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LOT

« Autrefois, on y courait à cause de la musique. L'archevêque, en l'interdisant, crut rompre la promenade ; il se trompa ; les fidèles promeneurs continuent à traverser le bois de Boulogne pour se rendre à la porte de l'église, où ils n'entrent pas. «

Lorette, nom d'un bourg d'Italie (marche d'Ancône) célèbre par une statue et un sanctuaire de la Vierge.

— Femme galante, à cause du voisinage de l'église Xotre-Damede-Lorette.

Lorgner, du vieil allemand lanern, regarder du coin de l'œil; ou du vieux mot lorgne, qui signifiait louche.

— En langage trivial, celui qui a mauvaise vue s'appelle f«/or//?jc, caliborgne. Il y a aussi Jean Lorgne.

— La lorgnette a pris naissance à Paris, vers IGoO. Le mot vient de l'usage de pratiquer, au milieu de l'éventail, une ouverture garnie d'un verre au moyen duquel les dames voyaient sans être vues.

Lors, du vieux français lores, de l'article et de ores. Lores signifiait : à cette heure.

A formé alors, lorsque.

Losange (voy. louange).

Losange et losanger se sont dits pour louange et louer.

Loterie, de lot : de l'allemand hlos, ou leud.

— Cracher au bassin. (Rabelais, prologue du. liv. IV.) Contribuer malgré soi à certaines dépenses.

Allusion à certaines aumônes que la vanité ou le respect humain oi)ligent à faire en certains cas.

— La première loterie royale fut tirée, en France, en 1660, à l'occasion du mariage de Louis XIV.

Supprimée en 1793, elle fut rétabUe sous l'Empire et la Restauration, et abohe délinitivement sous Louis-Philippe, l^r janvier 1839.

— Loteries de charité : bienfaisance à la tire.

Lotir, dérivé de lot.

La voilà bien lotie ! se dit ironiquement d'une tille mal mariée. Piron écrivit au bas d'une gravure représentant Loth et ses tilles : « Les voilà bien loties ! »

Boufllers a fait ainsi l'épitaphe de Loth:

11 but.

Il devint tcMuire, Et puis 1! fut Son gendre.

Louange, dérivé de louer: latin laudare.

Losange s'est dit autrefois pour louange.

Losanger signifiait ilatter, louer avec intention de duper: il se rapproche de blasonner, cpii signifiait louer et blâmer.

Losange appartient à la langue provençale où le d se clumge en s ; laudare, lausar.

Par dons aucuns, ne pour losanijes,

(GuiAKD.)

Lausamiicrs ni mal iiarlaire.

■^ (U. ,.. .\I„;ava,J

— Lalande disait : « Je suis une toile cirée pour les injures, et une éponge pour les louanges. »

Le refus de la louange est le désir d'être loué deux fois. (La Rocliefoucauld.)

Venari laudem modesN'w. (Ad Ilerennluni.) Pourchasser les éloges par une feinte modestie.

— Savourer la louange : boire du lait (trivial).

— On louait quelqu'un de plusieurs vertus qu'il n'avait pas : « .le ferai mon possible, dit-il, pour vous empêcher de mentir. »

Louche, du latin lusruni ; d'où loucher.

Synonyme : Regarder en Picardie pour voir si la Champagne l)rùle. Les anciens disaient : Tourner un œil en Carie et l'autre en Chalcédoine. (Aristophane, Chevaliers.)

— Une alîaire louche.

Louer, du latin laudare.

Intus sibicanere (Cicéronj : Se chanter ses propres louanges. Aimez (|n"on ^ uns conseille, et non pas quon vous loue.

(BoiuEA.:.)

Qui se loue, s'emboue : laus propria sordet. Autrefois gorrer, se louer; faire acte de porc (gorret). On a dit desloer pour blâmer.

Ctie que tu asloé a\ant, Ne va pas aprez desloant:

C/dv cliinz est fols ([ui cose loe Et puis après si le desloc.

{Distiques de Caton.)

— Dieu soit loué ! exclamation d'actions de grâces.

— Louer à bail (du latin loeare, et non de loier. pour lier, se lier par contrat : ligure).

Autrefois loer, lover.

Loup, du latin lupum.

De lupum est vomi lupanar, mauvais lieu ; tandis que louve a donné Louvr^eCl).

De là loupenr, fainéant adonné aux mauvais pendiants.

— Espèce sauvage, du genre cliien, à museau allongé, à oreilles droites.

