‹ Dictionnaire de la langue françaiseChapitre 242 sur 388 · I. — an · texte numérisé non relu

I. — an

FOR

fer, l'argent, etc. au feu et au marteau. Forger un fer de cheval, une épée, des cuiller» d'argent. Où Vulvain forge des foudres pour le pfere des dieux, fin. Tél. xir. Il Se forger, forger pour soi. Chacun de ces peuples ensuite se forgea son Dieu, saci. Bible, Roii, IV, <7, SB. || Absolument. Apprendre i forger. || Forger à froid, travailler un métal au marteau sans le faire chauffer, par opposition à forger à chaud, qui est la manifcre ordinaire de forger. Il Forger le plomb, le frapper avec des masses. Il Fig. Forger ses fers, se forger des fers, être cause de sa propre servitude. (Le mondain] qui s'imagine être vraiment libre, parce qu'il est en effet trop libre à pécher, c'est-à-dire libre à se perdre, et qui ne s'aperçoit qu'il furge ses fers par l'usage de sa liberté prétendue, Boss. iv, Vêt'tre, 4. || Fig. Forger des vers , les faire péniblement et comme avec le marteau. || 4° Fig. Faire, produire. Chacun à son gré forgeant des potentats, roth. Venceil. I, (. Ah! Scapin, si tu pouvais trouver quelque invention, forger quelque machine, pour me tirer de la peine où je suis, mol. Fnurber. I, a. Un dieu, sans doute , un dieu m'a forgé ces malheurs, Comme des instruments qui peuvent à ma vue Ouvrir du cneur humain les sombres profondeurs, oiLB. le Poète malheureux. \\ Imaginer, inventer. F,t sur un incident fortuit et véritable Kn forger un exprès de nature semblable , mairet, Soliman, il, «. Un inconnu peut bien nous forger une histoire, scarr. D. Japhet d'Arm. i, 4. Ils dépeignent les académiciens comme des gens qui ne travaillent nuit et jour qu'à forger bizarrement dos mots, ou bien à en supprimer d'autres plutôt par caprice que par raison, pellisson, llist. de l'Acad. franc, i. Votre feinte douceur forge un amusement Pour divertir l'effet de mon ressentiment, moi.. D. Gare, iv, 8. Je forgerai des systèmes, c'est-àdire des erreurs, pour expliquer leur nature [dc's animaux], volt. Trait, métaph. chap. 7. || Se forger, forger à soi-même, s'imaginer, se figurer. De femmes et d'enfants dont la crédulité S'est forgée à plaisir une divinité [forgée se rapporte ici, par archaïsme, à divinité ; on mettrait aujourd'hui forgé], ROTROU, St Cenesl, v, 2. Le loup déjà se forge une félicité.... LA FONT. Fabl. i, s. Les images que l'imagination se forge au dedans, boss. Lell. abb. «♦. Il Se forger des chimères, s'imaginer des choses sans fondement. Il n'y a point d'accident pour ou contre que l'on n'imagine, point de chimère agréable ou fâcheuse qu'on ne se forge, mariv. Marianne, 8* part. Il Se forger desmonstres pour les combattre, se former des difficultés soit par crainte et faiblesse d'esprit, soit par vanité et pour avoir l'air d'en triompher. || 3" Supposer un écrit, l'attribuer à un auteur qui ne l'a pas écrit. Le faux Ënocb, que cite saint Jude, est reconnu pour être forgé par un Juif, VOLT. Kœurs, Introd. Il [ce peuple] se forgea une histoire.... ip. Amabed, '/• lett. réponse. || i' V. n. Terme d'hippiatiiquc. Frapper, dans les allures du pas et du trot, les pieds de devant avec la pince des fers des pieds postérieurs. Forger en voûte, atteindre la rive interne du fer fixé sous le pied antérieur; on entend alors un bruit marqué résultant de lapercussion. Il 6° Se forger, v. ré/l. Être forgé. Du fer qui se forge facilement. || Fig. C'est là [dans les cours] que se forgent ces traits de feu, selon les termes de l'aprttre, dont l'ennemi se sert pour allumer les pas^ionsdans ces imes vaines qui sont les idoles du monde et dont le monde est lui-mime l'idole, FLêcR. Marie-Thér.

