FORMULES
On emploie la pommade :
Calomel à la vapeur 1 gramme.
Axnnfïe . 30 id.
(Hôp. du Midi.) Pour les plaques muqueuses des orifices :
Deiitoxvdf rte mereure 2 grammes.
Axonge 30 id.
(;amplire . "10 eentigrammea .
(Biett.)
Pour les plaques muqueuses anciennes :
Préoiinté Mano 20 centigrammes. '
Cérat opiacé 5 grammes.
On saupoudre les ulcérations uniques avec la poudre ;
Calnmel on oxvde rte zinc 1 gramme.
Sucre. . . . .' 2 id.
On emploie en lotions la solution :
Suhlimi- tO centigrammes.
Eau distillée 250 grammes.
Alcool 8 id.
(Hôp. du Midi.)
Contre les plaques muqueuses végétantes.
On varie le véhicule de cette solution qui est le type des lotions de sublimé.
On donne le gargarisme :
Décoction de ciguë et morelle 250 grammes.
Deutoclilornre de mercure 10 centigrammes.
(Ricord.)
Lorsqu'il y a des ulcérations profondes de la gorge et de la langue, suite de plaques muqueuses, on fera fumer les cigarettes mercurielles :
Proto-nitrate de mercure 1 gramme.
Ea\i distillée 20 id.
Acide nitriiurc 1 id.
Dissolvez dans l'eau acidulée, imbibez du papier non collé, faites des cigarettes dont on aspirera six à dix gorgées par jour, et s'il y a des ulcérations dans le nez on fera rejeter la fumée par le nez.
Toutes ces préparations mercurielles agissent comme caustiques localement.
Contre les plaques muqueuses de la vulve et de la verge on a employé :
Eau 100 grammes.
Nitrate d'argent 1 il 5 grammes.
Les lotions avec le percldorure de fer au trentième, une fois par jour, pur ou étendu de moitié d'eau.
Les cautérisation journalière avec la solution de nitrate d'argent.
On a aussi employé le tartrate ferrico-potassique. V. Chancres.
PIjATII^E. Métal peu employé en médecine, cependant son perchlorure a été administré à la dose de 10 centigrammes, en pilules ou en potion, par Hœfer dans lesnaa-J, ladies syphilitiques I
PLESSIMÈTRE. Petite plaque ovale d'ivoire ou de
PLÉT
PLEU
métal, garnie d'une oreille à chaque extrémité, et imaginée ipar M. Piorry pour faciliter la pratique de la percussion (V, ce mot). Un des bords de cette plaque est droit et porte gravé l'indication de quelques centimètres et millimètres pour mesurer exactem.ent l'étendue de la matité des organes.
PLÉTHORE OU POLYÉniE. La pléthore est ime nosohémie dans laquelle il y a augmentation de la masse du sang, et quelquefois accroissement du chiffre des globules (Leeuvenhoek, Haller, Martine et Robinson, Andral jet Gavarret, Becquerel et Rodier).
I On ignore le chiffre exact de la masse du sang de l'homme, et cependant, par suite d'observations comparatives, on reconnaît très- bien qu'un individu a proportionnellement (plus de sang qu'un autre, qu'il en a plus qu'il n'en doit lavoir, eu égard à son volume, ce qui constitue la pléthore.
Il y a une pléthore globulaire quand le nombre des globules augmenté s'élève de 130 à 154 millièmes, et une pléthore séreuse lorsque sans augmentation appréciable des globules rouges l'eau du sang se trouve augmentée.
La pléthore globulaire, également appelée pléthore, est l'attribut des tempéraments sanguins ou des constitutions fortes ; elle est la conséquence d'ime alimentation animale fortifiante, tandis que la pléthore séreuse ou fausse pléthore résulte de la nourriture insuffisante ou mauvaise, de la grossesse, du mauvais état de la constitution, des héjmorrhagies abondantes, de la chlorose et des cachexies, Iquelle que soit leur nature.
