I. Le passage de la mer Rouge
Ils avaient multiplié, et leur nombre était égal à celui des grains de sable de la mer.
Ceux r|ui se disaient leurs maîtres en avai(!nt peur; et pour les affaiblir, ils h s faisaient tiavailler sans les nourrir, et ils leur défendaient d'élever des enfanis mâles.
Alors la souH'rance de ce peuple poussa i;n cri, dont la ()lainte douloureuse s'éleva jus(|u'au ciel.
Dieu alors ordonna à celte multitude do se lever et de se rassembler pour la grande IVique, parce (JU(î l'Exterminateur allait passer. Le banquet de la Pâque fut le signal de la délivrance : cette ïouic, cpii avait parlé par la voiv de son défeiiscnir, eut une tète et devint un peuple dont les tyrans n'osèrent plus arrêter la marche.
Ils sortirent de la servitude en emportant les dépouilles de leurs maîtres, et le pouvoir interdit les regarda passer.
De qui parlons-nous ici? Eaisons-nous de riiislr)ire ou de la prophétie? Haconlonsnous ce (pli arriva aux Israélites, ou annonçons-nous (e (pii doit arriver à l'immense funille des catholiques, (piaiid sera venu lo jour lie ses p.npies universelles, el (pi;ind les ih-aux de DiCii seront venus f'rajiper à la jiorte dr-s impies ?
E'danis (»ersi'cutés de ri''glise, mes frères, (pii v(»us découragez et (pii n'attende/ plus lien en ce monde de l)i(ni ni de sa jiistiiu', écoule/. In parole de .Moïse; et voyez ce (pii se firépare : car, je vous h; dis en vérité, ce n'est pas une histoire du passé (pi'il vous rncontf;, c'est une vision d(; l'avenir.
Un cri de dés(îspoir s'est éhîvé des bords de la mer itfuige; le peuple nouvellement affraiM hi, mais poursuivi i)ar ses ancifnis maîtres, f;sl arrivé près do la mer D'un côté
le glaive, de l'autre le goull'rc! : plus d'issue (pi'à travers les cadavres ou les abîmes I
La triple immensité du ciel, du déicrt tt
nia
EXODE
EXODE
(le la nior, somMo nltiMidre avec t'poiivniile le rtV«Jultal de cite liill(> suprême; le crépusnile l>IaiKlii( à peine rinirizoïi ; la mullilii<le «les proscrits l^orde le rivai^e. et raniiée des pers(Tuleurs s'avance eomnie U'i long ser ]K'?it lotd élincela it de casques et de boucliers, et tout héris.^é d^^pées et de lances.
Les fugitifs lèvent les mains vers le ciel et jioussent des cris de desespoir; ils plcuie-it comme des enfants! et voilà que Moïse indigné se dresse de toute la hauteur de son gt^nie ; et se plaçant debout entre les Israélites qui tremblent et les Egyptiens (pii s'avancent, il semble abriter (lerrière lui un j)euple entier.
Debout, s'écri(>-t-il, debout ! esclaves (pii retombez au\ pieds de vos indignes maîtres; regardez-les encore une. fois, si vous les regrettez , car demain vous ne les verrez plus 1
Qui vous arrête? Ouand vous marchez nvec foi, n'est-ce pas Dieu qui |»asse? Avezvous |)eur(les llols de la mer ou des rochers tlu rivage? Marchez! C'est la mer (lui doit céder ! Ce sont les rochers qui doivent vous craindre !... Marchez, vous dis-je, et la nature entière vous obéira.
Ne voyez-vous pas la colonne de lumière qui vous précède s'avancer sur les flots qui frémissent et se sé|)arctit?... L'intelligence vous trace une voie audacieuse, marchez! et malheur aux aveugles qui oseront vous poursuivre !
L'enthousiasme de Moïse a électrisé tout le peu|)le. 11 se lève, il croit, il sent sa force,
il marclu> et les llols de la mer reculent
et s'ouvi-ent d(>vant lui !
Eclairé par les rellels terribles de la colonne de feu, Moisc est inunobile et tient
ses deux mains étendues L'une protège,
l'autre menace Les Hébreux traversent
la mer Itouge, et les Egypti(Mis a()prochent.
Ce|iendant la merveilleuse lumière (pii guidait le [)euple alfranchi devient sanglante et lourmentée : elle revient se ranger près du prophète cfunnu; un auxiliaire teriible, et s'élevant jusqu'au ciel , elle éclaire au loin le peuple (jui se (h'Iivnî et menace» les bourr(>aiix (p»i osi ni courir après lui. Elle •'•claire hvs uns et aveugle les autres, car la vérité (|ui brille aux yeux drs hommes libres n'est (ju'iHu^ nuit profonde pour les Ivrans et leurs esclaves.
Dt'jà les assassins du |)euple se sont engagés sans le savoir dans les abîmes, ils m* voient nas qu'ils ont (piitté la terr«' ; leurs pieds s enfoncenl dans un sable mouvant : (>l des montagnes d'eau, send)lables à la colère du Seigneur lorsipi'eile se contient encore, pendent sur leurs lèles et les pressent de toutes narls.
Il niarclie encon», m i)étail de la mort ! TfMit à coup le lonnerr»! éclate, et ils se
voient aux lueurs de la loudre ils lisent
leur arrêt d(! mort siU' le visage livide do leurs conducteurs; ils poussent h leur tour un cri de dé'sespoirqui t>xpire écrasé par les vagues... Labinu^ s'est refermi' sur sa proie, el lu solcil <pji se lève n'éclaire sur la mer
qu'une immensité mo:ne et paisible, sur la- (pielle tloltcnl, dispersés comme des brins de paille, quelipies débris de chars et d'arniures, tandis ({u'un Ilot vient jeter aux pieds de Moïse le cadavre de Pharaon.
Sombre et magnifique tableau d(>s destinées humaines! Allégorie pleine de menaces pour ceux qui opprnncnl, et d'es;.érancc pour ceux qui souffrent 1
One les fidèles se réunissent, qu'ils mangent.ensemble la Pàque symboli(jue en communiant au même amour et h la même pen sée, et (pi'ils sachent bien que l'ange des lléaux est debout avec eux.
Qu'ils marchent ensuite; qu'ils marchent ensemble et qu*ils ne doutent pas ! La lumière éternelle marchera devant eux , le Veibe lui-même les acconq)agnera : c'est la colonne de feu qui aveugle les oppresseurs et (jui illuminera toujours la fuite triomphante des proscrits 1
Oui, je vous le dis, au nom de la véri é éternelle, à vous tous qui souffrez : Tant ([ue vous serez ensemble, tant que vous aurez une tête pour vous conduire et un(> voix qui [)arle pour vous, sachez (pie vous serez alors un grand [)euple et que la toute-puis' sance de Dieu sera avec vous. Quatul vous vous lèverez, on ne vous fera pas plier les genoux ; quand vous parlerez, personne ne vous fera taire; el (juand vous marcherez, ni les tyrans, ni leurs sateUiles, ni les bourr(>aux, ni les déserts, ni les abînu's ne pourront s'opposer à votre jiassage, et ceux qui vous poin-suivronl auront cherché la mort, car le ciel, la terre et la mer sembleront combattre i)our vous.
