‹ Dictionnaire de médecine usuelle (volume 2)Chapitre 117 sur 316 · BAU · texte numérisé non relu

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lange, on lute les points de jonction de la cornue et on distille.

Cette opération bien faite ne donne pas lieu à des accidents; mais, si l’ouvrier est maladroit, elle peut donner lieu : 1° à l’absorption de l’eau qui entre dans la cornue et peut être la suite de dangers nombreux ; 2° à la non-condensation du métal, ce qui expose l’ouvrier au contact des vapeurs mercurielles et aux accidents qui peuvent en résulter.

Voulant établir la différence qu’il y avait entre les ouvriers qui préparaient le plomb en feuilles , anciennement employé pour envelopper le tabac, et les ouvriers qui travaillaient V étain en feuilles , nous nous sommes présentés dans différentes fabriques de plomb laminé, et les fabricants nous ont assuré, que les ouvriers en plomb qui ne prennent pas la précaution de se laver les mains avant de prendre leur repas s’exposent à des coliques qui commencent avec un léger mouvement de torsion, des nausées, et quelquefois un sentiment de froid dans toute la région du bas-ventre. Dans cette circonstance les boissons mucilagineuses abondantes sont très-indiquées ; mais si les douleurs sont insupportables, il faut d’abord provoquer les vomissements pour déterminer la sortie des matières qui se trouvent dans l’estomac, et administrer ensuite des eaux minérales hydrosulfureuses naturelles ou factices préparées pour boisson.

Enfin nous avons observé que chez quelques-uns des ouvriers qui travaillent depuis longtemps à l’étain laminé, la sclérotique, au lieu de présenter une couleur d’un blanc nacré comme à l’état naturel, est brunâtre et terne, sans que la fonction visuelle soit affectée; mais si cette couleur se propage jusqu’à la cornée, ce qui arrive après de longues années de ce genre de travail, alors cette dernière membrane se couvre de taches grisâtres comme des espèces de taies et qui dérangent la vision. Ces taies étant trèslégères et ne tenant qu’à une simple décoloration des lames superficielles de la cornée, on peut les faire facilement disparaître en mettant dans les yeux plusieurs fois dans la journée quelques gouttes d’huile de foie de morue, ou de l’huile de noix trèsancienne et rancie. A. Chevallier et S. Furnari.

baume des jardins {bot. ). C’est la mentha gentilis. (V. Menthe.)

baumes ( pharm . et mat. méd.), s. m. p. On distingue généralement les baumes en baumes naturels et baumes pharmaceutiques. Sous le nom de baumes naturels, les anciens désignaient toutes les résines et thérébentines liquides, aujourd’hui on ne donne plus le nom de baumes qu’aux résines liquides ou solides qui contiennent de l’acide benzoïque ; ces divers baumes sont :

Le Baume du Pérou [balsamum peruvianum). Il provient d’un arbre du Pérou et du Brésil, le my~ roxylum peruiferum L. de la famille des légumineuse J., on le trouve dans le commerce sous trois états : 1° le baume du Pérou blanc ; il est liquide ou mou, d’un jaune pâle, il découle par incisions de la plante elle-même, il se pétrit facilement, il est d’une odeur très-suave, et d’une saveur faible. 2° Le baume du Pérou, brun ou roux; il est solide, sec, d’une couleur rouge brunâtre, translucide, d’une saveur presque nulle et d’une odeur suave ;

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on croit que ce baume et le précédent sont extraits de la même manière et que ce dernier n’est plus foncé que parce qu’il a été plus exposé au contact de l’air ; ce sont les deux variétés du baume du Pérou les plus estimées, on les désigne dans le commerce sous le nom de baume en coque parce qu’elles sont en petites masses enveloppées de feuilles sèches; elles sont rares aujourd'hui. 3° Le baume du Pérou noir est liquide, d’une consistance sirupeuse, d’un brun rougeâtre foncé, d’une odeur forte et très-agréable, d’une saveur amère et âcre; il est soluble dans l’alcool, et lorsqu’il a séjourné quelque temps dans un vase il dépose de petits cristaux sur les parois, qui sont de l’acide benzoïque.

Ce médicament était autrefois employé comme stomachique , aujourd’hui on en fait très - peu usage ; il est employé comme substance balsamique avec le benjoin et le baume de Tolu; ou l’employait aussi pour obtenir la cicatrisation des plaies, mais on a reconnu l’inutilité et même les inconvénients de ce moyen qui est tout à fait abandonné.

Baume de Tolu. On retire cette substance du tmjrospermum toluiferum A. Rich. famille des légumineuses J., c’est un grand arbre qui croît dans les environs de Tolu, dans l’Amérique méridionale. On donne à ce baume les noms de baume de Carthagène, de baume Saint-Thomas; il est solide, sec et cassant; sa couleur est d’un fauve clair, demi-transparente, son odeur est très-suave et rappelle celle du citron ; sa saveur est douce et assez agréable, il se dissout en totalité dans l’éther et l’alcool. Lorsqu’on le jette sur du charbon, il brûle en répandant une fumée blanche d’uDe odeur aromatique. Il s’extrait de l’arbre par des incisions que l’on pratique à l’écorce, et il en découle comme toutes les térébenthines et les baumes. Le mode d’action de cette substance est tout à fait analogue à celle du baume du Pérouj; on l’emploie en tablettes et en sirop dans les affections catarrhalespour faciliterl’expectoration et calmer la toux, on l’emploie aussi dans ce même but en le faisant respirer en vapeur avec de l’éther : pour cela on place dans un flacon à deux tubulures, une once de baume de Tolu et deux onces d’éther sulfurique, et l’on fait respirer cette vapeur au malade. Les phthisiques et les personnes affectées de catarrhes I chroniques ont obtenu souvent un grand soulage- | ment par ce moyen. M. Alibert indique le baume de Tolu comme propre à favoriser la transpi- J ration.

Baume de Copahu. Cette substance est une té- [ rébenthine. (V. Copahu.)

Les baumes pharmaceutiques, c’est-à-dire, ! ceux qui sont le résultat du mélange de diverses substances, étant très - nombreux , nous renvoyons pour leur description à leurs noms ; propres.

Pour les divers baumes pharmaceutiques , V. le Supplément.

J. P. Beaude.

bec de lièvre (Chir.), s. m. [labium leporinum) ; division non suppurante de l’une des lèvres. Le nom de cette affection est tiré de la ressemblance qui existe entre la lèvre supérieure de j l’homme et celle des mammifères rongeurs, les

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lapins en particulier, chez lesquels cette disposition est normale.

Le bec de lièvre est plus fréquent à la lèvre supérieure qu’à l’inférieure , il est rarement sur la ligne de l’axe du corps , il est plus souvent à gauche qu’à droite.

Le bec de lièvre offre de grandes variétés : la lèvre peut seulement être divisée , ou bien encore l’os maxillaire supérieur , la voûte palatine et le voile du palais prennent part à cette solution de continuité. Le bec de lièvre est tantôt congénital ou de naissance, tantôt accidentel; dans les deux cas il peut présenter des différences d’étendue.

Le bec de lièvre peut être simple ou compliqué: le bec de lièvre simple consiste dans la division des parties molles seulement; mais il peut être compliqué de lésions locales de divers genres ; il peut être double ; la division peut envahir le lobe du nez ou l’une des ailes ; la voûte palatine peut être divisée dans une partie , ou dans toute son étendue; des dents peuvent être disposées irrégulièrement; il peut se rencontrer un tubercule qui serve de point d’appui et soulève la partie divisée, etc. Quelquefois on a rencontré l'absence de la voûte palatine et de l’os vomer. En juin 1833, à l’hôpital Sous-Conflans, le docteur Mégrat a réclamé mon avis pour un cas de ce genre , chez un en- i fant qui venait de naître.