— HlST. XII' s. Dist H paiens : mauvesemcnt vos va; Oui (ist t'espéc, mauvese la forga, Bat. d'Aleseham, v. uso. Tucnj est li jurz, e tue est la nuiz; tu forjas l'albc o le soleil. Liber psalm. p. 09. Car Ij fol conseil furent en Brctaigne forgié, Th. le mart. Hi. Chascuno des genz forjad et furmad sun Dcu ctsunydle [idole]. Rois, p. 404. ||xiii* s. Voire, sire! car vous la feistes forgier [faire celte femme exprès

pour vous], Bnte, xxxviii Diex qui de ses biens

reput Le monde, quant il l'ot forgié, la Rose, 5203. [Venus] prise provée Es laz qu'il (Vulcain) ot d'airain forgiés, ib. M04e. Comme li martiius est faiz por le fevre, quioreforgeuneespée,orun hiaume.... •mm. LATiNi, Trésor, p. t04. Pren ton trésor et ton avoir. Forge ton sens et ton savoir; Là le tramet et là l'envoie C [où] tu tousjorsiere» [seras] en joie, oui DE CAMBRAI, Barl. etjos.p. s». ||xiv*s. Unaneld'or, à un saphir, lequel seint Dunstan forgade ses mayns DB LABORUE, ^maui, p. 47». Il IV' S. Taisezvous; on forge en France les florins de quoi vous serez payés, PROi'S. ii, m, 38. Et se trouva un coi-dclier forgé, qui de luy mesme prit débat audit frera Hierooime, comm. viii, lO. Notre bonne mère avoit, 1«

jour de devant, forgé [stylé] le médecin qnl estoit très bien averti de la rrponsc qu'il devoit faire, i.oLis XI, Nouv. XX. Tout en forgeant devient on fevre, Perceforest, t. ii, f" 7). |i rvi" «. Elle 8e forge ainsin une prinse frivole, mont, i, il. Forger un conte, ID. I, a05. J'aime mieulx forger mon amcque la meubler, m. m, 278. Alcibiades se forgcoit desja en son entendement les conquestp.s de Libye et de Carthage, amyot, Ak. 30.

— F.TYM. Wallon, fârgt; provenç. fargar; espagn. et portug. (orjar ; du latin fabricarei fabriquer (voy. forok).

t FOBriERIE (for-je-rie) , ». f. Industrie des forges.

— ÉTYM. Forger. En anglais, forgery, qui est le mot français, a, outre le sens de forger, celui de commettre un faux.

FOROKRON (for-je-ron) , t. m. || 1' Celui qui travaille le fer à la forge et au marteau, et qui fait principalement les gros ouvrages en fer, barres, ancres, ch.iînes, instruments aratoires, etc. Le fils d'un forgeron né à Islèbe fut celui par qui commença la révolution [la réforme] ; c'était Varlin Luther, moine augustin que ses supérieurs chargèrent de prêcher contre la marchandise qu'ils n'avaient pu vendre, volt. Ann. F.mp. Maximilien, I5I8. \\Adj. Ouvrier, apprenti forgeron, || %' Par extension, le propriétaire et surtout le directeur d'une ou de plusieurs forges, même lorsqu'il ne travaille pas lui-même le fer. || 3" Nom vulgaire et spécifique du chétodon forgeron et du tée forgeron, appelé poisson Saint-Pierre par nos pfclours et dans les os duquel on trouve la figure des outils d'un forgeron. || Proverbe. X forger, ou en forgeant on devient forgeron, c'est-à-dire à force de faire un métier on l'apprend.

— ETYM. Forger.

FORGECR (for-jeur), s. m. || 1" Ouvrier qui forge certains objets. Forgeur d'épées, de ciseaux. || Adj. Cylinilres forgeurs, cylindres à cannelures circulaires pour forger le fer. || 2' Fig. Celui qui invente des faussetés. Forgeur de nouvelles, de calomnies.

— HIST. XVI' 8. Il fut tenu pour un forgeur de nouvelles, amyot, Nicias, 53. Et le surnommoit on Machaeropœus, c'est à dire forgeur despées, pource qu'il avoit un grand atelier où il tcnoit plusieurs esclaves ouvriers qui en forgeoient, ID. Démosth. 8. Platon n'est qu'un poète descousu , Timon l'appelle, par injure, grand forgeur de miracles, mont, n, 280.

