée, au premier letanie gregnour; au secont est dite procession de sept fourmes, au tierz est dite croix noires, id. i6. Car la table estoit d'or ; en croix aloit ployant Par charnières d'or fin qui bien furent séant, Guescl. 9095. Et dois savoir que si croix [barres faites en croix sur une écriture] y a.... bouteiller, Somme rural, p. 186, titre 30, dans lacurne. Le moulin à vent et tout ce qui se meut et tourne à celuy moulin , est meuble ; et tout ce qui ne se tourne , c'est à sçavoir l'estache du moulin, l'estanfique et croix qui le porte, tout ce est héritage, id. ib. titre 74, p. 43).

— xv° s. Si se refroida grandement de cette croix [croisade] emprise et preschée, et contremanda ses officiers, froiss. i, I, 63. Par despit [l'hôtelier] m'a dit : est-ce manière De délivrer trois chevaulx la sepmaine Sans croix avoir; vuidez, allez arrière; Vous n'arez plus de moy ne foing n'aveine, E. desch. Poésies mss. f°208, lacurne. Là comptent hault, et ne leur chault du pris, Tant qu'il ne m'est demeuré croix ne pille, t'6. f° 276. X la porte de mon logis et de ma chambre me firent plus de cent croix blanches et des rymes contenant que.... comm. m, 6. Il lui fit bailler cinquante mil florins à la croix sainct André, id, m, 6. Le roy eut nouvelles de l'empereur qu'il avoit fait rafreschir ceulx de la dicte ville de Nuz.... et partant mist le dit duc de Bourgogne [qui l'assiégeait] à sa croix de par Dieu [le mit au même point qu'il était au commencement du siège], Chr. scandai, de Louis XI, p. 228, dans lacurne. Quant à moi, je croy qu'on va plus à la court pour la croix d'or et d'argent [pièces de monnaie] que pour l'amour de celle de cèdre et de cyprès où Dieu souffri mort, le Jouvencel, f° 25, dans laûurne. Se aucun damné [condamné] ou fuitif s'enfuit à l'église ou en cymitiere ou en lieu saint, ou si il s'aert [s'attache] à une croii qui soit fichée en terre, la justice laye le doit laisser en paix par le privilège de l'église, si qu'elle ne mette la main à luy, du canoë, crux.

— xvi* s. Le nuuibre de nos croix c'est à dire afflictions, ennuiz, fascheryes est selon le numbre de noz varletz, rab. Pant. v, 17. Qu'un chacun porte sa croix, calv. Instit. 548. Toute sa vie n'a esté qu'une

CRO

espèce de croix perpétuelle, id. t'6. Mou frère, marquez-moi ceux qui ne sont pas bons, et y faites une croix, despkr. Contes, i. Parquoy Caesar le feit mettre en croix, amyot, Anton. 104. Mettre un pied en croix par dessus l'autre [croiser les jambes], id. Que la vertu se peut apprendre, 4. Elle commanda aux bourreaux qu'ilz crucifiassent et attachassent son corps à trois croix, id. Artax. 2» . Ce muscle s'en va obliquement, croisant le premier en croix bourguignonne, paré, iv, 46. Chacune maison a sa croix et passion, leroux de lincy, Prov. t. u, p. 270.

— ÉTYM. Wallon, creûs ; rouchi, cro ; Berry, queroix, queroué; picard, cro»; provenç. croti; espagn. crux; ital. croce; du latin crux, crucem.

CROIX-PILE (kroi-pi-1'), *. f. Voy. croix.

t CROLER (kro-lé), v. n. Terme de fauconnerie, qui se dit des oiseaux de proie, pour fienter, se vider par le bas.

— ÊTYM. Sans doute crouler ou croler, qui s'est dit pour agiter, et qui ici exprime les mouvements de l'oiseau dans la défécation.

fCROMLEK. (krom'-lèk), s. m. Pierres verticales, disposées symétriquement en cercle et qu'on attribue aux anciens Celtes.

— ÉTYM. Bas-breton, kroumlech', dekroumm, courbe, et lech', pierre sacrée.

t CROMMYOMANCIE (kro-mmi-o-man-sie) , s. f. Prétendue divination qui se pratiquait au moyen d'un oignon.

— ÉTYM. Kpôu.p.uov, oignon, et le suffixe mancie. CROMORNE (kro-mor-n'), s. m. Ensemble des

tuyaux qui entrent dans un des jeux de l'orgue. || Sorte de trompette. Le cromorne fait la partie du cor anglais et se trouve à la quinte au-dessous du hautbois; il est à anche comme ce dernier, et, celuici étant à l'unisson de la trompette, le cromorne donne aussi la quinte au-dessous de la trompette, et non l'unisson de la trompette, comme le dit l'Académie, lf.goarant.

— ETYM. Allem. Krummhorn, de krumm, courbe, et Worn, corne, cor (voy. cor et corne).

f CRON (kron), s. m. Terre sablonneuse où l'on voit beaucoup de débris de coquillages.

+ i. CRONE ou CROSNE (krÔ-n'), s. f. Terme de pêche. Endroit garni d'herbage et de racines dans lesquels se retire le poisson.

t 2. CRONE (krô-n'), s. m. Terme de marine. Machine qui sert dans les ports pour charger et décharger les navires.

| CRONOGRAPHIE (kro-no-gra-fie), s. f. Description de la planète Saturne.

— ÉTYM. Kpôvoç, Saturne, etYpâçeiv, décrire.

t CRONOGRAPHIQUE (kro-no-gra-fi-k'), adj. Qui est relatif à la cronographie.

f CROQUADE (kro-ka-d'), s. f. Terme de peinture. Composition faite à la hâte et comme on fait un croquis, qui, lui, est non pas une composition, mais l'esquisse rapide d'une composition.

— ÊTYM. Croquis.

t. CROQUANT (kro-kan), s. m. || 1° Terme méprisant. Un homme de rien, sans consistance, sans valeur. Passe un certain croquant qui marchait les pieds nus; Ce croquant par hasard portait une arbalète, la font. Fabl. n, 4 2. Quoi I après la figure que nous avons faite, à la barbe des grands et des étrangers de l'armée, quitter la partie comme des sots, plier bagage comme des croquants au premier épuisement des finances, bamilt. Gramm. 2. Quoi I Dorantç, cet l.omme à maintien débonnaire, Ce croquant qu'à l'iostant ie viens de voir sortir, regnard, le Joueur iv, 9 ces croquants-là vous disent plus de sottises dans une brochure de deux pages que la meilleure compagnie de Paris ne peut dire de choses agréables et instructives dans un souper de quatre heures, volt. L'homme aux 40 écus, un bon souper. Bien qu'après coup tous ces croquants Osent me traiter d'antiquaille, bérang. Prélint. || 2° S. m. plur. Paysans qui se révoltèrent en Guienne sous Henri IV. La révolte des croquants.

— HIST. xvi" s. La petite guerre des croquans, ainsi nommez, pour ce que la première bande qui prit les armes fut d'une paroisse nommée Croc de Limousin, d'aub. Hist. m, 3R2. Discourir sur un ordre nouveau, menacer de se faire croquan, el sur la monnoye de sa réputation mandier quelque pauvre repas, id. Conf. i, 5. La déroute des croquans en Limousin au nombre de quinze mille, sully, Uém. t. ni, p. 459. dans lacurne.

— ÉTYM. D'après d'Aubigné croquant vient du nom du village de Croc; d'après de Thou, de ce que les paysans révoltés criaient : aux croquants, c'està-dire à ceux qui croquaient, mangeaient les pauvres gens; ce qui, sans venir en confirmation de

CRO

CRÛ

CRO

cette dernière étymologie, contredirait celle de d'Aubigné, c'est croquart qui se trouve dans Froissart, i, i, 325 : Ce croquart chevauchoit une fois un jeune coursier.

2. CROQUANT, ANTE (kro-kan, kan-t') , ad;. || 1» Qui croque. Biscuit croquant. || 2" S. f. Croquante, sorte de tourte croquante. || S. f. plur. Gâteaux d'amandes séchées au four. || S. m. Nom des cartilages dans la viande de boucherie.

— ÊTYM. Croquer.

CROQUÉ, EE(kro-ké, kée), part. pa*sê.\\ 1* Mangé.

Des poulets croqués par le renard. || 2° Esquissé. Ce sont tous les plus violents sentiments qu'on puisse imaginer; mais ils sont croqués comme les grosses peintures: tontes les couleurs y sont; il n'y aurait qu'à les étaler, srv. (43. Il y a des chapitres importants qui ne sont que croqués, dideb. Réftex. s. l'esprit. Qui voudrait te compter pour une créature? Tu n'en es qu'un essai croqué, lamotte, Fables, m, 8.

t CROQUE -ABEILLES (kro-ka-bè-U', Il mouillées), s. f. Espèce de mésange. || Au plur. Des croque-abeilles.

— ÊTYM Croquer, et abeille.

t CROQUE-LARDON (kro-ke-lar-don), s. m. Ecor-

nifleur, parasite. \\Au plur. Des croque-lardons.

— HIST. xvi* s. S'il n'y avoit que les enfants ou femme à la maison, lorsqu'il alloit en queste, il estoit si subtil et affecté croquelardon qu'il en avoit cuisse ou aile, Contes d'Eutrapel, dans le Diet. de

DOCHEZ.

— ÉTYM. Croquer, et lardon.

t CROQUEMBOUCHE (kro-kan-bou-ch') , s. m.

Terme de pâtissier. Toute sorte de pâtisserie croquante,et, particulièrement, certains petits bonbons glacés qu'on met comme ornement sur certaines pâtisseries. Des croquembouches bien faits.

— ÊTYM. Croquer, en, bouche.

t CROQUEMENT (kro-ke-man) , s. m. Action de.

faire le bruit qui se produit quand on croque quelque chose.

— hist. xvi" s. En maniant la partie fracturée, on sent une crépitation et attrition, ou croquement, c'est à dire un bruit qui vient du fragment des os,

PARÉ, XIH, 2.

— êtym. Croquer.

\ CROQUE - MITAINE ( kro-ke-mi-tè-n' ) , ». m.

Monstre imaginaire, qui figure dans quelques contes de fées, et dont on fait peur aux petits enfants. Toi .... Prends l'arme de ce héros; Puis, en vrai croquemitaine, Tu feras peur aux marmots, bébanq. Mirmid. || Avec le sens général d'épouvantail. C'est son croque-mitaii;9. || Au plur. Des croque-mitaines.

— ÊTYM. Croquer , et mitatne. Mais que signifie mitaine ici T Est-ce pour dire à l'enfant que le monstre croquera ses mitaines et ses doigts avec ? ou bien est-ce une altération du flamand metjien , petite fille, comme l'ont dit quelques-uns; étymologie satisfaisante pour le sens? Ce mot n'est pas dans les anciens dictionnaires.

CROQUE- MORT (kro-ke-mor), ». m. Nom donné par plaisanterie ou moquerie a celui qui transporte les morts au cimetière. || Au plur. De» croquemorts.

— ÊTYM. Croquer, et mort, parcs que ces hommes vivent de leur emploi, ou plutôt parce qu'ils emportent les morts.

t CROQUE - MOUTONS (kro-ke-mou-ton), t. m. Nom donné, sous Henri IV, à une sorte de cavalerie légère.

— HIST. xvi« s. La cavalerie légère d'Henri IV pouvoit estre de cinq cents chevaux et cinq cents arquebusiers que l'on appelloit croque - moutons, M cm. d'angoulesme, p. 38, dans lac un ne.

— ÉTYM. Croquer, et mouton; sobriquet venant sans doute des pilleries que faisaient les soldats.

f CROQUE-NOISETTE (kro-ke-noi-zè-f) ou CRO- QUE-NOIX (kro-ke-not), s. m. Nom du muscardin, espèce de loir. || Au plur. Des croque-noisettes.

— ÊTYM. Croquer, et noisette.

CROQUE-NOTE (kro-ke-no-f) , s. m. Par dénigrement, musicien pauvre et pauvre musicien sans talent et sans ressources. || Par dénigrement aussi, musicien habile à croquer les notes, c'est-à-dire qui exécute assez bien, mais sans autre mérite. [Écoliers] qui dans mes mains ne devinrent pas de grands croque-notes, j. j. rouss. Conf. iv. Comme je ne fus jamais un grand croque-note, id. ib. vm. || Au plur Des croque-note ou croque-notes.

— ÊTYM. Croquer, et note.

CROQUER (kro-ké). || 1" V. n. Faire un bruit sec, en parlant des choses que l'on broie en mâchant. Les macarons croquent sous la dent. || 2° F. a. Man-

ger des choses croquantes. Croquer des pralines. Il 3° Par extension, dévorer. Le monarque des dieux leur envoie une grue Qui les croque, qui les tue, Qui les gobe à son plaisir, la font. Fabl. ni, *. Croquons-les; le galant ne fit pas à demi, id. ib. v, 18. ....Vous leur fîtes, seigneur, En les croquant, beaucoup d'honneur, id. tS. vil, t. Aussitôt qu'à portée il vit les contestants, Grippeminaud, le bon apôtre, Jetant des deux côtés la griffe en même temps, Mit les plaideurs d'accord en croquant l'un et l'autre, id. ib. vu, <6. Les députés [lapins] retournèrent dire à leurs frères que cet étranger [le chat] n'avait garde de croquer les lapins, puisqu'il croyait en bon bramin à la métempsycose, fên. t. xix, p. 52. || Fig. et familièrement. N'en croquer que d'une dent , être loin d'avoir obtenu ce qu'on désirait. Mais ils n'en croqueront, ma foi, que d'une dent, regnabd, Dtmocr. iv, s. Je leur jurerais, de mon côté, que les Thiriot et autres n'en croqueraient que d'une dent, volt. Lett. d'Argental, ts juillet (783. Il a rompu tout net le contrat, à cause de l'aversion qu'il a pour la famille de Cléante.... par là vous voyez que ce Cléante n'en croquera que d'une dent, la chapelle, Carrosses d'Ôrl. se. to. || 4* Fig. Croquer une fille, un jeune cœur, obtenir les faveurs d'une femme. [Le jeune homme] Trop bien croyait, ces sœurs étant peu sages, Qu'il en pourrait croquer une en passant, la font. Mazet. Par où le drôle en put croquer, Il en croqua; femmes et filles, Nymphes, grisettes, ce qu'il |ut, Toutes étaient de bonne prise, id. Pdtê. Il eût de la pomme d'Eve, Ah ! Croqué jusqu'au dernier pépin , bêbano. Turlupin. Turpin d'abord trouve lui-même Cœur de vingt ans non profané; Mais un bon moine de Télème Le croque à l'instant sous son né, io. M. de Charl. || 5° Faire l'esquisse d'un tableau, d'un portrait. || Croquer le marmot, maugréer en attendant quelqu'un qui ne se presse pas. Monsieur le nouveau secrétaire, me disais-je pendantee temps-là, prenez, s'il vous plaît, patience, vous croquerez bien le marmot, avant que vous le fassiez croquer aux autres, lesagb, Gil Bios, vm. 3. || Croquer le marmot, dit Furetière, attendre longtemps sur les degrés, dans un vestibule, et, en général, en un lieu quelconque ; locution venue de ce que les compagnons peintres, quand ils attendent quelqu'un, s'amusent à faire sur les murailles le croquis de mar-

rien comprendre, id. Dict. de mus. au mot criquenote. \\Au plur. Des croque-sols.

— ÊTYM. Croquer, et sol, note de musique.

CROQUET (kro-kè; le t ne se lie pu dans le parler ordinaire; au pluriel, 1'» se lie: des kro-kè-z appétissants; croquets rime avec traits, succès, paix), i. m. || 1* Sorte de biscuit fort dur, garni d'amandes. Depuis ce temps-là, toute la famille royale aime les croquets, et l'on a même remarqué que, plu» les princesses de cette maison sont aimables, plus elles ont du goût pour ces sortes de pain d'épice, ciiaulieu, lett. A Mme de Lassay . fJRurre» , 1. 1 , p. n», dans pouoens. || Sorte de pâtisserie sèche et assez mince qui croque sous la dent. || Fig. et populairement. Etre comme un croquet, être irritable, impatient, à cause de quelque chose qui a contrarié ou blessé. || 2* La bernache.

— ÊTYM. Croquer I.

CROQUETTE fkro-kè-f), ». f. Boulette de riz ou de pâte de pommes de terre, frite dans la poêle, de manière à présenter une surface croquante.

— ÊTYM. Croquet t.

fCROQUEUR, EUSE(kro-keur,keû-z'), ». m. et f. Celui, celle qui croque quelque chose. Un vieux renard....Grand croqueur de poulets, grand preneur de lapins, la font. Fabl. v, 6. || Fig. Un croqueur de femmes , un homme qui gaitne facilement les bonnes grâces des femmes.... Tout le minois d'un vrai croqueur de nonnes, la font. Lun.

— ÊTYM. Croquer.

CROQUIGNOLE (kro-ki-gno-l"), ». f. || f Sorte de pâtisserie sèche et très-dure. Manger des croquignoles. ||2*Chiquenaude donnée sur la tête ou sur le nez. S'appliqua mainte croquignole, Pocha ses yeux, mordit ses doigts, scakb. Virg. trav. iv. Au défaut de six pistoles, Choisissez donc sans façon D'avoir trente croquignoles Ou douze coups de bâton, mol. Mal. imag. i, i" intermède. L'un me baille un soufflet, et l'autre un coupde pied, L'autre une croquignole; enfin chacun s'empresse, Tout du mieux qu'il le peut, à me faire caresse, rkgnabd, Vémocr. y, 2. Je prends la liberté de donner quelques croquignoles à leur maître [des janissaires], volt. Lett. à Cath. 76. Ils prétendent que je me mets à genoux pour leur donner des croquignoles, id. Roi de Prusse, )87.