IL Le peuple au dcscrt.
Ce n'est pas tout d'échapper aux oppresseurs, il faut savoir être libre. Avant d'avoir mie patrie, il faut (ju'un peuple soil vraiment |)euple.
C'est ce (pie ^foïse nous enseigne en laissant |)érir tout entière dans le désert une rate indigncî «>ncore de la t(>rre promise.
Etud ons les le(;ons contenues dans le récit du livre sacré.
!>(> peuple périt misérablement dans le di'serl ?» cause» de son ignorance (pii le rend déliant envers ses amis, et confiant pour ses ennemis ; de son mal(''rialisine grossier, rnii lui l'ail regnMIer la servitude ; de sa pusillanimité, (pii l'entraîne sans cesse au doute, au murmun» et à la révolle.
Au moment même où !\loïse, sur le Sinaï, pose sur {\o\\\ tables de pierre h>s bases do la vraie liberté humaine et de l'égalité des justes devant Dieu , cette odieuse populace se proslerne devant le veau d or el veut se créer des chefs pour retourner en Egypte.
'l'atidis (jue la fo; du pro|>hè!e dispute au désert la vie de tout un peuple, fait jaillir l'eau (\vs veines du rocher el arrache au ciel un pain miraculeux, les Israélites sont assis el pleurent en songeant aux oignons do lEpyplc et aux marmites pleines île viaiidt
EXODE
qui repaissaient la faim des esclaves de Pharaon.
Moïse pleure et prie. Seul à l'entrée du tabernacle , ses entrailles sont torturées comme celles de la femme qui enfante ; il est en quelque sorte en travail de l'unité divine; il va, en révélant au monde l'esprit suprême, proclamer la loi hiérarchique des
esprits et leurs destinées éternelles Que
fait le peuple?... il danse avec des femmes impures autour des autels de Madian ou va s'initier furtivement au culte immonde des idoles de Moab !
Sans cesse Moïse est forcé de remédier avec le fer et le feu à la gangrène de cette chair malade ; la terreur lui soumet cette r.ice d'esclaves, qu'il fatigue de ses miracles cl de ses enseignements sublimes, sans pouvoir élever leur pensée et agrandir leur cœur.
O solitude cruelle du génie ! ô agonies des pensées qu'on exile, inexprimables amertumes dune volonté sainte qui se dévoue toujours et que toujours on brise, quand donc le ciel, qui vous comprend seul, mettra-t-il un terme à vos douleurs ?
Non, jamais le peuple ne s'aiTr;inchira que par l'intelligence de ses droits et de ses devoirs 1 Pour se rendre libre, il faut agir; fiour agir il fai.t vouloir; pour vouloir, il faut savoir ; et pour savoir, il faut comprendre.
L'homme seul peut Être libre ; l'animal est esclave de ses instincts, et en les dominant on s'empare du sa force. Ainsi donr-, toute multitude qiii n'a [)Our loi que ses instincts brutaux, quelle que soit d'ailleurs la figure des êtres qui la composent, n'est [)as un peuple, c'est un troupeau ; et elle est fatal ment soumise au bûlon du pâtre et au couteau du boucher.
Vous tous, qui vous plaignez de vos maîtres, l'esprit da liberté n'a qu'une parole h vous répondr»; : Vous êtes filus vils rpie ceux dont vous vous plaigne/, puisqu'ils sont vos maîtres.
La tête seule distingue et fait reconnaître les hommes; et l'on doit juger une nation d'après son chef. Conspirer contre un roi, c'est cori-srjirer contre ses suj(;ls. Jamais un vrai peufile ne conspin- ; il approuve ou il condamne, f)ar(e que lui seul e>l responsable des actes fie r;t;lui qui l- conduit.
Mais tant que h; [leuphî ne s<!ra pas au moins aussi iritellig«-nt (|u<! ses chefs, h; gouvr;rnement arbitraire ne sr-ra pas aboli, et les conducteurs du pfUfile pourront inv(<qiir:r U; droit divin. Tant (pj'o-i pourra (miivrer la rimliilude, on [tourra riiichalu»;!-; et tant (|ue le peuple ne mettra pas b-s besouis de r.lirie au-dessus d<;s nécr-ssilé.s du < orjKS, il .se vendra pour une vile p.Uure qu'on ne lui dorin*!ra mêiric pas. Tant rjue le peuple /j'airfi»;ra pas la liberté plus fpie sa vie, il aura peur : et la (leur est In firemiêro servante de» tyrans et la conseillère de tous les criroeH,
A quoi servent fie vaines dé«'lamations, si vorj» ne voulez pas souiïnr pf»uf vf^us ra-
EXODK o22
chcter de l'esclavage ? Pourquoi murmurezvous, mauvais serviteurs, si vos âmes ne sont pas libres? Savcz-vous quels sont vos premiers et vos plus redoutables tyrans? Ce sont vos erreurs et vos vices I
Un jeune Spartiate avait été vendu comme esclave ; arrivé chez celui qui se croyait son maître, il lui dit avec un sourire de mépris : Tu vas savoir ce que tu as acheté! et se précipitant par une fenêtre, il se tue.
Chez les Juifs le vieux Razias, chez les Romains Caton d'Utique, aimèrent mieux se déchirer les entrailles que de survivre à leur liberté! Qu'il vienne au monde un peuple animé de l'esprit de Razias et de Caton, puis qu'on essaie de lui imposer des lois iniques et de mauvais maîtres 1 La loi des hommes intelligents, c'est la justice ; et les hommes libres ne reconnaissent qu'un maître, c'est Dieu. C'est à Dieu seul qu ils obéissent dans la personne de leurs supérieurs. Les hommes libres n'obéissent jamais aux passions des autres hommes, parce qu'ils régnent sur eux-mêmes ; demandez aux martyrs si l'on peut contraindre la volonté 1
Eh bien donc, vous tous qui aspirez à vïïlr tomber les chaînes de Ja servitude, il faut vous le crier avec cdte voix puissante qui ressuscite les morts, et c'est à vous de le com|)rendre et de croire que vous le [louvez. Soyez libres ! Du jour où vous l'aurez voulu, vous aurez connnencé à l'être 1
IIL Moïse sur le mont Nébo.
L'homme qui se dévoue au salut de l'humanité ne doit rien attendre des autres hommes. Tout initiateur est une victinie du [)rogrès humain. Malheur à lui s'il a peur de mourir! Trop au-dessus de son époque pour être compris par elle, il ne vit déjà plus dans le siècle qui s'achève; et ses aspirations l'emportent toujours et tout entier vei> un siècle qui n'est j)as encore : aussi sa vif! n'est-elle <iu'une longue soullrance et qu'une lente déception. Tout ce qui doit cesser fl'êtrf! n'étant déjh plus pour lui, il lui semble tpi'on l'a enchaîné vivant h des cadavres; et il traîne conjuic un insuf)portable fardeau son existence or|)lieline et désolée. Il ressemhie .'i Moïse sur le mont Nébo : d'un côté, il vf>it dormir à ses jtieds les [lanîsseuses caravanes d'Israi-l, au\(juelles il n'a plus rien h dire ; df; lautre, il apen;oit la terre promise dans lafpielle il n'entrera [)oint; et il se sf;nt mourir, seul au monde, sans que jUMNOniM! b; soutienne et le consoh; !