— RTYM. Forger.

f FORGIS (for-ji), s. m. Terme de métallurgie. Verge crénelée qui est destinée à passer à la filière.

t FORUU (for-u), s. m. Terme de chasse. Le cri ou le son du cor pour l'appel des chiens. || Le lieu où se fait ce cri. || La partie de la proie, comme les intestins du cerf, qu'on porte loin de la curée pour attirer les chiens par cette amorce, les accoutumer à quitter l'i mangeaille, et les rendre dociles aux difl'ércnts rons du cor.

— RTY«. Voy. FORHtlIR.

FORH'-ER (for-u-é) OU FORHUIR {for-n-ir),e.n.

Terme dj chasse. Sonner d'un instrument pour rappeler les chiens. Foihuir du cor. || Forhuir ne se dit qu'à TmOnitif; forhuer, qui n'est pas dans le Pict. de l'Académie, donne les autres temps : forhuant, forhuais, etc.

— HIST. XV* ». Ixs jeunes chiens faut enseignier Et les menerpar droite trace. Pour mieulx aprendre leur mestier; Et s'il est qu'aucuns se defface. On le bat, forhuie et menace, Eusr. descu. Poésies mss. f" 44 4. |] xvi* s. De la beste victime à Diane sacrée Aux chiens joyeux de sang on donne la curée ; C'est plaisir de les voir sitost qu'ils ont ouy Sonner et forhuer, am. jamin, Poi<sies, p. 88, dans lacurne.

— ÉTYM. Fors, hors, et huer.

I FORIACE (fo-ri-a-s'), ». f. Nom donné p.ar les ardoisiers à des pyrites de fer en lames plu» ou moins épaisse» et rapprochées les unes de» autre» qui se trouvent dans les couches d'ardoise.

— ETYM. Foriace serait-il pour foirasse, comme si c'était une ordure, une foire dans les bonnes ardoises?

f FOR JET (for-jè), ». m. Terme d'architecture. Saillie hor» d'alignement

— ETYM. Voy. forjkter. On a dit aussi forjeture.

FORJETER (for-je-té. Le i se double quand la syllabe qui suit est muette : forjeltc, forjettcra).|| 1* F. n. Terme d'architecture. Sortir de l'alignement, de l'aplomb. Ce mur forjette. || t" F. o. Construire dos saillies, hors de l'alignement général d'un édifice. ,1 3' Se forjctcr, t). réfl. Un bÂtiment se forjette lorsqu'il s'aNance hors de l'alignement.

— HIST. zvi* (. Il a les yeux flamboyans et fort enflés, se foqcttaiu hors de leur orbite, parC, vi, 8.

FOR

Le» aignes communs des luxations sont tumeurs nu gibbosités où l'o» est forjeté, id. xiv. ^

— ETYM. Fon, hor», et jeter.

t FORLACHURK (for-lâ-chu-r"), s.f. Défautdans les ouvrages de haute lisse.

— ETYM. Fors, hors, et lâcher.

FORLA.XCÉ, £E (for-lan-sé, sée), part. pasH. le

chevreuil forlancé.

FORLANCER (for-lan-»é. Le c prend une cédille devant a et o : forlançais, forlançons) , r. a. Terme de chasse. Faire sortir une béte de son gîte.

— ETYM. Fort, hors, et lancer.

t FORI.ANÇURE (for-lan-su-r^ , ». /l Défoutd'un étoffe mal ourdie.

t FORLIGNEMENT (for-Ii-gne-man),». m. Action de forligner. Je ne sache en ma race aucun toriignement, Tn. corn. Je Ceûlier de soi-même, i, 6.

— Ety.m. Forligrurr.

FORLIGNER (for-li-gné), V. n. || 1' Dégénérer de la vertu de ses ancêtres. Jour de Dieu I je l'étranglerais de mes propres mains, s'il fallait qu'elle forlignât de l'honnêteté de sa mère I mol. G' D. n, 14. Souviens-toi de qui tu es fils, et ne foriigne pas, chateaub. Génie, iv, v, 4. || 8° Familièrement et par plaisanterie, il se dit d'une fille qui a manqué à l'honneur. Plus d'une fille a forligné; le diable Est bien subtil.... la font. Aveux. On dit qu'à forligner il [le sexe] a propension, regnard, Bal, 7. Il 11 se conjugue avec l'auxiliaire avoir.