Lorsque le bec de lièvre est congénital, les bords en sont rouges , arrondis, muqueux; ils res- j semblent beaucoup au bord d’une lèvre bien conformée ; un espace triangulaire les sépare l’une de I l’autre. Le nez est toujours plus ou moins aplati, > parce que les ailes sont tirées en seus opposé , et latéralement, et encore parce que, dans les becs de ! lièvre compliqués, la cloison des fosses nasales s’af- i faisse intérieurement.

Le bec de lièvre congénital dépend d’un dérangement complet dans la forma tin des lèvres; il i est difficile d'apprécier les causes de cette pertur- j bation; les anciens auteurs croyaient que l ima- j ginalion de la mère frappée pendant la grossesse par la vue , le souvenir- d’un lapin ou d un autre j animal delà famille des rongeurs, était capable ; de produire de semblables phénomènes. Cette ma- ; nière de voir ne saurait aujourd'hui trouver de dé ? fenseurs, elle est tombée dans le domaine des croyances vulgaires. Les anatomistes ont démon- ’f tré que ce vice de conformation consiste dans un arrêt de développement de la lèvre, qui est con- : stitué dans les premiers temps de la vie inlra-uté- i riuepar plusieurs parties séparées, et qui plus tard ne devrait en former qu'une seule pour arriver à l’état régulier, tandis que cette division persistera toujours dans l’espèce des rongeurs.

Le bec de lièvre donne lieu à une difformité d’au- • tant plus grande qu’il est plus prononcé; il laisse à la bouche une expression hideuse lorsque les os maxiliaires et les dents incisives font en avant j une saillie très-marquée ; le lobe du nez semble effacé et comme rentré. La difformité augmente encore pendant le rire et la prononciation; dans les cas de division du voile du palais , la voix est sourde , nasonnée , la prononciation est difficile et * les enfants apprennent à parler beaucoup plus

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tard. Lorsque la voûte du palais est largement ouverte , la déglutition est laborieuse , les aliments passent dans les cavités nasales , et même cette fonction et par suite la nutrition sont tout-à-fait impossibles.

Le bec de lièvre ne peut disparaître et guérir qu’au moyen de l’opération.

Les chirurgiens sont peu d’accord sur l’époque à laquelle il convient d’opérer le bec de lièvre; les uns veulent que l’on opère seulement après la quatrième année , 1 « pour que les cris et les mouvements désordonnés de l’enfant soient mieux maîtrisés ; 2® pour éviter les convulsions si funestes dans le premier âge; 3» pour que la douleur, provoquée sur un individu plus fort , soit mieux supportée; 4® pour avoir moins à redouter une hémorrhagie plus facile à suspendre et moins dangereuse chez un enfant de plus de quatre ans; 5° parvenus à ce dernier âge , les tissus offrent aussi une résistance plus grande et ne se laissent pas déchirer aussi facilement par les aiguilles nécessaires à l’opération. Des praticiens du plus grand mérite ont quelquefois adopté une opinion et suivi une conduite toute différente.

Voici cependant quelques règles qu’il serait utile de se rappeler : 1® il faut opérer immédiatement après la naissance lorsque le bec de lievre empêche la succion du mamelon et par conséquent l’alimentation de l’enfant; 2® il faut encore opérer de bonne heure, lorsqu’il existe comme complication une division delà voûte palatine, on augmente ainsi les chances de rapprochement du tissu osseux; 3® dans les becs de lièvre simples , on peut retarder l’opération jusqu’à l’âge de quatre ou cinq ans; les enfants se prêtent alors plus facilement à l’opération et la difformité disparaît assez tôt.

Lorsqu’on se dispose à pratiquer cette opéra tion, il n’est besoin d’aucun préparatif, tels qui bandelettes, emplâtres, bandages, etc., propri à habituer les bords de la plaie au rapproche ment qu’ils doivent bientôt subir. 11 faut encore se dispenser de faire avaler de l’opium oi de priver de sommeil l'enfant que l’on va opérer sous le prétexte qu’il sera plus insensible à la dou leur et que le sommeil succédera plus promptement à l’opération.

L’opération dubec de lièvre se compose de deus temps principaux , l’avivement des bords de 1; solution de continuité et la réunion de ces bord; avives, ce qui est du ressort de la médecine opératoire , qui n’emploie aujourd’hui , pour obtenii ce double résultat, que l’instrument tranchant ei des aiguilles fixées par la suture entortillée.

Apiès 1 opération , le malade doit garder le silence et le repos absolu au moins jusqu’au premier pansement , on doit le priver de tout alimeni solide; des tisanes rafraîchissantes et quelques bouillons seront seuls introduits dans l’estomac ai moyen d’un biberon. On devra prévenir les maus de te le par des pédiluves irritants. La conduite di chirurgien doit varier suivant les différentes complications du bec de lièvre. Lorsque le bec de lièvre est accidentel, c’est-à-dire lorsqu’il résulte d une plaie faite aux lèvres , on doit se hâter df

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la réunir en posant un appareil approprié pour prévenir toute difformité. P. Caffe.

Chef de Clinique à l’Hôtel-Dieu.

eeccabiîmga ( bot .). V. Véronique.

béchiques (mat. méd .), s. m. p. (du grec bêchikos ) , qui a rapport à la toux. On donne ce nom à des médicaments qui ont pour objet de calmer la toux. Ces médicaments sont de diverses natures, on les a classés, d’après leurs diverses propriétés , en adoucissants , en vulnéraires et astringents ; mais ce sont principalement iesbéchiques adoucissants ou émollients que l’on veut spécialement indiquer, lorsque l’on se sert de ce mol d’une manière générale. On les a aussi désignés sous le nom de médicaments pectoraux. Les substances que l’on range dans cette classe sont : la racine de réglisse, de tussilage, de guimauve, de grande consoude; les fleurs de mauve, de guimauve, de violette, de bouillon blanc, de tussilage , etc. ; les amandes, les figues, les raisins secs, les dattes, les jujubes, les pignons doux, l’orge, le gruau, la gomme arabique, la gomme adraganthe, l’amidon, le miel, le sucre, l’huile d’olive et d’amande douce; plus un assez grand nombre d’autres médicaments que nous ne croyons pas devoir énumérer ici : toutes ces substances ont la propriété de relâcher les tissus, de calmer l’irritation , et la toux qui en est la conséquence. Ces médicaments se prennent en infusion et en décoction dans une assez grande quantité d’eau , et les tisanes qu’ils servent à préparer doivent toujours être prises chaudes ou tièdes. On fait aussi des sirops, des tablettes, des pâtes et des conserves avec ces différentes substances, leur action est souvent très-avantageuse dans les rhumes et les affections catarrhales chroniques.