ÊTYM. Sans doute du verbe croquer à cause du

mots. || Enfant gentil à croquer, d'une gentillesse bruit qui se produit; mais la dérivation ne s'explique ■ ' ' ■*— ■ " r-,~ "» h;* <•"•"•• **»«« :»"■«> rwi-cnn,,» i gUère; elle est plus claire dans le wallon crokite.

t CROQUIGNOLER (kro-ki-gno-lé), t>. o. Donner des croquignoles.

— ÊTYM. Croquignole.

CROQUIS (kro-kl; \'s se lie: un kro-ki-z admirable),

». m. || 1° Terme d'art, surtout de peinture. Ouvrage fait à la hâte, qui n'a que les premiers traits, au-dessous encore de l'esquisse. Faire le croquisd'une figure. || Esquisse d'un ensemble dont les détails ne sont pas terminés. || 2* Par extension. Il a jeté sur le papier un croquis de son poème. Lekain a une vieille Êryphile de moi; c'est une esquisse assez mauvaise de la Sémiramts ; il serait ridicule que ce croquis parût, volt. Lett d'Argental, 8 mars (775. Renvoyez ce croquis, afin qu'on tâche de vous présenter un tableau, id. Lett. Chauvelin, 28 août net. REM. Croquis ne se trouve dans le Dictionnaire de l'Académie qu'à partir de l'édition de <762; il n'est pas non plus dans Furetière.

— ÊTYM. Croquer I.

fCRORE (kro-r'), s. m. Nom donné, dans l'Inde,

à une monnaie de compte valant cent lacks de roupies, pouvant dès lors être estimée à vingt-cinq millions de francs.

t CROSSANDRE(kro-ssan-dr*), ». f. Terme de botanique. Genre de la famille des acanthacées, ne Contenant que deux espèces originaires de l'Inde.

— ÊTYM. Kpouaoç, frange, et àv-^p, mâle, étamine.

CROSSE (kro-s'), t. f. || 1° Le bâton pastoral des évoques. Les évoques n'avaient autrefois que des crosses de bois. Au temps passé du siècle d'or, Crosse de bois, évêque d'or; Maintenant changent les lois, Crosse d'or, évêque de bois, coquille, dans richelkt. Où le vice orgueilleux s'érige en souvarâin Et va la mitre en tête et la crosse à la main, boil. Sat. i. Afin qu'un jour l'épée ou bien la crosse Trouvent un sot dans un Caton précoce, J. ». rouss. ÉpU. n, 6. || 2° La partie recourbée d'une tête de canne; et aussi, dans plusieurs provinces, le nom de la béquille qui se pose sous l'aisselle pour marcher sans toucher à terre; on dit alors : marcher aux crosses. || Bâton recourbé, avec lequel les enfants s'amusent à chasser une pierre ou une boule. || S* La partie, plus grosse que le reste, qui termine la bois X. — W>

extrême. || Cela se dit aussi d'une jeune personne très-jolie ou très-agréable. Elle est jolie à croquer, gentille à croquer, ou, simplement, elle est à croquer. || 6" Faire l'esquisse, l'abrégé d'un discours, d'un récit. C'est un fait qui mérite d'être un peu expliqué pour réparer ce que j'ai trop croqué en parlant du retour du père [ViUeroy], st-sim. <70, (3. Je gâte cette pièce par la grossièreté dont je la croque; c'est comme si un barbouilleur voulait toucher à un tableau de Raphaël, sêv. t. vin, Lett. 781 , p. 31 , dans pouoens. || Terme de musique. Croquer des notes, ne pas faire entendre toutes les notes d'un morceau, d'un trait. Croquer un passage, un trait, les passer. || 7* X la croque au sel , loc. adv. Sans autre assaisonnement que du sel. Manger du poulet à la croque au sel. Des artichauds, des radis à la croque au sel. || Populairement et par menace, en parjant d'un homme à qui on se croit trèssupérieur, je le mangerais à la croque au sel.

— HIST. xv* s. Or vous retournerez si povres et si nuds que les poux vous estrangleront, et vous les croquerez entre vos ongles, fboiss. i, m, 18. Il aperçut sur le bord de la cuve un très beau diamant qu'elle avoit osté de son doigt , doutant de l'eau le gaster : si le croqua si souplement qu'il ne fut d'ame aperçu, louis xi, Nouv. m. || xvi's. Vrai est que ces os lui croquoient parfois sous les dents; mais ils passoient nonobstant, despeb. Contes, lxxv. 11» le serraient, le tournoient, la viroient en la foule, pour trouver moyen de croquer [escroquer] cette gibecière, id. t'b. lxxxi. Il y a aussi de la noblesse, qui pour des querelles qu'elle prend sans propos , ou pour croquer la dépouille d'un gros bénéfice, fait des ports d'armes, lanoue, toa.

— ÊTYM. Croc, onomatopée.

f 2, CROQUER (kro-ké), v. a. Terme de marine. Croquer le croc de palan , le passer dans l'arganeau de l'ancre, afin de la remettre au bossoir.

— ÊTYM. Croc 2.

CROQUE-SOL (kro-ke-sol), ». m. Synonyme de croque-note dans la seconde acception. Il ne s'est pas donné, que je sache, pour un croque-sol ni pour un chantre de cathédrale, i. i. rouss. Dial. n. Un croque-sol, rendant plutôt les sons que les phrases, lit la musique la plus énergique sans y

CRO

d'un fusil. La crosse d'un fusil. Donner des coups de crosse. Deux soldats.... Leurs crosses à l'épaule avançaient sur sa trace, lamart. Joc. lu, «4. || La crosse du mousquet était autrefois recourbée et faite en croc. || Mettre la crosse en l'air, retourner le fusil, ce qui est, de la part d'une troupe, le signe qu'elle cesse de combattre ou qu'elle se rend. || 4* Bâton allongé serrant à fixer les claies d'un parc à moutons. || Pièce du gouvernail d'un bateau. || 6° Crosse d'aiguière, anse d'une aiguière faite en forme de crosse. || Couteau à crosse, couteau dont le manche est arrondi par le bout. || 6* Terme de métallurgie. Barre de fer que le marteleur ou le fondeur, avant de retirer la loupe du creuset, soude à cette loupe, afin de la manœuvrer avec plus de facilité sous le marteau. || 1' Terme de botanique. Inflorescence en crosse, fleurs portées par un axe recourbé sur lui-même, comme dans les borraginées. || Terme d'anatomie. Crosse de l'aorte, la partie recourbée de ce gros vaisseau.

— U1ST. xi* s. En l'archevesque est bien la croce salve, Ch. de Roi. cxm. [Il pensait] Que pur co [ce]deûst perdre e croce e dignité, Th. le mort. 43. || xiii* s. Et puis li mist on le [la] croche en la main seniestre, Chr. de Rains, '04. Li chevaliers tint une croce Dont il va les boissons bâtant; Et li vénères va cornant, Ren. 22372. Et lors il se leva, et s'apuia sur sa croce, joinv. )98. L'evesques Pierre de Chaalons beney en abbé M. Jehan de Mymeri , et li donna la croce, id. 2»i. ||xiv' s. Comme plusieurs jeunes gens feussent assemblez pour chouler [sorte de jeu] à la crosse les uns contre les autres, no cange, crossare. || xvs. Deux crosses [abbayes crossées], collège ensement [dans la ville de Vertus], eust. desch. Poésies nui. t° 3«4, dans lacurnr. Tous bfens mondains et tout» crosse [gloire ou richesse] avoye [j'avois] , «6. P )88. Le long de la procession de l'Eglise il y avoit treize crosses [évoques], dont l'archevesque de Bordeaux faisoit le bout du costé dextre, math, de coucy, Hitt. de Ch. Vil, p. 734, dans lacurnr. Le duc de Bourgogne estoit rétourné en son pals, et avoit le cœur très élevé pour cette duché qu'il avoit jointe à sa crosse, comm. p. 247, dans lacuhne. || xvr» s. Le sergent de qui Goas avoit tiré promesse de ne tirer que le bouire n'entrast, et de rompre croce sur cap, passe plus delà moitié du champ. — Les uns levèrent la croce en haut, d'adb. Hist. i, 288. L'archevesque de Coulongne avec iboo chevaux, et 900 que lui envoia l'électeur de Trêves, quitta la croce et vint renforcer le siège, id. te. H, «». Ses Anglois, pour braver, jetoient leurs chapeaux en l'air, et quand ce fust à tirer , n'aprocherent point la crosse de demipied du menton, ne blessèrent aucun de cette cavalerie, id. ib. m, 260. Les soldats du dedans aians joué de la crosse après avoir tiré — id. ib. 405. Cet homme de crosse [ce prélat] ,id. ib. 438. Les malades cheminent quelque temps sur des crosses, paré, xiii, 21. Alors il chemine sans baston, potence ou croce, m. xiv, 42.

— ÊTYM. Génev. crotte, béquille ; provenç. crotta; anc. espagn. croia; ital. croccia , gruccia ; bas-lat. crucia, crocia, crotta, croceut, bas-latin qui luimême est un dérivé du latin crux, croix. L'allemand Krûcke, béquille, bon pour le sens, ne l'est pas pour la forme : il n'aurait pas donné le c doux ou les deux tt.

i. CROSSE, ÉB (kro-sé, sée ) , adj. Qui a droit de porter la crosse. 11 n'y avait ni évoque, ni aibé crosse, volt. Phil. m, 300.

— ÊTYM. Croise.

2. CROSSE , ÉE ( kro - se , sée ) , part, patsé. || 1* Poussé avec la crosse. Balle erossée. ]| 2° Maltraité. Barbésieux [était] crosse par le roi comme un jeune homme, des débauches et des disparates duquel il était souvent mécontent, st-sim. 474, 7».

CROSSER (kro-sé). || 1* V. n. Jouer à la crosse. Cet enfant est allé crosser. || 2" V. a. Crosser une balle, une pierre, la pousser avec la crosse. || Fig. et familièrement, traiter durement, avec mépris. On l'a crosse comme il le méritait. [Les Sulpiciens] troupe de barbes sales qui sans elle [ Mme de Maintenon] n'avaient point de consistance, et que les jésuites tôt ou tard crosseraieni avec le pied, stsim. 346, 33. || 3" Terme populaire. Se crosser, t». ri'/i. Se battre, se chamailler.

— hist. xiv* s. Ainsi que les diz enfans croissoient ensemble [jouoient avec une crosse], du cange, crossare. || xv s. Du quel baston icellui Jehan donna au suppliant pluseurs cops et collées, tant qu'il fist ploier et crosser le ferduditbaston, id. ib. Item plus, je adjoins à la crosse Celle de la rue Sainct Anthoine, En ung billart de quoy on crosse, villon, Petit Ut-

CRO

tam. || xvi* s. Aussi chascun n'a pas mérité que d'un roy La libéralité luy face commeàtoy, Ou son archet doré, ou sa lyre crossée [cela s'adresse à Ronsard], du bell. vi, », verto.

— ÉTYM. Crotte.

CROSSETTE (kro-sè-f), t. m. ||1° Terme d'agriculture. Branche de vigne ou de figuier, portant un peu de bois de l'année précédente, et qui sert à faire des boutures. \\ 2° Terme d'architecture. Partie d'un voussoir qui est prolongée horizontalement au delà du joint de la voûte. || S. f. Nom qu'on donne, dans les bâtiments, aux retours des chambranles de portes et de fenêtres; comme aux plâtres de couvertures, qui sont à côté des lucarnes.

— hist. xvr* s. Il ne pensera qu'à choisir les bonnes races de raisins, planter les margoutes et les crossettes, les provigner, tailler, marrer, o. de serres, 15. Une vigne dont les crocetes ont esté portées directement de Candie, id. 4 54 . Vous cueillirez les crocetes pour aussitost, ou gardées durant quelques jours, estre plantées, ou mises barber ou cheveler, pour en faire des sautelles, id. 464.

— ÊTYM. Diminutif de crotte.

CROSSEUR (kro-seur), t. m. Celui qui joue à la crosse.

— ÉTYM. Crotter.

t CROSSILLON (kro-si-llon, Il mouilles), t. m. Extrémité recourbée d'une crosse.

— ÊTYM. Craxse.

f CROSSOSTYLIDE (kro-sso-sti-li-d'),s. f. Terme de botanique. Genre de la famille des myrtacées, qui n'a qu'une espèce trouvée à Tahiti.

— ÊTYM. Kpoaooç, frange, et otuXïç, colonnette.

t CROSSOTE (kro-sso-f), *. m. Terme de zoologie. Genre de coléoptères dont les espèces appartiennent à l'Afrique.

— ÊTYM, Kpossoc, frange.

f CROSSORE (kro-ssu-r') , *. m. Terme de zoologie. Genre de reptiles de la famille des sauriens.

— ÊTYM. Kpoouoç, frange, et oùpà, queue.

t CROTALAIRE (kro-ta-lê-r'), t. f. Terme de botanique. Genre de la famille des papilionacées.

— ÉTYM. KpoToiov, grelot, i

t CROTALE (kro-ta-le), t. m. ||1« Terme d'antiquité. Sorte de cliquette. Et le rauque tambour, les sonores cymbales, Les hautbois tortueux et les doubles crotales, Qu'agitaient en dansant sur ton bruyant chemin Lefaune, le satyre et le jeune sylvain, a. chén. Idylle, Bacchut. || 2' Terme d'histoire naturelle. Nom de serpents qui ont des crochets cannelés et fistuleux sur l'os susmaxillaire , lequel ne porte pas d'autre dent, et auxquels appartient le serpent à sonnette.

— ÉTYM. KpÔTaAov , sonnette.

t CR0TAL1DÊ, ÉE (kro-ta-li-dé , dée), adj. Terme de zoologie. Qui ressemble à un crotale. || S. m. plur. Crotalidés, famille de l'ordre des reptiles ophidiens.

t CROTALOÏDE (kro-ta-lo-i-d') , adj. Terme de zoologie. Qui a la forme du crotale, serpent. || 5. m. plur. Les crotaloïdes, famille de reptiles qui a pour type le genre crotale.

— ÉTYM. Knimlov, erelot, et tWoç, forme.

t CROTALOPHORE (kro-ta-lo-fo-r"), t. m. Terme de zoologie. Le même que le crotale, serpent.

— ÊTYM. KpôxaAov, grelot, et çopi;, qui porte.

t CROTALURE (kro-ta-lu-r') , adj. Terme de zoologie. Qui a des grelots à la queue. || S. m. plur. Les crotalures, synonyme de crotaloïdes.

— ÊTYM. KpôiaXov, grelot, et oùpà, queue.

j CROTAPMAL (kro-ta-fal) , adj. Terme d'anatomie. Se dit d'une des pièces élémentaires du crâne.

— ÉTYM. Kpfrnxqpoc, tempe.

f CROTAPHIQDE ( kro-ta-fi-k' ) , adj. Terme d'anatomie. Qui appartient à la tempe.

— ÊTYM. Kporaqjoç, tempe.

t CROTAPHITE (kro-ta-fi-f), *. m. Terme d'anatomie. Le crotaphite, ou, adjectivement, le muscle crotaphite, le muscle temporal.

— HIST. xvi* s. Les crotaphites, qui du milieu de leur ventre produisent leurs tendons, paré, i, 8. Le muscle nommé crotaphite, c'est à dire temporal, ID. iv, ».

— ÊTYM. KpoTaç(T»ic, de xpôToupoç, tempe.

t CROTON (kro-ton), t. m. Terme de botanique. Nom vulgaire du croton tiglium, L. qui fournit le bois des Moluques, et dont les graines, dites graines de Tilly, donnent par expression l'huile connue sous le nom d'huile de croton. Cette huile est un trèsviolent purgatif.

— ÊTYM. Kp6T(i>v, nom que les Egyptiens donnaient au kiki ou ricin commun.

CRO

tCROTONlQCE(kro-to-ni-k'), adj. Terme de chL mie. Acide crotonique, acide préparé en saponifiant avec la potasse l'huile de croton.

CROTTE (kro-f), t. f. || 1" Fiente globuleuse de certains animaux. Crottes de cheval. Crottes de brebis, de lapin. [L'escarbot] Sur la robe du dieu fit tomber une crotte; Le dieu, la secouant, jeta les œufs à bas, la font. Fabl. H, 8. || 2" Boue des rues. Il fait bien de la crotte. Il y a de la crotte sur votre habit. Ce sont des incommodités de Paris que j'appréhende beaucoup plus que les crottes, ni que la rencontre de charrettes, balz. liv. vu, lett. 27 Des crottes dans toutes les rues, scarr. Sonnet tur Paris. Nouvelle pension fatale à ma calotte , Précipice élevé qui te jette en la crotte, boil. Chapelain décoiffé. Sa mignonne chaussure fut bientôt percée; elle enfonçait dans la crotte, 1. 1. rouss. Conf. a.. || Les chiens ont mangé les crottes ou la croite, se dit quand la gelée a séché les rues. || Fig. Etre, tomber dans la crotte, être, tomber dans une condition basse et miser; ble. || 3° Cicatrices, croûtes sur la peau. Et fut pour étriller mes galles et mes crottes, Régnier, Sat. x. || Vieilli en ce sens.

— REM. Le sens primitif est fiente de certains animaux; aussi, quand ce mot a passé au sens de boue, on l'a d'abord employé au pluriel. Aujourd'hui, au contraire, avec cette acception de boue, il ne se dit guère qu'au singulier.

— HIST. xivs. Les fientes des lièvres et des conninssontapelées crotes, Modus, f° vi, verto. || xvs. Sinon aux trahistres chiens mastins Qui m'ont fait manger dures crostes Et boire eau maintz soirs et matins, Que ores je ne crains pas trois crottes, villon, G. testam. || xvr" s. Vérole de Rouen et crottes de Paris ne s'en vont jamais qu'avec la pièce, leduchat, sur Rabelais, p. 98, dans lacurne. Ses paroles s'entretiennent comme crottes de chèvre [sont sans suite], ouniN, Curios. fr. add. Au jugement, crotte de chat vaudra autant que marc d'argent, id. ib.