Dans là vraie pléthore, dite globulaire, il y a ime surabondance de vie que caractérise la coloration du visage et des téguments, animation des traits, la résistance au Froid, la plénitude et la force du pouls, et dans quelques :as les bouffées de chaleur au visage, céphalalgie, la pesanteur de tête, les bourdonnements d'oreille, les bluettes, es vertiges et les étourdissements plus ou moins pénibles ivec hémorrhagies nasales ou hémorrhoïdaires.
Dans la fausse pléthore ou pléthore séreuse, la coloraion du visage et des muqueuses est moins rouge, mais es accidents de congestion cérébrale, tels que céphalalgie bluettes, étourdissements, vertiges, sont absolument les inêmes, et il n'y a pas jusqu'aux hémorrhagies nasales, jilérines et pulmonaires qui ne s'y produisent avec autant Ile facilité.
La vraie pléthore est la cause d'un grand nombre d'hénorrhagies, surtout de l'épistaxis chez les enfants et de 'apoplexie chez les adultes et les vieillards.
Il y a une pléthore innée et une pléthore acquise, mais a première est la meilleure.
Avec la pléthore vraie existe assez ordinairement une lisposition très-prononcée à la fièvre éphémère.
Thérapeutique. — La vraie pléthore doit être combattue )ar un régime peu substanliel dans lequel la viande est issociée en petites proportions aux légumes verts ou aux ruits de la saison, et par des émissions sanguines locales lu générales en rapport avec la force des malades et les iccidents de congestion qu'ils éprouvent.
Le vin pur, l'eau-de-vie, le café, le thé et les liqueurs loivent disparaître du régime des pléthoriques. [ Une saignée du bras de temps à autre, ou chaque mois louze sangsues à l'anus préservent le pléthorique des conjestions qui le menacent.
Le pléthorique doit prendre une purgation deux ou trois OIS l'an et agir de façon |à entretenir (constamment la li- )erfé du ventre.
Éviter les bains trop chauds ou trop froids, les lieux trèséchauffés et les grandes réunions, les salles de bal et de spectacle, l'action directe des rayons solaires sur la tête, les violents exercices et les efforts qui peuvent produire accidenteUement la congestion du cerveau, telle est l'hygiène des personnes atteintes de pléthore.
La fausse pléthore et ses accidents augmentent toujours par les saignées, et guérissent au contraire par la nourriture animale surabondante, les ferrugineux et les toniques.
PLEURÉSIE. L'inflammation de la plèvre avec ses exsudations fibrineuses et son épanchement de sérosité constitue la pleurésie.
Il y a une pleurésie aiguë et une pleurésie chronique, une pleurésie primitive développée sur un sujet bien portant, et une pleurésie secondaire se manifestant chez un sujet atteint de [pneumonie, [de tubercules pulmonaires (pleurésie tuberculeuse), de rhumatisme, de scarlatine, etc.
La pleurésie est une affection rhumatismale qui se développe ordinairement sous l'influence du froid.
On voit assez souvent la pleurésie se développer en même temps que l'inflammation du poumon, ce qui constitue la pleuro-pneumonie.
Des malaises, de l'inappétence, un peu de fièvre, de la gêne dans les mouvements respiratoires, une douleur de côté et de la toux avec expectoration blanchâtre écumeuse annoncent une pleurésie aiguë.
Une vive douleur de côté, accompagnée de fièvre et d'expectoration spumeuse, indique le début d'une pleurésie.
La dilatation d'un côté du thorax et l'immobilité des côtes, l'absence de vibration des parois thoraciques lorsque le malade parle, la matité et l'absence du murmure respiratoire, caractérisent la pleurésie (Laennec).
Un bruit de frottement dans un côté du thorax annonce le début ou la fin d'une pleurésie.
Le souffle bronchique (Laennec), quelquefois amphorique(Landouzy), et l'égophonie (Laennec), annoncent une pleurésie de moyenne intensité avec épanchement peu considérable.
La matité de tout un côté de la poitrine en avant et en arrière, avec absence de tout bruit respiratoire, indique que toute la plèvre correspondante est remplie de liquide.
