II. MÉTHODE NATURELLE DE JUSSIEU
C’est l’illustre Bernard de Jussieu qui, en 1759, ayant été chargé par Louis XIV de l’arrangement du jardin botanique de Trianon, eut l’idée première du classement des plantes par familles naturelles, c’est-à-dire réunies d’après la considération non d’un seul caractère, mais d’un ensemble de traits communs. A Antoine Laurent de Jussieu fut réservée la gloire de perfectionner cette méthode, qui est devenue l’un des plus beaux titres de gloire dont puisse s’enorgueillir la science française.
M. de Jussieu partage tous les végétaux en trois grands embranchements, d’après l’existence ou l’absence de l’embryon : de là les acotylédones (sans cotylédons), les monocotylédones (plantes à un seul cotylédon), et les dicotylédones (plantes à deux cotylédons ou plus). Les caractères secondaires qui servent à l’établissement des classes sont tirés du mode d’insertion des étamines ou de la corolle, par rapport au pistil, c'est-à-dire suivant qu’il y a hypogynie, perigynie , épigynie (nous avons expliqué ces mots en parlant de la corolle).
Les acotylédones n’ayant pas de fleurs, ne pouvaient se prêter à cette division ; on en a fait la première classe. Les monocotylédones formant la deuxième classe, elles ont été partagées en trois sections, suivant le mode d’insertion des étamines que nous venons de rappeler ; et pour que l’on ne perde pas de vue qu’il s’agissait des monocotylédones, on a fait précéder les mots hypogynie, périgynie, etc., du mot mono, et l’on a eu les trois classes suivantes : monohypogynie , monopérigynie , monoépigynie.
Les dicotylédones étant excessivement nombreuses, il a fallu multiplier les divisions, et elles
INTRODUCTION
furent établies d’après l’absence ou la présence de la corolle et le nombre de ses pièces; d’où sont résultées :
1° Les dicotylédones apétales, divisées en trois classes, suivant que l’insertion des étamines est hypogyne, périgyne ou épigyne.
2° Les dicotylédones monopétales, partagées en quatre classes, suivant que la corolle qui porte les étamines est hypogyne, périgyne, épigyne à anthères soudées, ou épigyne à anthères libres.
5° Les dicotylédones polypétales, divisées en trois classes, toujours d’après leur mode d’insertion.
Enfin une dernière classe a été formée pour les plantes dicotylédones à fleurs unisexuées e* placées sur des individus différents (diclines).
Ainsi, partant desacotylédones, et parmi ceux-ci des champignons, végétaux dont l’organisation offre le plus de simplicité, on s’élève jusqu’aux dicotylédones, c’est-à-dire les plus compliquées. Voici le tableau de cette méthode : à l’occasion de chaque classe, nous mentionnerons quelques familles, en faisant remarquer que leurs noms sont tirés tantôt du nom de l’une des principales espèces qui forment la famille (les narcissées, les iridées, etc.), tantôt d’un caractère commun (les labiées, les ombellifères).
PREMIER EMBRANCHEMENT. ACOTYLÉDONIE.
lre classe. Acotylédonie (les algues, les champignons, les mousses, les fougères, etc ).
DEUXIÈME EMBRANCHEMENT. — MONOCOTYLÉDON1E.
2e classe. Monohypogynie (nayadées, aroïdées, typhacées).
3e classe. Monopérigynie (cypéracées, graminées, palmiers, joncées, colchicacées, iridées, liliacées).
4e classe. Monoépigynie (amomées, orchidées, etc.).
TROISIÈME EMBRANCHEMENT. DICOTYLÉDONIE .
1° Dicotylédons sans corolle.
5e classe. Epistaminie (aristolochiées).
6e classe. Péristaminie (daphnoïdées, polygonées, etc.).
2° Dicotylédons à corolle monopétale.
7e classe. Epistaminie (amarantacées, plantaginées, etc.).
8e classe. Hypocorollie (primulacées, jasminées, verbénacées, labiées, solanées, borraginées, personnées, etc.).
9e classe. Péricorollie (campanulacées, diospyrées, etc.).
40e classe. Epicorollie Synanthérie (les synanthérées).
11e classe. Epicorollie Corysanlhérie ou à anthères disjointes (dipsacées, rubiacées, caprifoliacées).
3° Dicotylédons à corolle polypétale.
12° classe. Epipêtalie (ombellifères).
43e classe. Hypopétalie (renonculacées,papaveracées, crucifères, rutacées, caryophyllées, etc.)
44e classe. Péripéîalie (saxifragées, crassulacées, myrthacées, rosacées, légumineuses, térébinthacées, etc.).
4° Dicotylédons à fleurs unisexuées et diclines.
45e classe. Diclinie (euphorbiacées, cucurbitacées, urticées, amentacées, conifères, etc.).
Telles sont les grandes divisions de la botanique, les divisions secondaires sont les familles et
INTRODUCTION
les tribus, les genres et Tes sous-genres, puis les espèces et les variétés. Pour désigner une plante on se sert toujours de la nomenclature binaire, composée de deux noms, celui du genre et celui de l’espèce. Dans le Dictionnaire, nous avons donné à leurs noms propres les caractères de toutes les principales familles ; les espèces ont été décrites quand elles avaient des usages médicaux ou alimentaires; nous ne nous étendrons donc pas davantage sur ce chapitre déjà bien long pour une introduction ; nous renvoyons ceux de nos lecteurs qui voudraient avoir des connaissances plus étendues sur la botanique, aux traités spéciaux, et notamment aux éléments de MM. Adrien de Jussieu, publiés en 1845.