— ÊTYM. Provenç. crotade cabra, crotte de chèvre. On le tire ordinairement de crusta, croûte; mais la forme provençale ne permet pas cette dérivation. Diez demande s'il ne viendrait pas du germanique: suédois, klôt; allemand, Klost, masse globuleuse ; le changement de VI en r ne faisant pas difficulté. Il n'est pas complètement sûr que crotte, dans le sens de croûte, cicatrice, soit de même origine que crolfe dans le sens de boue ou de fiente; à la vérité, on peut croire que crotte, dans le sens de galle ou cicatrice, provient d'une comparaison de l'apparence qu'a un visage couturé avec un visage sali par des crottes ou de la crotte; mais il est possible aussi que crotte ait ici le sens de creux, cavité, qu'il a dans l'ancien français (voy. grotte).

CROTTÉ, ÉE (kro-té, tée), part, passé. || i' Sali par la crotte. Un habit crotté. Me vit en se levant si sale et si crotté, Régnier, Sat. xi. Moi crotté jusqu'au cul, et mouillé jusqu'à l'os, id. ib. L'amour est nu, mais il n'est pas crotté, la font. Orais. Il était crotté jusques aux genoux, hamilt. Gramm. 9. || Familièrement. Être crotté comme un barbet, jusqu'aux oreilles, jusqu'à l'échiné, l'être beaucoup. Tandis que Colletet, crotté jusqu'à l'échiné, S'en va chercher son pain de cuisine en cuisine, boil. Sat. t. || Il fait bien crotté dans les rues, il y a beaucoup de boue. || 2° Fig. Qui a l'air misérable et sale. Il a l'air crotté. Il est bien crotté. || Poète crotté, un poète misérable. Ce ne seront point quelques poètes crottés et mal vêtus, qui diront du bien de lui, balz. Avis écrit. Campistron était de ces poètes crottés qui meurent de faim et qui font tout pour vivre,

CROTTER (kro-té), v. a. Salir de crotte. Crotter son pantalon. Ahl je devais du moins lui jeter son chapeau, Lui ruer quelque pierre ou crotter son manteau, mol. Sganar. se. <8. || Se crotter, v. réfl. Se salir avec de la boue. Prenez garde de vous crotter.

— HIST. xm*s. Et lessiez ester les gelines Qui trop ontmegres leseschines; Megressunt et entrepelées, Dures et vieilles et crotées, Ren. 2882. ||xivs. Si les chiens sont mouillés ou crottés, Ménagier, m, 2. L'en doit laver le lart [tiré des pois où il a bouilli] de l'eaue de la char, afin qu'il n'appere point crotté de pois, t'6. n, 6. ||xvs. Les compagnons d'icel les nopees portèrent le cochet, autrement dit le plat de l'espousée, en une taverne, où ils firent plein plat de souppes crotées, du cange, crolatut. || xvr* s. Le chemin n'est ny fascheux, ny crotté, mabot, il, 2». En vérité, damoyselle, vous estes crottée, palsqr. p. 446. Qu'on lui face du feu viste, le poure homme tel crotté jusques aux genoulx, H>. p. 634. Notre

CRO

Dame des Crottes, non pas qu'elle soit crotée, mais pour ce qu'elle est en quelque creux sous terre lait en façon de cave, car ce mot crote en cette signification vient du grec crypta, u. est. Apol. d'Hérod. p. 603, dans lacurne. Nous disons qu'un homme qui est fort crotté est crotté en archidiacre, pasq. Recherches, liv. vin, p. 700, dans lacurne.

— ETYM. Crotte. Quant à soupe crottée, soupes sipnifiant tranches de pain, crottées désignait sans doute quelque chose qui les crottait, qui les garnissait, comme dans le tténayier ; du lard crotté de pois.

•fCROTTIFIER(kro-ti-fié), v. a. Terme burlesque pour dire crotter. Jusqu'à la cheville du pied Le rendait crottifié, scarron, Virg. trav. v.

— ÊTYM. Crotte.

CROTTIN (kro-tin), s. m. Nom donné aux excréments formés d'un certain nombre de petites parcelles ou pelotes, comme ceux du mouton, du cheval.

— ETYM. Diminutif de crotte.

fCROTTON (kro-ton) , s. m. Morceau de sucre qui n'a pu passer par le sas.

— ÊTYM. Crotte, à cause de la forme.

t CROTC, UE (kro-tu, tue), adj. Marqué de petite vérole. Veux-tu que je coure baiser un visage noir et crotuT i. i. rouss. Nouv. IléL iv, 8.

— ÊTYM. Crotte. On trouve croteux: Après cestuy, je vous empoignay la teste d'une croteuse femme d'un officier royal, palissy, 95.

t CHOU (krou), s. m. Sorte de terre, dite aussi crain, argileuse et pierreuse, qui ne se laisse pas pénétrer par les racines- des plantes, et s'oppose plus ou moins à la culture.

— ÊTYM. Le même que crau.

f CROUAS (krou-â), s. m. Dn des noms provinciaux de la corbine.

t CROUCIIAUT (krou-chô), j. m. Nom d'une pièce de bois, qui fait la rondeur du devant d'un bateau.

f CROUE (krou), s. f. Nom, dans la Lorraine, de portions de terres que les propriétaires abandonnent aux vignerons pour y cultiver des légumes.

CROULANT, ANTE (krou-lan, lan-f), adj. Qui croule ou est prêt à crouler. Un édifice croulant. Quoi! ni leurs murs croulant? n'ont pu les écraser, Ni leurs remparts en feu n'ont pu les embraser! delille, Enéide, vu. || l'ig. Une société croulante, une société dont une cause quelconque sape les appuis.

— HIST. xiii" s. Or estoit si vix [vif] et crollans, Roi Guillaume, p. 82, dans le Gloss. fr. de du cange.

— ÊTYM. Crouler.

t CROULARD (krou-lar), s. m. Nom du traquet ou tarier (oiseau).

■f CROULE (krou-1') , s. f. Chasse aux bécasses à l'époque de l'accouplement, au printemps.

CROULEMENT (krou-le-man) , s. m. Action de crouler. Le croulement d^un bastion, d'une terrasse. Les rats qui sentent de loin le prochain croulement d'un logis l'abandonnent à temps, st-sim. 447, 229.

— HIST. xvi' s. [Les mœurs changent, se corrompent] Toiitesfois, pour la difficulté de nous mettre en meilleur estât, et le dangier de ce croullement.... si je pouvois planter une cheville à nostre roue, mont, m, 64. L'engraveure d'un cachet fut oausedu plus horrible croulement que cette machine aye oneques souffert [la guerre civile de Sylla et Marius], id. iv, 167. Le croulement et tremblement des coches [voitures], id. iv, 189.

— ÊTYM. Crouler

CROULER (krou-lé) , v. n. || 1° S'affaisser avec fracas, en parlant de masses solides qui tombent. N'est-ce que quand la maison croule Qu'on permet de crier au feu? bErang. G. nat. Ses greniers crouleront sous leur charge pesante, segrais, Géorg. i. Ces gigantesques monts crouleront à leur tour, lamart. Ilarm. n, 3. L'illusion n'est plus, et son temple a croulé, bernis, Relig. vengée, m. Tes greniers crouleront sous tes grains entassés, delille, Géorg. i. À demi renversé croule un antique mont Avec les vieux sapins qui couronnent son front, id. Parad. perdu, v:. Et sur son frêle appui le colosse a croulé, lu. Trots règnes, 1. 1| 2° Fig. Je vois crouler sur moi le fatal édifice Que mes mains élevaient avec tant d'artifice, volt. Marianne, n, t. Tous leurs systèmes [à ceu»-ci ou à ceux-là] croulent par quelque endroit, id. Newt. u, 7. Ce point une fois manqué, 11 est aisé de voir que tout le système de M. l'abbé Dubos croule de fond en comble, montesq. Esp. xxx, 24. L'ouvrage de la sagesse n'est pas éternel, mais celui de la folie s'ébraufe sans cesse et ne tarde pas

CRO

à crouler, raynal, Hist. phil. iv, 33. || 3° Y. a. Agiter, secouer. En ce sens il a vieilli , mais il reste très-usité comme terme provincial. Je les compare à ces ambitieux Qui, monts sur monts, déclarèrent la guerre Aux immortels; Jupin, croulant la terre, Les abîma sous des rochers affreux, la font. Bal- Inde au roi, 1684, Poésies mêlées, lvii. || Terme de marine. Lancer à la mer. Crouler un vaisseau. || Terme de vénerie. Crouler la queue, remuer la queue, en parlant d'une bête qui s'effraye.

— REM. Crouler se conjugue avec l'auxiliaire atioir quand il exprime l'acte: la maison a croulé cette nuit; avec l'auxiliaire être, quand il exprime l'état : la maison est croulée depuis hier.

— HIST. xi* s. De son algeir [dard] [il] a la haste crollée [agitée] , Ch. de Roi. xxxm. || xn* s. Par tel vertu [il] l'a [la lance] crolée et brandie, Ronc. p. 33. Et de cors et de membres [elle] par fu si avenanz, Qu'onques Dex ne fist homme, tant soit vielz ne crolanz, Se l'osasl esgarder, ne li muast talanz, Sax. v. E nostre sires ferrad [frappera] Israël , e croler le frad si cume fait li rosels par celé rivière, Rois, 283. Les fundemenz des munz sunt esmeuz e crodlez ; kar nostre sires est curuciez, ib. 205. || xiii* s. Et assemblèrent si grant ost qu'avis estoit que toute la terre deust croller dessous aus [eux], Chr. de Rains, 144. Et fist garnir Saintes et les autres quatre castiaus moult bien, et s'en revint en France, et n'estoit roiaumes qui contre lui s'osast croller, ib. 195. Et quant il entendit teus paroles, si crolla la tieste, et dist que par l'ame son père biel li estoit, ib. p. 74. Tapiz s'est desoz une espine, Que ne volt mie estre veuz, Ne s'est crolez, ne s'est meûz, Coiz se tient et puis si escoute, Ren. 5U15. || xv" s. De paour le corps me croule tous, la Pass. de N. S. J. C. || xvi* s. Adonc veissiez armes bruyre et crouller, Chevaulx hennir, harnoys estinceller, j. marot, v, 149. X ce seul mot, un gros marteau carré Frappe tel coup contre un portai barré Qu'il fait crousler les tours du lieu infâme, marot, i, 253. [Les vents] Croulent son tronc d'une horrible menace, Et de fueillars pavent toute la place, do bell. iv, 1 9, recto. Ung aultre jour, s'exerceoyt à la hasche, laquelle tant bien croulloyt, que.... rab. Garg. i, 23. Abattons les noiz, croullans tous les fruietz des arbres, m. t'b. i, 26. C'est un bastiment qui croulera tout, si vous y touchez, mont, i, S18. La secousse de nos entrailles en est si violente qu'il est malaysé qu'elle ne croulle tout le corps, id. i, 356. J'ay le pied si instable et si mal assis, je le treuve si aysé à crouler et si prest au branle.... id. h, 323. Us manient cette matière, comme gents qui ont peur de s'eschaulder : croulez la tant soit peu; elle leur eschappe, id. iv, 56. Tout croule autour de nous [change et se ruine], id. iv, 86. Ils sentent le poids du joug, et ne peuvent tenir de te émuler, id. iv, 364. Courant çà et là, et croulant sa lance toute teinte du sang qui couloit au long, amyot. Galba, 32. La terre du fossé par sa propre pesanteur croule d'elle-mesme de jour à autre, o. de serres, 409. Pour garder les dents qu'eltes s'esbranlent, les affermir croulans, les nettoier estons ordes et sales,

— ÊTYM. Normand, croller, remuer; Berry, groûler, grouller, remuer; wallon, hrouler, tamiser; hourguig. croulai; provenç. crollar, crollar ; itol. crollare. Les formes crodùr, crollar, nécessairement plus anciennes que les autres, conduisent à un verbe bas-latin co-ro/u!are (roluinre a donné en effet le provençal rol(ar),de co, avec, et rotulare, rouler (voy. rouler).

CROULIER, 1ÈRE (krou-lié, liê-r"), adj. Qui s'enfonce sous les pieds, qui s'éboule, qui est mouvant, en parlant de la terre. Terre croulière. Près crouliers.

— ÊTYM. Crouler.

f CROULIÈRE (krou-liê-r'), s. f. Terrain qui est mouvant et qui n'est propre à aucune culture.

HIST. xv' s. Et par dessus les montagnes et au

plain des valées estoieut crolieres et grans marais, FROISS. i,i, 37.

— ÊTYM. Crouler.

CROUP (kroup') , s. m. Terme de médecine. Sorte d'angine, commune chez les enfants, et se caractérisant par le développement de fausses membranes dans les voies respiratoires et par une toux singulière qu'on a comparée au cri d'un jeune coq. Le croup, monstre hideux, épervier des ténèbres, Sur la blanche maison brusquement s'abattit. Horrible, et, se ruant sur le pauvre petit, Le saisit à la gorge: 0 noire maladie! De l'air par qui l'on vit sinistre perfidie! Qui n'a vu se débattre hélasl ces doux enfants Qu'étreint le croup féroce en ses doigts étouf-

CRO

fants? Ils luttent; l'ombre emplit lentement leurs yeux d'ange, Et de leur bouche froide il sort un râle étrange, Et si mystérieux qu'il semble qu'on entend, Dans leur poitrine où meurt le soude haletant, L'affreux coq du tombeau chanter ion aube obscure, v. hugo, ContempJ. m, 23. |[ Faux croup, maladie qui présente les. principaux symptômes du croup, la difficulté de respirer et la voix croupale, mais où il n'y a point de fausses membranes; ce qui la rend infiniment moins dangereuse.

— ETYM. Mot usité à Edimbourg pour désigner cette maladie, ainsi que le dit Francis Home, dans son Traité du croup. 1765, et qui de là est passe dans la langue médicale; génev. group.

CROCPADE (krou-pa-d'), s. f. Terme de manège. Saut d'un cheval, qu'il fait en troussant les jambes de derrière sous le ventre, sans montrer ses fers, et qui est plus relevé que la courbette. Le cheval fit une croupade qui remit Ragotin en selle, scahh. Rom. corn. ch. 1».

— ETYM. Croupe.

t CROUPAL, ALE (krou-pal,pa-l'), ad;'. Terme de médecine. Qui a le caractère du croup. Voix croupale, voix des enfants affectés de croup et qui a été comparée au chant d'un jeune coq ou au son rendu par un tube d'airain dans lequel on souffle avec force.

— ÊTYM. Croup.

CROUPE (krou-p'), t. f. || i« Partie du cheval et de quelques autres animaux qui s'étend depuis la région lombaire jusqu'à l'origine de la queue. Ce cheval a une belle croupe, n'a guère de croupe. Une croupe, en largeur à nulle autre pareille, mol. Fdch. n, 7. Sa croupe se recourbe en replis tortueux, rac. Phèd. v, 6. || Croupe avalée, celle qui lomlie trop tôt et qui fait que l'origine de la queue est mal placée. Croupe de mulet, croupe pointue, aiguë. Croupe double, Croupe formée par des muscles trèsdéveloppés, et présentant dans son milieu un sillon longitudinal. || Porter la croupe au mur, faire aller un cheval de côté, la croupe tournée vers la muraille ou la barrière, et la tête et les épaules vers le centre du manège. || Gagner la croupe du cheval de son ennemi, l'approcher par derrière. || Monter en croupe, monter à cheval derrière la personne qui est en selle. Je suis tout seul à pied; lui de m 'offrir la croupe, Régnier, Sat. vin. La dame en croupe et le galant en selle, sév. 432. La princesse en croupe se met, la pont. Fiancée. Porter en croupe belles damoiselles, hamilt. Gramm. 4. L'homme.... mit son fils en croupe, la font. Fabl. m, I, || Prendre quelqu'un en croupe, le mettre derrière soi à cheval. || Fig. Un double ennui Allait en croupe à la chasse aveclui.LA font. Fauc. Le chagrin monteen croupe et galope avec lui. boil. Ép. v. Moitié figue, moitié raisin, avec la fraude en croupe, elle [Mme de Chevreuse] arracha le tabourel pour la princesse Guéméné, st-sim. 57, 217. || V Terme de chasse qui se dit quelquefois pour cimier. || 3* Partie ren liée d une montagne. Nous franchîmes une des croupes du mont Sardène [près de Smyrne], chateaib. Itin. u, 33. Ils s'étaient saisis de la croupe du mont, vaugel. Q. C. liv. m, chap. 4. Lorsque ses anciens vainqueurs se réunissent pour l'attaquer dans cette position heureuse, il lâche un grand nombre de bœufs sur la croupe de ses montagnes, raynal, Hist. phil. iv, 4. Sur la croupe du mont ses mains allaient chercher L'eau qui tombait des cieux dans le creux du rocher, delille, Trois règnes, v. || 4" Terme d'architecture. Partie arrondie du comble qui surmonte le chevet d'une église. || Demi-croupe, la partie du toit formant le retour d'un comble en appentis. || 5° Intérêt qu'on donne à quelqu'un dans les profits d'une place ou d'une entreprise financière, expression figurée dans laquelle on compare cet intérêt à la place secondaire qu'occupe sur un cheval l'homme mis en croupe.