Dans la pleurésie avec épanchement de moyenne quantité, en même temps qu'il y a de la matité en arrière du thorax, il y a souvent une résonnance tympanique sous la clavicule correspondante, et cela est dù à la dilatation des vésicules pulmonaires.
Les épanchements pleurétiques considérables qui siègent dans le côté gauche déplacent le cœur et le refoulent à droite en comprimant les gros vaisseaux.
Il y a des sujets qui ont un point de côté auquel ils ne font aucune attention, avec lequel ils se promènent et mangent comme d'habitude, jusqu'au jour où la fièvre et la gêne de la respiration les obligent à consulter un médecin qui reconnaît à l'instant l'existence d'une pleurésie latente.
Dans la pleurésie aiguë il se fait une exsudation fibrineuse plus ou moins épaisse de la plèvre pulmonaire et pariétale, des adhérences entre les deux feuillets de la séreuse, et un épanchement de sérosité ordinaire, variant de 50 à 500 et 1500 grammes dans la cavité pleurale.
11 n'y a quelquefois dans la pleurésie qu'une simple ex-
PLEU
PLEU
sudation librineuse, sans épanchement de liquide, c'est ce qui constitue la pleurésie sèche, et on la reconnaît au frottement pleurétique qui accompagne une douleur de côté.
La pleurésie qui passe à l'état chronique voit souvent l'épanchement de sérosité ordinaire se convertir en pus et occasionner tous les phénomènes de la fièvre hectique.
Quand les fausses membranes de la plèvre s'organisent par la formation de capillaires nouveaux, et que la sérosité extravasée se résorbe graduellement et disparaît, on dit que la pleurésie entre en résolulion.
La pleurésie dans laquelle il y a réplétion complète de la cavité pleurale, avec matité de ce côté du thorax, amène souvent la mort subite par syncope, sans que la gêne des mouvements respiratoires ait pu faire prévoir ce résultat.
La fièvre et l'amaigrissement des malades atteints de pleurésie déjà ancienne indiquent un épanchement de pus dans le thorax.
Il n'est pas rare d'observer la pleurésie sans fièvre, sans malaises, sans gêne de respiration et sans douleur, soit que le mal ait débuté sous cette forme chronique, soit qu'il l'ait acquise après quelques jours de durée. C'est la pleurésie latente.
La pleurésie gauche qui refoule le cœur est beaucoup plus souvent mortelle que la pleurésie droite.
Il y a danger de mort chez les pleurétiques lorsque la respiration est petite et fréquente, le visage pale et bouffi, le pouls accéléré, et que la conversation occasionne un essoufflement visible avec respiration entrecoupée.
La pleurésie chez un sujet qui tousse habituellement, qui jadis a craché du sang, est symptomatique des tubercules du poumon.
Un phthisique qui est subitement pris d'une douleur permanente de côté a probablement une déchirure de la plèvre, occasionnée par la rupture d'une caverne tuberculeuse, et il en résulte une pleurésie avec pneumothorax, caractérisée par le tintement métallique et parle bruit de flot quand on secoue les épaules du malade V. Hydropneumothorax.
Thérapeutique de la pleurésie aiguë. — Quoique rangée dans les maladies aiguës, la pleurésie offre rarement beaucoup de fièvre et de réaction inflammatoire. Elle est insidieuse et se montre très-souvent à l'état chronique.
La pleurésie aiguë doit être combattue par les saignées générales et par les sangsues ou les ventouses scarifiées s'il existe un point pleurétique. Une ou deux saignées, une ou deux saignées locales par les sangsues ou par des ventouses scarifiées, voilà ce qui réussit le plus ordinairement.
Avec la saignée, il faut prescrire la diète, le repos au lit, les tisanes émollientes, les potions héchiques calmantes, destinées à modérer la toux et à provoquer le sommeil.
Au bout de quelques jours, quand l'épanchement est formé et que le pouls est peu fréquent, il est bon de mettre un large vésicatoire volant sur le devant de la poitrine, puis, trois jours après, un second, un peu en dehors, du côté affecté, puis tous les jours un nouveau vésicatoire pendant la durée de la pleurésie, jusqu'à concurrence de six ou sept. On revient nécessairement à mettre un de ces emplâtres à une place déjà antérieurement vésiquée, mais peu importe ; quand un vésicatoire est sec, on peut immédiatement en placer un autre au même endroit.