Les autres médicaments bé chiques, dits vulnéraires et astringents, sont moins employés, ils ont été désignés aussi sous le nom d’incisifs et d’expectorants; ils ont pour but de favoriser l’expectoration en stimulant d’une manière générale; ils favorisent la transpiration et la sueur, et d’après leurs propriétés, il n’est convenable de les employer que vers la fin des affections catarrhales. Les substances qui fournissent ces médicaments sont quelques racines, telles que celles de fougères, d’orties, de fraisier, de scilleet d’iris, les feuilles de capillaires, les baumes de Tolu, du Pérou; des gommes résines. On range spécialement dans les béchiques astringents , quelques substances minérales, tels que le kermès, le soufre, et quelques eaux minérales hydro-sulfureuses.

bégaiement ( path .), s . m., est un vice de la parole qui consiste à répéter par saccades et secousses convulsives, un plus ou moins grand nombre de fois et avec plus ou moins de difficulté, certaines syllabes et certains sons qui entrent dans la composition du langage articulé. Cette infirmité étant compatible avec la santé, a été pour cette raison regardée, jusqu’à nos jours, comme n’étant pas du domaine de la médecine, et comme devant être mise au nombre des affections incurables. Le bégaiement est cependant très-susceptible de guérison dans un très-grand nombre de cas; il ne

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pourra môme rester aucun doute à cet égard , lorsqu’on saura que, depuis 1827 , nous avons traité avec un succès complet quatre cent vingt-neuf bègues, sur à peu près cinq cents qui ont été soumis par nous à l’application de notre méthode curative.

Avant d’exposer les moyens divers que constitue notre gymnastique vocale, nous allons indiquer, en peu de mots, les deux principales espèces de bégaiement que nous avons admises dans notre traité d’orthophonie. La première, nous ayant paru avoir quelque analogie avec la danse de St.-Guy ou chorée , a reçu de nous le nom de labio-choréique;e lie consiste dans une espèce de chorée des lèvres et dans la succession plus ou moins rapide des mouvements convulsifs exécutés parla langue, les lèvres et la mâchoire inférieure, etc. Ce genre de bégaiement, qui donne naissance aux répétitions désagréables, bbb, ttt. mmm. offre quatre variétés que nous ferons connaître après avoir parlé de la deuxième espèce de bégaiement.

Cette seconde espèce, que nous avons appelée gutturo-tétanique, est caractérisée par une sorte de roideur tétanique de tous les muscles de la respiration, principalement de ceux du larynx et du pharynx. Ce genre de bégaiement, qui se fait surtout remarquer sur les lettres gutturales C,G,K, Q, et sur les sons vocaux A, E, I, O, U, AN, IN, ON, OU, est toujours accompagnée d’efforts pénibles pour articuler , et se distingue surtout par quelques intervalles de silence , par l’immobilité de la langue, par le resserrement de la glotte et une espèce de suffocation momentanée, occasionnée par la cons trie tion des muscles du larynx et le rapprochement des lèvres de la glotte. Ce qui distingue le plus le bégaiement gutturo-tétanique du bégaiement labio -choréique, c’est que les personnes affectées de ce dernier genre d’hésitation sont vives, nerveuses et parlent ordinairement très-vite, et sans paraître faire aucun eftort pour articuler, quoiqu’elles soient souvent arrêtées par les répétitions bbb, qqq, ttt. Dans l’espèce gutturo-tétanique , les bègues parlent lentement , sans avoir l’air de se presser, mais en faisant constamment des efforts plus ou moins grands pour articuler les syllables rebelles.

La première espèce de bégaiement, dite labiochoréique, offre quatre variétés qui sont : 1° le bégaiement avec bredouillement ; 2° le bégaiement difforme; 3° le sourd ou bégaiement des femmes; 4° le bégaiement lingual.

La seconde espèce , gutturo-tétanique , présente six variétés : 1° le bégaiement muet; 2» l’ intermittent ; 3° le chorèiforme ; 4° le canin; 5° Y épileptiforme; 6° le bégaiement avec balbutiement. Enfin iî y a encore une autre variété qui est assez fréquente, c’est celle qui comprend le bégaiement mixte, caractérisé par la réunion d’une ou plusieurs variétés dont nous regrettons de ne pouvoir donner ici les caractères principaux, ainsi que nous l’avons fait dans notre ouvrage.

Causes du bégaiement. Selon nous le bégaiement est une modification particulière des contractions des muscles de l’appareil vocal; c’est une affection essentiellement nerveuse, qui est le résultat d’un

manque d’harmonie entre l’innervation et la myotilité, ou pour parler plus clairement, entre l’influx nerveux quisuitla pensée et les mouvements musculaires au moyen desquels on peut l’exprimer par la parole. De ce manque de rapport et d’harmonie d’action qui doit exister pour que les mouvements soient réguliers, entre l’excitation nerveuse et les contractions musculaires, résulte un désordre qui augmente toujours avec les efforts que l’on fait pour articuler, et donne naissance à l’état tétanique et convulsif qui constitue le bégaiement. Mais, si, par une idée accessoire ou par un rhythme quelconque, on régularise ou on modifie l’excitation et l’irradiation cérébrale, ou si, plaçant les organes de la parole dans des conditions plus favorables, on leur imprime de nouveaux mouvements plus lents et plus réguliers, en leur faisant prendre une position toutâ fait contraire à celle qu’ils occupent pendant le bégaiement ; alors l’harmonie entre l’innervation et la contractilité se rétablit, l’ordre renaît, le spasme cesse et l’hésitation disparaît. C’est sur cette opinion et surtout sur l’expérience et l’observation de plus de cinq cents faits, que se trouve fondée la méthode curative que nous allons faire connaître , après avoir ajouté quelques mots pour réfuter les opinions émises par différents auteurs sur les causes du bégaiement.

Selon les uns, cette infirmité serait le résultat d’un vice organique ; s’il en était ainsi, le bégaiement n’aurait pas d’intermittence, l’obstacle serait permanent et s’opposerait à ce que les bègues, comme ils le font presque toujours, pussent, sans hésitation , chanter , déclamer , parler seuls , jouer la comédie, imiter le langage d’une autre personne, et enfin jurer avec tant d’énergie et de facilité. Pourquoi seraient-ils embarrassés quelquefois pour prononcer des mots, qui d’ordinaire ne les arrêtent pas , tandis qu’il leur arrive souvent d’articuler facilement certaines syllabes qu’ils sont accoutumés à trouver rebelles. Que deviennent les prétendus vices organiques? Par quelle raison sont-ils mobiles ? quelle est la cause de leurs caprices? Comment se fait-il que tous ces obstacles matériels exercent moins leur empire chez les vieillards, chez les femmes, chez les enfants, et que l’affection dont ils sont la cause éprouve une foule de modifications suivant la température, l’âge, le sexe, l’éducation, les affections morales, la timidité, la confiance, la colère, la peur, et enfin la présence ou l’abseüce d’une ou de plusieurs personnes, et un grand nombre d'autres circonstances, telles que de lire des vers, de répéter des phrases après un autre , de parler sous le masque, les yeux fermés ou ouverts, dans les ténèbres ou en plein jour?

Nous sommesloinde contester l’existence assez fréquente des lésions organiques; mais ces lésions ne donnent jamais naissance au bégaiement proprement dit, quoiqu’elles puissent se rencontrer avec lui ; cette complication s’oppose seulemeut quelquefois à l’application facile de notre gymnastique vocale, et exige des moyens mécaniques qui rendent la cure plus difficile, plus longue et quelquefois impossible.