— HIST. xr s. Courte la cuisse et la crupe bien large, Ch. de Roi. cxm. || xn's. Parmi les cropes des destriers arabis, flonc. p. 72. El destrier monte à la crupe estelêe; X son col pent une large roèe, Raoul de C. 71. || xiu's. Li roncis (le cheval] est magres et las, Crupe ot ague et les flans bas, Partonop. v. 777. Lors vindrent avant les sis batailles des barons de France qui estoient armées, et 1er sergent et lor escuier à pié derrière, seur les cropes deleurchevaus, villeh. lxxxi. Et se ferirent sous les blasons si roidement, que il rompirent poitraus et chaînées et se portèrent à terre par dessus les crupes des cbevaul, Chr. de Rains, p. 65. À désire main (elle !>atuii sa coupe.... Douche suer, mais bâtés la crupe Ki vous fait faire les pechiés, Lai d'Ignaur. Garnement de ventres, de braieus, de croupes, dégorges ou

CRO

.l'escroies, Liv. des met. 326. Et Renart prist la qeue as denz , Et li renverse sor la crope , Ren. 695. || xv* s. Et si avoient les Escots leurs deux premières batailles establies sur les deux croupes de montagnes, fhoiss. i, t, 4t. || xvi" s. Il apperceut un valet portant en croupe une malle rouge, d'aub. Vie, xm. Il le mit en croupe derrière lui, id. ib. xiv. Prenant sur une crouppe de montagne place de bataille, id. Bist. i, 273. Ceux-là donnèrent en crouppe et en flanc, si bien que lesRoiaui quittèrent le pied, ID. ib. 348. Granderis avec buict chevaux et autant d'arquebusiers en crouppe alla enlever un logis, id. tb. il, 43. Le roi de Navarre aiant mis les passions huguenottes en crouppe, id. tb. 43. Le roi y séjourna quelques jours, pourdonner ordre àplusieurs affaires que ses diligences avoient laissés en croupe, id. tb. m, 226. Afin que vous ne vous amusiez pas à la beauté de son poil ou largeur de sa croupe, mont. I, 324. Ils eussent fait leurs affaires sans se mesler de celles d'autruy, ains les laisser en croupe [rejeter, laisser derrière soi], brant. Cap.fr. t. u, p. 342, dans lacurne. Tous mes parents [c'est Alexandre qui parle après sa mort] demeurèrent non seulement en croupe, mais aussi furent misérablement meurtris par ceux que j'avois eslevex, pasquier, Recherches, p. 902, dans

LACURNE

— ÊTYM. Bourguig. crôpe; Berry, crope; uamur. crupe; saintong. courpe; provenç. cropa ; cataL gropa; espagn. grupa; portug. garuppa; ital. groppa. Le radical de ce mot signifiant quelque chose de ramassé, se trouve dans le germanique: Scandinave, kryppa; allem. Kropf, protubérance; et dans le celtique : gaél. erup, ramasser, conglomérer.

CROUPE, ÊE (krou-pé, pée), adj. Terme de manège. Qui a une croupe formée de telle manière. Un cheval bien croupe.

— ÊTYM. Croupe.

t CROUPETON (À) (krou-pe-ton), loc. adv. Dans une situation accroupie.

— HIST. xv* s. Or resgardez, ils veulent pondre : Veez comme ilz sont à croupetons, Uarl. de St P. et St Paul. Ainsi le bon temps regretons Entre nous pauvres vieilles sottes, Assises bas à croppetons, Tout en ung tas comme pelottes, villon, Regrets de la belle Heaulmyere.

— ÊTYM. Croupe; génev. à crepetons; Neufchâtel, à crepotons; Lorraine, d cripotons.

tCROCPEUX, EUSE (krou-peû, peû-z'), adj.

Terme de médecine. Qui appartient au croup-, qui est affecté du croup.

CROUPI, IE (krou-pi, pie), part, passé de croupir. Ne se dit que des liquides qui sont gâtés par la stagnation. De l'eau croupie.

•f CROUPIAT (krou-pi-a), s. m. Terme de marine. Nœud qu'où fait sur le câble. || Aussière ou grelin frappé sur un des câbles que l'on paumoie à cet effet au moment de s'en servir ; on le fait passer par un des sabords de l'arrière.

jCROUPIEN, 1ENNE ( krou-piin, piè-n'), adj. Terme d'anatomie. Muscles croupiens, les trois muscles qui forment la croupe.

— ÊTYM. Croupe.

CROUPIER (krou-pié; IV ne se lie jamais; au pluriel, l'j se lie: des krou-pié-z adroits), s. m. || i° Celui qui est associé avec le joueur tenant la carte ou le dé. C'est un bon croupier, il conseille bien. Chamillart prit des croupiers [au jeu du roij , parce que le jeu était gros; il y fut heureux, stsim. 70, 148. || 2* Anciennement, celui qui assistait le banquier à la bassette et l'avertissait des cartes qu'il passait. || Le commis qui tient le jeu pour le compte du banquier dans les établissements de jeu. || 8" Celui qui prend part à quelque affaire de finance, sans s'y faire nommer. Sur les trente-cinq sous réservés aux fermiers généraux, dix -neuf sont partagés à des croupiers inutiles, necker, Compte rendu ourot'Janv. 4784, p. 43. || Celui qui aun intérêt dans la part d'un associé ; un sous-associé. || Fig. Celui qui est dans les intérêts d'un autre et les soutient secrètement. Dubois avait obtenu du régent de n'en parler à personne [du traité de La Haye]; mais je n'ai jamais douté que le duc de Noailles et Canillac , alors ses croupiers , n'en fussent exceptés st-siu. 464, 128. Le duc de la Force fut bien averti de se défier de d'Aumont à Sceaux et de se conduire comme avec le croupier de Mme du Maine, id. 378, t 40. || 4* Terme de droit canonique. Confidentiaire prêtant son nom à celui qui plaide pour un bénéfice. || 6* Adjectivement. Qui est en croupe, derrière une personne en selle. Lorsqu'il l'espérait le moins , le cavalier croupier se laissa tomber à terre et se mit à rire, scarbon, Rom. com. I 2* part

CRO

— ÊTYM. Croupe; à cause que le croupier est ce- ; lui qu'on prend pour ainsi dire en croupe, qui de- i vient compagnon, associé.

CROUPIÈRE (kroii-piê-r')f *. f. || 1° Partie du har- ! nais qui, passant par-dessous la queue du cheval, vient se rattacher à la selle par-dessus la croupe. Mettre, passer la croupière. Je fis cinq charges en tout; j'en fus quitte pour la croupière de mon courtaut coupée, st-sim. 42, uo. || Tailler des croupières, se dit des cavaliers qui en poursuivent d'autres l'épée dans les reins, d'assez près pour couper les croupières des chevaux. Les ennemis pensant nous tailler des croupières Firent trois pelotons de leurs gens à cheval, mol. Amph. i, 4. Les guerriers du roi très-chrétien X qui vous taillez des croupières, volt. Roi de Prusse, 4 4 4. || Fig. Malmener quelqu'un, lui susciter des embarras.. Je m'en vais lui tailler des croupières. || Hausser la croupière, se dit, dans un langage très-libre, d'une femme qui a des galants. || 2° Terme de marine. Grelin qui , attaché par un bout au câble près de l'ancre avant de la mouiller, passe de l'autre bout par l'un des sabords de l'arrière. || Mouiller en croupière, jeter une ancre du coté de la poupe pour maintenir les ancres de l'avant et empêcher un vaisseau de se tourmenter. || 3° S. f. plur. Pièces qui tiennent en état le devant ou le derrière d'un train de bois.

— hist. xiu* s. Tardif, qui porte la baniere, Li a donné une cropiere, Ren. 44647. ||xvr s. La vieille prit le bas du mulet du moine, mit la croupière dans son cou, le bas sur son ventre, d'aub. Fœn. ni, 3. Quelqu'un d'eux qui eut l'œil à la croupière, vid que ceux qui les dévoient soustenir estoient à l'eau, id. Hist. m, 24».

— ÊTYM. Croupe; saintong. courpière; Berry, cropiere; provenç. cropiera; catal. gropera; espagn. grupera; ital. groppiera.

CROUPION (krou-pi-on), s. m. || 1* Nom donné à la partie inférieure du tronc des oiseaux, composée des dernières vertèbres dorsales; éminence qui est au-dessus du coccyx. L'Albanais voulut me régaler d'une de ces poules sans croupion et sans queue, chateaub. Itin. (63. || 2u Dans les mammifères, la base de la queue. || 3° Chez l'homme, nom vulgaire de la partie inférieure et postérieure du bassin, formée par le bas du sacrum et par l'os coccyx. || 4° Dans l'histoire d'Angleterre, nom du long parlement qui fit la guerre à Charles I" et fut renvoyé par Croniwell.

— hist. xv s. Mais de cela il ne m'en chault, Mes grans deduietz en sont passez; Plus n'en ay le cropion chault, villon, Envoi d'une ballade à sa mie. || xvi* s. Deux sergens l'emmenèrent, lui donnant du pommeau de la dague dans le croupion pour le faire aller, d'aub. Fœn. m, 6. La commissure de l'os sacrum avec le cropion, paré, iv, 35. Le croupion, nommé os coccyx, est composé de quatre petits osselets, id. xm, 4 5. Que c'est un misérable soupe, si on n'a saoulé les assistans de cropions de divers oiseaulx, et que. le seul bequefigue mérite qu'on le mange entier, mont, iv, 282.

— ETYM. Croupe; saintong. courpignon; Berry, cropion. On trouve crespon (qui d'ailleurs ne peut venir de croupe) avec un sens très-analogue à croupion : xm- s. Cil point [pique] l'asne del aguillon Par derrière sor le crespon, Ren. 222.

f CROUPIONNER (krou-pio-né), v. n. Terme de manège. Plier les reins en élevant plusieurs fois la croupe sans ruer, en parlant d'un cheval faible ou gêné du derrière.

— ÊTYM. Croupion.

CROUPIR (krou-pir), v. n. ||1* S'accroupir; sens ancien et qui n'est plus du tout usité. || Par extension et avec un sens spécial, être dans l'ordure, en parlant des enfants , des malades. Cet enfant croupit dans ses langes. || Fig. Demeurer en des conditions comparées à l'état d'un enfant qui croupit dans l'ordure. Croupir en une extrême misère, vaugel. Q. C. liv. v. Las de vous signaler et de vaincre en tous lieux, Allez, allez croupir en un calme odieux, brébeup, Phars. v. Que ceux qui croupissent dans le péché s'en retirent promptement, maucroix, Homélie 24, dans richelet. Vous n'avez point de honte de croupir dans la même ordure, boss. Ronli, 11. Nous aimons mieux croupir dans notre ignorance que de chercher à en sortir, id. Hist. u, 43. Enfin, lui dit-il, c'est l'amour du luxe qui est cause de cette fainéantise où tous les esprits, excepté un petit nombre, croupissent aujourd'hui, boil. Longin, Sublime, 35. Croupissant comme vous faites tranquillement dans des passions injustes, mass. Car. Fausse confiance. Dans quelle ignorance avaient croupi les peuples d'Occident, volt. Mœurs, 73. C'est

CRO

en vain que je connais les devoirs, si je croupis dans l'erreur, dider. Religion naturelle, 4. Mais à l'hommo on crie en tout lieu, Qu'il s'agite, Ou croupisse au gîte, Tu nais, bonjour, tu meurs, adieu, bérang. BoMm. |l 2" En parlant des eaux, être stagnantes, se corrompre par la stagnation. Et fonder un empire où croupissaient des eaux, mjllev. Intention poétique. Au fond des bois croupit une eau dormante et sale; Là, le monstre se plaît aux vapeurs quelle exhale, la pont. Adonis. || Fig. Ces fautes passagères qui, n'ayant pas longtemps croupi dans le cœur, n'ont pas eu le loisir de le gâter, ma«s. Conférences, Voc. à l'état eccl. || Demeurer dans des conditions de putréfaction, en parlant de matières végétales. De la paille qui croupit dans une mare. Le fumier croupissait dans la cour de cette ferme.

— REM. Croupir se conjugue avec l'auxiliaire ooot'r, quand on veut exprimer l'action : cette eau a croupi longtemps; et l'auxiliaire être, quand on veut exprimer l'état: cette eau est croupie.

— HIST. xm* s. El chemin se croupi Renarz, Si coloie [tourne le cou] de toutes parz, Ren. 765. Lors s'estoit li prestre avaheié; Si a veû trestot debot Kenart, qui seur un angle crot, ib. 23448. Bleciée fu, si ot peor, Qant ele ne vit son seignor: En la sele où il seut seïr, Vit dant Tybert desus cropir, ib. 2644. Et quant el voit la mesclieance, Si quiert honteuse chevisance, Et s'en vait au bordiau cropir, Plaine de duel et de sopir, la Rose, 6483. Si voit-il sovent que ge plore , Et que ge me plains et sospir, Por ce qu'il me fait trop cropir Delez la haie, que ge n'ose Passer por aler à la rose, ib. 3246. Des autres fu [Povreté] un poi loignet, Cum chien honteus en ung coignet, Se cropoit [s'accroupissait] et s'atapissoit, tb. 467. Princes nobles, bons rois des Frans, Ne me fai plus croupir sous bans Ni dessous haches, Un dit de vérité. || xiv* s. Qui croust en sa maison, il n'aura jà que paine; N'aventure n'ara qui

1 à honneur le maine, Guescl. 4 6678. Yver fait champs et arbres vieulx, Leurs barbes de neiges blanchir; Et est si froid, ort, pluvieux, Qu'emprès le feu convient croupir, ch. d'orl. Bail. 4*4. || xvi* s. Embarrassé d'une grande diversité de choses, l'esprit perd le moyen de se demesler, et cette charge le tient courbe eteroupy, mont, i, 4 39. J'escrivois cecy environ le temps qu'une forte charge de nos troubles se croupit plusieurs mois, de tout son poids, droict sur moi, id. iv, 4 98. Notre esprit se constipe et se croupit en vieillissant, id. iv, 224. La plus calamiteuse et fraile de toutes les créatures, c'est l'homme; elle se sent et se veoid logée icy parmy

| la bourbe et le fient du monde, attachée et clouée à la pire, plus morte et croupie partie de l'univers,

| au dernier estage du logis et le plus esloingnié de

, la voulte céleste, m. 11, 4 66. La sanie eschauffe les parties qu'elle touche et croupit, et d'elles s'eslevent

! vapeurs putredineuses, paré, vin, 33.

— ÊTYM. Croupe; Berry, gourmir, groumir ; provenç. crupir.

CROUPISSANT, ANTE (krou-pi-san , san-t'), adj. Qui croupit. L'eau croupissante des marais et des étangs. Dans une plaine marécageuse et souvent inondée, le long d'un grand nombre de canaux remplis d'une eau croupissante, raynal, Hist. phil. 1, ».

t CROUPISSEMENT (krou-pi-se-man) , s. m. État de ce qui croupit.

— ÊTYM. Croupir.

fCROUPON (krou-pon), s. m. Cuir de bœuf tanné, sans la tête ni le ventre.

— ÊTYM. Croupe.

fCROUSUXE (krou-zi-U', Il mouillées), s. f. Terme de pêche. Espèce de parc en filets qu'on établit, en Provence, au bord des étangs.

f CROUSTADE (krou-sta-d') , s. f. Terme de cuisine. Préparation de certains mets avec une croûte de pain.

— ÊTYM. Croûte.

f CROUSTILLANT, ANTE (krou-sti-llan , Uan-f, Il mouillées) , adj. Qui croque comme la croûte.

— ÊTYM. Croustiller.

CROUSTILLE (krou-sti-11', U mouillées, et non krou-sti-ye) , s. f. || 1° Petite croûte. || Par extension, petit repas. Il ne faut pas que les plaisirs de»ienuent des fatigues et que les chasseurs règlent la vie des dames sur l'heure de leur appétit; je trouve cette vision fort plaisante de faire quelqu'un le maître du temps, du lieu et des mets de vos croustilles, sév. 446. Il 2* Sorte d'agrément qu'on mettait aux coiffures des femmes.

— ÊTYM. Diminutif de crotlte.

CROUSTILLER (krou-sti-llé,JJ mouillées, et non

krou-sti-yé), v. n. Manger pour boire après le repas

CRO

de petites croûtes de pain. Il se met à croustiller.

|| Activement J'étais occupé X croustiller là-bas

les restes du soupe, légrand, l'Amour diable, se. 2.

— ÊTYM. Croustille.

CROUST1LLEUSEMENT (krou-sti-lleû-ze man, Il

mouillées), adv. D'une manière plaisante, graveleuse.

— ÊTYM. Croustilleuse , et le suffixe ment. CROUSTILLEUX, EUSE (krou-sti-lleû, Ueû-z', Il

mouillées, et non krou-sti-yeû), adj. Qui produit sur l'esprit l'effet que quelque chose de croustillant produit dans la bouche, plaisant, graveleux, dangereux. Des contes croustilleux. Anecdote croustilleuse. Le juge les a prises [les pages], a cherché l'endroit croustilleux, a déchiré les feuillets et les a jetés au feu, bachadmont, Mém. secrets, t. xxxiv, p. 94, dans pouoens.

— REM. D'après De Caillières, (690, qui donne ces exemples : Cela est croustilleux, cet homme est croustilleux, c'étaient alors des locutions basses. Aujourd'hui ce sont des locutions familières.

— ÊTYM. Croustille.

