TUBALCAÏN
Prince, qae devant vous toujours l'univers Irerable.
NEMnOD.
L'intérêt de mon trône aujourd'hui vous rassemHe ; D'un cercle de sagesse environnez le roi; Approche, Mesraïm, viens l'asseoir prés de moi; Conseillers de Nerarod, appuis de votre maître. Dans le jeune prophète accueillez un grand prêtre.
MtSRAÏM.
Ai-je donc accepté cet honneur dangereux?
NF.HROD.
Vous l'avez â(K;cpté quand j'ai dit : Je le veux.
HESRAÎM.
Et pour me rassurer, en voulant m'y résoudre, Avez-vous fait, seigneur, un pacte avec la foudre?
NEMnOD.
Je la mets à tes piels, regarde.
(// tire nn rideau , on voil la tour de Babel déjà élevée à une grande hauteur.)
Cette tOHr, Sembl.<»ble à mon pouvoir, monte de jour en jour. C'est là que de liaal je veux placer le temple ; Là je veux qu'à genoux l'univers le coiUcmplc !
MESIIAÏM.
L'n Dieu qu'on hude aux pieds peul relever sou l)*"as.
NEMKOP.
C est s'avouer vaincu <|ue de frapper d'en bas.
JUBAL
Nemrod a-l-il besoin d'entasser les montagnes Pour ihuuiner au loin sur les morues canq)agnes? Sa seule vol(»ul •, pins f.ir;e (joe les dieux. En souimîilant la terie épouvanle kscieux.
Je puis vouloir du nmius que la terre le croie.
Qik; m'iinporle li; ciel (|uand le nioudi; est ma proie?
Prenez |)laee.vieillar(!s ; vous, jeune honune, écoutez :
Tout l'univers se tait devant mt^s volontés.
Mais (In geni(ï humain je crains riru|ui<';lude,
lu je lais du |»ouvciir une sevèrf! (ilude :
Inslrunients glorieux du vouloir .souveiaiii,
Je vous ai devinés et c hoisis de ma main ;
Vos t. dents, sépares devenus ma coniiuèle,
(ionqtosent un grand corps dont j(; me fais la tête.
Kl dans ma vrilonlé tous vos conseils divers
Konnenl, (ui s'unissanl, les lois de l'univers.
Or, pour laneer le char do ma ttuile |iuissaiice.
Deux roules di'v;iiit nous (Hivreiil l'espace iiiiuieiisc.
!)ija (|uiii/.e ans de gloire et de eiuisliinls elliMlN
Nous ont soumis \(: |)i'Uple et nous (uil rendus foi'ls ;
La fonle a iio^ autels il peini; gi'iuiss.inle
Olliirait au rouleau sa gorge obiiis-ianle,
IU:iis il 1:1111 éJe\(;r ce daiigereiiv troupeau.
Il laiit le préserver de tout instinct nouveau,
Lt garder :i iuh fils celte |)àture hiiinaiiie
Qui leur devra son sang et sa chair et sa laine.
<>i, pour (|ue leur soninieil n'ose jamais rêver,
l'.oil il les endurcir'.' faut il les énerver'/
i>- hAi-, tout ee que peut l'ignorince briilale
l'iiiir qui la lui du iiiaitre etit une loi fatale.
L esel.ivr- qu'on exeree à dr;s désirs gueriieis
\iuie le br;is puissant qui garde ses foyers;
Loin d)' la lilurli- l'insliiiel du sang l'i'gare,
Lt '>uu cœur devient lâche en se rendant h.nliaro.
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"AIYSTK.IES
MYSTERES
»it
Mais conuiu'ul , ila:is I;» paix courbatu leurs iVonls
[lUL'urliis, As-mipir Ci^^ lions an rarnaptc nourris? Faiil-il rcii ln> l:i giiorro on la paix olornoilo, FliMrir la race linmaine on triompher par elle, En iorniir à jamais on tromper son or^' leil .' Mais (le cliaqne côté jcnlrevois nn écneil, l'arUv. donc lonr à tonr ponr cclaircir mon ilonle, Vonsèlc» le premier, Jubal, je vous écoule.