A l'intérieur, je fais prendre quelquefois des diurétiques, le nitrate ou acétate de potasse, la teinture de scille, de
digitale ou de colchique. Cette dernière, à vingt ou trente' gouttes, agit également comme léger purgatif.
Laennec donnait le tartre stibié, comme dans la pneumonie, dans une potion, et à la dose de 20 ou 25 centigrammes.
Alcoolature de bryone. — 1 à 2 grammes pour 115 grani-l mes d'eau sucrée. A prendre par cuillerées, tous les jours, ;
— après avoir donné un vomitif, si les malades ont de ! l'embarras gastrique. (Despiney).
Infusion d'arnica. — k grammes par litre d'eau, tousi les jours.
D'autres médecins donnent le calomel uni à l'opium, la dose de 20 ou 30 centigrammes par jour pour 5 centigrammes d'extrait thébaïque.
Thérapeutique de la pleurésie latente. — Quand la pleurésie est latente, insidieuse, et n'offre pas beaucoup de réaction fébrile, il n'est pas nécessaire d'avoir recours i la déperdition du sang et il faut agir surtout par les vomitifs, les purgatifs, les diurétiques et les vésicant; cutanés.
Au bout de quinze ou vingt jours de diète, alors qut l'épanchement est encore considérable, les malades tourmentent beaucoup pour manger. Ces demandes constituer) souvent un embarras très-grand pour le médecin, qui es indécis de ce qu'il doit faire et qui n'ose donner des ali ments à un sujet malade et qui a de la fièvre. — Il fau résister autant que possible, mais cependant à cette époqui de la maladie on peut, si l'appétit est vif, céder et donne des aliments. Il n'y a pas une seule maladie aiguë dans la quelle on puisse, comme dans la pleurésie, donner à man ger aux malades sans trop d'inconvénients pour' eux
— J'ai vu quantité de malades, tourmentés par la faim sortir de nos hôpitaux avec des épanchements pleurétique encore considrables, aller manger chez eux et cependaa guérir de leur maladie. Beaucoup sont morts sans doul aussi à la suite de ces imprudences ; mais enfin, ce qu je voulais étabhr est parfaitement exact, et d'ailleurs asse commun, c'est qu'on peut nourrir, mais avec précautioi les sujets arrivés à une certaine période de la pleurésie
Traitement de la pleurésie chronique. — Dans la pieu résie chronique, qui succède à la pleurésie aiguë, ou qi débute ainsi d'emblée, ou qui est le résultat de produil morbides développés dans le poumon, les saignées soi; rarement indiquées. — S'il existe un point pleurétique, faut le combattre par des ventouses scarifiées ou par de sangsues. Si les malades sont trop faibles, il faut, au con traire, mettre une petite mouche ammoniacale ou un pet vésicatoire volant, et panser avec 2 à 5 centigrammes d sulfate de morphine. La douleur cesse quelquefois à l'it stant.
En outre, il faut donner aux malades des tisanes émo lientes et pectorales, des potions adoucissantes et narco tiques.
Les vésicatoires volants, les petits moxas, les séton.' les frictions avec la pommade stibiée, l'huile de croton t glium, Vemplàtre de proto-iodure de mercure, une parti pour 8 parties à! onguent citrin, trouvent ici une heureuf application.
Si l'on emploie l'emplâtre mercuriel il faut le relever d temps en temps pour voir l'état des parties et on le renoi velle tous les huit jours.