CROUTE (krou-f), t. f. || 1° La partie extérieure du pain, durcie par la cuisson. [Le dîner de M. le Prince] C'était un potage, et la moitié d'une poule rôtie sur une croûte de pain, st-sim. 226, 64. Quand nous mangeons quelque croûte de pain, il nous est avis que nous faisons un bien grand bruit, mais il n'y a personne que nous qui l'entende; ainsi en estil de ce pauvre rimaiUeur, Francinn, liv. vi, p. 231. Nous y rencontrâmes un homme de vingt-sept à vingt-huit ans, qui trempait des croûtes de pain dans une fontaine, lesage, Gil Bios, H, 8. || Familièrement. Casser la croûte, une croûte avec quelqu'un, manger amicalement et sans façon avec lui. Il Absolument. Casser la croûte, manger un morceau. || Fig. Ne manger que des croûtes, faire maigre chère. || 2° Absolument, gros morceau de pain où il y a plus de croûte que de mie et que l'on fait tremper dans le pot au feu. Manger une croûte au pot. || Croûte au pot, tranches de pain qu'on met au fond d'une casserole, qu'on laisse gratiner avec un peu de bouillon, qu'on dresse dans la soupière et sur lesquelles on verse le bouillon. || On dit dans un sens analogue croûte au madère. || Croûte aux champignons, croûte de pain frite dans du beurre, sur laquelle on sert les champignons préparés d'une certaine façon. || 3° La pâte cuite qui enferme un pâté, une tourte, un vol-au-vent. 114° Le dessus de certaines choses. Il s'est fait une croûte de tartre autour du tonneau. Le limon que le Tanaïs avait apporté avait formé une espèce de croûte sur le Bosphore, montesq. Rom. (7. Le terrain qui s'étend sous son front escarpé, D'une croûte brillante au loin enveloppé, Trahissait le trésor des mines souterraines, oeulle, Paradis perdu, i. || Croûte terrestre, la portion superficielle du globe terrestre qui est accessible à l'observation des hommes et que l'on suppose portée sur un noyau central de matières en fusion. La terre, selon Woodward, n'est qu'une croûte superficielle et fort mince qui sert d'enveloppe au fluide qu'elle renferme, bufp. Theor.de laterre, 2° dise. Ainsi Descartes l'a regardé [un corps céleste] comme ayant été autrefois un soleil, obscurci et étouffé depuis par une croûte épaisse dont il s'est couvert, d'alehb. Abus de la critique. Œuvres, t. IV, p. 256, dans pougens. L'étude des tremblements de terre importe à la science, qui commence à dresser des tables et des inventaires de la croûte terrestre , marchand, Acad. des se. Comptes rendus, t. lui, p. (26». || Fig. Une croûte d'ignorance et d'avarice a tellement recouvert les principes invariables de la doctrine monétaire.... Mirabeau, Collection, t. v, p. 63. || 5*Terme de marine. Partie irrégulière et inégale d'épaisseur que l'on scie en planche, plus ou moins épaisse, sur une pièce de bois de construction. || 6* Nom vulgaire de petites plaques formées sur la peau ou à l'origine des membranes muqueuses par une humeur muqueuse ou purulente qui se dessèche et se solidifie. Croûtes varioleuses. Croûtes vaccinales. Croûtes dartreuses. || Son corps n'est qu'une croûte, il est tout couvert de gale. || Croûtes de lait , éruption exanthématique qui occupe particulièrement le cuir chevelu et le visage chez les enfants à la mamelle. N 7° Terme de botanique. Partie du lichen qui, produisant les fructifications, est adhérente aux pierres, aux écorces, etc. ||8°Cuir en croûte, cuir plané, poudré, tanné et séché, en sortant de la fosse au tan. || Croûte de garance, superficie dure de la garance pulvérisée et mise en pipe ou en sac. || 9* Terme de peinture. Vieux tableau noirci et geroé par le

CRO

temps et que l'on compare à quelque chose de croûteux. Toujours point de coloris, ou plutôt un ton blafard, qui donne l'air d'une croûte à celui-ci [tableau] et qui répugne au spectateur, bachaumont, Mira, secrets, t. xxx, p. (70, dans pougens. || Mauvais tableau. Ce peintre ne fait que des croûtes. || Tableau douteux, copie qu'on voudrait faire passer pour un original. || 10° Locution populaire. C'est une croûte, c'est une vieille croûte, se dit d'un homme encroûté dans la routine, dans des idées arriérées. || Proverbe. Croûte de pâté vaut bien pain.

— HIST. xirs. Porterons nos auvec nos nule chose, Ne pain, ne vin, ne nulle crostre grosse? Raoul de C. 286. || xui's. Durs fu li pains et crouste et mie, ruteb. (73.

— ÊTYM. Artois, cruste; bourguig. crôte; wallon, crose; provenç. crosta; espagn. coslro; ital. crosta ; du latin crusta. Le latin crusta signifie tout ce qui enveloppe, et la croûte de pain n'y est qu'un sens particulier; par conséquent l'ordre des sens devrait commencer non par la croûte de pain, mais par le sens qui est le plus général. Mais en français, à en juger par l'historique, croûte de pain est l'acception ancienne, d'où alors les autres dérivent.

CROUTELETTE (krou-te-lè-f), s. f. Petite croûte, petit morceau de pain. Manger une croûtelette en goûtant du vin.

— ÊTYM. Diminutif de croûte; provenç. crostela; catal. crosteta ; espagn. costrilla.

t CROOTER (SE) (krou-té) , v. réfl. Se couvrir de croûte, se durcir en croûte.

— HIST. xvrs. On n'en cognoissoit rien à l'œil, pour ce que le dessus [de ce bourbier] estoit crousté,

amyot, Rom. 27 Et les glaçons Dont janvier

crouste la terre De l'eau prompte à se brider, rons.

— ÊTYM. Croilte.

fCROUTEUX, FUSE (krou-teû, teû-z'), adj. Qui a des croûtes, des galles.

— HIST. xvi" s. Lors il advient rongne et gratele crouteuse, pariî, lntrod. 6. Pustules malignes et crousteuses, m. v, 7.

— Etym. Croûte.

CROOTIER (krou-tié; l'r ne se lie jamais; au pluriel, l'f se lie: des krou-tié-z indignes), s. m. Mauvais peintre qui ne fait que des croûtes. || Brocanteur qui se charge de vieux et mauvais tableaux et qui cherche à tromper.

— ÊTYM. Crotlte.

CROUTON (krou-ton), s. m. || 1° Le bout du pain avant qu'il soit entamé, et aussi un morceau de pain entouré de croûte. Donnez-moi un croûton. Ils veulent absolument qu'on mange un croûton à certains jours, volt. Leur. Mme du Devant, 24 avril (769 || 2° Petites croûtes grillées ou frites. Purée aux croûtons. || 3° Terme de dénigrement. Mauvais peintre. Ce n'est qu'un barbouilleur, un croûton. || 4° Populairement. Celui qui est entiché de routine, d'idées arriérées.

— ÊTYM. Croûte; Berry, crouston, crousson.

t CROWN -GLASS (krôn'-glas'), ». m. Espèce de verre constitué par 4 atome quadrisilicate de potasse et * atome quadrisilicate de chaux. C'est un verre blanc de la plus belle qualité, qui est employé dans les lunettes achromatiques.

— ÊTYM. Angl. crown-glass, proprement verre de couronne; de glass, verre, et crown, couronne.

CROYABLE (kro-ia-bP ; d'autres disent kroi-ia-bl'), adj. || 1° Digne d'être cru, en parlant des personnes et des choses. J'ai voulu être hardi quelquefois, afin d'être croyable toujours, balz. à Richelieu. J'entre en des sentiments qui ne sont pas croyables, corn. Poly. m, 6. ô toi qui me connais, te sembloit-il croyable Que....?RAC. Phèd. n, (. Les dix seigneurs qui étaient avec le dauphin étaient aussi croyables que les dix qui avaient accompagné le duc de Bourgogne, si-foix, Est. Paris, Œuvres, t. v, p. 202, dans pougens. On ne croirait pas ces choses, si tout n'était pas croyable de la part d'un homme en démence qui voulait passer pour Dieu, condillac, Bist. anc. il, (0. Mais peut-être que vous avez jugé que cette fortune était tellement au delà de ce que je devais espérer, qu'il vous fallait avec loisir chercher des termes pour me la rendre croyable, voit. Lett. 4. || 2° Substantivement. Tout renchérit au delà du croyable, tandis qu'il ne restait plus de quoi acheter au meilleur marché, st-sim. 223, 26( .

— REM. Il est croyable que.... veut l'indicatif: Il est croyable que cela est ainsi. Il n'est pas croyable que.... Est-il croyable que.... veut le subjonctif: Il n'est pas croyable que cela soit ainsi. Avec l'imparfait et la négation ou l'interrogation, le verbe suivant se met également à l'indicatif: mût il peut

CRO

se mettre aussi .inconditionnel: Il était croyable, il n'était pas croyable, était-il croyable, n'étatt-il pu croyable que vous iriez dans cet endroit, que vous feriez une telle chose?

— HIST. xii' s. Li tuen testimonie [témoignages] credable fait sunt mult, Liberpsalm. p. <3«. || xtn's. Ouiconques veut estre boucliers d'archal à Paris, estre le puet, por tant que il se face creable par (levant le prevost de Paris que il soit preudome et loial, Liv. des met. 6». Et à cel recort soufist une seule personne creable et envole de par le [la] cort ou uns serjans serementés, beahm. ix, 6. Et s'il ensonioit [s'excusait], et li sires requeroit qu'il se feist creavles de l'ensoine , il le ferait, id. lxvii. On doit regarder li quel tesmong sunt plus creablo et de mellor renommée, id. xl, 36. Se home u feme venoit avant, qui se fesist creaule que ce fust sien [l'objet mis en gage], il le raveroit quitement, taillar, Recueil, p. 227. Car se li faus traïstres pooit estre veables [visible], De rien qu'il en ostast ne serait jà creables, j. de mel-no. Test. (77». ||xiv s. Et celui qui noie [nie] ceste raison, il ne a pas paroles plus croyables, oreske, Eth. 2»6. Je trouve ches aucuns aucteurs, et ce est plus creable.... bercheure, f° 42, verso. La quelle chose fut assez creable au peuple, qui estoit indigné contre son seigneur, Minagier, i, 6.||xv°s. Ainsi que leur disoient chacun jour gens creables, chevaliers et escuyers, qui bien le cuidoient savoir, froiss. i, i, 3(. || xvi' s. Il n'est pas croyable combien cela le faisoit aimer, souhaiter et désirer des soudards, amyot, triton. 6. La malignité de ce Theophanes n'a pas tant rendu cela croyable, comme le naturel de Pompeius l'a fait tenir pour incroyable, id. Pomp. 70. Saint Paul, estant de son dire croyable, marot, i, 278.

— ÊTYM. Croire.

CROYANCE (kro-ian-s'; d'autres disent kroi-ian-s'. D'après Vaugelas et Marguerite Buffet on prononçait créance), *. f. Il l'Action de croire, confiance. Charles XII supportait la fatigue au delà de toute croyance. Puis-je à de tels discours donner quelque croyance? corn. Cid, i, 2. Doit-on quelque croyance à des âmes si noires? id. Nicom. m, 8. Ceux dont il a gagné la croyance et l'appui , id. Sertor. i, (. Donnez moins de croyance à votre passion, id. Cinna, iv, 4. Et, ce qui n'a pas peine à gagner la croyance. mol. D. Gare, v, (. L'opinion sur les faits, soiv moraux, soit physiques, est tantôt de pleine croyance, tantôt de simple adhésion, marmont. Élém. litt. Œuvres, t. x, p. 606, dans pougens. || Crédibilité. L'effet à tes discours ôte toute croyance, corn. Ilirael. iv, «. || 2" Opinion, attente, prévision. Cela est arrivé contre la croyance de tout le monde. || 3° Persuasion ou conviction intime. Tournez sur Vinius toute la défiance Dont veut ternir ma gloire une injuste croyance, corn. Oth. v, (. La croyance de n'être entendu de personne me faisait parler aussi haut que si j'eusse parlé à quelque confident, scakk. Rom. com. 2° part. ch. (4. La croyance répandue partout que rien ne leur résistait, faisait tomber les armes des mains à leurs ennemis, et donnait à leurs alliés un invincible secours, boss. Ilist. m, 6. || 4° Foi religieuse. Peut-être qu'après tout ces croyances publiques.... corn. Poly. iv, 6. Les décrets des conciles, la doctrine des Pères, l'ancienne tradition du saint-siége et de l'Eglise catholique n'ont plus été comme autrefois des lois sacrées et inviolables ; chacun s'est fait à soi-même un tribunal où il s'est rendu l'arbitre de sa croyance, boss. Reine d'Anglet. Je le vois trop; les soins qu'on prend de notre enfance Forment nos sentiments, nos mœurs, notre croyance, volt. Zaïre, i, (.On suppose que la croyance des hommes détermine leur morale, et que des idées qu'ils ont de la vie à venir dépend leur conduite en celle-ci, I. i. rouss. Lett. d l'archev. de Paris. || Par extension, adhésion accordée comme une espèce de foi à des opinions qui ne sont pas religieuses. Croyances philosophiques. Les croyances morales de l'humanité.

— syn. croyance, poi. La foi est une persuasion déterminée par l'autorité de celui qui a parlé. La croyance est une persuasion déterminée par quelque motif que ce puisse être.

— HIST. xiii* s. Leur créance est tele que nul ne peut morir que à son jour, et pour ce ne se veulent il armer, joinv. 230. || xivs. Il eurent tele croiance par un signe ou argument qui n'est pas souffisaut,

ORESME, Eth. 231.

— ÊTYM. Croyant (voy. créance).

CROYANT, ANTE (kro-ian, ian-f: d'autres disent kroi-ian, ian-t'). || V Adj. Qui a la foi religieuse. Bile est redèreaue crevante Le« Sm«< fcrdtSntM

CRU

Une nation croyante. J'étais croyant, je l'ai toujours été, quoique non pas comme les gens à symboles et à formules, J. J. rouss. Dial. i. M. Lambercier, bien qu'homme d'Eglise, était croyant en dedans, id. Conf. il. Le vrai croyant ne peut s'accommoder de toutes ces simagrées; il sent que l'homme est un être intelligent auquel il faut un culte raisonnable, J. J. rouss. Lelt. à l'archer, de Paris. Ma conviction religieuse, en grandissant, a dévoré mes autres croyances; il n'est ici-bas chrétien plus croyant et homme plus incrédule que moi. chateaub. dans le ,Dtc(. de dochez. || 2° S. m. et/. Fidèle, en parlant de la religion chrétienne. Abraham mérita d'être le père des croyants, mass. Panég. St Benoit. Le corps des chrétiens se distinguait en croyants ou fidèles, et en catéchumènes, chateaub. Génie, rv, m, 2. || Les sectateurs de la religion musulmane se donnent aussi le titre de croyants. Commandeur ou chef des croyants était le titre que prenaient les califes.

— HIST. xii' s. Celé out à nom Sébile, qui puis fu bien creanz [croyante], Sax. v. || zm's. Et bien créant en Pieu et de moût bon courage, Berte, lxx. Et disoit que il [le cordelier] ne trouvoit ne es creans ne es mescreans, que onques reaumesseperdist ne chanjast de seigneurie à autre, mez [mais] que par defaute de droit, joinv. (99.

— ÊTYM. Croire.

t CROYE (kroî), *. f. Voy. croie.

(.CRU (kru), s. m.||i°La quantité dont une chose a cri, a pris croissance. Ces arbres ont bien poussé, voilà le cru de cette année. || 2° Production. On leur a défendu d'apporter d'autres marchandises que celles du cru de leur pays, montesq. Esp. xx, 8. Son vin noir et grossier mais désaltérant et sain est du cru de sa vigne, J. J. rouss. Êm. ni. || 3° Terroir considéré comme ce qui fait croître les végétaux et leurs produits. Ce vin-là est d'un bon cru. Après ce qui lui vient de son cru, rien ne lui paraît de meilleur goût que le gibier et les truffes que cet ami lui envoie, la bruy. m. Droit qui fut fixé à cinq pour cent sur toutes les marchandises des Indes et de la Chine, et à trois pour cent sur toutes celles du crudestlesde France et de Bourbon, raynal, Hist. phil. iv, 26. Les seules denrées du cru couvrent notre table. J. J. rouss. Hél. v, 2. Des vins d'un cru céleste épanchent leurs trésors, delille, Parad. perdu,\. || Vin du cru, vin fait sur le lieu même où il est bu. Moi, gai comme un dieu sans nectar, Au vin du cru je me résigne, bêrano. Nourrice. || Fig. Cet ouvrage est une compilation, l'auteur n'y a rien mis de son cru. Ce que nous désirons aujourd'hui avec tant de chaleur et de besoin vient immédiatement du cru de Dieu, balz. Disc, à la régente. Le vieux marchand me dit à l'oreille : On voit bien que ce n'est pas de son cru [à M. de Beauforl], retz, m, (67. Il est bien nécessaire d'employer de l'argent à des perruques, lorsque l'on peut porter des cheveux de son cru qui ne coûtent rien, mol. Avare, i, 5. C'est de votre cru que vous dites cela, boss. lnstr. 2. 11 n'a rien de son cru que le mensonge, m. i, Vent. t. La pièce est de mon cru, rac. Épigr. Il sait par cœur une infinité de bons contes qu'il a récités tant de fois comme de son cru , qu'il est parvenu à se figurer qu'ils en sont effectivement, lesage, Gil Bios, m, ((. || Fig. Le vin de mon cru, le vin de son cru, les actions, les pensées, ics paroles de quelqu'un. Lorsque Mondor osa te dire en face Que tu saignas du nez dix fois au moins, Te citant l'heure et le jouret la place. — Conte grossier que personne n'a cru. Qui n'était pas digne de ma colère : On me connaît, et le vin de mon cru Ne passera jamais pour de l'eau claire, pons (de Verdun), (es Excuses dans les Cnnles et poésies diverses , p. 1 94 . || 4' Terme de chasse. Milieu d'un buisson, dit plus communément creux, où la perdrix se retire quelquefois pour éviter la poursuite des chiens.