Cet animal, par la guerre qu'il fait à nos bergeries, a toujours été très redouté. Le soin de le détruire était confié autrefois à certain grand officier de la couronne, appelé grand louvctier ; charge supprimée en 1769, et qui est aujourd'hui dans les attributions de ladministration forestière. Il est accordé par chaque tète de loup, des primes variant de 12 à 18 francs.

— Le loup, le seul carnassier de nos forêts, doit sa détestable réputation moins à sa férocité réelle qu'à son privilège d'exercer son emploi sans partage. Si la Providence l'avait pourvu de deux ou trois doublures, l'opinion puljlique cesserait de le voir en vedette sur l'afliche des réfractaires de la civilisation.

Le haro contre le loup est unanime et date de loin. L'antipatliie dont il est l'objet a donné lieu à une foule de proverbes assez curieux.

En revanche, il était en grande vénération chez les Égyptiens. A Lycopolis, ville de la Thébaïde, sur la rive gauche du Nil (aujourd'hui Syouth), on l'honorait parce qu'Isis avait pris la forme de cet animal pour combattre contre Typhon.

Chez les païens, le loup était consacré à Apollon et à Mars. Il fut longtemps sur les enseignes des Romains, et la louve était le symbole de Rome, qui faisait frapper son effigie sur les monnaies.

— Un retrouve le mot loup dans leu et lu.

A la queue leu leu, c'est-à-dire en marchant à la file, loup après loup.

Huluberlu est proi)ablement composé de hurle loup et berlue.

L'argot niarlou, pour marloup (loup mâle), proxénète, entretenu par la louve ou prostituée (Desgrieux de bas étage).

Loubet, Louvel, Heurteloup, Dupanloup, Pasdeloup. sont autant de composés de loup.

— Manger comme un loup. Le loup est, en elîet, un des grands mangeurs de la création. Mais il faudrait dire, par compensation : jeûner comme un loup ; car, si son estomac peut ai)Sorber beaucoup, il a aussi la faculté de s'abstenir plusieurs jours de tout aliment.

On dit, dans le Berry, que le loup est neuf jours badé et neuf jours barré : ce qui signifie que pendant neuf jours, il a la raàclioiro liljre, et mange tout ce qu"il trouve, et que, pendant les neuf jours suivants, il ne peut desserrer les dents et se trouve obligé de jeûner.

De là l'expression : faire un repas de loup, c'est-à-dire manger beaucoup, manger pour neuf jours. (Laisnel de la Salle.)

— Les loups ne se mangent pas entre eux. Ce proverbe ment, comme tant d'autres, car les loups se mangent les uns les autres.

Les liommes en font autant d'une autre façon : Homo /tomini lupus.

Le chien se conduit mieux : Cunis caninnm non est. Le chien ne mange pas de chair de chien. (Yarron.)

— La faim fait sortir le loup du bois. C'est très exact. Le seul moyen de l'empêcher de sortir, serait de lui porter son dîner.

Le besoin de vivre est le plus impérieux de tous: il contraint l'homme à travailler.

Les anciens disaient : Venter ingenii largttor. Nécessité lingénieuse.

— Qui se fait brel)is, le loup le mange; vérité peu honora lile pour notre espèce.

— Qui se fait brebis, le loup le ravit. (G. Meurier, xvi^ siècle.)

11 ne faut pas imiter la brebis, timide et sans énergie, et par cela même, victime de la méchanceté du loup. La bonté doit s'appuyer sur la force : il ne faut manger personne ; mais il ne faut pas non plus, par faiblesse, se laisser manger.

— Brebis comptées, le loup les mange. 11 mange encore plus certainement celles qu'on ne compte pas.

Ce proverbe se trouve dans les anciens recueils, sous une forme plus juste : « De brebis comptées en mange bien le loup. » Cela veut dire que, malgré l'ordre que l'on met dans ses comptes, il y a encore bien de l'imprévu.

— Enrhumé comme un loup. Dans le Berry, on croit que si le loup qui vient enlever un mouton voit la bergère avant d'en être vu, à l'instant même la voix de la bergère devient rauque. Il n'en est rien si elle aperçoit le loup la première. C'était un préjugé romain. (Virgile, Ér/Uxjue, III.)

...Vox quoque Moerim Jam fufjit ipsa : lupi Moerim v'ulere priorcs.

— Il faut hurler avec les loups. Il faut faire connue ceux avec qui l'on vit.

LOU 6Go

Il faut se ,Q:arder de prendre ce conseil à la lettre ; il serait mau- A ais. Mais il s'agit ici simplement de se conformer aux usages, aux mœurs ; de ne pas lieurtei- les opinions, même les préjugés, des gens avec qui l'on est obligé de vivre. Il est, en effet, beaucoup plus simple et plus facile de s'accommoder aux manières des autres que de les plier aux siennes.

