‹ Dictionnaire de la langue françaiseChapitre 74 sur 388 · DIN · texte numérisé non relu

DIN

— ÉTYM. Dindon.

t DINDONNER (din-do-né), c. a. Terme familier. Attraper, traiter comme un dindon, duper. Je ne veux pas me laisser dindoniier. Avec toute sa finesse il a été dindonné.

DINDONNIER, lËRE (din-do-nié. niê-r"), t. m. et f. Il 1* Celui, celle qui garde les dindons. Et parfois était dindoiinière De la paternelle maison, scarnON, CÉiuvret, 1. 1, p. 307, dans pougens. Kn ce petit garçon Un voit le dindonnier, le page et l'échansnn , coLLi.N d'harlev. Baronde Crac, se. 4. || Dindonnière s'est dit autrefois, par dénigrement, d'une demoiselle de campagne. || 2" Adj. Dans le style plaisant, la dinilunnièregenl, lesdindons. Lalune, alorsluisant, semblait conjre le sire [le reriardj Vouloir favoriser la dindonnière gent, la font. Fabl. xil, 48.

— ÉTYM. Dindon.

t DINDOULETTE (din-dou-lè-f), s. f. Un des noms vulgaires de l'hirondelle.

DÎNIÎ (di-né) . s. m. Voy. dîner 2.

DÎNÉE (di-née), *. (.\\l' Le dîner que l'on fait à l'auberge. Il nous en a coûté tant pour la dinée. Mais dès la dînée le panier [aux provisions] fut entamé, LA FONT. Vie d'Ésope. \\1' Le lieu où l'on s'arrête pour dîner en voyage. Il n'y a plus qu'une lieue d'ici à la dlnée. Nous nous reposons à la dinée, EÉv. 28*. A la dînée, à peine y avait-il un quart d'heure que nous étions arrivés qu'il m'aborda d'un air d'impa^ence, i. j. rouss. Hél. ii, z.

— HIST. xni* s qui a pris disnée, Mix [mieux]

puet [peut] perdre repas de la vesprée Oue li jeUns [que celui qui est à jeun]... Bibl. des Charles, *' série, t. V, p. 352. || xvi' s. Elle s'entretint depuis la dînée jusqu'à la soupée, uabg. Nouv. xv. L'aultre façon, de repaistre en chemin, en tumulte et haste, pour la disnée, nomméement aux courts jours, est incommode, hgnt. iv, 406.

— ETYM. Voy. dîner; provenç. dinada, dinnada, dinnea; ital. desinata, desinea.

t DINÈME (di-nê-m'), adj. Terme de zoologie. Oui est muni de deux filaments ou tentacules de chaque côté.

— ÉTYM. Ai;, deux, et vîjiia. fiL

4. d!ner (di-né), v.n. \\ l' Prendre le repas, qui se prenait jadis et qui se prend encore à la campagne et dans les petites villes , à midi ou un peu avant. Allons dîner. Bien dîner, mal dîner, faire un bon, un mauvais dîner. Le véritable Amphitryon Est l'Amphitryon où l'on dîne, mol. Amph. m, 6. Compère ie renard se mit un jour en frais, Et retint à dîner commère la cigogne, la font. Fabl. i, 4 8. Tout est réglé [à VichyJ , tout dîne à midi, tout soupe à sept, tout dort à dix, tout boit à six, sëv. 366. Alexandre disait que son gouverneur Léonidas lui avait enseigné que, pour dtner agréablement, il fallait se lever matin et se promener, du byer, Suppl. de Quinte- Curce, liv. ii, ch. 8, dans BiciiKLET. Cliton n'a jamais eu, toute sa vie, que deux affaires, qui sont de dtner le matin et de souper le soir, LA druy. XI. Je sors de chez un fat qui, pour m'empoisonner. Je pense, exprès chez lui m'a forcé de dîner.... Ce matin donc, séduit par sa vaine promesse, J'y cours midi sonnant, au sortir de la messe, BOiL. Sat. III. Nous allâmes l'autre jour prendre l'air à Auteuil, et nous y dînâmes avec toute la petite famille, que M. Despréaux régala le mieux du monde, BAC. Lelt. à son fils, 64. J'attends M. de Rennes à dîner, sËv. 80. Je donnai hier à dîner à la Troclie, iD. 4 38. Elle aimerait bien à vivre règlement, et à dîner à midi comme les autres, id. Lett. a juill. 4078. Il Dîner-souper, faire un dîner qui serve de souper. Le czar fut de là [de la revue] dlner-souper à Sl-Ouen, chez le duc de Troesmcs, st-sim. 467, 4 49. Il 2" Aujourd'hui, à Paris et ailleurs, prendre le repas qui se prend de cinq heures à sept heures du soir. Nous dînerons ce soir ensemble. Après que nous aurons dîné, nous irons au spectacle. |{ Ulner avec quelqu'un, se trouver à même table que lui. Il a illné avec les ambassadeurs. Nous sommes engagés à dtner demain chez elle avec Mme Guibert et sa fille, PICARD, la J'elile tille, li, 4. || 3' Dîner de, manger à son repas. Nous dînâmes de soupe et do bouilli. L'oiseau n'est plus, tous en avez dîné, la font. Faucon. || Cela est plus élégant et plus correct que de dire, employant at'<c : nous dînâmes avec de la soupe et du bouilli. ||i* Cet homme dîne bien, il mange beaucoup. || Dîner par cœur, se pa.sser involontairement de dîner. || Son as.siette dîne pour lui, se dit d'un homme qui, absent d'un diner de table d'hôte, n'en paye pas moins son dîner. Il Familièrement. Il me semlile que j'ai dtné quand je le voisi mol. Bourg, m, 3. Locution familière qui s'emploie en parlant d'un homme incommode, eu-