Le h'gislateur des Hébreux, après avoir rf:nouv(;lé I(î [KMiple dans le déscnt, voyant fpje l'exil et les (ouiiiieiils des siens étaient |)rès fie linir, jugea tpi'ils n'avaicuit plus besoin de lui et fpie sf)ji (eiivrc; était accomplie. Il déposa dans l'arche les tables de la lf»i et la ver^e fin coirunandiriHînt , dans celle arche qui était la ligure fin berceau de l'fcglise.
Puis il se rf;tira seul sur une montagne, f)i'i il se mit ii prier en attendant la niorl. Cfunbien fbîjfMiis dura sa lente agonie! Cornbi(!n de sanglots et de larmes laissa-t-il s'é-
525 EXOliE
rhapprr do son cœur brisé par l'ingrntitiido des honinios? les cimes arides du Ného ne l'ont pas raconté, et Dieu seul en a gardé le secret et le souvenir. Peut-(Hre, dans celte solitude, le doute vint-il envahir son cœur ; peut-ôlre regretta-t-il l'ouhli qu'il pouvait trouver dans la maison de Jétliro avec l'amour de Séphora. Des visions tournoyèrent devant ses yeux fatigués de larmes, le sable rouge du désert se changea en un lac de sang, et sur ce lac se soulevèrentdes ombres de ceux qu'il avait livrés au glaive; les rochers volcaniques qui avaient englouti Coré, DafhaneiAbiron, s'entrouvrirent de nouveau, et les fantômes poudreux et noirs des schismatiques du désert se dressèrent contre Moïse. Toutes ces ombres le montraient du doigt; et leur gémissement ressemblait à un rire amer. Toutes élevaient vers le ciel leurs mains pleines de sang, et ils accusaient leur meurtrier. Moïse détourna les yeux du c(Mé de la Terre-Sainte, dont le soleil levant faisait resplendir les campagnes et enrichissait les vallées d'un luxe solennel.
Alors Jérusalem se montra au prophète, rayonnante de toute la pompe de Salomon ; et son cœur se remplit de confiance et de joie. Il oublia le désert rouge de sang et n'entendit plus les imprécations des fantômes.
Mais tout à coup les sons d'une musique lascive lui traversent le cœur comme des glaives... Il ne s'est pas trompé : ce sont encore les fêtes du veau d'or! Israël tout entier se prostitue h des idoles ; ils darisent, ils chantent, puis ils dorment, les insensés ! et ils ne voient pas ce nuage noir tout étinceiant d'armes qui accourt à l'horizon. Mo se entend le hennissement des chevaux, le grondement des chars d'airain qui roulent comme le tonnerre; il voit les éclairs du bouclier et de la lance. Il veut encore sauver son peu[)le, il veut crier..., mais sa voix n'est pas entendue; et la vision achève de dérouler devant ses yeux les plus épouvantables images.
L'auréole de Dieu a cessé d'entourer le saint temple; une épaisse fumée roule ses nuages le long des portiques déserts, la flaunue s'élève en colonnes sanglantes; Jérusalem n'est plus (pi'un immense holocauste... Moïse détournfî les yeux avec horreur, et il revoit plus menaçants les spectres de ses victimes, rendus plus livides par les reflets de l'incendie. Tous les proscrits du (!('•sert grincent les dents rt semblent triompher en regardant tomber Jérusalem... Déjà le reflet rougo s'est éteint : une lumière l)lafnr(ie et morne s'étend dans le ciel comme <in linceul. Moise reporte malgré lui ses regards du côté de Jérusalem..., il ne voit plus qu'une montagne couverte do cendre et de ruines ; et au milieu do ces ruines, l(^ dernier des [)rophètes pleure inconsolable, (îomme celle inèrcqui ne veutf)lus rien écouter parce que son enfant n'est [)lu8. '
Palpitant d'épouvante, as.^ailli pres(pie do renïords et le cœur brisé d'angoisses, l'élu du Siiiai lève les yeux nu ciel pour intcrro-
EXODE
ger son Dieu... Le ciel est d'airain, et la voix de Dieu no se fait plus entendre. Le jiroi)hète expirant se dresse sur ses pieds par un suprême effort ; il est debout : ses cheveux se hérissent, ses mains crispées se portent h ses yeux, un cri déchirant s'échappe de sa poitrine : Mon Dieu 1 mon Dieu 1 ditil, tu m'as abandonné l Puis comme si la vie s'échappait de son sein avec ce cri désespéré, il tombe affaissé comme un temple qui s'écroule, et le dernier sentiment de l'existence humaine est pour lui un désespoir irrémédiable et profond comme l'enfer.
Cependant une voix le réveille de cet assou[)isscment de iport et le fait tressaillir; une main le touche et le fortifie ; il voit près de lui quelqu'un dont il reconnaît le visage sans l'avoir jam.iis contemplé. C'est lui 1 doux et souriant avec sa figure pâle et résignée 1 II tient à la main un livre fermé do sept sceaux; ses cheveux dorés, qui tombent en boucles sur ses épaules, sont pressés d'une couronne d'é[)ines ; ses mains et ses pieds sont ensanglantés d'avance des plaies qu'il doit recevoir un jour ; il parle à l'oreille du prophète mourant et il lui raconte les gloires à venir de la nouvelle Jérusalem. Pourquoi donc as-tu douté, ô mon fils, ajoute-t-il ? Tu n'as pas souffert comme je dois souffrir ; et c'est moi qui sauverai le monde ! Quitte maintenant la terre ; viens te reposer; les anges prendront soin de ta sépulture 1
L'âme de Moïse alors s'éleva radieuse dans le ciel, appuyée sur le Verbe divin , et son corps resta sur le Nébo, les mains croisses sur sa poitrine, contre la(iuelle il semblait presser le signe du salut à venir.
Deux anges terribles s'avancèrent alors des deux points opposés du ciel , et vinrent se disputer le cori)S de Moïse : c'étaient Lucifer et l'archange Michel.
Le Livre des Symboles sacrés ne nous dit pas qu(!l fut le résultat de leur lutte ; mais il nous apprend que l'archange ne crut pas avoir le droit de maudire Lucifer, et qu'il en appela au jugement du maître suprême.
Toutefois le corps de Moïse ne put être retrouvé ; et la tradition des vof/nnts est qu'il fut emporté par deux anges dans la terre promise , où il fut caché avec le dépôt sacré qu'il tenait toujours sur son cœur, dans un sépulcre du mont Moria , dont une des coJlines s'ap[iela depuis le Calvaire.