— REM. Cru n'est pas autre chose que le participe passé du verbe croître qui s'écrit crû; l'Académie devrait donc l'écrire avec un accent circonflexe, comme elle fait pour dû : réclamer son dû.

— HIST. xvi« s. Est dit vin du cru de la ditte ville tout vin qui croist dedans les limittes du ruisseau de Saint Jouandeau.... Nouv. coust. génér. t. iv, p. 9( i. Je sçais très bien sentir, à mesurer ma portée, que mon terroir n'est aulcunement capable d'aulcunes (leurs trop riches que j'y treuve semées et que touts les fruicts de mon creu ne les sçauroient payer, mont, ii, 99.

— ÊTYM. Crû, participe de croître.

2. CRU, CRUE (kru, krue), adj. || 1- Qui n'est point cuit. De la viande crue. Des fruits crus. Préparer les viandesqu'auparavant ils dévoraient crues, j. J. rouss. Inig. 2« part. ||Fig. La sagesse toute sèche et toute

CRU

crue fait mal au cœur, balz. liv. vi, lett. 6. Ils n'en suivaient pas la doctrine toute crue, boss. Var. xi. || 2° Qui est d'une digestion difficile. Le concombre est très-cru. || 3° De l'eau crue, eau chargée de sels et qui ne peut dissoudre le savon ni cuire les légumes. L'eau que je buvois était un peu crue et difficile à passer, comme sont la plupart des eaux des montagnes, J. J. rouss. Conf. vi. || 4° Qui n'a pas encore subi de préparation. Cuir cru. Soie crue. Métaux crus, ceux qui sont tels qu'ils sortent de la mine. || Chanvre cru, chanvre qui n'a pas été trempé dans l'eau. || 5° Qui n'a pas encore subi une élaboration suffisante. Ces semences, tant qu'elles sont vertes et crues, demeurent attachées à l'arbre pour prendre leur maturité, boss. Conn. v, 2. || Terme de médecine. Humeurs crues, matières crues, celles qui n'ont pas reçu le degré de coction nécessaire. || 6° Qui est à l'état de simple ébauche, en parlant des choses de l'esprit. Ce n'est encore là que sa pensée toute crue. Ronsard avait forcé noire langue par des inversions trop hardies et obscures; c'était un langage cru et informe, fén. t. xxi, p.(9(. || 7* Terme de peinture. Un ton cru, ton qui ne se fond pas avec les autres. Couleur crue, couleur trop tranchante. Ce ne sont point les feuilles d'un vert cru qui font les admirables paysages, chateaub. /(in. (J4. || Lumière, ombre crue, se dit quand les grands clairs ne sont pas séparés des grands bruns par des gradations de nuances. || 8° Choquant, dur, en parlant des expressions, du langage. Cela est bien cru. Je te vois accablé d'un chagrin si profond, Que j'excuse aisément ta réponse un peucrue, corn, la Veuve, ni, 3. || Âcru, d'une façon crue. Elle veut qu'en détours la chose s'enveloppe, Et ce mot dit à cru lui cause une syncope, regnard, le Joueur, n, 4. || Peu décent, trop libre. Ils ont tenu devant elle des discours ud peu trop crus. || 9° Â cru, toc. adv. Sur la peau nue. Bottés à cru les gros milours [milords], Armés d'épieux, en habits courts, scarr. Virg. (rot), iv. Il prit les bottes qui étaient au pied du ht et les ayant chaussées à cru.... s'alla mettre auprès de l'Olive, id. Rom. corn. 2« part. ch. 2. Leurs transparents seraient plus beaux, si elles voulaient les meure à cru, sév. 324. N'avoir de la dévotion que ce retranchement me paraît être bottée à cru, id. 548. Un surtout emprunté Vêtit à cru ma triste nudité, volt. P. diable. || Monter à cru, monter un cheval sans selle ni couverture. Il fut étonné de voir Massinissa, âgé pour lors de plus de quatrevingts ans, monté à cru sur un cheval selon la coutume de son pays, donner partout les ordres comme un jeune officier et soutenir les fatigues les plus dures, rollin, Hist. anc. Œuvres, t. i, p. 5(9, dans pougkns. Les barbares [Francs] montaient à cru des étalons sauvages, chateaub. Jfart. (90. || Terme d'architecture. Une construction porte à cru, quand elle repose sur le sol même, et non sur des fondements. || Teindre sur le cru, ou teindre à demi-bain, mettre les soies à la teinture, sans qu'elles soient bien décreusées.

— REM. Cet adjectif se met toujours après son substantif.

— HIST. xin's. Riens qu'on peùst mangier [il] n'i ot ne cru ne cuit, Berte, xxxvi. Et quanqu'il i aura de cuirier [cuir] cru es charretes, Liv. des met. 280.

xiv* s. Mais les autres plus impurs sont, Por ce que le vif argent ont Trop crud et leursoulphre terrestre Trop aduste.... Nat. à l'alch. err. (29. || xvs. Au roy fut faicte la responce non point creue, mais la plus honneste qu'on l'eust peu entendre, comm. h, 13. || xvi' s. Son herbe tant verde et crude que conficle et préparée, rabel. m, 47. Ils trouvoient trop crud de dire qu'il n'estoit pas plus vraisemblable que la neige feust blanche que noire, mont, h, 317. Ce fut aussi un estât nouveau quand la ligue formée tnonstra les cornes en desploiant ses tiltres et ses forces armées à cru de toutes les fonctions et authoritez d'un parti, d'aub. Hist. n, 485. Un feuillant boiteux, qui armé tout à crud se faisoit faire place avec une espée à deux mains, Sal. lien. p. (3. Le labeur loutesfois ses membres ne consomme, Tant il est cru [verd] vieillard, rons. 746. Aucuns font leur mère ou saloir, d'une peau de beuf crue, un peu salée, o. ce serres, 839. Armure à cru, monet, Dict. Un discours bien crud, oudin, Curios. fr. Vous me la baillez crue [vous me la donnez belle], les Marguer. de la Marguerite, t. i, f" 90, dans lacurne.

— ÉTYM. Liégeois, crou; namurois, cru, froid et humide en parlant du temps; provenç. cru; espagn. et ital. crudo; du latin crudus.

3. CRU, CRUE (kru, krue), part, passé du verbe croire. || 1* Â quoi on donne croyance. Une nou-

CRU

velle crue légèrement. Les miroirs trop peu crus par celles qui les consultent. Quel plaisir d'aimer la religion, de la voir crue, soutenue, expliquée par de si beaux génies et par de si solides esprits I la bruy. xvi. Il resta encore à la piété de la troisième race [les Capétiens] assez de fondations à faire et de terres à donner; les opinions répandues et crues dans ces temps-là auraient privé les laïques de tout leur bien, s'ils avaient été honnêtes gens, montesq. Esp. xxxi, (0. || 2" X qui on donne croyance. Un sage ami cru trop tard. Les dieux crus par les païens. || 3* Regardé comme, tenu pour. Hercule cru fils de Jupiter.

CRU, CRUE ( kru, krue), pari, passé du verbe croître. Les arbres crûs depuis mon départ. La rivière crue et menaçante empêchait le passage.

CRUAUTÉ (kru-ô-té), s. f. || 1° Penchant à infliger des souffrances et la mort. Exercer sa cruauté contre des innocents. Quels foudres lancez-vous quand vous vous irritez, Si même vos faveurs ont tant de cruautés? corn. Hor. m, (. Il y a de la cruauté à tuer un homme, pasc. Prov. 7. Insensé qui ne voit pas que sa cruauté, à laquelle il se confie, le fera périr, fén. Tél. ni. Les remparts abattus, les palais mis en cendre Sont de ta cruauté les plus doux monuments, J. b. rouss. Odes, iv, 8. La loi séparait sans cesse la monarchie; la crainte, l'ambition et la cruauté voulaient la réunir, montesq. Esp. xvin, 29. Le tyran le plus dur, l'esclave le plus bas, Si dans une même âme ils confondaient leur être, En lâche cruauté ne l'effaceraient pas, masson, Heltél. n. || 2" Action cruelle. Les cruautés de Néron. Il exerce des cruautés inouïes, boss. Hist. il, 5. Père dénaturé, malheureux politique, Esclave ambitieux d'une peur chimérique, Polyeucte est donc mort, et par vos cruautés Vous pensez conserver vos tristes dignités, corn. Poly v, 6. J'en ai fait un martyr, sa mort me fait chrétien ; J'ai fait tout son bonheur, il veut faire le mien; C'est ainsi qu'un chrétien se venge et se courrouce; Heureuse cruauté dont la suite est si douce I id. ib. L'excèsde la douleur m'a fait commettre contre Lichas une cruauté que je me reproche, fén. Tél. xv. || 3" Chose fâcheuse; acte rigoureux. Quelle cruauté de se voir trahi par ses amis ! Vous refusez de me voir, quelle cruauté 1 Je ne me ferais pas de cruautés comme cette fois [je ne m'infligerais pas une peine si grande], sév. 287. || Les cruautés du sort. Que nos plaisirs passés augmentent nos supplices I Qu'il est dur d'éprouver après tant de délices Les cruautés du sort! la font. Psyché, H, p. 133. Partout environnés des cruautés du sort, Des fureurs des méchants, des pièges de la mort, volt. Dés. de Lisbonne. Je plains Gusman, son sort a trop de cruauté, m. AU. v, 2. || 4° La cruauté, les cruautés d'une maîtresse, son indifférence ou ses rigueurs. Que je bénis, seigneur, l'heureuse cruauté Qui vous rend.... — Tu l'as vu comme elle m'a traité, rac. Andr. il, 5.

— HIST. xii* s. Par vos grant cruautez, Ronc. p. 44. Membrer vous doit que laide cruauté Fait qui ocist son lige homme demaine. Coud, xiv. || xin* s. Or oés se ceste gens dévoient terre tenir, qui si grant cruauté faisoient H uns envers les autres, villeh. cxv. [Ils] Lui ont mis celé corde; ce fut grant cruauté, Berte, xv. Il tneïsmes n'a pas vergoigne De recongnoistre, ains le tesmoigue, Et sa crualté pas ne celé, Quant perilleus miroir l'apele, la Rose, 206(5. Ne nul testamens ne doit mie estre fes selonc crualté, mais selonc miséricorde, beaum. xii, 55. || xiv* s. Crudelité ou ire, orksme, Etli. 204. xv s. Sire de Laval, respondit le duc, laissez moy faire ma voulenté; car Clisson m'a tant d« fois courroucé, que maintenant il est heure que je luy monstre; et partez vous d'icy; je ne vous demande rien; laissez moy faire ma cruauté; car je vueil qu'il meure, froiss. liv. mi, p. (98, dans lacurne. Et encores par tel folie As-tu hui fais regrès et plains; Tu es un jeune homme tous plains De cruautés [de souffrances], id. Poésies mss. p. (2, dans lacurne. Et prendrons tribus et apatissemens sur nos adversaires le plus que pourrons; et sur ceulx de nostre parti ferons aucune cruaulté [imposition] la moindre et la plus douce que faire se pourra, le Jouvencel, f° 3( , dans lacurne. Quant la dame se fust aucun peu advisée et qu'elle eut fort regardé le fondement du temple et la cruauté [aspect horrible] des lances qui y apparoient, Perce/orest, t. iv, f° 73. ||xvi's. C'est comme une Heleine, pour laquelle les ennemis de la vérité aujourd'hui bataillent en si grande crudelité, en si grande fureur, en si grande rage, calv. Instit. t(6(. Comment se vient-il à enflamher de une telle cruauté ? id. ib. ( ( 99. Parquoi , si vous aimez ma vie, en sauvant votre conscience de crudelité.

CRU

vous me la sauverez, mabg. JVoue. xxii. Que nul ne faict cruauté en la rendant, que les premières s'appellent cruautés, les secondes justice, d'aub. Hist. i, 4 55. Je ne leu jamais tant de rigueur (je ne dirai cruauté) comme celle qui fut exercée contre cette dame [Marie Stuart] , ny de constance comme celle qui se trouva en elle, pasquier, Rech. Ut. ti,

p. 64 2, dans LACURNE.

— ÊTYM. Provenç. crusellal , crueltat; catal. crudeltat; espagn. crueldad; portug. crueldade; ital. crudeltà; du latin crudelitatem , de crudelis (voy. cruel). Crudelité qu'on trouve dans quelques texies était refait sur le latin, qui, à l'origine, avait donné régulièrement cruelle, crualté, cruauté:

f CRCCHADE (kru-cha-d'), s. f. Sorte de bouillie de mais.

—ÊTYM. Cruche; cette préparation se faisant dans une cruche.

CRUCHE (kru-ch*), s. f. ||l°Vase en poterie à large panse Aller quérir de l'eau avec une cruche. D'un vin pur et vermeil il fait remplir sa coupe; 11 l'avale d'un trait, et, chacun l'imitant, La cruche au large ventre est vide en un instant, boil. Lutr. i. Le pilote couronné de fleurs laissait le gouvernail et tenait en sa main une grande cruche de vin qu'il avait presque vidée, fén. Tél. iv. || 2° Quantité de liquidecontenuedans unecruche. Unecruche d'huile. Répandre une cruche d'eau. Joseph ne cessa de me donnera boire de grandes cruches d'eau, chateaiib. Itin. 245. Une cruche de vin de Falerne se vendait cent deniers romains, montesq. Esp. vil, 2. || 8" Familièrement. Personne ignorante et stupide. J'aimerais mieux cent fois être grosse pécore, Devenir cruche, chou, lanterne, loup-garou, Etque monsieur Satan vous vint tordre le cou, mol. l'Elour. I, 44. Cornes celai vous me prenez pour cruche I Ce sont oreilles que Dieu fit, la pont. Fabl. v, 4. Le cousin méconnaît; oh! je ne suis pas cruche , Tel que tous me voyez, regnard, le Bal, 7. N'y aurait-il pas moyen de réveiller le deux-cents [nom d'un conseil à Genève] ? s'il ne voit pas ici son intérêt, ses membres ne sont que des cruches, J. J. rouss. Lett. à M. d'Icernois, Corresp. t. vi, p. tel , dans pougens. || Vous le feriez devenir cruche, se dit à ceux qui veulent trop s'opiuiâtrer ou trop tourmenter un homme. || Proverbe. Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se casse ou qu'enfin elle se brise, c'est-à-dire quand on s'expose souvent à quelque danger, à quelque tentation, on y succombe. || Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle s'emplit, arrangement du proverbe par Beaumarchais, pour signifier qu'une fille qui s'expose finit par succomber.

— hist. xv" s. Jehanne print sa cruye ou bouteille, pour aler à l'eaue en une fontaine, du cange, oruga. Pour ce est bien dit que tant va la cruche à l'eaue que le cul y demeure, le chev. de la tour, Instr. à ses filles, f° 33, dans lacurne. || xvi's. La cruche va si souventà la fontaine, qu'à la fin elle se rompt le col, desper. Contes, lxxxi. Telle terre, telle cruche, cotorave. Ce chien, estant en peiDe d'avoir l'huile qui estoit dans le fond d'une cruche où il ne pouvoit arriver de la langue, alla quérir des cailloux et en meit dans cette cruche jusques à ce qu'il eust faict haulser l'huile plus prez du bord, où il la peust attaindre, mont, il, 176.

— ÊTYM. Kymri, criée, dont le radical est aussi dans l'allemand : anc. h. aliem. cruoc, krôg; allem. mod. Krug.

CRUCHÊE (kru-chée), s. f. La quantité de liquide que contient une cruche. Une cruchée de vin. Va-t'en tout à l'heure à la fontaine de Jouvence, et m'en rapporte une cruchée d'eau, la pont. Psyché, u,p. 4 76.

— ETYM. Cruche.

f CRUCUER (kru-ché), ». n. Ancien terme de musique. Se disait du son du tuyau d'orgue appelé cromorne.

f CRUCHERIE (kru-che-rie), s. f. Terme trèsfamilier. Bêtise, ànerie.

— ÊTYM. Cruche.

t CRUCHETTE (kru-chè-tf), s. f. Petite cruche.

— hist. xvt's. Cruchette, cotgrave.

— ÊTYM. Diminutif de cruche.

CRUCUON (kni-chon), s. m. Petite cruche. || Le contenu d'un cruchon. Boire un cruchon de bière.

— HIST. xv* s. Ung crugeon d'uylle, du cange, cruga. || in* ». Un cruion d'huile de noix, d'aub. Fœn. m S.

— ÊTYM. Dérivé de cruche; provenc. crugo. fCRUCIADE (km-si-a-d'), s. f. Bulle accordée

par les papes aux roig d'Espagne et de Portugal, pour lever sur les ecclésiastiques des décimes destinés aux guerres contre les infidèles.

— Êtym. Cruciade, eroisade.

CRU

CRUCIAL, AIE (kru-si-al, a-1'), adj. Terme technique. Qui est fait en croix. Des ferrements cruciaux. Ah! quel plaisir je vais prendre à faire sur son corps [un corps à disséquer] une incision cruciale et à lui ouvrir le ventre depuis le cartilage xiphoïde jusqu'aux os pubis I hauteroche, Crispin médecin, il, 4. Le chirurgien me fit d'abord une incision cruciale, volt. Cand. 28.

— HIST. xvr s. Faut faire la section triangulaire ou cruciale, de grandeur qu'il sera besoin, pare, viii, 4.

— êtym. Lat. crux, croix (voy. croix).

f CRUCIANELLE (kru-si-a-nè-1'), s. f. Terme de botanique. Genre de la famille des rubiacées {crucianella).

— êtym. Lat. crux, crucis, croix.

CRUCIFÈRE (kru-si-fê-r'), adj. || 1° Terme d'architecture. Colonne crucifère, monument de religion, qui porte une croix, dans les cimetières et sur les grands chemins. || 2" Terme de botanique. Plantes crucifères , plantes ainsi nommées à cause de la disposition de leurs pétales qui est en forme de croix. || S. f.plur. La famille des crucifères. La nombreuse famille des crucifères ou fleurs en croix, laquelle compose une classe entière dans presque tous les systèmes des botanistes, j. J. rouss. Lett. sur la botan.