niN

nuyeux. || B* Dîner à l'infinitif, pris tubstantiTement. Il a raison de faire grand cas du dîner et du dormir, VOLT. Lelt. Pamilaville, 8 nov. 4 763. || Proverbes. Ouand Alexandre avait dîné, il laissait dîner ses gens, c'est-à-dire il faut laisser le loisir aux valets de diner à leur tour. ||Oui dort dîne, c'est-à-dire le sommeil tient lieu de nourriture. C'est aussi une manière plaisante de rappeler à quelqu'un que la paresse est le moyen de n'avoir pas k manger. Il Oui s'attend à l'écuelle d'aulrui a souvent mal dîné, c'est-à-dire on est souvent déçu quand on compte sur l'aide d'autrui. || S'il est riche ou s'il est si riche, qu'il dtne deux fois, se dit d'un riche qui, faisant étalage de ses richesses, ne peut pourtant que dîner une fois comme tout le monde; se dit aussi dans le sens que la richesse ne donne pas l'appétit et qu'avec une fortune très-médiocre on peut être aussi content que les plus opulents.

— HIST. XII* s. En un chalant entra quant fu dignez [cum fuit coenatus, quand il eut dîné], Bat. d'Alescharu, v. 7U4i. Li poples, jesque il vienge, ne mangera, kar il la viande benistrad, puisod ses hostes se dignerat, itoii , 30. Se li poples se fust disné, dun ne serreit de mielz aisied ses enemisà pursievreT ib. 4». Respiindi U fais prophètes, li fel viellarz : rien od mei.à mun ostel , kar od [avec] mei tedigneras, tb. 288. Venu sunt al quint jur de la nativité X Cantorbire cil, quant gent orent digne, En. l'endemain que furent innocent decolé, Th. le mari. 137. Il XIII* s. Devant lo roy [ils] enmainent le mes [messager], là [il] a disné, Berte, lxvii. En maies mains vos ai gité, X Brun lors, qui estsanzpité; Demain de vos sedisnera. Ce disner moult me costera, Ren. 45703. Il XIV* s. Il n'est tampz ne saison qu'on ne voie passer; Legierement le passent chi( fceux] qui ont à disner, Baud. de Seb. viii, 760. || xv*s. Quand ils [les Anglais] se furent dinés, ils chevauchèrent tous contreval la rivière de Tuide, froiss. II, II, 4 9. U n'y eut jamais de si bonnes nopces qu'il n'y en eust de mal disnez, comm. i, 4 4. Dimanche vous ne pouvez faillir d'estre mieux diné, louis xi, Houv. xcix. Il xvi* s. Pour ce l'on dit en un commun langaige: En toute feste en a de mal disnez, j. MAROT, V, 92. Ils s'assemblent pour disner de luy [le manger], mont.i, 244. Qui se pourroit disner de la fumée du rost, feroit il pas une belle espargue? ID. in , 364. Ils disneront devant le jour au temps des plus longues nuicts, afin que dès l'aube du jour chacun se renge à sa hesongne, o. de serres, 32. Disne honnestement et soupe sobrement. Dors en hault et vivras longuement, leboux de lincy, Prot. t. II, p. 4 95. C'est bien disnès, quand on éschappe En torchant son nez à la nappe. Sans desbourcer pas un denier Et dire adieu au tavernier, lo. tb.

— ÉTYM. Bourguig. daignai; provenç. dinar, dinnar, disnar, dirnar; anc. calai, disnar; catal. mod. di'nor; ital. desinare, dtsinare. Mol très-con- Iroversé. On a proposé le grec if.itveiv; le sens serait très-convenable: mais on ne trouve nulle part un p dans les anciennes formes, et surtout on ne voit pas comment ce mot grec, qui n'est ni dans la latinité classique ni dans la basse latinité, serait entré dans les langues romanes. Comme dignare, domine sont les premiers mois d'une prière latine qui se dit au commencement du repas, on a pensé que le dinrr en avait pris son nom;le faitest qu'on irouvedi'jripr dans les anciennes formes; et cette orthographe montre que les gens qui s'en servaient admeiuient en effet dignare comme l'origine du mot dtner. Mais, quelque ancienne que soit celle orthographe, puisqu'elle appartient à des textes du xii* siècle, cependant il yen a une encore plusancienne, c'est dimare, qui se trouve dans des textes du ix* siècle : disnavi me ibi, dans les Clones du Vatican, publiées par W. Grimm. Cette s est dans l'Italien, et on la voit reparaître dans plusieurs formes du provençal et du vieux français. Cela ne peut être écarté ; et il faut chercher une étymologie qui comporte i's. Diez a proposé dtcanare; de ayant le sens qu'il a dans de-vorare, depascere. Canare est en effet très-probable; il aura donné un composé de-cœnare ou dicœnare. Que canare puisse se changer en cincr (ital. dirinare, desinare), c'est ce que prouve l'ancien français r«-ctner, faire uo second repas; que di-cœnare puisse se changer en disner, disnar, c'est ce que prouve l'italien biitna, de buccina. M. Scheler, qui donna son assentiment à dicanare, cite l'italien putignare, collalionner après souper, qui vient de pott, après, et canare, et qui offre un exemple du changement de canare en signare. On peut encore citer, à l'appui du changement déco latin en (, le mot suivant : Deicola, nom d'un Irlamlais compagnon de saint Gall dans le vi* siècle, d.'venu Detie dans la langue

Page 1