— Dans la tri|)le es(piisse cpi'on vient do lire sur les grands tableaux de l'Kxoiie, aux- (piels nous réunissons ce\\x\ de la mort de Moïse , nous avons seulement voulu indi- <]uer les ressources [)oéliques, morales et politiques même qu'on peut trouver dans le second livre, de la Hibh;. Ou pourrait y trouver d'abord le sujet d'un poème en trois chants, dont le sommaire pourrait être indiqué i»ar nos trois études et dont les chants serau^nt consacrés h ces trois tableaux : le passage de la Mer Uouge, le peu[)le d uis le désert, et Moïse sur le mont Nél)o. Il existe déjh plusieurs poëmes sur Moise. Un entre autres de Saiul-Ainand dont BoiJeau a dit:
EZECIÎIEL
EZECIIIEL
Ainsi tel autrefois qu'on vil avec Farci Cbarbonner de ses vers les murs d'un cabaret, S'en vj mal à propos d'une voix insoliMitc Chanter du peuple hébreu la fuite triompiianle El poursuivant Moïse à travers les déserts Court avec Pharaon se noyer dans les mers.
C'est ce même Saint-Amand qui, décrivant le passage des Israélites entre les deux montagnes d'eau suspendues,
Met, pour les voir passer, les poissons aux fenêtres, Peint le petit enfant qui va, saute, revient, Et joyeux à sa rai-Te ofifre un caillou qu'il tient.
Cette citation suffit pour nous convaincre que Saint-Amand, quoiqu'il ne manquât pas d'imagination et de verve , manquait absolument de goût et que son poëme a été justement oublié.
EZÉCHIEL. — Le prophète Ezéchiel est le plus sombre, le plus énergique et le plus mystérieux des prophètes. 'Se de la race sacerdotale, c'est au sacerdoce surtout qu'il adresse ses prophéties; les initiés à la théologie secrète doivent le comprendre, et il ne craint pas d'entrer dès son début dans la nuit des plus formi Jables mystères. Le sphinx antique lui apparaît non plus comme dans l'Egypte avec son unique tête de femme; car Isis pour le prêtre hébreu n'est plus la reine de l'initiation ; le sphinx prophétique a quatre faces: celle de l'homme, celle de l'aigle, celle du taureau, et celle du lion, figure du génie viril de la nation juive soutenue par la prophétie, l'aigle, par le sacerdoce, le taureau, et parla guerre, le lion. Ces symboles de la politique juive sont écrits dans les constellations du ciel. Ezéchiel voit tourner les cieux étoiles les uns dans les autres comme des roues mystérieus»;s, et met pour fi ontispice h son œuvre pro- (*hélique le double tableau allégorique du monde religieux, politique et moral , figuré par les quatre animaux qui ne forment ensernble qu'un seul corps, et du monde [danélaire ligure par les roues mystérieuses. Il annonce ainsi son autorité par les emljlènies svnoptiques de la science universelle et de la gnose sacerdotale ; firophète, prêtre et initié, il a urie Iripb; aulruilé [)Oiir ()ailer au monde, aux Israélites et /i la tribu de Lévi.
Le livre qu'il va écrire , il ne l'invcnlcra
SIS ; il l'a lu tout entier écrit de la main de ieij même , ou pour p.'irb;r son langage hardi, il l'a dévoré... Alors ses «'ntraillos ont été pleines de menaces; Dieu l'a enhîvé de la terre et lui a donné un front inexoral»le, [Kjur fju'il anriori';;1l sans [>/llir les terribles décrets du cir;l. Son visage est d«;vetiu dur et immobile comme le diamant, et il s'est armé d'un styb; de ft-r comm*- d'un couteau de sacrilire. L'j-spril d«' l)n;u qui le n m- [<lit le condamne d'abord h dr-s macérations étranKes ; il doit ligurttr r-ri sa jw-rsorine tous l'-s malheurs que la cité sainic va .soiillrir. Dieu le fra()f)era comme Job i-l le Irouvr-ra ins#Ti«ible a toutes b-s rlouleurs ; il lui ftU-in une éjiouse chérie , et Kz.échiel ne pleurera pââ; U lut dira de»c livrer h dexjei^nos l«'r-
ribies, de coucher sur la dure, sans qu'il lui soit permis de se retourner d'un flanc sur l'autre pendant ses insomnies douloureuses ; de se nourrir d'un pain amer cuit sous des cendres immondes, et le prophète obéira sans se plaindre. Car en présence de l'avenir de son peuple il est devenu insensible à ses propres maux ; il voit les fléaux s'avancer sur Jérusalem comme des nuages terribles poussés par le vent ; la faim, la guerre, la peste étendent à la fois leurs ailes funèbres sur le soleil , et passent en balayant devant elles les cités comme de la poussière et les hommes comme des tourbillons d'insectes qne la pluie abat.
Crie, fils de l'homme ; Voici ce que dit le Seigneur : La fin I Voici la fin de la terre d'Israël ; je l'ai abandonnée aux quatre fléaux du monde ; son dernier jour est arrivé, et toutes ses abominations vont s'élever contre elle!... Sonnez la trompette : aux armes 1 Mais il n'y aura plus personne pour aller au combat! La famine et la peste vont prévenir le glaive; le glaive moissonnera les champs; la contagion et la faim dévoreront les villes. . . Ceux qui échapperont au carnage et à la mort se cacheront dans les montagnes comme des colombes effrayées. Ils se sont livrés au culte de l'or , ils ont mis leur orgueil dans les parures , ils ont élevé des palais superbes , et voilà les plus vils d'entre les esclaves des nations qui vont entrer dans ces richesses abandonnées comme dans un héritage que Dieu leur donne ! La terre sera arrachée au peuple , la loi aux prêtres, la couronne aux rois ; Dieu va leur rendre selon leurs œuvres, et les juger selon kuis jugements, afin qu'ils sachent que lui seul est le Seigneur.
ïel.'e est l'analyse rapide des sept premiers chapitres d'Kzéchiel qui sont comme la firél'ace ou le |)rologue de sa prophétie.
La prophétie débute au chapitre viii par une scène des plus dramatiques. Le pro- I)hète voit Dieu sous les symuoles «le l'intelligence et de l'amour, la llainme et la lumière. Depuis les reins jusqu'en bas, dit-il, son as[)ect était celui du feu ; plus haut c'était uni; splendeur. Alors une main prend Ezéchiel par les cheveux et le transporte dans le temple ; la porte en était fermée, mais l'esprit pe/ce les murailles et dévoile aux v<'ux du prophète les aboiiiinalions (jiii souillent h; lif;u saint. Ici des femmes étaient assises et iilcuraient Adonis; plus loin des hommes tournaient lo dos au sanctuaire et adoraiitnt h; soh'ij. L'Ame d'Iv.échiel se rassasie d'indignation et d'éijouvanle , et alors les menaces de la colère (livinese [lersonnifient à ses yeux. Dieu envoie un chérubin pourmanpjer au fiont d'un i'«u mystérieux (le signe de la croixj tous ceux qui doivent être épargnés, le très-petit nombr(! (bs justes ; car les exterminateurs vont passer. Dieu leur crie: Frappez , et coiiunericez par Ir; tf;mpl(! 1 Le sanctuaire qu'ils ont [irofaïKi sr;ra leur tombeau ! (^u'fui y entasse les cadavres I... L'rie vision de iiieurlrc; [tasse alors devant le» yeux du pruphèle qui loinbo
E/.FCMILL
EZECMIEL
tout troniblniit la f.ioo crnlro lorro, cl il cnlen»! rnnixo chnrjir de m.uiiiior nu front les (^lus (lire ^ Dii ii : J ai fini mon ouvmgo.
