ACADEMIE DE FEMMES
.... Nous voulons montrer à de certains esprits , Dont l'orgueilleux savoir nous traite avec mépris, Que de science aussi les femmes sont meublées ; Qu'on peut faire comme eux de doctes assemblées Conduites en cela par des ordres meilleurs ; Qu'on y veut réunir ce qu'on sépare ailleurs, Mêler le beau langage et les hautes sciences, Découvrir la nature en mille expériences , Et sur les questions qu'on pourra proposer. Faire entrer chaque secte , et n'en point épouser.
Il me tarde de voir notre assemblée ouverte, Et de nous signaler par quelque découverte.
Pour la langue, on verra dans peu nos règlements, Et nous y prétendons faire des remûments. Par une antipathie , ou juste , ou naturelle , Nous avons pris chacune une haine mortelle Pour un nombre de mots , soit ou verbes , ou noms, Que mutuellement nous nous abandonnons : Contre eux nous préparons de mortelles sentences, Et nous devons ouvrir nos doctes conférences, Par la proscription de tous ces mots divers Dont nous vouions purger et la prose et les vers.
Mais le plus beau projet de notre académie ,
Une entreprise noble et dont je suis ravie ,
Un dessein plein de gloire , et qui sera vanté
Chez tous les beaux esprits de la postérité ,
C'est le retranchement de ces syllabes sales,
Qui dans les plus beaux mots produisent des scandales,
Ces jouets éternels des sots de tous les temps ,
Ces fades lieux communs de nos méchants plaisants ,
Ces sources d'un amas d'équivoques infâmes
Dont on vient faire insulte à la pudeur des femmes.
Nous serons par nos lois les juges des ouvrages; Par nos lois, prose et vers, tout nous sera soumis : Nul n'aura de l'esprit, hors nous et nos amis. Nous chercherons partout à trouver à redire , Et ne verrons que nous qui sachent bien écrire-
( Femmes savantes. ) ACCUSATION.
Chargez-le comme il faut, monsieur, et rendez les choses bien criminelles.
( L'Avare. ) ADVERBES.
J'aime superbement et magnifiquement ;
Ces deux adverbes joints font admirablement.
( Femmes savantes.)