Selon quelques auteurs, entre autres Sauvage et

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M.ltard, le bégaiement serait le résultat d’une faiblesse des puissances motrices de la langue et du larynx. Mais comment faire cadrer cette dernière opinion, la plus généralement admise, avec l’extrême facilité qu'ont les personnes qui bégaient de faire tous les mouvements possibles de leur langue, et de leurs lèvres, et d’articuler, sans hésitation en chantant, lesmots les plus difficiles? D’ailleurs il en est à cet égard comme à l’égard des vices organiques. Si les muscles étaient réellement faibles, cette faiblesse serait permanente et s’opposerait constamment à la facile expression des idées. Un dernier argument que nous croyons sans réplique, c’est que si c’était la faiblesse des organes de la parole qui fut la cause du bégaiement, les enfants et les femmes bégaieraient plus que les hommes, et les progrès de l’âge, dont l’effet constant est d’affaiblir l’énergie musculaire, ne produiraient pas la guérison spontanée de cette affection chez les vieillards qui en étaient affligés pendant leur jeunesse.

Mais, nous dira-t-on, comment se fait-il que le chant, la déclamation, etc., fassent presque toujours disparaître le bégaiement, de même que cette infirmité est momentanément augmentée ou diminuée par diverses circonstances et certaines affections morales? Nous pouvons répondre à ces objections, que l’excitation cérébrale étant modifiée, et la contractilité musculaire ralentie et régularisée par une mesure poétique ou musicale, il en résulte nécessairement plus d’ordre et plus d’harmonie dans le jeu des organes de la parole; le rhy thme oul’idée de placer la langue et de faire agir les organes de la parole d’après certaines règles, deviennent des idées accessoires qui font que les idées principales sont émises plus régulièrement et avec plus de précision, et que les bègues se trouvent moins sous l’influence de la réaction des affections morales sur le cerveau et le système nerveux en général. Du reste, que cette explication soit bonne ou mauvaise, peu importe, le point essentiel est que les moyens thérapeutiques qu’elle nous a suggérés soient efficaces. Plus de quatre cents cures ne laissent aucun doute à cet égard ; ce résultat vaut bien la plus belle et la plus claire des explications.

Traitement du bégaiement. La méthode curative que nous avons imaginée constitue une espèce de gymnastique pectorale, gutturale, linguale et labiale, qui consiste à remplir la poitrine d’air, en faisant une forte inspiration, et à retirer la langue dans le pharynx, en portant autant que possible la pointe renversée de cet organe vers le voile du palais, un peu avant la base de la luette. On doit en même temps écarter transversalement les lèvres de manière à éloigner leur commissure, comme si l’on voulait rire. Aussitôt qu’à l’aide de ces diverses actions combinées, la syllabe rebelle sera prononcée, la langue et tous les autres organes de l’articulation reprendront leur position naturelle; mais on devra aussitôt parler en mesure, il faudra la marquer avec le pied ou en rapprochant le pouce de l’index. La mesure qu’on battra d’abord sur chaque syllabe, deviendra plus tard 6 deux, trois, quatre, six ou huit temps; c’est-à-

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dire qu’on la marquera sur la deuxième, troisième quatrième, sixième et huitième syllabe, de telle sorte qu’en soumettant les mots et les phrases à un rhÿthme musical, les mouvements de la langue, des lèvres et de tout l’appareil vocal deviendront tout à fait réguliers. C’est surtout sur le rhy thme que les bègues devront insister, et apporter plus spécialement leur attention. Ils auront toujours soin de parler lentement, et de conserver les inflexions naturelles de la voix, afin d’éviter la monotonie d’un langage mesuré et toujours sur le même ton. Pour avoir plus de détails et pour faciliter l’intelligence de celte gymnastique vocale, on fera bien d’avoir recours aux exercices notés de notre traité sur le bégaiement.

Tous ces moyens modérateurs et régulateurs, dont nous faisons faire simultanément l’application, agissent physiquement et moralement; en effet ils agissent physiquement sur tous les muscles de la respiration, sur les poumons, sur le larynx, sur la langue, sur les lèvres, enfin, sur tout l’appareil vocal. L’inspiration a pour but do faire cesser les contractions spasmodiques des cordes vocales, en ouvrant la glotte en mémo temps qu’elle sert à distendre la poitrine par une grande quantité d’air, do manière à ce que ce fluide ne s’échappe des poumons que pendant une expiration lente qui doit avoir lieu graduellement et seulement pour fournir la matière du son vocal. D’après les recherches anatomiques que nous avons faites, nous nous sommes assuré qu’en plaçant la langue comme nous venons do l’indiquer, le larynx descend le plus possible, ce qui fait cesser le resserrement de la glotte et laisse les cordes vocales dans leur plus grand relâchement. Cette position de la langue est si favorable, qu’elle met les bègues , qui hésitent sur les lettres gutturales, dentales et palatales, dans I impossibilité de bégayer, même le voulant bien, parce que le bégaiement qui se fait le plus souvent remai quer sur ces lettres ne peut avoir lieu lorsque l’organe phonateur est placé comme nous le conseillons; au contraire celte infirmité, imitée ou naturelle, ne se manifeste que lorsque la langue est en bas, et l’observation nous prouve que pour contrefaire les personnes qui bégaient, nous plaçons instinctivement le sommet de cet organe derrière les dents incisives de la mâchoire inférieure. La tension des lèvres, comme nous le conseillons, a pour but de faire cesser l’espèce de tremblement convulsif qui a lieu, lorsque, pour articuler les lettres labiales, les lèvres forment une espèce de sphincter curviligne qui imite assez bien ce qu’on appelle vulgairement un cul de poule.

Enfin notre gymnastique vocale agilmoralement, en ce sens que la mesure qui exerce son heureuse influence sur tous nos organes, en rendant plus réguliers tous leurs mouvements, fixe l’attention des bègues, et devient par cela même une idée accessoire qui, jointe à l’idée principale qui fait le sujet du discours, doit nécessairement ralentir l’émission de cette dernière et mettre l’influx nerveux qui suit la pensée, plus en harmonie d’action avec îa mobilité relative de tous les organes vocaux.

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Dans certains cas assez nombreux, la méthode générale que nous venons d’indiquer ne suffit pas , alors , nous avons recours à une foule de moyens artificiels , qu’il est impossible, et surtout inutile , de faire connaître dans cet article ; par exemple pour faire articuler les syllabes la, pa, ira, nous faisons dire elva, pfa, ter a. D’autrefois nous faisons séparer la première syllabe des mots ; dans certains cas nous la faisons syncoper ; dans d’autres, on doit chanter toutes les syllabes de manière à ce que le son de chacune d’elles change et passe alternativement d’une note à l’autre, à peu près comme dans une cadence faite lentement; enfin, dans certaines espèces de bégaiement, principalement dans celles où la langue sort de la cavité buccale , ou même lorsque cet organe ne peut être porté vers le palais, nous employons un de nos refoule-langue, ou tout simplement une tige de bois dur ou d’ivoire , placée transversalement dans la bouche d’un côté à l’autre des dents molaires. Nous avons également une espèce de bride-langue qui relève cet organe , écarte les commissures des lèvres, et s’oppose à ce que l’air s’échappe trop facilement des fosses nasales. Cet instrument est celui qui remplit le mieux toutes les indications, surtout dans les cas où les bègues , avant de parler , chassent brusquement l’air par le nez.