Au rliapitrc \ une autre vision commence. Un trône po^ô si;i- une pierre de saphir apparaît et |)arle. II commande à Tliomme vôtn de blanc, celui (jui représente toujours le Verbe dans les [)roplRHies, de prendre sur l'autel une poign('*e de charbons ardents < t de les jeter sur la terre... Ainsi le feu du sacrifice est dis[)ersé et sa braise est changée en semence d'incendies. Le bruit des ailes des cliérubins se fait entendre ; la vision des roues et des animaux mystiques reparaît multipliée, comme si la science se divisait, et on les voit remonter au ciel en s"t'loignant de la terre. La voix qui crie : Les dieux s'en vont ! peut se faire entendre. Cependant les mauvais prôtres s'endurcissent dans leur orgueil ; ils croient que le temple de Dieu est une marmite h leur usage ; celle parole impie est attribuée au |)rinre des pn^tres, Pheltias. Si le lemp'e de Dieu est une marmite, vous en êtes l'écume, dit E/.échiel indigné, et Dieu va vous rejeter avec dégoût. Cette parole a l'effet de la foudre ; Pheltias tombe le visage contre terre et meurt. Mais Dieu console le prophète épouvanté, par des promesses de réconciliation et de retour ; car la captivité du peuple est maintenant inévitable, mais elle ne sera pas éternelle.
Après ces visions , Ezéchiel prophétise encore par signes, selon la coutume orientale. On le voit préparer et déménager ses bardes comme s'il partait pour l'exil ; il rentre dans sa maison par une brèche ; il marche h liltons en plein jour avec un voile sur les yeux ; puis, (juand le peuple s'assend)le autour de lui, il lui parle avec force et lui explique ce qu'il vient de faire, en prenant de là occasion de les rappeler h la pénitence en leur prédisant leurs malheurs prochains. Puis il tonne contre les faux prophètes qui endormaient le peuple dans une fausse sécurité. Vous avez foi en de pareils hommes 1 dit-il au peuple? mais quand vous aiu-iez maintenant parmi vous Noé, Daniel et Job, ils se sauveraient peut-être eux-mènuvs h force de vertus, mais ils ne vous sauveraient pas î Vous Oies la vigne arrachée, à (juoi peut servir le sarment lorscjuil est mort ?
Après ces leriibles menares commence une allégorie |)lus ItM-ribb" encore. Sous la ii.^'ure de deux prostituées qu'd nomme Olla et Ooliba, le prophète décrit les désordres de Jérusalem et de Samarie. Ici la prophétie ne garde plus avnnuis ménagemenls, ♦ l fait pal|tiler sans voiles sous le s<ileil les plus monstrueuses lur|)itudes. Juvénal.dans toule la verve de ses sanglantes invectives, n'est pas allé plus loin que le nrophète. Aussi, h cause de ces tableaux (l'une trop alfreuse vérité, déf(>ndait-on chez les Juifs la lecluro du pro[ihèle Kzé(hi(d aux jeunes gens et même aux houunes Agés de nujins de trente ans.
' Au chapitre xvii f»'i trouve la parabole •les deux aigles, dont l'un plai\le et l'aulre
arrache me vigne. Nouvelle menace de des- Iruclioi pour la triste Jérusalem. David est l'aigle qui l'a fondée en l'agrandissaul et en la rendant glorieuse : un autre aigle va venir, par cpii la vigne sera arrachée : car il s'y est embarrassé avec ses serres, et il est pris dans les filets du roi di» Babylone. La captivité se prépare : mais D eu ne frapper i j)as les enfants à cause des pères, et quand son ire sera apaisée, il ramènera les restes d'Israël dans leur patrie: car ce n'est pas moi (lui veux la mort de ceux qui meurent, (\\l le Seigneur : revenez à moi et vivez I c'est par celte f)arol(; si touchante que finit le chapitre xvni de la prophétie! d'Lzéchiel.
\u clia[)itre xix se trouve la parabole de la lionne, imitée en vers par Lefranc de Pumpignan.
Israël, poinqiioi donc ta more A-l-t'Il ', aux yeux des iialioiis, Soiiilio son divin caracU're Dans lanUo sanglant des lions?
Le texte dit :« Pourquoi ta mère s'est-elle couchée lionne parmi les lions pour y nourrir ses [letits? Elle a élevé un de ses l.onceaux, et il est devenu lion, et il a a[)pris à ravir la [)roie et <i manger de l'homme.
« Les nations ont entendu parler de lui, et non sans être blessées au combat , elles l'ont pris et l'ont conduit enchaîné dans la terre d'Egypte. Quand .sa mère s'est vue affaiblie par sa perte, elle a ()ris un autre de ses lionceaux et l'a fait lion. En marchant parmi les lions, il devint lion iui-n)ême et il apprit à ravir la proie et à dévorer les hommes. Il apprit à faire des vi uves et a changer les villes en solitudes ; et la terre désolée fut rem|ilie de son rugissement. De tous côtés les nations se réunirent contre lui et elles tendirent leurs filets, et elles le j)rirent enfin après avoir re(;u de lui des itlessures ; et elles le jetèrent dans unefos.se et l'amenèrent enchaîiu^ au roi de Babylone, (|ui l'enferma dans une cage de fer, afin que 1 on n'entendît plus désormais ses rugissements sur les montagnes d'Israël. »
Après cette image de la captivité successive des deux rois Joachas et Joacliim, le prophète compare Israël h une vigne plantée dans le sang qui va être arracluM! et transplantée dans le désert, où elle ne trouvera (ju'uii sable aride.
Le prophète revient ensuite sur les infidélités de Jérusalem et sur les péchés du peuple, et prédit encore une fois les vengeances prochaines de h souveraine justice; puis il étend le cercle de la colère et des Iléaux ; sa uïenace se dé[)loie connue un incendie et envahit les cites des enfants d'Ammon : les corrupteurs de Jérusalem seront ch.lliés av(>c elle; Dieu, comme un époux irrité, vmit anéantir les complices de l'adultère Moab ; llduméc! et la superbe Tyr sont condamnées tour h tour. Les vaisseaux fjui passeront devanl les j»lages où fiit Tyr s étonneronl de leur solitude et du silence de la mer. Le jiropbète chante l'hyriuie func'bre de celle capitale des délices cl des ri-
.Si9
EZEClllEL
LZECIIIEL
chesses de l'ancien monde, et son chant sur la ruine de Tyr a été répété plusieurs siècles après comme par un écho proj)hétiquc, lorsque saint Jean, dans Tîle de Pathmos, pleurait la chite de la grande Babylone.