— IIIST. xu* S. Ne sunt pas fil Jesu, ains sunt tuit fors lignié. Th. le mari. 127. || xiv s. Cculx qui forlignent ou sont hors de la droite ligne de bonnes meurs, l'en leur doit mettre peines et punicions, ORESHE, Elh. 320. Il zv* S. Et il viendra pestilence du haut, Soudaine mort et de prince dcfault; Ainsi seront maint regne déserté Par forligner de la droite couronne, Et en autrui lignie transporté, EosT. DEScn. Poésies mss. {" 340. Si ne foriigne mie son vaillant fils, s'il est plain «le bonté, Boucic. i, 2. Il XVI' s. Vois tu combien est demeurée en son entier cette monarchie de France ; et, bien que pour l'imbécillité de quelque» rois, le royaume ait forligné en deux famille», toutefois ne se trouvera que, depuis unze cent ans, ait passé en main déflation, cstrangere, fors quelque vingtaine d'ans sous les Anglois,PASQUiER, Recherches, p. H9-2, dans lacurke.

— ÉTYM. Fors, hors, et ligne : aller hors d3 la ligne, t FORIX)NGE (for-Ion-j'), ». m. Terme de chasse.

Il va de forlonge, il chasse le forlongo, se dit d'un chien qui suit de loin, qui chasse de loin.

— ETYM. Voy. forlonoeh.

FORLONGE, ÉE (for-Ion-jé, jée), porf. passé. Un cerf forlonge. || Fig. Prolongé. Je l'accablai donc à cent reprises, dans la séance, de mes regard» assené» et forlongés avec pei-sévérancc, st-sim. t. ivi,

p. 469, édit. CllEROEL.

FORLONGKR (for-Ion-jé. Le g prend un «devant o et o: forlongeant, forlongeons). || 1° V. n. Terme de chasse. S'écarter de ses parages ordinaires, en parlant de la bête. || Avoir beaucoup d'avance sur les chiens, en parlant du cerf. Ce cerf forlonge. || I" Se forlonger, r. réfl. S'écarter de ses parages. Comme il [le daim] est moins entreprenant, et qu'il ne se forlonge pas tant, il a plus souvent besoin de s'accompagner, de revenir sur ses voies, euff. Quadrup. t. II, p. 72, dans porGKNS. || Fig. C'est une de» belles chasses qu'il est possible, que celle que nous faisons après if. de Bellièvre et M. de Mirepoix : ils courent, ils se relaisscnt, ils se forlongent, il» rusent; mais nous sommes toujours sur la voie, SÉv. 198. Il S'éloigner. La chasse tourna du cAté deDourdan, et se forlonpea si bien que le roi s'en revint extrêmement tani, st-sim. I5I, 4 98. || Se prolonger, durer. Le colloque d'Effiat et de» siens me parut se forlonger, cl je m'en allai vers eux, st-sim. 5)4, 72.

— HIST. III* s. Nesavum pasporqu'il s'en vunt.. Pot cel estre, por engignier. Nos volent eissi forsloignier, bknoit, t. i9804. || xiii* s. Li rois, ki son preu ne forlogne [n'abandonne pas son avantage], MOtSK. ms. p. 548, dans lacurne. || xiv* s. On prend daims à force de moin» de chiens qu'on ne fait un^cerf, pour cinq causes: la première est qu'il ne fuit pas longuement comme un cerf; la deuxième pou ce qu'ili se chassent de plu» près, et pour ce qu'i ne folenge pas tant comme le cerf, Kodus, ms. f 30, dan» lacurne.

— ETYM. Fon, hors, et longer, comme dans oZlonger. prolonger (voy. lonof.r et loin).

t FORMA BLE (for-ma-bl'), adj. Qui peut se former. Quelque chose qui, ne pou^-ant avoir de »oiméme d'être formé, ne peut non plus avoir de soi-même d'être formable, boss Élirai, m, i.

— ETYJI. Lat. formabilit, de fnrmare, former.

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