Lorsque, par la démonstration et surtout par l’imitation, nous sommes parvenu à bien faire comprendre notre méthode générale, ainsi que l’articulation artificielle des sons qui offrent le plus de difficulté , alors nous en faisons faire l’application sur des exercices simples et faciles , pour passer plus tard à d’autres plus difficiles qui sont gravés dans notre ouvrage ; enfin nous faisons répéter et surtout improviser des anecdotes devant un petit comité, pour arriver à le faire devant une nombreuse société. 11 faut, et c’est de la plus haute importance, pour ne pas craindre une récidive , que les bègues, lors même qu’ils se croiraient très-sûrs , mettent en pratique et le plus souvent possible les moyens qui constituent notre méthode générale , c’est-à-dire , la mesure , l’inspiration , la position de la langue et des lèvres. La nouvelle habitude de parler qu’ils auront contractée les portera à bientôt à en faire instinctivement l’emploi. Alors, l’irrégularité des mouvements des organes vocaux, et les grimaces qui en sont le résultat , feront place à un langage facile qui avait été long-temps perverti par une habitude vicieuse.

Avant de faire l’application de notre méthode , nous explorons d’abord la cavité buccale, afin de nous assurer si elle n’est point le siège de quelques lésions. Nous engageons les bègues à tirer la langue et à la faire saillir les plus possible hors de la bouche ; enfin , pour avoir la certitude que cet organe exécute avec facilité tous les mouvements dont il est susceptible , nous le faisons porter en haut, en bas, à droite et à gauche. Si, dans cet examen préliminaire, nous remarquons que le filet s’oppose à ce que notre gymnastique vocale soit convenablement mise en pratique , alors nous en faisons la section ou plutôt 1 ’ extirpation , d’après un procédé que nous ferons connaître à l’ar-

ticle filet. (Voy. ce mot.) Après avoir décidé, par l’examen attentif des organes, du genre de bégaiement que nous avons à combattre , nous commençons par les exercices qui doivent varier selon l’espèce d’hésitation , et même selon les facultés intellectuelles des personnes.

Comme il s’agit de détruire une habitude , qui ordinairement est très -ancienne, il ne fautjamais perdre de vue les moyens curatifs et les appliquer constamment, soit que l’on se trouve chez soi avec des parents ou d’autres personnes avec lesquelles on est dans l’intimité; soit enfin que l’on ait à parler dans un cercle nombreux, et devant des auditeurs qui inspirent de la contrainte et du respect.

Un bègue aurait tort de se croire guéri, si , après quelques jours d’exercice , il pouvait s’exprimer sans bégayer. Lorsqu’il en est ainsi, ce qui du reste arrive le plus souvent, il ne cesse pas encore d’être bègue , mais seulement il cesse momentanément de bégayer, ce qui est bien différent. Il faut donc continuer plusieurs mois l’emploi des principes qu’on lui a donnés :ce n’est même qu’après un certain temps qu’il cessera tout à fait d’être bègue, et que, sans y penser , il s’exprimera avec facilité , ayant contracté l’habitude de parler selon notre méthode , dont seulement alors, il fera en quelque sorte machinalement l’application.

Tels sont, en peu de mots, les moyens curatifs que nous mettons en pratique pour la cure du bégaiement; leur efficacité a été mise hors de doute, non-seulement par un grand nombre de faits authentiques, mais encore parles suffrages de l’académie de médecine et par l’honorable distinction que nous a accordée l’académie des sciences, en nous décernant un prix de 5,000 francs, le 18 novembre 1833. Colombat, de l’Isère,

Docteur en médecine, Fondateur du gymnase orthophonique pour le traitement du bégaiement.

belladone ( Bot ., Toxicol. , Mat. méd. ), s. f. [Belladona.) Disons tout de suite que celte plante est un poison si dangereux qu’elle a été nommée par quelques auteurs Solanum furiosum, seu lethale , et par Dioscoride Struchnos manicos; d’où est venue l’expression de strychnomanie employée pour désigner l’espèce de délire produit par la belladone. C’est 1 ’Atropa lelladona des botanistes modernes. Pentandrie monogynie L. Famille naturelle des solanées.

La belladone est une plante vivace, indigène de l’Europe, qui croit dans les lieux incultes, le long des vieux murs et des décombres , sur le bord des chemins , sur la lisière des bois montueux, etc... Elle a le port triste comme la plupart des végétauxpernicieux. Sa racineest épaisse, longue, rameuse, fauve à l’extérieur, blanchâtre intérieurement. Dès la deuxième année elle laisse exhaler une odeur vireuse très-désagréable , qui est comme le témoignage de sa puissance pharmacologique et délétère. La tige qui s’élève de cette racine est herbacée , rameuse , cylindrique , tomenteuse, de couleur vert rougeâtre, et haute de trois à quatre pieds. Les feuilles qu’elle pousse sont géminées , larges , molles , de forme ovale;

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entières, souvent inégales, d’un vert sombre et supportées par un court pétiole. Les fleurs, qui ne paraissent qu’à la fin de juin, en juillet et dans le commencement d’août, terminent un pédoncule pubescent qui sort de l’aisselle des feuilles. Elles sont solitaires, pendantes , et d’une teinte pourpre obscur. Il leur succède des fruits arrondis, pulpeux, d’abord verts, puis rouges et ensuite presque noirs : ce sont les baies de la belladone. Ces baies , dont la saveur est douceâtre , offrent une certaine ressemblance avec les cerises et les guignes : beaucoup d’enfants et même des personnes plus âgées y sont trompées et ne tardent pas à devenir les victimes de leur funeste méprise.

Les observations d’empoisonnements par ces fruits sont extrêmement multipliées, et chaque année en fournit de nouveaux exemples. Buchanan rapporte ( Rerum Scoticarum Historiœ libri viginti. Edinburgi. 1582) que les Danois ayant envahi l’Écosse sous la conduite de leur roiSwénon, les habitants de cette contrée, durant une trêve, mêlèrent du suc de ces baies à la boisson de leurs ennemis. Ceux-ci étant bientôt tombés dans un sommeil léthargique, les Écossais fondirent sur eux et en firent un grand carnage. Annibal, comme nous le verrons plus bas, avait usé du même stratagème, en se servant.de la mandragore. En 1773, quatorze enfants de l’hospice de la Pitié s’empoisonnèrent avec les baies d’un pied de belladone du Jardin des Plantes de Paris. ( Yoy. l’ Hist. des plant, ven. deBulliard, p.201 .) Parmi le grand nombre des autres faits de ce genre que nous pourrions encore citer, nous nous bornerons à celui observé par M.E. Gauthier de Claubry, à Pyrna, près Dresde, où plus de cent cinquante soldats Français furent atteints d’empoisonnement par la même cause. Ce médecin a consigné ce fait remarquable dans le Journal général de Médecine , etc., tom. XL VIII, p. 355.

La gravité des accidents qui se manifestent dans ces circonstances, leur fréquence et la rapidité des progrès qu’ils font, sont tellement effrayants qu’il est de la dernière importance de leur donner la plus grande publicité possible, et d’indiquer en même temps les secours les plus utiles qu’il convient de donner, en attendant l’arrivée du médecin.

