‹ Dictionnaire de la langue française (volume 4)Chapitre 18 sur 504 · PRÉFACE. XXV · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XXV

sens de table à manger. Les anciens textes sont concordants , un dais y est toujours la table du repas, et particulièrement du repas d'apparat, de celui des princes et des seigneurs. Puis, comme le repas d'apparat occupait un endroit élevé au-dessus du sol, dais passe au sens d'estrade; enfin, comme l'estrade est souvent recouverte de draperies qui la décorent, le sens actuel de dais s'établit, et les autres qui ont servi d'intermédiaire tombent en désuétude.

Les mots, comme les familles, sont exposés à perdre leur noblesse et à descendre des significations élevées aux basses significations. L'historique, qui est leur arbre généalogique, en fait foi. Voyez donzelle ; c'est un terme du langage familier, d'un sens très-dédaigneux et appliqué à des femmes dont on parle légèrement. Tel n'était point l'usage originel : donzelle^ ou doncele , ou dancele (ces formes sont équivalentes) n'avait pas d'autre emploi que demoiselle ou damoiselle , dont il est la contraction : c'était la jeune dame, la jeune maitresse, la fille de la maison, du manoir féodal; et cette signification prenait sa source dans le latin; car demoiselle est la représentation française de dom,inicella^ diminutif de domina. C'est encore au sein de a Hiérarchie domestique (\nevalet, après avoir été dans le haut, descend dans le bas. 3'abord, il fut bien loin d'appartenir aux serviteurs de la maison et de jamais prendre 'acception défavorable qui lui vient quand il sert à caractériser une complaisance >ervile et blâmable. Palet, et, selon l'orthographe véritable, vaslet, est le diminutif \k^ vassal, proprement le petit vassal ;ov, dans le langage du moyen âge, ce petit vassal 'st le jeune homme des familles nobles qui en est à son apprentissage dans les fonctions lomestiques et militaires. Le sens propre est resté dans varlet, qui ne se dit plus qu'en )arlant des temps féodaux et qui est le même mot, l'r se substituant quelquefois à Vs. '^assal avait deux sens très-distincts dans le vieux français : il signifiait et celui qui îtait subordonné à un autre dans la hiérarchie féodale, et celui qui se distinguait la guerre par sa vaillance et sa prouesse. On peut croire que l'idée de vassal, perdant a dignité, à mesure que la société féodale dépérissait, est descendue jusqu'à celle de alet; mais l'on voit par l'exemple de donzelle, que l'usage n'a pas même besoin de es prétextes pour faire passer un mot des rangs élevés dans les humbles positions. 11 en est de certaines locutions comme des sens détournés; si elles sont difficiles, n'y a guère que l'historique qui en fournisse l'explication ; s'il manque à la fournir, 3S conjectures ne mènent d'ordinaire qu'à des incertitudes. Qui, par exemple, ans l'historique, peut deviner ce qu'est chape chute? Une chape et une chute, que eut dire cela.'' Et si, dans l'impuissance d'expliquer ces deux mots, on cherche à 'S interpréter en attachant à chape et à chute un autre sens que celui qui leur est ropre, quelle confiance avoir en d'aveugles tâtonnements.-* Rien n'est à changer u sens de ces mots; c'est bien de chape qu'il s'agit; chute est le participe chu u chut, devenu substantif dans notre mot chute, conservé dans la seule locution chape hute, qui dès lors signifie chape tombée. Or cette chape chute ou chape tombée

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