Dieu paye les exécuteurs de ses hautes œuvres : il donne l'Egypte à Nabuchodonosor pour prix de la ruine de Tyr ; Pharaon et Assur sont comme deux cèdres superbes que l'ouragan des justices célestes va briser l'un contre l'autre; Assur renversera Pharaon, mais la scie et la hache sont déjà dans les racines d"Assur. A la chute de Pharaon, la terre tremble et tous les arbres ont tressailli, mais l'arbre gigantesque est tombé, son front traîne dans la poussière avec les dépouilles des morts, et une voix dit: Voilà ce Pharaon avec toute sa multitude !
Ezéchiel adresse ensuite à la monarchie égy|)tieme des adieux funèbres semblables à la complainte do Tyr.
« Tu as été le lion des nations et le grand dragon de la mer ; Dieu ta jtris dans ses filets, et les natiois t'ont traiaé sur h; sable; ton sang noire t de s:i vapeur Ils étoiles du ciel, Il'S astres sont ei deuil de ta gloire, mais Dieu consolera l'ombre de Pharaon en lui envoyant bienlùt ses vainqueurs pour lui tenir compagnie dans la tombe. »
Ezéchiel, après avoir prédit tant de désastres, jus(i!i(i sa mission redoutable et se compare à la s. ntinelie dont le devoir est de jeter le cri fl'alarme ; [»uis il éclate en invectives contre les mauvais pasteurs qui oublir^nl leur devoir sacré et n'avertisse it pas leur troujieau des dangers qui le menacent.
Mes pasteurs, dit Dieu, ne s'occupaient pas de mon troupi^au ; ils se repaissaient ejx-mèmes au lieu de paître mes l)rebis. C'e'^t pijuniuoi, pasteurs, écoutez la parole du Seigrjcur : Je reprendrai moi-mèmi; mon troupeau des maiis des [)asleurs, afin (pi'ils ne se re[)aissent plus de la chair de mes brebis et j'arracher.ii mes agneaux de leur bouche. Je sauverai riion troupau, afin qu'il ne soit plus un objet d«; rapine, et je le réunir.ii tout entier sous la lioulelie d'un seul ijasteur.
" Home espérance donc au troufieau I Monlagnevs de Seir, [ilaines de lldumée, malheur .'i vous ! mais vous, monta^'in-s d'Israël, con?ojez-vou.s, car le salut uoil vous visiter encor.;! Les cités désertes vont sg repcu[»ler, les troupeaux d hommes se niultiplieroMl, et ds sauront (pie je suis le Seig'ieur, dit le Dirtij d'Isr.K-l. n
Après celte promesse vont venir les \)nroles despérance et de salut rpii lormrînt la seconde, partie du livre d'K/.échiel. Cette second-; f)arlie a jiour introduction la vision célelir.' des ossements desséchés qui reviouneol h la vie : i/ibleau plein d'ntu; poésie '|ui f.iil frémir, et rpje la jiluparl de nos poêles lehgieux se sont ( (lorcés de Ira- Uuirij. I^inailine l'a iinilé en rabrégeant :
l.'Kit.ntf.l c(ri|f»rl.i mon <h(»m1 ;iii déneri. b°(rM«fn<-ri(s »l<,v;«|i»-s le vA élail (ouvrrl.
Japprociic en frissonnant; mais Jéiiova me crie : Si je parle à ces os reprendronl-ils la vie' —Eternel, tu le sais.— Eh bien ! dit le Seigneur, Parie à ces ossements, prophétise, et dis-leur • Ossements desséchés, insensible poussière. Levez-vous! revoyez la vie et la lumière!
Et ce champ de la mort tout entier se leva. Redevint un grand peuple et connut Jéhova.
Cette campagne couverte d'ossements, c'est Israël pour qui toute espérance semble morte et que Dieu veut rendre à la vie. Puis viendront les derniers combats contre les armées de Gog et de Magog, les rois de l'hiver et de la nuit. Ces armées terribles, au sentiment de tous les commentateurs, représentent les derniers efforts que doit tenter la force brutale pour anéantir dans le monde le règne de rintelligence et de l'amour. Ainsi, après la captivité, qui est l'image de la mort , une résurrection ; après la résurrection, la grande et suprême bataille, tel est, selon Ezéchiel, le f)rogramme de la fin des temps, (iog et Magog sont vaincus et encombrent la terre de leurs morts ; les enfants du peuple de Dieu sont occupés pendant sept mois à rechercher et à ensevelir les cadavres; puis on comtnence à rebAtir la cité sainte et l'on élève un nouveau temple f)lus magnifique que celui de Salomon. Les neuf derniers chapitres d'Ezéchiel sont consacrés à la description de ce temple, dont il indique minutieusement et longuement les proportions et les mesures, mesures et proportions (jiii ne peuvent se ra|)poiter au second temple, et «lui doivent s'appliquer <\ un troisième édili.e plus vaste et [)lus S|)lendide que les deux autres. C'est d'après cette pro|)hélie (pie (ilus.eurs commentateurs ont imaginé la réédilication future du temple do Jérusalem à la lin des tem|)S ; mais, d'u i autr(! côté, Jésus-Christ a jirédit (ju'on no le rebâtirait jamais. 11 faut donc (jue la pro- [•héti(! dJ'i/.échiel ait un se. s allégori(pie et se rai)porte à l'Eglise : en ce cas, toutes les figur(.'.s et tous les nombres auraient un sens mystérieux, qu'il faudrait chercher pour trouver dans cette partie; de la projthélio d'Ezéchiel un plan complet de l'édiliiM; divin (pji est l'Eglise et la so( iété un verselle; mais cette explication n'a|)partient pas à notrii sujet.
La piophétie d'IC/.échiel , dont ^ Ollairo s'est ariMjsé dun(! manière .si peu digne, est |eut-étr(î c(; (pi'il y a de plus iort (il (h- plus énergi(pje dans la poési(! des livres saints. Leiranc de Ponipignan en a traduit les juincipaux passages, et ces traductions, (pii laissent beaucoup h désirer, n'(!n sont |)as moins hvs jiroductions les plus vigoureuses de co magistrat distingué. Nous m; les citenjiis jias, parce (pi'(in les tr(juve partout, mais nous |)lac«;rons ici une étud(! niédile sur la vision des roues d'E/i'-chiel, (pji u été lue dans un de n(^s salons littéraires les mieux composés, et a obtenu rassentiment des poêles b\s plus distingués de ii(4re littérature nio(lerne.
Wl EZECIIIEL
Les lioues d'Ezéihici.
I,c rlinr (le Jéliova roiilo dnns l'ôlondiio. Kl fait Iromblcr sons lui l;i voillo suspendue
Où s'inclinonl les ricux :
I/orlie de rhaque roue a pour eloiis des éloilcs El des soleils p<Tçanl l'ornltre de lon'^ les voiles,
Pour flam'ioyanls essieux.
Le)ir lumière aimanlée,
Par Torhe reflélée,
\ fixe ses rayons ;
F,l leur marche splendide
Eiiscuieiice du vi!e
Les lénébreux sillons.