Symptômes. Peu de temps après avoir mangé une certaine quantité de fruits de la belladone ou sucé leur jus , on éprouve une sécheresse extraordinaire dans la gorge , une soif qui va toujours croissant, du malaise, des anxiétés, des douleurs d’estomac et d’intestins, des nausées , des envies de vomir, une oppression extrême, des défaillances. La figure , d’abord pâle , s’anime et se gonfle ; les yeux paraissent hagards , les pupilles sont dilatées, la vue se trouble , l’ouïe devient confuse. Il y a des éblouissements , des vertiges, une véritable ivresse, des gémissements, plus souvent des éclats de rire entremêlés de cris, puis des grincements de dents , de la difficulté à avaler, etc. Le délire a un caractère qui mérite de fixer l’attention ; c’est qu'il est infiniment rare de ! le voir tourner à la fureur ; il reste ordinairement gai. Dans cet état, le malade ne peut plus se tenir debout; il s’agite violemment, est pris de con-

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vulsions, de soubresauts des tendons, de roideurs tétaniques. Son cœur bat avec force, son pouls est convulsif, sa respiration est courte et entrecoupée. Un frissonnement général se fait ressentir dans tout le corps, les extrémités se refroidissen considérablement, la peau se couvre de sueur également froides et de taches gangréneuses donf l’apparition est bientôt suivie de la mort du sujet,

Cette plante, si fatale àl’homme, estrecherchée par divers animaux ; les cochons mangent impunément sa racine ; les moutons et les lapins broutent ses feuilles sans danger; les limaçons les rongent avec avidité et sécurité. Les chiens et les oiseaux, au contraire , sont empoisonnés comme l’homme , par toutes les parties de ce végétal.

Secours. L’indication première, la plus urgente à remplir dans l’empoisonnement par la befladone, est de se hâter de faire vomir le malade. A cet effet, on administre quatre, cinq ou même six grains de tartrate antimonié de potasse (émétique) dans une verrée d’eau tiède. On cherche ensuite à provoquer et favoriser l’action du médicament par l’introduction des doigts dans la gorge ou bien en titillant l’intérieur de cette cavité avec les barbes d'une plume ou à l’aide de tout autre corps étranger propre à faire parvenir à ce but, et qu’on peut aisément trouver sous sa main. Si , au bout d’ua quart d’heure, le vomissement n’a pas lieu , on donne alors de la même manière que ci-dessus vingt-quatre grains de sulfate de zinc (couperose blanche ) en deux fois, et à un quart d’heure d’intervalle si la première moitié n’a pas déterminé l’évacuation désirée; puis on renouvelle les tentatives de chatouillement dans le gosier, ainsi qu’il a été dit tout a l’heure. Si enfin l’administration de ces substances demeure sans résultat , on prescrit trois ou quatre grains de sulfate de bioxide de cuivre (couperose bleue), pareillement dissous dans un verre d’eau, toujours pour obtenir que le poison soit rejeté par la bouche.

Lorsqu’on a été assez heureux pour exciter les vomissements ( ce qui est souvent difficile à cause du narcotisme cérébral et de la stupéfaction de l’estomac) , et qu’on n’a d’ailleurs aucune raison de penser que la matière toxique ait passé dans les intestins , il convient de recourir à un autre ordre de moyens que nous exposerons dans un instant. Mais dans le cas où le malade n’a pas pu vomir, il faut lui donner un purgatif, par exemple une médecine noire des pharmacies, un peu forte. Il est bon aussi de mettre en usage les clystères de même nature, dans lesquels on fait entrer trois à quatre onces de vin émétique trouble.

Quand enfin on est parvenu à faire évacuer le malade, soit par haut, soit par bas, soit par ces deux voies à la fois , on lui fait prendre alternativement , de cinq en cinq minutes , tantôt une tasse I d’infusion très-chargée de la meilleure qualité de café que l’on puisse se procurer , tantôt de la limonade ou de l’eau acidulée avec du vinaigre. Il est tout-à-fait essentiel d’avertir que les boissons acidulés , en ce moment fort utiles pour achever de dissiper les accidents , ne feraient qu’augmenter les symptômes de l’empoisonnement si l’on

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s’en servait avant l’évacuation complète delà substance vénéneuse.

On est encore fréquemment dans la nécessité de saigner le malade , afin d’accélérer le dégorgement des vaisseaux du cerveau, et de lui apposer des sangsues aux tempes et derrière les oreilles dans la même intention. Ces dernières suffisent communément pour les jeunes sujets , tandis qu’on est souvent obligé d’y joindre l’emploi de la lancette lorsqu’il s’agit d’un adulte. Nous devons dire aussi que les doses que nous avons indiquées des émétiques , des purgatifs , etc., sont celles qui conviennent à une grande personne empoisonnée par la belladone ; mais que si c’était un enfant de huit, dix ou douze ans, comme il arrive d’ordinaire, il serait indispensable de réduire ces doses au quart ou au tiers, suivant la force du petit malade.

En dernier lieu , et dès que l’individu qui a été atteint est hors de danger sous le rapport de l’empoisonnement , il reste à s’occuper de remédier à l’irritation du ventre et aux autres suites de l’accident. On y réussit assez généralement au moyen des boissons adoucissantes, des émulsions, du lait coupé , des bouillons rafraîchissants , des lavements à l’eau d’amidon, de son, de graines de lin , etc. , ainsi que par des applications émollientes sur l’abdomen.

Les effets si redoutables auxquels donne lieu la funeste activité de la belladone sont dus à un principe immédiat qu’on retrouve dans toutes ses parties ( racines , feuilles , fruits, etc. ) et qui a recule nom d ’ atropine [atropinum). Cet alcaloïde ou base salifiable organique s’unit facilement aux acides sulfurique (vitriolique ), azotique (nitrique),chlorhydrique (muriatique) et acétique (acide du vinaigre), et forme avec eux des sels solubles qui sont on ne peut plus délétères : c’est la raison pour laquelle nous avons recommandé plus haut de se bien garder d’administrer les boissons acidulées avant que les vomissements ou les garde-robes aient entièrement chassé hors du corps la matière du poison.

Les développements dans lesquels nous avons dû nécessairement entrer au sujet , non-seulement des caractères extérieurs de cette plante, afin de mettre chacun à même de la reconnaître , mais encore touchant la succession des phénomènes si variés du genre d’empoisonnement qu’elle détermine et la nature des secours les mieux appropriés à ces fâcheuses circonstances , ces détails , disons-nous , nous obligent actuellement à être très-bref sur tout ce qui concerne les applications thérapeutiques qu’une main savante et habile peut faire de ce puissant narcotique.

Beaucoup de médecins, à la tête desquels il faut placer Hufeland , Muchstbech, Wagner, Yelseu, Berndt, Wesener, Beake, Ibrélisle, Maïsier, Martini et nombre d’autres qu’il serait par trop fastidieux de tous nommer, affirment qu’administrée dans les temps d’épidémies de scarlatine, la poudre de belladone possède la singulière propriété de préserver les enfants de cette maladie. Ils pensent, et particulièrement Muchstbech de Demming, que cette substance agit, dans cette occur-

