II. La voix qtU chante
La prière de la foi persévérante est un hymne de sacrifice. Le soupir de la douleur
3 ni espère est un chant de résignation et de ésir ; l'élan de la charité est un long cantique d'amour
Gloire à Dieu dans }e creii et paix sur la terreaux hommes de bonne volonté 1
La voix qui chante est la prière du moode; c'est l'hymne do matin qui annonce le réveil des siècles, comme la chanson des oiseaux accompagne le lever du jour !
Les martyrs chantaient au milieu des supplices; ear la foi dans leur âme se sentait immortelle comme le phénix, et reprenait une jeunesse nouvelle au milieu de la flamme des bûchers.
La poésie de l'âme s'éveille harmonieuse dans les derniers soupirs du juste qtdl meurt, et chonle, comme te cygne fabuleux, son passage à une existence nouvelle.
Tout ce qui rit dans la nature, tout ce qui rayonne dans les belles saisons, tout ce qui resplendit dans le ciel, parle et répond à la voix qui chante.
La beauté, toute revêtue de lumière et M^uronnée de fleurs, chantie à Dieu les prénludes du grand cantique de l'amour; la terre au printemps se pare comme une fiancée, et chante par la voix de ses forêts; la mer élève aussi vers Diea le cantique sévère de ses grandes eaux ; le soleil a vu tous les malheurs du monde, et son front est radieux encore ; il semble écouter rhamionie des sDhères et lancer par tous ses rayons des jets uharmonie et d'amour 1
Laissez pleurer les enfanta de la terre ^ Us ne sentent que la douleur présente, et se rêvent pas aux biens à venir; mais vous< enfants de Dieu , poètes de la charité, de l'espérance et de la foi » vous qui verriez le monde se briser sans cesser do bénir Dieu au milieu des ruinée, prophètes consolateurs, chantez] chantez toujours I
La voix qui chante «idort lés petits enfénis qui pleurent : chantez, poëtes, chantez pour les cœurs isolés que personne ne comprend et ne console.
La voix qui chante encourage le travailleur et l'aide à supporter le poids du jour : chantez, consolateurs da peuple, chantez pour ceux qui fatiguent leurs bras sans que rien sourie a leurs cœurs.
La voix qui chante perpétue le culte de Dieu sUr la terre; chantez, petits oiseaux, car vous avez des ailes; chantez, petits enfants, car vous avez une mère ; chantez, pauvres captifs et pauvres orphelins, car vous avez un Dieu qui veille sur vous et qui compte vos larmes 1
Vous qui êtes heureux, chantez pour bénir le Père suprême; vous qui souffrez, chantez pour vaincre la douleur, car elle ne saurait durer toujours I
Que les fausses religions se ccmfondent et vieillissent, que la philosophie s'égare dans les ombres du doute, que Tégoïsme s'empare de la terre comme un froid mortel, que nous importe» si dans nos cœurs nous entendons la voix qui chante 1
Aimons, et la vie de notre cœur sera un* chaut plein do mansuétude ; car l'amour est toute harmonie; et si vous me demandez
auelle est la voit qui chante, je vous réponrai : C'est la voix de l'amour qui croit et qui espère 1
Itl. Laihort quipés^é.
Connaissez-vous la vieilïe souveraine du monde, qui marche toiyours et ne su fatigue jamais ?
Toutes les passions déréglées, toutes les voluptés égoïstes, toutes les forces effrénées de 1 nûmanité et toutes ses faiblesses tyranniques précèdent la propriétaire avare de notre vallée de douleurs : et, la faucille h la main, ces ouvrières infatigables font une éternelle moisson.
La reine est vieille comme le temps ; mais elle cache son squelette sous les débis de la beauté des femmes qu'elle enlève à leur jeunesse et à leurs amours.
Sa tête est garnie de cheveux froids qui ne sont pas à elle. Depuis la chevelure de Bérénice, toute brillante d'étoiles, jusqu'aux cheveux blanchis avant l'Âge que le bourreau coupa sur la têle de Marie-Antoinette, la spoliatrice des fronts couronnés s'est parée de la dépouille des reines.
Son corps pâle et glacé est couvert de parures flétries et de suaires en lambeaux.
Ses mains osseuses et chargées de bagues tiennent, des diadèmes et des fers, des sceptres et.des ossemeuts^ des pierreries el de la cendre.
QiAdd elle passe, les portes s'ouvrent d'elles-mêmes; elle entre à travers les murailles, elle pénètre jusqu'à Talcôve des rois, elle vient surprendre les spoliateurs du pauvre dans leurs plus secrètes orgies, s'assied à leur table et leur verse à boire, ricane h leurs chansons avec ses dents dégarnies do gencives, et prend la place de la courti*
FICTTON
Ficnofi
sane impure qai se cache sous leurs rideaux. I Elle aime à rôder autour des voluptueux qui s^eodorment ; elle cherche leurs caresses comme si elle espérait se réchauffer dans leurs étreintes ; mais elle glace tous ceux qu'elle touche et ne se réchauffe jamais.
Parfois cependant on la dirait prise de Tertige : elle ne se promène plus lentement, elle court ; et si ses pieds ne sont pas assez rapides, elle presse les flancs d'un cheval pâle et le lance tout essoufflé à travers les multitudes. Avec elle galope le meurtre sur un cheval roux; l'incendie, déployant sa cherehire de fumée, vole devant elle eu balançant ses ailes rouges et noires, et la famine avec la peste la suivent pas à pas sur des chevaux malades et décharnés, çianaut les rares épis qu'elle oublie pour lui compléter sa moisson.
Après ce cortège funèbre viennent deux petits enfaiïts rayonnants de sourire et de vfe, llntelligpnce et l'amour du siècle à venir, le douUe génie de l'humanité qui va nattre.
Devant eux les ombres de la mort se re-
P lient, comme la nuit devant les étoiles do aurore; ils effleurent la terre d'un pied lé- Ser, et y sèment à pleines mains l'espérance 'une antre année. Mais la mort ne viendra Shis, impitovable et terrible, faucher comme e l'herbe secbe les épis mûrs du siècle à venir ; elle cédera sa place à l'ange du progrès , qui détachera doucement les âmes de leur chaîne mortelle pour les laisser monter vers Dieu.
Quand les hommes sauront vivre, ils ne mourront plus : ils se transformeront comme fa chrysahde , qui devient un papillon brilfant.
Les terreurs de la mort sont filles de notre iigporance, et la mort elle-même n'est si affreuse que par les débris dont eito se couvre et les couleurs horribles que lui prêtent nos vices et nos frayeurs.
L'homme passe par deux naissances successives; et guand la science harmonieuse l'aura initié aux secrets de l'immortalité, il ne croira plus à la mort.
Qu'eHe achève donc son voyage, la vieille souveraine du monde, et qu'elle se hâte d'arriver au Keu de son repos : car Dieu a marqué l'heure de la fin de son règne, et bientôt elle se couchera sur un lit d'ossements et de cendres, inclinera sur sa poitrine sa tête appesantie , et ne la relèvera plus.