JUBAL
Vous connaissez mes soins, pouiYjuoi m'inlerrogcr! Avec trop dintérèl lout m'incline à ju,'er. Seiç;neur, je sins peu l'ail ponr le fracas des armes, El j>; liais des combats les stériles alarmes; 3Iais je connais pour l'homme au fer mèine iiidomplc Une chaîne invincible, et c'est la volupté. La mollesse (léchil le guerrier qui soupire, El le glaive retombe aux accords de la lyre, r.'esl pourquoi mon génie a médité toujours Les sons harmonieux et les chants des amours J'ai su donuler la voix par des tuyaux ductiles, Et former des échos sur les cordes mobiles, La lyre est nia conquête, el les chœurs eiicliaihH''S En subissent l'empire à ma suite entraînés. J'ai vu, seigneur, j'ai vu dans des brûles humaines Vibrer des sens grossiers et plus durs que les chênes, Je les ai vus soudain trembler el s'adoucir ; J'ai vu leurs yeux ailiers de larmes s'obscurcir. Se gneur, par le plaisir étendez vos conquèles; Que Babel s'ilUuninc aux reflets de vos fêles. liCs guerriers enJurcis aiment les concpicranis. Mais les mailres pour eux sont bicnlôl ties tyrans. Accoutumés à vaincre, ils sont prêts à condiallre, El n'élèvent les rois que pour mieux les abattre. Mais contre qui d'ailleurs armeriez-vous leurs bras? Où sont les ennemis? D où viendront les cond)als ? Craignez-vous ces proscrits dont le lâche courage ('aclie leur dieu vaincu dans quelque antre sauvage? Par de vaines rumeurs le vulgaire trompé Dil (pie le vieil Enos, au lorreiii échappé, El trois fois impiùssanl dans son lrij)ie homicide, A travers les lorèls traîne sa faini livide. Qaclques infortuné'», sauvages comme lui, INiiseraient dans sa haine un courroux sansapj)ui; Mais quand de C(;s faux bruits nailrail la terliluue, Poiirri('7,-vou3 honorer de voire inipiiétnde D'un pra]»hèle ouitlié les seclaleurs tremblants. Indignes (piune épé;e ose ennoblir leurs lianes? Que no,s arts gracieux à jamais les bannisseni, .lonissonsdu botdieur pendant qu'ils nous maudissent. Le plaisir, des mortels multipliant les soins, A l'égal desdi'sirs grandira leurs besoins. Le despolisnie alors maintiendra l'c'quilibre, Car un peuple enivré n'a plus soif d'être libre, El, nonchalant es<lavc aux rêves oublieux. Il s*; fait de sa chaîne un lit v(dnptueu\. Qui pourra l'éveiller quand sa lonijui' paresse Assouplira sa force an gré de la mollesse. Kl quauil la vérilé, comme im jour o lieux, Faliguera sans i'ruil l'ombre chère à sis v'un? Ainsi, pour assurer volie éternel empire. Il faut du vin, des fleurs, des festins el ma lyre.
NKUROn.
l'a' 11/, Tula'cain.
•TViwir.ûy.
Mes conseils seront coiir:s, Je s.iis tordre le fer mieux qu'orner les dis» ours. Je dis que, pour ré'gner sur une multitude, il lui faut imposer un joug pi-sant et rude. La vuliiple fatigue; el, sonmis aujourd'hui. L'homme sera demain rebelle par ennui.
Il faut rourh'r son dos sou.-» le poids d'une arnn»re, El bâillonner de fer son plus légt-r nuirinurr; Il faut que l'ignorance, endurcie aux Ir.ivaux, Le ron le inaccessible ii lotis b'-soiiis nou\eaux.
Tour que ses bras puissants, qu'il ne >ail pas ron-
[nailre, l'senl leur énergie au service du maître; Et, loin de négliger d'inglohenx conibals. Il faudrait s'en crt-er si Ion n'en avait pas. De peur qu'un peuple vil soit généreux en rêve. Snr son sonnneil es( lave il fa il suspendre un gl.iixc, El lui faire un lil dur : autrement ce bét^iil S'engraissera sans forre, inutile au travail. L'homme étant un abîme où la vue est trompée. Pour pénétrer les C(purs, moi j'aiguise l'epeo : Cette race de fer est plus dure à limer Que les mi-tauv brillants dont j'ai su vous armer ; Elle a!)use de tout, et jamais ne s'atlaclie; Dans une main leur cliaine.el dans raulreune h.ulio. Voilà comme j'entends raltilude d'un roi. Et le guerrier Nemroil doit penser comme moi.
>ESIR0D.
Je pense que tous deux, dans nn conseil contraire.
Vous m'ouvrez à la fois un avis s:ilutaire :
Je crois (piil faut mêler les plaisirs aux combats,
El corrompre h's cuMirs en exerçant b's bras.
Sur mes nouveaux autels j'érige ce sysiéinc,
El j'en veux à Maal faire |)r)rler l'emblème.
Désormais sa statue unira dans sa main
La lyre de Jubal au fer de Tubalcain.
N'esl-ce pas Mesraim? mais (pi'enlends- je? On
jsavanc' , Qui donc vient sans mon ordre nfri-onier ma p-;-
[senci""^
MKSRAi».
C'esl Zelpli.i; dieux puissants! ses yeux verscnl i!cs
[pleurs.
TinAlCAÏN.
Viendrait-elle à son père annoncer des malheur.^* SCÈNE Vl.
Les préccdenls, Zf.lpiia.
NEMRCU.
.M.i iilL' ! qu.d ! c'est vous! Eh bien ! que vais-je en-
[te.idro?
A'.ix autels i!c Baal vois deviez nous atlendre.
/.l.LPIIV.