rence, à peu près comme la vaccine contre la variole (petite vérole), avec cette seule différence que l’extinction produite par l’inoculation du virusvaccin est radicale et définitive, tandis que celle opérée par la belladone n’est vraisemblablement que temporaire. Les éloges outrés que ce médicament a reçus dans une multitude d’autres affections morbides doivent être évidemment considérablement restreints, si l’on veut ne pas sortir des bornes de la vérité : il est certain, par exemple, que sa propriété calmante ne saurait être mise à profit pour apaiser la toux qui tient à la phlogose des organes respiratoires; mais il est non moins incontestable aussi que l’exercice de cette action pharmacologique a été suivie de nombreux succès dans plusieurs cas, surtout contre la coqueluche et les autres toux convulsives. Schaeffer, Wetzler , Hufeland, Méglin, Pieper, Raisin et notre noble collaborateur le docteur Marc , soutiennent , avec juste raison , cette opinion en faveur de laquelle nous pourrions aussi apporter le faible tribut de notre expérience particulière. Lorsqu’une affection de la classe si intéressante et si variée des névroses résiste aux méthodes ordinaires de traitement, les praticiens implorent fréquemment, quoique souvent en vain, l’énergique puissance de ce végétal : c’est ainsi qu’une foule d’écrivains ont été amenés à le préconiser dans la mélancolie, la manie, l’épilepsie, l’hydrophobie , la danse de Saint-Guy, l’hémiplégie, le tic douloureux du visage, etc. Les avantages de son administration ne sont guère mieux constatés dans les maladies cancéreuses, les squirrhes, les scrofules, les syphilis anciennes et dégénérées, etc. Les oculistes ont quelquefois recours à la vertu stupéfiante de la belladone, en topique sur l’œil , pour préparer cet organe à l’opération de la cataracte par extraction. Ces applications donnent lieu à la dilatation de la pupille qui, dès lors , laisse passer le crystallin avec plus de facilité. Feu M. le professeur Chaussier l’a également conseillée, et souvent employée pour favoriser la dilatation du col de l’utérus (la matrice), quand les contractions spasmodiques de cette partie du viscère s’opposaient à l’expulsion du fœtus ; enfin , l’on a employé avec succès la pulpes de ses racines en cataplasmes pour calmer les vives douleurs que causent souvent les névralgies faciales.

Ajoutons, pour terminer ce qui est relatif à cette plante, que les femmes employaient jadis en Italie son eau distillée pour entretenir la blancheur et l’éclat de leur teint ; pratique qui lui a sûrement fait donner le nom qu’elle porte de Bella Donna. L’idée gracieuse de la beauté, à laquelle la désignation de l’espèce fait manifestement allusion, reçoit ici un lugubre désenchantement de l’association de ce mot avec celui du genre. On ne peut douter, en effet, que l’expression Atropa ne soit formée d ’Atropos , celle des Parques qui tranche le fil de nos jours. Atropos Belle Dame ! Quelle singulière qualification ! quelle dérision amère , à moins toutefois qu’on ait prétendu y attacher un sens moral ( incertum ) !

La belladone sans tige ou mandragore ( Mandragora . Pline, Ceîse, etc.), est une plante

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vivace du même genre que la précédente et qui s’en rapproche sous beaucoup de rapports, ce qui fait qu’il nous paraît plus convenable et plus rationnel d’en parler immédiatement, plutôt que de la rejeter bien loin à son rang dans l’ordre alphabétique. Nous aurons soin, au surplus, qu’un renvoi, qu’une annotation placée ad hoc , indique au lecteur qui irait chercher cette espèce végétale à la lettre M, que c’est dans cet article : Belladone , qu’il en est traité.

La mandragore (Atropa mandragora de Linnée) ne se plaît pas dans les régions un peu froides de l’Europe; elle refuse de croître sur notre sol où elle ne vit qu’à grand’peine , aussi est-elle rare dans nos jardins même les mieux cultivés. Elle pousse, au contraire, spontanément en Grèce, en Sicile, en Italie, en Espagne, etc. On l’y rencontre d'ordinaire sur la rive des fleuves , dans les terrains humides et sombres, à l’entrée des tanières, des grottes, des cavernes. Son nom même rappelle les lieux qu’elle préfère et où elle prospère : on le fait dériver, en effet, du grec mandra , étable , tanière , repaire, caverne , et de géras, ornement, gloire, honneur. C’est probablement là la raison qui l’a fait nommer Mandegloire par quelques auteurs, et dans la suite Main de Gloire par les devins et les imbécilles, par les fripons#et leurs dupes.Entre les autres interprétations qu’on a cherchées à la dénomination de cette plante , nous ne pouvons passer sous silence celle qui la fait provenir du mot susdit mandra, étable, repaire, etc., etd ’agauros, nuisible ; comme qui dirait nuisible aux étables, c’est-à-dire aux animaux. Nous ne voyons aucun motif d’adopter l’une de ces étymologies de préférence à l’autre : le lecteur choisira, les admettra, ouïes rejettera toutes deux , si bon lui semble.

La racine de mandragore est longue , épaisse , charnue, fort grosse, assez semblable à celle delà betterave blanche. Elle est de couleur jaunâtre en dehors, blanchâtre en dedans. On la trouve souvent bifurquée, et alors on a cru voir dans cette conformation les cuisses d’un homme ; de là les titres d ’ anthropomorphon en grec, et de semihomo en latin, dont l’imagination superstitieuse des anciens l’a décorée. C’est à Pythagore qu’elle doit la première de ces qualifications, et à Columelle la deuxième. On a voulu aller plus loin, et tâcher de lui donner des formes humaines plus complètes. Pour cela, on pratique de chaque côté de l’extrémité supérieure de cette racine, près du collet, deux légères incisions par lesquelles, suivant Blankaart, se développent les bras. Gu ligure également la tète et la chevelure en coupant les feuilles à leur naissance, et semant à la place qu’elles occupaient quelques grains d’orge ou de millet. Matthiole raconte que la préparation des racines de mandragore est devenue depuis long-temps une sorte de profession en Italie, où l’on en fabrique aussi de fausses avec la racine de bryone , que l'on façonne pareillement en figure d’homme, de manière à satisfaire aux conditions qu’exigent les esprits faibles et crédules pour qui ces amulettes ont la réputation de procurer la fécondité, de rendre heureux , de faire découvrir des tré- T. I.

sors , de mettre en fuite les sorciers , de ramollir l’ivoire au point de le rendre mou comme de la cire , en un mot d’être la source des plus étonnantes merveilles , des prodiges les plus inouïs.

Empruntons à MM. Loiseleur -Deslongchampî et Marquis le passage suivant de l’excellent arti cle qu’ils ont inséré dans le Dictionnaire des Sciences Médicales, tome XXX, p. 426: « Les cérémonies bizarres avec lesquelles la mandragore devait être arrachée ajoutaient à la haute opinion qu’on avait de sa puissance. Un cercle magique devait trois fois être tracé autour d’elle avec la pointe d’une épée : un des assistants devait danser en prononçant des paroles obscènes. Théophraste et Pline n’ont pas craint de décrire sérieusement ces pratiques ridicules , sans lesquelles celui qui entreprenait de déraciner la mandragore courait les plus grands dangers. D’autres , pour éviter ce péril, ont prescrit de la faire tirer de terre par un chien, qu’on y attachait; ce qui est évidemment imité de ce que l’historien Josèphe ( De bello jud. L. VII, c, 25) raconte de la plante barath, qui avait la vertu de chasser les esprits malfaisants (Yoy. le mot Amulette du présent dictionnaire ) , et dont il débite une foule de choses incroyables. La forme humaine que l’on voulait absolument trouver dans la racine de mandragore ne pouvait sûrement conduire à rien de plus extraordinaire qu’à lui supposer de la sensibilité; mais l’esprit humain ne s’arrête guère en fait d’extravagances. On en vint jusqu’à prétendre que la mandragore faisait entendre des cris plaintifs quand on l’arrachait , et on recommanda à ceux qui tentaient cette périlleuse opération de se boucher exactement les oreilles pourn’être pas attendris. » L’usage qu’en faisait, dit-on, la magicienne Circé dans ses philtres , la fait quelquefois désigner sous le nom de circea.