Les révulsifs intestinaux, et particulièrement les purge tifs fréc/uemment répétés, doivent être prescrits dans cet circonstance aussi souvent et aussi longtemps que le pei mettent la constitution, la force et l'état local des malade:
PLELi
l'J.EU
Indications thérapeutiques tirées de t abondance de l'épanchement. — Dans le cas de pleurésie aiguë ou chronique, lorsque l'épanchement est très-considérable ou immobile, c'est-à-dire d'une lenteur désespérante de résorption, on a songé à évacuer le liquide renfermé dans les plèvres à l'aide d'une opération chirurgicale. Cette opération a pour nom empyéme ou thoracocentésc. Elle est d'une pratique facile, et il ne faut pas négliger de la pratiquer quand on en trouve l'indication.
Mise en honneur par Hippocrate, cette opération a été pratiquée par ses disciples et parles Arabes. Elle a ensuite été délaissée et remise en vogue au xviii'^ siècle et au nôtre, par Drouin, Morand, Récamier, Laennec, Faure, Cruveilhier, Hughes, J. (^luérin, Bourgery, Sédiliol, et par MM. Reybard et Dieulafoy, qui ont perfectionné le manuel opératoire delà manière la plus satisfaisante. C'est le procédé Dieulafoy qu'il faut employer si l'on veut rendre la Ihoracocentèse une opération inoffensive par elle-même et utile aux malades. C'est ce procédé qu'on emploie généralement aujourd'hui.
Dans la pleurésie aiguë, quand l'épanchement est à gauche, et très-considérable, donnant une matité absolue en arrière et en avant, et surtout au sommet de la poitrine ; quand le cœur est déplacé à droite, que les malades sont pâles et en apparence anémiques , que la respiration est courte et fréquente, il faut opérer, car ces malades peuvent mourir subitement en se tournant dans le lit.
Dans la pleurésie à droite, on peut différer davantage, parce que le cœur n'est pas déplacé et que la circulation cardiaque reste plus longtemps facile.
Néanmoins, quand l'épanchement est très-considérable et accompagné de matité au sommet, avec respiration courte et fréquente, ce qui est une menace de suffocation, il faut opérer.
Dans la pleurésie chronique, c'est quand l'épanchement reste stationnaire, et ne semble pas se résorber en quelques semaines, qu'il faut recourir à la thoracocentésc.
Enfin, dans la pleurésie purulente, l'épanchement ne peut se résorber, empoisonne les malades, il faut encore les opérer.
Autrefois on ouvrait le thorax sans précaution avec le fer rouge, avec une lancette, avec un bistouri, par une incision de 6 à 8 centimètres, c'était l'opération de l'empyême. Je ne décrirai pas ces procédés qui doivent être à jamais proscrits de la pratique. La ponction de la poitrine à l'aide d'un trocart arrangé , de façon que l'air ne puisse pénétrer dans les plèvres, est le seul procédé qu'il convienne d'employer.
On a un petit trocart dont la canule est uniforme et à son extrémité libre, se trouve fixé un cylindre de baudruche préparée et mouillée. — La tige du trocart étant dans le tube, on a donc l'instrument qui sert à la ponction. Si l'on retire la tige, reste une canule d'où pend un canal souple de baudruche mouillée pouvant laisser couler un liquide, mais pouvant s'aplatir par la pression atmosphérique et boucher l'orifice externe de la canule. C'est là tout ce qu'il faut. Tout à l'heure, je ferai voir en quoi cette disposition heureuse est indispensable au succès de l'opération.
C'est entre la cinquième et la sixième côte, en les comptant par en bas et au niveau d'une verticale tombée de l'aisselle, qu'il faut faire la ponction.
Alors on remarque cet espace, puis on fait remonter et glisser la peau en la tirant par en haut, à l'aide d'un pli qu'un aide doit maintenir. Sur cette peau ainsi remontée par glissement, à l'endroit indiqué on fait une ponction
BOOCHUT ET DESPBÉS, — 2' édïl.
superficielle à l'aide d'une lancette pour admettre la pointe du trocart.