Les bommes faibles burlent avec les loups, braient avec les ânes, et bêlent avec les moutons.

— Enfermer le loup dans la bergerie.

On peut affirmer qu'au sens propre, le fait ne s'est pas produit souvent ; il n'en est pas de même au figuré.

Oinm lupo commisi.sti.

(Tkrexce, Eunuque.)

ïbomas disait de Florian : « J'aimerais assez ses bergeries, s'il y mettait des loups. »

— Connu comme le loup blanc. Un loup blanc est un vieux loup, que ses nombreux méfaits ont rendu célèbre depuis longtemps.

— Il ne faut qu'un coup pour tuer le loup.

— Entre cbieu et loup. Proverbe réaliste qui signifie que, si le cbien rentre quand le jour tomJje, le loup attend, pour quitter sa tanière, que les ténèbres soient épaisses. C'est le moment du crépuscule, où Ton ne saurait distinguer un chien d'un loup, un fil blanc d'un fil noir.

Obscura jam luce. (Tite-Live.)

La locution, très ancienne, se trouve dans Marculfe, au vii<^ siècle : Inter canem et lujmm.

Lorsqiril n'est jour ne nuict, quand le vaillant berger. Si c'est un chien ou loup ne peut au vrai juger.

(Baïf, FraniHiie, 1.)

— Jamais loup n'a connu son père. Ce proverbe se rapporte à la locution : à la queue leu leu.

{Leu est la prononciation picarde de loup. L'église Saint-Leu, à Amiens, comme à Paris, est dédiée à saint Loup.)

On prétend que, lorsqu'une louve est en cbaleur, tous les loups (pi'elle rencontre la suivent, en se plaçant à la queue l'un de l'autre. A la fin, elle se livre au plus laid, qui est dévoré par les autres.

— Quand on parle du loup, on en voit la queue. Proverbe tri\ial, qui s'applique à l'arrivée subite d'une personne qui faisait le sujet d'une conversation.

En lupui in fabula.

(Térkxce, Adelp/tes, IV, I.)

(C'est le loup dans la conversation.) Cela signifiait qu'en parlant du loup, on s'exposait à le voir paraître.

Aujourd'hui, lorsqu'on veut être poli, on dit : « Quand on parle du soleil, on en voit les rayons. »

— Tenir le loup par les oreilles. Les anciens supposaient au loup les côtes placées en long, ce qui l'empêchait, croyaient-ils, de se replier sur lui-même. Ils en concluaient qu'on ne pouvait être mordu en le tenant de la sorte.

Il est plus prudent de ne pas tenter l'épreuve.

Le passage suivant de Térence semble indiquer que les anciens donnaient à ce proverbe le sens de craindre le péril de tout côté.

hiimo, id quod aïunl, auribus teneo lupuiit,

Nam neque quomodo a me amittam invenio, •

Neque nii retineam scio.

(P/iormion, III. 2.)

(Oni, je tiens, comme ou dit, le loup par les oreilles, également en peine de le lâcher ou de le retenir.)

Pourtant ne m'est pareil estrit comme si le loup tenoys par les aureilles, sans espoir de secours aulciin. (Rabelais.)

— Avoir vu le loup. Dire d'une jeune fille qif « elle a vu le loup », équivaut à dire qu'elle est une louve.

Les Romains appelaient /upa, une femme prostituée, et lupanar la maison qu'elle habitait.

N'avez-vous jamais vu le loup ? (Théâtre italien, Atten(te::-mol sous Corme.)

Loup-garou, de l'anglo-saxon vere wolf. homme loup : vieux français (jarol.

Au figuré, homme bourru et fantasque, qui vit seul.

Le loup-garou est un être imaginaire, auquel le peuple attribue des instincts malfaisants. Il ne se montre que la nuit.

Pline se moque de ceux qui croient aux loups-garoiis.

Les médecins appellent lycanthropie la monomanie qui consiste à se croire transformé en loup.

Fincelius raconte qu'en 1541, un homme qui avait été arrêté comme dangereux, soutint obstinément qu'il était loup. Seulement, ajoutait-il, le poil de la bête est en dedans.

Les Latins appelaient versipellis les sorciers qui avaient le pouvoir de changer de peau. (Yendel-Helme. Revue des Deux-Mondes, 1861.)

— Meneux de loups. Sorcier qui a la puissance de fasciner les

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