Semence <le clialeur, de lumière et de flammes, Qu'arrose de ses pleurs l'esclavage des àmcs
Par le eliar en)porlé :
Car le char clernel vole et revient sans cesse Sans reculerjamais; unissaul la vitesse
A l'immobililé :
Aux points qui se répondent
Ees rayons se coufondenl
En un cercle de feu :
Et le char est lui-même
Comme un grand diadème
Qui lourne autour de Dieu.
Mais le foyer central de la lumière pure
Esl aux yeux de la chair la nuit la plus obscure
Et les anges rrend)Ianls Qui sont du char sacre l'orbe le plus intime, De leur aile qu'agite une crainte unanime
Couvrent leurs fronts brûlants:
Seul, l'aigle symbolique
Dun regard prophétique
Peut percer celle nuit;
Et franchir la barrière
Que ferment le tonnerre
ua fumée et le bruit.
Amsi d'E/.écliiel l'aventureux génie.
Mesurant dans son vol la bailleur infinie
Des mystères sacres.
Dans cet abime inunense où tout orgueil échoue, Embrassa la rondeur de la céleste roue
El ses rayons dorés :
Puis, dans un moindre orbite
Il la vit circonscrite.
Et compta les retours
De la rou(^ eu fermée
Dans la roue enflammée
Qui se meuvent loujour-.
E/.écliiel ainsi précéda GaliliV,
A qui de l'univers la sphère dévoilée
Par son reiilie de fen.
Montra dans le soleil, du Christ larme féconde, Comme dans lœil humain qui lui-mômc est un monde
I,a figure de Dieu :
El vers l'axe poussée,
Mais toujours relninée
Par l'active splendeur;
Sur un (il de lumière.
Se balanC'T la pierre
Du céleslc fronileur.
Si le fd se rompait, notre terre brûlante, DKhirant 1 infini de a cmirsc silllanto
EZECIIIEE 5SS
Comme un trait ennemi , Irait frapper au fronl, dans son triste rojai.me, Le chaos, noir géant, silencieux fantôme.
Sur son trône endormi ;
Ou bien, sœur du tonnerre.
Rendant guerre pour guerre
A l'infernal lyran.
Inattendue ei sûre,
Fracasser sous l'armure
Le crâne de Satan !
Mais Dieu nous retiendra dans sa main paternelle; Et d'ailleurs les rayons de la roue éternelle
Aux clous de diamants.
Sont forgés d'un or pur, céleste, indestructible. Que ne fiiigue point l'effort irrésistible
Des'coursiers écumants.
Les coursiers que Dieu guide
Sont l'aigle au vol rapide,
Le lion rugissant.
Le taureau qui rumine.
Et l'homme qui domine.
Mais en obéissant.
Vin.
L'aigle est le confident du soleil de justice : Le taureau, qu'immolait l'antique sacrifice.
Travaille résigné :
L'homme par la prudence est fort dans sa faiblesse El soumet du lion la fureur vengeresse
Et l'orgueil indigné.
L'aigle, c'est la prière ;
Le bœuf, la vie ausière
Et ses privations ;
Le lion, la puissance;
El l'homme, l'espérance
Dans les afOictions.
Le voyant de Patmos comme un aigle superbe Nagea d'un vol hardi dans la clarté du >crbe
En fixant le soleil :
Le médecin, fidèle ami de la juslicc, Décrivil du Sauveur offert en sacrifice
Le douloureux sommeil.
Mare, le disciple ausière,
Le fit craindre à la terre.
Lion ressuscité.
Et, devenu lidèle.
Vers Dieu, Matthieu rappelle
La triste humanilé.
El les quatre animaux, dans un cercle rapide» Semblent tirer le char que l'Eternité guide
De son centre voilé ; Ils reviennent sans fin tians la même carrière. Sans s'arrêter jamais ni courir en arrière
Dans leur cinpie étoile.
Soleil qui toujours brille.
Ce cadran sans aiguille
El sans divisions.
Marque f heure éternelle
Où Dieu crée et rappelle
A lui les nations.
Vi.ici une iniilnlion en prose d'une autre visioît (rK/,t'cliieI.
J.n plaine couverte d'ossements.
Pal le, dit l'ispril do Dieu nu lïls do riiomme. — Seib'neur, h qui parlerat-jo? Je miis siMil nu miliru des morts 1 Los hirinos ont usé leurs .yeux; le bl.isplu^'tue n dt^voré; leurs lèvres; "le doule a f.il éviUiottir leur
EZECHUX
pensée; ce sont des crânes vides et desséchés! Eq vain le soleil de Dieu se lève sur eus; ils ne savent plus s'il y a un Dieu, parce qu'ils ne sentent j)lus la chaleur de son soleil. Les intérêts rivaux leur ont mangé le cœur, l'égoïsme a décharné leur poitrine, et leurs entrailles se sont corrompues, parce que les affections humaines ne les faisaient plus tressaillir. Ceux qu'ils avaient pris pour chefs les ont conduits dans le champ de la mort et chacun d'eux s'est empressé d'y choisir une place, parce qu'un lourd sommeil les courbait déjà vers la terre ; et quand ils ont dormi du sommeil de la tombe, les pasteurs de ce troupeau de cadavres se sont applaudis en disant : Nous avons donné la paix au monde!
Viens maintenant, toi que l'esprit d'avenir tourmente; fais le tour de ce royaume de la mort, et vois si tous ces squelettes ne sont pas immobiles et froids! Chacun d'eux a creusé dans la poussière une petite fosse pour servir de lit à son crâne ; et au fond de cette fosse il a enfoui quelques pièces d'or .«sur lesquf'lles rampent les vers qui le rongent. Soulève dans les mains toutfs ces têtes l'une après l'autre, et parle-leur d'avenir, de patrie, de gloire, de dévouement, de libert»', de Dieu!.. Puis abandonne-les à elles-mêmes; elles retomberont lourdes el froides sur leur chevet de corruption et de métal imj)ur.
Que vas-tu faire dans l'exil de ta pensée et de ton cœur? N'es-tu pas elfrayé du bruit de ta voix sans échos? Vas-tu l'asseoir, morne et découragé, au milieu de celle {(laine de cendre, et laisseras-tu tomber la tête sur tes mains et se figer les larmes de sang de tes yeux, comme celles des statues qui semblent pleurer sur les morts! Aspireras-tu, pour cesser de souff/ir, h devrnir froid comme les figures de marbre qui sont accroupies sur les tombeaux !
Non! non! tu ne le dois pas; tu ne le peux pas! l'esprit de Dieu te le défend! Lève-loi el marche, car bienlùt la terre va trembler! N'enlerids-tu pas fermenter quelque chose dans ses entrailles? Ne seiis-lu pas, dans l'air lourd el chargé d'orages, j»; ne sais quoi se mouvoir el s'avancer? Parle toujours au nom de Dieu el de la juslicr; 1 car si lu gardes le silence, le tonnerre parlera.