On met le trocart dans cette plaie et l'on presse fortement en rasant le bord supérieur de la neuvième côte, de manière à éviter l'artère intercostale ; une sensation de résistance vaincue annonce qu'on a pénétré dans la plèvre. En retirant la tige du trocart, le liquide renfermé dans la plèvre s'écoule au dehors. A chaque expiration, le flot est plus rapide et il diminue dans l'inspiration. Ce phénomène est d'autant plus marqué qu'il reste moins de liquide dans la poitrine. Lorsque l'épuisement est presque complet, l'air tend à rentrer dans la cannle à chaque inspiration, mais la baudruche mouillée qui sert de soupape ferme son orifice, et pas une bulle d'air ne peut pénétrer dans la cavité pleurale. A ce moment, le malade tousse vivement.
On retire alors brusquement la canule en laissant glisser la peau qu'on avait remonté par im pli ; on presse doucement sur elle et l'on essuie la blessure cutanée qu'on ferme avec du taffetas d'Angleterre. Cette petite plaie descendue ne correspond plus alors au trou fait dans la plèvre, et le parallélisme est ainsi détruit de manière à empêcher l'entrée de l'air dans la poitrine.
On peut retirer ainsi tout le liquide en une fois, et la résonnance de la poitrine revient avec la respiration qui se fait entendre de nouveau, mais il vaut mieux y revenir deux ou trois jours après. On peut aussi faire trois ou quatre ponctions.
Cette opération, pratiquée comme je viens de la décrire, n'a par elle-même aucun danger, elle ne détermine pas d'accidents inflammatoires et n'ajoute pas aux dangers de la maladie. Elle est facile à exécuter. 11 ne faut donc pas hésiter pour la faire toutes les fois qu'on en trouvera l'indication dans l'une des circonstances formulées ci-dessus. V. Thoracocentèse.
Au lieu de cette simple ponction avec un trocart ordinaire garni de baudruche mouillée, on peut faire la succion avec l'aiguille creuse de l'aspirateur pneumatique (fig. 563). C'est la même chose comme résultat.
Traitement de la pleurésie purulente.
Quand la pleurésie simple s'est transformée en pleurésie purulente ou qu'elle a débuté d'emblée sous cette forme, la thoracocentèse est inévitable. Celle qui se pratique par trocart ordinaire est encore la meilleure. Elle laisse écouler le pus, mais n'en tarit pas la source; celui-ci se reproduit et il faut recommencer.
Le pus se forme de nouveau après chaque ponction, il coule par l'ouverture et il ne tarde pas à produire une fistule thoracique. — Alors on met une canule de caoutchouc dans la plèvre et l'on injecte de la teinture d'iode autant de fois que cela est nécessaire.
Thoracocentèse par ponction et drainage de la plèvre.
\ la ponction par le trocart, servant de guide à l'introduction d'une sonde de caoutchouc dans la plèvre pour l'évacuation du pus et pour des injections dont le liquide devait nécessairement ressortir par l'ouverture d'entrée, est venu s'ajouter un nouveau perfectionnement, qui est le drainage du foyer pleurétiquc imaginé par Chassaignac.
Ce procédé s'exécute au moyen d'un long trocart courbe, dont le dard présente un cran destiné à recevoir l'extrémité du drain de caoutchouc, perforé de distance en distance. Dans le milieu du cinquième ou du sixième espace intercostal, on enfonce le trocart dans la plèvre, et, comme il est long et courbe, on le fait ressortir dans le même espace à 6 ou 10 centimètres de distance. Quand la pointe est dehors, on y accroche le drain, et, laissant la canule en
PLEF
PLEU
place, on tire le dard qui allonge le drain, l'entraîne avec lui et le fait sortir par l'autre extrémité de la canule. Cela étant fait, on retire la canule à son tour en ayant soin que le drain ne sorte pas, et l'on a ainsi une sorte de séton creux formé par le drain de caoutchouc vulcanisé. Par le conduit s'écoule le pus, et l'ony peut faire des injections iodées ou chlorurées qui ressortant comme dans une irrigation ordinaire. Dans ce procédé, le thorax a deux ouvertures fistuleuses au lieu d'une, mais le but est rempli comme dans le cas précédent.
J'ai employé ce moyen. 11 ne m'a pas réussi, car la sortie du pus ne se faisait] pas régulièrement, et ce liquide prit une odeur très-fétide. Je dus agrandir une des ouvertures avec le bistouri, comme dans l'empyème par incision hippocratique, mais la suppuration conserva ses mauvaises qualités, et le malade succomba.
