VIII. DES LÉSIONS APRÈS LA MORT OU ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Cette science est, ou peut le dire, toute nouvelle; elle ne date réellement que de Morgagni ; mais c’est surtout aux beaux travaux de Bayle, de Laënnec, de Dupuytren, au commencement de ce siècle, à ceux de nos contemporains Andral, Louis, Bouillaud, Cruveilhier, Rayer, etc., qu’elle est redevable du rang élevé qu’elle occupe aujourd’hui, « L’anatomie pathologique, dit Laënnec, est une science qui a pour but la connaissance des altérations visibles que l’état de maladie produit dans les organes du corps humain. L’ouverture des cadavres est le moyen d’acquérir cette connaissance; mais pour qu’elle devienne d’une utilité directe et d’une application immédiate à la médecine pratique , il faut y joindre l’observation des symptômes ou des altérations de fonctions, qui coïncident avec chaque espèce d’altérations d’organes.
« Etudiée de cette manière, l’anatomie pathologique devient le tableau de la nosologie, et le guide le plus sûr pour le diagnostic médical.
« En effet, toutes les maladies peuvent être divisées en deux grandes classes : 1° celles qui sont accompagnées d’une lésion évidente dans un ou plusieurs organes : ce sont celles que l’on désigne sous le nom de maladies organiques ; 2° celles qui ne laissent dans aucune partie du corps une altération constante et à laquelle on puisse rapporter leur origine : ce sont celles que l’on appelle communément maladies nerveuses.
« Il est évident que l’anatomie pathologique est le seul moyen de parvenir à une connaissance exacte des premières : elle n’est pas moins nécessaire pour apprendre à connaître les secondes4 par une sorte de méthode abstractive, dont les médecins observateurs apprécient tous les avantages. Ainsi, si l’on est appelé auprès d’un malade attaqué d’une affection de poitrine, dont la dyspnée soit le principal symptôme, et que l’on ne trouve chez lui aucun des signes qui indiquent une phthisie pulmonaire, une maladie de cœur, un anévrisme des gros vaisseaux, ou toute autre affection organique des parties contenues dans le thorax, on en pourra conclure que la maladie est nerveuse.
cc L’anatomie pathologique, en éclairant le médecin sur le siège et les causes des maladies, lui apprend ce qu’il doit espérer ou craindre, l’empêche, dans beaucoup de cas, de se livrer à une fausse sécurité, ou de redouter et de combattre des êtres de raison : elle devient par cela même l’une des bases les plus solides de la séméiotique. » (Laennec, Dict. des Sciences méd., article Anatomie pathologique.)
Diverses classifications ont été proposées pour disposer dans un ordre logique les différentes altérations dont les solides et les liquides peuvent être le siège; celle de Laënnec est encore la plus simple ; nous l’adopterons, en lui faisant subir quelques modifications empruntées surtout
àla classification de M. Andral.