— êtym. Lat. crux, croix (voy. croix), et le suffixe fer, qui porte.

t CRUCIFIANT, ANTE (kru-si-fi-an, an-t'), adj. Terme de dévotion. Oui crucifie, qui mortifie. On s'unit bien mieux à Dieu en sa volonté crucifiante, fén. xviii, 207. ôtez de la morale les maximes crucifiantes, la violence, l'humilité, bass. Car. Mot. de eonv.

— êtym. Crucifier.

CRUCIFIÉ, ÉE (kru-si-fi-é, ée), part, passé. || 1* Mis en croix, soumis au supplice de la croix. Les jésuites, quand ils se trouvent en des pays où un Dieu crucifié passe pour folie, suppriment le scandale de la croii et ne prêchent que Jésus-Christ glorieux et non pas Jésus-Christ souffrant, comme ils ont fait dans les Indes et dans la Chine, pasc Prov. B. Et nous, continue l'Apôtre, nous prêchons Jésus- Christ crucifié, scandale aux Juifs (et non pas miracle), folie aux gentils (et non pas sagesse), mais qui est aux Juifs et aux gentils appelés à la connaissance de la vérité, la puissance et la sagesse de Dieu, boss. Hist. n, 44. Ouvrez les yeux, incrédules; n'est-il pas vrai que la rémission des péchés vous a été prêchée au nom de Jésus-Christ crucifié 7 id. ib. u, 10. Cette fable avait indisposé les Siamois contre la religion d'un Dieu crucifié, raynal, Hist. phil. iv, 13. || Substantivement, ô ridicule erreur, de vanter la puissance D'un imposteur, d'un fourbe et d'un crucifié! rotrou, St Gen. v, 2. Si tu ne veux périr, charge sur toi ta croix, Suis du crucifié les douloureuses traces, corn. /mit. u, 42. C'est ce monde qui doit être pour vous un crucifié, c'est-àdire un objet d'horreur, mass. Car. Élus. Leur premier législateur [des chrétiens] leur a fait accroire qu'ils sont tous frères, depuis qu'ils ont renoncé à notre religion [le paganisme] et qu'adorant le crucifié, ils vivent selon ses lois : de sorte qu'ils méprisent tout et croient que tout est commun, recevant ses dogmes avec une obéissance aveugle, d'ablancourt, Lucien, Mort de Peregrinus. || 2* Terme de dévotion. Mortifié. Quelle vie ! une vie souffrante et crucifiée! flêch. Dauph. || Fig. Être crucifiéavec Jésus-Christ, être entièrement mort au monde.

CRUCIFIEMENT OU CRUCIFÎMENT (kru-si-fiman), *. m. || 1* Action de crucifier et aussi le supplice de la croix. L'action du crucifiement semble avoir élevé Jésus pour être l'objet de tout le monde; il est en butte à toute contradiction d'un côté; et de l'autre il est l'objet de l'espérance du monde, boss. dans le Dict. de dochez. Nos sibylles ont prédit le crucifiement de cet ami de la vérité, volt. Phil. v, 264. || Tableau représentant Jésus- Christsurlacroix.LecrucifiementdeRubens. || 2°Fig. Mortification. Le crucifiement de la chair. Elle [Ste Thérèse] porte la charité jusqu'à l'union intime avec son époux, l'humilité jusqu'à l'anéantissement, la pauvreté jusqu'à l'entier dépouillement des biens •t du désir de les posséder, la chasteté jusqu'au continuel crucifiement de sa chair, flech. Panég. Ste Thérèse.

— êtym. Crucifier; provenç. crueifiamen; anc catal. cruet'/ieamen.

CRUCIFIER (kru-si-fi-é), je crucifiais, nous crucifiions, tous crucifiiez; crue je crucifie, que nous crucifiions, que tous crucifiiez, v. a. || 1° Infliger le supplie» de la croix. Alexandre, ayant pris une

CRU

j Tille où plusieurs rebelles s'étaient enfermés, en I emmena huit cents à Jérusalem, et les fit touscru- I cifier en un même jour, rollin, Hist. anc. ÛKu-

| vres, t. ix, p. 451, dans pougens Et les auteurs

| du crime Sont fils de ces bourreaux qui t'ont [0 Jésus] crucifié, iialh. vi, 37. Ne suffit-il pas de voir par l'Evangile que ceux qui crucifiaient Jésus-Christ avaient besoin du pardon qu'il demandait pour eux, quoiqu'ils ne connussent pas la malice de leur action? pasc. Prov. 4. Il est vrai que, dans la dernière persécution , et trois cents ans après Jésus- Christ, les païens, qui ne savaient plus que reprocher ni à lui ni à ses disciples, publièrent de faux actes de Pilate, où ils prétendaient qu'on verrait les crimes pour lesquels il avait été crucifié, boss Hist. H, 4 2. || Par exagération. Je me fusse plutôt laissé crucifier Que.... Régnier, Sat. xi. || Se faire crucifier pour quelqu'un, lui être compléiemenl «tévoué. || Se Taire crucifier pour quelque chose, suuitrir tout puur celte chose. || 2°Fig. Mortifier, sacrifier. [Celui qui] De la chair et des sens tellement se défie, Qu'à force de ferveur l'esprit les crucifie, corn. /mil. ni, 48. Les macérations vivifient l'âme en crucifiant le corps et la chair, patru, Plaid. 15, dans richklet. Il faut renoncer a tout, tout crucifier pour le suivre, boss. Hist. u, 44. Pour lui apprendre à crucifier sa propre chair, id. Serm. Quinq. i. Nous devons crucifier en nous le vieil homme, id. Pén. 3. La nuit du prétoire, les crachats, les soufllets, les fouets, les dérisions, le bois fatal, ces images affreuses la crucifient par avance [l'àme de J. C.j, Mass. Car. Passion. Les chrétiens ont crucifié leur chair avec ses désirs, id. Car. Riche. Il faut vous appliquer à crucifier vos sens, id. Mysl. Miser. || Absolument. Mais elle est menée par une autre voie, par celle qui crucifie davantage, boss. Anne de Con%.

— HIST. xn* s. Ne sunt pas fil Jesu, ainz sunt tuit forslignié; N'erent uan [ cette année |, s'il poent, pur Deu crucifié, Th le mort. 4 27. E si cura en Calvaire untDeu crucifié ib. 4 60. || xiii's. Dame en cui nous nous fions, Devant vous nous crucefions; Dame, par Dieu merchi prions, Et vos crions, Vierge saintisme , Poésies fr. avant 4 3i.o , t. il, p. 872, dans lacurne. Que, puisque Dieu laissa son cors crucefier, Berte, xi. Si m'aîst Diex li cruceGs, la Rose, 49408. Lors m'assaillent tuit de rechief; Chascun à hors bouter me tent: H ne me grevast mie tant Qui me vosist crucefier, ib. 45274. ||xv s. Toutes excuses mises derrière, sa commune crioit Crucifigel crucifige! o. chastelain, Cliron du duc Philippe, ch. 65. || xvi* s. Elle commanda aux buurreaux qu'ils crucifiassent et attachassent son curps en travers à trois crois, aiiyot, Ariax. 21.

— ÊTYM. Picard, cruchifié , mortifié; provenç. et espagn. crucificar; de crux, croix, et ficar, ficher (voy. ficher). L'italien dit crocifiggere, dérivé directement du latin figere, fixer.

CRUCIFIX (kru-si-fi; l'a se lie: un kru-si-fi-z en ivoire),»-, m. j| Représentation de Jésus-Christ attaché à la croix. Un crucifix de bois. Baiser le crucifix. Des pieds d'un crucifix devant lequel il avait accoutumé de faire sa prière, il écrit à Erasme des choses si tendres sur les douleurs ineffables de Jésus-Christ, boss. Var. u, § 24. Madame demande le crucifix sur lequel elle avait vu expirer la reine, sa bellemère, comme pour recueillir les impressions de constance que cette âme vraiment chrétienne y avait laissées avec les derniers soupirs, id. Duch. d'Orl. M. de Condom [Bossuet] lui parlait toujours; et elle lui répondait avec le même jugement que si elle n'eût pas été malade, tenant toujours le crucifix attaché sur sa bouche; la mort seule le lui fit abandonner. M"' de la fayette, Hist. d'Ilenr. d'Angleterre, Œuvres, t. m, p. 487, dans lacurne. Je n'osaisl... mais le prêtre entendit mon silence, Et, de ses doigts [glacés] prenant le crucifix : Voilà le souvenir et voilà l'espérance; Emportez-les, mon fils, lamart, Nouv. méd. 22. || Mettre une injure au pied du crucifix, la souffrir patiemment pour l'amour de Dieu. || Fig. et familièrement. Un mangeur de crucifix, un faux dévot. Aller dans les églises manger les crucifix. || Confrérie du crucifix, à Rome, société du bienfaisance. || Populairement. Faire la demi-crucifli, c'est demander l'aumône, parce qu'on n'étend qu'un bras pour la recevoir.

— hist. xir* s. Entrée en est el mostier saint Geri ; En crois se met devant le crucefi; Dieu reclama qui onques ne menti, Raoul de C. 46. ||xni* s. Quiconques veut estre ymagiers à Paris, ce est à savoir tailleres de crucefix, Liv. des met. 465. Se raison vient, point n'en créés; S'el vous aportoit crucehi, Nel créés point ne que ge fiz [ne la croyez pas plus que je ne la crus], la Rosé, 4 69«7. Diex veut que

CRU

CRU

CRU

vous l'alez vengier, San» controver nul autre essoine , Ou vous lessiez le patrimoine Qui est du sanc au crucefi: Mal le tenez, je vous afi.... ruteb. 86. (| xiv s. Et riches croces à evesques, À abez et à archevesques, Cruceflz et ymagerie D'argent et d'yvoire entai Uie, Dict des marcheans, dans de labobde, Émaux, p. 237. || rvr s. Je n'estois pas grand mangeur de crucifix, et je sentois un peu le fagot, Sal.Mén. p. 72. Quel devotieux ïpocrite, Qui faisiez semblant de manger Les crucefix, et estre hermitet l'Amant rendu cordelier, p. 632, dans

LACURNB.

— ÊTYM. Provenç. crucifie; espagn. crucifixo; ital. crocifisso ; du latin crucifixus, de crux, croix, et fixus, attaché (voy. fixb).

f CRUCIFIXION (kru-si-fi-ksion), t. f. Action de crucifier. Dans le manichéisme la crucifixion du Christ est le symbole des souffrances de la nature et de l'âme humains, Nicolas, Rev. Germ. t. vin, p. 686.

— ÊTYM. Crucifix.

■\ CRUCIFORME (kru-si-for-m') , adj. Qui est en forme de croix. || Terme d'anatomie. Ligaments cruciformes. Petits ligaments en forme de croix qui affermissent l'articulation des phalanges.

— ÊTYM. Lat. crux (voy. croix), et forma (voy. FORME i).

t CRUCIGÈRE (kru-si-jê-r"), adj. Terme d'histoire naturelle. Qui porte une croix.

— ÊTYM. Lat. crux, croix, et gerere, porter.

t CRrCIROSTRE (kru-si-ro-str'), adj. Terme d'histoire naturelle. Qui a le bec croise.

— ftym. Lat. crux, croix, et rostrum, bec. CRUDITÉ (kru-di-té),*. f.\\i' Êtatde ce qui est cru.

La crudité des fruits, des viandes. Le fruit est mûr et garde, en sa douce apreté, D'un fruit à peine mûr l'aimable crudité, a. chén. Arcatet Palémon. || l' Aliments crus. Manger des crudités. || 8*Terme de médecine. La crudité des humeurs, l'état des humeurs qui ne sont pas encore arrivées à ce que les anciens médecins nommaient coction. || Crudité des maladies, état où elles n'offrent encore aucun signe de coction. || 4' Mal d'estomac venant de la mauvaise qualité de certains aliments dont la digestion est difficile. || Fig. Tu dis.... Que mes vers i les ouïr lire Te font venir des crudités, malh. it, 46. Nos faiseurs de notes ne rapportent dans leurs écrits que la crudité et l'indigestion de leur lecture , bals, liv. v, lett. 48. || S* Fig. Qualité de ce qui est non mitigé, comme les substances qui ne sont pas mitigées par la cuisson ou la maturation. En ce sens il s'emploie dans les cas suivants. || Crudité de l'eau, état de l'eau qui contient une forte proportion de sels calcaires et qui est froide, indigeste. || Terme de peinture. Effet dur et tranchant des tons crus. || Expression qui est trop libre, ou qui a quelque grossièreté. Les crudités sont de mauvais goût, La politesse n'avait point appris aux héros d'Homère à se quereller noblement, et la crudité des injures qu'Achille dit à Agamemnon n'était encore que de la franchise, marmont. Ess. sur le goût, Œuvres, t. iv, p. 3*7, dans pouoens.

— ÊTYM. Provenç. cruditat; ital. crudità ; du latin cruditatem, de crudus, cru.

f CRUDIVORE (kru-di-vo-r'), adj. Terme didactique. Populations crudivores, celles qui ne se nourrissent que d'aliments crus.

— êtym. Lat. erudu», cru, et vorare, manger. CRUE (krue), s. f. || 1* Élévation du niveau des

eaux d'un cours d'eau, par suite de pluies ou de fonte de neiges. Ce fleuve [ Nil], qui prend sa source dans l'Ethiopie, doit son accroissement à des nuages qui , retombant en pluie , occasionnent sa crue périodique, raynal, Hist.phil.xi, 3. Montes, à travers Blois cet escalier de rues Que n'inonde jamais la Loire au temps des crues, v. Huoo, F. (faut. 2. || 2° Croissance. Cet enfant, cet arbre n'a pas pris toute sa crue. || 8* Autrefois l'augmentation des tailles. La crue de la taille. || Dans l'ancienne pratique et en matière d'inventaire, le cinquième denier au-dessus de la prisée, lequel était attribuéaux commissaires-priseurs, parce qu'alors ils étaient responsables. La crue est abolie. Estimation à juste prix et sans crue. || En un autre sens. Je ne sais qui a pu imaginer que nous demandions à prendre le sel de la ferme à bas prix, pour en tirer un petit profit qu'on appelle crue, voit. Lett. Dupont, 40 oct. 4 776.

— HlST. mr s. Ne scet l'en [l'on] dont celle creue [du Nilj vient, mez que de la volenté de Dieu, joinv. 320. || xv s. Qui du marchié le denier à Dieu prent, Il n'y peut mectre ne rabat ne creûe, ch. P'orl. Rond. Octroionsque tout le sel qui sera vendu

es grenier à sel de nostre pays de Normandie.... soit vendu à la creue de douze deniers tournois sur chacun minot pour les deniers qui vendront [viendront] de ladite creue.... tourner et convertir au profit de nostre dit conseiller, vallet de virivillb , Chron. de la Pucelle, p. 78. || xvi* s. Que les creues des compagnies de gens de pied, et la levée des Suisses n'estoit à autre fin que pour ruiner les huguenots, castelnau, 4 96. Joinct les ordinaires commissions des creues et recreues, que l'on distribue par toutes les provinces , causées sur levées des deniers, pour la subvention de ses affaires, carl.

— ÊTYM. Féminin du participe crû; provenç. ereguda; catal. crescuda; espagn. crecida.

