‹ Dictionnaire de morale et de littératureChapitre 10 sur 137 · AMOUR PLATONIQUE · texte numérisé non relu

AMOUR PLATONIQUE

Une espèce d'amour Qui doit être épuré comme 1 astre du jour. La substance qui pense y peut être reçue, Mais nous en bannissons la substance étendue.

( Les Femmes savantes. )

Appelez-vous, monsieur, être à vos vœux contraire

Que de leur arracher ce qu'ils ont de vulgaire,

Et vouloir les réduire à cette pureté

Où du parfait amour consiste la beauté ?

Vous ne sauriez pour moi tenir votre pensée

Du commerce des sens nette et débarrassée ,

Et vous ne goûtez pas , dans ses plus doux appas,

Cette union des cœurs où les corps n'entrent pas.

Vous ne pouvez aimer que d'une amour grossière ,

Qu'avec tout I attirail des nœuds de la matière;

Et pour nourrir les feux que chez vous on produit ,

Il faut un mariage et tout ce qui s'ensuit.

Ah ! quel étrange amour! et que les belles âmes

Sont bien loin de brûler de ces terrestres flammes !

Les sens n'ont point de part à toutes leurs ardeurs,

Et ce beau feu ne veut marier que les cœurs ;

Comme une chose indigne , il laisse là le reste :

C'est un feu pur et net comme le feu céleste;

On ne pousse avec lui que d'honnêtes soupirs,

Et l'on ne penche point vers de sales désirs.

Rien d'impur ne se mêle au but qu'on se propose ;

On aime pour aimer et non pour autre chose;

Ce n'est qu'à l'esprit seul que vont tous les transports ,

Et l'on ne s'aperçoit jamais qu'on ait un corps.

(Idem.) AMOUREUX.

Vous n'avez toujours fait qu'avoir les yeux sur elle , Rouge, tout interdit, jouant de la prunelle, Sans prendre jamais garde à ce qu'on vous servait ; Vous n'aviez point de suif qu'alors qu'elle buvait; Et dans ses propres mains vous saisissant du verre , Sans le vouloir rincer, sans le jeter à terre , Vous buviez sur son reste, et montriez d'affecter Le côté qu'à sa bouche elle avait su porter. Sur les morceaux touchés de sa main délicate, Ou mordus de ses dents , vous étendiez la patte Plus brusquement qu un chat dessus une souris , Et les avaliez tous ainsi que des pois gris. Puis outre tout cela , vous faisiez sous la table Un bruit, un triquelrac de pieds insupportable,

Dont Trufaldin , heurté de deux coups trop pressants A puni par deux fois deux chiens trés-innocents.

( L'Étourdi. ) AMOUREUX DE ROMAN.

Il faut qu'un amant , pour être agréable , sache débiter les beaux sentiments, pousser le doux, le tendre et le passionné, et que sa recherche soit dans les formes. Premièrement, il doit voir au temple ou à ia promenade, ou dans quelque cérémonie publique, la personne dont il devient amoureux; ou bien être conduit fatalement chez elle par un parent ou un ami , et sortir de là tout rêveur et mélancolique. Il cache un temps sa passion à l'objet aimé, et cependant lui rend plusieurs visites, où Ion ne manque jamais de mettre sur le tapis une question galante qui exerce les esprits de l'assemblée. Le jour de la déclaration arrive, qui doit se faire ordinairement dans une allée de quelque jardin , tandis que la compagnie s'est un peu éloignée; et cette déclaration est suivie d'un prompt courroux qui paraît à notre rougeur, et qui pour un temps bannit l'amant de notre présence. Ensuite il trouve moyen de nous apaiser, de nous accoutumer insensiblement au discours de sa passion , et de tirer de nous cet aveu qui fait tant de peine. Après cela viennent les aventures, les rivaux qui se jettent à la traverse d'une inclination établie, les persécutions des pères , les jalousies conçues sur de fausses apparences , les plaintes , les désespoirs , les enlé-

vements, et ce qui s'ensuit. Voilà comme les choses se traitent dans les belles manières ; et ce sont des règles dont en bonne galanterie on ne saurait se dispenser. Mais en venir de but en blanc à l'union conjugale, ne faire l'amour qu'en faisant le contrat de mariage, et prendre justement le roman par la queue; encore un coup, mon père , il ne se peut rien de plus marchand que ce procédé ; et j'ai mal au cœur de la seule vision que cela me fait.

( Les Précieuses ridicules. ) AMPHITRYON (L').

... De son cuisinier il s'est fait un mérite, Et ce n'est qu'à sa table à qui l'on rend visite.

— Il prend soin d'y servir des mets fort délicats.

— Oui , mais je voudrais bien qu'il ne s'y servît pas : C'est un fort méchant plat que sa sotte personne , Et qui gâte, à mon goût, tous les repas qu'il donne.

( Le Misanthrope. )

Le véritable amphitryon

Est l'amphitryon où l'on dîne.

( Amphitryon. ) APOTHICAIRE.

— De quoi vous mêlez -vous d'empêcher monsieur de

prendre mon clystére? Vous êtes bien plaisant d'avoir celte hardiesse-là!

— On voit bien que vous n'avez pas accoutumé de parler à des visages.

( Le Malade imaginaire. ) APPARENCE .

Mon Dieu, le plus souvent l'apparence déçoit : Il ne faut pas toujours juger sur ce qu'on voit.

Aux faux soupçons la nature est sujette,

Et c'est souvent à mal que le bien s interprète.

Il est besoin

Pour accuser les gens d'avoir de justes causes ; Et vous deviez attendre à vous voir sûr des choses.

( Tartufe. ) APPRÉHENSIOXS.

S'il advient que dehors quelqu'affaire m'appelle, J appréhende au retour celte triste nouvelle : Las! vous ne savez pas? vous l'a-t-on annoncé? Votre fils a la fièvre , ou jambe , ou bras cassé : Enfin , à toul moment , sur quoi que je m'arrête, Cent sortes de chagrins me roulent par la tête.

( Le Dépit amoureus.

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