1^1 terre est étouffée dans le suaire de celte soeiélé morte qui r(Mriprisonne ; ses entrailles commencent .'i sentir les douleurs de renfanlemenl, elle est en travail d'un nouveau mon le! Sous les cendrfrs glacées qui la r:ouvre'il, sous les ossements m -rUîS de ceux qu'on appelb; les vivants, s'agilenl les cc'idres brûlantes encore de cr-ux cpii sonl morts [)Our revivre dans l'avenir I
Quoi ! des pécheurs contents de leurs chaînes, dorment dans leur ivresse sur le lornbeau des s.muIs martyrs, el ils ne r^vftnl fia» que le tombeau s'ouvre; el ils hVmiI pas |W!ur que bi terre ne s'agite! Quoi! des im- |»ie«i, I»; fionl chargé de (Oiuotuies el les vèteiuorits brodé.t d'or, .soinmedietil sui' le
EZECllIEL liôi
tombeau des hommes de Galili'e, et ils no sentent pas se soulever déjà, pour les repousser, les reliques encore'vivantes des pauvres qui ont jugé le monde !
Ceux qui, semblables à la chenille, ont filé des tombeaux pour y faire languir l'Eglise en captivité, se tiennent pour assurés de leur captive, et ils dorment sur cette terre prophétique que travaille depuis près de deux mille ans le génie de saint Paul I Le peuple dort, fatigué de ses efforts inutiles pour s'affranchir; il dort, parce que la faim a affaibli son cerveau et appesanti sa tôte. Les oppresseurs du peuple dorment aussi, parce qu'ils sont ivres de sang et de larmes..
Mais un spectre terrible soulève lentement la terre, et regarde si l'heure est venue. Ses bras décharnés sortent l'un après l'autre de sa tombe; d'une main il tient une torche fumante que son souflle s'apprête à rallumer, et de l'autr-e un marteau sanglant. Malheur! malheur à ceux qui ne se sont pas levés à l'appel des anges d^ paix lorsqu'ils ont passé en chantant la fraternité et l'amour !
Prophète de l'Apocalypse, toi que Jésus avait nommé le fils du tonnerre, toi qui as tant pleuré le Dieu que tu as vu mourir-; toi qui as pris les ailes d'un aigle pour aller h; chercher au ciel, et-la voix d'une trompette de guerre pour annoncer son second avènement au monde, n'as-tu pas vu le Crucifié sortir de son sépulcre et revenir vers nous? Elait-il encore doux comme urre femme et soumis comme un enfant? Etait-ce toujours l'agneau paisible qui tend la gor-geau couteau des saciilicaleurs. — I>a première fois que le Chrisl est venu au monde, il est venu pour semer, répond le prophète : maintenant il va venir pour moissonner; el c'est pour(|uoi il V eriflra armé d'une faux! Sa [)arole est un glaive à deux tranchants (jui sor-t de sa bouche, et qui va et vient parmi les institutions flétries du vieux monde, comme parmi des ])ranches sèches et des épis morts. 11 est monté sur un coursier leriible (pu; rien n'arrèle: il est vêtu d'une robe triomphale tachée du sang do ses ennemis; il est p.uM) des di.idèmes qu'il a rej)ris aux l'ois : et l'exlerminaleur voh; d(!vanl lui ou invitant tous les vautours du ciel à un immense festin ! Il a jeté la faux dans la moisson, et les é[»is tombent : il a envojé l;i serp(! dans l.i verid.'uige, et le sang coule I — Car HabylnrK; doit disfiaraitre pour faire |»lace à la nouvelhi Jérusalem qui (lescend du cir^l sirr- la ter r(!, b Ile coriune «jn»; fiancée <jui vient au-devant (h; l'époux I
DorriK-z votre sommeil, générations épirisées; dorme/, immondices humaines, giapjies |>ressurées ipii n'avez plus ni jus ni sève, épis arides (pii brûlerez comme de la pailli- sèclii; rpiaiid le monde passer/i par° h; l'eu! Dnrmez, ricJKvs! bétail paresseux rpio sa graisse énerve ; doirnez, pauvres, dorme/., brebis maigres et tondues jusr|u"à la [H'aii, (|ui n'avez, plus la force du marcher ni d<j bèb-r!
Je vois an Nord Attila qui se lève, le l'oiiel
S-5 FAUST
h la main ; je vois flamboyoïlos veux rougos lie SCS chiens, cl j'entends leurs aboiements ; la i;raiult' chasse va recommencer, et les trompes infernales vontrelenlir bientôt du N()rd au Midi.
Uéveillez-vousl réveillez-vous, vous tous
FvrsT
KôS
f|ui ave/ peurl ne vous endormez pas, vous <|ni l)routc/. dans les parcs de la servitude ! Hclas! vous avez cru que l'esclavage c'était le repos et ((ue l'avilissement c'était la paix; mais il n'y a pas plus d(! repos pour les esclaves qu'il n'y a de paix pour les lûches l
PARLE, AI»()L0(1UE. (Tof/. Pababolk.) FABLE POÉTIQUE ou Fiction. {Voy, Fic-
FAUST (Jean). — Comme inventeur de rim|trimcrie et comme ayant publié et rén.mdu en Europe les [)reniières éditions de la Bible, Jean Faust mérite d'être mentionné dans le Diclionruwirr de littérature relifjieuse. Son nom appartient d'aillcius h la [)oésied('S légendaires, cl a été popularisé parle drame aIlégori<iue de (loëtlie.
A ré|)0(iuc où nous vivons, il est permis encore de douter si l'invention de l'imjirimerie fut pour l'humanité un bienfait ou un Iléau : toujouis est-il que par le moyen de cet art, l'arbre de la science du bien et du mal secoua ses feuilles sur le monde, et a déjà fait goûter aux nations ses fruiis les plus amers. C'est donc avec une grande raison (|ue la tradition populaire des légendes, toujours si vraie dans ses symboles et si poélKjuc dans ses allégories, a supposé qu'en la personne de Faust l'orgueil humain avait tait alliance avec l'esprit superbe qui nie Dieu.
Dans II légende de Faust écrite par \Vi !mann, que nous donntMons h la suite de <'i't article, il n'est pas [)arlé de l'imprimerie, mais on en décrit les ellels dans les conditions du pacte (jue fait Faust avec Mé|)histo[)hélôs : ainsi le démon s'cnigage h prendre toutes les formes et h obéir au (lo(;teur, môme les formes du génie, même celles de la beauté; il s'engage à venir (piand on l'appellera, h aller où on l'enverra; or n'est-ce pis tout ce que pinit faire l'esprit du mal au moyen de l'imprimerie? Au moyen de celte . lliance, rf,s|)rit de rhoinme peut évoquer li'.s morts ili; leur tombe, et vivre dans la société des anciens, comme nous voyons dans la légende que P'au^l évoqua le fantùme (h; la belle Hélène et vécut avec elle dans les Meus d'un fantastique et criminel amour. Cette explication jette uni! lum ère nouvelle sur la légcmde de Faust, cpi'on ne Il lira pas ici sans inti-réf. et qu oîi peut regarder comme une des plus belle? liclions du génie populaire (jui préside: aux alh'gories merveilleuses et aux fantastiques légcnd s.
l.f'f/rndp (h Fnuxl jmr Wiilinmin, trnduflr m français, au \\\' sirrli\ par l'aima ('injrt.