Ponction et hivagc de la plèvre avec un siphon.
Au drainage de la plèvre, qui permet le lavage de la cavité pleurale et l'écoulement presque continu du liquide, Poiain a substitué un perfectionnement nouveau qui est aussi un progrès.
Fig. 562.
C'est une sorte de siphon par lequel coule sans cesse l'eau iodée, phéniquée ou chlorurée, que l'on destine à laver la cavité pleurale. Mais ici on détermine une ouverture fistuleuse de la plèvre, et c'est ce qu'il faudrait éviter.
L'appareil se compose de deux longs tubes de caoutchouc flexibles AA, unis à l'une de leurs extrémités, par lesquelles ils s'ouvrent tous deux dans un tube de verre effilé à l'un de ses bouts : cette soudure E donne à l'appareil la forme d'un Y. Les tubes sont inégaux ; le plus long A est muni d'une couronne de plomb qui sert à le retenir au fond d'un réservoir rempli d'eau ou de liquide désinfectant a kQ', lequel doit être situé plus haut que le malade. Le second tube, plus court A', pend le long du lit et plonge
dans un vase à demi plein d'eau tiède; deux pinces à pression continue BB' sont annexées à cet appareil. Lorsque l'on veut user de ce moyen, à la canule du trocart introduite par ponction dans la poitrine, on substitue un tube de caoutchouc de même calibre et l'on retire la canule. Ce tube est fixé aux parois thoraciques par une rondelle de caoutchouc qu'il traverse en son centre et qui est maintenue adhérente à la peau à l'aide du collodion médicinal ; son extrémité extérieure est fermée par une pince à pression continue.
Si on veut laver la plèvre, après l'écoulement du liquide purulent, voici comment on procède : on introduit l'extrémité effilée du tube de verre dans le tube pleural, on place l'extrémité du long tube de verre dans le liquide à injection chaud, et celle du plus court dans le vase inférieur ; on laisse le tube pleural fermé, on laisse ouverts les deux grands tubes, on pratique l'aspiration à l'extrémité du tube le plus court (tube d'écoulement), et le liquide du vase supérieur s'écoule de lui-même parle mécanisme du siphon. Si l'on ferme alors, à l'aide d'une pince, le tube d'écoulement, et que l'on ouvre le tube pleural, le liquide se précipitera dans la cavité thoracique; lorsque 300 à ZiOO grammes de liquide auront été ainsi injectés, on fermera le tube qui amène le liquide du réservoir et on ouvrira celui qui sert à l'écoulement. Aussitôt le liquide mélangé du pus qui remplissait la poitrine s'écoulera dans le vase inférieur, la couche de liquide qui y existe préviendra l'entrée de l'air en cas de non-fonctionnement de l'appareil. En répétant cette manœuvre cinq ou six fois, la poitrine sera bien lavée, le liquide sortira limpide.
Deux litres de liquide auront servi au lavage; cette opération dure 30 à 35 minutes. Le tube de verre sert à juger du fonctionnement de l'appareil; il faut avoir soin, avant d'enlever l'appareil, de fermer le tube pleural; il faut aussi fermer le tube d'écoulement ; l'appareil reste ainsi amorcé.
Ce siphon, bien employé, est très-utile, mais il aie défaut de produire une fistule pleurale. 11 a, sur les injections avec la seringue, le mérite de faire un lavage de la plèvre bien plus complet et bien plus efficace.^
De cette manière, la piqûre se rouvre souvent pour lepassage du pus et devient fistuleuse.
Dans ces cas, il faut mettre une canule dans la fistule . de la plèvre, ou bien, à l'exemple de Chassaignac, y placer un drain ou séton creux en caoutchouc vulcanisé percé de trous, ce qui engendre deux ouvertures fistuleuses; ce procédé est fort commode pour le lavage de la plèvre. Au moyen d'une seringue on injecte le liquide d'un côté et il sort de l'autre, après avoir lavé toute la cavité pleurale.