CRUEL, ELLE (kru-èl, 4-1"), adj. || 1" Qui aime à infliger des souffrances, la mort. Un tyran cruel. Le cruel Henri VIII fit périr plusieurs de ses femmes. Valérien ne fut cruel qu'aux chrétiens, boss. Hi.it. i,40. J'ai mendié la mort chez des peuples cruels, rac. Andr. n, s. Mes inhumaines soeurs sont d'autant plus cruelles, Qu'elles le sont par piété, lamotte, Odes, t. i, p. soo, dans poogens. Perfide par instinct et cruel par penchant, Son âme est un enfer et sa vie un long crime, masson, Uelvét. u. Dans cette guerre à mort, leur donner la vie [aux prisonniers], c'eût été se sacrifier soi-même; on fut cruel par nécessité; le mal venait de s'être jeté dans une si terrible alternative, sêour, Hist.deNap. nt, 8. || Les plus cruels ennemis, les ennemis les plus acharnés. || Il se dit de quelques animaux. Le tigre est un animal cruel. || S* Qui a un caractère de cruauté, en parlant des choses. Un ordre cruel. Une politique cruelle et ambitieuse. Une guerre cruelle, sanglante, acharnée. Cruelle bataille, rac. Théb. m, 4. On fit une cruelle boucherie de ces brigands, vertot, Révol. rotn. m, p. 44*. Loin de ces lieux cruels précipitez vos pas, rac. Iphig. iv, 40. Je suis persuadé plus que jamais de l'innocence des Calas et de la cruelle bonne foi du parlement de Toulouse, volt. Lett. d'Argental, 24 juin 4764. Une guerre longue et cruelle , inutile à l'Autriche, funeste à la France, profitable aux seuls Anglais, et glorieuse au seul roi de Prusse, qui, après l'avoir soutenue pendant sept ans contre la moitié de l'Europe, l'a terminée sans perdre un village, d'alemb. Eloges, milord Maréchal. Ses expériences n'avaient pu être faites sans assujettir un grand nombre d'animaux à des douleurs cruelles ; et c'eût été acheter bien cher une vérité inutile; M. de Haller le sentait, condorcet, Haller. ||8'Dur, sévère, rigoureux, en parlant des personnes et des choses. Père, tuteur cruel. Une peine cruelle. Des devoirs cruels à remplir. C'est cette vertu même à nos désirs cruelle, Que vous louez encore en blasphémant contre elle, corn. Poly. il, 2. Les dieux depuis longtemps me sont cruels et sourds, rac. Iphig. n, 2. Hélas! fus-je jamais si cruel que vous l'êtes? id Andr. I, 4. Tous deux hais du peuple, et tous deux admirés; Enfin, par leurs efforts ou par leur industrie, Utiles à leurs rois, cruels à la patrie, volt. Henr. vu. Ses parents, à la fois jacobites et catholiques, étaient opprimés, à ce dernier titre, sous des lois cruelles, indignes de la sagesse et de l'humanité des lois anglaises, mais qu'une fausse politique avait crues nécessaires dans le siècle dernier, condorcet, d'Arci. || 4° Douloureux, fâcheux. C'est une chose cruelle que d'être abandonné de ses amis. Quels reproches cruels ne nous ferons-nous pas? corn. Sertor. H, 2. Je dois vous annoncer, Léandre, une nouvelle, Mais la trouverez-vous agréable ou cruelle? mol. l'Étour. u, 4 0. Le ciel eut pour ses vœux une bonté cruelle, la font. Fabl. vu, 4 7. C'est une cruelle chose que de mettre sa vie entre les mains d'un médecin, qui croit fermement qu'il va prendre possession d'une souveraineté en Italie, sév. t. x, lett. 4012, dans pougens. Ce ne peut être que cette seule curiosité qui vous ait fait faire une si cruelle imprudence, m"" db iafatbtte, Princ. dedèves, Œuvres, L u, p. 185, dans pouoens. Non, vous ne verrez pas cette fête cruelle, rac. Baj. 11, 5. Ah! souvenir cruel, id. Andr. 1, 4. Et ton nom paraîtra dans la race future Aux plus cruels tyrans une cruelle injure, id. Brit. v, 6. [C'est lui qui] Veut, la force à la main, m'attacher à son sort Par un hymen pour moi plus cruel que la mort, id. Mithr. l, 2. Mesdames [les sœurs du roi] savaient combien est cruelle pour ceux qui souffrent, la perte du médecin dont ils attendent la conservation de leur vie ou la fin de leurs douleurs, condorcet, Bourdelin. || Destin, sort cruel, destin, sort tout à fait contraire. Que ma destinée est cruelle! mol. le Fest. m, 4. || 6* Insensible. Beauté cruelle. Et même en ce moment où U bouche

cruelle Vient si tranquillement m'annoncer le trépas, rac. Andr. iv, 6. Avec quels yeux cruels sa rigueur obstinée Vous laissait à ses pieds peu s'en faut prosternée! id. Phèd. m, 4. Ehl comment font tant de jeunes filles qui, pendant des mois entiers, résistent à leur penchant, cachent leur amour, et paraissent non-seulement insensibles, mais encore cruelles à un amant qui leur plaît? saint-foix, Oracle, se. 7. || Dans le langage familier. Cette femme passe pour n'être pas cruelle, elle cède facilement à ceux qui la poursuivent. || 6° Un cruel homme, un fâcheux, un ennuyeux personnage; une cruelle femme, une femme bien insupportable. || 7" Substantivement La mort a des rigueurs à nulle autre pareilles; On a beau la prier; La cruelle qu'elle est se bouche les oreilles, Et nous laisse crier, malh. vi, 18. Vous triomphez, cruelle, et bravez ma douleur, rac. Iphig. 11, 6. Un cruel (comment puis-je autrement l'appeler?) Par la main de Calcbas s'en va vous immoler, id. Iphig. m, 6. Je ne t'ai point aimé, cruel ?qu'ai-je donc fait? id. Andr. iv, 5. ||8°Femme qui n'écoute pas un amant. Venge-toi d'une ingrate et quitte une cruelle, corn. Nicom. v, 4. Soulagez mon tourment, disais-je à ma cruelle; Ma mort vous ferait perdre un amant si fidèle Qu'il n'en est point de tel en l'empire amoureux, la font. Poésies mêlées, xlv. Mon fils me parle de la grosse cousine d'une étrange façon; il ne désire qu'une bonne cruelle pour le consoler un peu, sêv. t. vu, p. 649, p. 17, dans pougens. Les cruelles ne me sont rien, Je ne crains que les infidèles, fonten. Poésies past. Œuvres, t. iv, p. 22, dans pougens. Ceux qui sont accablés des rigueurs d'une cruelle y viennent soupirer, montesq. Gnide, 4. Si elle vous nomme audacieux, vous l'appellerez cruelle; les femmes aiment beaucoup qu'on les appelle cruelles, beaumarch. Barbier, iv, S. || Familièrement. Ne pas trouver de cruelles, être toujours heureux en amour. Jamais surintendant ne trouva de cruelles, boil. Sat. vm. Il Familièrement. Faire le cruel, se montrer dédaigneux à l'égard des femmes. || 9" S. f. Cruelle, nom qu'on donne à de l'eau-de-vie rendue plus brûlante par l'addition de substances acres.

— REM. 1. On dit (les exemples rapportés le prouvent) être cruel â quelqu'un. Mais on dit aussi : être cruel envers quelqu'un. || 8. Il faut faire attention à la différence de sens que produit quelquefois la place de cruel: un homme cruel, c'est un homme qui a de la cruauté; un cruel homme, c'est un homme insupportable.

— hist. xii* s. Cruez hom est Rollant, Ronc. p. 20. Ja de crueul au desseure [dans le triomphe] N'orrés [vous n'ouirez] dire bon recort, Couci, iv. Hal douce riens cruels, tant mar [je] vous vi, Quant pour ma mort nasquites sans merci , ib. a. Au mont [monde] n'a [il n'y a], voir, si cruel traïson Qu'u» bel semblant et courage félon , ib. ix. Lors vous truis je [je vous trouve] cruel si durement, ib. x. Car tant est fors et crueus sa prisons, ib. xm. Mais j'ai de ce moult cruel avantage, Qu'il les m'esteut sur mon cuer obéir, ib. xix. Celé [ma dame] me fut crueus â ï'acointier, ib. xxi. Je chanterai, car plus ne m'en puis taire, Pour conformer ma cruel aventure, t7j. p. 4 25. [Ils] Ne leur poissent [pussent] faire un plus cruel cembel [combat] , Sax. îx. Si que li rois puist dire.... Qu'onc vers lui ne plaidierentsi cruel aversaire, ib. xxxi. ||xm*s. [Toi] Qui ainsi m'as traie de traïson crual, Berte, xxvi. Tant cum Gauvains li bien apris Par sa cortoisie ol le pris, Autretant ot de blasme Keus Por ce qu'il fu tel et crueus, ib. 2406. Et por ce que lor espée espentuel est plus cruel que le [la] temporel, porce que i'ame y enquort, doivent moult garder cil qui l'ont eu garde, qu'il n'en fièrent sans reson, beaum. xlvi, 4 4. Trop sontli mal cruel à soustenir Refîne amours me fait sentir souvent, Bibl. des Chartes, t. v, 4« série, p. 487. ||xV s. Les aucuns en donnent le droit de la guerre qui fut en ce temps si grande et si cruelle en Flandre, froiss. n, u, 62. Le prince de Galles, qui estoit courageux et cruel comme un lyon, print ce jour grant plaisir â combattre et chacer ses ennemis, id. liv. I, p. 495, dans lacurne. Tout homme armé doit estre par effect Crueulx devant, piteus après victoire, e. desch. Poésies mss. f» 409, dans lacurne. || xvr»s. Mais la cruelle, accoustumée X tromper son poursuivant , S'enfuit comme une fumée Qui se perd au gré du vent, rons. 549. Par trop cruel à son ennemy Sera rude à son amy, leroux de lincy, Prov. 1 11, p. 367.

— ÊTYM. Bourguig. cruol, crouel; provenç. crutel, cruel; espagn. cruel; ital. crudele, du latin crudtlis. dérivé de crudus. Dans l'ancien français au nominatif singulier cruels ou crueus pour les deux

CRU

genres; au régime cruel pour les deux genres; au pluriel nominatif cruel pour les deux genres ; au régime cruels ou erueus. De cette forme cruels ou crueus, on avait tiré un adjectif irrégulièrement formé crueus, crueuse : De plus crueuse beste ne fu parole oie, Berte, n; En si crueuses batailles et ai périlleuses, froiss. i, i, t.

CRUELLEMENT (kru-è-le-man), adv. || 1* D'une manièrecruelle. avec cruauté. Il le fait mourir cruellement. Cruellement docile aux leçons de ton maître, volt. Fanât, m, 8. || fr D'une façon douloureuse. Cruellement humilié. Cruellement blessé, mais trop fier pour me plaindre, volt. Zaïre, iv, s. Cruellement trompé, je t'ai trompé toi-même, id. Tancr. v, 6. La marmotte a les quatre dents de devant assez longues et assez fortes pour blesser cruellement, bdfp. Marmotte. Enfin on atteignit Gjatz avec la nuit; mais cette première journée d'hiver avait été cruellement remplie; l'aspect du champ de bataille, de ces deux hôpitaux abandonnés, cette multitude de caissons livrés aux flammes, ces Russes fusillés.... séodb, Hist. de Nap. tx, 8. || 3* Familièrement. Cruellement laid, très-laid. Chamillart se trouva d'autant plus flatté [de la demande de la Feuillade] que sa fille était cruellement vilaine, st-sim. 9», 6«. L'esprit y est toujours nature] et exempt de ce jargon ridicule, à la fois puéril et barbare, dont plusieurs de nos pièces modernes sont si cruellement infectées, d'alemb. Éloges, Bnissi. Sa gloire, cruellement obscurcie par la fin de son règne, au moins si on en juge par les événements, in. Éloges, Cari. d'Est.

— II1ST. xiii* s. Et quant il meffont, li baillis les doit plus cruel ment punir de lor meflet que nule autre manière de gent, beaom. 25. || xv* s. [Le prince doit] Requérir erueusement Son ennemi, et mener doucement Ses vrais subgiez, sans asservir nulli, e. desch. Des vertus nécess. au prince.

— ÊTYM. Cruelle, et le suffixe ment; provenç. crutelmen; catal. crudelment; espagn. cruelmente ; ital. crudelmente. L'ancien adverbe était cruelment, régulièrement formé, et erueusement, irrégulièrement formé.

t CRUENTATION ( kru-an-ta-sion ) , s. f. Nom donné par les anciens médecins au phénomène du suintement et même du jaillissement de sang, plus ou moins de temps après la mort, par les plaies d'une personne tuée; phénomène auquel on attachait une valeur superstitieuse et fausse pour la découverte des meurtriers.

— ÊTYM. Lat. cruentatio, de même radical que oruor (voy. ce mot).

t CRUMENIKERE (kru-mé-ni-rê-r'), adj. Terme d'histoire naturelle. Oui porte une bourse.

— ETYM. Lat. crumena , bourse , et fer, qui porte.

t CRPMÈNOPHTHALME ( kru-mé-nof-tal-m' ) , adj. Terme de zoologie. Se dit de poissons qui ont l'oeil entouré d'une bourse. || S. m. pi. Les cruménophthalmes, famille de poissons de mer du genre des scombres.

— ÊTYM. Mot hybride formé du latin crumena, bourse, et du grec 698a)u.6i;, œil.

CRpMENT (kru-man), adv. D'une manière crue, sans ménagement ni correctif. Mademoiselle, personne n'est encore mort de votre absence, hormis moi; et je ne crains point de vous le dire aussi crûment, parce que je crois que vous ne vous en souciez gu^re, voit. Lett. ho. Ne lui laissez point penser tout crûment qu'on la sacrifie, sêv. 441. Oui, pour vous, dit Cloris, qui passez cinquante ans... Car, pour vous découvrir le fond de ma pensée. Je me plais aux livres d'amour. Cloris eut quelque tort de parler si crûment, la font. Ballade. Je sens qu'un prince très-délicat sur la charité du prochain pourrait s'effaroucher aisément de ce qui est dit un peu crûment par rapport à sa délicatesse, st-sim. 266, 66. Non d'un vrai sec et crûment historique, Mais de ce vrai moral et théorique, Qui, nous montrant les hommes tels qu'ils sont, De notre coeur nous découvre le fond , i. b. bouss. Ép. H, 4. Rendre crûment la vérité commune est le talent d'un ouvrier; faire mieux que n'a fait la nature ellemême et l'embellir en l'imitant est l'art réservé au génie, mabmont. Élém. lilt. CEurres, t. vu, p. 45, dans pougbns. Les femmes, à qui l'on reproche tout crûment dans les Harangueuses [d'Aristophane] de se soûler, de ferrer U mule et bien d'autres espiègleries, id. ib. t ix, p. 308.

— hist. xvr* s. Ce propos, encore qu'il soit dit un peu trop cruement et témérairement , pourrait sembler véritable, amtot, Phoc. t.

— JlTYM. Crû pour crue, et le suffixe ment.

CRU

t CRUOR (Uru-orJ, s. m. Terme d'anatomie. Matière colorante du sang, ou, plus souvent, le caillot lui-même, et, quand il y a couenne, la partie du caillot colorée par les globules sanguins.

— ÊTYM. Lat. eruor, sang. Il y a dans le celtique : irlandais, cru; kymri, crau, sang.

t CRDORIQUE (kru-o-ri-k'), adj. Terme d'anatomie. Oui appartient au cruor. Éléments cruoriques du sang, parties solides de ce liquide, qui, par leur réunion, constituent le caillot.

— ÊTYM. Cruor.

CRURAL, ALE (krural, ra-I'), adj. Terme d'anatomie. Oui appartient à la cuisse. L'artère crurale. Les nerfs cruraux. || Plexus crural, réunion des branches antérieures des quatre dernières paires de nerfs lombaires et des quatre premières paires de nerfs sacrés. || Arcade crurale, repli formé par l'aponévrose abdominale et qui est fixé d'une part à l'épine iliaque antérieure supérieure, de l'autre au pubis. || Canal crural, aussi nommé anneau crural, anneau fémoral, canal par où passent les vaisseaux cruraux à leur sortie de l'abdomen.

— HIST. xvi* s. La huitième ramification fait les iliaques, jusques à ce qu'elles soyent hors du péritoine, où les crurales commencent, paré, i, 22. Le muscle crural, id. iv, *7.

— ÊTYM. Lat. eruralis, de cru», jambe.

f CRUSCA (krou-ska), t. f. Académie de la Crusca, académie célèbre, établie a Florence en 1582, pour le perfectionnement de la langue italienne. Il faut voir aussi une autre espèce de ménagerie, c'est la salle de l'académie de la Crusca, où le siège de toutes les chaises sur lesquelles on se met est une hotte et le dos une pelle à four; le directeur est élevé sur un trône de meules; la table est un pétrissoir; les garde-robes sont des sacs; on t,re les papiers d'une trémie; celui qui les lit a la moitié du corps passé dans un blutoir et cent autres colonneries relatives au nom de la Crusca, qui signifie son de farine; car le but de son institution est de bluter et ressasser la langue italienne, pour en tirer ce qu'il y a de plus fine fleur de langage, rejetant ce qu'il y a de moins pur, di brosses, Lettres sur l'Italie, t. n, lettre 2.

t CRUSCANTISME (krou-skan-ti-sm'), *. m. Purisme, en parlant de la langue italienne. Il avait rapporté [de l'université] une assez forte dose de cruscantisme, j. J. rouss. Conf. in.

— ÊTYM. Crusca.

CRUSTACÊ, ÊE (kru-sta-sé, sée), adj. ||1* Terme de zoologie. Qui a l'apparence d'une espèce de croûte. Les vers dont le corps est logé dans un tuyau crustacê ou pierreux semblent lier les insectes avec les coquillages, bonnet , Contempl. nat. 3* part, ch. 20. Les œufs des insectes sont de deux genres : les uns sont membraneux, comme ceux des tortues et des reptiles; les autres sont crustacés, comme ceux des oiseaux, id. tb. t. vin, p. 424 , dans pougens. || Terme de botanique. Péricarpe crustacê , celui qui est mince, très-fragile, et que l'eau ne peut ramollir. || 2° Terme de zoologie. Qui est revêtu d'une sorte de croûte, d'une écaille. || S. m. plur. Nom d'une classe comprenant tous les animaux articulés, qui ont la tête confondue avec le thorax, une croûte extérieure plus ou moins calcaire, des pieds articulés au nombre de 5 à 7 paires, et qui respirent, soit par des branchies, comme les crabes, les écrevisses, les cloportes, soit par la peau, comme les lernées. || 3' Terme de médecine. Oui est accompagné de croûtes à la peau. Dartre crustacée. Lèpre crustacée.

— ÊTYM. Lat. crusta, croûte.

t CRUSTACÉEN, ENNE (kru-sta-sé-in, è-n'),ad>. Terme de zoologie. Qui a rapport aux crustacés.

t CRUSTAC1TE ( kru-sta-si-f ), s. m. Crustacê fossile.

f CRUSTODERME (kru-sto-dèr-m'), adj. Terme de zoologie. Se dit de poissons qui ont la peau dure et croûteuse. || S. m. pi. Les crustodermes, tribu de poissons qui ont la peau ainsi constituée.

—ÊTYM. Mot hybride formé du latin crusto, croûte, et du grec Jipua, peau.

t CRCSTULIFORME (kru-stu-li-for-m') , adj. Terme d'histoire naturelle. Qui a la forme d'un échaudé.

— ÊTYM. Lat. crvstula, diminutif de crusta, petite croûte, et forme.

CRL'ZADE (kru-za-d'), s. f. Cruzade vieille, monnaie d'or des Portugais, valant 3 fr. 30 c. Cruzade neuve, monnaie d'argent valant un peu moins de 3 francs.

— STYM. Portug. cruxado, de cru*, croix (voy. croix); ainsi dite de ce qu'elle a été fabriquée à

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