GRO
— La lune va toujours croissant jusqu'à son plein. A sa décroissance, la lune présente la même ligure : mais alors les pointes du croissant sont tournées vers l'Occident.
— Saint-Amant a dit dun fromage :
Pourquoi toujours s'appetissant De luno, deviout-il croissant?
(Le Fromage.)
— Le croissant, à Rome, était un emblème, emprunté sans doute à l'Orient. Il est encore le symJiolede la foi des Musulmans.
Les Israélites faisaient porter des croissants à leurs chameaux comme ornements.
On croit que les Ghaldéens et l'es Egyptiens ont été les premiers à placer les astres, et particulièrement la lune, parmi leurs divinités.
— Henri II avait pris pour devise, afin de marquer son amour pour Diane de Poitiers, iin croissant avec ces mots : Donec fotum iinpieat orbe m.
Croître, du latin cvesccre, du grec kreas, chair (?).
Croître comme un ciiampignon. On pourrait dire comme cresson, car crçsson vient, comme croître, de cresce?'e{i). (Yoy. cresson.)
Croître comme potiron. M. Flourens déduit de la durée de la gestation et de la durée de l'accroissement en longueur des os des animaux, la durée de leur vie. Cette durée est en raison directe du temps qu'ils mettent à grandir.
iMauAaise herbe croît toujours :
Mauvaise graine est tôt venue.
(La Fontaine.)
Les jeunes gens croissent par les dents. (Proverbe provençal.)
On dit aussi : « Jeune homme en sa croissance a un loup dans la panse. »
Croix, du latin crucem, d'où crucifix, crucifié.
Croix a donné croisade, de la croix que les chrétiens mettaient sur leurs habits pour aller combattre les infidèles.
Ue là aussi croisées.
— Croix de Saint-André, ou de Rourgogne, a la forme d'un X. On la nomme ainsi parce qu'elle fut l'instrument du martyre de saint André.
Croix de Saint-Antoine, a la forme du tau ou T majuscule. Croix dont la tète est supprimée.
Croix de Lorraine, croix à deux traverses. Croix patriarcale, celle des ChevaUers du Temple.
32r) CRO
— Il faut faire une croix à la cliemiuée : se dit d"une chose rare et à noter.
Croix est ici une corruption de croije, qui se dit en provençal pour craie. La clieminée noircie par la fumée, recevait les traits blancs de la craie, pour rappeler un événement important.
Les Italiens disent : Segnnre col carbone hianco. Faire une croix avec un charbon blanc.
Les Latins avaient l'expression : Dles aibo notanda laplUo. Jour à marquer d'une pierre blanche.
— Crela notare : approuver. (Perse.)
— Jouer à croix ou pile : tirer au sort en faisant sauter une pièce de monnaie.
Du temps de saint Louis, les monnaies portaient une croix d'un côté : et de l'autre, deux piles ou piliei-s.
Une ordonnance de Henri II (8 août 15'i2) prescrit de reiuplacer sur les monnaies la croix par l'efhoie du roi.
D'où l'expression « jouer à pile ou face ».
Les Romains pratiquaient aussi ce jeu, et disaient, à cause de l'effigie de leurs monnaies : Caput aut micis. Tête ou vaisseau.
Les Itabens disent : Flore o santo. Fleur ou saint.
Les Espagnols : Castlllo y Léon.
Les Anglais: Klmj, croio. Roi ou couronne.
— Porter sa croix : avoir sa part d'afflictions.
SI quls vult me ^equl, abneget .^enietlpsuni, et tollat cruceni suani. (Ev. saint Marc, YIII. 3i.) Celui qui veut me suivre doit renoncer à lui-même et porter sa croix.
L'expression remonte donc aux origines du christianisme.
— X..., compris dans la nouvelle distribution de croix, a adressé en ces termes à Dieu ses actions de grâces : « Seigneur, ni \ ous ni moi ne l'avons méritée! »
Quand nous serons à cbx, nous ferons une croix. (Molière, Etourdi.) Dans les chiffres romains, X vaut 10.
— Il faut l'aller chercher avec la croix et la l)annière. (Voy. bannière.)
N'avoir ni croix ni pile: comme ni sou ni maille. (Voy.) Voyez : Loger le diable dans sa bourse.
Croquant, nom historique. Homme de condition misérable. Soug Louis XIII, les paysans de Guienne se révoltèrent contre les impôts et s'armèrent de crocs.
Le mot croquant est resté depuis une épithète injurieuse.
ClU) :;27
Croquemitaine, du uoriii.uiiqiio crog, croc, et meljen. peliU' lille{0.'
Dans les pompes religieuses de l'ancienne Rome, et dans les triomphes, on portait des jnonstres mécaniques pour divertir et elTrayer la nuiltitude. De ce nombre était Manducus, le mangeur d'enfants, monstre à tète humaine. (Plante, Rudens, II, scène 6.)
.Les Grecs menaçaient les enfants de la Laniia ou de Mormo. (Yarron, Luigua latlna, liv. VII, 93.)
Dans les temps modernes, Croquemitaine s'est incarné dans Papavoine.
Croquignole, ou nasurde.
Coup qui se donne sur le nez, en lâchant \i\emen( un doigt qu'on a posé sur un autre.
A défaut de six pistoles Choisissez donc sans façon Davoir trente croquignoles Ou (iouze coups de bâton.
(MoLiKRK, Miila'le i/nn y inaire. Inlermèdc.)
Crosse, anciennement croce, dn germanique crog, croc (?).
Bâton recourbé en croc par un bout.
Peut-être du latin crofia (?) croix, à cause de la ressemblance de la crosse à la croix. Les crosses anciennes avaient la forme d'une béquille, ou d'un T, croix de Saint-Antoine.
— La crosse est le bâton pastoral des évêques. C'est le symbole du pouvoir de corriger.
De là l'expression de « crosser » quelqu'un, pour le réprimander. La crosse épiscopale est pointue par le bas et recourbée par le haut.
Curca trahit mites, pars pungit acata rebelles.
— Évéque d'or, crosse de l»ois.
Coquille rapporte ainsi ce proverbe :
Au temps passé, en l'âge d"or, Crosse de bois, évèque d'or ; En ce temps-ci sont d'autres lois :
Crosse d'or, évèque de bois.
(xvimc Siècle.)
A l'origine du chiàstianisme, les évéques recevaient pour crosse, lorsqu'on les consacrait, une houlette en bois, pedam.
Dans la suite, la libéralité des empereurs chrétiens et celle des lidèles enrichit beaucoup les prélats, et détruisit la simplicité primitive. Ce 'qui lit naître le proverbe.