Mais reprenons la description de cette plante, peut-être trop longuement interrompue. Les feuilles qu’elle développe sortent immédiatement du collet de la racine : elles sont grandes, ovales, pointues, ondulées en leurs bords , glabres , vertes, et arrangées en un large faisceau, dont le milieu est occupé par les pédoncules floraux qui sont très-courts. On compose avec ces feuilles, cuites dans du lait, des cataplasmes qu’on applique sur les engorgements froids, sur les tumeurs indolentes , sur les indurations scrofuleuses, écrouelleuses, squirrheuses, etc. On use aussi de la pulpe des racines pour le même emploi.

Sesfruits sont des baies sphéroïdes de la grosseiu d’une petite pomme, et de couleur jaune quand ils sont parvenus à leur parfaite maturité. Il serait fort dangereux d’en manger plusieurs, peut-être même un seul, quoi qu’en dise le professeur Hernandez; car ils sont narcotiques comme la racine et les feuilles. La plupart des traducteurs , glossateurs, commentateurs delà Bible, ont avancé que cette espèce de pomme était le dudaim de Rachel : c’est une erreur. Il est plus vraisemblable que c’était le petit melon odorant de Perse (cucumis dudaïm. L.)

Ce que les vieux herboristes appellent mandragore mâle est une variété à fruit tout-à-fait rond,

KLÀM

BEN

et mandragore femelle, celle dont le fruit, est allonge, piri formé-. Chacune de ces variétés avait, comme on pense bien, son usage particulier dans la magie, selon que c’élail un homme ou une femme qui voulaient s'en servir.

Les symptômes de l'empoisonnement par la mandragore ne différent pas sensiblement de ceux qu’occasionne la belladone, si ce n’est qu’ils paraissent avoir moins d'intensité; d’autres assurent qu’ils sont plus violents. Le traitement est identiquement le même. « Annibal, au rapport de l’rontin danssesSlratagêmes militaires, envoyé parles Carthaginois contre des Africains révoltés, se servit adroitement de la mandragore pour les vaincre. Feignant de se retirer après un léger combat, il laissa derrière lui quelques tonneaux de vin où il avait fait infuser des racines de mandragore. Les barbares, qui le burent avec avidité, ne tardèrent pas à en éprouver les funestes effets , et Annibal , revenu sur ses pas, tailla facilement en pièces des ennemis plongés dans une profonde stupeur. »

Ainsi donc, les peuples anciens ne connaissaient pas seulement les propriétés réelles de cette plante , qu’ils savaient au besoin mettre à profit , quelquefois même dans un intérêt horrible, ils lui en ont encore attribué une foule d’autres qui sont purement imaginaires comme on a pu le voir.Hippocrate, Dioscoride, Pline, Celse, Galien la prescrivaient pour provoquer le sommeil , pour calmer et enchaîner la douleur.IIs en recommandaient l’emploi avant de pratiquer les grandes opérations chirurgicales , à dessein d’atténuer les souffrances du patient en le rendant moins sensible à l’action des instruments. C’est sans doute à cause du narcotisme dans lequel ce médicament plongeait les malades que l’on disait proverbialement dans ce temps, des hommes lourds, pesants, engourdis , apathiques , insouciants de leurs propres affaires, qu’ils avaient pris de la mandragore ou qu’ils s’étaient endormis sur cette plante : Languidi et in suis negotiis torpidi mandragoram ingessisse vel sub mandragorâ dormitasse dicebantur.

Malgré l’immense renommée dont ce végétal a joui dès l’antiquité la plus reculée, il est à peu près complètement délaissé des médecins de nos jours, du moins quant à son administration intérieure , et cela avec d’autant plus de raison que « ce qu’il a de médicamenteux et d’utile, comme le fait observer Bernard Peyrilhe, se retrouve dans les narcotiques qui croissent spontanément autour de nous, o Son application à l’extérieur est la seule manière de l’employer qui ait été conservée.

Une troisième plante du genre alropa , mais que nous ne voulons qu'indiquer en passant, est un aibuste des Antilles nommé alropa arborescens par Linnée 11 est si délétère que M. Descoui lilz eut la langue enllée et perdit l’usage de la parole pour en avoir seulement goûté. ( Flor . méd.des Ant.'ï. 111, p. 119.) F. E. Plisson.

benjoin. V . à la fin de la lettre B.

benoîte ( Hot ., Mat. méd.), s. f. (Caryophillata), On la connaît encore sous les noms plus vulgaires de Galiole, Gariot, Récise, Herbe de St. Benoit, etc. Les botanistes l’appellent Geum urbanum, Icosandrie polygynie, L., famille des rosacées.

Théis fait dériver la dénomination générique Geum, du grec geuéïn, donner du goût; mais d’autres élymologistes prétendent que ce mot est formé de gêa , terre ; comme si, à part les plantes qui poussent dans l’eau, toutes les autres ne vivaient pas à la surface de la terre. Quant à l’épi thète urbanum qui sert à caractériser celle espèce, nous ne voyons pas qu’elle ait pu lui être justement donnée à raison des lieux où on la rencontre le plus ordinairement; car, si on la trouve parfois dans le voisinage des villes, au pied des murs, sur le bord des chemins, etc., elle est tout aussi commune au milieu des terrains couverts, dans les bois et sur leur lisière , le long des haies, à de très-grandes distances de toute habitation. C’est une plante vivace, petite, herbacée, à Heurs jaunes terminales à cinq pétales. Ces fleurs paraissent au mois de juin.

Simplement fibreuse lorsqu’elle est jeune, la racine de benoîte prend en vieillissant la forme d’une sorte de moignon conoïde, long d’un pouce et demi environ, deux tiers moins gros dans sa plus grande épaisseur, et garni de chevelu abondant et fauve. Récoltée au printemps, cette racine, qui est la seule partie usitée en medécine, exhale une odeur très-marquée de girofle, qu elle perd bientôt par la dessiccation ; de là l’expression de caryophillata, caryophillée, de caryophillum, clou de girofle ou gérofle. Sa saveur est un peu amère, austère, âpre. La haute opinion que l’on avait des vertus de ce végétal l’a fait décorer, dans le moyen-âge , du titre de herba benedicta, herbe bénie ou bénite.

On a beaucoup trop vanté les propriétés de la benoîte contre les fièvres intermittentes : on a même avancé que sa puissance fébrifuge était supérieure ou au moins égale à celle du quinquina; mais bien qu'on soit considérablement revenu aujourd’hui de la confiance qu’avaient inspirée les é’oges exagérés de Bôrhhave , de Weber, de Lœfler, de Koch et de quelques autres, c’est encore là le principal emploi qu elle reçoit dans la pratique. Les succès qu’on lui attribue ont au reste été fort contestés par Cullen, Ackermann, Brandelins, Anjou, Chaumet, Broussais, et nombre d’observateurs habiles, qui n’ont vu dans l’administration de cette racine qu’une action d’une assez mince efficacité. C’est aussi notre avis personnel. On assure (et cela se conçoit aisément) que la benoîte s’est montrée très-avantageuse sur la fin des dyssenteries et dans le traitement des diarrhées atoniques, des leucorrhées, etc. Il parait qu’on s’en est bien trouvé également dans les hémorrhagies passives, les perles de semence et, en général, contre tous les tlux par débilité.

Les principes chimiques de la racine du Geum urbanum la rendent propre au tannage des cuirs. Elle communique à la laine une belle couleur mordorée qui, dit-on, est très-solide. Si I on fait usage de la plante entière, on obtient alors une teinte noisette extrêniemenl agréable.Ses feuilles, quand elles sont tendres, peuvent être mangées en salade; plus âgées, elles peuvent être substituées au houblon dans la fabrication de la bière. Enfin, elles fournissent un excellent fourrage aux

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