RECIT
Je m'en vas te conter tout fin drait comme cela est venu .- car, comme dit l'autre . je les ai le premier avisés , avisés le premier je les ai- Enfin donc, jetions sur le bord de la mar, moi et le gros Lucas , et je nous amusions à
batifoler avec des mottes de tarre que je nous jesquions à la tète ; car, comme tu sais bian , le gros Lucas aime à batifoler, et moi , par fouas, je batifole itou. En batifolant donc , pisque batifoler y a , j'ai aparçu de tout loin queuque chose qui grouillait dans gliau , et qui venait comme envars nous par secousse. Je voya;s cela fixiblement ; pis tout d'un coup je voyais que je ne voyais plus rien. Hé ! Lucas , c'ai-je fait , je pense que vlà deux hommes qui nagiant là-bas. "Voire, ce m'a-t-il fait, t'as été au trépassement d'un chat, t'as la vue trouble. Par sanguienne! c'ai-je fait, je n'ai point la vue trouble , ce sont des hommes. Point du tout , ce m a-t-il fait , t'as la barlue. Veux-tu gager, c'ai-;e fait , que je n'ai point la barlue, c'ai-je fait, et que ce sont deux hommes, c'ai-je fait , qui nagiant cirait ici , c'ai-je fait ! Morguienne ! ce m'a-t-il fait, je gage que non. Oh çà , c'ai-je fait , veux-tu gager dix sous que si ? Je !e veux bian, ce m'a-t-il fait ; et pour te montrer, vlà argent sur jeu , ce m a-t-il fait. Moi je n'ai point été ni fou ni étourdi, j'ai bravement bouté à tarre quatre pièces tapées, et cinq sous en doubles , jarniguienne! aussi hardimentquesij'avaisavaléun verre devin; car je sis hazardeux , moi , et je vas à la débandade. Je savais bian ce que je faisais pourtant. Queuque gniais. . . . Enfin donc je n'avons pas plutôt eu gagé, que j'avons vu les deux hommes tout à plain qui nous faisiant signe de les aller quérir; et moi de tirer les enjeux. Allons, Lucas, c'ai-je fait, tu vois bien qu'ils nous appelont; allons vite à leu secours. Kon, ce m'a-t-il dit, ils m'ont fait perdre. Or donc , tanquia qu'à la parfin , pour le faire court , je l'ai tant sarmonné, que je nous sommes boutés dans
une barque; et pis j'avons tant fait eahin caha , que je les avons tirés de gliau. Et pis , je les avons menés cheux nous auprès du feu , et pis ils se sant dépouillés tout nus pour se sécher, et pis il y en est venu deux de la même bande qui s equiant sauvés tout seuls , et pis Mathurine est arrivée là à qui l'en a fait les doux yeux. Vlà justement comme tout çà s'est fait.
( Le Festin de Pierre. )