‹ Dictionnaire de médecine usuelle (volume 2)Chapitre 26 sur 316 · I. NOMENCLATURE · texte numérisé non relu

I. NOMENCLATURE

Rien de plus bizarre, de plus incohérent que la nomenclature médicale : aucune base fixe, aucun principe stable. Tantôt le nom de la maladie est tiré de l’un de ses symptômes : hydrophobie (peur de l’eau), par exemple ; ailleurs, de son siège réel ou présumé, la pleurésie, l’hypocondrie ; ailleurs d’une ressemblance plus ou moins éloignée avec un objet produit de l’art ou de la nature, le cancer, le polype, \ntympanite, le clou, etc... ailleurs encore de la lésion matérielle d’où l’affection dépend, le tubercule, la mélanose : d’autres fois elle prend le nom de l’observateur qui l’a le premier fait connaître, maladie de Pott, maladie de Bright, etc... Plusieurs personnes ont songé à faire admettre une nomenclature uniforme, mais sans grand succès. M. Piorry, qui poursuit cette réforme avec beaucoup de zèle, est cependant parvenu à introduire quelques noms nouveaux, mais à grand’peine. C’est qu’en effet la nomenclature de M. Piorry a pour point de départ le nom de la lésion matérielle, qu’il regarde comme constituant l’essence de la maladie, et que les auteurs sont loin d’être d’accord à cet égard. Cependant on admet en général, pour désigner les inflammations bien caractérisées, le nom latin ou grec de l’organe terminé par la désinence ite. Ainsi l’inflammation des méninges s’appelle méningite, celle du cerveau (enke'phalos) encéphalite ; celle de l’estomac ( gaster ) gastrite, etc., etc... Nonobstant on appelle toujours pleurésie l’inflammation de la plèvre, pneumonie, celle du poumon. La désinence rhée suivant le nom de l’organe ou d’un produit anormal liquide annonce le siège ou la nature d’un écoulement non sanguin. Ainsi on dit gaslrorrhée pour exprimer le flux muqueux de l’estomac, leucorrhée [leucos, blanc) pour désigner les écoulements blancs par le vagin chez la femme, blennorrhée pour les écoulements muqueux non aigus par l’urètre chez l’homme. On aurait voulu exprimer les hémorrhagies par la désinence rhagie à la suite du nom de l’organe qui présente l’écoulement sanguin : ainsi on aurait appelé gastrorrhagies les hémorrhagies de la muqueuse de l’estomac, pneumorrhagies, celles de la muqueuse bronchique; mais ces désignations n’ont pu prévaloir sur les vieux mots hématémèse (vomissement de sang) et hémoptysie (crachement de sang); et d’un autre côté on appelle toujours blennorrhagie l’écoulement muqueux aigu par l'urètre. La nomenclature des douleurs nerveuses, par Chaussier, dans laquelle le nom de l’organe est suivi du mot algie ( de algos douleur), n’a réussi qu’en partie. On dit généralement la névralgie, la gastralgie, les entéralgies; mais on dit toujoursda sciatique, le tic douloureux, etc. Pour opérer une réforme dans la nomenclature il faudrait donc être parfaitement d’accord sur la nature et le siège des maladies, et la science n’esl pas assez avancée à cet égard.

Page 1