Thoracocentèse par succion ou aspiratirn pneumatique.
Habituellement, sinon toujours, dans les cas de pleurésie purulente traités par la thoracocentèse ordinaire avec le trocart, la guérison ne s'obtient qu'après la formation d'une fistule pleuro-cutanée. Il n'y a pas beaucoup de faits où, sans cette fistule consécutive, la simple évacuation du pus par le trocart ait été suivie de succès, la cavité pleurale étant restée close.
Si ce résultat pouvait être obtenu à l'aide d'une modification dans les procédés opératoires habituels, je crois que ce serait un progrès dont la pratique devrait être fortement encouragée.
Les pompes aspirantes, garnies d'un trocart extrêmement fin, m'ont paru devoir conduire à ce perfectionnement. Imitées des anciens pyulques de Galien, de Scultet et d'Anel, elles ont le mérite d'avoir pour canule un tro-
PLEU
PLEl
cart qui permet d'évacuer le liquide delà plèvre, sans faire de plaie avec le bistouri, et la cavité de la plèvre restant fermée.
M. Jules Guérin en a imaginé une avec laquelle il dit avoir opéré bien des pleurésies purulentes. Mais cet instrument me paraît avoir une canule aplatie beaucoup trop grosse pour la thoracocentèse, surtout chez les enfants, et, s'il fallait avec lui faire beaucoup de ponctions, le passage de l'instrument, un peu trop gros pour un petit espace intercostal, pourrait avoii' quelques inconvénients. Cette raisonm'a contraint d'y renoncer; mais, si j'ai laissé l'instrument, je n'ai point abandonné le procédé dont le principe me paraît devoir être utile.
Ce procédé peut s'exécuter avec l'aspirateur pneumatique de Dieulafoy (fig. 563), qui dans son corps de pompe de verre fait le vide préalable, et qui a pour canule une fine aiguille creuse, dont le passage dans les tissus est parfaitement inoffensif. C'est l'instrument dont beaucoup de médecins se servent aujourd'hui dansla pleurésie simple, dans l'hydrothorax, dans l'hydarlhrose, et dans les cas où il faut vider une grande collection de liquide profondément située.
RCROI
Fig. 563. — Réduction au 10' de l'aspirateuc pneumatique Je Dieulafoy. — A. Encoche qui vient s'engrener au point B, ce qui maintient le corps de ]iompe. — RR' Robinets qui sont fei'niés lorsqu'ils sont placés transversalement. Pour faire le vide dans la pompe, on ferme les robinets RR', puis on lève le piston que l'on tourne de fjcmche à droite pour le fixer au point B.
Etant donnée cette modification à la seringue aspirante, ce pyulque, parfaitement conditionné, qui permet de vider un foyer purulent sans faire de plaie et au moyen d'une fine aiguille creuse, j'ai pensé que Vaspiratiûn ou la .s«cct'oft qu'il opère pourrait mieux que tout autre moyen servir dans la pleurésie purulente, en évitant la formalion des fistules de la plèvre. L'occasion s'étanl présentée pour un hydro-pneumothorax, et pour un cas de pleurésie
purulente, j'ai eu recours à cette succion par l'aspirateur que je viens de nommer, et mes malades paraissent en avoir tiré de grands avantages.
Alors on fait deux ou trois opérations par semaine sans inconvénient, sans qu'il en résulte de plaie ni de fistule, et chaque fois on retire 2 à 300 grammes de pus. — 30 ou 40 ponctions peuvent aussi être faites dans le cours d'une pleurésie purulente. — On peut avec le même instrument injecter de la teinture d'iode dans la plèvre et la reprendre en partie pour éviter une trop grande absorption de métallo'ide. V. Thoracocentèse.
Ces moyens chirurgicaux seraient inutiles si l'on ne les aidait par un traitement médical tonique et réparateur, il faut absolument, pendant toute la durée de ces opérations, nourrir les malades avec de la purée de viande crue, 250 grammes par jour, du beurre salé, du vin de Bordeaux ou de Malaga.