Ah 1 mon père... pardon... mes sens encor troublés... Aux pieds de voire dieu nous élion^ assembles; In nuirmure s'élève, el i);de, sans haleine, J'entrevois dans la foule un vieillard (jn'o.i eniraine: Ses longs cheveux blanchis, son iniposa;il aspect. N'avaient pu des soldais obtenir le respect; Jinvo(pie votre nom, je veux savoir son crime : l'ardonnez ma pitié, peut-être illégitime; Vos bourreaux de sa mort demandaienl le signal. En criant : Ce vieillard n'adore point Daal. Des sacrificateurs la hache toujours prèle De l't'l ranger sans arme a menacé la tête; .le frtMiiis, je pâlis, je crains de voir le sang. Tout à coup dans la foule éclate nn cri |)ei çanl. Et le son dune voix enfantine el plainli\e Kend à ses longs sanglots ma frayeur alteiili>e. Mon père! criail-ede, d mon père, arrêtez ! Je maiiilis plus que lui vos dieux eiisangl.inlés; Ne frappez que moi seule; el belle, éche\el e. Sous les pieds des soldats déjà presque loniec», Elle atteint le vieillard à travers mille morl^, L'enlonre de ses bras, le couvre de son ( or.is. Il se tourne vers moi si touehanle et si belle, Que la hache trembbnte hésite devant elle. Sun courage inspiré, son regard, sa pâleur. Kl son (e.l lier encor sous les coups du iir l;irur. Tout me rendait propice à la jeune élran^ne : J ai p!otégt> ses jours el ceux «le S(m vieux peie, lil je \ieiis à vos pie Is implorer mon parai.i. Seigneur, votre lionlé m.nail promis un don Qui serait pour l'année, au jour des saeriliees U: vos bi nf.'its sur moi les heureuses pri-inivcs.
MYSTERES
Pour ces iiifoituiiés (iti'oii Iraîno (ievaiil vous, Je conjure et je pleure à vos sacrés genoux. Etrangers dans ces murs, l'infortune peul-êlrc Leur laiâsail ignorer le culte de leur maître, El l'autel de nos dieux n'exige pas un sang Que l'âge et le malheur rendent presque innocent.
NEMROD
Dcviez-vous de votre âge écouler l'imprudence? Et venez-vous dicter des lois à ma clémence? Quel était ce vieillard impie et vagabond? A laulel de mes dieux s'il a fait cet affront. Vous avez seulement retardé son supplice, El d'inflexibles lois demandent qu'il périsse.
ZELPHA.
Avec eux ma pitié se verra condamner.
NEMROD
Baal seul désormais pourrait leur pardonner.
ZELPHA.
Mais Baal e. t muet ; seigneur, c'est une idole.
NEMROD
Qu'un prêtre som-erain lui prête sa parole ; J'offrais à Mesraim ce redoutable honneur. Demande-lui s'il veut l'accepter.
ZELPHA.
Quoi! seigneur!.. Ah ! je tombe à vos pieds et maintenant, j'espère, Mesraim sauvera cette enfant et son pjre. Eh quoi!., cher Mcsraïm! vous détourne/, les yeux!
MESRAiS.
Je ne me connais plus, punissez-moi, grands dieux !
>EIIROD.
Il faut parler enfin! Repousses-tu ma fille? Hefuses-tu mes dons? I honneur de ma famill*^. Quand tu peux mériter ralliante du roi'.'
ZELPHA.
Mesraim!.... il balance!
MESRAÏM, te jetant dans ses bras.
Oh! non, je suis à toi '
ZELPHA.
Quoi ! c'était lui ! .Merci! merci, dieux de mon pcn,' !
MEMr.OO.
Exercez des ro jour votre saint minisli-n*; Qu'on amené en ces lieux le coupaldf éir.mger l/est à vous de le voir, mou lils, fl [\c ju'/rr Si son crime en edft ménle f|ii'on rcxcuso, Et si dans sa pitié votre épouse s'ahuM', Venez, que dans nia main s'unissent vos driix m.iiiis, 1.1 que voire union fasse envie aux liiimains; Sou!> nie» lois désormais jure/, de vivre ensemble.
weskaIm.
Oui, je tcrai fidèle au nœud qui nous assemble.
ZELPHA.
Je jure de chérir mon {Mire et mon époux.
* MESHAÏM.
S'rtivoilir» inquiets, toit du sanfç, laise'/-voii<> ! I. amour rt(t piu!s puissant , mon cœur en vain niiir-
[niurc.
».UKOD.
Hc» pr/^lre» de iî.ial apporle/ l.i parure,
Qtih mon fils soil un dieu parmi nouh deMcndii.
IJo.iiic/.
/.El PUA.
Jk ftiii» heiireuM; ;
MEitRAIM
F^t moi je suis perdu.
(// tf laie»/' rrrflir dit iiitiifnrs de (frniid pr^tri'.)
MYSTERES 8i(>